Archives de Catégorie: Philosophie

En 2015, la Magna Carta a 800 ans

Magna_Carta_(British_Library_Cotton_MS_Augustus_II.106)

En 1215, sous le règne du roi Jean d’Angleterre, la Magna Carta ou Grande Charte institue la règle de droit, « Common law », en mettant fin à l’arbitraire royal.

Magna Carta, 800 years on.

The Magna Carta Project

BLx

 

Poster un commentaire

Classé dans Histoire, Histoire et civilisation, Philosophie, Politique

Vocation de l’université

Renouveler le plaidoyer pour la formation générale

Le projet de l’Université de Berlin porté par le penseur Schleiermacher s’est établi à l’encontre de l’esprit de spécialité qui régnait dans les universités au Moyen Âge

Blandine Parchemal – Étudiante au doctorat en philosophie à l’Université de Montréal, présidente de l’Association des étudiants en philosophie de l’Université de Montréal, Le Devoir, 3/01/15

Au mois de septembre, le gouvernement libéral annonçait des compressions budgétaires de l’ordre de 172 millions dans le réseau universitaire québécois. Des compressions records dont l’impact sur l’enseignement sera manifeste dès cet hiver et encore davantage en 2016. À l’Université de Montréal, c’est ainsi 24,6 millions qui ont dû être coupés pour l’année 2014-2015. Plus spécifiquement, à la Faculté des arts et des sciences de l’UdeM, les directives données sont une réduction de 50 postes de chargés de cours pour l’hiver 2015 et 150 postes pour l’année suivante. Par conséquent, les inquiétudes sont grandes quant au maintien d’une offre d’enseignement riche et de qualité.

Des inquiétudes qui se font d’autant plus fortes au sein des disciplines appartenant à ce qu’on nomme les humanités et qui constituent en grande partie la formation générale transmise à l’université (littérature, langues, histoire, philosophie, etc.). De fait, déjà plusieurs cours au sein de ces départements ont été annulés en cet hiver 2015 : Littérature des Caraïbes, Problèmes de l’histoire littéraire, Histoire de l’Antiquité, Histoire de l’Amérique latine ou encore Aristote en philosophie. Des coupes qui s’ajoutent à une situation déjà bien précaire de ces disciplines souvent qualifiées comme étant en « crise » en raison de leur manque de financement, de leurs débouchés professionnels incertains ou encore de leur proportion toujours plus faible en regard des disciplines plus professionnelles.

En 2009 déjà, dans une tribune du journal The New York Times, Drew Gilpin Faust, présidente actuelle de l’Université Harvard, déplorait une « chute brutale du pourcentage d’étudiants qui choisissent une majeure en arts libéraux et sciences, et une croissance conséquente des diplômes de premier cycle préprofessionnels ». De fait, selon des statistiques récentes, le nombre de bacheliers issus des humanités a chuté de moitié aux États-Unis ces dernières décennies, passant de 14 % en 1966 à 7 % en 2010. Quant au Québec, selon des données publiées en 2010, les diplômés en sciences humaines représentent seulement 8,1 % de l’ensemble des diplômés possédant un certificat ou un grade universitaire.

Par conséquent, dans ce contexte particulier de compressions universitaires, qui risquent d’affecter tout particulièrement les disciplines dites non « utiles » parce que n’offrant pas directement une formation professionnelle spécifique, il est particulièrement intéressant de revenir aux fondements de l’université moderne, et plus particulièrement de l’université qui est considérée comme l’incarnant, soit l’Université de Berlin, fondée en 1810, aujourd’hui appelée Université Humboldt. Un établissement qui, sur demande du ministre prussien de l’époque, a la caractéristique d’avoir été pensé, puis fondé par des philosophes. De fait, trois philosophes principaux furent investis dans la démarche : Johann Gottlieb Fichte, Friedrich Schleiermacher et Wilhelm von Humboldt. Si c’est à ce dernier que revint la tâche ultime de fonder l’université, il s’inspira néanmoins de façon forte des idées de Schleiermacher à ce sujet, telles qu’exprimées dans les Pensées de circonstances sur les universités de conception allemande rédigées en 1807. C’est aussi essentiellement sur ces idées que nous allons nous appuyer afin de montrer pourquoi Schleiermacher et Humboldt s’opposeraient aux compressions effectuées aujourd’hui dans les universités au sein des disciplines rattachées à la formation générale, et pourquoi le maintien de cette dernière est essentiel vis-à-vis de la formation professionnelle elle-même.

