Archives de Catégorie: Philosophie

Violence répressive au Québec? You bet!

En regardant cette vidéo, une pensée de Pascal à méditer sur la dialectique de la justice et de la force, pour bien comprendre et dénoncer les dérives de l’État du Québec:

«Justice, force. – Il est juste que ce qui est juste soit suivi, il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi. La justice sans la force est impuissante; la force sans la justice est tyrannique. La justice sans force est contredite, parce qu’il y a toujours des méchants; la force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force; et pour cela faire que ce qui est juste soit fort, ou que ce qui est fort soit juste.»

Pascal, Pensées, Éd. Brunschwicg, #298, p 470.

Pétition: Ensemble, exigeons une commission d’enquête publique sur la violence policière de 2012

BLx

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Les idéologies anti-science

alterscience

«Remise en cause de la théorie d’Einstein, de celle de Darwin, créationnisme et fondamentalismes, cosmologies païennes, mouvements technofascistes, idéologies radicales anti-science… Pourquoi des personnes formées à la science en viennent-elles à adopter une attitude en opposition virulente à la science de leur époque ? Comment mobilisent-elles leur capacité de raisonnement au service de dogmes et d’idéologies sans rapport avec la science ? Peut-on tirer un fil historique entre ces postures depuis la naissance de la science moderne au XVIe siècle ? De nos jours, quel est l’impact sur les rapports entre science et société de ces attitudes, diffusées et multipliées par le canal de l’Internet ?

Rejet de la science contemporaine, de la spécialisation et de l’abstraction mathématique ; appel au bon sens et à une science globale ; vitupération pouvant aller jusqu’à l’invocation de la théorie du complot ; instrumentalisation de la science à des fins idéologiques ou religieuses : voilà les principales caractéristiques des mouvements ou des individus étudiés dans cet ouvrage.

Alexandre Moatti, ingénieur en chef des Mines, est chercheur associé en histoire des sciences et des idées à l’université Paris-VII-Denis-Diderot. Il est notamment l’auteur deEinstein, un siècle contre lui (2007). »

BLx

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Toute l’histoire en deux minutes!

«it is a tale
Told by an idiot, full of sound and fury,
Signifying nothing.»

Shakespeare, Macbeth, Acte 5, scène 5

BLx

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Une idée de l’université

Michel Seymour, professeur de philosophie à l’Université de Montréal, présente son livre Une idée de l’université, qui paraît cette semaine. De quoi nourrir la discussion en vue du Sommet sur l’enseignement supérieur.

BLx

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La réprobation de Damien Hirst

the crown of justiceThe Crown of Justice, 2006, ailes de papillons et peinture enamel

Deux articles parus récemment, l’un dans le Business Insider, l’autre dans le Bloomberg Businessweek, qui s’intéressent à Damien Hirst, pas pour en faire l’éloge, mais pour annoncer que sa carrière serait en perte de vitesse. Ce fléchissement viendrait confirmer que l’artiste par qui le scandale arrive a toujours abusé de la crédulité du public et de la cupidité du marché. Et voilà le roi de l’art contemporain mis à nu par des organes de presse au service des firmes de courtages!

Disons d’abord qu’il se pourrait que dans 10 ans on ne se souvienne plus du nom des auteurs de ces articles qui, tout en dénonçant l’effet de mode, cède à l’effet de mode. Par les temps qui courent Damien Hirst est en effet devenu un objet de réprobation très populaire car, voyez-vous, sa cote est en baisse. Elle se maintient toujours dans les millions, mais au lieu des 6 attendus pour telle oeuvre, on n’en a obtenu que 4. Misère!

Damien Hirst n’est probablement pas aussi important que certains veulent le croire, mais on peut néanmoins lui attribuer quelques oeuvres très fortes qui figureront certainement parmi les plus grandes dans l’histoire des Momento mori.

a thousand yearsA thousand years, 1990

The physical impossibility

The Physical Impossibility of Death in the Mind of Someone Living, 1991

choleraCholéra, 2003, mouches et résine

for the love of godFor the love of god, 2007

Mais revenons au débat sur la valeur des oeuvres, débat qui dans sa phase ascendante nous élève au niveau transcendental, l’art dans son idée même; mais qui dans sa phase descendante laisse les «essentialistes» dépités car ils constatent alors que les oeuvres d’art ne correspondent pas à leur théorie, aussi sublime soit-elle. Alors quoi? L’art qui existe ne serait pas réellement de l’art? Est-ce le marché et le milieu de l’art qui à la fin décident de tout ou, mieux encore, faut-il s’en remettre au jugement péremptoire du «business insider»? Parlant business, il y a ces temps-ci un collectionneur qui s’appelle Mugrabi qui profite de la relative décote de Damien Hirst pour acheter tout ce qui passe, exactement comme son père et son oncle faisaient dans les années 80 lorsqu’on disait que Warhol était fini, rien de plus qu’une «joke»…

BLx

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Défense de la culture générale contre l’éducation marchandise

revueargument.ca

Il faut réhabiliter la «culture générale» et en débattre

Celle-ci nous permet de nous affranchir d’un «nombrilisme contemporain», plaident les artisans de la revue Argument

