Archives de Catégorie: Histoire

Hey toi! Viens visiter mon cabinet de curiosités!

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Mélangeant étrangeté et fascination, les cabinets de curiosités qui apparurent aux 16ième et 17ième siècles peu après la Renaissance, pourraient être désignés comme étant l’ancêtre du musée d’histoire naturelle. Ce lieu avait comme principe d’entreposer et d’exposer plusieurs articles en tous genres, souvent de nature rare et étrange. Ces objets de collection pouvaient être  » naturel « , c’est-à-dire qu’ils provenaient du monde animal, végétal ou minéral, mais on pouvait aussi y trouver des objets issus du travail de l’homme comme des œuvres d’art, armes, instruments scientifiques, etc. Ainsi dans les cabinets de curiosités, les collections s’aménageaient très souvent en quatre genres qui sont nommés en latin.

Artificialia: ce sont les objets créés ou modifiés par l’homme.

Naturalia: les objets ici sont centrés sur leur côté naturel, mais on retrouve aussi un intérêt pour les créatures (ce qui inclut les monstres dans une époque où on croyait encore beaucoup à la fantaisie).

Exotica: La catégorie qui s’occupe des plantes et des animaux exotiques.

Scientifiqua: On regroupe les instruments scientifiques.

Les personnes qui contribuaient ou qui possédaient ce genre de lieu sont très diverses, et ces lieux pouvaient être aussi bien être privés que publics: collections, institutions comme des écoles de médecine, vétérinaire ou autres. Les raisons d’entreprendre une telle mission étaient aussi bien motivées par la curiosité intellectuelle (les personnes possédant un tel lieu étaient nommées des curieux aussi) et l’esprit d’exploration, mais l’envie de montrer sa richesse ainsi que ces tendances érudites et ainsi gagner un certain prestige étaient aussi totalement plausibles. Ces lieux étaient donc très souvent consultés par diverses personnes, mais occupaient une place beaucoup plus importante chez la communauté scientifique où on diffusait et présentait souvent le contenu de ce lieu auprès des savants en Europe qui étudient parfois les objets.

Les cabinets de curiosités ont joué un rôle assez important dans le domaine du savoir, le but de ces lieux était souvent de comprendre le monde qui nous entoure, ceci incluant toute sa diversité et son étrangeté en créant un milieu social bizarre qui attire la curiosité et l’étonnement. Car les objets présents dans cet endroit sortaient totalement de l’ordinaire et leurs caractères très divergents et insolites attiraient énormément l’attention. Le côté pédagogique des cabinets de curiosités prend surtout de l’ampleur au Siècle des Lumières, les collections étant d’abord disparates, elles vont au fur et à mesure se rassembler dans des collections beaucoup plus précises ce qui va faciliter le côté  » encyclopédique  » de ce lieu.

Mais au fil des années et particulièrement au 19ième siècle, les cabinets de curiosités ont subi un déclin avec l’apparition des institutions officielles et privées comme les musées gérés par l’État. Mais on retrouve aujourd’hui un nouvel intérêt pour ce lieu qui avait tant fasciné dans le temps, ce lieu se réactualiste et on voit l’engouement des gens à ce sujet par exemple en France où les colloques et expositions se succèdent un peu partout.

Sereffettin Ozturk

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Les cadets royaux de l’armée canadienne

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Les programmes jeunesses sont rendus indispensables dans la société. Nous savons tous que les jeunes sont les adultes de demain et c’est en les poussant vers un avenir meilleur qu’ils réussiront à accomplir de grandes choses dans les années futures. Les jeunes de 12 à 18 ans ont plusieurs choix qui s’offrent à eux lors de leur passage de l’enfance à l’adolescence, ils peuvent aller vers les sports, vers les arts ou vers la musique. Pour ma part, j’ai décidé de me diriger dans les cadets et j’aimerais vous expliquer les bases de ce programme aux multiples facettes.

Débutons notre exploration avec un peu d’histoire. À ses débuts, le programme des cadets n’était pas un organisme pour la formation de la jeunesse. C’était plutôt des compagnies de milices auxiliaires du Canada, qui étaient réparties à travers le pays. L’appellation « cadet » a commencé à être utilisée particulièrement aux alentours de 1861. Dans cette milice, il y avait des gens âgés de 13 à 60 ans. C’est plutôt en 1879 que la distinction entre les cadets d’école secondaire et les miliciens adultes est devenue évidente. En effet, c’est dans les écoles secondaires que s’est développé le programme jeunesse que l’on connait aujourd’hui. Les jeunes garçons de 14 ans et plus participaient à cette organisation comme élément clé de leur programmation scolaire, mais ils n’étaient pas employés pour un service actif dans les FC (Forces Canadiennes). Un dès plus vieux corps de cadets qui a commencé dans une école secondaire est le CC 2 Bishop à Lennoxville au Québec. Il a débuté en décembre 1861 et est toujours actif à ce jour. Il y avait une distinction entre les enseignants et les instructeurs de cadets, mais c’est seulement en 1908 que le gouverneur général du Canada a décidé que l’instruction aux cadets sera donnée par des officiers de l’Armée commissionnés et payés. Il ne faut pas se le cacher, lors de la Première Guerre mondiale plus de 40 000 anciens cadets des écoles se sont enrôlés dans les forces pour aider le pays à surmonter cette crise. Il est important pour moi de souligner le mot ancien, car les gens ont tendance à penser que les militaires envoyés au front lors des conflits font partie des organisations comme les cadets, mais il faut être enrôlé dans l’Armée pour aller combattre et cela n’est pas donné à tout le monde. Ce n’est pas sous le programme des cadets que les jeunes apprenaient à combattre un ennemi ou à utiliser des armes à feu de gros calibre. Il est aussi important de mentionner que 124 000 soldats canadiens étaient d’anciens cadets des milices et cadets des écoles lors de la Deuxième Guerre mondiale. C’est à cette époque que le titre «Royal» apparait dans l’appellation des Cadets Royaux de l’Armée canadienne. C’est pour leurs services rendus à la couronne britannique que le Roi George VI a conféré ce titre.

