Archives de Catégorie: Histoire

Bonne Saint-Jean!

Il y a 50 ans, l’émeute de la Saint-Jean

Jean-François Nadeau, Le Devoir, 23/06/18

L’histoire donne parfois l’impression qu’elle est une solution chimique qui, soudain, se précipite au point de changer de nature. Le mois de juin 1968, avec l’émeute de la Saint-Jean, est riche en éléments instables qui finissent par se précipiter.

Tout bouge. Le 1er juin 1968, André Laurendeau meurt et avec lui, en quelque sorte, l’idée d’une troisième voie pour le fédéralisme canadien. Quelques jours plus tard, le 25 juin exactement, Pierre Elliott Trudeau est élu premier ministre du Canada.

De son côté, au même moment, René Lévesque se prépare à fonder le Parti québécois. Cette émeute du 24 juin, liée de près à la personnalité de Trudeau, montre à quel point les esprits sont alors sous tension.

Célibataire, figure de l’intellectuel antiduplessiste, millionnaire, Trudeau est en quête du pouvoir, suivi par deux de ses compagnons, le syndicaliste Jean Marchand et le journaliste Gérard Pelletier. La trudeaumanie bat son plein. Les nationalistes québécois découvrent en lui un adversaire farouche.

Quelle nation ?

Le 5 février 1968, dans le cadre d’une conférence constitutionnelle où il s’oppose au premier ministre québécois Daniel Johnson, Trudeau plombe la thèse des deux foyers nationaux constitutifs du Canada.

Il a dit et écrit plus d’une fois qu’il ne croyait pas à l’idée d’une nation québécoise sur laquelle serait appuyée la Constitution de 1867.

Puis en mai, Trudeau affirme à Sherbrooke que les Québécois ont vécu 100 ans de bêtises.

Photo: Antoine DésiletsUn peu partout, des hommes de la GRC, des policiers, en civil ou en uniforme

Or, ce printemps-là, en pleine campagne électorale, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal croit bon d’inviter Trudeau au grand défilé du 24 juin. Après tout, à titre de successeur de Lester B. Pearson, il occupe les fonctions de premier ministre officiellement depuis le 20 avril 1968.

Pour l’événement, une estrade d’honneur est dressée. Les dignitaires sont regroupés devant la bibliothèque centrale de la ville de Montréal, rue Sherbrooke. Vont s’y retrouver côte à côte plusieurs figures majeures, dont le maire Jean Drapeau, le premier ministre du Québec Daniel Johnson et l’attaché commercial de Grande-Bretagne James Richard Cross. Au beau milieu de ce parterre, assis à la première rangée : Pierre Elliott Tudeau.

Un peu partout, des hommes de la GRC, des policiers, en civil ou en uniforme. Sur le toit de l’édifice de granit gris, des vigies en armes montent la garde, jumelles à la main.

Le pire a non seulement été envisagé, il semble avoir été envisagé comme inévitable.

Pourquoi Trudeau tient-il à se présenter à cette fête nationale alors qu’il ne cesse de nier l’existence de cette nation ? En voilà trop, jugent plusieurs de ses opposants. D’autant plus que les indépendantistes se sentent floués pour se voir interdire de manifester leur option au sein du défilé. Si Trudeau est là, aussi bien en vue, pourquoi pas eux ? Ils n’ont qu’à se faire élire, répondent ceux qui ne pensent guère à eux.

Photo: Antoine DésiletsÀ peine arrivé sur les lieux, le président du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN), Pierre Bourgault, est arrêté. Cet­te photo le montre étranglé fermement par la clé de bras d’un policier, traîné contre son gré.

Pendant les semaines qui précèdent l’événement, le Rassemblement pour l’indépendance nationale et son président, Pierre Bourgault, ne cessent de dénoncer en tout cas le contresens que représente cette présence de Trudeau. De la provocation, disent-ils.

Les indépendantistes ont l’intention de bien faire connaître leur opposition. Mais l’affaire tourne court le jour de l’événement. Prévenues d’éventuels débordements, les forces policières sont massées sur place. Ces policiers sont pour l’immense majorité des patrouilleurs. Ils ne sont en aucune façon entraînés pour ce type de manifestation.