Patrick Moreau – Rédacteur en chef de la revue Argument et Marie-Andrée Lamontagne – Membre du comité de rédaction, Le Devoir,  27 novembre 2012
En octobre dernier, la revue Argument faisait paraître son numéro 15.1, numéro anniversaire destiné à marquer avec éclat les quinze années d’existence d’une revue d’idées qui entend faire de l’essai, au sens fort, libre et littéraire du terme, le fer de lance de sa réflexion sur la société. Quinze ans : tout un exploit pour une publication comme Argument, qui ne reçoit aucune aide de l’État, même si elle peut compter aujourd’hui sur le soutien des Éditions Liber.
Ce numéro, aux airs de manifeste, a pour titre : « Sous peine d’être ignorant. La culture générale en vingt-cinq essentiels ». Il s’agit de réunir, en vingt-cinq entrées – notions, personnages, événements, lieux, oeuvres ou objets -, le bagage culturel minimal que devrait posséder en 2012 tout jeune homme ou toute jeune femme, « sous peine d’être ignorant ». Chaque entrée, choisie par la rédaction d’Argument, a fait l’objet d’un essai bien senti, commandé à un auteur informé, qui explique de quoi il en retourne et en quoi ce savoir est indispensable aujourd’hui. Il faut croire que ce numéro a touché une corde sensible au Québec, puisque le premier tirage s’est écoulé quasi sur-le-champ et que l’éditeur, aussi enchanté que le comité de rédaction, a dû bientôt commander une réimpression – du jamais-vu dans l’histoire de la revue, voire de la plupart des revues.On entend d’ici les protestations sceptiques, aux accents wikipédiens : l’expression « culture générale » a-t-elle encore un sens aujourd’hui ? À cette question, et forte de son engagement humaniste, la revue répond par l’affirmative, sans hésitation. Quelle forme doit prendre cette culture générale, comment la définir, comment la transmettre – c’est alors que les interrogations fusent ; certains diront : que les problèmes commencent.C’est que des pans entiers de ce qui apparaissait autrefois comme un bagage culturel minimal sombrent aujourd’hui dans l’oubli, quand ce n’est pas dans une trouble indifférence qui fait en sorte que le présent lui-même, élevé au rang d’idole, devient indéterminé, intemporel, ou – pire encore – ne sont plus connus qu’à travers une disneyisation culturelle qui transforme la guerre de Troie en heroic fantasy sur grand écran, le président Lincoln en chasseur de vampires et la période médiévale en décor pour contes de fées.Il est possible en 2012, nul ne s’en émeut, qu’un jeune homme ou une jeune femme dans la vingtaine, disons âgé de 25 ans (et qui aura passé près de vingt ans sur les bancs de l’école) ignore tout ou presque des époques qui ont précédé celle, bénie, où il est né ; que les noms de Bach ou de Freud n’évoquent rien (ou à peu près rien) à ses yeux ; qu’il ne sache pas trop à quoi renvoie le syntagme « Grande Guerre » ou quelle est l’origine des droits de l’homme qui jouent un rôle si central dans la politique actuelle ; qu’il n’ait pas, enfin, une idée un tant soit peu précise de ce que représente la Conquête dans l’histoire du Canada, pour s’en tenir à ces exemples.Pourquoi ces connaissances (à une époque où l’école elle-même s’en méfie et leur préfère l’acquisition de « compétences » ou une approche permettant, comme on dit, d’« apprendre à apprendre ») paraissent-elles si essentielles ? Autrement dit, quelle est la valeur de la culture dite générale ? À l’appui de ces savoirs partagés, on peut alléguer brièvement au moins trois arguments. Tout d’abord, la culture générale est le socle commun sur lequel se fonde, dans toute société, un dialogue social fécond, socle commun particulièrement important dans une démocratie où la discussion et les débats d’idées, et non l’autorité, sont censés permettre de trancher la plupart des questions ; et cela, faut-il le rappeler, à un moment où les modes et les engouements médiatiques ne sont pas moins déterminants que les diktats de l’Église ou la loi du père d’antan.

De plus, la culture générale, sans cesser bien sûr de se transformer, traverse les siècles et les générations ; elle offre un moyen d’appréhender le monde, non pas comme un espace neutre, géométrique, sans relief et débarrassé de toute dimension historique, mais comme un lieu signifiant, apte à être habité véritablement.

D’un point de vue plus strictement individuel, enfin, la culture dite générale, ou « humaniste », permet de former son jugement. C’est grâce à elle que l’individu peut se repérer dans la réalité complexe et prendre du recul par rapport au présent. La culture générale offre donc un antidote au nombrilisme contemporain. Elle décentre l’individu de lui-même, donnant ainsi un sens plus profond à l’expérience humaine. À l’encontre de tous les conformismes, elle ouvre la question des fins de l’existence.

Il n’empêche qu’au jeu qui consiste à établir une sorte de minimum culturel garanti en 25 entrées, chacun ira de ses préférences, convictions et oublis à corriger. Et la belle assurance affichée par le palmarès de ce numéro ne doit pas faire oublier sa part de doute, même si l’assurance et l’autorité, au sens latin du terme, sont inhérents à l’acte de transmettre, quoi qu’en dise la pédagogie nouvelle. Du coup, la formation des maîtres qui oeuvrent dans nos écoles ne laisse pas d’inquiéter. Comment ceux-là mêmes censés transmettre le savoir peuvent-ils le faire s’ils sont trop souvent en butte à leurs propres lacunes, héritage pervers d’une société paresseuse, insoucieuse, oublieuse, prompte à faire de l’éducation un moyen plutôt qu’une fin ? Et si enseignants, élèves, parents, enfants, professeurs et étudiants ne sont souvent que trop heureux de se noyer dans la cohorte indistincte des « cerveaux disponibles », consommateurs dociles, éternellement insatisfaits – tout en affichant la posture de rébellion et de subversion de mise à notre époque ? On le voit : la question de la culture générale n’engage pas seulement l’école et la famille, mais toute la société.

