Archives de Catégorie: Histoire et civilisation

La Der des Ders…

Pour le 11/11/1918

La Der des Ders

BLx

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Culture et société, Histoire, Histoire et civilisation, Politique, Uncategorized

Joseph Beuys: L’art est une nourriture pour l’homme

BLx

Poster un commentaire

Classé dans Art, Cinema, Histoire, Histoire et civilisation, Philosophie, Politique

L’historien comme romancier

L’Histoire est une histoire comme les autres, raconte Ivan Jablonka

Caroline Montpetit, Le Devoir, 19/10/2017

Pour Ivan Jablonka, l’histoire, voire les sciences sociales dans leur ensemble, forme des récits qu’il faut savoir livrer au public. C’est la condition pour que les sciences sociales maintiennent leurs assises dans la société d’aujourd’hui.

Lui-même historien de formation, Ivan Jablonka a travaillé à cette forme, notamment dans son livre Laëtitia ou la fin des hommes, prix Médicis 2016, tiré de la vie de la Française Laëtitia Perrais, enlevée et assassinée à l’âge de 18 ans, en 2011.

Pour déterminer ce genre, Ivan Jablonka utilise le mot « enquête », parce que c’est un mot qui appartient autant au milieu des sciences sociales qu’à celui des lettres.

« Quand je suis devant des étudiants en littérature, je suis historien, et quand je suis devant des historiens, j’aime bien dire que je suis écrivain », dit-il en entrevue. De passage à Montréal, M. Jablonka participera à une table ronde vendredi à la BAnQ sur la place de l’historien dans la sphère publique.

L’écrivain, qui est aussi éditeur au Seuil, plonge dans cette relation entre l’histoire et la littérature et remonte à l’Antiquité dans son essai L’histoire est une littérature contemporaine.

Il cite au premier chef Hérodote, qui a écrit les récits historiques de la Grèce antique en y mêlant la mythologie entourant les dieux grecs. Pourtant, malgré la « fiction » qui y est mêlée, c’est encore dans ces récits que nous puisons aujourd’hui notre compréhension de la société de l’époque. De même, Émile Zola, par ailleurs un ancien journaliste, a, avec ses romans naturalistes, fait entrer les moeurs dans la description historique de la France du XIXe siècle. Et a du même souffle donné son essor à ce qu’on appelle aujourd’hui « l’histoire sociale ».

Paradoxe apparent

Les oeuvres de Ivan Jablonka ne sont pas quant à elles fictionnelles, mais entièrement basées sur des faits exacts et vérifiés. C’est vrai autant de Laëtitia ou la fin des hommes que de son livre précédent, Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus (2012). Et Jablonka croit que tous les historiens devraient suivre des cours de création littéraire pour les mettre en application lorsqu’ils écrivent des récits.

De la même façon, dit-il, l’historien ne peut s’extraire complètement de son champ de recherche, et doit clairement se mettre lui-même en jeu, définir sa démarche, son propre rapport au sujet. Par exemple, lorsque M. Jablonka a écrit son Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus, il fallait bien qu’il se campe comme petit-fils, puisque cela change résolument son regard sur le sujet.

« C’est un livre d’histoire, c’est une réflexion sociologique sur le parcours de mes grands-parents, mais c’est aussi un travail littéraire », dit-il.

Mais c’est plus tôt dans sa vie que M. Jablonka a réalisé le paradoxe apparent entre le travail d’historien et celui d’écrivain.

« Ce qui s’est passé, c’est qu’au début des années 2000, je menais trois projets en même temps, je préparais ma thèse de doctorat, à la Sorbonne, sur les enfants abandonnés. Par ailleurs, j’écrivais un livre sur l’écrivain français Jean Genest et je préparais un roman. Ces trois livres étaient tous différents, pourtant c’était la même personne qui les écrivait. Ma thèse de doctorat à la Sorbonne était un travail d’histoire universitaire parfaitement calibré, mon livre sur Jean Genest était pluridisciplinaire parce que c’était une biographie, un morceau d’histoire, le parcours sociologique de Jean Genest et des études littéraires, puisque Jean Genest était un écrivain. Et troisièmement, ce roman… Et c’était tellement tabou que je l’ai fait sous pseudonyme. Et c’est quelque chose que je regrette. »

Ce roman, il aurait dû l’assumer sous son vrai nom, croit-il aujourd’hui.