En fait, contrairement à ce qu’on peut parfois croire, la formation générale n’a pas précédé la formation professionnelle à l’université. Les universités du Moyen Âge dispensaient ainsi avant tout une formation professionnelle à travers les facultés traditionnelles de droit, de médecine et de théologie. Ces facultés étaient même considérées comme des facultés supérieures en regard de la faculté de philosophie, qui, elle, était dite inférieure. Face à cette situation, le geste de Schleiermacher, qu’il reprend directement de Kant, va consister à renverser cet ordre et subordonner les facultés spécialisées et « professionnalisées » à une composante plus « généraliste », orientée vers l’exploration du savoir humain. Et c’est à la faculté de philosophie que va revenir ce rôle, cette dernière étant pensée comme cette faculté indépendante qui constitue l’unité, le fondement commun aux trois autres facultés, reliées elles plus immédiatement aux besoins de l’État. L’université garde certes comme fonction la formation professionnelle, mais son but plus large est alors, comme le dit Schleiermacher, d’« éveiller en l’homme l’idée de la connaissance » ou encore d’« éveiller l’esprit scientifique général ». La formation générale devient l’élément central de la formation universitaire. Néanmoins, si l’université doit embrasser toutes les formes de savoir, elle ne vise pas l’acquisition pure et simple de connaissances quelles qu’elles soient ; il ne suffit pas de poser les connaissances les unes à côté des autres, il faut leur donner une cohésion. Il s’agit donc, à travers la faculté de philosophie, de faire apparaître l’unité du savoir, sa forme générale, afin que l’étudiant puisse recomposer l’ensemble et inscrire le particulier dans cette totalité. C’est seulement à partir de ce savoir général que l’étudiant sera ensuite en mesure de placer les savoirs particuliers au sein d’un réseau de relations, de faire des liens, de comprendre leurs fondements. C’est à partir de ce point central que l’étudiant sera en mesure ensuite de pénétrer plus en avant dans les connaissances particulières et de les comprendre. Ainsi, pour Schleiermacher, tout savoir particulier repose toujours sur un savoir général, et « il n’existe pas de capacité scientifique créatrice sans esprit spéculatif particulier ». La théorie et la pratique sont liées.

L’importance de la formation générale

Or, c’est parce qu’il pense cette articulation entre savoir général et savoir particulier, le premier permettant d’orienter le second, que Schleiermacher va défendre l’importance de la formation générale pour des étudiants ne poursuivant pas dans cette formation ou se destinant à une profession hors de l’université. Dans cette optique, il critique l’idée d’instituer, à côté de l’université, des établissements particuliers pour ceux qui ne seraient pas aptes à la « formation scientifique » (par science ou formation scientifique, il faut ici entendre le savoir général) et qui poursuivraient une formation spécialisée plus orientée vers un métier. Selon lui, cette idée inspire « terreur et crainte à toute personne qui prend part activement à la formation de la jeunesse » dans la mesure où c’est à travers ces années de consolidation de connaissances générales qu’ils pourront se former l’esprit, développer leurs talents et ensuite découvrir, par eux-mêmes, leur véritable vocation. Chez Humboldt, la formation universitaire prend spécifiquement la forme d’un processus spécifique nommé Bildung, lequel est la réalisation par l’individu de son aspiration intérieure et le développement de ses pleines potentialités. C’est en poursuivant la science en tant que science que les universités contribueront à ce que Humboldt appelle dans ses écrits inachevés sur l’université l’« éducation morale de la nation ». Ainsi, si l’université est le lieu de l’acquisition d’un savoir théorique, elle est aussi pensée comme le lieu de la véritable formation morale et pratique. La formation générale n’est donc pas simplement bonne en elle-même, elle n’est pas simplement là pour transmettre des connaissances, mais elle est aussi ce qui va nous donner une orientation pratique, que ce soit dans notre vie personnelle ou dans nos futures occupations professionnelles.