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Féminisme ou Anti-sexisme?

Hermaphrodite endormi, IIè siècle après J.-C., Musée du Louvre

En guise de réponse à l’article de Jacynthe Fournier-Rémy «Les féministes à marde»

Ce que je vais dire va peut-être apparaitre aux gens comme un peu «sorcier» mais tout ce que j’écris, chaque mot que je pose ici a été choisi avec soin après avoir été réfléchi. Par contre il ne faut pas penser que ce qui est écrit ici se présente à moi comme des dogmes. En fait j’écris ce que j’ai pu me faire comme opinion sans être omniscient et c’est pour cette raison que je crois que mon opinion, comme toute chose, peut changer.

Ce que le féminisme dit est pour moi difficile à comprendre. Il est certain qu’avec un effort je peux conceptualiser le féminisme, mais je ne comprends pas pourquoi je devrais faire cet effort, je ne comprends pas en quoi cela peut aider la cause. En fait ce que je comprends du féminisme c’est que dans notre société, et ce sans s’en rendre compte, il y a un mécanisme qui fait en sorte que la femme soit plus vue comme une objet que comme une femme et, de ce fait, elle se trouve diminuée par rapport au statut réservé à l’homme. Ce mécanisme est possible à cause de différents engrenages qui se sont mis en place au cours de l’existence humaine. Ces engrenages son les stéréotypes, les préjugés et la langue.

C’est là que je commence à trouver difficile à conceptualiser puisque les stéréotypes et les préjugés sont en fait le résultat d’une généralisation hâtive qui nous pousse vers de fausses conclusions. Ainsi, lorsque quelqu’un me parlait de féminisme je pensais à: «… à marde», en fait ma réaction est conditionnée par le fait que lorsque je suis entré pour la première fois en contact avec le féminisme il était porté par des femmes qui semblaient vouloir se venger de tous les hommes pour la situation que la femme occupait dans l’histoire. Ce qui est bien, malgré tout, c’est que le contact avec les autres, le fait d’être confronté à autre chose, permet sinon de le faire disparaître, mais au moins de les atténuer. C’est pourquoi aujourd’hui lorsqu’on me parle de féminisme je ne me metsplus sur la défensive, même si je ne comprends pas plus le concept.

Cela bien sûr à cause de la langue, qu’on me dit qu’il faudrait féminiser  puisqu’elle est sexiste. Mais alors, puisque les mots sont justement si importants, pourquoi parler de féminisme et non pas d’anti-sexisme . Dans tous les cas les mots sont importants pour moi. Les auteurs sont capables, grâce à de simples mots, de créer des univers entiers régis par leurs propres règles, en choisissant tel mot plutôt qu’un autre l’auteur peut donc changer l’ambiance. Je vais même jusqu’à dire que par son choix de mots l’auteur influence la vision que le lecteur a de l’univers qu’il crée. Et c’est là que la magie s’opère. Selon moi en utilisant le mot «féminisme» cela a créé ce mal qui hante les gens attachés à la cause; à cause de ce que j’appelle le pouvoir des mots. Depuis toujours le mot est chargé de magie, il ne faut pas prononcer des noms comme «Dieu» à n’importe quel moment  puisque cela fixe son attention sur nous… En fait l’image est selon moi fausse puisque si devant moi se trouve Dieu, une roche et une femme, lorsque je dit «Dieu» c’est moi qui fixe mon attention sur Dieu, où du moins je fais, et ce probablement de façon inconsciente, l’exercice de le conceptualiser. Chose que les gens autour de moi feront probablement en même temps. Je suis de la même façon persuadé que pour voir un changement de mentalité il ne faut pas féminiser tout ce que l’ont dit, puisqu’il ne s’agit pas là d’inclure les hommes et les femmes, mais plutôt de créer un discours unique pour deux groupes distincts. Il ne faudrait pas à là place un troisième genre, un genre hermaphrodite, à l’image de ce que devrait être la place de l’homme et de la femme dans la société, deux entités fusionnées dans le même corps et cela grâce aux pouvoirs qu’ont les mots ? C’est cette magie dont les mots sont remplis qui fait que j’ai de la difficulté à comprendre l’existence du féminisme, puisque en utilisant le mots féminisme nous ne faisons pas que dénoncer un état de choses, nous créons cet état des choses !

Hermaphrodite endormi, vu de l’autre côté.

C’est pour ces raisons que j’ai tant de difficulté à comprendre pourquoi les gens parlent de féminisme. Si réellement il ne s’agit pas uniquement de pointer du doit la femme-objet, alors nous devrions parler d’anti-sexisme, de refus de voir une différence entre les sexes, ce qui obligerait un changement de discours, un discours prônant une véritable égalité homme-femme, pour ne pas dire une abolition des différences homme-femme et là alors je comprendrais le bien fonder du mouvement.

En fait je le dis: je suis anti-sexiste.

Réjean Cormier

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Toi moko restitué par le Musée des Beaux Arts

Le MBAM retourne une tête maorie en terres ancestrales

Isabelle Paré, Le Devoir,  22 novembre 2012

Artefacts anthropologiques ou étalage grossier de restes humains ? En 2012, l’exposition d’ossements humains demeure sujet de controverse dans le milieu muséal. Les revendications de minorités culturelles, combinées au simple respect de la dignité humaine, poussent de plus en plus de musées à sortir les squelettes de leurs placards.
À l’issue d’une cérémonie empreinte de dignité et marquée par la richesse d’une culture ancestrale, une tête maorie momifiée et tatouée a été remise mardi aux représentants des peuples néo-zélandais et au musée Te Papa Tongarewa de Nouvelle-Zélande par le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM).

