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Sur la route de l’autodétermination des peuples – 4

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Virginie Simoneau-Gilbert, étudiante en Histoire et civilisation, sur la route de l’autodétermination des peuples.

JOUR 4 : Barcelone

Aujourd’hui était, tout comme hier, une journée dédiée à la fois au tourisme et aux rencontres diplomatiques. Quelle expérience enrichissante !

Tout d’abord, nous nous sommes dirigés pour 14h à la Sagrada Familia conçue par l’architecte Antoni Gaudi, l’une des premières figures du rayonnement international de la culture catalane. Cette basilique mineure est tout simplement ÉPOUSTOUFLANTE. Amorcée en 1882, sa construction est toutefois, à ce jour, inachevée, car cette oeuvre magistrale fut considérablement endommagée au cours de la Guerre civile espagnole (1936-1939). Premièrement, nous avons pu admirer la Façade de la Nativité, représentant la naissance et l’enfance de Jésus, située du côté est de l’église, là où le soleil se lève. Extrêmement riche et détaillée, cette façade laisse les nombreux visiteurs sans voix et ce, dès leur entrée sur le site.

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Tous sont sur le parvis, têtes levées, à contempler avec admiration ce chef-d’oeuvre d’architecture qui ne laisse personne indifférent. Deuxièmement, nous sommes entrés, déjà impressionnés, à l’intérieur de la basilique, où nous avons été profondément saisis d’une violente émotion.

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Que l’on soit croyant ou athée, la Sagrada Familia ne laisse personne indifférent de par sa magnificence et sa finesse dans le détail. Il en émane une grande sérénité, une sorte de force tranquille. Chaque élément architectural est chargé d’une symbolique chrétienne : La Façade de la Nativité, située à l’est (où le soleil se lève) dont la richesse et le dynamisme rappelle la naissance du Christ, les quatre colonnes centrales à l’effigie des évangélistes (Matthieu, Marc, Luc et Jean) en forme d’arbres symbolisant la vie et la Création, la Façade de la Passion, située à l’ouest (où le soleil se couche) dont l’utilisation des matériaux rappelle des ossements symbolisant la souffrance et la mort du Christ, etc.

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On sent, dans ce lieu de prière grandiose, la grande foi chrétienne et l’immense amour de la nature de l’architecte Antoni Gaudi, dont la tombe repose d’ailleurs au sous-sol de la Sagrada Familia, qui l’ont inspiré tout au long de la conception de cette église magnifique. Après avoir contemplé également la Façade de la Passion, nous sommes montés, à 16h45, dans les tours du même nom, qui offrent une vue d’ensemble fabuleuse de la ville de Barcelone et de la Sagrada Familia.

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Avis aux gens ayant le vertige : ne pas visiter ces tours, car elles font respectivement 112 et 107 mètres de hauteur ! Finalement, complètement ébahis par cet incroyable panorama de Barcelone, nous sommes descendus par un long et vertigineux escalier en colimaçon pour nous diriger vers le Museo Picasso.

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Par la suite, nous sommes arrivés, vers 17h30, au Museo Picasso, près du métro Jaume 1, pour y contempler la collection permanente des oeuvres du peintre espagnol cubiste Pablo Picasso, qui a d’ailleurs effectué une partie de ses études dans la ville de Barcelone où il fréquentait le café Els Quatre Gats.

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Ce musée en l’honneur de cet artiste majeur du 20e siècle ayant grandement été influencé par le modernisme catalan possède un nombre important de toiles réalisées par celui-ci. Des tableaux des différentes époques de son oeuvre y sont présents : ses sages débuts, sa période bleue, sa période rose, son plongeon dans le cubisme, puis dans le surréalisme ainsi que son étude du tableau « La Méninas » de Vélasquez que nous avons d’ailleurs analysé dans le cours de Bruno « De la modernité à l’hypermodernité ».

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Cette visite fut une expérience unique où se mêle à la fois incompréhension, fascination et admiration à la vue des toiles de Picasso. Cette oeuvre singulière, étonnante, provocatrice et audacieuse a de quoi capter les visiteurs qui affluent en grand nombre au musée chaque jour. Heureusement, malgré l’interdiction de prendre des photos, cette immersion dans l’univers artistique de Pablo Picasso restera longtemps gravée dans ma mémoire de par son caractère unique avant-gardiste.

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Puis, à 19h15, nous nous sommes assis à une table du Café Sabor où nous devions rencontrer Enric Stern Taulats, militant du parti politique Candidature d’Unité Populaire (CUP) et, à nouveau, Miquel Villa, représentant du Sindicat d’Estudiants dels Països Catalans. De 19h15 à 21h, assis autour d’une sangria (encore!) et d’une gaspacho (un mets typique de l’Espagne qui consiste en une soupe froide servie très souvent avec de l’huile d’olive et de petits craquelins), nous nous sommes entretenus avec ces deux militants sur la situation politique du Québec et de la Catalogne en mettant en lumière les liens historique, politique et social de nos deux nations en lutte. Afin de bâtir des relations internationales fortes, nous les avons d’ailleurs invités à venir rencontrer le mouvement indépendantiste québécois à Montréal.

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Malheureusement, nous n’avons pas pu rencontrer de représentants de l’Assemblée nationale catalane, car ceux-ci étaient particulièrement occupés ces derniers jours avec l’organisation de la grande manifestation du 11 septembre ainsi que la réponse aux médias internationaux à effectuer à la suite de ce rassemblement sensationnel. Toutefois, nous sommes très satisfaits des rencontres politiques que nous avons effectuées au cours des derniers jours. En effet, nous avons fait la connaissance de gens aimables, cultivés, intelligents et ouverts sur le monde avec lesquels nous resterons en contact. Ces diverses rencontres sont une expérience particulièrement enrichissante !

Finalement, après le souper avec ces militants catalans, nous sommes allés faire un tour à la Playa Barceloneta, où nous avons fait une baignade dans l’eau chaude de la Méditerranée. La plage, assez calme à cette heure, nous a permis de nous détendre un brin après cette journée chargée. Le doux son des vagues et le sable fin entre nos orteils nous a fait le plus grand bien !

Puis, nous avons regagné notre hôtel avec, encore une fois, un profond sentiment, à la fois, de satisfaction et de fatigue après ce séjour à Barcelone, ville magnifique, dynamique, cosmopolite, animée et chaleureuse.

Impressions de Barcelone : Barcelone est une ville où il fait bon vivre, magnifique, accueillante, chaleureuse, dynamique, animée, aux gens adorables et à la température chaude et ensoleillée. Nous avons particulièrement apprécié notre court séjour de trois jours dans cette ville chargée d’histoire, riche, vivante, étonnante. Notre seul regret est de ne pas avoir pu y rester plus longtemps afin d’explorer plus en profondeur cette merveilleuse métropole. Chose certaine, nous voulons y retourner encore et encore !

Vous trouverez, en cliquant sur les liens ci-dessous (dont un vidéo), davantage d’informations concernant la mission diplomatique de la délégation québécoise dans le cadre de la gigantesque manifestation en V du 11 septembre dernier :

– http://ssjb.com/manifestation-historique-a-barcelone-pour-lindependance-de-la-catalogne-maxime-laporte-et-des-militants-quebecois-au-coeur-de-laction/
– http://ssjb.com/mission-citoyenne-en-ecosse-et-en-catalogne-lever-le-vent-une-vague-despoir-pour-la-liberte-des-peuples-annexes/
– https://www.youtube.com/watch?v=Im86uCQQFL0

Demain : direction Berlin !

Plan du JOUR 5 :
Demain, nous nous envolerons à 9h50 vers Berlin où nous arriverons sur l’heure du dîner. Nous prendrons, bien entendu, un peu de repos en vue du colloque international du 15 septembre sur les nations aspirant à leur autodétermination où les peuples québécois, catalan, écossais et kurde seront représentés. Peut-être effectuerons-nous des rencontres diplomatiques et quelques visites de la capitale de l’Allemagne.

Lien vers l’album photo :https://www.facebook.com/virginie.simoneaugilbert/media_set?set=a.10205216994570228.1073741827.1406963457&type=3

Virginie Simoneau-Gilbert

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Qui ne risque rien n’a rien

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L’Écosse et le principe de précaution: avantage aux forces du Non

«La solidarité nous avait presque rendus risquophiles; nous voilà redevenus risquophobes», écrit François Ewald

Simon Couillard – Enseignant en philosophie au cégep de Victoriaville et doctorant en études québécoises, UQTR Le Devoir de philo, Le Devoir, 13/09/14

Le 18 septembre, les Écossais se prononceront sur l’indépendance de leur pays. La campagne référendaire aura duré presque quatre mois, durant lesquels les appuis au Oui auront augmenté de manière constante jusqu’à la quasi-égalité avec le Non, qui, au moment d’écrire ces lignes, domine légèrement dans les sondages. Un scénario qui, sur une durée plus longue, ressemble beaucoup à la campagne référendaire québécoise de 1995. Selon nous, les forces du Non disposent d’un avantage, de manière générale, depuis la fin du XXe siècle, lors de telles consultations. Pour mieux l’illustrer, nous suggérons de revenir à l’analyse du philosophe François Ewald, né en 1946, qui fut jadis l’assistant de Michel Foucault, au sujet du principe de précaution.

Selon Ewald, notre époque verrait le retour du « malin génie », celui-là même que la modernité avait cru conjurer. Le doute se serait réintroduit dans la pensée occidentale. La science, sur laquelle reposaient nos espoirs de progrès et de liberté, n’obtiendrait plus, de façon nécessaire, l’adhésion raisonnée des citoyens en général et des gestionnaires qui élaborent les politiques sociales, économiques, environnementales, etc. Dans les mots du philosophe, ce sont « les conditions ontologiques et épistémologiques » qui ont présidé à la façon moderne d’envisager les choses qui ont changé : depuis la fin du XXe siècle, la logique scientifique de la prévention aurait cédé le pas à une logique de la précaution.

Le principe de précaution, en tant que principe politique, a été formulé une première fois en 1992 dans le cadre de la Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement : « En cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement. » Depuis le Sommet de la Terre, on trouve cette règle au fondement de plusieurs textes de loi. Pour Ewald, qui a eu maille à partir avec certains environnementalistes, une mise en garde s’impose à son sujet : « Le champ de sa juridiction se limite en principe au domaine de l’environnement. Mais, il ne faut pas s’y tromper, dans la mesure où il s’agit d’un principe visant à instruire un certain type de prise de décision en situation d’incertitude, sa validité ne manquera pas de s’exporter hors de sa région d’origine. » Quelles sont les conséquences de cette logique nouvelle de l’action pour le domaine politique et comment en sommes-nous arrivés là ? Quel est le lien avec le référendum écossais ? Pour répondre à ces questions, il est utile dans un premier temps de reprendre l’enquête d’Ewald, qui analyse l’évolution de notre rapport au risque depuis le XIXe siècle.

Notion de responsabilité

À partir du milieu du XIXe siècle, les bourgeoisies nationales triomphent en Occident. Leur credo est celui du libéralisme politique et philosophique : chacun est responsable de lui-même. Pour Adolphe Thiers, futur président de la République française (1871-1873), que cite Ewald, « le principe fondamental de toute société […] est que chaque homme est chargé de pourvoir lui-même à ses besoins et à ceux de sa famille, par ses ressources acquises ou transmises ». Dans la société du XIXe siècle, selon Ewald, la prévoyance et la prudence sont des vertus cardinales : le malheur peut se produire, on doit en être conscient, mais il faut faire face de sa propre initiative. L’homme est sans excuse. L’action collective et la concertation ne sont pas exclues et relèvent en définitive de l’initiative individuelle, conformément à une certaine sagesse des affaires humaines. Ewald souligne que, dans le monde de la prévoyance, la notion de responsabilité est limitée, si on y compare son usage actuel en droit et en politique : « Comme en témoigne la jurisprudence de l’article 1382 du Code civil, la référence à la diligence du bon père de famille ou à certains standards de conduite professionnelle, on ne peut être tenu pour responsable qu’en fonction d’un certain savoir disponible, variable selon les activités. » Cette conception de la responsabilité changera radicalement au cours du siècle suivant.