« Je ne pensais pas qu’il était possible d’être à la fois romancier et historien, explique-t-il. Et il a fallu plusieurs années de travail sur moi-même pour pouvoir dire que j’étais à la fois historien et écrivain. »

Dire des choses vraies

Pourtant, aujourd’hui, Ivan Jablonka n’écrit plus de fiction. « La fiction, c’est toujours inventer des choses qui n’ont pas de référent », dit-il. Or ses enquêtes sont « des recherches portant sur les faits à établir sur les choses qui nous permettent de les établir et sur les formes littéraires par lesquelles on les transmet ».

Les sciences scolaires, que ce soit la sociologie, l’histoire, l’anthropologie, etc., ont toutes une visée de vérité.

« Non pas de décrire la vérité avec un grand V, mais d’essayer de dire des choses vraies. Par ailleurs, il me semble que les sciences sociales sont en train d’étouffer sous le poids de leur propre académisme, de l’hyperspécialisation des sujets, et du non-texte, c’est-à-dire un texte qui ne cesse de s’excuser d’être littéraire, un texte pasteurisé aseptisé qui n’est pas écrit pour des lecteurs mais pour des collègues. Les sciences sociales sont hélas de moins en moins lues parce que leurs formes s’épuisent. »

En bref, il faut faire sortir les sciences sociales de leur tour d’ivoire et les faire entrer dans le monde, celui-là même qu’elles prétendent décrire.

Ivan Jablonka sera à la Grande Bibliothèque ce vendredi de 15 h 30 à 17 h 30, en compagnie d’Éric Bédard, de Laurent Turcot et de Patrick Boucheron. La rencontre intitulée « Les défis de l’historien dans l’espace public » sera animée par Lise Bissonnette.

***

BLx

Poster un commentaire

Classé dans Culture et société, Histoire, Histoire et civilisation, Lettres, Philosophie, Politique

Pendant ce temps à Barcelone

Barcelone pendant le référendum interdit par Madrid, Jour 5

La Catalogne en état de siège

Toute la soirée d’hier, les hélicoptères de la Guardia nationale espagnole ont surveillé la ville, et nous avons peu fermé l’œil cette nuit, tout comme beaucoup de Catalan.es qui ont passé la nuit à occuper des écoles qui auraient pu faire l’objet de fermetures par la Guardia. Heureusement, cela n’a pas été le cas.

Nous sommes donc partis très tôt, à 7h, pour Gérone, magnifique ville médiévale et véritable bastion de l’indépendantisme catalan. Le voyage vers la ville se faisait en autocar, et le tout était organisé par l’Association des Maires pour l’Indépendance (AMI), dont une adorable organisatrice, Elena, nous a accompagnés jusqu’à Gérone. Carles Puigdemont, président de la Catalogne, est précisément l’ancien maire de cette ville, et auquel a succédé Marta Madrenas i Mir. Cette dernière nous a accueillis généreusement aux alentours de 8h45 devant le bureau de vote où elle devait voter. Déjà, une importante file se formait et les gens étaient enthousiastes de voter, mais inquiets devant les rumeurs de potentielles fermetures de bureaux par la Guardia. La délégation internationale est accueillie très chaleureusement par les personnes sur place, qui semblent ravis de voir des dignitaires avides d’informations et souhaitant raconter leur histoire.