Le soin méticuleux porté au retour de cette tête humaine – cachée aux caméras – et la beauté des chants maoris qui ont résonné dans le musée montréalais ont signé la fin d’un héritage honteux, issu d’une époque où la curiosité l’emportait sur la sensibilité à l’égard du caractère sacré des restes humains.

Au terme de la cérémonie, Nathalie Bondil, directrice du MBAM et Rahui Papa, maître de ce rituel sacré et spécialiste de la culture maorie, ont échangé un hongi, geste nez à nez symbolisant le respect mutuel et l’échange.

« Cette restitution vient avec la prise de conscience des cultures du monde. La curiosité a autrefois ouvert la porte au pillage et au marchandage d’objets sacrés comme les restes humains. On doit changer notre regard sur ces objets pour des raisons sacrées et spirituelles, mais aussi parce que cela touche des valeurs politiques profondes liées à la reconnaissance des minorités culturelles », a insisté mardi Mme Bondil.

La tête aujourd’hui honnie, exposée entre 1982 et 1984 au MBAM, reposait dans les réserves du musée depuis son acquisition en 1949 à la Galerie Berkeley de Londres par Cleveland Morgan, conservateur bénévole du musée jusqu’en 1962. Depuis les années 70, les peuples indigènes de Nouvelle-Zélande tentent de rapatrier environ 500 restes et crânes humains, appelés Toi Moko, éparpillés dans des dizaines d’institutions muséales à travers le monde. Dans la culture maorie, la tête, considérée comme le siège de l’esprit, était tatouée et momifiée à la mort. Après avoir été honorée, elle était inhumée ou cachée près du village du défunt.

Appuyé par le gouvernement néo-zélandais, le musée Te Papa a multiplié depuis 2004 les demandes de rapatriement auprès des musées occidentaux. « La plupart des Toi moko ont quitté la Nouvelle-Zélande au XIXe siècle. Ils étaient échangés contre toutes sortes de produits. Ces curiosités ont ensuite été données aux musées. Mais ces restes étaient d’abord des gens et le temps de considérer ces têtes comme des objets de musée est dépassé. Elles seront retournées aux tribus qui en disposeront », a indiqué mercredi Mme Michelle Hippolyte, codirectrice du musée Te Papa et chef spirituelle maorie.

D’avis que le corps humain ne peut pas être considéré comme « une propriété », le conseil d’administration du MBAM a consenti au retour de la tête maorie. « On ne fait que rendre ce qui leur appartient déjà », a insisté Mme Bondil. Ce Toi moko, cinquième tête momifiée retournée aux peuples maoris par des musées canadiens, s’ajoutera aux 320 restes rapatriés dans 14 pays par le musée néo-zélandais.

Bisbille au musée

Si le retour des têtes sacrées aux tribus de Nouvelle-Zélande s’est amorcé facilement dans les années 90 en Scandinavie et dans la plupart des pays, il se heurte parfois au refus de certaines institutions américaines. En 2011, la restitution des crânes sacrés a fait couler beaucoup d’encre en France, où la loi confère aux collections nationales un caractère inaliénable. « Il a fallu un vote du Sénat en France pour permettre le retour de plusieurs de ces têtes », explique Michel Côté, directeur du Musée de la civilisation de Québec, où est présentée depuis mardi l’exposition E Tù Ake-Màori debout. Ce plongeon unique dans la culture maorie s’effectue au travers de 155 objets, dont un canot de guerre, des proues de pirogues, des panneaux sculptés, des objets rituels et des oeuvres d’art contemporaines.

Toutefois, la question de l’éthique liée à l’exposition de restes humains dépasse le seul cas des têtes maories. Elle interpelle de plein fouet plusieurs grands musées du monde où les momies égyptiennes, les Tsantzas – nom donné aux têtes réduites par les Jivaros – ou même de nombreuses reliques religieuses (composées d’os), font courir les foules.

Il y a quelques années, la très controversée exposition Bodies, réalisée à partir de cadavres humains soumis à la plastification, a aussi été vertement décriée en raison de la provenance douteuse des corps. Ici, au Québec, l’exposition récente (2009) des os d’Alexis Lapointe, dit Le Trotteur, à Chicoutimi, ou celle du cadavre du géant Beaupré à l’Université de Montréal, se sont toutes deux soldées par l’enterrement de leurs restes en bonne et due forme. « Je suis absolument contre ce type d’exposition de cadavres qui répond à des pulsions voyeuses, a insisté mardi Nathalie Bondil. En France, Bodies a notamment été interdite pour ce type d’arguments. Le corps est “chosifié” et cela n’entre pas dans ma vision de ce qu’un musée doit montrer. »

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«Les féministes à marde»

Sarah Lucas, Au naturel, 1994.

Avant d’arriver au cégep, à 17 ans, j’avais peu entendu parler du féminisme. Une bande d’extrémistes qui ne veulent pas porter de soutien-gorge, ni se raser, c’était ce que j’entendais principalement. Avec mes ami(e)s, nous les appelions avec humour les « féministes à marde », chaque fois qu’on entendait des gens féminiser leur langage, en disant, mes chers étudiants et étudiantes ! Sans trop se poser de questions, jeunes que nous étions, on riait d’un groupe stigmatisé, car c’est facile. Comme rire des musulmans ou des noirs, en se basant sur les stéréotypes qui courent dans l’air de la couche sociale où nous nous trouvons.

