Farley Katz, The New Yorker, 9/11/17
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Valérie Plante sera élue mairesse ce dimanche. Prophétie ou simple souhait? Un peu des deux. La candidate de Projet Montréal est sur une lancée, il y a un momentum en sa faveur. Qui aurait pu dire ça il y a seulement quelques mois ? En juin, Plante accusait un retard important sur Denis Coderre. Maintenant, un sondage Léger commandé par son parti la place en tête des intention de votes par de deux points de pourcentage sur le maire sortant. Je ne peux m’empêcher de penser au chef de la CAQ. Calmos François, tout peut arriver, TOUT! Ne commence pas tout de suite a magasiner les rideaux pour le bureau du PM…
La campagne de Valérie Plante est inspirante. Audacieuse. Rafraichissante. Celle de Denis Coderre est terne. Plate. Dépassé. D’un autre temps. Sans artifices. En d’autres temps, peut être est-ce que le maire de Montréal aurait pu obtenir une avance considérable et être confortable. Mais peut être que les stratèges de l’Équipe Denis Coderre pour Montréal n’ont pas fait leurs devoirs. Il y a un dégagisme ambiant.
Partout en Occident on sent que quelque chose se passe. L’élection du démagogue et flamboyant Donald Trump; L’élection d’Emmanuel Macron, la 2e place de Marine Le Pen et l’éviction de tous les vieux partis lors de les campagnes électorales françaises de 2017; La montée de la gauche de Jeremy Corbyn aux élections législatives britanniques; la défaite historique du SPD allemand, la baisse considérable des appuis à la CDU, le parti d’Angela Merkel et l’élection au Bundestag des populistes allemands de l’AfD; Le choix de Sebastian Kurz, 31 ans, comme nouveau chancelier autrichien et le score quasi historique du FPÖ. Tous ces scrutins ont eu lieu dans la dernière année. Exit l’élite en place. Que ce soit par la gauche ou par la droite, l’Occident exprime sont raz-le-bol des vieux politiques. Des vieilles stratégies. Des vieux mononcles qui méprisent leur électorat parce que la plèbe peut pas comprendre. Et puis, il y a ce cynisme, ressenti partout dans le monde occidental. L’espoir renait par où il peut.
Automne 2015. La campagne électorale fédérale bat son plein. Thomas Mulcair sera vraisemblablement le prochain Premier ministre du Canada. Pour la première fois, le Nouveau parti démocratique peut aspirer au pouvoir. C’est ce que nous disent les enquêtes d’opinion. Le NPD mène une campagne terne, sans éclat, en se reniant, en cachant son essence; La sociale-démocratie. Justin Trudeau et les libéraux mènent une campagne qui se veut positive, qui sort de l’ordinaire. Le chef libéral est charismatique, cool, jeune. Les libéraux promettent des déficits pour lancer le Canada dans le XXIe siècle. Des mesures pour favoriser la transition énergétique et industrielle. De nouvelles cibles et de nouveaux engagements contre les changements climatiques sont promis. L’image d’un certain Canada qui plait. Le 19 octobre, le PLC récolte 184 sièges à la chambre des communes. Les Conservateurs forment l’opposition officielle et le NPD est en 3e place.
Valérie Plante et Justin Trudeau ont quelque chose en commun. Tous les deux étaient sous-estimés. Tous les deux n’étaient pas pris au sérieux. Mais tous les deux offrent des plate-formes électorales qui vont en contradiction avec le discours ambiant néolibéral. Non, c’est trop cher. On peut pas faire ça. Les deux vendent du rêve. Justin Trudeau et son équipe forme désormais le gouvernement du Canada. Il a réussi à séduire les canadiens. À les faire rêver. Finalement, il déçoit profondément les progressistes. Exit la réforme du mode de scrutin. Pas de nouvelles cibles de réduction des gaz à effet de serre. Remise d’un prix au PM des industries pétrolières. Par ses actions il ne fait qu’accentuer le cynisme.
Est-ce que Valérie Plante peut réussir à la mairie? Bien sûr. Denis Coderre et ses supporteurs crient sur tous les toits que la ligne rose c’est trop cher, une lubie. Que c’est utopique. Ils font de la politique digne d’une autre époque. Étant si certain de pouvoir se rassoir dans la chaise du Maire, Coderre ne fit pratiquement pas campagne. Il n’y a pas de programme ni de vision à long terme. Le dégagisme c’est aussi montrer la porte à ceux qui ne se battent pas pour le pouvoir, ceux qui n’ont pas de conviction, mis-à-part celle d’être fait pour diriger.