Pour Ewald, le dispositif de responsabilité a été remplacé par un dispositif de solidarité au XXe siècle : « La grande question, dans l’ensemble des sociétés industrielles, fut celle des accidents du travail et des retraites. » La notion de « risque », nous rappelle le philosophe, fait son entrée dans le droit français avec la loi du 9 avril 1898 sur les accidents de travail : « Tout travail a ses risques ; les accidents sont la triste mais inévitable conséquence du travail même. » La faute devient un facteur de risque ; l’accident, une probabilité et une statistique. C’est le regard sur le monde qui s’est modifié : l’action n’est plus considérée dans ses dimensions morale et cosmologique. On l’envisage désormais dans le cadre d’une réalité sociale préjudiciable. Ainsi, la société est conçue « non pas comme agrégation d’individus qui se seraient liés entre eux en fonction de leur intérêt personnel, mais comme totalité, le bien et le mal de chacun dépendant de ceux de chaque autre ». Les dommages, les risques et les indemnités sont socialisés. On recourt aux experts pour en rationaliser la gestion, pour se prémunir et prévoir : assurance maladie, assurance automobile, assurance-emploi, pensions de vieillesse et d’invalidité, etc.

La catastrophe

La notion de précaution serait apparue plus récemment, dans un contexte bouleversé, indique Ewald : « Les XIXe et XXe siècles avaient été obsédés par le problème des accidents, on redécouvre la présence de la catastrophe, mais avec ceci que ces catastrophes ne renvoient plus, comme auparavant, à Dieu et à sa Providence, mais à des responsabilités humaines. » La catastrophe, un risque qu’on ne saurait prévoir, impose l’hypothèse d’une incertitude fondamentale dans la relation de causalité entre une action et ses effets. Un geste peut avoir des conséquences irréversibles et imprévues sur l’environnement, la faune, la société humaine, etc., des conséquences qui sont irréductibles à toute perspective d’indemnisation. Il importe dès lors d’appliquer un principe de précaution, de pratiquer un développement durable qui permet d’éviter l’irréparable. Ewald souligne ainsi le caractère « contre-révolutionnaire » du principe de précaution, comme « il a prétention à limiter l’innovation dans un cadre de progrès sans rupture ». Le principe exigerait de plus l’exercice du doute, sur le mode cartésien : « Je dois, par précaution, imaginer le pire possible, la conséquence qu’un malin génie infiniment trompeur aurait pu glisser dans les plis d’une entreprise en apparence innocente. » Cet impératif d’imaginer le pire par-delà la probabilité et la statistique permet de revenir à notre propos initial sur l’avantage des forces du Non dans le débat actuel sur l’indépendance de l’Écosse.

Le Québec, le confort et l’indifférence

Appliqué au contexte d’un référendum sur l’indépendance, on trouve sans doute une première formulation du principe de précaution dans l’excellent documentaire de Denys Arcand, Le confort et l’indifférence, datant du début des années 1980. Devant la caméra, Michelle Tisseyre, l’ancienne journaliste et animatrice à Radio-Canada, soutenait ce qu’on pourrait qualifier de pari pascalien inversé : « Moi, je peux me tromper. Bien sûr, je peux me tromper. Eux, en pensant que l’indépendance est la réponse pour le Québec, peuvent se tromper. Ça peut s’avérer un désastre […]. Par exemple, je ne suis pas du tout persuadée que le Canada laisserait un Québec étranger profiter de la valeur de sa monnaie […]. Donc on pourrait très bien avoir une monnaie québécoise […]. Si eux se trompent, il faudrait se serrer la ceinture, il y aurait beaucoup de pots cassés et ce serait, comme toujours, la masse de la population qui souffrirait. Si, moi, je me trompe, le pire qui puisse arriver, c’est que nous restions dans le statu quo. Or, moi, je trouve que le Québec n’a jamais aussi bien vécu. »

La campagne de Better Together, pour le Non en Écosse, s’appuie largement sur l’idée du désastre potentiel : qu’arrivera-t-il à nos emplois ? Qu’arrivera-t-il au sujet de l’accès aux universités britanniques ? Qu’arrivera-t-il des pensions militaires qui sont payées par le gouvernement britannique aux anciens soldats écossais ? Alistair Darling, chef de la campagne du Non, revient de façon constante sur l’idée d’une union monétaire éventuelle entre l’Écosse et le reste du Royaume-Uni, une idée défendue par les indépendantistes. À l’émission Scotland Tonight en janvier dernier, face à une animatrice coriace qui évoquait l’intérêt commun des entreprises écossaises et britanniques et un récent sondage dans lequel 71 % des Britanniques affirmaient soutenir une telle union dans le cas d’une victoire du Oui, il affirmait la chose suivante : « Vous ne pouvez pas présumer que le reste du Royaume-Uni suivrait la ligne tracée par Alex Salmond. On ne peut pas garantir cela, pas plus qu’on pourrait garantir que les Britanniques accepteraient un arrangement similaire avec la zone euro […]. Mais vous pouvez présumer que les choses ne vont pas toujours dans la direction où vous le pensez. »

Ainsi formulé, le principe de précaution semble d’une grande solidité sur le plan logique. Ewald dirait qu’il tire surtout son efficacité du sentiment de peur qui s’est emparé de nos sociétés modernes. « La solidarité nous avait presque rendus risquophiles ; nous voilà redevenus risquophobes », écrit-il. L’avantage est donc du côté de l’abstention, du « non, merci ». Cependant, si la précaution et son corollaire, la sûreté, sont des attitudes responsables devant le risque, le danger pour Ewald est qu’elles nous conduisent à l’inaction, anéantissant la disposition à innover et à entreprendre. Il n’y a donc pas de réponse simple au problème de la décision dans un contexte d’incertitude. Mais si les Québécois peuvent témoigner d’une chose, à l’usage des Écossais, c’est qu’une fois engagé dans le processus référendaire, le choix du statu quo est une illusion.

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Sur la route de l’autodétermination des peuples – 3

Virginie Simoneau-Gilbert, étudiante en Histoire et civilisation, sur la route de l’autodétermination des peuples.

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JOUR 3 : Barcelone

Aujourd’hui était une journée particulièrement chargée ! En effet, plongés, à la fois, dans le tourisme et les rencontres diplomatiques, nous avons regagné notre hôtel, au soir, dans une grande satisfaction … et fatigue, bien entendu.

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Tout d’abord, en début d’après-midi, nous nous sommes dirigés vers le Park Güell, célèbre espace vert conçu par Antoni Gaudi, architecte ayant également dessiné la célèbre Sagrada Familia, fameuse cathédrale qui trône fièrement au coeur de Barcelone. Ce parc, situé en hauteur par rapport au reste de la ville, offre une magnifique vue panoramique de Barcelone.

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Ses nombreux palmiers et petits sentiers rendent à cet espace vert un charme incontestable. Familles, groupes de musique espagnole et vendeurs de souvenirs participent d’ailleurs à une ambiance chaleureuse et dynamique. Ayant toutefois peu de temps et voulant voir le plus d’attraits touristiques possible de Barcelone, nous avons quitté le parc peu de temps après notre arrivée pour nous diriger vers la Place de la Catalogne.

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Une fois arrivés près de la Place de la Catalogne, nous avons pu prendre un dîner constitué de churros, languettes de pâte sucrées salées, trempées dans du chocolat. Il s’agit d’une spécialité culinaire de l’Espagne particulièrement populaire dans ce pays … et c’est compréhensible, car c’est effectivement très bon. Les papilles gustatives satisfaites, nous avons poursuivi notre route vers la Place de la Catalogne où trônent fièrement fontaines et statues. Il s’agit d’un espace magnifique facilement accessible par transports en commun (via le métro Catalunya) dont émane une impression de grandeur.

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Par la suite, nous avons déambulé dans les rues à proximité de la Plaça de Ramon Berenguer el Gran, ancien comte de Barcelone dès 1082, car nous avions, à proximité, une rencontre prévue pour 17h.

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En effet, à la terrasse d’un café, nous avons rencontré Jordi Solé, député du parti politique Esquerra Republicana, maire de la municipalité d’Alcalde de Caldes de Montbui et vice-secrétaire général des relations institutionnelles et internationales de l’ERC (http://www.jordi-sole.cat/). Nous avons discuté, en français (car Jordi Solé possède une excellente maîtrise de cette langue), pendant une heure, des situations politiques du Québec et de la Catalogne en cherchant, notamment, des parallèles entre nos nations respectives.

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Cette expérience enrichissante nous a permis d’en apprendre davantage sur l’oppression que vit la Catalogne depuis 1714 dans son état d’assujettissement à Madrid. La tête bouillonnant d’idées, nous avons ainsi dit au revoir à M. Solé à 18h pour nous diriger vers la place de l’Espagne.

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La place de l’Espagne, située près du métro Espanya, est un espace particulièrement impressionnant. En effet, deux gigantesques tours et une immense fontaine y trônent, exemples puissants de l’agressivité colonialiste de Madrid face à la Catalogne. Dernièrement, Madrid a d’ailleurs déclaré illégal le référendum (un exercice politique pourtant légitime) catalan, refusant ainsi toute ouverture envers la Catalogne et allant à l’encontre de la démocratie en Occident. Bref, très impressionnés par cette démonstration de force, nous nous sommes dirigés, pour 20h, à la Terra d’escudella, pour de nouvelles rencontres diplomatiques.

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La Terra d’escudella, un restaurant-bar indépendantiste typiquement catalan, est une place tout simplement géniale ! Fréquenté par certains leaders nationalistes catalans, l’endroit contient bon nombre d’affiches indépendantistes, communistes et écologistes, qui donnent à l’emplacement un charme certain. Bondé de monde et ce, même à 11h du soir, le restaurant donne lieu à de nombreuses discutions enflammées au sujet de la Catalogne aspirant à son autodétermination. Une vraie baraque de révolutionnaires ! C’est d’ailleurs à la Terra d’escudella que nous avons rencontré Anna Arqué, coordonnatrice du réseau Xarxa Referèndum 9N et son ami Joan, un historien catalan.

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De 20h à 23h, nous avons discuté non seulement des situations socio-politiques actuelles du Québec et la Catalogne, mais également de nos histoires et cultures respectives dans une ambiance particulièrement amicale. Nos camarades indépendantistes nous ont d’ailleurs aidés à lire le menu, écrit en catalan, et nous ont fait goûter à une liqueur typiquement catalane, dont le goût très puissant s’apparente à celui du sirop extra fort contre la toux (et ce n’est pas une blague). Ce souper avec ces gens extrêmement gentils, intelligents et cultivés, restera longtemps gravée dans notre mémoire. Nous les avons d’ailleurs invités à venir au Québec afin d’y observer le mouvement indépendantiste québécois. Il s’agissait de la rencontre politique la plus dynamique que nous avons jusqu’à présent effectuée. Deux personnes incroyables !

C’est donc épuisés mais satisfaits que nous avons regagné notre hôtel en fin de soirée, enrichis par ce souper merveilleux.

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Plan du JOUR 4 :
Au cours du jour 4, nous comptons visiter la Sagrada Familia, célèbre cathédrale conçue par l’architecte Antoni Gaudi, ainsi que le Musée Picasso, qui contient bon nombre de toiles du fameux peintre Pablo Picasso. Puis, nous irons, en fin de soirée, se promener sur la plage, attrait touristique important de Barcelone.

