Archives de Catégorie: Philosophie

20 août 1619: Début de l’esclavage en Amérique

Les origines de la faute fondatrice

Il y a 400 ans, le premier navire portant à son bord des esclaves africains gagnait l’Amérique du Nord

Stéphane Baillargeon, Le Devoir, 20/08/19

 

L’esclavage est le péché originel des États-Unis d’Amérique, et cette faute fondatrice a débuté il y a exactement 400 ans, à la fin août 1619 à Point Comfort (l’actuel Fort Monroe), en Virginie.

Le White Lion, navire pirate anglais battant pavillon hollandais, accoste alors avec à son bord une vingtaine d’Africains arrachés quelques semaines plus tôt au royaume de Ndongo, dans l’actuel Angola. Le White Lion les a capturés comme butin sur le navire portugais Sao Joao Baptista faisant route vers Veracruz, au Mexique.

Les négriers avaient embarqué environ 350 malheureux en Afrique. Les rescapés débarqués dans la colonie naissante sont maintenant considérés comme les premiers esclaves africains en Amérique du Nord.

Ils sont en fait échangés contre de la nourriture et travaillent ensuite une vingtaine d’années pour rembourser leur dette. L’esclavage n’a été officiellement légalisé en Virginie qu’en 1661.

L’« institution particulière » a ensuite duré deux siècles sur le territoire des États-Unis. La servitude involontaire a frappé des millions d’hommes, de femmes et d’enfants. Il a fallu une terrible guerre civile pour en venir à bout constitutionnellement.

Et encore. Le crime créateur des États-Unis d’Amérique fait toujours sentir son héritage enténébré. La discrimination structurelle et quotidienne perdure. Les Afro-Américains représentent 13 % de la population étatsunienne, mais ne détiennent que 3 % de la richesse de leur pays.

Une histoire immonde

Le jour exact du débarquement esclavagiste en 1619 en Virginie n’est pas connu, mais la date du 20 août celle qui est mentionnée le plus souvent. En plus, le 23 août, comme chaque année, sera commémorée la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition en souvenir de l’insurrection commencée ce jour-là à Saint-Domingue en 1791.

L’historienne Catherine Coquery-Vidrovitch, spécialiste de l’Afrique, insiste sur une mise en contexte de cet événement quadricentenaire. L’histoire du Nouveau Monde et le développement de l’esclavage vont de pair. La vente des humains par les humains avait même commencé bien avant la découverte des Amériques.

« Christophe Colomb avait des esclaves sur ses navires parce qu’il y avait de la traite entre l’Afrique et le Portugal dès le XVe siècle, explique la professeure au Devoir. On estime qu’avant 1492 environ 150 000 esclaves avaient déjà été transportés à Lisbonne. Les Portugais ont découvert le Brésil en 1500. Ils ont commencé la traite en 1508 et l’ont accentuée dès le milieu du XVIe siècle pour l’exploitation de la canne à sucre. Cet événement de 1619 est très significatif pour les États-Unis, mais l’est moins pour l’histoire de l’esclavage. »

La professeure Coquery-Vidrovitch a conseillé la récente et excellente série documentaire Les routes de l’esclavage. Histoire des traites africaines VIe-XXe siècles (Arte) et dirigé le livre du même nom chez Albin Michel. Elle y explique que l’esclavage a pour ainsi dire toujours existé dans l’histoire humaine, trop inhumaine. Le mot slave lui-même vient d’esclave.

L’Afrique dite noire en a toutefois fait les frais de tous bords. Une traite intra-africaine existait. Les grands empires arabo-musulmans ont beaucoup asservi les régions subsahariennes à partir du VIIIe siècle. Les métropoles européennes ont pris le relais pour alimenter en main-d’oeuvre l’exploitation des colonies outre-Atlantique.

« Avant, l’esclavage pouvait toucher tout le monde, et c’est la traite transatlantique qui en a réservé l’exclusivité aux populations noires, dit-elle en entrevue. À partir de là, par définition, un esclave est un Noir. C’est une invention des Arabo-musulmans, une création diffuse qui a duré une dizaine de siècles pour fournir des esclaves urbains qui faisaient les sales besognes. La traite s’affirme totalement avec les Occidentaux qui vont l’intensifier pendant trois siècles pour fournir des esclaves aux plantations. »

Un intérêt récent

Depuis la prise en main du commerce triangulaire par les Britanniques et les Français au XVIIe siècle jusqu’à son abolition au XIXe, environ 12,5 millions d’Africains ont été transportés par quelque 20 000 voyages archivés, principalement vers les plantations sucrières des Caraïbes et du Brésil. À peu près 10 millions ont survécu au terrible transport selon certaines estimations. Les chiffres seraient à peu près les mêmes pour la traite arabo-musulmane du millénaire précédent.

Les colonies nord-américaines ont reçu environ 400 000 de ces esclaves, soit 4 % du total. Dans les colonies et les États de l’Amérique du Nord, la population asservie a donc grandi par reproduction. Il y avait tout près de 4 millions d’esclaves et 500 000 Noirs libres aux États-Unis au déclenchement de la guerre de Sécession, soit 13 % de la population totale, l’exacte proportion de l’actuelle population afro-américaine.

L’historienne reconnaît le boom d’intérêt récent pour le sujet occulté pendant des siècles, vraisemblablement par honte d’avoir exploité ou de l’avoir été. Aux États-Unis, on voit par exemple apparaître depuis peu des recherches pour déterrer les histoires de communautés religieuses ou d’université propriétaires d’esclaves.

