Archives de Catégorie: Histoire et civilisation

La question de la technique

Un excellent texte de Laurent McDuff, étudiant au Cégep du Vieux-Montréal, sur la domination planétaire de la technique. Il s’agit du texte gagnant du Concours Philosopher dont la question était pour l’édition 2019 « Comment vivre avec l’intelligence artificielle? »

L’intelligence artificielle ou l’aboutissement de la technique moderne

La légende du Grand Inquisiteur chez Dostoïevski a marqué les annales de la littérature mondiale. Des générations de lecteurs furent sidérées par le récit qu’Ivan, sous les vapeurs capiteuses de l’alcool, propose à son frère Aliocha. Que dit-il en somme ? Eh bien, que la liberté n’est autre chose qu’un fardeau insoutenable. Voilà pourquoi l’humain cherche sempiternellement à s’en dessaisir ; l’obéissance sied plus au commun des mortels, car elle lui évite d’être responsable. D’où la pléthore d’idoles qui pullulent dans l’Histoire censées, souvent symboliquement, d’indiquer la bonne voie à suivre. Or ces idoles, que ce soit des veaux d’or ou des déités transcendantes, s’accompagnent d’une caste — l’élite religieuse — dont la fonction est d’énoncer la vérité. De la Pythie, messagère d’Apollon aux oracles sibyllins, aux ecclésiastiques, interprètes de la vie du Christ, cette caste a pris sur ses épaules la charge de la liberté humaine.

Ainsi, partout et de tout temps, il y a eu ce tropisme humain, trop humain, de s’aliéner ce qui nous constitue foncièrement : notre libre arbitre. Cette constante a pris de multiples visages au gré des époques et nous sommes à l’orée d’une nouvelle ère : celle où nos artefacts deviendront ces puissances alèthéiques — rôle qui, jusque-là, était réservé à un groupe d’initiés. L’intelligence artificielle (IA) est vouée à prendre ce relais. Promise à investir tous les domaines, cette technologie est la nouvelle modalité de notre servitude volontaire. La suite ici

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La musique de la Grèce ancienne

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BONNE ANNÉE!

On laisse derrière soi les années 10 et on va rejoindre les années 20!

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JOYEUX NOËL!

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L’Avenir des Arts Libéraux

Tu veux travailler dans le hight tech? Alors, étudie les arts libéraux!

On entend souvent dire que l’étude des arts libéraux  est une perte de temps dans un monde de plus en plus dominé par l’emprise de la technologie, or la philosophie, l’histoire, la littérature sont de plus en plus sollicitées pour assurer l’évolution des nouvelles technologies!

«Scott Hartley reveals the counterintuitive reality of business today: it’s primarily the fuzzies – not the techies – who are developing the most dynamic new businesses. Hartley reveals breakthrough fuzzy-techie collaborations in these exciting startups and explores how these partnerships are at the center of innovation in business, education, and government.
For anyone doubting whether a liberal arts education is practical in a world increasingly dominated by technology, Hartley’s work will come as a reassuring revelation.»

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Jazz!

Dave Brubeck, Take Five, 1964

 

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FRÈRES INTÉRIEURS: La relation soldat-animal

Les animaux, ces soldats oubliés de la Première Guerre mondiale

Virginie Simoneau-Gilbert. Le Devoir, 9/11/19

Chaque année, le 11 novembre marque le jour du Souvenir, ou jour de l’Armistice. Instaurée en 1919, cette commémoration a pour but de rendre hommage à ceux et celles qui ont perdu la vie lors de la Première Guerre mondiale.

Les combattants humains ne sont toutefois pas les seuls dont on souligne les sacrifices au sortir du conflit. Les chiens et les chevaux, par exemple, comptent parmi ceux qui méritent d’être honorés pour le soutien moral et logistique qu’ils ont dû, bien malgré eux, fournir aux militaires tout au long des hostilités. Comment expliquer alors qu’on en parle si peu ?