Virginie Simoneau-Gilbert

 

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Sur la route de l’autodétermination des peuples – 2

Virginie Simoneau-Gilbert, étudiante en Histoire et civilisation, sur la route de l’autodétermination des peuples.

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JOUR 2 : Barcelone

Wow … Que dire de ce jour grandiose … Aujourd’hui était une journée tout simplement SENSATIONNELLE. Encore imprégnée de l’immense ferveur nationaliste de la grande manifestation « Ara és l’hora », je peine à ressembler mes pensées qui se succèdent à un rythme effréné.

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Tout d’abord, après un peu de repos, nous nous sommes dirigés, vers 13h, à l’Arc de Triomf où se balance fièrement au vent le drapeau catalan en ce moment historique de grands rêves et projets pour la Catalogne. Des milliers de personnes avaient déjà envahi la place et ce, près de quatre heures avant la grande manifestation, afin de se procurer, aux nombreux kiosques, macarons, t-shirts, colliers, bracelets et autres souvenirs à l’effigie du drapeau catalan. Sous le soleil radieux de Barcelone et une température avoisinant les 30 degrés, nous avons ainsi acheté nos t-shirts officiels, de couleur rouge, de la manifestation ainsi que plusieurs macarons du « SiSi ».

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Par la suite, à l’intersection des rues Passeig de Lluis Compagnys et Carrer de Tralfagar, nous avons assisté, dès 14h, au défilé des motos. Ces assourdissants bolides, affichant drapeaux catalans et exprimant bruyamment leur sentiment nationaliste avec bon nombre de klaxonnements et vrombissements, ont paradé pendant plusieurs minutes autour de l’Arc de Triomf en guise de préambule au grand rassemblement de 17h14. Fier, ce cortège tonitruant était tout simplement magnifique à voir. Une excitation grandissante régnait dans la foule qui attendait la grande manifestation avec impatience. Tous, jeunes et moins jeunes, étaient présents pour assister à cette assourdissante parade dans la joie et la fête. C’était vivant, animé, réjouissant, chaleureux.

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Finalement, le moment tant attendu est arrivé. Vers 16h, nous avons pris place au sein de la « tram 64 » de la grande manifestation en forme de « V » symbolisant la victoire espérée du camp du oui et incitant les électeurs à aller voter le 9 novembre prochain. Dans cette section du rassemblement, nous avons déployé un géant du drapeau du Québec dont les dimensions sont de 8 X 12 pieds. Nous avons également affiché une banderole sur laquelle est inscrite « Le Québec està amb volsatres » (« Le Québec est avec vous » en catalan) afin de donner un maximum de visibilité au Québec dans cet événement à grand déploiement.

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Peu de temps avant 17h14, les indépendantistes, venus en grand nombre, ont formé des rangées de quatre personnes par couleur de t-shirt (c’est-à-dire jaune et rouge) afin de représenter, dans une vue d’ensemble de la manifestation, les franges du drapeau catalan. Des bénévoles sur place et des panneaux indiquant les numéros des rangées aidaient d’ailleurs à placer les gens dans cette organisation importante et complexe. Une ambiance particulièrement festive était omniprésente. Ballons, pyramides humaines, musique et confettis participaient, de ce fait, à cette atmosphère de réjouissance. Aînés, familles et enfants, tous étaient de la partie afin d’exprimer leur amour incommensurable pour leur pays en devenir, la Catalogne. L’assemblée nationale catalane, devant cette masse colossale, a d’ailleurs estimé la foule à 1,8 MILLION DE PERSONNES ! Une profonde impression de grandeur et de splendeur émanait de cette foule grandiose aspirant à sa liberté et son indépendance. C’est avec admiration envers la Catalogne que j’ai ainsi participé à ce magnifique rassemblement. Ce gigantesque événement est ainsi un excellent modèle de maifestation pacifique et démocratique pour le mouvement indépendantiste québécois qui peine présentement à mobiliser la population. Devant ce fort sentiment nationaliste affiché et assumé, le Québec ne peut que s’inspirer positivement de cette puissante vague de liberté qui balaie présentement la Catalogne. C’est d’ailleurs en aspirant à un mouvement indépendantiste aussi éclatant que celui des Catalans que les rêves des leaders nationalistes du Québec, tels que le Chevalier de Lorimier, leader important de la Rébellion des Patriotes (1837-1838), seront réalisés : « Malgré tant d’infortune, mon cœur entretient encore du courage et des espérances pour l’avenir, mes amis et mes enfants verront de meilleurs jours, ils seront libres. Un pressentiment certain, ma conscience tranquille me l’assurent. », écrivait-il dans son testament en 1839.

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Bref, cette manifestation était tout simplement SENSATIONNELLE. Jamais de ma vie je n’ai pris part à un rassemblement aussi impressionnant. C’était festif, réjouissant, chaleureux, familial, rassembleur, grandiose, sublime, extraordinaire, incomparable. C’était beau.
C’est donc la tête remplie de magnifiques souvenirs que nous avons regagné notre hôtel en fin d’après-midi.

Déroulement du JOUR 3 :
Durant la troisième journée, le 12 septembre, nous allons effectuer d’autres rencontres politiques avec des représentants du Sindicat d’Estudiants dels Països Catalans (SEPC) à 12h ainsi qu’avec Anna Arque du réseau référendum 9N à 18h. Nous travaillons également présentement à obtenir une rencontre avec l’Assemblée nationale catalane dans les prochains jours.

Aperçu vidéo de l’ambiance de la grande manifestation :
https://www.facebook.com/video.php?v=10205225368379568

Lien vers l’album photo :
https://www.facebook.com/virginie.simoneaugilbert/media_set?set=a.10205216994570228.1073741827.1406963457&type=3

Articles et photos à propos de la mission à Barcelone :
http://quebec.huffingtonpost.ca/2014/09/11/manifestation-a-barcelone-des-quebecois-parmi-la-foret-de-drapeaux-catalans_n_5807404.html
http://ssjb.com/la-societe-saint-jean-baptiste-a-barcelone/
http://ssjb.com/selon-lanc-le-troisieme-referendum-quebecois-sera-gagnant/

Virginie Simoneau-Gilbert

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Sur la route de l’autodétermination des peuples – 1

Virginie Simoneau-Gilbert, étudiante en Histoire et civilisation, sur la route de l’autodétermination des peuples.

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JOUR 1 : Paris et Barcelone

– Paris :

Après un départ de Montréal dans une grande fébrilité, nous sommes arrivés pour une escale de presque sept heures à Paris à 8h21 du matin, heure de l’Europe. Puisque nous embarquions pour le vol vers Barcelone seulement à 14h55, nous avons donc décidé de prendre un bain, très court, certes, de la ville lumière et ce, malgré le manque de sommeil important dont nous souffrions.
Tout d’abord, après avoir passé les douanes, nous nous sommes dirigés, avec le train RER, dont une ligne assure le transport entre l’aéroport Charles-de-Gaulle et l’île de la Cité, vers les Champs-de-Mars, devant lesquels trône fièrement la Tour Eiffel. Les Champs-de-Mars, lieu important de la Révolution française où se tinrent de nombreux rassemblements républicains (dont celui, tristement célèbre, du 17 juillet 1791, dans lequel 50 personnes trouvèrent la mort), sont aujourd’hui un immense espace vert de Paris où se déroulent, chaque année, bon nombre d’activités.
Par la suite, après cette courte promenade au pied de la Tour Eiffel, nous nous sommes dirigés vers le Café de Flore, sur le boulevard Saint-Germain, dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés, pour y dîner. Célèbre pour y avoir été fréquenté par de grands intellectuels du 20e siècle, le Café de Flore a notamment servi café et viennoiseries à Albert Camus, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Louis Aragon, André Breton, Eugène Ionesco, Boris Vian, Emil Cioran, et tant d’autres. Certains d’entre eux, tels que Camus et Sartre, se sont d’ailleurs intéressés à la question des peuples aspirant à leur autodétermination (et, en particulier, à l’époque, le peuple algérien, qui se trouvait alors en pleine guerre d’indépendance).

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Finalement, après avoir savouré de succulentes pâtisseries et siroté un bon café, nous nous sommes dirigés vers la cathédrale Notre-Dame de Paris, située sur l’Île de la Cité. Lieu mythique de la ville lumière, la grandiose Notre-Dame a su inspirer, au fil des époques, de nombreux auteurs, dont nul autre que le père du romantisme, Victor Hugo, avec son célèbre roman du même nom publié en 1831.

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Toutefois, malgré le peu de temps passé à Paris, ces quelques heures ont été particulièrement marquantes. En effet, marcher dans ces lieux remplis d’histoire et empreints d’une profonde tradition républicaine fut, certes, un moment très émouvant qui restera, le plus longtemps possible (nous l’espérons), gravé dans notre mémoire. Assurément, Paris la magnifique saura nous inspirer pour la suite de notre voyage à Barcelone, Berlin et Édimbourg.

– Barcelone

Après un départ de Paris vers 15h40, nous sommes arrivés à Barcelone vers 17h50 sous un soleil magnifique et une température avoisinant les 28 degrés Celcius.
En premier lieu, après avoir récupéré nos bagages, nous nous sommes dirigés en direction de notre hôtel, situé à cinq minutes à pied d’une bouche de métro dans la banlieue de Barcelone, Hospitalet. Durant ce trajet, nous avons pu admirer, notamment, de nombreux drapeaux catalans accrochés aux balcons et fenêtres, symboles d’un sentiment nationaliste très fort chez la population à la veille du référendum qui se tiendra le 9 novembre prochain. On peut ainsi constater que la question nationale est une préoccupation quotidienne chez les catalans. À la vue de tous ces drapeaux, il est presque impossible de ne pas se sentir fortement impressionné par cette ferveur patriotique affichée et assumée … qui détonne, certes, avec celle que l’on retrouve chez la population québécoise. D’autres réflexions concernant le nationalisme en Catalogne suivront bientôt …

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En second lieu, nous avons fait la rencontre de Miquel Vila puis, brèvement, de Maria Corrales, représentants du Sindicat d’Estudiants dels Països Catalans (SEPC). Ces jeunes indépendantistes s’impliquent pour la libération de la Catalogne depuis de nombreuses années. De gauche, ces deux militants ne rendent toutefois pas conditionnelle la lutte indépendantiste à un projet social, contrairement à certaines autres branches du mouvement nationaliste catalan qui voient l’autodétermination de la Catalogne comme un moyen permettant de parachever la lutte des classes menée depuis le 19e siècle. Cette vision socialiste de l’indépendance est d’ailleurs également présente au Québec, notamment chez le parti Québec Solidaire (QS) ou chez le Mouvement Progressiste pour l’Indépendance du Québec (MPIQ). En ce qui a trait aux convictions politiques de jeunes militants tels que Miquel Vila et Maria Corrales, leur idée de l’indépendance se rapproche, au Québec, de celle véhiculée par le parti Option Nationale (ON), organisation qui considère l’autodétermination du Québec comme prioritaire et urgente. « Avant d’être à gauche ou à droite, il faut être. », est d’ailleurs une phrase que Jean-Martin Aussant, fondateur d’Option Nationale, a de nombreuses fois citée dans ses allocutions.

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Par la suite, après une longue discussion politique autour d’une sangria, Miquel nous a conduits à une spectaculaire marche aux flambeaux indépendantiste. Il est d’ailleurs assez surprenant de retrouver un tel rassemblement à la veille de la gigantesque manifestation en forme de « V » symbolisant la victoire espérée du camp du oui. Ce genre de démonstrations nombreuses est ainsi un exemple flagrant de l’immense sentiment nationaliste présent chez la population. À la fois fatigués et satisfaits, nous avons regagné notre hôtel, empreint d’une première forte impression du mouvement indépendantiste catalan.

