Pour le 11/11/1918
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Caroline Montpetit, Le Devoir, 19/10/2017
Pour Ivan Jablonka, l’histoire, voire les sciences sociales dans leur ensemble, forme des récits qu’il faut savoir livrer au public. C’est la condition pour que les sciences sociales maintiennent leurs assises dans la société d’aujourd’hui.
Lui-même historien de formation, Ivan Jablonka a travaillé à cette forme, notamment dans son livre Laëtitia ou la fin des hommes, prix Médicis 2016, tiré de la vie de la Française Laëtitia Perrais, enlevée et assassinée à l’âge de 18 ans, en 2011.
Pour déterminer ce genre, Ivan Jablonka utilise le mot « enquête », parce que c’est un mot qui appartient autant au milieu des sciences sociales qu’à celui des lettres.
« Quand je suis devant des étudiants en littérature, je suis historien, et quand je suis devant des historiens, j’aime bien dire que je suis écrivain », dit-il en entrevue. De passage à Montréal, M. Jablonka participera à une table ronde vendredi à la BAnQ sur la place de l’historien dans la sphère publique.
L’écrivain, qui est aussi éditeur au Seuil, plonge dans cette relation entre l’histoire et la littérature et remonte à l’Antiquité dans son essai L’histoire est une littérature contemporaine.
Il cite au premier chef Hérodote, qui a écrit les récits historiques de la Grèce antique en y mêlant la mythologie entourant les dieux grecs. Pourtant, malgré la « fiction » qui y est mêlée, c’est encore dans ces récits que nous puisons aujourd’hui notre compréhension de la société de l’époque. De même, Émile Zola, par ailleurs un ancien journaliste, a, avec ses romans naturalistes, fait entrer les moeurs dans la description historique de la France du XIXe siècle. Et a du même souffle donné son essor à ce qu’on appelle aujourd’hui « l’histoire sociale ».
Paradoxe apparent
Les oeuvres de Ivan Jablonka ne sont pas quant à elles fictionnelles, mais entièrement basées sur des faits exacts et vérifiés. C’est vrai autant de Laëtitia ou la fin des hommes que de son livre précédent, Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus (2012). Et Jablonka croit que tous les historiens devraient suivre des cours de création littéraire pour les mettre en application lorsqu’ils écrivent des récits.
De la même façon, dit-il, l’historien ne peut s’extraire complètement de son champ de recherche, et doit clairement se mettre lui-même en jeu, définir sa démarche, son propre rapport au sujet. Par exemple, lorsque M. Jablonka a écrit son Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus, il fallait bien qu’il se campe comme petit-fils, puisque cela change résolument son regard sur le sujet.
« C’est un livre d’histoire, c’est une réflexion sociologique sur le parcours de mes grands-parents, mais c’est aussi un travail littéraire », dit-il.
Mais c’est plus tôt dans sa vie que M. Jablonka a réalisé le paradoxe apparent entre le travail d’historien et celui d’écrivain.
« Ce qui s’est passé, c’est qu’au début des années 2000, je menais trois projets en même temps, je préparais ma thèse de doctorat, à la Sorbonne, sur les enfants abandonnés. Par ailleurs, j’écrivais un livre sur l’écrivain français Jean Genest et je préparais un roman. Ces trois livres étaient tous différents, pourtant c’était la même personne qui les écrivait. Ma thèse de doctorat à la Sorbonne était un travail d’histoire universitaire parfaitement calibré, mon livre sur Jean Genest était pluridisciplinaire parce que c’était une biographie, un morceau d’histoire, le parcours sociologique de Jean Genest et des études littéraires, puisque Jean Genest était un écrivain. Et troisièmement, ce roman… Et c’était tellement tabou que je l’ai fait sous pseudonyme. Et c’est quelque chose que je regrette. »
Ce roman, il aurait dû l’assumer sous son vrai nom, croit-il aujourd’hui.
« Je ne pensais pas qu’il était possible d’être à la fois romancier et historien, explique-t-il. Et il a fallu plusieurs années de travail sur moi-même pour pouvoir dire que j’étais à la fois historien et écrivain. »
Dire des choses vraies
Pourtant, aujourd’hui, Ivan Jablonka n’écrit plus de fiction. « La fiction, c’est toujours inventer des choses qui n’ont pas de référent », dit-il. Or ses enquêtes sont « des recherches portant sur les faits à établir sur les choses qui nous permettent de les établir et sur les formes littéraires par lesquelles on les transmet ».
