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MUNDOS

J’ai été très chanceuse d’avoir été, plus d’une fois, voir l’exposition Mundos de l’artiste Teresa Margolles, présentée au Musée d’art contemporain de Montréal du 16 février au 14 mai 2017. J’ai visité beaucoup de musées, j’ai même eu la chance de visiter The Museum of Modern Art (MoMA) à New York, mais je n’ai jamais été aussi bouleversée par une exposition d’une artiste contemporaine. C’est une exposition assez diversifiée, au sens où la critique de Margolles est grande, car elle tente de dénoncer la situation de plusieurs groupes qui se retrouvent en minorité.

L’œuvre Tela bordara est un large tissu fixé mur. Ce tissu est en fait un suaire, ce qu’on utilise pour envelopper le corps de personnes décédées. Ce tissu a été souillé par une femme retrouvée morte au Guatemala et il a été brodé par un groupe de femmes qui se rassemblent pour broder, pour offrir une voix à ces femmes que l’on retrouve assassinées. L’artiste dénonce cette idée du « féminicide », qui représente l’idée que les femmes sont victimes de violences seulement parce qu’elles sont des femmes. C’est donc une critique de la société par l’artiste, où elle dénonce ces violences que les femmes subissent seulement parce qu’elles sont considérées comme étant inférieures aux hommes. Par son art, Margolles permet à toutes ces femmes d’avoir une voix et d’ouvrir les yeux du public sur une réalité qui se passe présentement dans notre monde. C’est très bouleversant lorsqu’on se rend compte que les taches sont en fait le sang d’une femme qui a souffert. Mais cette œuvre n’est pas seulement une critique de la société, c’est aussi une critique du monde occidental où, l’on remarque en premier les jolies couleurs voyantes, les motifs, la broderie, l’aspect culturel de cette œuvre. Ce n’est qu’après avoir pris un peu plus de temps pour observer que l’on remarque les taches de sang, qui viennent souiller un beau travail d’une culture différente de la nôtre. C’est une façon de nous faire réaliser que ce genre de choses arrivent tous les jours, que c’est une réalité ailleurs dans le monde, qui n’est pas aussi loin qu’on le croit.

Une autre de ses œuvres nommée Pesquisas, qui signifie en français « enquêtes ». Cette œuvre est une installation, où l’on a posé sur un mur d’un petit corridor 30 photos de femmes, de très grandes dimensions, que l’on retrouve sur des affiches de femmes disparues. On remarque rapidement que les photos sont en mauvais état, signifiant que les affiches ont été posées il y a longtemps. En exposant cette œuvre dans un petit corridor, Margolles oblige le spectateur à devoir s’arrêter pour observer dans l’entièreté son œuvre et observer, une à une, les images de ces femmes qui n’ont toujours pas été retrouvées. Elle oblige le spectateur, en le choquant avec le sang de Tela bordara ou en lui imposant une œuvre par sa disposition, à réfléchir à l’importance de ces évènements. Ma famille vient de Maniwaki, qui est une petite ville au Québec, au nord de Gatineau et cela arrive très souvent de se promener et de s’arrêter au petit dépanneur du quartier pour y retrouver une affiche avec des jeunes filles amérindiennes portées disparues. C’est une réalité qui nous semble si loin, mais qui est en fait présente, même ici, au Québec. Teresa Margolles tente dénonce aussi le fait que les autorités ne font rien pour arranger la situation, en fait, le gouvernement veut, pour purifier la ville pour le tourisme, enlever ces affiches. Ce sont de nombreuses enquêtes qui auraient dû être faites il y a longtemps, mais qui ne l’ont jamais été. L’exposition Mundos est très bouleversante et choquante, car l’artiste n’essaie pas de faire comprendre au public son intention à travers une interprétation poussée des éléments plastiques ; Margolles présente des œuvres qui sont crues, brutales, qui nécessitent la lecture de la fiche d’identification seulement pour comprendre la puissance de l’œuvre.

L’œuvre En el aire est une installation où des machines à bulles sont posées au plafond et sont actionnées à tous les dix minutes. Cette installation est très jolie, des bulles qui tombent donnant un aspect féérique à l’environnement. Le public a la possibilité de se déplacer sous les bulles. Une petite quantité de l’eau utilisée pour faire les bulles provient en fait d’eau utilisée pour laver des corps à la morgue. L’œuvre semble si légère, mais est si lourde de sens. Mais pourquoi utiliser de l’eau ayant touché des corps morts ? C’est en fait un aspect de purification de la mort des victimes. L’artiste veut que l’on entre en contact avec les morts et on quitte l’exposition touché par ces gens, en leur permettant une seconde vie, ou on quitte plutôt souillé avec un sentiment de responsabilisation sur les épaules ? Cette œuvre m’a énormément perturbée, la première fois que j’ai été voir l’exposition, je n’ai jamais osé traverser et laisser les bulles tomber sur moi, non par dégout, mais plutôt par peur et par malaise, parce que je touche du peu qui reste de ces corps de femmes retrouvées après avoir été assassinées violement. Peut-être que je voulais repousser à tout prix l’idée que j’avais ma part de responsabilité. À ma seconde visite, mes amis m’ont tirée pour que je marche sous les bulles. Ces bulles de savon semblent si lourdes lorsqu’elles se sont posées sur mes épaules… J’ai été très surprise aussi de voir énormément de gens prendre des photos pour les mettre sur les réseaux sociaux et se déplacer sous les bulles, car ils trouvent cela jolie. C’est une œuvre très lourde de sens qui, oui est belle à regarder, mais qui devient assez effrayante lorsqu’on connaît son contenu et son processus de création. C’est donc très dommage de voir des gens se préoccuper peu du message, de la critique de l’artiste et se contenter de ce qu’ils voient ; c’est pourtant une des fonctions de l’art contemporain, de critiquer.

Frédérique Lyrette.

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