Petites découvertes étonnantes de la première journée :
1- Le café crème de Paris.
2- L’air pincé et un peu désagréable de certains Parisiens …
3- Les drapeaux catalans accrochés en grand nombre aux fenêtres et balcons des appartements de Barcelone.
4- Le métro de Barcelone extrêmement bien fait qui possède l’air climatisé, le réseau ainsi qu’un système indiquant l’arrivée du prochain train à la seconde même.
5- L’activité intense qui règne à Barcelone et ce, même à 23h un mercredi soir.

Déroulement du JOUR 2 :

Durant la deuxième journée, nous prendrons part, au sein d’une délégation québécoise, à la manifestation du grand « V » de 17h14 (1714 étant la date de l’annexion de la Catalogne à l’Espagne après la Guerre de Succession d’Espagne) à 20h14 (2014 étant la date prévue du référendum du 9 novembre prochain). Nous tenterons également, durant les jours qui suivront, de rencontrer des représentants de l’Assemblée Nationale Catalane (ANC). D’autres détails et réflexions concernant le nationalisme catalan suivront …

Sur ce,

Ara és l’hora !

Lien vers l’album photo : https://www.facebook.com/media/set/?set=a.10205216994570228.1073741827.1406963457&type=1&l=3ecbb3cc84 »

Virginie Simoneau-Gilbert

 

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D’un référendum l’autre

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De Québec à Édimbourg

Christian Rioux, Le Devoir, 12/09/14

À une semaine du référendum sur l’indépendance de l’Écosse, les spéculations vont bon train. Alors que la victoire pourrait se jouer dans un mouchoir de poche, chacun y va, au Québec, de ses théories pour expliquer le regain du nationalisme écossais alors que son équivalent québécois est aujourd’hui à bout de souffle.

Le premier serait « civique », entend-on dire, alors que le second aurait l’affreux défaut d’être « ethnique » et « refermé sur lui-même ». Ceux qui connaissent l’Écosse savent pourtant qu’il y a beaucoup plus de tartans à Glasgow que de ceintures fléchées à Montréal et que le programme du Scottish National Party n’est pas si différent de celui du PQ depuis 30 ans. On aura compris que ces jugements péremptoires visent d’abord à nourrir la petite polémique locale. Comme si l’on pouvait attribuer l’échec historique de 50 ans de nationalisme québécois — car c’est bien de cela qu’il s’agit — à quelques revirements tactiques ou électoralistes.

Ceux qui veulent comprendre le dynamisme du nationalisme écossais feraient mieux de se tourner vers l’Histoire. On ne comprend rien à l’Écosse si l’on ne sait pas que, comme la Catalogne, elle a déjà été indépendante. Le Québec n’était même pas dans les limbes que l’Écosse, alliée à la France dès 1295, était un royaume dont l’indépendance conquise de haute lutte fut reconnue par Londres en 1328. Contrairement aux Québécois, les Écossais n’ont jamais été véritablement conquis. En 1603, l’accession de Jacques 1er au trône d’Angleterre peut même être considérée comme une annexion de la Grande-Bretagne par le royaume d’Écosse. Nation reconnue depuis toujours, les Écossais sont plutôt dans la situation d’un peuple qui songe à récupérer ses billes en se retirant de l’Union que lui imposa l’Angleterre en 1707.

Les Québécois, eux, n’ont jamais eu de billes à échanger et une partie d’entre eux n’est toujours pas convaincue d’appartenir à une nation distincte. Contrairement à l’Écosse, au Québec, l’Acte d’union (1840) et celui de l’Amérique du Nord britannique (1867) sont venus sceller la Conquête d’une poignée de colons qui n’avaient pas eu le temps de se percevoir comme un peuple. Autre différence essentielle, dès le XVIIe siècle, grâce à son université, Édimbourg fut un haut lieu de la Renaissance européenne, comme en témoigneront l’économiste Adam Smith et le philosophe David Humes. On ne trouve pratiquement pas trace de telles Lumières au Québec où les rares étincelles furent noyées dans le sang en 1837-1838. Pire, le Québec deviendra le refuge de tous les réactionnaires qui fuient la République et la Révolution, loyalistes américains et religieux français réfractaires confondus.

On l’aura compris, l’idée d’être « nés pour un petit pain » n’a jamais effleuré l’esprit des Écossais. Contrairement au Québec qui sera marginalisé pendant deux siècles culturellement, économiquement et politiquement au sein de l’Union puis de la Confédération, l’Écosse a bénéficié de son union avec l’Angleterre en participant largement à l’entreprise coloniale. À titre d’exemple, ce sont des Écossais qui ont fondé la plupart des grandes banques canadiennes. On a beau chercher, on ne trouve pas de grande banque canadienne-française en Inde. On n’imagine pas non plus le leader souverainiste écossais Alex Salmond raconter sans broncher, comme le fit récemment Lucien Bouchard, que ses fils l’ont traité de « loser ».

Si le nationalisme écossais a des racines plus profondes que le nationalisme québécois, il affronte aussi un ennemi moins redoutable. La renaissance de l’identité écossaise entre les deux guerres est liée au déclin de l’Empire britannique. Aujourd’hui, l’Écosse affronte un Royaume-Uni depuis longtemps revenu de ses rêves de grandeur où le nationalisme anglais est plus que moribond. Ce n’est pas le cas du nationalisme« canadian »qui peut être virulent et perçoit l’indépendance du Québec comme une atteinte impardonnable à l’unité canadienne. Octobre 1970 est là pour en témoigner. L’esprit orangiste qui prévaut à Ottawa fait plus penser à l’Ulster qu’à l’Angleterre. Contrairement au Canada, celle-ci s’est d’ailleurs engagée de bonne foi à respecter la volonté exprimée par une majorité de 50 % plus un des électeurs. Rappelons de plus que les Écossais ne vivent pas à 30 km de la frontière américaine.

Voilà pourquoi, quel que soit le résultat du référendum, les Écossais ont toutes les chances d’en sortir gagnants. Si le Oui perd de justesse, il est évident que l’Écosse obtiendra de nouvelles concessions de Londres. Au Canada, les échecs référendaires de 1980 et de 1995 ont plutôt entraîné un raidissement de la politique revancharde d’Ottawa et une réduction des compétences et de la liberté du Québec.

Ces échecs provoquent aujourd’hui un effondrement du nationalisme québécois qui se retrouve dans une situation qui n’est pas sans rappeler l’ère préduplessiste du régime corrompu de Louis-Alexandre Taschereau. Bref, Québécois et Écossais n’ont ni la même histoire ni les mêmes ennemis. Surtout, les Écossais n’ont jamais cultivé cette haine d’eux-mêmes qui est une spécialité véritablement québécoise.

BLx

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Beaucoup de «tech» mais pas de «biblio»

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Une bibliothèque sans livres

Florida Poly renverse le modèle multimillénaire

Stéphane Baillargeon, Le Devoir, 2/09/14

En consultant un dictionnaire (en ligne ou en papier), on apprend qu’un paradoxe, selon l’étymologie, désigne une idée contre (para) l’opinion (doxa). C’est aussi une proposition qui semble contenir une contradiction, ou une absurdité, comme le paradoxal couteau de Lichtenberg, objet « sans lame auquel ne manque que le manche ».

La nouvelle magnifique bibliothèque de la Florida Polytechnic University, Florida Poly ou FPU, située à Lakeland, pousse le paradoxe au paroxysme. Le grand édifice blanc ne contient aucun ouvrage traditionnel, pas de gros volumes encyclopédiques, aucun manuel scolaire, aucun dictionnaire ni recueil de textes, monographies ou thèses savantes imprimés sur du bon vieux papier. En plus, dans cette bibliothèque sans livres, les usagers sont encouragés à briser le silence, à travailler en équipe et à utiliser à fond tous les bidules modernes de la communication. Bref, c’est une bibliothèque et ce n’en est plus une. C’est même plus qu’une médiathèque. C’est bel et bien un paradoxe.

Les quelque 550 étudiants ont commencé à en prendre possession du lieu la semaine dernière, avec la rentrée des classes. « C’est fascinant d’observer comment les étudiants utilisent l’espace, explique au Devoir Kathryn Miller, directrice de la nouvelle bibliothèque. Nous, du personnel, nous y sommes depuis environ un mois et nous l’apprécions beaucoup. Les étudiants apportent une énergie supplémentaire et permettent d’éprouver les choix qui ont été faits. »

La directrice Miller donne alors l’exemple du mobilier original. « Les meubles sont dessinés pour permettre aux usagers d’interagir, d’échanger entre eux. Cet équipement permet en fait de hausser le niveau de collaboration entre les étudiants et finalement le niveau d’apprentissage lui-même. »

L’entrevue téléphonique planifiée a été légèrement retardée par l’étirement d’une rencontre avec un groupe d’étudiants. « Ils étudient en mathématiques. Je leur ai expliqué comment ils peuvent utiliser les outils numériques à leur disposition, mais je les ai aussi encouragés à échanger entre eux au sein de la bibliothèque. C’est toute une nouvelle manière de concevoir et d’occuper un espace traditionnellement réservé à la lecture de livres en silence. »

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Des livres en fait, il s’en trouve là aussi, mais sous une forme dématérialisée. La collection numérique comptant environ 135 000 ouvrages peut être consultée sur place et de partout dans le monde après une connexion au portail de l’institution universitaire.

« Notre université prépare ses étudiants pour un monde du travail dominé par la technologie de pointe, dit encore Mme Miller. Nous voulons leur donner une expérience directe et approfondie de cette réalité. Cette option fondamentale de l’université devient aussi celle de sa bibliothèque. »

Le traditionnel comptoir de service a été rebaptisé « success desk ». Les usagers sont encouragés à se passer de papier à toutes les étapes de la formation, y compris quand il s’agit de présenter des travaux universitaires. Des livres imprimés, à l’ancienne, peuvent être obtenus et prêtés après une demande auprès des onze autres universités du réseau floridien.

Les informations numérisées offrent de grands avantages comparatifs. Les recherches se simplifient énormément et les découvertes accidentelles d’informations pertinentes se multiplient. En plus, les collections numériques, modulables à volonté, peuvent s’adapter quasi instantanément aux demandes des usagers. Par contre, la technologie vieillit rapidement et les abonnements aux sources numériques, contrôlés par une poignée de grandes entreprises, coûtent cher.

Le fond et la forme

Il ne s’agit pas d’une première mondiale. The BiblioTech, entièrement dédiée aux eBooks, a été inaugurée il y a un an à Santiago au Texas. Les livres dématérialisés peuvent y être empruntés (avec lectrices numériques), cinq à la fois, pour une période de deux semaines. La médiathèque de la NASA fonctionne aussi sur ce modèle sans papier.

Par contre la bibliothèque du XXIe siècle de la FPU perpétue en la renouvelant la tradition des lieux de savoirs sublimes. Une bibliothèque, avec ou sans livres, doit encore et toujours être bien faite et bien pleine. Au fond, le fond et la forme ne font qu’un. Au fond, on peut juger un livre à sa couverture comme on doit juger une bibliothèque à ses murs et sa toiture. C’est un autre paradoxe.

Celui-là suscite l’admiration. L’édifice ovale et blanc de la bibliothèque de la Florida Poly semble découpé dans la dentelle de marbre. On y reconnaît immédiatement la touche de l’Espagnol Santiago Calatrava, la structure ajourée, les formes harmonieuses, la pureté blanchâtre dominante.

Calatrava a imaginé tout le campus. Le résultat fait rêver avec ses constructions futuristes déposées au milieu d’un lac artificiel lui-même entouré d’une magnifique forêt. On se croirait dans un décor d’une planète idyllique d’une planète de la série de films La guerre des étoiles.