Oui, c’est cher. La ligne rose, plus de logements sociaux, des congés de taxes pour les entreprises prises dans les rénovations. Mais est-ce que Montréal peut s’en passer? Est-ce que Montréal peut se priver du développement d’un mode de transport collectif structurant? La réponse est bien évidement non. Il n’y a qu’à penser au REM dont Denis Coderre est un fervent partisan. Toutefois, le danger concernant la ligne rose ce n’est pas que le projet soit (trop) cher. Sans projets de développement urbain se chiffrant dans les milliards de dollars aucune métropole peut croire pouvoir tirer son épingle du jeu au XXIe siècle. Le danger le plus important c’est l’accroissement du cynisme.
Avec tout grand espoir, vient grande déception. Le Québec, avec toutes ces histoires depuis 2010 sur la collusions, les pots-de-vin, le trafic d’influence, l’éthique bafouée est d’un cynisme sans nom. Valérie Plante représente cet espoir nouveau que nous avons tous perdu. Denis Coderre aurait pu être l’homme qui nous fait rêver. Aurait. Malheureusement son style ne colle pas. Il est autoritaire, mononcle, vieux jeu, limite populiste. Puis, oui un stade de Baseball c’est ben cool. Mais ça n’améliore en rien la qualité de vie des montréalais. S’il perd dimanche c’est que le dégagisme aura eu raison de lui. Si Valérie Plante devient la première mairesse de Montréal elle devra être en mesure de livrer ses promesses et de se battre corps et âme. Parce que si elle réussit à battre son adversaire ce ne sera pas par dépit mais bien parce qu’elle à oser nous faire rêver. Sinon qu’adviendra-t-il de la démocratie? À quelles promesses pourrons-nous nous vouer? Je suis très enthousiaste à voir une administration Plante à l’hôtel de ville. Peut être est-ce mon cynisme qui me fait voir le potentiel cynique…
Samuel Landry-Beauchamp
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Caroline Montpetit, Le Devoir, 19/10/2017
Pour Ivan Jablonka, l’histoire, voire les sciences sociales dans leur ensemble, forme des récits qu’il faut savoir livrer au public. C’est la condition pour que les sciences sociales maintiennent leurs assises dans la société d’aujourd’hui.
Lui-même historien de formation, Ivan Jablonka a travaillé à cette forme, notamment dans son livre Laëtitia ou la fin des hommes, prix Médicis 2016, tiré de la vie de la Française Laëtitia Perrais, enlevée et assassinée à l’âge de 18 ans, en 2011.
Pour déterminer ce genre, Ivan Jablonka utilise le mot « enquête », parce que c’est un mot qui appartient autant au milieu des sciences sociales qu’à celui des lettres.
« Quand je suis devant des étudiants en littérature, je suis historien, et quand je suis devant des historiens, j’aime bien dire que je suis écrivain », dit-il en entrevue. De passage à Montréal, M. Jablonka participera à une table ronde vendredi à la BAnQ sur la place de l’historien dans la sphère publique.
L’écrivain, qui est aussi éditeur au Seuil, plonge dans cette relation entre l’histoire et la littérature et remonte à l’Antiquité dans son essai L’histoire est une littérature contemporaine.
Il cite au premier chef Hérodote, qui a écrit les récits historiques de la Grèce antique en y mêlant la mythologie entourant les dieux grecs. Pourtant, malgré la « fiction » qui y est mêlée, c’est encore dans ces récits que nous puisons aujourd’hui notre compréhension de la société de l’époque. De même, Émile Zola, par ailleurs un ancien journaliste, a, avec ses romans naturalistes, fait entrer les moeurs dans la description historique de la France du XIXe siècle. Et a du même souffle donné son essor à ce qu’on appelle aujourd’hui « l’histoire sociale ».
Paradoxe apparent
Les oeuvres de Ivan Jablonka ne sont pas quant à elles fictionnelles, mais entièrement basées sur des faits exacts et vérifiés. C’est vrai autant de Laëtitia ou la fin des hommes que de son livre précédent, Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus (2012). Et Jablonka croit que tous les historiens devraient suivre des cours de création littéraire pour les mettre en application lorsqu’ils écrivent des récits.
De la même façon, dit-il, l’historien ne peut s’extraire complètement de son champ de recherche, et doit clairement se mettre lui-même en jeu, définir sa démarche, son propre rapport au sujet. Par exemple, lorsque M. Jablonka a écrit son Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus, il fallait bien qu’il se campe comme petit-fils, puisque cela change résolument son regard sur le sujet.