Ce fut un homme qui m’ouvrit la première porte sur ce monde, mon (et non pas ma) prof de français 4, alors qu’on avait une discussion en classe sur les filles qui s’habillent sexy. Les étudiants, et surtout, les étudiantes, argumentaient fortement que c’était déplacé, que c’était juste pour attirer l’attention, et qu’elles s’attiraient vraiment des bibites à s’accoutrer comme ça ; qu’elles ne viennent pas se plaindre après si quelque chose leur arrive, etc, etc… Puis mon prof sort une phrase qui rassemblait à : « À la base, la fille ne devrait pas avoir à penser aux conséquences de son accoutrement, sexy ou non. Pourquoi ce ne serait pas l’homme qui ferait un travail sur lui-même, afin de ne pas faire sentir la fille comme si elle était habillée sexy ? » Nous étions pas mal tous et toutes bouche-bée. Hommes peut-être un peu plus mal à l’aise, et filles un peu blessées dans leur argumentation, mais pour nous tous, jamais cette idée ne semblait avoir traversée notre esprit. Que l’homme se contrôle ? Qu’il taise ses hormones, qui naturellement, voyant un décolleté ou une mini-jupe, chargent vers son entre-jambes et engourdit sa cervelle ? Qu’il apprenne à regarder ailleurs que vers les deux craques de la femme ? Wow…

Aujourd’hui, 21 ans, j’en apprends plus sur le féminisme, jusqu’à me considérer appartenir à ce groupe. Une de celles avec qui je rigolais des « féministes à marde » est aujourd’hui celle qui m’ouvrit la grande porte, partageant avec moi ce qu’elle apprit de ce côté pendant la grève, se liant avec un petit groupe de femmes. Je veux à mon tour partager avec vous certains éléments de ma métamorphose, car je crois qu’elle est possible, et souhaitable, chez chacun d’entre nous, homme ou femme. (N’oublions pas que le premier féministe que j’ai rencontré, eh bien, ce n’était pas une première féministe.)

Donc, l’une des premières choses dont je pris conscience fut la langue, langue masculine. La langue française est sexiste. Elle a été pensée ainsi, il y a des siècles, car ce sont les hommes qui l’ont pensée, ça va de soi. Mais, aujourd’hui, alors qu’on tente d’établir l’égalité entre les hommes et les femmes, la langue est un obstacle majeur. Ça va d’abord vous sembler aberrant, de penser repenser une telle chose que la langue, ça m’a fait pareil au début. C’est un grand débat que la féminisation de la langue, des termes, de constamment dire « ils, elles », « professeurs et professeures ». Ah tiens justement, les linguistes sont justement entrés dans ce débat, critiquant le fait que tous les mots ne se féminisent apparemment pas. Aviateur, aviateure, aviatrice, chanteur, chanteuse, soldat, soldate… autant de mots qui sont fréquemment féminisés alors que les linguistiques voudraient nous taper sur les doigts avec une règle pour l’avoir fait. Néanmoins, est-ce vraiment normal de continuer d’utiliser cette langue, (ah oui, une langue, c’est sexy et féminin) qui est remplie de mots uniquement masculin, comme un vainqueur, une… vainqu…eure? Ah non, les femmes ne peuvent gagner.  Grand débat.

Feminist-Graffiti

Je pose (et je n’invente rien) que l’homme est le pôle autour duquel se forme l’identité. Mon identité, elle est pensée et réfléchie selon lui. Je suis une tomboy, ou un garçon manqué. On ne voit pas de fille manquée, non ? On a des couilles. L’homme, dit-on fréquemment qu’il a des ovaires ? Un VRAI homme, une vraie femme ? (Ouais mais, généralement péjoratif comme expression celle-là) Fais pas ta fillette, ta moumoune. (Là, rentre en compte l’identité homosexuelle, qui elle aussi est fréquemment oppressée dans le discours ambiant) Une hard : Le sexe faible. Ouuuhhh BOOM. C’est certainement pas le gars qui vous vient en tête si vous lisez cette dernière. [1]

Sinon, n’importe qui d’un peu alerte a remarqué comment la femme est utilisée dans la pub. Des totons et des fesses[2], ça vend. Des lèvres aussi. Dans les pubs de dentifrices, c’est rarement une bouche d’homme qu’on voit sourire avec des palettes photoshoppées. Ah, le sexisme dans les pubs, c’est réellement exaspérant. Vous avez vu les pubs d’American Apparel, par exemple ? http://4.bp.blogspot.com/-MHq4XGjk_HM/TZdU7cXVICI/AAAAAAAARnY/0s0vqpEHT-Q/s1600/american-apparel-02_022005.jpg

C’est ce qu’on appelle le « hipster sexism » ou « ironic  sexism »[3], qui consiste à faire des jokes sexistes, mais… EN JOKE. Genre, «HEY CHECK JFAIS MA PUTE mais stune joke, je suis pas une vraie pute». Oh, ce qui m’amènerait à parler de l’Halloween, festival du sexy pour les adultEs, et festival de la princesse pour la petite fille. Sérieux ?

Deux petites anecdotes pour finir. Avez-vous vu la pub de McDo qui passe dernièrement, où ils vendent un gros burger de GARS, et le vidéo te dis ; un gars ne devrait jamais dire certaine choses le matin, du genre, ah, je vais juste prendre un demi-burger, ou, ah, donnez moi la même chose que la dame ! Mais non, un gars, ça l’a un appétit de MÂLE. (???)