Après la Deuxième Guerre mondiale, le programme des cadets du Canada a effectué une réforme dans toutes les sphères de son organisation, pour vraiment se concentrer sur l’accomplissement des jeunes. Le programme a réduit son effectif à 75 000 membres à travers le Canada pendant cette même période et les corps de cadets sont devenus indépendants des écoles secondaires. En 1956, la Reine Elizabeth I autorise l’écusson que nous avons encore sur nos uniformes qui porte la devise «Acer Acerpori» qui signifie «Tant vaut la sève, tant vaut l’érable». C’est une devise extrêmement importante pour les membres des cadets, puisqu’elle nous rappelle l’historique de notre programme et que les efforts que nous mettons aujourd’hui porteront fruit dans les générations futures.

Un des évènements les plus marquants du XXe siècle pour l’histoire des FC a été l’unification de l’ensemble des Forces canadiennes, c’est-à-dire la réunification des différentes branches de l’Armée : «Il s’agissait du regroupement de la Marine, de l’Armée et de l’Aviation du Canada dans une structure unifiée.»[1]. Jusque là, l’organisation des cadets était un programme strictement masculin, c’est en 1975 que le parlement du Canada instaure la loi C-16, qui permettait aux femmes de rentrer dans les cadets comme membre à part entière et comme instructeur. À la fin des années 80, l’âge minimal pour rentrer dans le mouvement est baissé à 12 ans, puisque le programme devient de plus en plus indépendant des Forces Canadiennes grâce à la création de la Ligue des cadets de l’Armée. Cette ligue est un organisme à but non-lucratif qui encourage et promeut l’intérêt général envers et au soutien du programme des cadets. Ils facilitent la formation de nouveau Corps de cadets et la formation des Cadres instructeurs cadets (CIC, officiers commissionnés). Autrement dit, la Ligue est cette voix civile qui s’assure du bon partenariat entre les FC et les communautés locales.

Le mouvement des cadets du Canada fête cette année sa 136e année d’existence. Donc, avec l’historique présentée nous sommes en mesure de comprendre l’évolution du programme des cadets. Cette évolution a permis de développer l’organisation jeunesse que nous découvrons ensemble aujourd’hui. De nos jours, les Cadets Royaux du Canada ont plusieurs objectifs pour l’avenir des jeunes canadiens, le programme veut d’abord et avant tout former de meilleurs citoyens en développant une conscience collective et un esprit civique. Malgré son attachement à l’Armée, l’organisation positionne le jeune et sa réussite au centre de ses priorités. Le but du programme n’est pas de former de nouveaux soldats, au contraire. Les officiers Cadres Instructeurs cadets veulent inculquer aux jeunes une certaine discipline personnelle et un mode de vie sain, car un des principaux buts est d’acquérir une bonne forme physique ainsi que de développer des bonnes habitudes alimentaires. Plus les années avances, plus les têtes dirigeantes du programme essaient de développer des programmes d’aides aux jeunes, par exemple il y a des cours obligatoires de secourisme et de prévention en harcèlement et en abus. Certains cadets ont un passé et une situation familiale plus difficile, l’organisation des cadets leur donne une bouée sur quoi s’accrocher en développant un leadership et une autodiscipline qui permettent une meilleure estime de soi.

Il est difficile pour moi de porter un regard objectif sur le programme puisque j’en fais partie depuis plusieurs années, le but de ce court article était surtout de vous faire comprendre l’impact que peut avoir ce genre de programme sur le quotidien des gens et la société en général. Bref, je souhaite simplement que la société réalise que le programme des cadets du Canada ne forme pas d’enfants soldats et que nos jeunes sont les adultes de demain. Il est important de se soucier de leur réussite et de leur avenir pour la santé d’une nation unis dans le respect d’un océan à l’autre.