Les sciences scolaires, que ce soit la sociologie, l’histoire, l’anthropologie, etc., ont toutes une visée de vérité.
« Non pas de décrire la vérité avec un grand V, mais d’essayer de dire des choses vraies. Par ailleurs, il me semble que les sciences sociales sont en train d’étouffer sous le poids de leur propre académisme, de l’hyperspécialisation des sujets, et du non-texte, c’est-à-dire un texte qui ne cesse de s’excuser d’être littéraire, un texte pasteurisé aseptisé qui n’est pas écrit pour des lecteurs mais pour des collègues. Les sciences sociales sont hélas de moins en moins lues parce que leurs formes s’épuisent. »
En bref, il faut faire sortir les sciences sociales de leur tour d’ivoire et les faire entrer dans le monde, celui-là même qu’elles prétendent décrire.
Ivan Jablonka sera à la Grande Bibliothèque ce vendredi de 15 h 30 à 17 h 30, en compagnie d’Éric Bédard, de Laurent Turcot et de Patrick Boucheron. La rencontre intitulée « Les défis de l’historien dans l’espace public » sera animée par Lise Bissonnette.
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Il y a 150 ans aujourd’hui, le 14 septembre 1867, paraissait le premier volume de l’ouvrage de Karl Marx Le Capital, Critique de l’économie politique.
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Me semble que dans cet article, fort intéressant au demeurant, le professeur de Laval barbouille quand même un peu Nietzsche avec ces trois « postures ». Il identifie celles « du prophète, du laborantin et du serviteur public », tandis que l’auteur de De l’inconvénient et de l’utilité des études historiques pour la vie parle avec pas mal plus de superbe de l’Histoire monumentale, antiquaire et critique.
La deuxième posture est celle du laborantin. Le passé se présente à notre regard sous des formes complexes, labiles et fragmentaires, et sa compréhension demeure incomplète et insatisfaisante. Il est donc tentant de se réfugier entre les murs du laboratoire, où il est possible de limiter les variables sujettes à observation et d’opérer en vase clos sur des échantillons tirés du passé.
Cette posture est celle du retrait du fracas du monde, une posture garantissant une certaine neutralité à l’analyste, une posture n’assumant pas la pertinence sociale de ses connaissances, puisque ce n’est pas sa visée. S’il répond parfois aux attentes citoyennes, c’est grâce à la médiation d’un tiers — souvent le vulgarisateur — ou par les aléas de la conjoncture. Ce faisant, la pratique de l’histoire-laboratoire relève ultimement du hobby réservé à quelques aficionados : si elle peut éventuellement contribuer à la recherche fondamentale, elle se renferme généralement sur elle-même, énonçant des jugements de fait sur un objet mort devant un public absent.
Service public
La dernière posture est celle du service public. Faisant face à des défis complexes et fondamentaux, nos sociétés contemporaines sont sollicitées par de multiples demandes de sens de la part des citoyens. Ces demandes reposent souvent sur une quête de perspective : nous tous et toutes cherchons à saisir d’où provient telle situation et quelles seront ses conséquences ultérieures.
Les enjeux de la mémoire et du patrimoine participent de ces quêtes de perspective : comment voulons-nous être reconnus ? pourquoi voulons-nous transmettre ? Ces demandes de sens interpellent l’historien comme serviteur public, ce dernier adoptant une posture de solidarité avec ses concitoyens, une posture comprenant néanmoins des risques d’incompréhension réciproque.
La pratique de l’histoire comme service public peut être simple, l’historien se contentant de valider des connaissances factuelles. Elle peut être plus exigeante grâce à l’établissement d’une double compréhension : comprendre les attentes de ses concitoyens, faire comprendre le passé dans toute sa complexité.
Soumise à la double exigence éthique de la démarche historique, l’histoire comme service public agit alors sur plusieurs échelles : des enjeux locaux comme la cathédrale de Rimouski, l’arrondissement historique de Sillery ou le site de Sault-aux-Récollets sont aussi pertinents que ceux de l’environnement, des migrations transnationales ou des rapports interconfessionnels. Elle relève du « scholarship with commitment ». Selon le sociologue Pierre Bourdieu, « il faut, pour être un vrai savant engagé, légitimement engagé, engager un savoir. Et ce savoir ne s’acquiert que dans le travail savant, soumis aux règles de la communauté savante ».