Autour de 9h15, inquiétude généralisée parmi les personnes attroupées devant le bureau de vote où nous étions. On apprend que le bureau de vote voisin, à seulement quelques centaines de mètres, a été rapidement fermé par la Guardia, qui a tassé et tabassé des gens, fracturé le bras d’une dame et saisi les urnes. Aussitôt, la tension monte parmi la file, et les Catalan.es présent.es forment une ligne, avec la mairesse de la ville et les hommes devant pour protéger leur démocratie. L’inquiétude et la colère sont palpables parmi les gens ne désirant que voter. Rapidement, les images de la fermeture violente des bureaux de vote à Gérone et à Barcelone circulent sur les réseaux sociaux, et des murmures d’incompréhension circulent parmi les personnes présentes. Une dame appelle quelqu’un en pleurant. Colère et indignation.

Attente. Rapidement, quelques minutes après la fermeture des bureaux voisins, des centaines de personnes affluent vers le bureau de vote restant où nous étions, qui est rapidement devenu le plus important. À 10h15, le vote se prend toujours, sans Guardia, et les gens en file forment rapidement une longue haie d’honneur pour laisser les personnes âgées voter en premier. Un homme de 94 ans, ayant connu le franquisme, a même été parmi les premiers à voter … et il a voté oui! D’heure en heure, la file s’allonge, et toujours pas de Guardia en vue. Le vote continue de se prendre.


Sur l’heure du dîner, nous nous retrouvons dans un café à proximité du bureau de vote afin de nous sustenter. Dans l’endroit règne une atmosphère tendue, où se mêlent colère et état de choc. Plusieurs personnes viennent nous montrer les images de la brutalité policière espagnole, et certaines d’entre elles sont rivées à l’écran de télévision, sur lequel défilent des vidéos de cette violence inouïe. Sur place, il s’agit du sujet de l’heure, et tout le monde en discute, abasourdi par cette situation politique sans précédent en Espagnole depuis la mort de Franco en 1975.

Peu de temps après notre diner, nous regagnons le bureau de vote, où nous continuons d’assister, de l’intérieur et de l’extérieur, au dépouillement du vote. Il va sans dire que la force de résistance et l’organisation catalanes sont impressionnantes, véritablement extraordinaires. Par exemple, le système électronique de votation, malgré certaines attaques, contient les listes électorales, et peut ainsi permettre aux personnes qui devaient voter à d’autres bureaux fermés de pouvoir voter à notre bureau, et d’éviter qu’une même personne puisse voter plusieurs fois. Il suffisait, pour les Catalan.es, de donner leur nom enregistré dans la liste et de montrer une carte d’identité, ce après quoi leur vote était noté et déposé dans l’urne. Le vote avait lieu dans une école primaire, qui avait été transformée en un bureau de vote pour la journée. Il était si émouvant de voir tous ces gens déterminés à voter et ce, malgré la fermeture de plusieurs centaines bureaux de vote, fermetures symptomatiques d’une culture politique et juridique aux relents de franquisme.

À 14h30, alors qu’il était temps de partir afin de regagner la ville de Barcelone, le vote se prenait toujours. Des délégué.es basques, qui nous accompagnaient dans l’autocar, avaient toutefois décidé de rester sur place, afin que la délégation internationale serve de poids moral et médiatique contre de possibles interventions de la Guardia à venir. C’est donc à la fois épuisés, choqués, incrédules et enthousiastes que nous avons regagné la ville en fin d’après-midi. Sur la route, nous avons croisé plusieurs voitures de la Guardia en route vers le nord de la Catalogne, et c’est dans un état d’inquiétude que nous avons regagné Barcelone.

Après un peu de repos à l’hôtel, nous avons ensuite décidé d’assister au grand rassemblement de dévoilement des résultats du référendum, qui se tenait à 20h à la Place de la Catalogne, à Barcelone. Sur place, plusieurs centaines de personnes étaient rassemblées et attendaient avec enthousiasme et joie de vivre. Les gens chantaient, dansaient, brandissaient leurs drapeaux catalans. De nombreux.ses Catalan.es applaudissaient ou huaient les interventions et discours télévisés qui étaient disponibles sur un grand écran. Y régnait une atmosphère familiale et festive, dans l’espoir d’un nouveau pays à naitre.