« Nous avons choisi de construire un lieu autour d’une collection dématérialisée pour apprendre à nos étudiants à travailler avec des outils numériques, comment les utiliser pour trouver de l’information, mais aussi comment la stocker et comment la lire, conclut la directrice Miller. Nous formons des alphabètes numériques. »

BLx

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La Fiction Historique, l’Histoire fictive

À lire en ayant présents à l’esprit certains passage de la Poétique d’Aristote…

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AUTOUR DU RÉCENT ESSAI DE LOUIS HAMELIN

Fabriquer l’Histoire

Jonathan Livernois, Le Devoir, 27/08/14

Faits, fictions, souvenirs, oublis : où est la vérité quand on se met à fabriquer, à récupérer l’Histoire ? L’essayiste Jonathan Livernois et Louis Hamelin en discutent autour du récent essai de ce dernier.

Quand le gouvernement fédéral décide que le Musée canadien des civilisations devient le Musée canadien de l’histoire, on se dit que la connaissance du passé est entre de bonnes mains. Tout dépend, bien sûr, de l’histoire qu’on choisit : Thérèse Casgrain en a récemment fait les frais. À une époque où les politiciens font bien ce qu’ils veulent et où les historiens ne rejoignent que rarement un large public, on souhaite que les romanciers s’y donnent à coeur joie. Pas pour camper un décor nostalgique où « il était une fois des gens heureux ». Mais bien plutôt pour que ça fasse mal. À ce titre, Louis Hamelin en connaît un bon bout, surtout après son roman La constellation du lynx (Boréal, 2010). Son essai qui paraît ces jours-ci aux Presses de l’Université de Montréal, Fabrications, lui permet d’aborder ces questions cruciales que sont notre rapport à la vérité, notre rapport à la fiction, notre rapport à toutes les récupérations officielles ou non de l’histoire, cette bête sensible.

La Crise d’octobre est, comme plusieurs événements de notre histoire nationale, un véritable panier de crabes. La mort de Pierre Laporte est-elle un accident ou un meurtre ? Les autorités policières connaissaient-elles les planques des felquistes à Saint-Hubert et à Montréal-Nord ? Ça prenait un romancier, pas gêné pour deux sous et tenace comme Hamelin, pour s’en mêler. Le roman peut-il dire vrai ? Peut-il viser plus juste que l’histoire des historiens ? Partant de deux interprétations de l’enlèvement par les Brigades rouges du président du Conseil italien, Aldo Moro, en 1978, qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui de Pierre Laporte, l’écrivain révèle crûment l’alternative : ou bien on accepte l’idée que quelqu’un va finir par dire toute la vérité sur la Crise d’octobre ou bien on tient le pari qu’il n’y a que des vérités partielles qui se contredisent et s’entrechoquent.

Fabrications est la démonstration que, dans un contexte où personne n’offre de réponses satisfaisantes, écrire un roman est la seule façon de nettoyer, autant que faire se peut, les écuries d’Augias. L’auteur l’écrit : « J’en suis tranquillement venu à la conclusion que la fiction officielle devait être combattue par la fiction. » Plus encore, il s’agira pour lui d’écrire un roman « heuristique », publié « expressément pour heurter les conceptions bien établies des historiens patentés ». Ses idées sont claires : les autorités policières, sous le couvert d’une soi-disant inefficacité, en savaient beaucoup plus long sur les felquistes qu’elles ne voulaient le dire. Elles les laissèrent manoeuvrer pour mieux se discréditer. La conclusion de l’écrivain sur la mort de Pierre Laporte est lourde de conséquences : « La mort de Laporte fut bien, aucun doute là-dessus, le résultat d’une sorte d’accident… Le noeud de l’affaire, c’est qu’on permit à cet accident d’arriver. » Hamelin est convaincant, malheureusement.

Inventions

Cet essai est lucide, souvent drôle et particulièrement inventif. Il n’empêche qu’une question s’impose : si le roman a été le lieu de toutes ces révélations, pourquoi choisir l’essai pour boucler la boucle ? On a l’impression qu’il existe, chez Hamelin, une différence de degré entre le roman et l’essai, comme si ce dernier genre se rapprochait davantage du « réel ». On ne joue plus ? Hamelin discute avec son alter ego fictif, Samuel Nihilo, qui était au coeur de son roman La constellation du lynx. Nihilo lui rappelle que ce qu’il dit n’est pas nouveau, qu’il tenait des propos semblables dans le roman. Hamelin répond tout de go : « Ouais, mais de le répéter ici, dans un essai, ça me fait drôle. » Comme si le romancier avait tout à coup l’impression de se mettre à nu, de ne plus avoir d’abri littéraire. Mais, pourtant, l’essai n’est-il pas un autre genre tout aussi fictif que le roman ? Hamelin, en entrevue, confie son désaccord : « L’essai est “ construit ”, bien sûr, comme tout texte littéraire, c’est une fabrication, ce qui n’entraîne nullement qu’il doive être considéré comme fictif à l’instar d’un roman. »Pourtant, l’écrivain, inspiré notamment par Norman Mailer, utilise des techniques romanesques pour construire son essai : café partagé avec son alter ego Nihilo, narration à la troisième personne, faux entretien téléphonique avec Réjean Tremblay, en train d’écrire un nouvel épisode de ScoopVIII, et transformation du professeur de littérature Jacques Pelletier en « personnage d’autofiction ». Quoi qu’Hamelin en dise, l’essai est bel et bien traversé de fictions.

On retiendra notamment une scène ironique où Hamelin donne à lire un extrait du « scénario » que Réjean Tremblay est en train d’écrire. Scoop VIII – Le Bleuet fait des p’tits : on retrouve le personnage qu’interprétait jadis Roy Dupuis, le journaliste playboy Michel Gagné. Par une étonnante coïncidence, ce Gagné enquête aussi sur la Crise d’octobre. Tout à coup, le faux personnage de Tremblay devient une sorte de double d’Hamelin. Et nous voilà tous plongés dans un pastiche de série B ou un mauvais roman policier. Rien de tout cela n’était donc sérieux ? Du carton-pâte ?Fabrications serait un jeu d’écrivain, en somme.

Il n’y a pas grand-chose de réglé au sortir de Fabrications. Quand on repense à Octobre, ça fait toujours aussi mal. C’est sans doute la principale qualité de cet essai, qui n’en manque pourtant pas. D’ailleurs, il a reçu le prix Études françaises 2014. L’un des premiers lauréats de ce prix fut Gaston Miron, à qui on avait ainsi arraché L’homme rapaillé. C’était en 1970, quelques mois avant son arrestation et celle de 450 personnes, tandis que le gouvernement canadien venait de voter la loi sur les mesures de guerre…

Louis Hamelin, Fabrications: essai sur la fiction et l’histoire, Presses de l’Université de Montréal, 2014

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Le nihilisme carnavalesque et baroque des frères Chapman

«Les jambes poilues de Dieu, Ronald McDonald crucifié, une orgie de squelettes nazis psychotiques et des mannequins KKK en chaussettes rayées arc-en-ciel. Voilà quelques uns des flash-back que pourraient avoir les visiteurs après avoir fait l’expérience de Come and see, la dernière exposition des artistes britanniques Jake et Dino Chapman.»

Cheryl Sim, Commissaire, DHC/ART

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Jake & Dino Chapman, Come and see, DHC/ART

Mouvements: Idées clés pour comprendre

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Racisme et Patriotisme aux USA

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Crise de Ferguson

Lorsque le patriotisme suit la couleur de la peau

Francis Langlois – Chercheur associé à l’Observatoire des États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand,

La répression menée par les autorités policières dans les rues de Ferguson au Missouri depuis la mort de Michael Brown contraste avec le traitement que le rancher Cliven Bundy a reçu en avril dernier lorsque lui et ses comparses, armés de fusils d’assaut, ont résisté à la saisie de son bétail par des agents fédéraux. Cette saisie était justifiée par des impôts impayés par Bundy, une somme s’élevant à plus d’un million de dollars, alors que celui-ci profitait des terres que le fédéral met à la disposition de certains éleveurs à un prix plus que modique.

Devant la menace, les agents fédéraux ont reculé. La situation a été désamorcée après une douzaine de jours de confrontation par le shérif du comté. Bundy comme ses acolytes s’en sont sortis indemnes et libres. Malgré la violence et la culpabilité de ceux-ci, les médias conservateurs, Fox en tête, ont appuyé la cause de Bundy et ont récupéré sa rhétorique antigouvernementale et libertarienne affirmant qu’ils résistaient à un gouvernement illégitime et oppressif. Au plus fort de sa popularité, certains politiciens républicains, suivant les médias, ont qualifié Bundy de « patriote ». Le rancher, direct et frondeur, a toutefois perdu tout son capital de sympathie, du moins officiellement, lorsqu’il a étalé son racisme une semaine plus tard en affirmant notamment qu’il se demandait si les jeunes Afro-Américains n’étaient pas mieux de vivre sous le régime esclavagiste du XIXe siècle que sur les subsides du gouvernement actuel.

Comment un homme armé jusqu’aux dents ayant menacé des agents fédéraux et promouvant la révolte populaire a-t-il pu être qualifié de « patriote » alors que les manifestants de Ferguson montrant eux aussi leur remise en question de l’autorité publique, sans armes toutefois, ne le sont pas ?

Aux États-Unis, la couleur de la peau influence non seulement la réaction de la police, mais aussi le discours utilisé par les acteurs, les médias et la classe politique lors d’affrontements publics. En effet, si personne ne qualifie les habitants de Ferguson de « patriotes », il faut dire que les manifestants ne se présentent pas ainsi, car l’imaginaire patriotique américain actuel ne les rejoint pas.

Pour l’instant, les symboles qui peuplent cet imaginaire — pensons aux Minutemen ayant combattu lors de la Révolution ou encore aux cowboys ayant conquis l’Ouest, par exemple — sont monopolisés par la droite blanche masculine se retrouvant notamment dans le Tea Party ou la NRA, ce qui explique en grande partie pourquoi les minorités visibles boudent ces mouvements.

Pour comprendre ce phénomène, il faut remonter à la lutte pour les droits civiques menée dans les années 1960 par les minorités visibles, les femmes, les homosexuels, et surtout à la réaction des années 1970. À ce moment, tous les gains obtenus par ces groupes sont présentés par la droite et ses organes médiatiques comme étant une perte de privilège pour une autre minorité, les hommes blancs de la classe moyenne.

Outre cette perte de privilège, le discours conservateur accuse les bénéficiaires des réformes des années 1960 d’être aux crochets du gouvernement fédéral, et donc, d’être des parasites vivant sur les impôts payés par ces mêmes hommes blancs. Afin de mobiliser sa base électorale, la droite a récupéré tous les symboles patriotiques en les associant à un passé idéalisé dans lequel l’ordre social et la liberté de tous sont assurés et encadrés par l’homme blanc, ce à quoi Bundy faisait référence en parlant de l’esclavage.

Pour ceux ayant obtenu la reconnaissance de leurs droits depuis les années 1960, les symboles traditionnels du patriotisme sont au mieux teintés de paternalisme, au pire de domination et d’exploitation, ce qui explique pourquoi les manifestants de Ferguson ne se réclament pas du patriotisme de Cliven Bundy.

BLx

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Lire sur du papier

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Lire sur du papier pour mieux comprendre

Mélanie Loisel, Le Devoir, 16/08/14

Ils sont encore nombreux, les amoureux de la lecture, à aimer tenir dans leurs mains un livre en papier qu’ils peuvent serrer, feuilleter et même sentir au besoin. Ces derniers réfractaires aux technologies numériques vont donc être heureux d’apprendre que la lecture d’un texte en papier permet d’avoir une meilleure et plus complète compréhension que la lecture d’un texte numérique. C’est du moins ce que révèle une nouvelle étude de chercheurs norvégiens et canadiens effectuée au Centre de lecture de l’Université de Stavanger en Norvège.