Pourquoi faire aujourd’hui de l’histoire ? Peu importe son titre et son emploi, faire de l’histoire relève fondamentalement d’une disposition à l’endroit de soi et des autres. Cette disposition peut prendre la forme d’une posture, avec les aléas que celle-ci comporte. Dans cette période de tweets et d’opinions, de bruits et de fureurs, cette disposition reste celle de la compréhension, sans jugements moraux, mais avec une empathie constante à l’égard de la condition humaine à travers le temps. D’hier à demain, la finalité de l’histoire repose dans cette commune condition qu’il importe de comprendre.
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Rome — Le pape François s’est déclaré samedi favorable à une béatification de Blaise Pascal, philosophe, mathématicien, polémiste et théologien français du XVIIe siècle qui s’était vivement opposé aux jésuites à son époque.
« Je pense moi aussi qu’il mérite la béatification. J’envisage de demander la procédure nécessaire et l’avis des organes du Vatican chargés de ces questions, en faisant part de ma conviction personnelle positive », a déclaré le pape.
Jorge Bergoglio répondait à une question en forme de plaidoyer d’Eugenio Scalfari, le fondateur de La Repubblica, dans un entretien publié samedi par le quotidien italien.
Autodidacte surdoué né en Auvergne en 1623, rivalisant dès l’adolescence avec les plus grands mathématiciens, polémiste efficace, Blaise Pascal est devenu un catholique tourmenté après une expérience mystique à l’âge de 31 ans.
Malade et sujet à de violentes migraines, il est mort en 1662, à 39 ans, sans avoir eu le temps de finir son apologie de la pensée chrétienne, dont l’ébauche a été publiée après sa mort sous le titre Pensées.
Dans cet ouvrage, il a exposé son « pari », expliquant qu’il n’y avait rien à perdre et tout à gagner à croire en Dieu. De manière moins connue, ce raisonnement s’accompagnait aussi d’un appel à une conversion du coeur et un choix de la pauvreté susceptible d’avoir touché le pape argentin.
Outre une jeunesse plutôt prétentieuse et mondaine, les féroces Provinciales de Pascal, lettres en faveur des jansénistes dans leur lutte théologique et politique contre les jésuites, pourraient cependant faire obstacle à une éventuelle béatification.
Mais l’élection en mars 2013 de François, le premier pape jésuite, pourrait avoir modifié la donne.
« Trop de contentieux traînaient entre l’auteur des Provinciales [et les jésuites] pour qu’un pape tiers à l’affaire puisse se sentir légitime à mettre sur les autels […] le vibrionnant adepte de l’apostrophe ironique », écrivait Xavier Patier, auteur d’un livre sur l’expérience mystique de Pascal, dans le magazine Famille chrétienne en mai 2013.
«Nous avons ce pape, et de surcroît un pape ami de la pauvreté, cette pauvreté que Blaise disait avoir décidé d’aimer», ajoutait-il.
Source: Le Devoir 10/07/17
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Dans la culture contemporaine, nous l’entendons fréquemment, c’est un salut entre plusieurs, il est utilisé dans les chansons rap, mais il cause parfois quelques désaccords concernant son utilisation. Lorsque deux personnes noires se disent « what’s up my nigga », il ne semble pas y avoir de problème, mais quand c’est dit entre des caucasiens, il y a un tollé. Les gens veulent que la discussion sur cet enjeu reste courte et simple : si tu n’es pas noir, ne le dis pas. Cependant, ça ne sera jamais aussi facile. Tout le monde le dit alors, pourquoi interdire ou juger quelqu’un qui n’est pas noir ?
Le mot, tel que nous le connaissons aujourd’hui, avait autrefois une signification différente. « Niger » en latin veut simplement dire noir, mais avec l’esclavage en Amérique il devient « negar », un autre terme pour les esclaves africains[1]. Avec le temps, le mot a été transformé par ceux qui haïssaient encore les Afro-Américains, ainsi « nigger » est utilisé pour insulter, une manière de réduire quelqu’un. Cela peut expliquer en partie l’inconfort que certains peuvent ressentir quand une personne qui n’est pas d’origine africaine le dit, même si c’est de la manière la plus nocive. En fait, plusieurs croient qu’à cause de son origine négative « nigga » ne doit jamais être prononcé sous aucun prétexte.