Mélody Brunet

[1] Aide à l’instruction des Cadets Royaux du Canada, Guide pédagogique de l’étoile verte. p.7-2-6

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L’Invention du peuple juif

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Connaissez-vous le « nation building »? C’est une thèse en science politique qui avance que chaque société se construit autour de récits et de grands héros. Souvent, les histoires sont extrêmement romancées. C’est ce à quoi j’ai réfléchi quand j’ai découvert l’historien juif, Shlomo Sand. Sa thèse est vraiment fascinante. Avec son livre, L’invention du peuple juif, il crée une véritable révolution. En effet, selon monsieur Sand, il n’y a jamais eu d’exilés juifs dans l’Antiquité. En fait, nos connaissances sur la question juive sont héritées d’une conception moyenâgeuse. Il nous pousse aussi à nous questionner sur l’authenticité des sources religieuses, telles que la Bible ou les textes religieux juifs comme sources historiques fiables.

Mais de quel exil me parlez-vous? Il y en a eu plusieurs. Il parle de tous les exils en fait qui ont été inventés de toute pièce ou simplement enjolivés. Toutefois, je passerais rapidement sur l’exil de Moise et celui de Babylone. Il faut simplement comprendre que certaines sources historiques plus récentes discréditent l’histoire traditionnelle. Rappelons que l’esclavage en Égypte restait un phénomène marginal est que c’était les paysans entre deux crues qui construisaient les grands bâtiments égyptiens, comme en témoigne l’archéologie moderne. Ce qui viendrait discréditer l’histoire de Moise surtout que le pays de Canaan (la Palestine) appartenant à l’Égypte à l’époque. Au niveau de l’exil de Babylone, plusieurs pensent que c’est surtout l’élite de la population juive qui serait partie de force pour Babylone après la destruction du premier temple afin de soutenir l’administration de l’empire et non pas une majorité de la population. À Babylone, l’élite juive a été influencée par la religion Zoroastre qui a grandement contribué à établir le monothéisme. Quoi qu’il en soit, c’est surtout l’exil de 70 après Jésus-Christ, suite à la destruction du temple, qui n’aurait jamais existé selon lui. Le mythe se serait répandu au moyen-âge, les juifs, suite à la destruction du second temple avaient été condamnés à l’exil. Pourtant, tout porte à croire qu’il n’y aurait jamais eu de déportation romaine faute de source qui en témoigne. Qui plus est, la déportation massive de population n’était pas une pratique dans l’antiquité. Encore moins sous l’Empire romain qui préférait plutôt laisser la population locale en place, se contentant de la gouverner.

Mais si les juifs n’ont jamais quitté la Palestine d’où vient la diaspora juive? Sholom Sand nous explique, le judaïsme entre le 3e et 5e siècle, avait un caractère prosélytique (il cherchait à convertir). Ce serait donc des missionnaires juifs qui parallèlement aux chrétiens auraient répandu la foi juive un peu partout à travers le bassin méditerranéen. Par la suite, les religieux du nord de la méditerranée seraient devenus chrétiens, car la séparation n’était pas aussi claire à l’époque entre ce qu’était un chrétien et un juif. Pour les juifs restés en Palestine, ils se seraient graduellement convertis à l’Islam (ainsi les Palestiniens modernes seraient les descendants des premiers royaumes juifs). Ainsi, en Afrique du Nord et surtout au Maghreb, des tribus berbères auraient vraisemblablement adopté la foi juive et c’est ainsi qu’est née l’importante communauté juive d’Afrique du Nord. L’autre foyer important viendrait de l’empire Khazar. Les Khazars seraient une tribu vivant en Asie centrale. Suite à leur errance, ils créent ce qui s’apparente à un empire grâce à la force. Ils auraient par la suite adopté le Judaïsme comme religion d’État, en témoigne leur document écrit en Hébreux. C’est de ce peuplement que viendraient les juifs d’Europe de l’Est et toute la culture yiddish. Sinon, on peut aussi mentionner la population juive d’Éthiopie qui serait apparue de manière analogue aux berbères et aux Khazars, ce sont des convertis. Donc, la thèse qui présente la diaspora juive comme étant les descendants des habitants exilés de la province de Judée romaine serait fausse. Ce sont plutôt les descendants des convertis qui composent l’immense majorité de la diaspora d’aujourd’hui. Ce sont plutôt les Palestiniens qui seraient les descendants des premiers royaumes juifs. Ils se sont simplement convertis à l’Islam. J’espère que ce texte vous donnera matière à réflexion. Surtout, quand on sait que ce droit au retour à la terre est même inscrit dans la constitution israélienne.

Lien utile: http://culture.univ-lille1.fr/fileadmin/lna/lna64/lna64p32.pdf

http://www.monde-diplomatique.fr/2008/08/SAND/16205

Pierre-Olivier Barbeau

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Laurence en Asie: Mai Chau

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Laurence Gwilliam

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Oui, Monsieur

«Qu’est-ce qu’on fait? On se crache dans les mains et on recommence!»