Dans cette étude, les chercheurs précisent que la lecture sur une tablette numérique a l’avantage de se faire beaucoup plus rapidement, mais notre mémoire retient moins longtemps les informations lues sur un écran numérique. Pour en arriver à cette conclusion, une classe de 72 élèves de 4e secondaire a été divisée en deux, où la moitié des élèves ont dû lire un texte en format PDF et l’autre moitié en format papier. Les élèves devaient par la suite répondre à un questionnaire pour évaluer leur compréhension du contenu. Et les résultats ont clairement démontré que la compréhension des textes était beaucoup plus développée chez les élèves ayant lu les versions papier.

Selon les scientifiques, la texture, l’odeur, l’épaisseur, la couverture et la quatrième de couverture d’un livre permettent aux lecteurs d’établir une meilleure « carte mentale du texte »,ce qui facilite leur compréhension. Des recherches précédentes avaient d’ailleurs démontré que plus un texte est long, plus la carte mentale est importante.

Lorsqu’une personne lit sur une tablette électronique, il lui est donc impossible d’avoir une idée de la longueur d’un texte, alors qu’une ou deux pages peuvent s’afficher sur son écran. De plus, la sensation de toucher un écran du bout de ses doigts n’est pas la même que celle de la texture du papier qui, elle, est beaucoup plus stimulante. La chercheuse en chef Anne Mangen constate que cette expérience a permis de prouver qu’il y a vraiment un lien entre le corps et l’esprit. Dans le fond, elle a démontré que le cerveau apprend beaucoup mieux quand une personne peut à la fois toucher et voir son livre.

Mais comme les technologies sont devenues incontournables, Mme Mangen croit qu’il faudra voir dans l’avenir à développer davantage des outils qui permettront d’augmenter l’expérience sensorielle des lecteurs pour assurer leur compréhension du contenu. D’ici là, le bon vieux livre en papier demeure encore la meilleure chose à se mettre sous la main.

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Lettre d’Émile Zola à la jeunesse

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En ce 12 août, journée internationale de la jeunesse, cette lettre d’Émile Zola écrite dans la tourmente de «l’affaire Dreyfus»:

– Où allez-vous, jeunes gens, où allez-vous, étudiants, qui courez en bandes par les rues, manifestant au nom de vos colères et de vos enthousiasmes, éprouvant l’impérieux besoin de jeter publiquement le cri de vos consciences indignées?

Allez-vous protester contre quelque abus du pouvoir, a-t-on offensé le besoin de vérité et d’équité, brûlant encore dans vos âmes neuves, ignorantes des accommodements politiques et des lâchetés quotidiennes de la vie ?

Allez-vous redresser un tort social, mettre la protestation de votre vibrante jeunesse dans la balance inégale, où sont si faussement pesés le sort des heureux et celui des déshérités de ce monde ?

Allez-vous, pour affirmer la tolérance, l’indépendance de la raison humaine, siffler quelque sectaire de l’intelligence, à la cervelle étroite, qui aura voulu ramener vos esprits libérés à l’erreur ancienne, en proclamant la banqueroute de la science ?

Allez-vous crier, sous la fenêtre de quelque personnage fuyant et hypocrite, votre foi invincible en l’avenir, en ce siècle prochain que vous apportez et qui doit réaliser la paix du monde, au nom de la justice et de l’amour ?

– Non, non ! Nous allons huer un homme, un vieillard, qui, après une longue vie de travail et de loyauté, s’est imaginé qu’il pouvait impunément soutenir une cause généreuse, vouloir que la lumière se fasse et qu’une erreur soit réparée, pour l’honneur même de la patrie française !

Ah, quand j’étais jeune moi-même, je l’ai vu, le Quartier latin, tout frémissant des fières passions de la jeunesse, l’amour de la liberté, la haine de la force brutale, qui écrase les cerveaux et comprime les âmes. Je l’ai vu, sous l’Empire, faisant son oeuvre brave d’opposition, injuste même parfois, mais toujours dans un excès de libre émancipation humaine. Il sifflait les auteurs agréables aux Tuileries, il malmenait les professeurs dont l’enseignement lui semblait louche, il se levait contre quiconque se montrait pour les ténèbres et pour la tyrannie. En lui brûlait le foyer sacré de la belle folie des vingt ans, lorsque toutes les espérances sont des réalités, et que demain apparaît comme le sûr triomphe de la Cité parfaite.

Et, si l’on remontait plus haut, dans cette histoire des passions nobles, qui ont soulevé la jeunesse des écoles, toujours on la verrait s’indigner sous l’injustice, frémir et se lever pour les humbles, les abandonnés, les persécutés, contre les féroces et les puissants. Elle a manifesté en faveur des peuples opprimés, elle a été pour la Pologne, pour la Grèce, elle a pris la défense de tous ceux qui souffraient, qui agonisaient sous la brutalité d’une foule ou d’un despote. Quand on disait que le Quartier latin s’embrasait, on pouvait être certain qu’il y avait derrière quelque flambée de juvénile justice, insoucieuse des ménagements, faisant d’enthousiasme une oeuvre du coeur. Et quelle spontanéité alors, quel fleuve débordé coulant par les rues !

Je sais bien qu’aujourd’hui encore le prétexte est la patrie menacée, la France livrée à l’ennemi vainqueur, par une bande de traîtres. Seulement, je le demande, où trouvera-t-on la claire intuition des choses, la sensation instinctive de ce qui est vrai, de ce qui est juste, si ce n’est dans ces âmes neuves, dans ces jeunes gens qui naissent à la vie publique, dont rien encore ne devrait obscurcir la raison droite et bonne ? Que les hommes politiques, gâtés par des années d’intrigues, que les journalistes, déséquilibrés par toutes les compromissions du métier, puissent accepter les plus impudents mensonges, se boucher les yeux à d’aveuglantes clartés, cela s’explique, se comprend. Mais elle, la jeunesse, elle est donc bien gangrenée déjà, pour que sa pureté, sa candeur naturelle, ne se reconnaisse pas d’un coup au milieu des inacceptables erreurs, et n’aille pas tout droit à ce qui est évident, à ce qui est limpide, d’une lumière honnête de plein jour !

Il n’est pas d’histoire plus simple. Un officier a été condamné, et personne ne songe à suspecter la bonne foi des juges. Ils l’ont frappé selon leur conscience, sur des preuves qu’ils ont cru certaines. Puis, un jour, il arrive qu’un homme, que plusieurs hommes ont des doutes, finissent par être convaincus qu’une des preuves, la plus importante, la seule du moins sur laquelle les juges se sont publiquement appuyés, a été faussement attribuée au condamné, que cette pièce est à n’en pas douter de la main d’un autre. Et ils le disent, et cet autre est dénoncé par le frère du prisonnier, dont le strict devoir était de le faire ; et voilà, forcément, qu’un nouveau procès commence, devant amener la révision du premier procès, s’il y a condamnation. Est-ce que tout cela n’est pas parfaitement clair, juste et raisonnable ? Où y a-t-il, là-dedans, une machination, un noir complot pour sauver un traître ? Le traître, on ne le nie pas, on veut seulement que ce soit un coupable et non un innocent qui expie le crime. Vous l’aurez toujours, votre traître, et il ne s’agit que de vous en donner un authentique.

Un peu de bon sens ne devrait-il pas suffire ? A quel mobile obéiraient donc les hommes qui poursuivent la révision du procès Dreyfus ? Écartez l’imbécile antisémitisme, dont la monomanie féroce voit là un complot juif, l’or juif s’efforçant de remplacer un juif par un chrétien, dans la geôle infâme. Cela ne tient pas debout, les invraisemblances et les impossibilités croulent les unes sur les autres, tout l’or de la terre n’achèterait pas certaines consciences. Et il faut bien en arriver à la réalité, qui est l’expansion naturelle, lente, invincible de toute erreur judiciaire. L’histoire est là. Une erreur judiciaire est une force en marche : des hommes de conscience sont conquis, sont hantés, se dévouent de plus en plus obstinément, risquent leur fortune et leur vie, jusqu’à ce que justice soit faite. Et il n’y a pas d’autre explication possible à ce qui se passe aujourd’hui, le reste n’est qu’abominables passions politiques et religieuses, que torrent débordé de calomnies et d’injures.

Mais quelle excuse aurait la jeunesse, si les idées d’humanité et de justice se trouvaient obscurcies un instant en elle ! Dans la séance du 4 décembre, une Chambre française s’est couverte de honte, en votant un ordre du jour « flétrissant les meneurs de la campagne odieuse qui trouble la conscience publique ». Je le dis hautement, pour l’avenir qui me lira, j’espère, un tel vote est indigne de notre généreux pays, et il restera comme une tache ineffaçable. « Les meneurs », ce sont les hommes de conscience et de bravoure, qui, certains d’une erreur judiciaire, l’ont dénoncée, pour que réparation fût faite, dans la conviction patriotique qu’une grande nation, où un innocent agoniserait parmi les tortures, serait une nation condamnée. « La campagne odieuse », c’est le cri de vérité, le cri de justice que ces hommes poussent, c’est l’obstination qu’ils mettent à vouloir que la France reste, devant les peuples qui la regardent, la France humaine, la France qui a fait la liberté et qui fera la justice. Et, vous le voyez bien, la Chambre a sûrement commis un crime, puisque voilà qu’elle a pourri jusqu’à la jeunesse de nos écoles, et que voilà celle-ci trompée, égarée, lâchée au travers de nos rues, manifestant, ce qui ne s’était jamais vu encore, contre tout ce qu’il y a de plus fier, de plus brave, de plus divin dans l’âme humaine !

Après la séance du Sénat, le 7, on a parlé d’écroulement pour M. Scheurer-Kestner. Ah oui ! quel écroulement, dans son coeur, dans son âme ! Je m’imagine son angoisse, son tourment, lorsqu’il voit s’effondrer autour de lui tout ce qu’il a aimé de notre République, tout ce qu’il a aidé à conquérir pour elle, dans le bon combat de sa vie, la liberté d’abord, puis les mâles vertus de la loyauté, de la franchise et du courage civique.

Il est un des derniers de sa forte génération. Sous l’Empire, il a su ce que c’était qu’un peuple soumis à l’autorité d’un seul, se dévorant de fièvre et d’impatience, la bouche brutalement bâillonnée, devant les dénis de justice. Il a vu nos défaites, le coeur saignant, il en a su les causes, toutes dues à l’aveuglement, à l’imbécillité despotiques. Plus tard, il a été de ceux qui ont travaillé le plus sagement, le plus ardemment, à relever le pays de ses décombres, à lui rendre son rang en Europe. Il date des temps héroïques de notre France républicaine, et je m’imagine qu’il pouvait croire avoir fait une œuvre bonne et solide, le despotisme chassé à jamais, la liberté conquise, j’entends surtout cette liberté humaine qui permet à chaque conscience d’affirmer son devoir, au milieu de la tolérance des autres opinions.

Ah bien, oui ! Tout a pu être conquis, mais tout est par terre une fois encore. Il n’a autour de lui, en lui, que des ruines. Avoir été en proie au besoin de vérité, est un crime. Avoir voulu la justice, est un crime. L’affreux despotisme est revenu, le plus dur des bâillons est de nouveau sur les bouches. Ce n’est pas la botte d’un César qui écrase la conscience publique, c’est toute une Chambre qui flétrit ceux que la passion du juste embrase. Défense de parler ! Les poings écrasent les lèvres de ceux qui ont la vérité à défendre, on ameute les foules pour qu’elles réduisent les isolés au silence. Jamais une si monstrueuse oppression n’a été organisée, utilisée contre la discussion libre. Et la honteuse terreur règne, les plus braves deviennent lâches, personne n’ose plus dire ce qu’il pense, dans la peur d’être dénoncé comme vendu et traître. Les quelques journaux restés honnêtes sont à plat ventre devant leurs lecteurs, qu’on a fini par affoler avec de sottes histoires. Et aucun peuple, je crois, n’a traversé une heure plus trouble, plus boueuse, plus angoissante pour sa raison et pour sa dignité.

