Féminisme ou Anti-sexisme?

Hermaphrodite endormi, IIè siècle après J.-C., Musée du Louvre

En guise de réponse à l’article de Jacynthe Fournier-Rémy «Les féministes à marde»

Ce que je vais dire va peut-être apparaitre aux gens comme un peu «sorcier» mais tout ce que j’écris, chaque mot que je pose ici a été choisi avec soin après avoir été réfléchi. Par contre il ne faut pas penser que ce qui est écrit ici se présente à moi comme des dogmes. En fait j’écris ce que j’ai pu me faire comme opinion sans être omniscient et c’est pour cette raison que je crois que mon opinion, comme toute chose, peut changer.

Ce que le féminisme dit est pour moi difficile à comprendre. Il est certain qu’avec un effort je peux conceptualiser le féminisme, mais je ne comprends pas pourquoi je devrais faire cet effort, je ne comprends pas en quoi cela peut aider la cause. En fait ce que je comprends du féminisme c’est que dans notre société, et ce sans s’en rendre compte, il y a un mécanisme qui fait en sorte que la femme soit plus vue comme une objet que comme une femme et, de ce fait, elle se trouve diminuée par rapport au statut réservé à l’homme. Ce mécanisme est possible à cause de différents engrenages qui se sont mis en place au cours de l’existence humaine. Ces engrenages son les stéréotypes, les préjugés et la langue.

C’est là que je commence à trouver difficile à conceptualiser puisque les stéréotypes et les préjugés sont en fait le résultat d’une généralisation hâtive qui nous pousse vers de fausses conclusions. Ainsi, lorsque quelqu’un me parlait de féminisme je pensais à: «… à marde», en fait ma réaction est conditionnée par le fait que lorsque je suis entré pour la première fois en contact avec le féminisme il était porté par des femmes qui semblaient vouloir se venger de tous les hommes pour la situation que la femme occupait dans l’histoire. Ce qui est bien, malgré tout, c’est que le contact avec les autres, le fait d’être confronté à autre chose, permet sinon de le faire disparaître, mais au moins de les atténuer. C’est pourquoi aujourd’hui lorsqu’on me parle de féminisme je ne me metsplus sur la défensive, même si je ne comprends pas plus le concept.

Cela bien sûr à cause de la langue, qu’on me dit qu’il faudrait féminiser  puisqu’elle est sexiste. Mais alors, puisque les mots sont justement si importants, pourquoi parler de féminisme et non pas d’anti-sexisme . Dans tous les cas les mots sont importants pour moi. Les auteurs sont capables, grâce à de simples mots, de créer des univers entiers régis par leurs propres règles, en choisissant tel mot plutôt qu’un autre l’auteur peut donc changer l’ambiance. Je vais même jusqu’à dire que par son choix de mots l’auteur influence la vision que le lecteur a de l’univers qu’il crée. Et c’est là que la magie s’opère. Selon moi en utilisant le mot «féminisme» cela a créé ce mal qui hante les gens attachés à la cause; à cause de ce que j’appelle le pouvoir des mots. Depuis toujours le mot est chargé de magie, il ne faut pas prononcer des noms comme «Dieu» à n’importe quel moment  puisque cela fixe son attention sur nous… En fait l’image est selon moi fausse puisque si devant moi se trouve Dieu, une roche et une femme, lorsque je dit «Dieu» c’est moi qui fixe mon attention sur Dieu, où du moins je fais, et ce probablement de façon inconsciente, l’exercice de le conceptualiser. Chose que les gens autour de moi feront probablement en même temps. Je suis de la même façon persuadé que pour voir un changement de mentalité il ne faut pas féminiser tout ce que l’ont dit, puisqu’il ne s’agit pas là d’inclure les hommes et les femmes, mais plutôt de créer un discours unique pour deux groupes distincts. Il ne faudrait pas à là place un troisième genre, un genre hermaphrodite, à l’image de ce que devrait être la place de l’homme et de la femme dans la société, deux entités fusionnées dans le même corps et cela grâce aux pouvoirs qu’ont les mots ? C’est cette magie dont les mots sont remplis qui fait que j’ai de la difficulté à comprendre l’existence du féminisme, puisque en utilisant le mots féminisme nous ne faisons pas que dénoncer un état de choses, nous créons cet état des choses !