Dès le déclenchement de la Première Guerre mondiale, les belligérants mobilisent une quantité phénoménale de ressources humaines et matérielles afin de se préparer au pire. Par le fait même, les chevaux sont mis à contribution comme jamais auparavant. Outre la cavalerie, ces animaux se révèlent utiles pour le transport du matériel, particulièrement en terrain accidenté. Les chiens, quant à eux, servent de mascottes, de sentinelles, de messagers ou encore de repéreurs pour les soldats blessés sur les champs de bataille.

Au total, près de 11 millions d’équidés, 100 000 chiens et 200 000 pigeons voyageurs seront enrôlés par les deux camps. En 1918, le premier ministre britannique David Lloyd George souligne que le Canada et les États-Unis ont dépêché à eux seuls deux millions de chevaux en Grande-Bretagne.

Chenil de chiens de guerres

L’effort de guerre de la SPCA

Les conditions exécrables et la violence inouïe des batailles dans les tranchées rendent extrêmement pénible la présence des animaux au front. Nombreux sont les chevaux qui tombent sous les balles et les bombes, quand ils ne sont pas emportés par la malnutrition, les maladies de peau ou les attaques chimiques.

À la fin de la guerre, on estime que plus de 10 millions de chevaux y ont trouvé la mort, soit l’équivalent des pertes militaires humaines. Cette proportion de pertes représente 90 % des animaux enrôlés au cours du conflit.

Fondée il y a 150 ans dans le but de protéger les chevaux, la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA) participe à l’effort de guerre en transférant outre-Atlantique des fonds destinés à ces animaux. En janvier 1916, l’organisation fait parvenir 3000 $ à l’Army Veterinary Corps, basée à Londres, afin que les chevaux employés au combat puissent recevoir tous les soins adéquats.

En novembre 1917, lors d’une rencontre impliquant le général Gunning, du Corps vétérinaire canadien, et le docteur Charles McEachran, vétérinaire à la SPCA, la Société s’assure que les 6000 chevaux gardés en plein air à Dorval sont bien traités avant d’être envoyés au front. À la fin de l’automne, la SPCA confirme avoir visité les lieux et se dit satisfaite du traitement réservé aux animaux.

Enfin, à la suite de l’explosion survenue dans le port d’Halifax en 1917, causée par la collision d’un navire norvégien avec le cargo français Mont-Blanc chargé de munitions, la SPCA signe un chèque de 400 $ pour la reconstruction des écuries endommagées lors de l’incident.

Hôpital pour chevaux 

Imaginaire de guerre

La guerre aura entraîné de déplorables pertes, humaines et animales. Malgré ces sacrifices et l’instabilité provoquée par ce conflit, la Grande Guerre aura tout de même permis aux organisations de défense des animaux d’acquérir une toute nouvelle visibilité auprès du grand public. Comme l’explique l’historienne américaine Diane L. Beers, « les guerres mondiales, en particulier la Première Guerre, ont fourni de nouvelles opportunités aux organisations de défense des animaux en termes de relations publiques. […] La guerre a constitué une occasion sans précédent d’associer l’intense ferveur patriotique de la nation aux enjeux relatifs au bien-être animal ».

Bien que l’analyse de Diane L. Beers concerne principalement les États-Unis, le Canada ne fait pas exception, car l’imaginaire d’après-guerre se trouvera largement exploité par la SPCA de Montréal. Par exemple, l’organisation exprime sa volonté, dès 1919, de mettre sur pied un nouveau chenil, notamment pour « souligner le rôle joué par les animaux durant la guerre ». Au cours des mois suivants, des bénévoles de la SPCA sollicitent des dons du public à la sortie des cinémas, accompagnés d’un chien labrador ayant servi durant le conflit.

Tel que mentionné par la Société dans une publicité parue dans TheMontreal Gazette du 20 octobre 1919, ce chien est né « sur le paquebot S.S. Themistocle qui a amené 250 chiens huskies en Russie à l’automne dernier pour transporter les rations de nourriture et le matériel des Alliés ». On peut aussi y lire que « ces chiens ont fait un travail splendide pour les troupes en se montrant forts et prêts à travailler dans des conditions météorologiques difficiles ».

