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FRÈRES INTÉRIEURS: La relation soldat-animal

Les animaux, ces soldats oubliés de la Première Guerre mondiale

Virginie Simoneau-Gilbert. Le Devoir, 9/11/19

Chaque année, le 11 novembre marque le jour du Souvenir, ou jour de l’Armistice. Instaurée en 1919, cette commémoration a pour but de rendre hommage à ceux et celles qui ont perdu la vie lors de la Première Guerre mondiale.

Les combattants humains ne sont toutefois pas les seuls dont on souligne les sacrifices au sortir du conflit. Les chiens et les chevaux, par exemple, comptent parmi ceux qui méritent d’être honorés pour le soutien moral et logistique qu’ils ont dû, bien malgré eux, fournir aux militaires tout au long des hostilités. Comment expliquer alors qu’on en parle si peu ?

Dès le déclenchement de la Première Guerre mondiale, les belligérants mobilisent une quantité phénoménale de ressources humaines et matérielles afin de se préparer au pire. Par le fait même, les chevaux sont mis à contribution comme jamais auparavant. Outre la cavalerie, ces animaux se révèlent utiles pour le transport du matériel, particulièrement en terrain accidenté. Les chiens, quant à eux, servent de mascottes, de sentinelles, de messagers ou encore de repéreurs pour les soldats blessés sur les champs de bataille.

Au total, près de 11 millions d’équidés, 100 000 chiens et 200 000 pigeons voyageurs seront enrôlés par les deux camps. En 1918, le premier ministre britannique David Lloyd George souligne que le Canada et les États-Unis ont dépêché à eux seuls deux millions de chevaux en Grande-Bretagne.

Chenil de chiens de guerres

L’effort de guerre de la SPCA

Les conditions exécrables et la violence inouïe des batailles dans les tranchées rendent extrêmement pénible la présence des animaux au front. Nombreux sont les chevaux qui tombent sous les balles et les bombes, quand ils ne sont pas emportés par la malnutrition, les maladies de peau ou les attaques chimiques.

À la fin de la guerre, on estime que plus de 10 millions de chevaux y ont trouvé la mort, soit l’équivalent des pertes militaires humaines. Cette proportion de pertes représente 90 % des animaux enrôlés au cours du conflit.

Fondée il y a 150 ans dans le but de protéger les chevaux, la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA) participe à l’effort de guerre en transférant outre-Atlantique des fonds destinés à ces animaux. En janvier 1916, l’organisation fait parvenir 3000 $ à l’Army Veterinary Corps, basée à Londres, afin que les chevaux employés au combat puissent recevoir tous les soins adéquats.

En novembre 1917, lors d’une rencontre impliquant le général Gunning, du Corps vétérinaire canadien, et le docteur Charles McEachran, vétérinaire à la SPCA, la Société s’assure que les 6000 chevaux gardés en plein air à Dorval sont bien traités avant d’être envoyés au front. À la fin de l’automne, la SPCA confirme avoir visité les lieux et se dit satisfaite du traitement réservé aux animaux.

Enfin, à la suite de l’explosion survenue dans le port d’Halifax en 1917, causée par la collision d’un navire norvégien avec le cargo français Mont-Blanc chargé de munitions, la SPCA signe un chèque de 400 $ pour la reconstruction des écuries endommagées lors de l’incident.

Hôpital pour chevaux 

Imaginaire de guerre

La guerre aura entraîné de déplorables pertes, humaines et animales. Malgré ces sacrifices et l’instabilité provoquée par ce conflit, la Grande Guerre aura tout de même permis aux organisations de défense des animaux d’acquérir une toute nouvelle visibilité auprès du grand public. Comme l’explique l’historienne américaine Diane L. Beers, « les guerres mondiales, en particulier la Première Guerre, ont fourni de nouvelles opportunités aux organisations de défense des animaux en termes de relations publiques. […] La guerre a constitué une occasion sans précédent d’associer l’intense ferveur patriotique de la nation aux enjeux relatifs au bien-être animal ».

Bien que l’analyse de Diane L. Beers concerne principalement les États-Unis, le Canada ne fait pas exception, car l’imaginaire d’après-guerre se trouvera largement exploité par la SPCA de Montréal. Par exemple, l’organisation exprime sa volonté, dès 1919, de mettre sur pied un nouveau chenil, notamment pour « souligner le rôle joué par les animaux durant la guerre ». Au cours des mois suivants, des bénévoles de la SPCA sollicitent des dons du public à la sortie des cinémas, accompagnés d’un chien labrador ayant servi durant le conflit.