Autour de 22h30, les résultats du référendum sont annoncés. En vertu de la loi référendaire, les résultats officiels ne seront toutefois pas attendus avant au moins deux jours, mais les résultats dévoilés sont très positifs, et sont annoncés comme suit dans les médias catalans :

« Vots del sí: 2.020.144, el 89,29%

Vots del no: 176.566, el 7,8%.

En blanc 45.586, el 2,02%

Nuls: 20.129 vots, el 0,8%.

Vots totals: 2.262.424 »

À l’annonce des résultats, la foule se déchaine ; elle crie, applaudit, brandit drapeaux et affiches, pleure de joie, se câline, danse et fête. Des participant.es au rassemblement ouvrent des bouteilles d’alcool et aspergent leurs compatriotes. On fête en famille et entre ami.es, les casseroles retentissent des balcons. Nous ne pouvons qu’être émus devant cette manifestation de joie débordante et d’espoir en un avenir prometteur. Une atmosphère de véritable fête règne dans les rues de Barcelone. On discute joyeusement d’un futur meilleur et on rêve. C’est donc profondément inspirés par cette manifestation joyeuse et pacifique que nous avons regagné l’hôtel, profondément épuisés.

Or, si le vote catalan en faveur du Oui peut sembler prometteur, les nombreuses arrestations et fermetures de bureaux de vote viennent entacher cette journée démocratique. Le gouvernement de Rajoy, véritable honte pour la démocratie occidentale, se doit d’être fermement dénoncé, et à la fin de cette journée historique, nous attendions avec impatience les réactions de la communauté internationale. Le Premier Ministre belge, ainsi que de nombreux dignitaires britanniques, que nous saluons, ont été parmi les premiers à condamner fermement cette violence injustifiée à l’égard de gens pacifiques ne désirant que voter. Il va sans dire que cette journée, dédiée à un droit fondamental, celui de voter, ne va sans rappeler les mots du poète québécois Gérald Godin dans son poème Libertés surveillées, rédigé à la suite des évènements la Crise d’Octobre.

Quand les bulldozers d’Octobre entraient dans les maisons
à cinq heures du matin

Quand les défenseurs des Droits de l’Homme
étaient assis sur les genoux de la police
à cinq heures du matin

Quand les colombes portaient fusil en bandoulière
à cinq heures du matin

Quand on demande à la liberté de montrer ses papiers
à cinq heures du matin

il y avaient ceux qui pleuraient en silence
dans un coin de leur cellule
il y avait ceux qui se ruaient sur les barreaux
et que les gardiens traitaient de drogués
il y avait ceux qui hurlaient de peur la nuit
il y avait ceux qui jeûnaient depuis le début

Quand on fait trébucher la Justice
dans les maisons pas chauffées
à cinq heures du matin

Quand la raison d’état se met en marche
à cinq heures du matin

il y en a qui sont devenus cicatrices
à cinq heures du matin
il y en a qui sont devenus frisson
à cinq heures du matin

il y a ceux qui ont oublié
il y a ceux qui serrent encore les dents
il y a ceux qui s’en sacrent
il y a ceux qui veulent tuer

***

Virginie Simoneau-Gilbert

Poster un commentaire

Classé dans Culture et société, Histoire, Histoire et civilisation, Philosophie, Politique

Pendant ce temps à Barcelone

Barcelone à l’approche du référendum interdit par Madrid, Jour 4

Aujourd’hui, 30 septembre, a été une journée davantage légère, qui nous a permis, entre autres, de nous préparer au grand jour qui aura lieu demain.

