Archives de Tag: Appropriation culturelle

«The N-Word»

Dans la culture contemporaine, nous l’entendons fréquemment, c’est un salut entre plusieurs, il est utilisé dans les chansons rap, mais il cause parfois quelques désaccords concernant son utilisation. Lorsque deux personnes noires se disent « what’s up my nigga », il ne semble pas y avoir de problème, mais quand c’est dit entre des caucasiens, il y a un tollé. Les gens veulent que la discussion sur cet enjeu reste courte et simple : si tu n’es pas noir, ne le dis pas. Cependant, ça ne sera jamais aussi facile. Tout le monde le dit alors, pourquoi interdire ou juger quelqu’un qui n’est pas noir ?

Le mot, tel que nous le connaissons aujourd’hui, avait autrefois une signification différente. « Niger » en latin veut simplement dire noir, mais avec l’esclavage en Amérique il devient « negar », un autre terme pour les esclaves africains[1]. Avec le temps, le mot a été transformé par ceux qui haïssaient encore les Afro-Américains, ainsi « nigger » est utilisé pour insulter, une manière de réduire quelqu’un. Cela peut expliquer en partie l’inconfort que certains peuvent ressentir quand une personne qui n’est pas d’origine africaine le dit, même si c’est de la manière la plus nocive. En fait, plusieurs croient qu’à cause de son origine négative « nigga » ne doit jamais être prononcé sous aucun prétexte.

En toute honnêteté, personne ne se soucie vraiment de ce que nous disons à huis clos, quand nous sommes devant d’autres, il est préférable d’être plus prudent. Mais, comment est-ce possible lorsque l’une des cultures les plus populaires l’utilise constamment ? Presque toutes les chansons de rap jusqu’à présent le mentionnent au moins une fois, ceci dit, cela génère un sens d’unité. Par exemple, My Nigga, l’artiste YG l’utilise pour parler de l’amitié et de ses liens. D’autres l’utilisent pour surmonter le sentiment d’oppression que la communauté afro-américaine peut ressentir. Donc, certains voient ce mot comme un dénominateur commun entre personnes ayant la même descendance. Pour certains noirs, identifier quelqu’un comme son «  nigga » c’est dire que cette personne est mon ami, ils n’utilisent pas nécessairement le terme avec quelqu’un qui ne l’est pas. Mais, quand c’est le cas, cela peut causer de la confusion. La personne en question peut penser que c’est correct de l’utiliser autour d’autres Afro-Américains et c’est là que cela devient compliqué. Si c’est dans chaque chanson que j’entends, si les gens autour de moi le disent de manière positive, pourquoi c’est incorrect si je l’emploie ? Bien sûr, tout dépend de la personne à qui on demande, la réponse est variée. Si nous le comparons au mot « bitch », peut-être ça peut être plus compréhensible. Dire à une personne qu’elle est votre bitch préférée c’est lui dire qu’elle est comme votre meilleure amie. Bien que cela ne soit pas trop nuisible pour certains, tout le monde n’applique pas le terme parce que cela pourrait déranger[2]. Donc, même si quelqu’un ne comprend pas complètement l’ambiguïté de « nigga », la bonne chose à faire c’est d’être prudent.

Élizabeth Guillaume

[1] CNN. Where did the N-word come from? , juillet 2013, 2:50, dans Youtube, https://www.youtube.com/watch?v=OFnF1c2Tbfw (Page consultée le 28 mai 2017)

[2] MUSONI, Malcom-Aime. « Stop Saying N***a If You’re Not Black », 26 septembre 2016, dans The Blog, Huffpost, http://www.huffingtonpost.com/malcolmaime-musoni/stop-saying-nigga-if-your_b_8190836.html (Page 28 mai 2017)

Poster un commentaire

Classé dans Culture et société, Féminisme, Histoire, Philosophie, Politique

L’appropriation culturelle pour les nuls

Dernièrement, un collègue m’a montrer cette vidéo sur la plateforme Youtube  ayant pour thème l’appropriation culturelle qui, d’une manière générale, se comprend comme la prise de possession de quelque chose, notamment, par l’achat, l’occupation, la saisie, l’expropriation, la nationalisation ou la violence d’un ensemble des structures sociales et de manifestations intellectuelles, artistiques, religieuses qui définissent une civilisation ou une société par rapport à une autres. La jeune femme, dans cette vidéo, adopte sur ce sujet un point de vue purement libertarien, c’est-à-dire qui encourage la liberté individuelle dans les échanges économiques et dans les rapports sociaux et politiques. Cette vision m’a rappelée un concept hégélien étudié durant mon parcours collégial. La pensée abstraite! La personne qui pense abstraitement fait, justement, abstraction de certains éléments lorsqu’elle construit sa pensée et c’est précisément ce que j’ai pu constater dans l’argumentaire de cette individu. Son argumentation repose sur l’idée que l’appropriation culturelle n’est pas raciste, mais plutôt une façon d’apprécier une autre culture puisqu’à l’inverse, les autres cultures peuvent emprunter aux différentes cultures caucasiennes sans que cela ne soit vu comme une appropriation culturelle ou un acte raciste. Ce dont elle fait abstraction dans son raisonnement c’est de l’idée d’une culture dominante s’attaquant à la culture dominée. Évidemment, lorsqu’une culture dominante prend les coutumes et rituels des cultures minoritaires en leurs retirant leurs aspects sacrées, ce n’est pas un acte délibéré de racisme, mais la culture dominée n’en est pas moins affectée puisqu’il lui est demandé, «en échange», d’adopter à son tour la culture de masse. Ce procédé est littéralement une assimilation cachée lorsqu’on considère que la culture dominée cesse alors d’utiliser ses propres coutumes qui ne signifient plus rien et adopte la culture de masse. Ainsi, à l’occasion de l’Halloween en Amérique, il n’est pas immoral de se déguiser en Vikings ou en Français stéréotypé (avec une chandail rayé et une baguette de pain), tandis que se déguiser en Amérindien c’est faire abstraction d’un fait que l’on oublie assez souvent, à savoir le génocide des peuples amérindiens; peuples multiples dont les différences culturelles ont été par la suite abolies pour ne conserver que l’image d’un peuple unique à la peau basané portant casque à plumes. Ainsi l’appropriation culturelle est inconsciemment un ethnocide déguisé.

Simon Béland

Poster un commentaire

Classé dans Culture et société, Histoire, Histoire et civilisation, Philosophie, Politique