En toute honnêteté, personne ne se soucie vraiment de ce que nous disons à huis clos, quand nous sommes devant d’autres, il est préférable d’être plus prudent. Mais, comment est-ce possible lorsque l’une des cultures les plus populaires l’utilise constamment ? Presque toutes les chansons de rap jusqu’à présent le mentionnent au moins une fois, ceci dit, cela génère un sens d’unité. Par exemple, My Nigga, l’artiste YG l’utilise pour parler de l’amitié et de ses liens. D’autres l’utilisent pour surmonter le sentiment d’oppression que la communauté afro-américaine peut ressentir. Donc, certains voient ce mot comme un dénominateur commun entre personnes ayant la même descendance. Pour certains noirs, identifier quelqu’un comme son « nigga » c’est dire que cette personne est mon ami, ils n’utilisent pas nécessairement le terme avec quelqu’un qui ne l’est pas. Mais, quand c’est le cas, cela peut causer de la confusion. La personne en question peut penser que c’est correct de l’utiliser autour d’autres Afro-Américains et c’est là que cela devient compliqué. Si c’est dans chaque chanson que j’entends, si les gens autour de moi le disent de manière positive, pourquoi c’est incorrect si je l’emploie ? Bien sûr, tout dépend de la personne à qui on demande, la réponse est variée. Si nous le comparons au mot « bitch », peut-être ça peut être plus compréhensible. Dire à une personne qu’elle est votre bitch préférée c’est lui dire qu’elle est comme votre meilleure amie. Bien que cela ne soit pas trop nuisible pour certains, tout le monde n’applique pas le terme parce que cela pourrait déranger[2]. Donc, même si quelqu’un ne comprend pas complètement l’ambiguïté de « nigga », la bonne chose à faire c’est d’être prudent.
Élizabeth Guillaume
[1] CNN. Where did the N-word come from? , juillet 2013, 2:50, dans Youtube, https://www.youtube.com/watch?v=OFnF1c2Tbfw (Page consultée le 28 mai 2017)
[2] MUSONI, Malcom-Aime. « Stop Saying N***a If You’re Not Black », 26 septembre 2016, dans The Blog, Huffpost, http://www.huffingtonpost.com/malcolmaime-musoni/stop-saying-nigga-if-your_b_8190836.html (Page 28 mai 2017)
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J’ai été très chanceuse d’avoir été, plus d’une fois, voir l’exposition Mundos de l’artiste Teresa Margolles, présentée au Musée d’art contemporain de Montréal du 16 février au 14 mai 2017. J’ai visité beaucoup de musées, j’ai même eu la chance de visiter The Museum of Modern Art (MoMA) à New York, mais je n’ai jamais été aussi bouleversée par une exposition d’une artiste contemporaine. C’est une exposition assez diversifiée, au sens où la critique de Margolles est grande, car elle tente de dénoncer la situation de plusieurs groupes qui se retrouvent en minorité.
L’œuvre Tela bordara est un large tissu fixé mur. Ce tissu est en fait un suaire, ce qu’on utilise pour envelopper le corps de personnes décédées. Ce tissu a été souillé par une femme retrouvée morte au Guatemala et il a été brodé par un groupe de femmes qui se rassemblent pour broder, pour offrir une voix à ces femmes que l’on retrouve assassinées. L’artiste dénonce cette idée du « féminicide », qui représente l’idée que les femmes sont victimes de violences seulement parce qu’elles sont des femmes. C’est donc une critique de la société par l’artiste, où elle dénonce ces violences que les femmes subissent seulement parce qu’elles sont considérées comme étant inférieures aux hommes. Par son art, Margolles permet à toutes ces femmes d’avoir une voix et d’ouvrir les yeux du public sur une réalité qui se passe présentement dans notre monde. C’est très bouleversant lorsqu’on se rend compte que les taches sont en fait le sang d’une femme qui a souffert. Mais cette œuvre n’est pas seulement une critique de la société, c’est aussi une critique du monde occidental où, l’on remarque en premier les jolies couleurs voyantes, les motifs, la broderie, l’aspect culturel de cette œuvre. Ce n’est qu’après avoir pris un peu plus de temps pour observer que l’on remarque les taches de sang, qui viennent souiller un beau travail d’une culture différente de la nôtre. C’est une façon de nous faire réaliser que ce genre de choses arrivent tous les jours, que c’est une réalité ailleurs dans le monde, qui n’est pas aussi loin qu’on le croit.