Tout d’abord, nous avons débuté notre journée, après avoir bien dormi, en allant assister à un panel de droit international sur la question catalane. Ce dernier était organisé par le Centre Internacional Escarré per a les Minories Ètniques i les Nacions (CIEMEN) et réunissait Silvio Falcon, membre du gouvernement catalan, Daniel Turp, professeur à la Faculté de droit de l’Université de Montréal et directeur de Institut de recherche sur l’autodétermination des peuples et les indépendances nationales  (IRAI) ainsi qu’Ana Stanič, avocate oeuvrant plus particulièrement au Royaume-Uni. Les trois conférenciers.ères nous ont entre autres exposé les différents enjeux juridiques entourant la question de la sécession de la Catalogne, tels la question du droit à la sécession en droit international et la violation des droits civils. Les conférenciers.ères nous ont également exposé en détail les actions posées par Madrid, au courant des dernières semaines, afin d’empêcher la tenue du référendum catalan, jugé illégal, ainsi que les réactions des différents membres de la communauté internationale.

Plus précisément, deux recours peuvent être envisagés par les Catalans en droit international.

  • Premièrement, celui de la sécession remède, que Mélanie Dubuy, maître de conférences à l’Université Nancy 2, définit ainsi : « Les partisans de l’indépendance du Kosovo ont revitalisé la théorie de la sécession remède devant les juges internationaux qui ont cependant décliné l’offre qui leur était faite de se prononcer sur sa positivité en droit international. Enoncée notamment par la Cour suprême du Canada (Sécession du Québec), cette théorie, qui représenterait une troisième voie dans la possibilité pour un peuple de faire sécession, reste un remède ultime. Défendue par une grande partie de la doctrine, elle repose sur l’idée selon laquelle lorsque le volet interne du droit des peuples à l’autodétermination n’est plus respecté (le droit constitutionnel de l’Etat et son système politique ignorant ou n’aménageant qu’une place insignifiante aux minorités), le volet externe peut alors être activé. Il faut que l’Etat viole systématiquement et gravement le droit interne du peuple à l’autodétermination (interdictions spéciales d’utilisation de sa propre langue, recours à des moyens brutaux pour imposer ces mesures, etc.) pour activer le versant externe du droit. Plusieurs Etats ont ainsi reconnu que la minorité albanaise du Kosovo était en proie à une campagne de violation massive des droits de l’homme et que la Serbie n’était pas disposée à intégrer l’ensemble de la population du territoire dans le système de représentation démocratique en place sans établir de discriminations liées à l’origine (Const. serbe, 2006).[1]»
  • Deuxièmement, les Catalan.es pourraient envisager, à la suite du référendum, de déclarer unilatéralement leur indépendance, option qui n’est pas jugée illégale en vertu de l’Avis sur le Kosovo émis, en 2010, par la Cour internationale de Justice (CIJ). Or, afin de pouvoir entrer de l’ONU et être reconnue comme interlocutrice internationale, la Catalogne doit obtenir les deux tiers des votes des États membres, ce que le Kosovo n’a toujours pas réussi à obtenir jusqu’à ce jour.

Il va sans dire que nous en avons énormément appris lors de cette conférence qui, je dois l’avouer, n’a fait qu’alimenter l’intérêt que j’avais déjà pour les études de droit. Ces panels ne font que confirmer l’idée selon laquelle le droit peut également constituer un vecteur de changement politique et social, et qu’on peut entreprendre des études de droit par désir d’implication politique avant le désir d’enrichissement personnel.

Par la suite, après avoir longuement dîné et discuté avec Daniel Turp, nous nous sommes rendus à la séance d’information et au cocktail, à l’Ateneu Barcelonès, qui étaient organisés par l’Association des Maires pour l’Indépendance (AMI). Demain, nous visiterons des bureaux de vote à Gérone avec d’autres observateur.trices de l’étranger, et l’activité est organisée par l’AMI. Nous avons donc pu recevoir, lors de cette séance, nos insignes et toutes les informations nécessaires au déroulement de la journée de demain.