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Jacques Parizeau 9 août 1930 – 1er juin 2015

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Pendant ce temps, à Varanasi, sur la rive gauche du Gange

 

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BLx

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Laurence en Asie: Angkor Wat

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Laurence Gwilliam

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Socrate et la construction de l’identité

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Une lecture de l’Apologie de Socrate

Socrate existe doublement en deux discours, soit celui que construit Socrate et celui que construit ses accusateurs. Il y a une distinction fondamentale que nous expliciterons entre un «moi», et un «autre», et cela pose un regard sur la question de l’identité, ou d’un jeu qu’il est possible de faire entre une multiplicité d’identités pour la même personne. Socrate met cela en place dans un lieu de parole en-dehors de la sophistique, ce qui n’est pas innocent du tout. Ce lieu de parole pose évidemment certains problèmes: pourquoi cette distinction est faite, quel est la place de la parole et de la rhétorique dans le discours de Socrate en particulier, et en quoi cela renforce le «moi» qu’il tente de définir?

Dès la deuxième phrase du texte, la question du moi, de l’identité est déjà présente: «[En écoutant les accusateurs], j’ai presque oublié qui je suis, tant leurs discours étaient persuasifs.»[1] Cette citation met clairement en évidence le double Socrate. Celui des accusateurs est suffisamment construit rhétoriquement pour qu’il soit persuasif, car même Socrate croit s’oublier (ce qui évidemment une ironie que l’on saisit seulement après avoir lu le texte au complet). La raison qui apparaît évidente pour Socrate d’établir cette distinction, c’est qu’il est nécessaire de le faire pour pouvoir distinguer ce que les sophistes disent sur lui et ce qu’il est réellement, c’est-à-dire que la distinction est nécessaire pour déconstruire le discours de l’identité de Socrate des sophistes pour ensuite reconstruire cette identité à partir de lui-même. Il y a donc une différence entre le Socrate figuré, qui est seulement, pourrait-t-on dire, un signifié des sophistes, et un Socrate qui s’auto-signifie, qui se trouve a être le vrai Socrate. Le signe Socrate pose donc un problème ici, puisque le signifiant est le même, et ce qui est signifié diffère (c’est l’arbitraire du signe).[2] Le «moi» socratique se définit donc dans l’espace du signifié, et la déconstruction/réfutation du discours des sophistes se trouve à être finalement un «redressement» du signe Socrate vers ce que Socrate pense être lui-même (c’est le fameux «connais-toi toi-même»). Cette affirmation du «je» socratique est fondamentale, car elle donne à la philosophie un tournant plus «subjectif» (en apparence du moins), car l’identité de Socrate se trouve à être une des questions de fond qui travers l’Apologie, question qui s’articule autour et dans la parole.

«Qu’ils n’aient point rougi à la pensée du démenti formel que je vais à l’instant donner, cela m’a paru de leur part le comble de l’impudence, à moins qu’ils n’appellent habile à parler celui qui dit la vérité. […] Quoi qu’en en soit, je vous répète qu’ils n’ont rien dit ou presque rien qui soit vrai. […] Je ne vous dirai que l’exacte vérité. […] Ce ne sont pas des discours parés de locutions et de termes choisis et savamment ordonnés que vous allez entendre, mais des discours sans art, faits avec les premiers mots venus. Je suis sûr de ne rien dire que de juste; qu’aucun de vous n’attende de moi autre chose.»[3] Socrate, dans cet extrait, met clairement en place le discours des sophistes, qui, de par leurs artifices, semble véritable. Il met également en place son discours, qui se veut vrai et juste. Le «moi» socratique est en dehors du langage des sophistes, en dehors de la rhétorique. Son «éthos» se situe dans un au-delà du langage qui renvoie à une identité profonde et cachée qu’il faut exposer comme défense contre la construction des autres.

Voyons les trois accusations de Socrate: il est accusé de ne pas reconnaître les dieux de l’État, d’introduire de nouvelles divinités dans la cité et de corrompre la jeunesse. Or, à plusieurs reprises, Socrate affirme que les dieux existent, et s’il médite comme il le fait sur les paroles de l’oracle de Delphes, c’est qu’il croit au moins à ce dieu (Apollon), si et bien si sa parole n’est pas prise comme une marque d’ironie. Comme Socrate croit aux dieux de la cité, l’accusation d’introduire de nouvelles divinités se défait d’elle-même. Quant à l’accusation de corruption de la jeunesse, Socrate affirme qu’il a atteint un tel degré d’ignorance que même s’il corrompait la jeunesse, c’est de manière involontaire. Dans un cas comme dans l’autre, Socrate se retrouve innocent, et il aurait plutôt besoin d’une éducation afin que cela ne se reproduise plus.[4] Socrate est en-dehors du langage des sophistes, et il se construit dans un espace autre. Or, Socrate aussi utilise certains procédés rhétoriques, certaines tournures de phrases avantageuses. L’identité de Socrate défini par lui-même se trouve quand même dans l’espace d’une certaine rhétorique, d’un langage, qui n’est que plus fort (oralement) que celui des sophistes. Le Socrate que Platon dessine au long de ses nombreux dialogues n’est défini que par le langage qu’il adopte, c’est-à-dire que les actions de Socrate sont finalement peu importantes. La différence entre les sophistes et Socrate ne réside pas dans l’outil utilisé (en l’occurrence le langage), mais plutôt dans la fonction de cet outil: pour les sophistes, le langage/la rhétorique (qui se confondent) est une fin en soi, alors que chez Socrate, elle sert à examiner les propositions, découvrir les incohérences de ces propositions, et de les faire tomber d’elle-même pour en arriver à découvrir une vérité.