Dans cette même édition de TheMontreal Gazette, la SPCA fait également paraître une publicité patriotique qui mobilise largement le discours nationaliste canadien d’après-guerre — stratégie rhétorique employée dans le but d’amasser des fonds : « Vous avez vu un cheval être fouetté à mort et vous avez voulu vous battre […]. La SPCA se battra pour vous dans vos combats avec des armes qui administreront une leçon qui s’avérera bénéfique non seulement pour les coupables, mais aussi pour les animaux maltraités. »

Sur le front, la chasse aux rats

Un « vécu oublié »

Comme l’indique l’historien Éric Baratay, les animaux seront célébrés au terme des hostilités, notamment par les anciens combattants et par les sociétés protectrices des animaux. Par exemple, en 1924, la SPCA britannique (RSPCA) lance un projet hautement controversé qui consiste à ériger à Hyde Park, à Londres, un monument d’une valeur de 10 000 $ canadiens en hommage aux millions d’animaux décédés durant la Grande Guerre. Ce dernier ne verra le jour qu’en 2004.

Par ailleurs, le rôle fondamental joué par les animaux n’échappe pas aux soldats qui écrivent depuis le front. Les bêtes sont omniprésentes dans leurs lettres, par exemple dans la correspondance de cet artilleur français qui les qualifie de « frères intérieurs ».

De même, les animaux dits « nuisibles », qui accompagnent la vie dans les tranchées, sont évoqués par plusieurs combattants. À cet égard, on retiendra le témoignage du peintre Otto Dix : « Des poux, des rats, des barbelés, des puces, des grenades, des bombes, des trous d’obus, des cadavres, du sang, de l’eau-de-vie, des souris, des chats, des gaz, des canons, de la boue, des balles, des tirs de mortier, du feu, de l’acier, c’est ça, la guerre ! L’oeuvre du diable ! »

On trouve ainsi de nombreux témoignages faisant état d’un mélange de sentiments chez les soldats — pitié, affection, admiration, profonde reconnaissance — à l’égard de tous ces animaux qui, sans le vouloir, furent eux aussi entraînés dans les atrocités de la guerre. Tout en relevant la présence massive et saisissante des animaux sur les champs de bataille, ces écrits sont le reflet du caractère tout particulier de la relation soldat-animal.

Alors, comment expliquer cette relative amnésie, cette méconnaissance de l’apport extraordinaire des animaux à ces heures sombres de l’histoire de l’humanité ? Pour Éric Baratay, la raison est simple : les anciens combattants les ont d’abord célébrés. Puis, à partir des années 1930, l’oubli a commencé. Il a été en partie renforcé par l’image que nous nous sommes forgée de ce conflit : celle de la première guerre industrielle. Avec les chars d’assaut, les mitrailleuses, les trains et les taxis de la Marne, l’animal a fini par apparaître comme secondaire, alors qu’il était en fait fondamental.

Il faudra attendre le début des années 2000 pour que les animaux décédés durant la Grande Guerre fassent à nouveau l’objet de commémorations dignes de ce nom. On peut penser, par exemple, au monument en hommage aux animaux de guerre à Ottawa ou encore au récent film de Steven Spielberg, Cheval de guerre, adapté du roman de Michael Morpurgo.

À l’approche du 11 novembre, souvenons-nous donc aussi de tous les « soldats non humains » qui furent les victimes collatérales de cette folie meurtrière à grande échelle dont seule notre espèce a le secret. Songeons tout spécialement à l’histoire de la participation des animaux à la terrible guerre de 1914-1918 — ce « vécu oublié », écrit Baratay, un vécu qu’il nous incombe de revaloriser.

Appareil photographique miniature s’adaptant sous le ventre des pigeons voyageurs

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