Une autre de ses œuvres nommée Pesquisas, qui signifie en français « enquêtes ». Cette œuvre est une installation, où l’on a posé sur un mur d’un petit corridor 30 photos de femmes, de très grandes dimensions, que l’on retrouve sur des affiches de femmes disparues. On remarque rapidement que les photos sont en mauvais état, signifiant que les affiches ont été posées il y a longtemps. En exposant cette œuvre dans un petit corridor, Margolles oblige le spectateur à devoir s’arrêter pour observer dans l’entièreté son œuvre et observer, une à une, les images de ces femmes qui n’ont toujours pas été retrouvées. Elle oblige le spectateur, en le choquant avec le sang de Tela bordara ou en lui imposant une œuvre par sa disposition, à réfléchir à l’importance de ces évènements. Ma famille vient de Maniwaki, qui est une petite ville au Québec, au nord de Gatineau et cela arrive très souvent de se promener et de s’arrêter au petit dépanneur du quartier pour y retrouver une affiche avec des jeunes filles amérindiennes portées disparues. C’est une réalité qui nous semble si loin, mais qui est en fait présente, même ici, au Québec. Teresa Margolles tente dénonce aussi le fait que les autorités ne font rien pour arranger la situation, en fait, le gouvernement veut, pour purifier la ville pour le tourisme, enlever ces affiches. Ce sont de nombreuses enquêtes qui auraient dû être faites il y a longtemps, mais qui ne l’ont jamais été. L’exposition Mundos est très bouleversante et choquante, car l’artiste n’essaie pas de faire comprendre au public son intention à travers une interprétation poussée des éléments plastiques ; Margolles présente des œuvres qui sont crues, brutales, qui nécessitent la lecture de la fiche d’identification seulement pour comprendre la puissance de l’œuvre.
L’œuvre En el aire est une installation où des machines à bulles sont posées au plafond et sont actionnées à tous les dix minutes. Cette installation est très jolie, des bulles qui tombent donnant un aspect féérique à l’environnement. Le public a la possibilité de se déplacer sous les bulles. Une petite quantité de l’eau utilisée pour faire les bulles provient en fait d’eau utilisée pour laver des corps à la morgue. L’œuvre semble si légère, mais est si lourde de sens. Mais pourquoi utiliser de l’eau ayant touché des corps morts ? C’est en fait un aspect de purification de la mort des victimes. L’artiste veut que l’on entre en contact avec les morts et on quitte l’exposition touché par ces gens, en leur permettant une seconde vie, ou on quitte plutôt souillé avec un sentiment de responsabilisation sur les épaules ? Cette œuvre m’a énormément perturbée, la première fois que j’ai été voir l’exposition, je n’ai jamais osé traverser et laisser les bulles tomber sur moi, non par dégout, mais plutôt par peur et par malaise, parce que je touche du peu qui reste de ces corps de femmes retrouvées après avoir été assassinées violement. Peut-être que je voulais repousser à tout prix l’idée que j’avais ma part de responsabilité. À ma seconde visite, mes amis m’ont tirée pour que je marche sous les bulles. Ces bulles de savon semblent si lourdes lorsqu’elles se sont posées sur mes épaules… J’ai été très surprise aussi de voir énormément de gens prendre des photos pour les mettre sur les réseaux sociaux et se déplacer sous les bulles, car ils trouvent cela jolie. C’est une œuvre très lourde de sens qui, oui est belle à regarder, mais qui devient assez effrayante lorsqu’on connaît son contenu et son processus de création. C’est donc très dommage de voir des gens se préoccuper peu du message, de la critique de l’artiste et se contenter de ce qu’ils voient ; c’est pourtant une des fonctions de l’art contemporain, de critiquer.
Frédérique Lyrette.
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