Sitôt arrivé sur les lieux, Pierre Bourgault est porté à bout de bras par des militants. On le soulève de terre. Il est passé de main à main dans les airs, au milieu de la foule. Cette scène inattendue est vite captée par l’oeil vif de quelques photographes, dont Antoine Desilets.

Photo: Antoine DésiletsUn ancien policier présent ce jour-là parle de scènes de défoulement de la part de ses confrères du temps.

À peine arrivé, Bourgault est donc arrêté. Une photo le montre, étranglé fermement par la clé de bras d’un policier, traîné contre son gré. Comme des dizaines de manifestants en sang, Bourgault est poussé vers un fourgon. La police n’y va pas avec le dos de la cuillère. Le boxeur Reggie Chartrand est sauvagement battu. Bourgault confiera qu’il l’a vu très affaibli, brisé, souffrant, pleurant. L’ancien policier Claude Aubin, présent ce jour-là, parle de scènes de défoulement de la part de ses confrères du temps. Diverses images témoignent d’ailleurs de la violence des affrontements. Toutes les rues des environs sont transformées en champ de bataille.

La répression se poursuit une fois les détenus arrivés au poste de quartier. Le policier Aubin écrit : « Nous frappons dur avec nos petits bâtons de bois ; quelques hommes tombent, mais personne parmi nous n’a de pitié pour qui que ce soit. »

Au même moment, des bouteilles et divers projectiles sont lancés sur l’estrade officielle, plus ou moins en direction de Trudeau. Tout le monde est vite invité à quitter les lieux pour des raisons évidentes de sécurité. Mais Trudeau, par calcul sans doute autant que par tempérament, refuse de quitter sa place. Cette image va donner dans le reste du Canada l’impression d’un homme fort capable de « remettre le Québec à sa place ».

Des jeunes gens jettent des billes de verre sous les sabots des chevaux de la police, qui se retrouvent les quatre fers en l’air. Des voitures sont renversées. Quelques manifestants utilisent du gaz MACE, l’ancêtre du poivre de Cayenne, contre les policiers.

Bilan de la soirée : au moins 123 blessés, dont 43 policiers. Une douzaine d’autopatrouilles ont été endommagées. Six chevaux canadiens de l’escouade de cavalerie de la police ont été blessés.

Sauvage

À la télévision d’État, le reporter envoyé sur le terrain, Claude Jean Devirieux, décrit le chaos : « La répression a été sauvage. Ceci n’est pas un jugement de valeur, j’ai vu des policiers frapper des jeunes gens de façon fort sauvage. » Il sera lui-même frappé.

Taire des hommes, un pamphlet cinématographique réalisé après coup par Pierre Harel et Pascal Gélinas, tente de rendre compte de la violence de la soirée sur une musique empruntée à Ringo Starr, des Beatles.

Photo: Antoine DésiletsBilan de la soirée: au moins 123 blessés, dont 43 policiers, et une douzaine d’auto­patrouilles endommagées

Des militants du Front de libération du Québec vont trouver dans cette répression une confirmation que la société est bloquée et qu’il faut conséquemment, pour espérer la changer, user de moyens hors du commun.

Des accusations pour incitation à l’émeute sont portées. Accusé, Pierre Bourgault est défendu par nul autre qu’Antonio Lamer, un proche de Pierre Elliott Trudeau, futur juge en chef à la Cour suprême. Il est acquitté.

Au lendemain des événements, René Lévesque annonce que les négociations pour que le RIN puisse se joindre à son mouvement sont rompues.

Si la manifestation n’empêche en rien Pierre Elliott Trudeau de devenir premier ministre le lendemain, elle marque néanmoinsune vive opposition à un fédéralisme dont il se fait l’apôtre.

En 1968, l’élan qui porte les fêtes de la Saint-Jean est brisé. L’année suivante, l’événement sera réduit au silence par la télévision d’État, qui censure les commentaires critiques des cinéastes Bernard Gosselin et Pierre Perrault, pourtant invités à donner leur avis au nom de leur connaissance du pays.

Des fêtes de la Saint-Jean, il n’y aura plus pendant longtemps que des fêtes de quartier, dans une réduction de la dimension nationale à une variable folklorique.

