Archives de Catégorie: Histoire et civilisation

Bonne Saint-Jean!

Il y a 50 ans, l’émeute de la Saint-Jean

Jean-François Nadeau, Le Devoir, 23/06/18

L’histoire donne parfois l’impression qu’elle est une solution chimique qui, soudain, se précipite au point de changer de nature. Le mois de juin 1968, avec l’émeute de la Saint-Jean, est riche en éléments instables qui finissent par se précipiter.

Tout bouge. Le 1er juin 1968, André Laurendeau meurt et avec lui, en quelque sorte, l’idée d’une troisième voie pour le fédéralisme canadien. Quelques jours plus tard, le 25 juin exactement, Pierre Elliott Trudeau est élu premier ministre du Canada.

De son côté, au même moment, René Lévesque se prépare à fonder le Parti québécois. Cette émeute du 24 juin, liée de près à la personnalité de Trudeau, montre à quel point les esprits sont alors sous tension.

Célibataire, figure de l’intellectuel antiduplessiste, millionnaire, Trudeau est en quête du pouvoir, suivi par deux de ses compagnons, le syndicaliste Jean Marchand et le journaliste Gérard Pelletier. La trudeaumanie bat son plein. Les nationalistes québécois découvrent en lui un adversaire farouche.

Quelle nation ?

Le 5 février 1968, dans le cadre d’une conférence constitutionnelle où il s’oppose au premier ministre québécois Daniel Johnson, Trudeau plombe la thèse des deux foyers nationaux constitutifs du Canada.

Il a dit et écrit plus d’une fois qu’il ne croyait pas à l’idée d’une nation québécoise sur laquelle serait appuyée la Constitution de 1867.

Puis en mai, Trudeau affirme à Sherbrooke que les Québécois ont vécu 100 ans de bêtises.

Photo: Antoine DésiletsUn peu partout, des hommes de la GRC, des policiers, en civil ou en uniforme

Or, ce printemps-là, en pleine campagne électorale, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal croit bon d’inviter Trudeau au grand défilé du 24 juin. Après tout, à titre de successeur de Lester B. Pearson, il occupe les fonctions de premier ministre officiellement depuis le 20 avril 1968.

Pour l’événement, une estrade d’honneur est dressée. Les dignitaires sont regroupés devant la bibliothèque centrale de la ville de Montréal, rue Sherbrooke. Vont s’y retrouver côte à côte plusieurs figures majeures, dont le maire Jean Drapeau, le premier ministre du Québec Daniel Johnson et l’attaché commercial de Grande-Bretagne James Richard Cross. Au beau milieu de ce parterre, assis à la première rangée : Pierre Elliott Tudeau.

Un peu partout, des hommes de la GRC, des policiers, en civil ou en uniforme. Sur le toit de l’édifice de granit gris, des vigies en armes montent la garde, jumelles à la main.

Le pire a non seulement été envisagé, il semble avoir été envisagé comme inévitable.

Pourquoi Trudeau tient-il à se présenter à cette fête nationale alors qu’il ne cesse de nier l’existence de cette nation ? En voilà trop, jugent plusieurs de ses opposants. D’autant plus que les indépendantistes se sentent floués pour se voir interdire de manifester leur option au sein du défilé. Si Trudeau est là, aussi bien en vue, pourquoi pas eux ? Ils n’ont qu’à se faire élire, répondent ceux qui ne pensent guère à eux.

Photo: Antoine DésiletsÀ peine arrivé sur les lieux, le président du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN), Pierre Bourgault, est arrêté. Cet­te photo le montre étranglé fermement par la clé de bras d’un policier, traîné contre son gré.

Pendant les semaines qui précèdent l’événement, le Rassemblement pour l’indépendance nationale et son président, Pierre Bourgault, ne cessent de dénoncer en tout cas le contresens que représente cette présence de Trudeau. De la provocation, disent-ils.

Les indépendantistes ont l’intention de bien faire connaître leur opposition. Mais l’affaire tourne court le jour de l’événement. Prévenues d’éventuels débordements, les forces policières sont massées sur place. Ces policiers sont pour l’immense majorité des patrouilleurs. Ils ne sont en aucune façon entraînés pour ce type de manifestation.