Tel que mentionné par la Société dans une publicité parue dans TheMontreal Gazette du 20 octobre 1919, ce chien est né « sur le paquebot S.S. Themistocle qui a amené 250 chiens huskies en Russie à l’automne dernier pour transporter les rations de nourriture et le matériel des Alliés ». On peut aussi y lire que « ces chiens ont fait un travail splendide pour les troupes en se montrant forts et prêts à travailler dans des conditions météorologiques difficiles ».

Dans cette même édition de TheMontreal Gazette, la SPCA fait également paraître une publicité patriotique qui mobilise largement le discours nationaliste canadien d’après-guerre — stratégie rhétorique employée dans le but d’amasser des fonds : « Vous avez vu un cheval être fouetté à mort et vous avez voulu vous battre […]. La SPCA se battra pour vous dans vos combats avec des armes qui administreront une leçon qui s’avérera bénéfique non seulement pour les coupables, mais aussi pour les animaux maltraités. »

Sur le front, la chasse aux rats

Un « vécu oublié »

Comme l’indique l’historien Éric Baratay, les animaux seront célébrés au terme des hostilités, notamment par les anciens combattants et par les sociétés protectrices des animaux. Par exemple, en 1924, la SPCA britannique (RSPCA) lance un projet hautement controversé qui consiste à ériger à Hyde Park, à Londres, un monument d’une valeur de 10 000 $ canadiens en hommage aux millions d’animaux décédés durant la Grande Guerre. Ce dernier ne verra le jour qu’en 2004.

Par ailleurs, le rôle fondamental joué par les animaux n’échappe pas aux soldats qui écrivent depuis le front. Les bêtes sont omniprésentes dans leurs lettres, par exemple dans la correspondance de cet artilleur français qui les qualifie de « frères intérieurs ».

De même, les animaux dits « nuisibles », qui accompagnent la vie dans les tranchées, sont évoqués par plusieurs combattants. À cet égard, on retiendra le témoignage du peintre Otto Dix : « Des poux, des rats, des barbelés, des puces, des grenades, des bombes, des trous d’obus, des cadavres, du sang, de l’eau-de-vie, des souris, des chats, des gaz, des canons, de la boue, des balles, des tirs de mortier, du feu, de l’acier, c’est ça, la guerre ! L’oeuvre du diable ! »

On trouve ainsi de nombreux témoignages faisant état d’un mélange de sentiments chez les soldats — pitié, affection, admiration, profonde reconnaissance — à l’égard de tous ces animaux qui, sans le vouloir, furent eux aussi entraînés dans les atrocités de la guerre. Tout en relevant la présence massive et saisissante des animaux sur les champs de bataille, ces écrits sont le reflet du caractère tout particulier de la relation soldat-animal.

Alors, comment expliquer cette relative amnésie, cette méconnaissance de l’apport extraordinaire des animaux à ces heures sombres de l’histoire de l’humanité ? Pour Éric Baratay, la raison est simple : les anciens combattants les ont d’abord célébrés. Puis, à partir des années 1930, l’oubli a commencé. Il a été en partie renforcé par l’image que nous nous sommes forgée de ce conflit : celle de la première guerre industrielle. Avec les chars d’assaut, les mitrailleuses, les trains et les taxis de la Marne, l’animal a fini par apparaître comme secondaire, alors qu’il était en fait fondamental.

Il faudra attendre le début des années 2000 pour que les animaux décédés durant la Grande Guerre fassent à nouveau l’objet de commémorations dignes de ce nom. On peut penser, par exemple, au monument en hommage aux animaux de guerre à Ottawa ou encore au récent film de Steven Spielberg, Cheval de guerre, adapté du roman de Michael Morpurgo.

À l’approche du 11 novembre, souvenons-nous donc aussi de tous les « soldats non humains » qui furent les victimes collatérales de cette folie meurtrière à grande échelle dont seule notre espèce a le secret. Songeons tout spécialement à l’histoire de la participation des animaux à la terrible guerre de 1914-1918 — ce « vécu oublié », écrit Baratay, un vécu qu’il nous incombe de revaloriser.

Appareil photographique miniature s’adaptant sous le ventre des pigeons voyageurs

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Égypte, circa 1890

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Paris, capitale du XIXe siècle

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Mon sosie a 2000 ans : la découverte du jumeau intemporel

 Du 24 octobre 2018 au 12 mai 2019, Mon sosie à 2000 ans fut présenté au Musée de la civilisation à Québec. Six mois avant le début de l’exposition, l’équipe de production, dirigée par Polycor, recherchait des candidats pour faire partie des visages choisis afin de participer à l’expérience digitale. Il fut possible de s’inscrire par le biais du site Internet créé pour l’exposition, où le simple envoi d’un portrait a pu donner la chance à 25 personnes de faire partie de l’expérience : au départ, il faut dire que c’était 108 000 personnes à travers le monde qui ont répondu à l’appel.  L’idée derrière cette exposition fut de présenter un portrait datant d’il y a au moins deux millénaires en comparaison avec un portrait identique appartenant au présent. Le tout était ensuite présenté en photographies et un moule des deux portraits fut créé. Afin d’ajouter une certaine touche d’humour et de personnification, les candidats avaient aussi la possibilité de s’identifier et de présenter quelques informations sur eux. Aux côtés de ces faits cocasses se trouvaient aussi des descriptions des portraits anciens, ce qui nous permettait de nous apparenter aux personnages historiques.

