Archives de Catégorie: Science

La pandémie d’une époque à l’autre

Leçons de la calamiteuse époque de la peste noire

Stéphane Baillargeon, Le Devoir, 06/11/20

Comparaison n’est pas raison ? Et pourtant. Après un premier article sur la longue préhistoire du confinement, en voici un sur les réactions à la peste au XIVe siècle pour finalement encore un peu parler de notre propre rapport à l’épidémie de coronavirus.

La propagation de la peste noire, horrible mal capable de tuer en quelques jours, voire quelques heures, est attestée en Chine (tiens, tiens…) au début des années 1330. Le grand commerce de la mondialisation sans le nom la transporte jusqu’aux rives de la mer Noire, vers 1346. Les galères soupçonnées d’avoir infecté l’Europe atteignent Marseille en novembre 1347. L’année suivante, le fléau atteint Rome, Florence, Toulouse, Carcassonne et Montpellier. Chaque fois, la faucheuse noire emporte le tiers de la population, voire sa moitié et plus encore.

« Si on s’intéresse à l’histoire du Moyen Âge, on ne peut pas faire l’économie de la peste : c’est l’événement majeur qui affecte tout le monde connu », résume Geneviève Dumas, professeure à l’Université de Sherbrooke.

Notre modernité avancée fait face à une catastrophe aux répercussions plus ou moins semblables. Ou est-ce bien le cas ? Peut-on oser des rapprochements et des concordances des temps entre ce monde disparu et le nôtre ? Peut-on par exemple faire des liens entre l’ancienne chasse aux boucs émissaires et la prolifération actuelle des théories du complot ? Peut-on comparer les stratégies de survie, la fuite ou l’isolement ? La suite ici

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Un premier ministre à la défense du cours d’histoire

Savoir d’où l’on vient pour décider où l’on va, Lucien Bouchard, Le Devoir 08/10/20

Se peut-il que, dans la foulée de ministres humanistes comme Paul Gérin-Lajoie, Jacques-Yvan Morin, Camille Laurin et Claude Ryan, notre ministère de l’Enseignement supérieur en arrive à couper l’enseignement de l’Histoire de ses racines profondes ? C’est en tout cas ce que fait craindre le rapport d’un comité qui recommande d’arrêter au XVe siècle la remontée vers les sources de la civilisation occidentale (dans le cadre du programme de sciences humaines au niveau collégial).

On ne niera pas l’importance d’un siècle qui s’illumine de la Renaissance. Mais c’est justement un rappel péremptoire du caractère essentiellement continu de l’Histoire, puisque la Renaissance ne prend tout son sens que dans la redécouverte du patrimoine gréco-romain, après l’éclipse des mille années noires du Moyen Âge.

Les auteurs du rapport, s’ils sont historiens, n’ont pas dû décider allègrement de renvoyer aux limbes d’hypothétiques cours d’appoint la connaissance des fondements de la civilisation occidentale. Ont-ils songé à ce qui en résulterait d’affadissement à la signification profonde de cette quête tumultueuse mais obstinée de dignité humaine, de vérité, de rationalité, de sens critique, de beauté et de solidarité ?

Il est de l’essence même de l’enseignement de l’histoire qu’il permette aux étudiants de suivre son parcours d’un maillon à l’autre, à la façon d’une chaîne ininterrompue de progrès, de reculs, de triomphes, de défaites, d’injustices, de réparations, d’erreurs tragiques et, dans l’ensemble, si on a foi en l’homme, d’avancée de l’esprit. Aussi apparaît-il incompréhensible de tronquer cet itinéraire de sa partie fondatrice.

Personne n’a le droit de se résigner à un tarissement délibéré des sources qui nous ont, de tout temps, nourris et ont fait de nous ce que nous sommes. Einstein a dû monter sur les épaules de Newton qui a pris le relais d’unesuite de prédécesseurs, eux-mêmes héritiers en cascade des pionniers de la Grèce antique. Il en est de même de la philosophie, de la littérature et des arts. La pensée de Spinoza et le système de Kant ne peuvent se concevoir sans la connaissance de Platon, Aristote, Épicure, Sénèque.

L’histoire a été inventée par Hérodote ; Shakespeare s’est inspiré des Vies parallèles de Plutarque. Michel-Ange a voulu reproduire la perfection des chefs-d’œuvre des sculpteurs grecs. Il ne viendrait pas à l’esprit d’un écrivain moderne de tourner le dos à un auteur comme Virgile, non plus qu’à un peintre de faire l’impasse sur les créateurs qui ont, depuis le début de l’aventure humaine, marqué l’histoire de l’art.