Sitôt arrivé sur les lieux, Pierre Bourgault est porté à bout de bras par des militants. On le soulève de terre. Il est passé de main à main dans les airs, au milieu de la foule. Cette scène inattendue est vite captée par l’oeil vif de quelques photographes, dont Antoine Desilets.

Photo: Antoine DésiletsUn ancien policier présent ce jour-là parle de scènes de défoulement de la part de ses confrères du temps.

À peine arrivé, Bourgault est donc arrêté. Une photo le montre, étranglé fermement par la clé de bras d’un policier, traîné contre son gré. Comme des dizaines de manifestants en sang, Bourgault est poussé vers un fourgon. La police n’y va pas avec le dos de la cuillère. Le boxeur Reggie Chartrand est sauvagement battu. Bourgault confiera qu’il l’a vu très affaibli, brisé, souffrant, pleurant. L’ancien policier Claude Aubin, présent ce jour-là, parle de scènes de défoulement de la part de ses confrères du temps. Diverses images témoignent d’ailleurs de la violence des affrontements. Toutes les rues des environs sont transformées en champ de bataille.

La répression se poursuit une fois les détenus arrivés au poste de quartier. Le policier Aubin écrit : « Nous frappons dur avec nos petits bâtons de bois ; quelques hommes tombent, mais personne parmi nous n’a de pitié pour qui que ce soit. »

Au même moment, des bouteilles et divers projectiles sont lancés sur l’estrade officielle, plus ou moins en direction de Trudeau. Tout le monde est vite invité à quitter les lieux pour des raisons évidentes de sécurité. Mais Trudeau, par calcul sans doute autant que par tempérament, refuse de quitter sa place. Cette image va donner dans le reste du Canada l’impression d’un homme fort capable de « remettre le Québec à sa place ».

Des jeunes gens jettent des billes de verre sous les sabots des chevaux de la police, qui se retrouvent les quatre fers en l’air. Des voitures sont renversées. Quelques manifestants utilisent du gaz MACE, l’ancêtre du poivre de Cayenne, contre les policiers.

Bilan de la soirée : au moins 123 blessés, dont 43 policiers. Une douzaine d’autopatrouilles ont été endommagées. Six chevaux canadiens de l’escouade de cavalerie de la police ont été blessés.

Sauvage

À la télévision d’État, le reporter envoyé sur le terrain, Claude Jean Devirieux, décrit le chaos : « La répression a été sauvage. Ceci n’est pas un jugement de valeur, j’ai vu des policiers frapper des jeunes gens de façon fort sauvage. » Il sera lui-même frappé.

Taire des hommes, un pamphlet cinématographique réalisé après coup par Pierre Harel et Pascal Gélinas, tente de rendre compte de la violence de la soirée sur une musique empruntée à Ringo Starr, des Beatles.

Photo: Antoine DésiletsBilan de la soirée: au moins 123 blessés, dont 43 policiers, et une douzaine d’auto­patrouilles endommagées

Des militants du Front de libération du Québec vont trouver dans cette répression une confirmation que la société est bloquée et qu’il faut conséquemment, pour espérer la changer, user de moyens hors du commun.

Des accusations pour incitation à l’émeute sont portées. Accusé, Pierre Bourgault est défendu par nul autre qu’Antonio Lamer, un proche de Pierre Elliott Trudeau, futur juge en chef à la Cour suprême. Il est acquitté.

Au lendemain des événements, René Lévesque annonce que les négociations pour que le RIN puisse se joindre à son mouvement sont rompues.

Si la manifestation n’empêche en rien Pierre Elliott Trudeau de devenir premier ministre le lendemain, elle marque néanmoinsune vive opposition à un fédéralisme dont il se fait l’apôtre.

En 1968, l’élan qui porte les fêtes de la Saint-Jean est brisé. L’année suivante, l’événement sera réduit au silence par la télévision d’État, qui censure les commentaires critiques des cinéastes Bernard Gosselin et Pierre Perrault, pourtant invités à donner leur avis au nom de leur connaissance du pays.

Des fêtes de la Saint-Jean, il n’y aura plus pendant longtemps que des fêtes de quartier, dans une réduction de la dimension nationale à une variable folklorique.