Dernière aberration ; chez Omer Desserres, dernièrement, je cherchais un cadeau pour mon neveu de 3 ans. Je me dirige vers la section des enfants. C’est une rangée de deux côtés, à gauche c’est bleu, blanc, vert, rouge, et à droite, c’est… rose. Je vous laisse deviner comment ils ont séparé leurs jouets. Donc, je regarde quand même des deux côtés, du bord des filles, il y a : « Crée tes premiers bijoux, crée tes premiers petits gâteaux, des autocollants, des poupées, des carrosses, des gugusses de princesses, de coiffure, etc… » Du bord des gars, il y a : « des outils construction en plastique, des trucs de Lego, des trucs de dinosaures (???), et…. et… des trucs de sciences.  Genre, fait ton premier volcan, premier kit de chimie, premier kit d’aviation, etc etc… » J’espère que rendu là, vous comprenez mon enragement face à ce display. Sinon, eh bien sachez que les filles peuvent autant être instruites à la science dès un jeune âge que les garçons. (Et comprenez que ces divisions, dès ce jeune âge, sont la base du sexisme ambiant qui reste imprégné et entretenu âge après âge entre les hommes et les femmes)

Peu m’importe quand est né le féminisme, pourquoi, quand, comment, du moins, pas là dans cet article. Je voulais vraiment partager un peu mon cheminement féministe, et souhaiter qu’il soit peut-être contagieux, car je ne devrais pas avoir à convaincre en disant pourquoi il faut que cesse le sexisme ambiant, ça devrait être une évidence.

Je vous invite très fortement à aller aimer cette page sur Facebook : https://www.facebook.com/jesuisfeministe?ref=ts&fref=ts Page très pertinente, qui se contente de publier des articles de partout dans le monde sur des situations et opinions tant pro-femmes, que sur des aberrations machistes. La divergence des points de vue publiés est ce qui m’incite à vous la recommander.

Sinon, voici quelques liens très pertinents si vous souhaitez en apprendre d’avantage

Sur la culture du viol : http://www.madmoizelle.com/je-veux-comprendre-culture-du-viol-123377#sthash.j3mDOQZM.dpbs

Sur la banalisation des agressions sexuelles dans l’Histoire (récente) : http://cratesandribbons.com/2012/09/30/the-kissing-sailor-or-the-selective-blindness-of-rape-culture-vj-day-times-square/

Un projet de l’université McGill fait cette année, où les étudiants étaient invités à se faire prendre en photo avec un carton expliquant « pourquoi ils ont besoin du féminisme » : http://wnfmcgill.tumblr.com/

Marci !

Jacynthe Fournier-Rémy


[2] Get a life, ce sont des putains de parties anatomiques, dont certains génies on décider d’en faire des icônes afin de vendre et de revendre.

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Raymond Klibansky (1905-2005)

Un homme-livre

Une exposition de BAnQ raconte Raymond Klibansky (1905-2005), titan moral et intellectuel

Stéphane Baillargeon, Le Devoir, 16/11/12

Au milieu des quelque 200 documents assemblés par la Grande Bibliothèque du Québec (GBQ) pour présenter la vie et l’œuvre exceptionnelles du philosophe Raymond Klibansky, mort à tout près de cent ans à Montréal en 2005, à côté des livres de Platon, Nicolas de Cues ou John Locke, donc, il y a deux lettres d’une correspondance avec Albert Einstein. Un autre homme phare du XXe siècle, un autre juif allemand forcé à l’exil par l’arrivée au pouvoir des nazis.