Alors, c’est vrai, tout le loyal et grand passé a dû s’écrouler chez M. Scheurer-Kestner. S’il croit encore à la bonté et à l’équité des hommes, c’est qu’il est d’un solide optimisme. On l’a traîné quotidiennement dans la boue, depuis trois semaines, pour avoir compromis l’honneur et la joie de sa vieillesse, à vouloir être juste. Il n’est point de plus douloureuse détresse, chez l’honnête homme, que de souffrir le martyre de son honnêteté. On assassine chez cet homme la foi en demain, on empoisonne son espoir ; et, s’il meurt, il dit : « C’est fini, il n’y a plus rien, tout ce que j’ai fait de bon s’en va avec moi, la vertu n’est qu’un mot, le monde est noir et vide ! »

Et, pour souffleter le patriotisme, on est allé choisir cet homme, qui est, dans nos Assemblées, le dernier représentant de l’Alsace-Lorraine ! Lui, un vendu, un traître, un insulteur de l’armée, lorsque son nom aurait dû suffire pour rassurer les inquiétudes les plus ombrageuses ! Sans doute, il avait eu la naïveté de croire que sa qualité d’Alsacien, son renom de patriote ardent seraient la garantie même de sa bonne foi, dans son rôle délicat de justicier. S’il s’occupait de cette affaire, n’était-ce pas dire que la conclusion prompte lui en semblait nécessaire à l’honneur de l’armée, à l’honneur de la patrie ? Laissez-la traîner des semaines encore, tâchez d’étouffer la vérité, de vous refuser à la justice, et vous verrez bien si vous ne nous avez pas donnés en risée à toute l’Europe, si vous n’avez pas mis la France au dernier rang des nations !

Non, non ! les stupides passions politiques et religieuses ne veulent rien entendre, et la jeunesse de nos écoles donne au monde ce spectacle d’aller huer M. Scheurer-Kestner, le traître, le vendu, qui insulte l’armée et qui compromet la patrie !

Je sais bien que les quelques jeunes gens qui manifestent ne sont pas toute la jeunesse, et qu’une centaine de tapageurs, dans la rue, font plus de bruit que dix mille travailleurs, studieusement enfermés chez eux. Mais les cent tapageurs ne sont-ils pas déjà de trop, et quel symptôme affligeant qu’un pareil mouvement, si restreint qu’il soit, puisse à cette heure se produire au Quartier latin !

Des jeunes gens antisémites, ça existe donc, cela ? Il y a donc des cerveaux neufs, des âmes neuves, que cet imbécile poison a déjà déséquilibrés ? Quelle tristesse, quelle inquiétude, pour le vingtième siècle qui va s’ouvrir ! Cent ans après la Déclaration des droits de l’homme, cent ans après l’acte suprême de tolérance et d’émancipation, on en revient aux guerres de religion, au plus odieux et au plus sot des fanatismes ! Et encore cela se comprend chez certains hommes qui jouent leur rôle, qui ont une attitude à garder et une ambition vorace à satisfaire. Mais, chez des jeunes gens, chez ceux qui naissent et qui poussent pour cet épanouissement de tous les droits et de toutes les libertés, dont nous avons rêvé que resplendirait le prochain siècle ! Ils sont les ouvriers attendus, et voilà déjà qu’ils se déclarent antisémites, c’est-à-dire qu’ils commenceront le siècle en massacrant tous les juifs, parce que ce sont des concitoyens d’une autre race et d’une autre loi ! Une belle entrée en jouissance, pour la Cité de nos rêves, la Cité d’égalité et de fraternité ! Si la jeunesse en était vraiment là, ce serait à sangloter, à nier tout espoir et tout bonheur humain.

Ô jeunesse, jeunesse ! Je t’en supplie, songe à la grande besogne qui t’attend. Tu es l’ouvrière future, tu vas jeter les assises de ce siècle prochain, qui, nous en avons la foi profonde, résoudra les problèmes de vérité et d’équité, posés par le siècle finissant. Nous, les vieux, les aînés, nous te laissons le formidable amas de notre enquête, beaucoup de contradictions et d’obscurités peut-être, mais à coup sûr l’effort le plus passionné que jamais siècle ait fait vers la lumière, les documents les plus honnêtes et les plus solides, les fondements mêmes de ce vaste édifice de la science que tu dois continuer à bâtir pour ton honneur et pour ton bonheur. Et nous ne te demandons que d’être encore plus généreuse, plus libre d’esprit, de nous dépasser par ton amour de la vie normalement vécue, par ton effort mis entier dans le travail, cette fécondité des hommes et de la terre qui saura bien faire enfin pousser la débordante moisson de joie, sous l’éclatant soleil. Et nous te céderons fraternellement la place, heureux de disparaître et de nous reposer de notre part de tâche accomplie, dans le bon sommeil de la mort, si nous savons que tu nous continues et que tu réalises nos rêves.

Jeunesse, jeunesse ! Souviens-toi des souffrances que tes pères ont endurées, des terribles batailles où ils ont dû vaincre, pour conquérir la liberté dont tu jouis à cette heure. Si tu te sens indépendante, si tu peux aller et venir à ton gré, dire dans la presse ce que tu penses, avoir une opinion et l’exprimer publiquement, c’est que tes pères ont donné de leur intelligence et de leur sang. Tu n’es pas née sous la tyrannie, tu ignores ce que c’est que de se réveiller chaque matin avec la botte d’un maître sur la poitrine, tu ne t’es pas battue pour échapper au sabre du dictateur, aux poids faux du mauvais juge. Remercie tes pères, et ne commets pas le crime d’acclamer le mensonge, de faire campagne avec la force brutale, l’intolérance des fanatiques et la voracité des ambitieux. La dictature est au bout.

Jeunesse, jeunesse ! Sois toujours avec la justice. Si l’idée de justice s’obscurcissait en toi, tu irais à tous les périls. Et je ne te parle pas de la justice de nos codes, qui n’est que la garantie des liens sociaux. Certes, il faut la respecter, mais il est une notion plus haute, la justice, celle qui pose en principe que tout jugement des hommes est faillible et qui admet l’innocence possible d’un condamné, sans croire insulter les juges. N’est-ce donc pas là une aventure qui doive soulever ton enflammée passion du droit ? Qui se lèvera pour exiger que justice soit faite, si ce n’est toi qui n’es pas dans nos luttes d’intérêts et de personnes, qui n’es encore engagée ni compromise dans aucune affaire louche, qui peux parler haut, en toute pureté et en toute bonne foi ?

Jeunesse, jeunesse ! Sois humaine, sois généreuse. Si même nous nous trompons, sois avec nous, lorsque nous disons qu’un innocent subit une peine effroyable, et que notre coeur révolté s’en brise d’angoisse. Que l’on admette un seul instant l’erreur possible, en face d’un châtiment à ce point démesuré, et la poitrine se serre, les larmes coulent des yeux. Certes, les gardes-chiourme restent insensibles, mais toi, toi, qui pleures encore, qui dois être acquise à toutes les misères, à toutes les pitiés ! Comment ne fais-tu pas ce rêve chevaleresque, s’il est quelque part un martyr succombant sous la haine, de défendre sa cause et de le délivrer ? Qui donc, si ce n’est toi, tentera la sublime aventure, se lancera dans une cause dangereuse et superbe, tiendra tête à un peuple, au nom de l’idéale justice ? Et n’es-tu pas honteuse, enfin, que ce soient des aînés, des vieux, qui se passionnent, qui fassent aujourd’hui ta besogne de généreuse folie ?

– Où allez-vous, jeunes gens, où allez-vous, étudiants, qui battez les rues, manifestant, jetant au milieu de nos discordes la bravoure et l’espoir de vos vingt ans ?

– Nous allons à l’humanité, à la vérité, à la justice !

Émile Zola, 1897

Source: Des Lettres

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«On croit qu’il y a passage de là au Japon»

iroquois imageGuerrier iroquois dessiné par Jacques Grasset de Saint-Sauveur au XVIIIe siècle. La scalpation a profondément marqué l’imaginaire du Nouveau Monde.

Il y a 325 ans, le massacre de Lachine

Oubliée par les manuels d’histoire, l’attaque des Iroquois a été un tournant dans les relations avec les Premières Nations

Jean-François Nadeau, Le Devoir 05/08/14

Les gens de Montréal ont peur. À quelques kilomètres de leur ville fortifiée, du côté de Lachine, des colons ont été massacrés par les Iroquois. Presque toutes les maisons sont détruites.

C’était il y a 325 ans, le 5 août 1689. On dit longtemps dans la colonie que ce fut « l’année du massacre ». La population montréalaise en est très fortement ébranlée. La seule vision des orphelins que les autorités ramènent à Montréal suffit déjà à jeter l’effroi. Même des religieux prennent peur. Pour calmer les esprits, on en retourne d’ailleurs certains en France.

Le massacre de Lachine, longtemps souligné dans les manuels d’histoire des écoles, est à peu près oublié aujourd’hui. Pourtant, il s’agit bien d’un moment charnière qui met notamment en lumière les relations entretenues avec les Premières Nations au cours des terribles guerres franco-iroquoises.

Les Iroquois frappent alors les expéditions commerciales qui progressent chez eux, vers les Grands Lacs, « les Pays d’en haut ». Avec d’autres, le marquis Jacques de Denonville, appuyé par l’intendant de la colonie Jean Bochard de Champigny, mène une offensive au nom du roi. À Québec, l’intendant vient d’ailleurs d’installer un buste de Louis XIV afin que les sujets puissent apprécier les traits de leur maître.

Denonville est donc chargé de mener une expédition militaire contre ces autochtones. Des soldats réguliers, des miliciens et aussi des Amérindiens constituent le corps expéditionnaire. Ils attaquent les Tsonnontouans, une des cinq nations iroquoises. Connu aujourd’hui sous le nom de Sénécas, ce peuple résiste tout d’abord à la surprise grâce à sa maîtrise du terrain et de son sens de l’escarmouche. Mais les Sénécas cèdent bientôt devant la poussée guerrière de l’armée coloniale constituée de plus d’un millier d’hommes.

massacre imageEstampe Massacre et incendie à Lachine, 1689, 1925-1950

Le 14 juillet 1687, dans cette vaste quête qui vise à assurer le contrôle du territoire de la traite des fourrures, Denonville et ses hommes attaquent le village de Ganondagan. Ce centre majeur de la vie des Sénécas tombe. Torche à la main, les troupes de Denonville détruisent les habitations autant que les réserves de nourriture. Ils feront de même partout où ils passent, ne faisant pas de quartier.

Au fort Frontenac, aujourd’hui Kingston, Denonville rassemble tous les Iroquois qu’il peut capturer sur son chemin. Le fort lui-même sert de traquenard. Ces prisonniers sont envoyés à Montréal pour y être expédiés ensuite en France, où ils seront contraints, s’ils survivent jusque-là, à ramer dans les galères de la couronne. Une trentaine de ces prisonniers parviennent finalement outre-Atlantique. Certains reviendront.

Contre-attaque

L’année suivante, dans la nuit du 5 août, les Iroquois profitent d’un temps orageux pour s’approcher de Lachine. Ils frappent à leur tour sans pitié.