À travers ce parcourt, nous étions invités à rencontrer le double de Dionysos, d’Antinoüs, de Jules César et bien d’autres. Aux côtés de ces figures notables se trouvent aussi des personnages ayant été contemporains de ces derniers, rendus célèbres par leur sculpture au travers des siècles. Il était surtout question dans l’exposition d’observer les maintes ressemblances que pouvaient avoir ces gens avec des individus de notre époque ; c’est une expérience immersive à la fois pour ces derniers et pour nous, puisque nous sommes tous deux invités à percevoir et vivre la marque du temps chez l’humain en posant un regard sur une figure du passé tout comme celle du présent.

Mon sosie a 2000 ans traite aussi de l’ère du selfie, étant devenue une pratique courante à notre époque depuis la progression technologique qui innove constamment ces dernières années. Le fait de pouvoir se photographier à n’importe quel moment et ainsi avoir un médium accessible pour pouvoir nous capturer en image est bien une chose particulière et vient changer notre perception du portrait. Nous sommes en mesure de nous illustrer et ainsi de posséder étroitement ce rendement pictural qui a toujours été, dans la tradition occidentale, une pratique courante et une nécessité identitaire. Depuis les époques anciennes, il faut dire que ce type d’art a toujours connu une popularité croissante. L’humain a toujours cherché à laisser une trace dans ce qui l’entoure. Le portrait était donc un moyen effectif et durable pour préserver cette humanité et la notion d’individualité qui l’accompagne. Ainsi, le fait de transposer cette tradition artistique à un mouvement culturel contemporain apporte un propos universel quant à la représentation que se fait l’être de soi-même.

Ce qui est le plus fascinant dans cette expérience, c’est surtout la ressemblance choquante que possèdent ces individus avec leurs sosies historiques. Il faut savoir que les participants furent choisis par un système informatique de reconnaissance faciale qui est en mesure d’examiner avec une grande minutie les traits des visages ; ce sont par des configurations précises et des facteurs de probabilité avancés que le choix des individus pour l’exposition fut déterminé. Cela donne alors lieu à un résultat des plus épatants : seulement en regardant ces deux personnes côte à côte, il est possible de déceler tous les moindres éléments qui font qu’ils se ressemblent. Cela devient nettement plus frappant lorsqu’on considère que les chances de rencontrer un jour une personne ayant les mêmes traits que nous au cours de notre vie sont très minces selon des statistiques scientifiques présentées à l’exposition. L’ironie de la chose est que ces participants font exception à la règle et ont pu rencontrer ces individus …  sous un écart de 2000 ans !

Pour ceux d’entre nous qui n’ont pas eu la chance de connaître l’empereur ou le héros légendaire qui nous ressemblerait le plus, ne nous désolons pas si vite !  Il est toujours possible de se rendre sur le site consacré à l’exposition (https://monsosie.mcq.org/) pour envoyer une photographie, ou dirais-je même un selfie,  qui sera ensuite analysé par le programme Betaface pour tenter de reconnaître certains traits familiers à des œuvres antiques.

Mon sosie à 2000 ansprésente ainsi, sous une perspective technologique et scientifique, la rencontre du passé sous le visage du présent. On transpose l’identité d’un individu, ce dernier appartenant aux temps anciens, dans un cadre spatiotemporel complètement éloigné pour démontrer la présence encore notable du lien humain. Notre rapport au passé est ancré en nous ; nous sommes encore et toujours reliés à ceux qui nous ont précédés par le fait qu’ils illustrent une marque, celle de leur identité, qui nous est transmise par le regard.

Drinalba Shérifi

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Printemps

«La nature est le mouvement qui fait advenir à la présence la forme contenue en puissance dans une matière.» Aristote, Physique, II.

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Photographies de rue: 1838-2019

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New York dans les années 40

À 17 ans, celui qui allait devenir le réalisateur de 2001, l’Odyssée de l’espace, d’Orange mécanique et de The Shining, Stanley Kubrick prend des photos à New York

Source et d’autres photos: deMilked.com

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