Il va sans dire que nous sommes particulièrement excités à l’aube du grand jour! La tension est palpable dans les rues de Barcelone, après les nombreuses manifestations indépendantistes et espagnolistes des derniers jours. Encore aujourd’hui, une manifestation espagnoliste se tenait devant la Généralitat catalane (édifice du gouvernement catalan), à laquelle nous n’avons pas pu assister, malheureusement. Après un souper avec le réseau Québec-monde, nous sommes donc retourné à notre hôtel, où une bonne nuit de repos nous attendait!

Virginie Simoneau-Gilbert

[1] DUBUY, Mélanie. « La sécession remède (remedial secession) : avatar contemporain du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ? », Droit constitutionnel, repéré à http://www.droitconstitutionnel.org/congresNancy/comN2/dubuyR.html.

Poster un commentaire

Classé dans Culture et société, Histoire, Histoire et civilisation, Photos, Politique

Pendant ce temps à Barcelone

Barcelone à l’approche du référendum interdit par Madrid, Jour 3

Demain, le jour J : visite des bureaux de vote à Gérone avec d’autres observateur.trices de l’étranger. L’activité est organisée par l’Association des Maires pour l’Indépendance (AMI)

Aujourd’hui, 29 septembre, fut sans aucun doute une journée dédiée aux femmes politiques catalanes, dont la force est une source d’inspiration pour toutes ces jeunes femmes souhaitant s’impliquer politiquement.

En effet, nous avons débuté notre journée, à 9h, par une rencontre avec l’Union Générale des Travailleurs (UGT), filiale Catalogne, qui est le plus important et vieil organisme syndical d’Espagne. Ce syndicat regroupe plusieurs millions de travailleurs et est d’origine socialiste. Plus précisément, nous avons pu rencontrer, à leur centre de Barcelone, Laura Pelay i Bargalló, vice-présidente générale aux affaires externes et porte-parole, ainsi que Núria Solé i Domingo, secrétaire d’organisation. Nous avons également eu l’immense chance, durant cette rencontre, d’avoir une traductrice au français impeccable. Il faut savoir qu’en Catalogne, la plupart des grands syndicats se sont prononcés pour la tenue du référendum du 1er octobre, qui constitue un exercice démocratique légitime que tente d’empêcher Madrid. Les conférencières nous ont également parlé de divers sujets, dont les liens des syndicats à la préservation de la langue catalane, notamment dans des campagnes de préservation du système éducatif catalan, et au rôle que ces derniers jouent dans la tenue du référendum du 1er octobre. Enfin, la possibilité d’une grève générale des travailleurs et travailleuses comme moyen de pression à l’endroit du gouvernement de Madrid n’est pas à exclure.

Par la suite, nous nous sommes rendus, à midi, au Parlement de Catalogne, qui est situé dans le Parc de la Ciutadella. Bordé par de magnifiques jardins, ce dernier date de plusieurs siècles et est, en réalité, un ancien palais royal que les Catalan.es ont voulu comme lieu pour leur institution démocratique fondamentale.


Plus précisément, nous avons fait une visite guidée du Parlement, qui nous a permis d’en apprendre davantage sur l’histoire et le fonctionnement de cette institution.

Plus encore, durant cette visite, nous avons pu rencontrer Carme Forcadell, présidente du Parlement, députée pour Esquerra Republicana (« Gauche Républicaine » en catalan) et la coalition des Junts Pel Si, ancienne présidente de l’Assemblée nationale catalane de 2012 à 2015 et co-fondatrice de l’Assemblée nationale catalane, plus importante organisation indépendantiste civile. Professeure de littérature et langue catalanes, il s’agit d’une figure qui a joué – et joue encore- , un rôle fondamental dans le développement du mouvement indépendantiste catalan des dernières années. Carme Forcadell est une de ces femmes dont on doit saluer la détermination et l’audace de ses convictions, et qui m’influencera grandement dans mon implication politique.