***

BLx

 

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Culture et société, Histoire, Histoire et civilisation, Politique

POURQUOI ‘WHITE LIVES MATTER’ EST RACISTE

« Kneeling Flag », Archie Scott Gobber

Ces dernières années, le mouvement noir à repris son effervescence. Avec un mouvement comme #BlackLivesMatter, il recommence, comme lors des luttes pour les droits civiques, à militer pour dénoncer le racisme, la violence policière et la pauvreté qui semblent toucher la communauté afro-américaine plus que n’importe qu’elle autre aux États-Unis. La naissance de ce mouvement ayant pris place avant l’élection de Donald Trump, celui-ci n’a donné qu’une raison de plus à l’existence d’un tel mouvement. Avec son élection, tous les mouvements identitaires racistes de droite et d’extrême droite aux États-Unis (même au Canada dans une certaine mesure) se sentent maintenant légitimes d’exister. Dans leur pensée, tous leurs membres ne diraient que ce que tous les blancs (les ‘vrais’ américains) pensent tout bas mais auraient peur d’avouer, comme si une quelconque organisation secrète gouvernementale allait les sanctionner pour cela. Avec l’élection de Donald Trump, ces groupes ont pensé qu’une majorité d’américains les appuyaient et ont intensifié leur action contre toutes les minorités ethniques des É-U[1].

Face à la popularité du hashtag ‘Black Lives matter’, les suprémacistes blancs ce sont sentis attaqués, y voyant un message antiblanc, insinuant que seul la vie des personnes noirs comptaient. C’est donc en un ridicule cliché réactionnaire que, face à l’étendard #BlackLivesMatter, ils étendirent le leur : #WhitesLivesMatter. Leur réflexion se fait donc comme ceci : face à un message suprémaciste noir, déployons un message suprématiste blanc! Adoptant ce message aussi rapidement que l’éclair, tout les mouvements suprémacistes blancs commencèrent à l’utiliser de manière systématique dans leurs rassemblements et manifestations.

Mais pourquoi ce contre-mouvement pose-t-il problème? Hé bien, c’est parce qu’il répond à un message qu’il ne comprend même pas à la base. Lorsqu’un noir s’exclame ‘Black lives matter!’, il n’incite pas les autres membres de sa communauté à prendre le pouvoir sur les autres communautés, il incite les gens de la société entière à prendre conscience de sa réalité et de la réalité de sa communauté. Il appelle l’Amérique à se rendre compte qu’il n’est pas normal que 14% de la population américaine constitue 40% des prisonniers du pays, que 82% d’entre eux trouvent que c’est important pour un parent afro-américain de préparer son enfant aux préjugés et que le quart de leur communauté soit en dessus du seuil de la pauvreté[2]. Avec ce cri, il appelle à améliorer le sort de millions d’américains, peu importe sa couleur de peau et ses origines. Il ne fait donc que rappeler ce que la société américaine semble parfois oublier : la vie des noirs aussi compte.

C’est donc faire preuve d’idiotie complète, car à la place d’intérioriser ce message et remettre en cause certains fondements de leur société, les suprémacistes blancs tombent dans un ridicule schéma nous contre eux, comme si le mouvement #BlackLivesMatter était antiblanc…

Face à cela, la réaction du ‘centre’ politique fut tardive. D’abord plutôt passifs face au message des suprémacistes blancs, ils se rendirent ensuite compte de la nature très raciste de ce message. S’attendant alors à un appui du centre et de la gauche petite-bourgeoise américaine, que ne fut pas la surprise des afro-américains de les voir débarquer en scandant le message ‘#AllLivesMatter’! Cet axe politique, du haut de sa paresse intellectuelle et de sa peur de paraitre ‘radical’, avait ingéré l’analyse des suprémacistes blancs du mouvements #BlackLivesMatter. C’est donc dans l’idée de s’opposer à tout suprémacisme et à tout mouvement radical qu’il considérait maintenant les deux messages sur un pied d’égalité. Alors que #BlackLivesMatter est un message appelant à la solidarité sociale, #WhiteLivesMatter est un message appelant à une nouvelle ségrégation, rien de plus. Dans ce sens, supporter #AllLivesMatter n’est rien de plus qu’un appui donné aux suprémacistes blancs, donnant raison à leur analyse et les aidant à maintenir le Statu Quo des afro-américains.