Le «moi» que Socrate défend est un «moi» bâti rhétoriquement malgré tout. Alors, quand nous nous posons la question de la place de la parole dans le discours de Socrate, et en quoi cela renforce le «moi» qu’il tente de définir, nous nous retrouvons face à un paradoxe: Socrate se «définit rhétoriquement» avant de se définir «ontologiquement», tout en accusant les sophistes d’utiliser des discours parés de belles locutions. Que faire de ce paradoxe? Même si Socrate a une volonté qui paraît beaucoup plus noble (découvrir la vérité), il reste que la rhétorique est son outil, même si celle-ci n’a pas la même fin que celle des sophistes. Le «Socrate» que Socrate décrit n’a pas comme point de départ la subjectivité, l’expérience que Socrate vit de lui-même; il est plutôt construit dans un contre-argumentaire contre les sophistes. De plus, Socrate est souvent ironique, ce qui rend son identité encore plus ineffable, difficile à cerner, ce qui n’est pas sans conséquence dans le verdict final.

Le «moi» socratique, même s’il peut sembler étonnamment moderne à un premier niveau de lecture, ne l’est pas réellement. Le «je suis, j’existe»[5] de Descartes n’est pas le même «je», à la fois dans un sens premier (Socrate n’est pas Descartes et inversement), mais aussi dans la définition, l’origine de ce «je». Le cogito cartésien est sensible, a comme départ l’expérience de la conscience, alors que le «moi» de Socrate se défini davantage de façon «intelligible», en ce sens que Socrate tente de modifier l’idée de Socrate dans la tête de ses accusateurs. Le «moi» se trouve alors dans deux espaces: dans le cas de Descartes, c’est un moi sensible, subjectif et intérieur, alors que dans le cas de Socrate, le «moi» est dans l’esprit des autres avant d’être intérieur. Les rapports entre rhétorique, vérité et identité sont donc fondamentaux dans la construction vraisemblable de l’idée de Socrate, et c’est en ce sens que le «moi» socratique n’est pas moderne, car la subjectivité moderne est ontologique, non rhétorique, du moins a priori. Le lieu de l’identité peut se trouver à la fois dans un espace public et un espace privé. En l’occurrence, l’identité de Socrate telle que décrite dans l’Apologie est d’ordre public. Ainsi, le procès de Socrate n’est pas tant la défense d’une personne que d’une idée, qui est celle de la représentation publique de Socrate. Il serait aussi intéressant de méditer sur les liens à faire entre les dichotomies publique/privée et sensible/intelligible. L’appartenance de l’intelligible à l’aspect public des choses nous mène à nous interroger sur la construction et le changement de l’identité publique par rapport à ses effets sur la sensibilité privée et inversement dans notre rapport à la réalité.

[1] Platon, 17a.

[2] Je renvoie au Cours de linguistique générale de F. de Saussure, particulièrement la section sur la sémiologie.

[3] Platon, 17b.

[4] Idem.

[5] René DESCARTES. Méditations métaphysiques, Première méditation.

Kevin Berger Soucie

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La plus vieille chanson du monde

Un hymne sumérien datant de 3 400 ans

Source: Open source

BLx

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Dérives binaires et forclusion du tiers

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Le Devoir de philo

La trinité est apaisante; le dualisme, polarisant

La pensée de Dany-Robert Dufour sur le mystère central du christianisme célébré à Pâques peut éclairer nos débats publics

Marco Veilleux – Diplômé en théologie de l’Université Laval ; délégué aux questions sociales et adjoint aux communications pour les Jésuites du Canada français, Le Devoir, 4/04/15

Pâques est au coeur de la foi des chrétiens. Ils y font mémoire de la passion, de la mort et de la résurrection du Christ. Or cette fête met en scène le mystère central du christianisme : le dogme trinitaire. Les célébrations pascales, en effet, annoncent que Jésus — en qui les croyants reconnaissent le Fils du Dieu — a livré sa vie pour le salut de l’humanité. Ressuscité par le Père, ce Fils a vaincu la mort et répandu l’Esprit dans le monde. Un Esprit qui régénère toute vie et renouvelle la création.

Tout cela est bien joli, me direz-vous, mais en quoi cette « affaire trinitaire » concerne-t-elle encore nos sociétés occidentales largement postchrétiennes ? Pourquoi la pensée séculière et les non-croyants devraient-ils s’y intéresser ? Et, finalement, quel éclairage critique pourrions-nous en tirer sur l’état de nos débats publics et de nos liens sociaux ?

C’est à ces interrogations radicales que s’est attelé le philosophe français contemporain Dany-Robert Dufour (1947-). Dans son livre intitulé Les mystères de la trinité (publié chez Gallimard en 1990), il avance que « l’homme est trinitaire ». L’affirmation est étonnante, car l’ouvrage n’est pas un traité de théologie et son auteur n’est pas un croyant. Dans cette oeuvre dense et fouillée, Dufour parcourt l’histoire de la raison occidentale. Il y discerne une lutte constante entre ce qu’il appelle « trinité » et « binarité ». Cette tension est la source d’un lancinant « malaise dans la civilisation » — auquel les débats québécois actuels n’échappent malheureusement pas.