Le physicien répond au philosophe qui lui demande conseil. Einstein, par l’entremise de l’Academic Council qu’il finançait de sa poche, a aidé Klibansky comme beaucoup d’autres exilés allemands à s’installer en Angleterre dans les années 1930. Cette fois, le protégé veut savoir s’il doit accepter le poste prestigieux que lui offre l’université hébraïque de Jérusalem.
Alors, que faire ? Participer à la fondation de l’État hébreu après la Shoah ou demeurer dans la diaspora ? Plus de trente longues missives furent échangées sur ce thème.
« À la fin de la Guerre, Klibansky était désemparé, explique le philosophe Georges Leroux, initiateur et commissaire de l’exposition. Il avait siégé à des commissions de dénazification pour aider des camarades à retrouver leurs jobs. Il avait tellement été dégoûté par ce qui se passait, alors que beaucoup de nazis convaincus retrouvaient leurs fonctions. Il s’est donc replié à Londres, puis il a reçu l’offre d’embauche de l’Université McGill. Il va cependant hésiter à rester à Montréal parce que de trop belles propositions lui arrivaient, dont celle de Jérusalem formulée par Yehuda Magnes. Einstein va finalement lui recommander de ne pas l’accepter. »
Dans ses lettres, le père de la théorie de la relativité explique que l’expérience juive se concentre dans la dispersion. Il conseille de féconder l’espace mondial pour que l’antisémitisme ne se reproduise plus jamais. « Einstein explique aussi à Klibansky que la pire des choses serait de créer un foyer national juif, dit encore le commissaire Leroux. Cette correspondance inédite est d’une richesse et d’une dureté incroyables. »
Ce sont les premiers documents que présente le professeur Leroux dans le cadre d’une généreuse visite guidée. En fouillant, il a pu déterrer les lettres de Klibansky enfouies dans le fonds Einstein de l’Université Princeton. La correspondance fera l’objet d’une édition en préparation sous la direction de Georges Leroux.
Il n’y avait que lui pour diriger l’expo-hommage et en tirer ainsi profit. Professeur de philosophie de l’UQAM, traducteur de Platon et collaborateur bien connu du Devoir, le professeur Leroux a été l’élève de Raymond Klibansky à l’Université de Montréal il y a cinquante ans.
La très belle, touchante et instructive expo Raymond Klibansky, (1905-2005) — La bibliothèque d’un philosophe, inaugurée lundi, se veut le « porte-étendard » de l’année philo de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). L’homme de théâtre Alexis Martin et le scénographe David Gaucher ont aidé à lui donner forme.
La présentation déploie les ouvrages dans une ellipse de verre et de bois qui évoque la configuration de la fameuse bibliothèque de l’Institut Warburg de Hambourg, où Raymond Klibansky a été jeune chercheur durant ses études auprès du philosophe Ernst Cassirer. C’est là aussi qu’il a mené certaines recherches pour son maître ouvrage Saturne ou la mélancolie, réalisé en collaboration avec ses aînés Erwin Panofsky et Fritz Saxl. Quelques semaines après l’arrivée au pouvoir des nazis, Klibansky avait convaincu Saxl, directeur de l’Institut Warburg, de déménager le précieux trésor savant en Angleterre, où il se trouve toujours.
Le parcours agrémenté d’extraits visuels et sonores se divise en plusieurs zones chronologiques. À la Odenwald, une école à la pédagogie alternative, il rencontre Klaus Mann, fils de l’écrivain Thomas Mann. Il apprend le grec et le latin, lit Homère, Pindare, Cicéron et Virgile, Goethe, Hölderlin et Rilke. Sa vocation d’helléniste et de médiéviste se confirme à l’Université d’Heidelberg, puis à Kiel et Hambourg. Lui-même devient un spécialiste de la tradition platonicienne et surtout du dialogue du Timée, capital dans la descendance romaine et médiévale de Platon.
L’expo montre ensuite avec quels ouvrages il se passionne pour les grands penseurs du Moyen Âge, Pétrarque, Maître Eckhart et surtout Nicolas de Cues, son maître de tolérance. Il amorce parallèlement son travail sur la mélancolie, qui n’aboutira que des décennies plus tard après la reconstitution du manuscrit perdu pendant la guerre.
Pendant la guerre, le colonel des services secrets Klibansky rédige des rapports pour Churchill et il prend le temps de traduire les mémoires de Mussolini. Le parcours s’attarde aussi longuement aux travaux postérieurs à 1945 sur les idéaux de paix et de respect (dont la Lettre sur la tolérance de Locke, traduite et éditée dans une vingtaine de langues) et la défense des philosophes menacés par les régimes totalitaires, dont Jan Patocka, mort pendant un interrogatoire, à Prague, en 1977.
Comme l’histoire allemande, la vie de Raymond Klibansky se divise en deux, autour de la catastrophe nazie. La scénographie rappelle cette période en plaçant la période 1933-1945 en retrait du parcours, derrière une installation évoquant un autodafé. Des rayonnages brûlés et des livres entassés font écran pour des images du bûcher de la place de l’Opéra de Berlin du 10 mai 1933.
« Si moi j’avais passé cette vie, j’aurais passé cinquante ans à me plaindre, ou à parler de mon héroïsme, ou à me présenter en victime, commente le professeur Leroux. Lui ne se plaignait jamais. Il ne voulait même pas parler de sa famille. »
Étrangement, de son vivant, le maître ne laissait pas ses élèves fouiller dans sa précieuse bibliothèque personnelle. Après sa mort en 2005, à quelques mois de son centième anniversaire, sa veuve Ethel Groffier Klibansky a légué à l’Université McGill l’ensemble patiemment accumulé, environ 7000 livres et documents divers, dont quelques lettres à Einstein…

Raymond Klibansky (1905-2005) – La bibliothèque d’un philosophe

Lire aussi l’excellent article de Stéphane Baillargeon paru dans Le Devoir lors de la mort de Raymond Klibansky en 2005: Mort d’un géant.

Enfin, cette très belle entrevue donnée par Klibansky quelques années avant sa mort, il y est question de textes anciens, de philosophie et de mélancolie:

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Hegel et le coût réel d’un iPhone

Qui pense abstraitement? C’est la question que Hegel pose dans une petit texte qu’il a écrit vers 1807, un texte qui était, semble-t-il, destiné à être publié dans un journal, ce qui explique son allure de «lettre aux lecteurs», son côté «billet d’humeur» un tantinet sarcastique. À la question posée, la réponse est directe: «Qui pense abstraitement ? L’homme inculte, non l’homme cultivé.» Le but de Hegel est de montrer que la pensée abstraite n’a aucune valeur, justement parce qu’elle est déconnectée de la réalité. Or il faut être parvenu à un certain niveau de culture pour comprendre que la réalité effective et concrète est une totalité dont les parties sont organiquement reliées et, par conséquent, on ne peut prétendre connaître une chose que si on est capable de se représenter les conditions d’engendrement qui l’ont rendue possible.

Ainsi, pour reprendre l’exemple de Hegel, l’homme inculte ne verra dans le meurtrier ou le criminel récidiviste qu’un bon à rien qui mérite la plus grande peine, tandis que la personne cultivée comprend que l’individu ne surgit pas comme ça de nulle part et qu’on ne peut pas tout simplement l’abstraire de son milieu et de l’environnement dont il est le produit: «il est important de suivre la formation de la mentalité du criminel ; son passé, son éducation, la mésentente entre son père et sa mère, la répression impitoyable d’une faute minime expliquent l’amertume de cet être humain envers l’ordre social. Sa première réaction contre cet ordre l’en a exclu, et, dès lors, ne lui a plus permis de subsister que par le crime.»