Pour conclure, comme la raper Joyner Lucas dans sa chanson ‘I’m not racist’ ; ‘Screaming « All Lives Matter »Is a protest to my protest, what kind of shit is that?[3]

Émile Lemousy

 

[1]https://www.ledevoir.com/monde/etats-unis/512867/hausse-des-crimes-racistes-autour-de-l-election-de-trump

[2]https://ndla.no/en/node/20457?fag=42

[3]https://www.youtube.com/watch?v=43gm3CJePn0

Poster un commentaire

Classé dans Culture et société, Histoire, Histoire et civilisation, Philosophie, Politique

La voiture volante d’Albert Einstein

Newly Unearthed Footage Shows Albert Einstein Driving a Flying Car (1931)

BLx

Poster un commentaire

Classé dans Cinema, Histoire, Histoire et civilisation, Photos, Science

OS HOMINI SUBLIME DEDIT

Os homini sublime dedit

BLx

1 commentaire

Classé dans Histoire, Histoire et civilisation, Religion, Science

Bonne fête Rome!

Fondation de Rome: 21 avril 753 avant J.-C.

BLx

Poster un commentaire

Classé dans Histoire, Histoire et civilisation, Politique, Religion

McGill français!

Fuck la langue française

La francophonie moderne échoue à protéger la langue française au Québec.

Les années passent et les choses changent: un désintérêt flagrant occupe aujourd’hui impérieusement la question de la langue française au Québec. D’une jeunesse née de la mondialisation a surgi une langue folklorique, une langue d’apparat en adéquation avec la douce et si spectaculaire hégémonie anglaise. En ce sens, une mise en garde, pourtant si souvent répétée, s’impose encore. Notre coup de gueule se veut un écho découragé à l’appel lancé par notre ancienne rédactrice en chef, Ikram Mecheri, qui, il y a un an déjà, nous invitait à nous réapproprier une défense historique du fait français.

Le fait français au Québec ne demande qu’une chose: une défense excessive, sans condition. L’heure du dialogue n’est plus la nôtre; le temps de la plume d’acier doit nous réengager

Le problème ne tient pas exclusivement en une francophonie abîmée par l’impériosité culturelle de nos voisins; elle est, de nos jours, essentiellement l’affaire d’une francophonie molle, sans âme, vidée de sa puissance d’esprit. Conséquemment, il n’est pas rare d’entendre parler de promotion de la langue et non pas de la défense de celle-ci. Si la deuxième n’exclut pas la première, elle ne saurait se réduire à celle-ci. Ainsi, la situation linguistique du Québec, plus particulièrement en raison d’un Montréal cosmopolite, commande que nous soyons dignes de cette tension incroyablement mince où la défense s’amarre au vivre ensemble.

Certainement, la situation nous apparaît d’une tristesse affligeante. Contrairement aux musiciens du Titanic qui continuaient à jouer leur musique tragiquement, avisés quant à leur sort, les mollassons francophones de notre époque déambulent sur un bateau qu’ils ne savent même pas à la dérive. Par ailleurs, loin d’être quant à lui un cas perdu, le fait français au Québec ne demande qu’une chose: une défense excessive, sans condition. L’heure du dialogue n’est plus la nôtre; le temps de la plume d’acier doit nous réengager.

L’important reste à souligner. La langue française est si grande: elle sublime le réel à travers des mots si poétiques que le rapport au monde ne peut en être que magnifié. Peut-être pire que l’anglicisation, il y a l’avènement probable d’une novlangue calquée de l’anglais. Une langue paupérisée devenue, littéralement, une traduction de cette «langue des affaires» dont certaines personnes chérissent l’avènement comme d’autres pouvaient autrefois désirer l’assimilation des francophones au Canada pour d’autres raisons. Alors que ces situations divergent en bien des choses, elles ont en commun le désintérêt pour l’intégrité d’une langue.

La francophonie de cocktail

À McGill, l’Organisation de la francophonie à McGill (OFM) —une belle initiative sur papier— prenait forme il y a quelques mois, née du regroupement de différents acteurs ayant pour souhait «d’instituer une organisation qui aspire à être porte-parole de cette grande communauté» francophone. Ce vœu, pieux s’il en est un, ne peut que le demeurer si l’OFM ne se contente que de la promotion d’une espèce de francophonie de cocktail —soirées culturelles, petites publications sur les réseaux sociaux ici et là. Difficile d’assumer le rôle de «porte-parole» par une parole molasse et convenue. L’incohérence fait grincer l’histoire.