Hermaphrodite endormi, vu de l’autre côté.

C’est pour ces raisons que j’ai tant de difficulté à comprendre pourquoi les gens parlent de féminisme. Si réellement il ne s’agit pas uniquement de pointer du doit la femme-objet, alors nous devrions parler d’anti-sexisme, de refus de voir une différence entre les sexes, ce qui obligerait un changement de discours, un discours prônant une véritable égalité homme-femme, pour ne pas dire une abolition des différences homme-femme et là alors je comprendrais le bien fonder du mouvement.

En fait je le dis: je suis anti-sexiste.

Réjean Cormier

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5 Commentaires

Classé dans Féminisme, Philosophie, Politique

5 réponses à “Féminisme ou Anti-sexisme?

  1. Yasmine

    Salut Rej! Le terme « féministe » est apparu après l’organisation des mouvements des femmes. Au début (fin XIXe siècle) ce mouvement s’appelait « droits de la femme ». En fait, le mot féminisme désigne à l’époque une maladie que certains hommes pouvaient avoir. On disait qu’un homme souffrait de féminisme quand il présentait des signes physiologiques féminins (Micheline Dumont, Féminisme raconté à Camille). Certains intellectuels de l’époque ont utilisé l’expression pour se moquer des femmes et de l’émergence du mouvement de lutte pour le droit des femmes. Quelques années plus tard, ces femmes ont décidé de s’approprier le mot pour définir leur lutte. Voilà, une petite histoire de l’origine du mot féminisme.
    Maintenant, il faut comprendre que le féminisme ne désigne pas uniquement la lutte contre le sexisme, mais des aspects bien plus complexes. En fait, comme je n’ai malheureusement pas le temps de t’expliquer toutes les notions (mais ça va me faire plaisir de le faire autour d’une bière pendant les vacances), en voici quelques une : patriarcat, classe de sexe, classe sociale, privilèges, etc. sur lesquelles tu peux commencer à te renseigner et à méditer.

  2. Karianne

    Ce sont des questionnements qui sont aussi posés dans la « sphère » féministe. Dans le milieu anglophone, le terme est souvent remplacé par gender studies (Ou étude du genre, un concept que tu devrais aller étudier, je sens que cela pourrait t’intéresser). Par contre, dans le milieu francophone, il y a un attachement au terme féminisme, entre autres à cause de son origine, que Yasmine a citée plus haut, ou simplement face au questionnement, en remplaçant le terme féminisme est-ce que nous rendons obsolète les luttes du passé ? Tout ce questionnement linguistique me rappelle une anecdote où j’étais dans l’autobus et deux dames discutaient de l’avenir du terme féminisme. L’une était enseignante à l’UQAM et l’autre à Concordia, elle avait donc le débat que j’ai cité plus haut. L’enseignante de Concordia se questionnait à savoir pourquoi les féministes francophones vivaient tant dans le passé, quand dans le milieu anglophone le gender studies a remplacé le feminism depuis longtemps (L’équivalent de l’institut de recherches et d’étude féministe de l’UQAM étant the Simone De Beauvoir institute and Women’s and gender’s studies à Concordia) L’enseignante de l’UQAM n’arrivait pas à avancer d’autres arguments que l’attachement que ce mot avait dans l’histoire… Ce « malaise » découle donc peut-être d’un malaise plus francophone où nous ne pouvons nous détacher des mots aux qu’elles nous attachons une importance, une histoire, et pour encore plus extrapoler, peut-être que tout ce débat linguistique décent de notre passé conservateur, catholique.