Par la suite, à 15h, nous avions rendez-vous avec un représentant de l’Assemblée nationale catalane, fondée en 2012, au bureau de cette organisation civile majeure. Plus précisément, nous avons pu faire connaissance avec Francesc Bellavista i Solà, secrétaire national, qui nous a entre autres parlé de l’histoire de l’ANC et de son rôle crucial dans la tenue du référendum du 1er octobre. Au siège de l’ANC, nous avons pu admirer des articles de promotion (tels des t-shirts, affiches, autocollants, etc.) des précédentes importantes manifestations organisées par l’ANC depuis 2012, ainsi que le matériel référendaire de la présente campagne du Oui, en vente au siège. Il est impressionnant de voir à quel point, contrairement au mouvement indépendantiste québécois, le mouvement indépendantiste catalan fait preuve de ténacité, de sérieux, d’organisation, mais aussi de créativité et de joie de vivre. Baptisé « la révolution des sourires », en référence à son esprit joyeux et pacifique, le mouvement indépendantiste catalan constitue un exemple inspirant d’une lutte de libération nationale ayant choisi la voie de la non-violence.

Enfin, nous avons terminé notre journée, épuisés, en allant assister au grand rassemblement de fin de campagne référendaire, qui se tenait à l’Avinguda de la Reina Maria Cristina, tout près de la place de la Catalogne. Des milliers de personnes étaient présentes, de toutes les origines et de toutes les générations, des Catalan.es ayant vécu le franquisme aux plus jeunes. Discours politiques et chansons étaient au rendez-vous, dans une ambiance joyeuse, festive et familiale. Il était beau et émouvant de voir toutes ces personnes rassemblées chanter et applaudir au son des chansons et discours. Un vent d’espoir souffle sur la Catalogne, qui est prête à bâtir son État-nation et ce, tout en étant inclusive et chaleureuse à l’endroit des nouveaux arrivants.

Il va sans dire qu’un sentiment de jalousie nous habite depuis le début de notre séjour en Catalogne. Bien que nous soyons enthousiastes devant ce vent de libération qui souffle sur la Catalogne, nous sommes également découragés de constater l’état navrant du mouvement indépendantiste québécois, qui peine à faire le quart de ce que font les Catalan.es dans l’accession vers leur indépendance nationale. Près de 25 ans après la tenue du dernier référendum, la question de l’indépendance du Québec est peu mise en lumière dans le débat public et les partis peinent à former une véritable convergence indépendantiste. En ce sens, le mouvement catalan ne peut que nous inspirer.

Virginie Simoneau Gilbert

Poster un commentaire

Classé dans Culture et société, Féminisme, Histoire, Histoire et civilisation, Photos, Politique

Pendant ce temps à Barcelone

Barcelone à l’approche du référendum interdit par Madrid, Jour 2

La grande manifestation étudiante qui a réuni près de 80 000 personnes à la Plaça Universitat (mais 16 000 personnes selon la police).


Aujourd’hui, 28 septembre, nous avons entamé notre première journée de rencontres politiques officielles à Barcelone. Nous sommes très enthousiastes de débuter ainsi notre tournée politique, qui nous offrira l’occasion d’en apprendre davantage sur le contexte historique et politique catalan.

Tout d’abord, nous avons rencontré, à 9h, l’historien et co-fondateur de l’Assemblée nationale catalane (qui constitue la plus importante organisation civile indépendantiste) Víctor Cucurull i Miralles, qui nous a entretenu de l’histoire de la Catalogne et, plus précisément, du mouvement indépendantiste catalan des dernières années. Víctor Cucurull i Miralles est également l’idéateur du grand V qui avait été déployé dans Barcelone par 1,8 million de personnes le 11 septembre 2014. Nous avions eu d’ailleurs l’immense chance d’y assister dans le cadre de la précédente mission « Sur la route de l’autodétermination des peuples » (voir les archives de septembre 2014 du blogue pour davantage de détails). C’est donc avec grand intérêt que nous avons écouté Víctor nous livrer son récit de l’histoire médiévale catalane, de la conquête de la Catalogne par l’Espagne (1714) et de la spécificité historique de la nation catalane. La rencontre, qui avait lieu au quartier général du réseau Québec-Monde, nous a donc permis de tisser des liens entre l’histoire nationale québécoise et l’histoire nationale catalane qui, bien que similaires, se distinguent sur différents enjeux, notamment sur l’expérience du régime franquiste, qui a laissé les Catalan.es profondément meutri.es politiquement et cuturellement. En effet, ces derniers.ères ont notamment connu, sous ce régime, une répression linguistique sévère allant jusqu’à l’interdiction de parler le catalan.