« C’est un livre d’histoire, c’est une réflexion sociologique sur le parcours de mes grands-parents, mais c’est aussi un travail littéraire », dit-il.
Mais c’est plus tôt dans sa vie que M. Jablonka a réalisé le paradoxe apparent entre le travail d’historien et celui d’écrivain.
« Ce qui s’est passé, c’est qu’au début des années 2000, je menais trois projets en même temps, je préparais ma thèse de doctorat, à la Sorbonne, sur les enfants abandonnés. Par ailleurs, j’écrivais un livre sur l’écrivain français Jean Genest et je préparais un roman. Ces trois livres étaient tous différents, pourtant c’était la même personne qui les écrivait. Ma thèse de doctorat à la Sorbonne était un travail d’histoire universitaire parfaitement calibré, mon livre sur Jean Genest était pluridisciplinaire parce que c’était une biographie, un morceau d’histoire, le parcours sociologique de Jean Genest et des études littéraires, puisque Jean Genest était un écrivain. Et troisièmement, ce roman… Et c’était tellement tabou que je l’ai fait sous pseudonyme. Et c’est quelque chose que je regrette. »
Ce roman, il aurait dû l’assumer sous son vrai nom, croit-il aujourd’hui.
« Je ne pensais pas qu’il était possible d’être à la fois romancier et historien, explique-t-il. Et il a fallu plusieurs années de travail sur moi-même pour pouvoir dire que j’étais à la fois historien et écrivain. »
Dire des choses vraies
Pourtant, aujourd’hui, Ivan Jablonka n’écrit plus de fiction. « La fiction, c’est toujours inventer des choses qui n’ont pas de référent », dit-il. Or ses enquêtes sont « des recherches portant sur les faits à établir sur les choses qui nous permettent de les établir et sur les formes littéraires par lesquelles on les transmet ».
Les sciences scolaires, que ce soit la sociologie, l’histoire, l’anthropologie, etc., ont toutes une visée de vérité.
« Non pas de décrire la vérité avec un grand V, mais d’essayer de dire des choses vraies. Par ailleurs, il me semble que les sciences sociales sont en train d’étouffer sous le poids de leur propre académisme, de l’hyperspécialisation des sujets, et du non-texte, c’est-à-dire un texte qui ne cesse de s’excuser d’être littéraire, un texte pasteurisé aseptisé qui n’est pas écrit pour des lecteurs mais pour des collègues. Les sciences sociales sont hélas de moins en moins lues parce que leurs formes s’épuisent. »
En bref, il faut faire sortir les sciences sociales de leur tour d’ivoire et les faire entrer dans le monde, celui-là même qu’elles prétendent décrire.
Ivan Jablonka sera à la Grande Bibliothèque ce vendredi de 15 h 30 à 17 h 30, en compagnie d’Éric Bédard, de Laurent Turcot et de Patrick Boucheron. La rencontre intitulée « Les défis de l’historien dans l’espace public » sera animée par Lise Bissonnette.
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Il y a 150 ans aujourd’hui, le 14 septembre 1867, paraissait le premier volume de l’ouvrage de Karl Marx Le Capital, Critique de l’économie politique.
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Me semble que dans cet article, fort intéressant au demeurant, le professeur de Laval barbouille quand même un peu Nietzsche avec ces trois « postures ». Il identifie celles « du prophète, du laborantin et du serviteur public », tandis que l’auteur de De l’inconvénient et de l’utilité des études historiques pour la vie parle avec pas mal plus de superbe de l’Histoire monumentale, antiquaire et critique.
La deuxième posture est celle du laborantin. Le passé se présente à notre regard sous des formes complexes, labiles et fragmentaires, et sa compréhension demeure incomplète et insatisfaisante. Il est donc tentant de se réfugier entre les murs du laboratoire, où il est possible de limiter les variables sujettes à observation et d’opérer en vase clos sur des échantillons tirés du passé.
Cette posture est celle du retrait du fracas du monde, une posture garantissant une certaine neutralité à l’analyste, une posture n’assumant pas la pertinence sociale de ses connaissances, puisque ce n’est pas sa visée. S’il répond parfois aux attentes citoyennes, c’est grâce à la médiation d’un tiers — souvent le vulgarisateur — ou par les aléas de la conjoncture. Ce faisant, la pratique de l’histoire-laboratoire relève ultimement du hobby réservé à quelques aficionados : si elle peut éventuellement contribuer à la recherche fondamentale, elle se renferme généralement sur elle-même, énonçant des jugements de fait sur un objet mort devant un public absent.