Personne n’a le droit de se résigner à un tarissement délibéré des sources qui nous ont, de tout temps, nourris et ont fait de nous ce que nous sommes. Il faut une bonne dose de témérité pour décider où l’on va sans savoir d’où l’on vient. Ce que l’avenir nous réserve comporte suffisamment d’incertitude pour qu’on se prive impunément des leçons de l’histoire, surtout à un moment où les sociétés sont à la recherche de repères.

En l’occurrence, force est de s’en remettre à la décision de la ministre. Ce ne serait pas une mauvaise idée, incidemment, de la différer, le temps de prendre la pleine considération des protestations comme celle du texte collectif paru dans Le Devoir du 5 octobre. Il serait néfaste qu’à la faveur de la confiscation de l’attention publique par la pandémie, les tenants de l’abolition du cours puissent discrètement mettre tout le monde devant le fait accompli.

La ministre pourrait aussi se demander ce que MM. Gérin-Lajoie, Morin, Laurin et Ryan feraient du rapport déposé sur son bureau. Pour ne rien cacher, j’avoue surtout compter sur ses sous-ministres pour lui rappeler qu’il existe, quelque part sur la colline Parlementaire et pas très loin de l’édifice G, une soupente où croupissent dans la poussière les innombrables grimoires de ces valeureux groupes et comités d’études auxquels un sursaut de sagesse ministérielle a heureusement fermé la porte de l’histoire, avant qu’ils ne puissent y entrer.

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La notion de beauté en science

Jean-René Roy, Le Devoir, 15/09/20

En raison d’un biais anthropocentrique, nous trouvons souvent belles des formes produites par la nature. La construction du nid de l’abeille domestique, par exemple, avec sa structure hexagonale, émerveille. Cet émerveillement contribue parfois à susciter des vocations scientifiques. Ainsi, c’est la sensation de sublime ressentie lorsque j’étais adolescent en étudiant les belles images de galaxies reproduites dans un atlas qui m’a motivé à entreprendre une carrière en astronomie. Comme m’en ont convaincu des échanges avec des scientifiques de diverses disciplines, une telle émotion esthétique expérimentée durant l’adolescence est à l’origine de maintes carrières.

Cette attirance pour ce qui est beau a-t-elle toutefois un rôle à jouer dans la démarche scientifique ? La suite ici

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Le port du masque

Le port du masque, en 1918, lors de la pandémie nommée  « Grippe espagnole »

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Rendez vous au Collège de France!

Tous les enseignements du Collège de France sont accessibles en ligne librement, gratuitement et sans inscription préalable

Fondée en 1530 sous le règne de François 1er,« le Collège de France est un établissement public d’enseignement supérieur et de recherche, institution unique en France, sans équivalent à l’étranger. Depuis le XVIe siècle, le Collège de France répond à une double vocation : être à la fois le lieu de la recherche la plus audacieuse et celui de son enseignement. Voué à la recherche fondamentale, le Collège de France possède cette caractéristique singulière : il enseigne « le savoir en train de se constituer dans tous les domaines des lettres, des sciences ou des arts ».

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iPhone version 1947

A 1947 French Film Accurately Predicted Our 21st-Century Addiction to Smartphones

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De mente heroica

Pourquoi apprendre?

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La peste de Londres en 1665

Quarantaine, confinement et fermeture des écoles…

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Je me souviendrai

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Qu’y avait-il avant le Big Bang ?

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Ça va bien aller!

Photo montage, Chloé Dufour

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Isaac Newton et du bon usage de la mise en quarantaine

Lors de l’explosion de la peste bubonique, l’université de Cambridge a fermé ses portes. Le jeune étudiant Isaac Newton a donc été renvoyé chez lui où il a su faire bon usage de son temps libre: invention du calcul différentiel et théorie de la gravité…

https://www.washingtonpost.com/history/2020/03/12/during-pandemic-isaac-newton-had-work-home-too-he-used-time-wisely/

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Les algorithmes et l’entendement divin

68 milliards de mélodies générées par un algorithme et mises dans le domaine public

Des mains de robot jouent du piano.

L’algorithme conçu par Damien Riehl et Noah Rubin a enregistré toutes les mélodies possibles à 8 notes sur 12 temps.PHOTO : GETTY IMAGES/ISTOCKPHOTO / IAREMENKO

Via Radio-Canada, Lire l’article ici

Leibniz sort de ce corps!