« Les gens n’avaient pas envie d’en parler, puis les afro-descendants ont réclamé cette mémoire, dit-elle. En France, ça a commencé avec les Antillais, qui ont brisé le tabou. »

Il y a deux dates très importantes. D’abord en 2001, avec la loi Taubira de reconnaissance de la traite et de l’esclavage comme crime contre l’humanité. Puis, en 2003 au Brésil quand le président Lula a demandé d’enseigner cette histoire dans les écoles du pays.

La publication de dossiers sur le sujet du 400e vient de débuter dans les médias américains. Les Églises baptistes achèveront ce mardi « quarante jours de prière pour la libération des descendants américains de l’esclavage ». Cette démarche s’inscrit dans le Projet Angela, suite mémorielle étalée sur trois ans, portant le nom d’une femme du groupe des vingt arrivés en Virginie en 1619.

Source: Le Devoir

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Mon sosie a 2000 ans : la découverte du jumeau intemporel

 Du 24 octobre 2018 au 12 mai 2019, Mon sosie à 2000 ans fut présenté au Musée de la civilisation à Québec. Six mois avant le début de l’exposition, l’équipe de production, dirigée par Polycor, recherchait des candidats pour faire partie des visages choisis afin de participer à l’expérience digitale. Il fut possible de s’inscrire par le biais du site Internet créé pour l’exposition, où le simple envoi d’un portrait a pu donner la chance à 25 personnes de faire partie de l’expérience : au départ, il faut dire que c’était 108 000 personnes à travers le monde qui ont répondu à l’appel.  L’idée derrière cette exposition fut de présenter un portrait datant d’il y a au moins deux millénaires en comparaison avec un portrait identique appartenant au présent. Le tout était ensuite présenté en photographies et un moule des deux portraits fut créé. Afin d’ajouter une certaine touche d’humour et de personnification, les candidats avaient aussi la possibilité de s’identifier et de présenter quelques informations sur eux. Aux côtés de ces faits cocasses se trouvaient aussi des descriptions des portraits anciens, ce qui nous permettait de nous apparenter aux personnages historiques.

À travers ce parcourt, nous étions invités à rencontrer le double de Dionysos, d’Antinoüs, de Jules César et bien d’autres. Aux côtés de ces figures notables se trouvent aussi des personnages ayant été contemporains de ces derniers, rendus célèbres par leur sculpture au travers des siècles. Il était surtout question dans l’exposition d’observer les maintes ressemblances que pouvaient avoir ces gens avec des individus de notre époque ; c’est une expérience immersive à la fois pour ces derniers et pour nous, puisque nous sommes tous deux invités à percevoir et vivre la marque du temps chez l’humain en posant un regard sur une figure du passé tout comme celle du présent.

Mon sosie a 2000 ans traite aussi de l’ère du selfie, étant devenue une pratique courante à notre époque depuis la progression technologique qui innove constamment ces dernières années. Le fait de pouvoir se photographier à n’importe quel moment et ainsi avoir un médium accessible pour pouvoir nous capturer en image est bien une chose particulière et vient changer notre perception du portrait. Nous sommes en mesure de nous illustrer et ainsi de posséder étroitement ce rendement pictural qui a toujours été, dans la tradition occidentale, une pratique courante et une nécessité identitaire. Depuis les époques anciennes, il faut dire que ce type d’art a toujours connu une popularité croissante. L’humain a toujours cherché à laisser une trace dans ce qui l’entoure. Le portrait était donc un moyen effectif et durable pour préserver cette humanité et la notion d’individualité qui l’accompagne. Ainsi, le fait de transposer cette tradition artistique à un mouvement culturel contemporain apporte un propos universel quant à la représentation que se fait l’être de soi-même.

Ce qui est le plus fascinant dans cette expérience, c’est surtout la ressemblance choquante que possèdent ces individus avec leurs sosies historiques. Il faut savoir que les participants furent choisis par un système informatique de reconnaissance faciale qui est en mesure d’examiner avec une grande minutie les traits des visages ; ce sont par des configurations précises et des facteurs de probabilité avancés que le choix des individus pour l’exposition fut déterminé. Cela donne alors lieu à un résultat des plus épatants : seulement en regardant ces deux personnes côte à côte, il est possible de déceler tous les moindres éléments qui font qu’ils se ressemblent. Cela devient nettement plus frappant lorsqu’on considère que les chances de rencontrer un jour une personne ayant les mêmes traits que nous au cours de notre vie sont très minces selon des statistiques scientifiques présentées à l’exposition. L’ironie de la chose est que ces participants font exception à la règle et ont pu rencontrer ces individus …  sous un écart de 2000 ans !

Pour ceux d’entre nous qui n’ont pas eu la chance de connaître l’empereur ou le héros légendaire qui nous ressemblerait le plus, ne nous désolons pas si vite !  Il est toujours possible de se rendre sur le site consacré à l’exposition (https://monsosie.mcq.org/) pour envoyer une photographie, ou dirais-je même un selfie,  qui sera ensuite analysé par le programme Betaface pour tenter de reconnaître certains traits familiers à des œuvres antiques.

Mon sosie à 2000 ansprésente ainsi, sous une perspective technologique et scientifique, la rencontre du passé sous le visage du présent. On transpose l’identité d’un individu, ce dernier appartenant aux temps anciens, dans un cadre spatiotemporel complètement éloigné pour démontrer la présence encore notable du lien humain. Notre rapport au passé est ancré en nous ; nous sommes encore et toujours reliés à ceux qui nous ont précédés par le fait qu’ils illustrent une marque, celle de leur identité, qui nous est transmise par le regard.

Drinalba Shérifi

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