  3. Je crois que je l’avais déja entendu, la maladie du féminisme chez les hommes, mais je m’en rappelais plus, hihi, c’est bon à retenir… Sinon, Rej, tu sais que ce qu’on ne nomme pas  »n’existe pas ». Genre si je souhaite déshumanisé un étudiant, je l’appelle par FOUJ22529105 au lieu de Jacynthe. Si je souhaite déshumanisé un juif, je lui tattoo un chiffre et jlappelle rat ou cochon. Si je souhaite « déconstruire » un concept, bin je le nomme pas. Mais c’est un paradoxe, car ça existe en dehors de moi. Alors puisque je ne peux l’ignorer, il faut bien que je le nomme d’une manière ou d’une autre pour m’y attaquer ou m’y rattacher.
    Moi aussi je suis anti-sexiste avant tout, mais aussi féministe je crois. Moi aussi, je ne comprends vraiment pas tout au féminisme, et je sais que d’ailleurs, comme dans tout mouvement social, il y a des guerres intestines à plusieurs propos. Mais j’ai envie de m’intéresser au féminisme, car avant d’en entendre parler, je ne me rendais vraiment pas compte comment que c’est vrai que l’homme est le pôle central de l’identité féminine. Tout ce que je dois être est pensé par rapport à l’homme. Par les pubs, les films, les émissions, la langue, je ne peux que me définir que par rapport à l’homme, comment lui plaire. Ça se fait inconsciemment, jusqu’à ce que t’entendes parler que y a une autre voie, le féminisme, qui, je crois, sert à ce que la femme reprenne la souveraineté sur son corps et son esprit. Ce sexisme est tellement imprégné dans la société, dans le discours, qu’on ne peut plus se permettre de simplement le taggé de sexisme. C’est trop encré partout, trop profondément. Tout comme le féminisme traine trop de préjugés. Mais tout comme Yasmine, je te ponderais un roman, mais j’ai des devoirs.. Mais puisque tu me répliquais, fallait bien jte laisse un ptit mot ! 🙂 ❤

  4. Cyril

    Le féminisme n’a jamais été synonyme d’égalité ou d’antsexisme. C’est plus évident aujou’d’hui pour qui veut bien voir, mais ça n’a jamais été le cas. Les suffragettes de la belle époque militaient pour le droit de vote des femmes, le droit au travail etc, mais on ne les a pas beaucoup entendu protester quand on envoyait les hommes, de gré ou de force, mourir à la guerre pour les protéger. De plus, le droit à l’avortement n’est pas une loi anti sexiste dans le sens où elle ne rétablit pas une égalité entre hommes et femmes, les hommes étant incapables d’engendrer et donc forcément d’avorter.Une poignée de fémnistes comme Badinther et Of Sommer ont protesté contre les injustices envers les hommes: dénonciation permanente de l’homme (surtout blanc et hétéro) comme éternel coupable de tous les malheurs du monde, présomption d’innocence bafouée, tabous sur la violence féminine, tabou sur le plancher de verre, aussi réel que le plafond de verre et concernant un plus grand nombre d’individus, gonflage artificiel des chiffres sur l’écart salarial, le harcèlement sexuel etc… En général, Elles se font cracher dessus par leur propre camp, accuser de trahison et de donner des armes à l’ennemi. Badinther n’était pourtant pas particulièrement préoccupée par la cause des hommes, mais surtout par l’avenir de son mouvement: elle avait compris que tout ça se retournerait contre le féminisme quand le grand public serait au courant et elle ne s’est pas trompé.

    Et puis, le terme d’antisexisme n’est pas parfait non plus. Techniquement, si vous croyez que le sexe n’est pas une pure construction sociale, que les hormones sexuelles ou la morphologie sexuée du corps ont une influence, même minime, sur le comportement de chacun, vous êtes sexiste.

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