***

BLx

 

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Culture et société, Histoire, Histoire et civilisation, Politique

POURQUOI ‘WHITE LIVES MATTER’ EST RACISTE

« Kneeling Flag », Archie Scott Gobber

Ces dernières années, le mouvement noir à repris son effervescence. Avec un mouvement comme #BlackLivesMatter, il recommence, comme lors des luttes pour les droits civiques, à militer pour dénoncer le racisme, la violence policière et la pauvreté qui semblent toucher la communauté afro-américaine plus que n’importe qu’elle autre aux États-Unis. La naissance de ce mouvement ayant pris place avant l’élection de Donald Trump, celui-ci n’a donné qu’une raison de plus à l’existence d’un tel mouvement. Avec son élection, tous les mouvements identitaires racistes de droite et d’extrême droite aux États-Unis (même au Canada dans une certaine mesure) se sentent maintenant légitimes d’exister. Dans leur pensée, tous leurs membres ne diraient que ce que tous les blancs (les ‘vrais’ américains) pensent tout bas mais auraient peur d’avouer, comme si une quelconque organisation secrète gouvernementale allait les sanctionner pour cela. Avec l’élection de Donald Trump, ces groupes ont pensé qu’une majorité d’américains les appuyaient et ont intensifié leur action contre toutes les minorités ethniques des É-U[1].

Face à la popularité du hashtag ‘Black Lives matter’, les suprémacistes blancs ce sont sentis attaqués, y voyant un message antiblanc, insinuant que seul la vie des personnes noirs comptaient. C’est donc en un ridicule cliché réactionnaire que, face à l’étendard #BlackLivesMatter, ils étendirent le leur : #WhitesLivesMatter. Leur réflexion se fait donc comme ceci : face à un message suprémaciste noir, déployons un message suprématiste blanc! Adoptant ce message aussi rapidement que l’éclair, tout les mouvements suprémacistes blancs commencèrent à l’utiliser de manière systématique dans leurs rassemblements et manifestations.

Mais pourquoi ce contre-mouvement pose-t-il problème? Hé bien, c’est parce qu’il répond à un message qu’il ne comprend même pas à la base. Lorsqu’un noir s’exclame ‘Black lives matter!’, il n’incite pas les autres membres de sa communauté à prendre le pouvoir sur les autres communautés, il incite les gens de la société entière à prendre conscience de sa réalité et de la réalité de sa communauté. Il appelle l’Amérique à se rendre compte qu’il n’est pas normal que 14% de la population américaine constitue 40% des prisonniers du pays, que 82% d’entre eux trouvent que c’est important pour un parent afro-américain de préparer son enfant aux préjugés et que le quart de leur communauté soit en dessus du seuil de la pauvreté[2]. Avec ce cri, il appelle à améliorer le sort de millions d’américains, peu importe sa couleur de peau et ses origines. Il ne fait donc que rappeler ce que la société américaine semble parfois oublier : la vie des noirs aussi compte.

C’est donc faire preuve d’idiotie complète, car à la place d’intérioriser ce message et remettre en cause certains fondements de leur société, les suprémacistes blancs tombent dans un ridicule schéma nous contre eux, comme si le mouvement #BlackLivesMatter était antiblanc…

Face à cela, la réaction du ‘centre’ politique fut tardive. D’abord plutôt passifs face au message des suprémacistes blancs, ils se rendirent ensuite compte de la nature très raciste de ce message. S’attendant alors à un appui du centre et de la gauche petite-bourgeoise américaine, que ne fut pas la surprise des afro-américains de les voir débarquer en scandant le message ‘#AllLivesMatter’! Cet axe politique, du haut de sa paresse intellectuelle et de sa peur de paraitre ‘radical’, avait ingéré l’analyse des suprémacistes blancs du mouvements #BlackLivesMatter. C’est donc dans l’idée de s’opposer à tout suprémacisme et à tout mouvement radical qu’il considérait maintenant les deux messages sur un pied d’égalité. Alors que #BlackLivesMatter est un message appelant à la solidarité sociale, #WhiteLivesMatter est un message appelant à une nouvelle ségrégation, rien de plus. Dans ce sens, supporter #AllLivesMatter n’est rien de plus qu’un appui donné aux suprémacistes blancs, donnant raison à leur analyse et les aidant à maintenir le Statu Quo des afro-américains.