Par la suite, à midi, nous nous sommes rendus à la grande manifestation étudiante qui s’est tenue à la Plaça Universitat et qui a réuni près de 80 000 personnes selon les organisateur.trices, mais environ 16 000 personnes selon la police catalane. Y régnait une atmosphère de fête et d’immense légèreté ; les sourires apparaissaient sur les visages de tous et toutes, et de nombreux.euses étudiant.es dansaient au son des tambours et des chants indépendantistes. Il faut également noter que la créativité des indépendantistes catalan.es est très impressionnante, et que ce mouvement multiplie les esquives et alternatives aux durs coups portés par le gouvernement de Rajoy au courant des dernières semaines. Cette créativité est d’autant plus frappante dans les manifestations, où de nombreux slogans et pancartes humoristiques sont présents.

C’est donc ainsi inspirés par cette atmosphère de fête que nous sommes, par la suite, allés assister au Gran Debat au Ateneu Barcelonès, qui est une maison culturelle majeure de la ville de Barcelone financée par de grands philanthropes. On peut y trouver, notamment, une vaste bibliothèque qui contient plusieurs milliers de livres, dont de nombreux datant du 19e siècle. Plus précisément, le débat, qui portait sur l’avenir de la Catalogne à l’aube du référendum, réunissait les personnalités politiques suivantes : Jordi Cuixart, président de Òmnium Cultural, Albano-Dante Fachin, député au Parlement de Catalogne pour Podem, Àngels Martínez i Castells, députée au Parlement de Catalogne pour Podem ainsi que Jordi Sànchez, président de l’Assemblée nationale catalane. La séance gratuite et ouverte au public était animée par Gemma Calvet i Barot, vice-présidente d’Ateneu Barcelonès.

Or, bien que nous étions en mesure de comprendre, quoique laborieusement, le sens général des idées qui étaient amenées dans cet échange stimulant, nous avons décidé de quitter le débat et de nous rendre au Craft Bar, à proximité, où se tenait une discussion en anglais organisée par BCitizen, une organisation d’étrangers.ères établi.es en Catalogne. La discussion réunissait deux journalistes, Tim Parfitt (auteur, producteur, correspondant en Espagne et en Catalogne et éditeur de la section anglaise du journal El Nacional catalan) ainsi que Lex Rietman (journaliste néerlendais correspondant en Espagne). La discussion était modérée par Adria Alsina (professeur en communications à l’Université de Vic) et portait sur la couverture internationale du référendum ainsi que sur les enjeux d’objectivité journalistique entourant cet évènement d’envergure.

C’est donc fatigués, mais excités, que nous sommes rentrés à notre hôtel, après cette journée aux évènements et rencontres des plus divers. Nous sommes particulièrement enthousiastes d’être au cœur d’un évènement historique majeur qui façonnera l’avenir de l’Europe. Nous aurons d’ailleurs, au courant de la journée de demain, des rencontres très importantes et chargées qui, nous l’espérons, constitueront une source d’inspiration et de réflexion pour l’avenir du mouvement indépendantiste québécois.

Virginie Simoneau-Gilbert

 

 

 

Poster un commentaire

Classé dans Culture et société, Histoire, Histoire et civilisation, Politique, Uncategorized