Cette attitude de larbin ne saurait trouver une réponse chaleureuse chez celles et ceux pour qui la survie d’une langue vaut bien quelques affaires manquées

N’oublions pas que le français n’a pas été préservé depuis la Révolution tranquille à coup de beaux discours ou de soirées de réseautage. Ce sont des lois-massues telles que la Loi sur la langue officielle, celle-là même qui reconnaît le français comme seule langue officielle du Québec ou encore la Charte de la langue française qui, en grande partie, ont permis le maintien de l’usage riche et vivant du français dans la sphère publique. Ces mesures ont su affirmer le caractère vital de notre langue en tant que caractéristique distinctive de la société québécoise au sein du monolithe anglophile nord-américain. Ces lois, loin d’être des symboles de fermeture ou d’oppression, sont les porte-étendards de certains gouvernements québécois dans leur lutte contre un mastodonte culturel qui n’a que faire de l’oxygène nécessaire aux autres cultures. Des dirigeants courageux —ces Bourrassa, Lévesque, Laurin et autres— se sont autrefois donné les moyens de préserver un patrimoine culturel et linguistique.

Ici et ailleurs

Toutefois, tout n’est pas noir. Pas plus tard que l’an dernier, le Québec francophone a offert — momentanément certes— un bel exemple de cet esprit combatif à privilégier. Il faut dire que la cible était grande comme le mont Royal: lors de l’ouverture de la nouvelle boutique Adidas au centre-ville en novembre 2017, le gérant a tristement lancé trois lignes de français afin d’«accommoder la Ville de Montréal et les médias francophones» pour par la suite passer à l’anglais. Philippe Couillard, Valérie Plante, Régis Labeaume et plusieurs autres, tous ont vilipendé l’attitude leste qui n’a pas logis qu’en une demeure. Il serait mal avisé de voir dans cet exemple qu’une tentative de généraliser un événement anecdotique: il faut y voir au contraire un pied à terre à poser, un «non» ferme face à une tendance. Hélas, c’est bien de cette fermeté qu’il semble manquer au sein de la francophonie de cocktail.

Mais cette francophonie de tartuffes n’est pas implantée qu’à McGill. Le tartuffe en chef —aussi connu sous le nom d’Emmanuel Macron— repousse les limites de cette logique de beau-discours. M. Macron, qu’il est beau de vous entendre parler de green tech ou de vous entendre prescrire comment l’anglais permettrait de renforcer une francophonie à la botte de plus grand qu’elle. Quoi de plus absurde au sein d’un bassin de 350 millions d’anglophones qui se partagent les plus grandes richesses mondiales et de colossaux empires culturels. Cette attitude de larbin ne saurait trouver une réponse chaleureuse chez celles et ceux pour qui la survie d’une langue vaut bien quelques affaires manquées.

Bien sûr, les francophones peuvent apprendre l’anglais. Il y a également une certaine richesse à cette langue. Mais l’inverse étant trop peu souvent le cas, l’absence d’une concomitance respectueuse à laquelle nous pourrions nous attendre dans une moindre mesure nous enseigne sur l’attitude à notre endroit.

Le silence des Québécoises et Québécois francophones est donc particulièrement désolant, considérant la proximité qu’ils peuvent avoir avec une épopée qui ne s’inscrit pas que dans des livres d’histoire

Le devoir d’agir

Certains pourraient nous demander pourquoi défendre le français activement et fermement au sein d’une institution anglophone est un devoir si important. Après tout, si les étudiants francophones d’ici et d’ailleurs ont fait le choix d’étudier en anglais, n’est-ce pas de leur droit ? Aussi cosmopolite et anglophone que McGill puisse être, il convient de rappeler que l’université se trouve au sein d’un Québec francophone avant d’appartenir à un Canada bilinguo-anglophone, ne serait-ce qu’en matière de répartition des compétences entre la province et le fédéral. En ce sens, une partie significative du paysage linguistique québécois est toujours en adéquation avec l’attitude des étudiants étrangers au regard de l’emploi de la langue.