Selon cette manière de voir, toute chose prise individuellement est une abstraction et la tâche de la culture est d’abolir cette abstraction en rendant la conscience de soi capable de connecter toute chose à la totalité dont elle est issue et dont elle fait partie. Pour Hegel le point de vue de la philosophie nous amène à voir que «le vrai est le tout». Mais selon cette manière de voir on comprendra aussi que la culture ne se limite pas à la connaissance, car on peut être très savant tout en étant parfaitement inculte! C’est-à-dire que la connaissance approfondie d’une chose ne sera possible que si je mobilise toute mon attention sur cet aspect de la réalité. Que ce soit pour la chimie, la littérature baroque ou l’histoire de la boxe, il faudra que je me spécialise, or plus je me spécialiserai, plus je m’enfoncerai dans un domaine de la réalité et plus je ferai abstraction du reste de la réalité; quand on est le spécialiste d’une partie du tout on risque donc de se déconnecter du tout.

Mais justement, pour se connecter au tout il n’y a rien de tel qu’un iPhone Ou plutôt, rien de tel qu’un iPhone pour illustrer le propos de Hegel: pris isolément cet objet que je tiens dans ma main est une abstraction,  pour le connecter au tout dont il est issu ce lien:

The true cost of an iPhone

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Les voies du seigneur sont impénétrables

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Une histoire qui évacue ceux qui l’ont faite

La pendaison des patriotes, dessin d’Henri Julien

L’enseignement de l’histoire au secondaire a fait l’objet ces dernières années d’une réforme qui semblait prometteuse, ne serait-ce que parce que le nombre d’heures devant y être consacré augmentait considérablement. Mais en raison de la torsion opérée par cette réforme, notamment sur la façon de concevoir l’histoire dans sa dimension nationale, de nombreuses critiques n’ont cessé de surgir pour en contester l’orientation dite «postnationale» et pour réclamer, sinon son abolition, mais au moins sa révision profonde. La plus récente de ces critiques vient de la Coalition pour l’histoire qui, dans une étude intitulée «Une histoire javellisée au service du présent», fait état des résultats d’une enquête menée auprès de professeurs d’histoire au secondaire et de laquelle il ressort qu’en majorité ces enseignants plaident pour un retour de la dimension nationale et politique dans l’enseignement de l’histoire du Québec:

«Le jugeant trop frileux et trop axé sur le présent, près des deux tiers (63 %) des enseignants souhaitent que soit révisé le programme d’histoire de 3e et 4e secondaire pour rendre plus visibles les questions politiques et nationale. «Pour tout dire, avec cette nouvelle conception de l’enseignement de l’histoire qui prône exagérément le pluralisme culturel de la société québécoise, on a pratiquement fait disparaître […] le concept de nation québécoise au profit du concept de société», lit-on dans le rapport d’enquête.» Le Devoir, 1/03/12

Cela peut sembler étrange en effet que l’histoire du Québec, ou que l’histoire de n’importe quel pays, ne soit pas d’emblée comprise comme «histoire nationale». Le fait de préférer ici le concept de société à celui de nation témoigne manifestement d’un certain parti-pris pour le multiculturalisme à la canadienne qui, sous les auspices bienveillants de l’ouverture à l’autre, détourne l’histoire de son objet, le passé, pour en oblitérer les luttes et les conflits, afin d’administrer un présent sans mémoire, la coquille vide d’une citoyenneté sans attache. Sous prétexte que la diversité actuelle de la société québécoise ne justifiait plus que l’on ressasse l’histoire de ce «nous» qui, bien que majoritaire, ne représenterait après tout que l’une des communautés culturelles du Québec actuel, le programme scolaire d’«histoire nationale» est devenu le programme «histoire et éducation à la citoyenneté». Il est difficile de croire que l’oubli de soi puisse jamais être pour un peuple une vertu, fut-elle citoyenne, et surtout pour un peuple dont la devise est «Je me souviens». Mais le plus inquiétant dans tout cela n’est-ce pas le consentement donné par le ministère de l’éducation à un tel enseignement de l’histoire? En fait, la dimension politique n’a nullement été évacuée de l’enseignement de l’histoire du Québec au secondaire, bien au contraire l’évacuation de la dimension nationale est de part en part politique: l’antagonisme originaire et constitutif de l’histoire du Québec, à savoir le conflit entre les Anglais et les Français, doit être oublié; de la Conquête à l’Acte d’union, de la Révolte des Patriotes à la Confédération, du référendum de 1980 au rapatriement de la constitution, de l’échec des Accord du Lac Meech au référendum de 1995, tout cela il faut l’oublier. En s’inspirant d’un proverbe provençal qui dit: «Ne parlons pas de ce qui fâche, parlons de rien!», il suffirait d’ajouter: «Ne parlons pas de nation, parlons de citoyenneté!»

Mais de cette réforme politique de l’enseignement de l’histoire nationale au secondaire, on ne sait encore rien, si on n’en connaît pas les fondements théoriques. Car il y a une éminence grise derrière tout ce travail de sape, l’historien Jocelyn Létourneau. Tout ceux qui s’intéressent à la question du destin politique du Québec liront avec grand intérêt le texte de Charles Courtois, Examen d’un programme d’histoire postnationaliste qui présente de façon détaillée et très critique la pensée de Létourneau. On lira aussi avec profit le texte d’Yvan Lamonde, Réplique à l’ouvrage de Jocelyn Létourneau, Ce que veulent les Québécois… vraiment?

BLx

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