Ce que Daniel Riehl explique me semble correspondre tout à fait à la logique des compossibles que Leibniz a développée. Tous les possibles se présentent à l’entendement divin, dieu compose la meilleure combinaison possible et, ce qui en résulte, c’est le monde, – «le meilleur des mondes possibles». Certains font même remonter cette idée à l’art combinatoire de Raymond Lulle.

On peut supposer que Daniel Rhiel sait tout cela. Et s’il n’en savait rien, il nous dirait peut-être que cela ne fait que confirmer dans le domaine de la pensée ce qu’il stipule dans celui de la musique: il y a un nombre fini de pensées qui peuvent être pensées à partir de la combinaison des lettres de l’alphabet. Reste seulement à mettre au point l’algorithme capable de mesurer ce qui du point de vue de notre entendement limité nous semble incommensurable.

Alors, suivant cette logique, Mozart et Miles Davis n’auraient rien composé ou créé, pas plus que Baudelaire ou Miron, voir même Platon ou Spinoza, ils auraient simplement été les premiers à trouver ou découvrir une certaine combinaison possible. Mises à part les apories ontologiques et mathématiques, mis à part ce fantasme récurrent de l’accomplissement de la métaphysique par la technique (algorithme = entendement divin), il me semble que la justification de la démarche de Daniel Riehl et Noah Rubin en regard de la libération des droits d’auteurs tombe à plat: si tu n’es pas le « créateur » d’une mélodie, tu peux toujours revendiquer être le premier à l’avoir découverte; dans le secteur minier, le droit de propriété découle de la découverte, pas de la création du minerai…

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La question de la technique

Un excellent texte de Laurent McDuff, étudiant au Cégep du Vieux-Montréal, sur la domination planétaire de la technique. Il s’agit du texte gagnant du Concours Philosopher dont la question était pour l’édition 2019 « Comment vivre avec l’intelligence artificielle? »

L’intelligence artificielle ou l’aboutissement de la technique moderne

La légende du Grand Inquisiteur chez Dostoïevski a marqué les annales de la littérature mondiale. Des générations de lecteurs furent sidérées par le récit qu’Ivan, sous les vapeurs capiteuses de l’alcool, propose à son frère Aliocha. Que dit-il en somme ? Eh bien, que la liberté n’est autre chose qu’un fardeau insoutenable. Voilà pourquoi l’humain cherche sempiternellement à s’en dessaisir ; l’obéissance sied plus au commun des mortels, car elle lui évite d’être responsable. D’où la pléthore d’idoles qui pullulent dans l’Histoire censées, souvent symboliquement, d’indiquer la bonne voie à suivre. Or ces idoles, que ce soit des veaux d’or ou des déités transcendantes, s’accompagnent d’une caste — l’élite religieuse — dont la fonction est d’énoncer la vérité. De la Pythie, messagère d’Apollon aux oracles sibyllins, aux ecclésiastiques, interprètes de la vie du Christ, cette caste a pris sur ses épaules la charge de la liberté humaine.

Ainsi, partout et de tout temps, il y a eu ce tropisme humain, trop humain, de s’aliéner ce qui nous constitue foncièrement : notre libre arbitre. Cette constante a pris de multiples visages au gré des époques et nous sommes à l’orée d’une nouvelle ère : celle où nos artefacts deviendront ces puissances alèthéiques — rôle qui, jusque-là, était réservé à un groupe d’initiés. L’intelligence artificielle (IA) est vouée à prendre ce relais. Promise à investir tous les domaines, cette technologie est la nouvelle modalité de notre servitude volontaire. La suite ici

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L’Avenir des Arts Libéraux

Tu veux travailler dans le hight tech? Alors, étudie les arts libéraux!

On entend souvent dire que l’étude des arts libéraux  est une perte de temps dans un monde de plus en plus dominé par l’emprise de la technologie, or la philosophie, l’histoire, la littérature sont de plus en plus sollicitées pour assurer l’évolution des nouvelles technologies!

«Scott Hartley reveals the counterintuitive reality of business today: it’s primarily the fuzzies – not the techies – who are developing the most dynamic new businesses. Hartley reveals breakthrough fuzzy-techie collaborations in these exciting startups and explores how these partnerships are at the center of innovation in business, education, and government.
For anyone doubting whether a liberal arts education is practical in a world increasingly dominated by technology, Hartley’s work will come as a reassuring revelation.»

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