Les francophones qui viennent ici, et surtout ceux qui sont nés ici, ont donc une responsabilité. D’une part, ils ont la responsabilité de comprendre le contexte québécois et nord-américain, son histoire, ses enjeux. En plus de cela, il convient également de rappeler que le Québec n’est pas une France en territoire anglo-saxon et que les échanges avec l’anglais sont beaucoup plus prépondérants qu’ils peuvent l’être ailleurs. Au regard de cela, le silence des Québécoises et Québécois francophones est donc particulièrement désolant, considérant la proximité qu’ils peuvent avoir avec une histoire qui ne s’inscrit pas que dans des livres d’histoire. Ces mêmes étudiants seront les acteurs influents de demain. Au demeurant, dans une perspective historique qui gagnerait à être maintenue et partagée, une langue présentement menacée nous demande une mobilisation massive et immédiate.

Francophones, étudiez en anglais, parlez en anglais autant qu’il vous plaise à ne pas être bègue, mais de grâce ne restez pas pantois devant les enjeux de votre patrimoine. Aux larbins, pardonnez-nous de n’avoir pour réponse à la crise que les espoirs lointains d’un respect enfin établi pour notre langue. Peut-être notre parler n’est-il plus de circonstance, mais il est historiquement d’importance.

***

BLx

Poster un commentaire

Classé dans Culture et société, Histoire, Histoire et civilisation, Philosophie, Politique

Martin Luther King

Martin Luther King, mort assassiné aujourd’hui il y a 50 ans, le 4 avril 1968 à Memphis, Tennessee.

 

Robert Kennedy, informé de l’assassinat de Martin Luther King, improvise ce discours:

« I have a dream », le discours sublime, prononcé par Martin Luther King le 28 août 1963:

I am happy to join with you today in what will go down in history as the greatest demonstration for freedom in the history of our nation.

Five score years ago, a great American, in whose symbolic shadow we stand today, signed the Emancipation Proclamation. This momentous decree came as a great beacon light of hope to millions of Negro slaves who had been seared in the flames of withering injustice. It came as a joyous daybreak to end the long night of their captivity.

But one hundred years later, the Negro still is not free. One hundred years later, the life of the Negro is still sadly crippled by the manacles of segregation and the chains of discrimination. One hundred years later, the Negro lives on a lonely island of poverty in the midst of a vast ocean of material prosperity. One hundred years later, the Negro is still languishing in the corners of American society and finds himself an exile in his own land. So we have come here today to dramatize a shameful condition.

In a sense we have come to our nation’s capital to cash a check. When the architects of our republic wrote the magnificent words of the Constitution and the Declaration of Independence, they were signing a promissory note to which every American was to fall heir. This note was a promise that all men, yes, black men as well as white men, would be guaranteed the unalienable rights of life, liberty, and the pursuit of happiness.

It is obvious today that America has defaulted on this promissory note insofar as her citizens of color are concerned. Instead of honoring this sacred obligation, America has given the Negro people a bad check, a check which has come back marked “insufficient funds.” But we refuse to believe that the bank of justice is bankrupt. We refuse to believe that there are insufficient funds in the great vaults of opportunity of this nation. So we have come to cash this check — a check that will give us upon demand the riches of freedom and the security of justice. We have also come to this hallowed spot to remind America of the fierce urgency of now. This is no time to engage in the luxury of cooling off or to take the tranquilizing drug of gradualism. Now is the time to make real the promises of democracy. Now is the time to rise from the dark and desolate valley of segregation to the sunlit path of racial justice. Now is the time to lift our nation from the quick sands of racial injustice to the solid rock of brotherhood. Now is the time to make justice a reality for all of God’s children.

It would be fatal for the nation to overlook the urgency of the moment. This sweltering summer of the Negro’s legitimate discontent will not pass until there is an invigorating autumn of freedom and equality. Nineteen sixty-three is not an end, but a beginning. Those who hope that the Negro needed to blow off steam and will now be content will have a rude awakening if the nation returns to business as usual. There will be neither rest nor tranquility in America until the Negro is granted his citizenship rights. The whirlwinds of revolt will continue to shake the foundations of our nation until the bright day of justice emerges.

But there is something that I must say to my people who stand on the warm threshold which leads into the palace of justice. In the process of gaining our rightful place we must not be guilty of wrongful deeds. Let us not seek to satisfy our thirst for freedom by drinking from the cup of bitterness and hatred.

We must forever conduct our struggle on the high plane of dignity and discipline. We must not allow our creative protest to degenerate into physical violence. Again and again we must rise to the majestic heights of meeting physical force with soul force. The marvelous new militancy which has engulfed the Negro community must not lead us to a distrust of all white people, for many of our white brothers, as evidenced by their presence here today, have come to realize that their destiny is tied up with our destiny. They have come to realize that their freedom is inextricably bound to our freedom. We cannot walk alone.