Une anthropologie du sujet parlant

Le dogme trinitaire est, bien sûr, un des fondements de la tradition chrétienne. Il est, entre autres, au coeur de la théologie réflexive de géants comme Augustin et Thomas d’Aquin. Mais Dufour, en bon philosophe, ne s’aventure pas ici sur le terrain dogmatique ou théologique. Cela ne l’intéresse pas. Il convie plutôt son lecteur à entrer dans ce qu’il appelle « une pensée rationnelle » de la trinité.

Du point de vue de l’anthropologie philosophique et de la philosophie du langage — disciplines qui traversent toute l’oeuvre analytique de Dufour —, force est de constater que « la trinité loge dans notre langue ». De ce fait, elle est antérieure à toute croyance. Il existe une « trinité naturelle », condition même de l’être parlant. Qu’est-ce à dire ?

La trinité, affirme notre philosophe, « chaque être parlant ne cesse d’en faire l’immédiate expérience. Pour la saisir, il suffit d’évoquer l’espace humain le plus banal qui soit, lieu commun de toute l’espèce parlante, celui de la conversation : “je” dit à “tu” des histoires que “je” tient de “il” ». Cette trinité immanente au langage (je/tu/il) est l’essence même du lien social et de la culture.

En effet, pour être un sujet parlant, il faut un interlocuteur, un lieu d’adresse. Mais dès qu’on s’engage dans cet espace du dialogue entre deux personnes, on est déjà trois. Car il n’y a pas de langage possible sans postuler qu’il y ait de l’Autre dont on puisse parler — c’est-à-dire du tiers absent, mais présumé, nous permettant de nous « entretenir » et de mettre de la signification en discours.

Toute la linguistique moderne, au XXe siècle, se penchera sur cette affaire aussi élémentaire qu’insaisissable qu’est la structure ternaire (ou trinitaire) de la parole et du langage. Pour le linguiste Émile Benveniste, par exemple, dans l’interlocution il y a toujours celui qui parle, celui à qui l’on s’adresse et celui qui est absent. Cette triade représente les « postes logiques » nécessaires pour que les discours humains puissent se déployer et générer du sens, de la relation, du lien social, bref de la culture.

Ce tiers qui sous-tend l’interlocution nous échappe donc, par définition. Il représente la « case vide » dans la communication et la production de la signification. Il inscrit ainsi le manque, signe de la finitude et de la mort, au coeur même de l’ordre symbolique de la parole et du langage. L’incapacité ou le refus d’assumer ce manque inhérent au sujet parlant, à cause de la souffrance que cela implique, conduit les humains, depuis toujours et avec plus ou moins d’intensité, sur la voie de diverses pathologies binaires : hystérie, phobie, paranoïa, névrose obsessionnelle ou perversion. En traitant les symptômes de ces pathologies par la cure de la parole, la psychanalyse, rappelle Dany-Robert Dufour, révèle d’ailleurs que « chaque sujet parlant est un officiant qui, sans le savoir, rend un culte à la figure trine ».

Tension entre le ternaire et le binaire

Dans son livre, Dufour montre donc que toute l’histoire de la pensée en Occident est le théâtre d’une éternelle tentation : la volonté de réduire le ternaire au binaire. De ce fait, la structure trinitaire (dont le dogme chrétien représente la sublimation par excellence) a toujours été une écharde au pied de cette raison occidentale.

En effet, la forme ternaire fait trébucher notre rationalité sur ses limites. En posant un « tiers » absent et insaisissable, elle empêche cette dernière de tout enserrer dans un rapport de type sujet-objet. Elle préserve ainsi les humains de l’hybris que représente la négation du manque et de la mort. Elle endigue également leur fantasme démiurgique de contrôle absolu et de toute-puissance. En définitive, on peut dire que la forme ternaire fonde le désir lui-même — c’est-à-dire l’accès des humains à l’ordre symbolique où ils doivent sans cesse recréer la justice, la signification et la vérité de leurs relations et de leurs liens sociaux. C’est pourquoi, comme l’écrira Alexandre Kojève, cité par Dufour : « Il y a droit lorsque intervient un point de vue tiers dans les affaires humaines. »

Mais voilà que notre civilisation, dans la condition actuelle de la modernité avancée, arrive à un point décisif. Avec « la fin des grands récits ternaires » — qu’incarnaient, entre autres, les mythes, les religions, la littérature et les arts —, la pensée dualiste, causale et instrumentale semble en voie de triompher partout et sans réserve. Que ce soit dans le domaine des technosciences et de l’informatique, dans le secteur de l’économie et de la finance, dans le champ social et politique, ou encore dans l’univers des médias traditionnels ou sociaux, la logique binaire impose de plus en plus son règne implacable et fait ses ravages. Car, par définition, la binarité est violente et mortifère puisqu’elle exclut le tiers. Nos récents débats publics, au Québec, me semblent malheureusement trop bien l’illustrer.