Sur 77 maisons que compte alors Lachine, 56 sont rasées. Plusieurs colons sont massacrés, d’autres sont enlevés. Deux cents morts et blessés disent certaines sources. Beaucoup moins, affirment d’autres. Reste qu’en cette année 1689 les incursions iroquoises reprennent de plus belle au coeur même de la colonie française.

Plusieurs villages de la région de Montréal sont attaqués au cours de cette guerre terrible qui touche à son terme avec la Grande Paix de Montréal en 1701. Mais en attendant, une véritable psychose s’installe. Derrière chaque arbre se cache-t-il un Iroquois ?

L’historienne Louise Deschêne estimait possible qu’un dixième des hommes de la colonie de ces années-là ait péri lors d’attaques amérindiennes. C’est énorme.

Le rêve de Lachine

Le massacre de Lachine augmentera encore la charge symbolique que porte ce haut lieu de l’histoire d’Amérique qu’est Lachine. Situé au bord des rapides, Lachine est aussi la marque d’un rêve sur lequel percute la réalité.

Pour ceux qui exploraient plus en avant les suites du grand fleuve, trouver un passage vers l’Orient plutôt que vers les peaux de castor avait été la raison d’être de ces hommes.

Samuel de Champlain espère être le premier à trouver de ce côté un passage vers les Indes. Mais il doit rebrousser chemin à cause des rapides, qu’il baptisa Sault-Saint-Louis. Ses guides lui apprennent néanmoins qu’au-delà de ces barrières d’eau vive se trouvent trois grandes mers d’eau douce. Le rêve continue…

Sur les cartes d’époque, comme celle de Jean Guérard en 1634, on inscrit dans le vaste espace indéfini qui va au-delà des Grands Lacs, qu’il se trouve là une clé qui ouvre les portes de l’Asie. Guérard écrit dans les limbes de sa carte qu’on « croit qu’il y a passage de là au Japon ».

Cavelier de La Salle cherchera lui aussi dans les eaux tumultueuses du Saint-Laurent en amont de Montréal ce fameux passage vers l’Orient qui doit mener aux épices, à l’or, à la soie. L’installation de sa seigneurie de Saint-Sulpice débute à compter de 1666, mais l’aventurier vendit tout à Lachine pour poursuivre ailleurs, jusque dans sa mort au milieu du désert du Texas, sa folle quête de fortune.

Cette fascination pour l’Orient dont le nom même de Lachine témoigne encore est traduite merveilleusement par Jean Nicolet, un des coureurs des bois de Sameul de Champlain. Nicolet avait découvert le premier les Ouinipigous, dont l’orthographe anglaise Winnebagos s’est désormais imposée. Le chef de cette tribu invita Nicolet à un banquet. Certain d’être là au coeur d’un protocole chinois, Nicolet revêt pour l’occasion son plus beau vêtement qu’il a soigneusement apporté dans ses bagages : une précieuse robe chinoise brodée de fleurs et d’oiseaux. Il est probable que cet habit vraiment très rare avait transité comme d’autres vers l’Europe par quelque missionnaire. En Europe, ces robes ne pouvaient être acquises qu’à des prix exorbitants. Mais un aventurier qui souhaitait découvrir un nouveau passage vers l’Orient pouvait-il s’éviter d’en acheter une et risquer ainsi d’entraver le protocole qu’il imaginait être celui de ses hôtes ? Ces robes chinoises étaient donc un accessoire essentiel pour soutenir le regard qu’avaient sur eux-mêmes ces hommes prêts à tout, même à donner et à connaître des massacres.

C’était le 5 août 1689, il y a 325 ans : pour les gens de la colonie française d’Amérique, ce fut « l’année du massacre ».

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Que reste-t-il du fait français et de la lutte des Métis au XIXè siècle?

Une nouvelle occasion de revenir sur l’histoire de ce pays et ses grandes trahisons.

louis-riel_sn635Louis Riel

Encore se battre

Josée Boileau, Le Devoir, 02/08/14

Si la défense du français s’essouffle au Québec, tout enamouré d’un franglais qui javellise tout et colonise davantage, on trouve encore des résistants, notamment en Alberta où deux francophones viennent d’obtenir leur ticket pour la Cour suprême. Une nouvelle occasion de revenir sur l’histoire de ce pays et ses grandes trahisons.

Il semble bien tortueux le chemin qui mène des luttes des Métis du XIXe siècleà la rédaction d’une contravention en Alberta il y a six ans. Il est pourtant logique, puisque c’est encore la défense du français qui en est le fil conducteur.

Après avoir été balayés du revers de la main par des cours provinciales, les arguments à teneur historique de Gilles Caron et Pierre Boutet, qui contestent des contraventions rédigées en anglais en Alberta, seront entendus en Cour suprême, a annoncé celle-ci jeudi. Les francophones hors Québec saluent cette nouvelle note d’espoir pour faire valoir leurs droits. Mais l’affaire est loin d’être gagnée tant, sous couvert d’articles de lois, elle s’accompagne d’une véritable lecture politique de la construction du Canada que les francophones de tout le pays, au Québec y compris, ont intérêt à connaître.

Pour faire valoir leur cause, les avocats de MM. Caron et Boutet s’appuient sur des ententes d’avant l’entrée de l’Alberta au sein de la Confédération canadienne en 1905, notamment des promesses faites aux Métis, dont les territoires étaient touchés par la création d’une nouvelle province et qui refusaient absolument d’intégrer le Canada. Pour arrêter la rébellion, la reine Victoria avait accepté d’entendre leurs revendications. Au nombre de celles-ci se trouvait clairement la protection du français, notamment le droit à la publication d’ordonnances dans les deux langues. Par la Proclamation royale de 1869, la Couronne britannique avait répondu « que sous l’union avec le Canada, tous vos droits et privilèges civils et religieux seront respectés ».

Qu’en est-il resté une fois les Métis apaisés et leur adhésion acquise ? Rien, a tranché la Cour d’appel de l’Alberta l’an dernier. Rien parce que, a dit un premier juge, il aurait fallu, au-delà des promesses et des engagements, que ladite assurance de préserver le français soit spécifiquement inscrite dans des textes de loi une fois la province créée, ce qui n’a pas été fait.

Vraiment rien, a ajouté un deuxième juge de la même cour, parce que non seulement la protection du français n’a pas été enchâssée dans les lois albertaines, mais en plus les citoyens et les gouvernements ont besoin de « certitude et de prévisibilité » en matière de droit. Or les droits linguistiques sont « susceptibles de susciter la controverse et de semer la discorde ».

Le lecteur en déduira qu’il vaut mieux ne pas trop faire d’histoires et prendre son trou… De fait, le même juge conclut ainsi : « il est incontestable que la période entre 1867 et 1905 est riche d’histoire », mais les politiques publiques changent et la démographie aussi, signale-t-il. Les promesses, les garanties ne valent rien si les lois n’en font pas état : c’est un « obstacle insurmontable », tranche au final la cour dans une relecture historique qui ne tient aucun compte de l’arrière-fond politique qui a présidé à la dégradation de la francophonie au Canada en plus de 100 ans.

Il sera donc intéressant de voir comment la Cour suprême abordera le dossier. En matière de droits autochtones, elle a su dépasser une lecture littérale de la loi pour tenir compte des engagements de la Couronne britannique et donner ainsi prise aux demandes des premiers habitants du territoire canadien.

Pour les droits des francophones, le portrait est plus flou. L’an dernier, la Cour suprême avait rendu une décision d’une grande insensibilité dans une cause qui opposait la Colombie-Britannique au Conseil scolaire francophone de cette province. En s’appuyant sur une loi britannique de 1731, la Cour statuait que tous les documents, même un simple dépliant !, déposés devant les tribunaux de la province devaient être traduits. L’effet était dévastateur pour le Conseil scolaire dont toute la documentation interne, qui devait servir en cour, était en français. De toute évidence la Colombie-Britannique usait d’une manoeuvre dilatoire pour combattre le droit à l’éducation dans sa langue à sa minorité. Mais une vieille loi coloniale l’emportait sur la défense du français, les juges soulignant en plus que, après tout, ce sont les provinces qui décident en matière linguistique.

C’est pourquoi il n’y a rien de gagné dans la bataille de l’Alberta. Mais c’est assurément une autre leçon d’histoire qui doit être suivie de près.

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ϕ́υσις / τέχνη

40 fruits

L’arbre aux 40 fruits

Un artiste a créé, au moyen de greffes, un hybride où pousse une variété de fruits

Mélanie Loisel, Le Devoir 1/08/14

En pleine ville de New York, un professeur d’art de l’Université de Syracuse, Sam Van Aken, vient de réussir un tour de force en créant un arbre unique capable de produire une variété de fruits à noyau. L’arbre aux 40 fruits, comme il l’appelle, est devenu une véritable curiosité à travers le monde, alors qu’il est possible d’y cueillir à la fois des pêches, des nectarines, des prunes, des abricots, des cerises et peut-être même des amandes, cette année.

« J’avais envie de créer une sorte d’arbre de la vie », lance M. Van Aken lors d’une entrevue téléphonique accordée au Devoir. Cette folle idée lui est venue en 2008, lorsqu’il a appris que le centre d’expérimentation agricole de New York risquait de fermer ses portes. L’artiste contemporain a décidé d’acheter le terrain pour éviter de perdre cette terre fertile et reconnue pour ses cultivars de prunes et d’abricots. « J’ai grandi dans une ferme, la nature a toujours été pour moi une source d’inspiration et ce verger était le plus riche en variétés de fruit à l’Est des Rocheuses américaines », note-t-il.

En fait, il y avait plus de 250 variétés de fruit à noyau, dont certaines variétés autochtones et antiques dataient de plus d’un siècle.

Art floral

M. Van Aken s’est alors mis à imaginer un arbre au feuillage multicolore en s’inspirant notamment des tableaux de Monet. Pour arriver à créer ce spécimen, il s’est mis à élaborer un calendrier en prenant en considération la floraison de toutes les variétés de fruit. Puis, il a pris une première bouture d’arbre de trois ans qu’il a laissé pousser, avant de commencer à greffer aux branches différentes variétés de fruit. Il a utilisé une technique appelée « greffe en écusson ».

« En greffant dans un certain ordre les variétés sur l’arbre, je voulais arriver à créer un arbre qui non seulement produise plusieurs fruits, mais aussi qui ressemble à une sorte d’oeuvre d’art quand il est en floraison », explique-t-il.

Pendant cinq ans, M. Van Aken a ainsi greffé ses variétés de fruit sur son plant d’arbre initial, puis il a dû attendre presque deux ans avant que les premiers fruits n’apparaissent. « C’était vraiment surprenant de voir toutes ces variétés de fruit », s’exclame-t-il, ajoutant qu’il a planté différents cultivars tels que des prunes vertes de France, des prunes asiatiques et même une variété de pêche de l’Ontario.

Et, à l’écouter, les fruits qui ont poussé sont délicieux. « Ça n’a rien à voir avec ce qu’on goûte au supermarché, assure-t-il. Il y a même une variété qu’on n’a jamais vue au marché, ça goûte comme la banane et ça ressemble à une pomme verte. »

Mais, pour le moment, son premier arbre à 40 fruits, situé sur le campus de l’université, n’est pas encore arrivé à maturité. Entretemps, une quinzaine d’arbres similaires ont aussi été plantés près de musées et de centres communautaires au Massachusetts, au New Jersey et en Californie.

Dix ans après leur plantation, M. Van Aken soutient que les arbres aux 40 fruits devraient en faire voir de toutes les couleurs aux passants avec ses teintes de rose, de fuchsia et de blanc lors de sa floraison au printemps. Les fruits qui y seront cueillis seront remis aux fermiers locaux, à moins, bien sûr, que les écureuils et les étudiants ne les récoltent auparavant !

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