As we walk, we must make the pledge that we shall always march ahead. We cannot turn back. There are those who are asking the devotees of civil rights, “When will you be satisfied?” We can never be satisfied as long as the Negro is the victim of the unspeakable horrors of police brutality. We can never be satisfied, as long as our bodies, heavy with the fatigue of travel, cannot gain lodging in the motels of the highways and the hotels of the cities. We cannot be satisfied as long as the Negro’s basic mobility is from a smaller ghetto to a larger one. We can never be satisfied as long as our children are stripped of their selfhood and robbed of their dignity by signs stating “For Whites Only”. We cannot be satisfied as long as a Negro in Mississippi cannot vote and a Negro in New York believes he has nothing for which to vote. No, no, we are not satisfied, and we will not be satisfied until justice rolls down like waters and righteousness like a mighty stream.

I am not unmindful that some of you have come here out of great trials and tribulations. Some of you have come fresh from narrow jail cells. Some of you have come from areas where your quest for freedom left you battered by the storms of persecution and staggered by the winds of police brutality. You have been the veterans of creative suffering. Continue to work with the faith that unearned suffering is redemptive.

Go back to Mississippi, go back to Alabama, go back to South Carolina, go back to Georgia, go back to Louisiana, go back to the slums and ghettos of our northern cities, knowing that somehow this situation can and will be changed. Let us not wallow in the valley of despair.

I say to you today, my friends, so even though we face the difficulties of today and tomorrow, I still have a dream. It is a dream deeply rooted in the American dream.

I have a dream that one day this nation will rise up and live out the true meaning of its creed: “We hold these truths to be self-evident: that all men are created equal.”

I have a dream that one day on the red hills of Georgia the sons of former slaves and the sons of former slave owners will be able to sit down together at the table of brotherhood.

I have a dream that one day even the state of Mississippi, a state sweltering with the heat of injustice, sweltering with the heat of oppression, will be transformed into an oasis of freedom and justice.

I have a dream that my four little children will one day live in a nation where they will not be judged by the color of their skin but by the content of their character.

I have a dream today.

I have a dream that one day, down in Alabama, with its vicious racists, with its governor having his lips dripping with the words of interposition and nullification; one day right there in Alabama, little black boys and black girls will be able to join hands with little white boys and white girls as sisters and brothers.

I have a dream today.

I have a dream that one day every valley shall be exalted, every hill and mountain shall be made low, the rough places will be made plain, and the crooked places will be made straight, and the glory of the Lord shall be revealed, and all flesh shall see it together.

This is our hope. This is the faith that I go back to the South with. With this faith we will be able to hew out of the mountain of despair a stone of hope. With this faith we will be able to transform the jangling discords of our nation into a beautiful symphony of brotherhood. With this faith we will be able to work together, to pray together, to struggle together, to go to jail together, to stand up for freedom together, knowing that we will be free one day.

This will be the day when all of God’s children will be able to sing with a new meaning, “My country, ‘tis of thee, sweet land of liberty, of thee I sing. Land where my fathers died, land of the pilgrim’s pride, from every mountainside, let freedom ring.”

And if America is to be a great nation this must become true. So let freedom ring from the prodigious hilltops of New Hampshire. Let freedom ring from the mighty mountains of New York. Let freedom ring from the heightening Alleghenies of Pennsylvania!

Let freedom ring from the snowcapped Rockies of Colorado!

Let freedom ring from the curvaceous slopes of California!

But not only that; let freedom ring from Stone Mountain of Georgia!

Let freedom ring from Lookout Mountain of Tennessee!

Let freedom ring from every hill and molehill of Mississippi. From every mountainside, let freedom ring.

And when this happens, when we allow freedom to ring, when we let it ring from every village and every hamlet, from every state and every city, we will be able to speed up that day when all of God’s children, black men and white men, Jews and Gentiles, Protestants and Catholics, will be able to join hands and sing in the words of the old Negro spiritual, “Free at last! free at last! thank God Almighty, we are free at last!”

American Rhetoric

BLx

Poster un commentaire

Classé dans Culture et société, Histoire, Histoire et civilisation, Philosophie, Politique, Religion