Malaise dans les débats publics québécois

Rappelons-nous la stratégie de division avec laquelle le gouvernement libéral de Jean Charest a géré, en 2012, la contestation étudiante et sociale qui a marqué la fin de son mandat. En martelant de manière caricaturale « Vous êtes pour nous ou vous êtes pour la violence ! », ce gouvernement a voulu verrouiller l’espace tiers d’une véritable discussion démocratique. Plus récemment, évoquons aussi la stratégie polarisante adoptée par le gouvernement péquiste de Pauline Marois. Dans sa volonté de faire adopter sa fameuse charte des valeurs, ce gouvernement a clivé notre société en deux blocs. Ce faisant, il a placé dans une position de tiers exclu toute une partie de la population qui était visée par les mesures discriminatoires contenues dans son projet. En outre, sur la scène fédérale, est-il besoin d’épiloguer sur l’idéologie manichéenne à laquelle carbure le gouvernement conservateur de Stephen Harper ? Et que dire, enfin, des politiques d’austérité et des réformes institutionnelles menées à coups de hache et de bâillon par l’actuel gouvernement libéral de Philippe Couillard ?

Dans tous ces cas de figure, ce sont toujours les tiers qui écopent et passent à la moulinette de l’idéologie binaire : les pauvres, les femmes, les malades, les travailleurs, les assistés sociaux, les immigrants, les minorités religieuses, les sans-voix, les régions, les groupes de défense des droits, les instances de contrôle démocratique, les peuples opprimés, l’environnement exploité, etc.

La binarité fait également son oeuvre dans l’univers médiatique. Elle se manifeste particulièrement dans l’omniprésence actuelle de la figure du chroniqueur, du blogueur ou du journaliste d’opinion qui traite d’enjeux complexes en quelques lignes « punchées ». Le plus souvent, l’argumentaire lui sert en fait de prétexte pour polémiquer contre ses adversaires idéologiques et répéter ses mêmes rengaines. Il suffit de suivre Twitter, Facebook, des blogueurs ou encore plusieurs commentaires de lecteurs au bas des articles du Devoir pour constater jusqu’à quel point « la forclusion du tiers » y règne en maître. Et, surtout, pour réaliser combien l’hystérie, la phobie, la paranoïa, la névrose obsessionnelle ou la perversion s’y déploient allègrement !

Restaurer notre commune humanité

Ces dérives binaires kidnappent nos débats et nous plongent dans un profond malaise. Pourquoi ? Probablement parce que nous avons l’intuition que nous sommes en train d’y perdre notre humanité.

La binarité est, bien sûr, très efficace pour s’imaginer contrôler la réalité, assujettir l’inquiétante étrangeté, affirmer son pouvoir, étendre son profit, simplifier la complexité, lutter contre l’angoisse, objectiver les personnes, gagner des combats d’idées, croire à sa toute-puissance ou se complaire dans l’autosatisfaction narcissique… Il n’est donc pas facile d’y échapper, et tout nous y pousse dans l’air du temps. Mais cela produit, nous l’avons sous les yeux quotidiennement, une société de plus en plus dure, violente et haineuse, déchirée par les exclusions et les tensions, sans merci pour celles et ceux qui ne peuvent ou ne veulent entrer dans cette logique de guerre — car c’est bien de cela qu’il s’agit.

Dans ce contexte, si avec Dany-Robert Dufour nous reconnaissons « qu’en regardant la forme trinitaire, nous nous regardons nous-mêmes », alors la fête de Pâques, à travers son exaltation d’un Dieu « trine », nous offre peut-être une issue : assumer humblement la structure ternaire de la parole et du langage qui nous constitue en tant qu’humain.

Cela implique de consentir au manque, à ce qui échappe, à ce qui décentre, à ce qui altère. Une telle éthique de la parole devient alors porteuse d’une éthique sociale. Car cette manière de parler qui fait place à l’Autre et qui s’ouvre au tiers construit du même souffle un autre mode de vivre-ensemble. En restaurant ainsi en nous la pratique d’une parole juste, signifiante et vraie, nous pourrons aussi espérer construire une société animée de ces mêmes qualités.

Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d’histoire, suivez ce lien.

***

BLx

 

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Pâques, c’est-à-dire le Printemps

piero de la francescaPiero della Framcesca 1463-1465

Pâques. Origine, Signification, Tradition

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Printemps ou Automne, en toute saison, un écrit de circonstances