Pour conclure, comme la raper Joyner Lucas dans sa chanson ‘I’m not racist’ ; ‘Screaming « All Lives Matter »Is a protest to my protest, what kind of shit is that?[3]

Émile Lemousy

 

[1]https://www.ledevoir.com/monde/etats-unis/512867/hausse-des-crimes-racistes-autour-de-l-election-de-trump

[2]https://ndla.no/en/node/20457?fag=42

[3]https://www.youtube.com/watch?v=43gm3CJePn0

Poster un commentaire

Classé dans Culture et société, Histoire, Histoire et civilisation, Philosophie, Politique

Les trois secrets de Fatima

Lucia de Santos, Jacinta et Francisco Marto, les trois enfants à qui la Vierge Marie serait apparue le 13 juillet 1917…

Lorsque j’étais plus jeune, je vivais dans un petit village au sommet d’un montage de 282 mètres environ. Je m’en souviens puisque c’était ce que tout le monde se répétait tous les jours, pour éviter que les enfants n’aillent se planter au bord des endroits trop hauts et tombent. L’histoire des apparitions de Fatima était aussi une façon de nous conditionner à prier « A Nossa Senhora de Fátima ». De toute manière, il est impossible de ne pas penser à elle, même si on le voulait, dans toutes les maisons (et dans la mienne ici encore) il y a un grand cadre avec la photo de la Vierge à l’intérieur.

Les 3 secrets

Le premier secret est une vision de l’Enfer accordée aux trois enfants. Fatima leur aurait dit qu’il est nécessaire de montrer à ceux qui n’aurait pas encore prêté foi au Cœur immaculé le bon chemin. Le deuxième secret aurait été en rapport à la Russie. Elle prédisait que si la Russie ne revenait pas à la foi chrétienne et décidait de rester au totalitarisme communiste, alors il y aurait une guerre pire que celle de l’époque, soit la Première Guerre mondiale.  Évidemment, vous devinerez le résultat. Le troisième secret est une description du jugement dernier, qui traumatiserait n’importe quel enfant; une montagne abrupte et des membres de l’Église morts ici et là sur toute la montagne. Important à savoir, La Vierge aurait demandé aux enfants d’attendre avant de divulguer les secrets, sans raison connue.

Interprétations des trois secrets par les locaux

Évidemment, ces secrets sont pris très au sérieux par les plus croyants. Allez donc essayer de dire que ces secrets sont des balivernes, vous aurez droit à une leçon complète sur l’importance des trois enfants et de leur crédibilité apparemment prouvée.  Surtout le Vatican a considéré comme importantes ces visions et deux des enfants ont été canonisés récemment. Or, en tant que personne élevée dans un milieu très pratiquant, je comprends tout à fait l’enthousiasme que portent les adeptes du christianisme envers ces visions. Par contre, les apparitions divines me semblent douteuses, en considérant que ce sont trois enfants en bas âge aient vu la même chose. Il arrive souvent que les enfants aient des amis imaginaires et y croient fermement. Considérant que la religion était, à cette époque, un sujet très imprégné dans la culture, les amis imaginaires doivent être dans le même esprit.

En outre, le débat sur l’authenticité des secrets ne se fait pas seulement entre croyants et non-croyants. En fait, il se passe beaucoup plus de choses au sein même de ces derniers. En effet, il existe une vague de critiques, notamment du journaliste Antonio Socci, par rapport aux documents où a été retranscrite l’histoire initiale par sœur Lucie, un des enfants. Dans son livre Le quatrième secret de Fatima, Socci essaye de prouver que le document reçu par le Vatican n’est pas complet.

D’autres diront que l’arguandente était plus fort ce jour-là…

Linda Martins-Jorge

Poster un commentaire

Classé dans Culture et société, Histoire, Politique, Religion, Science

La voiture volante d’Albert Einstein

Newly Unearthed Footage Shows Albert Einstein Driving a Flying Car (1931)

BLx

Poster un commentaire

Classé dans Cinema, Histoire, Histoire et civilisation, Photos, Science

OS HOMINI SUBLIME DEDIT

Os homini sublime dedit

BLx

1 commentaire

Classé dans Histoire, Histoire et civilisation, Religion, Science

Bonne fête Rome!

Fondation de Rome: 21 avril 753 avant J.-C.

BLx

Poster un commentaire

Classé dans Histoire, Histoire et civilisation, Politique, Religion

Un classique

BLx

Poster un commentaire

Classé dans Art, Cinema, Culture et société, Histoire, Politique