Service public
La dernière posture est celle du service public. Faisant face à des défis complexes et fondamentaux, nos sociétés contemporaines sont sollicitées par de multiples demandes de sens de la part des citoyens. Ces demandes reposent souvent sur une quête de perspective : nous tous et toutes cherchons à saisir d’où provient telle situation et quelles seront ses conséquences ultérieures.
Les enjeux de la mémoire et du patrimoine participent de ces quêtes de perspective : comment voulons-nous être reconnus ? pourquoi voulons-nous transmettre ? Ces demandes de sens interpellent l’historien comme serviteur public, ce dernier adoptant une posture de solidarité avec ses concitoyens, une posture comprenant néanmoins des risques d’incompréhension réciproque.
La pratique de l’histoire comme service public peut être simple, l’historien se contentant de valider des connaissances factuelles. Elle peut être plus exigeante grâce à l’établissement d’une double compréhension : comprendre les attentes de ses concitoyens, faire comprendre le passé dans toute sa complexité.
Soumise à la double exigence éthique de la démarche historique, l’histoire comme service public agit alors sur plusieurs échelles : des enjeux locaux comme la cathédrale de Rimouski, l’arrondissement historique de Sillery ou le site de Sault-aux-Récollets sont aussi pertinents que ceux de l’environnement, des migrations transnationales ou des rapports interconfessionnels. Elle relève du « scholarship with commitment ». Selon le sociologue Pierre Bourdieu, « il faut, pour être un vrai savant engagé, légitimement engagé, engager un savoir. Et ce savoir ne s’acquiert que dans le travail savant, soumis aux règles de la communauté savante ».
Pourquoi faire aujourd’hui de l’histoire ? Peu importe son titre et son emploi, faire de l’histoire relève fondamentalement d’une disposition à l’endroit de soi et des autres. Cette disposition peut prendre la forme d’une posture, avec les aléas que celle-ci comporte. Dans cette période de tweets et d’opinions, de bruits et de fureurs, cette disposition reste celle de la compréhension, sans jugements moraux, mais avec une empathie constante à l’égard de la condition humaine à travers le temps. D’hier à demain, la finalité de l’histoire repose dans cette commune condition qu’il importe de comprendre.
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Rome — Le pape François s’est déclaré samedi favorable à une béatification de Blaise Pascal, philosophe, mathématicien, polémiste et théologien français du XVIIe siècle qui s’était vivement opposé aux jésuites à son époque.
« Je pense moi aussi qu’il mérite la béatification. J’envisage de demander la procédure nécessaire et l’avis des organes du Vatican chargés de ces questions, en faisant part de ma conviction personnelle positive », a déclaré le pape.
Jorge Bergoglio répondait à une question en forme de plaidoyer d’Eugenio Scalfari, le fondateur de La Repubblica, dans un entretien publié samedi par le quotidien italien.
Autodidacte surdoué né en Auvergne en 1623, rivalisant dès l’adolescence avec les plus grands mathématiciens, polémiste efficace, Blaise Pascal est devenu un catholique tourmenté après une expérience mystique à l’âge de 31 ans.
Malade et sujet à de violentes migraines, il est mort en 1662, à 39 ans, sans avoir eu le temps de finir son apologie de la pensée chrétienne, dont l’ébauche a été publiée après sa mort sous le titre Pensées.
Dans cet ouvrage, il a exposé son « pari », expliquant qu’il n’y avait rien à perdre et tout à gagner à croire en Dieu. De manière moins connue, ce raisonnement s’accompagnait aussi d’un appel à une conversion du coeur et un choix de la pauvreté susceptible d’avoir touché le pape argentin.
Outre une jeunesse plutôt prétentieuse et mondaine, les féroces Provinciales de Pascal, lettres en faveur des jansénistes dans leur lutte théologique et politique contre les jésuites, pourraient cependant faire obstacle à une éventuelle béatification.
Mais l’élection en mars 2013 de François, le premier pape jésuite, pourrait avoir modifié la donne.
« Trop de contentieux traînaient entre l’auteur des Provinciales [et les jésuites] pour qu’un pape tiers à l’affaire puisse se sentir légitime à mettre sur les autels […] le vibrionnant adepte de l’apostrophe ironique », écrivait Xavier Patier, auteur d’un livre sur l’expérience mystique de Pascal, dans le magazine Famille chrétienne en mai 2013.
«Nous avons ce pape, et de surcroît un pape ami de la pauvreté, cette pauvreté que Blaise disait avoir décidé d’aimer», ajoutait-il.
Source: Le Devoir 10/07/17
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