Thèse n0 12

LA GRÈVE EST UNE PUISSANCE

D’EXCOMMUNICATION

COUV_THESES_HDInstitut de démobilisation

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Rome en 320

BLx

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Pour la journée des femmes

cambridge641241cambridge.org

Premier chapitre disponible ici en version pdf

1
SABINA LOVIBOND
Feminism in ancient philosophy
The feminist stake in Greek rationalism
Introduction
Despite the internal diversity of extant `ancient philosophy’, it has generally
been agreed that the main intellectual legacy of classical Greece and Rome
to the modern world is the idea of the value of truth and the capacity of
human reason to discover it. This idea, powerfully expressed in the
dialogues of Plato and in the more systematic teaching of Aristotle, has
provided an implicit point of reference ± usually, though not invariably,
positive ± for all subsequent `philosophy’ in the western world, and feminist
thought has been no exception to the rule. What remains unresolved,
however, is the proper ratio of positive to negative in the attitude of
feminism to `reason’. Since the eighteenth century at least, there has been
an effort to rethink the rationalist ethical and political tradition for the
beneÆt of women, and to detach its characteristic themes (legitimate social
order; mutual recognition among citizens; co-operative pursuit of a
common good) from the ideology of male supremacy. But the sexual
egalitarianism which we inherit from the age of Enlightenment is compli-
cated, today, by a rival impulse of solidarity with what the rationalist
tradition symbolically excludes ± that is, with reason’s supposedly feminine
`other’ or complement. It is this tension that sets the scene for our
discussion.

BLx

 

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La Manif du Siècle

1000ème article publié sur ce blogue

Il faut se lever tôt pour assister à la manif du siècle, lorsqu’on vient de province. De Metz, le covoiturage jusqu’à Paris prend environ 3 heures. Trois silencieuses heures dans une voiture presque pleine de gens qui n’en ont rien à foutre… Ils vont en Argentine; des Luxembourgeois radins qui ont décidé de faire du covoiturage pour se rendre à Charles de Gaule. La voiture s’arrête à porte de Vincennes.

À la station de métro Nation, les tourniquets sont morts; ils ont été désactivés. Le métro est gratuit, un évènement extraordinaire qui ne se serait produit qu’en cas de cataclysme ou de fusillade dans les locaux d’un Hebdo. Quel drôle de sensation, passer les tourniquets sans entendre le « bip ». Ce n’est pas le fait qu’il n’y a pas de « bip » qui est drôle, c’est plutôt la liberté qu’accompagne l’absence de contrôleurs sur tout le réseau.

La ligne 9 est déjà saturée, c’est comme à l’heure de pointe. Le train souterrain ignore sans remords plusieurs stations. Parmi les victimes, se trouvent,  Rue des boulets, Charonne et Voltaire…

11h40 : La Place de la République est cernée de médias de toutes sortes. Des antennes blanches sur le dessus de fourgonnettes, des caméras, des CANON et des objectifs énormes de la toute dernière technologie chassent sur la place. Des machines qui prennent des centaines de photos et qui les stockent sur une petite carte en plastique.

Cela fait changement du vieil argentique contraint à 36 poses par film et au rembobinage précautionneux de chacun d’eux. Une contrainte excitante qui permet d’avoir un rapport plus intime avec l’évènement et qui rend le partage de celui-ci plus réel. Entre l’œil du journaliste et la situation, le dispositif technique est une chute libre, c’est l’incertitude d’un discours souhaité, une action plus authentique. Un Mamiya ZE entre les mains me permet d’adopter ce rôle particulier qu’est celui du journaliste de l’époque pré numérique.

12h00 : La foule devient de plus en plus dense. Tout à coup, un africain monte sur la statue et se met à gueuler dans un drôle d’accent :    « Zé Vous Zaimes !! ». Des gens marmonnent «  Je vous aime ? », se demandant s’ils ont bien compris le charabia. Puis ils complètent avec un : « CHARLIE Liberté !». L’africain brandit un drapeau français et un ami le rejoint.

Ils se mettent doucement à crier : « Libérez les cités ! ». De vieilles dames passent par-là : « Ha ! Ça y est ! Le débordement commence ! »

12h30 : La statue est maintenant noire de monde et on y a accroché un grand : « Je pense donc je suis ».

Un peu plus loin, là où les branches du trajet se séparent, le silence est total. Rue du Faubourg du Temple et rue Voltaire se remplissent d’un foule dense et silencieuse. Tous sont venus exprimer leur mécontentement, mais cette fois, avec silence et respect.

13h15 : Il n’y a plus moyen de bouger, ils ont bloqués la rue Voltaire à l’attente des chefs d’états. Nous sommes tellement nombreux que même sur une surface immense, nous sommes comme des sardines. Une dame prise dans la foule : « Regarder ma pancarte, je n’aurais jamais pensé faire ce genre de chose, je ne suis qu’une mère de famille… » Plus moyen de rebrousser chemin; La manif du siècle a commencée…

1Place de la république 11h40

2À gauche, un journaliste prépare son discours

2.5Un « Vandale » et les médias

3-2Le jeune africain et son acolyte

3.5Les jeunes prennent d’assaut la statue tandis que les gens mariés brandissent leur journal

4-1Deux jeunes dames et leurs dessins

6Un français pensif

7Elle se noie dans la foule

9Il gesticule en brandissant son drapeau de la république

10Une petite rue s’inonde graduellement de la foule silencieuse

11Certains s’extirpent de la foule pour observer le spectacle

12Un nuage de gendarmes s’impose

13Ils marchent en silence avec la foule

14l’Unesco est de la partie

Caroline Douville

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