L’exemple des fonctionnaires

C’est pourquoi, selon Schleiermacher, les universités doivent être organisées de manière à être aussi des écoles supérieures afin de « faire progresser ceux dont les talents, même s’ils renoncent eux-mêmes aux honneurs de la science, peuvent cependant la servir fort utilement », c’est-à-dire en utilisant les apports de cette formation générale au sein de leurs occupations professionnelles futures. Pour illustrer son propos, Schleiermacher prend l’exemple précis des fonctionnaires de l’État, dont l’acquisition d’une formation générale est un atout pour occuper ensuite des fonctions supérieures. En fait, selon lui, pour les tâches supérieures, il ne faut pas seulement une masse de connaissances bien acquises, mais aussi « une vision d’ensemble générale, un jugement correct sur les rapports entre les différentes parties, un pouvoir de combinaison largement développé, une richesse d’idées et de moyens ». Le savoir-faire ne suffit pas. Un constat que reprendra Habermas, 150 ans plus tard, dans Théorie et pratique (Theorie und Praxis, 1963) en expliquant que si les sciences enseignent aujourd’hui un savoir-faire particulier, elles n’enseignent plus de savoir-agir. Ainsi, selon lui, des médecins et des gestionnaires ayant reçu une formation relevant des seules sciences expérimentales « peuvent » certes plus de choses que les praticiens des générations précédentes dans le même ordre, mais « ils manifestent en même temps dans l’entreprise et dans la pratique médicale des faiblesses étonnantes ». Dans ce contexte, les humanités restent essentielles pour donner à ces étudiants qui seront par exemple de futurs médecins une orientation pratique en plus de leur formation technique, pour les aider à faire face à des questions éthiques auxquelles ils seront possiblement confrontés.

Bref, si couper dans la formation générale peut paraître au premier abord facile et sans conséquence à court terme, dans la mesure où ce ne sont pas des savoirs qui sont censés « rapporter » ni faire « fonctionner » l’économie, les penseurs de l’Université de Berlin nous mettent en garde contre les conséquences à long terme que ces compressions pourraient avoir. De fait, que ce soit notre capacité à nous orienter au sein de savoirs spécialisés et épars, à comprendre leurs effets sur notre société, à réfléchir à leurs conséquences éthiques, notre capacité à former des professionnels capables d’apporter un point de vue réflexif sur leurs activités ou encore notre capacité à doter les citoyens d’une culture commune, celles-ci seraient sérieusement menacées si la formation générale venait à être reléguée dans les sous-sols de nos universités. Le projet de l’Université de Berlin porté par Schleiermacher s’est établi à l’encontre de l’esprit de spécialité qui régnait dans les universités au Moyen Âge, pour défendre à la place la constitution d’une institution publique forte, centrée autour de la transmission d’une culture générale et de la production de savants capables d’élever le niveau de la nation. Souhaitons-nous revenir à l’ancien modèle ?

***

BLx

Poster un commentaire

Classé dans Culture et société, Histoire, Histoire et civilisation, Lettres, Philosophie, Politique

Handicap: Changement de paradigme

Prototype_red

Viktoria Modesta

BLx

Poster un commentaire

Classé dans Art, Cinema, Culture et société, Féminisme, Histoire et civilisation, Philosophie, Politique

De l’extension du domaine de la rhétorique

tar sands oil spill

La belle affaire, on est surpris et indigné d’apprendre, comme si on était né de la dernière pluie, que TransCanada avait un plan, une stratégie de communication pour convaincre l’opinion publique des vertus de son projet de pipeline «Énergie Est». Mais quoi? C’est le contraire qui aurait été étonnant!

Les gens du pétrole sont peut-être méchants, mais ils ne sont pas des imbéciles. Tandis que les environnementalistes qui les combattent sont très certainement bons, mais peut-être un peu… disons naïfs. Les premiers n’ont certes pas besoin des seconds pour savoir qu’il n’y a rien de plus sale et polluant que les sables bitumineux et que, par conséquent, le discours qui en fait la promotion est perçu, surtout au Québec, comme un discours faible. Or il y a un art qui existe depuis l’antiquité qui enseigne comment transformer un discours faible en un discours fort. Cet art s’appelle la rhétorique.

Les moyens de communication ayant évolué, la rhétorique ne se limite plus simplement à «l’art oratoire», il y a maintenant une extension de cet art de persuader qui s’étend à l’image, à la publicité, aux relations publiques, au marketing, etc. Il ressort que d’une manière générale, on associe la rhétorique à la sophistique, c’est-à-dire à un certain usage du langage qui le détourne de sa vertu première: dire la vérité. Ainsi, on fait appel à une compagnie de relation publique, comme à un maître de rhétorique, pour persuader la population, quitte à la manipuler et à la tromper, de quelque chose qui n’est pas vrai. C’est ainsi que les «sables bitumineux» deviennent des «ressources naturelles», et voilà que le sale a été transformé en propre!

En revanche quelle portée pourrait bien avoir un discours vrai et vertueux sans cette capacité de persuader? À la guerre comme à la guerre, ne faut-il combattre l’ennemi au moins à armes égales? On a l’impression que c’est là le problème des environnementalistes, et de la gauche en générale, c’est-à-dire qu’on s’imagine qu’il suffit de dire la vérité, sans se soucier de l’efficacité rhétorique de la communication. À ce sujet, voici une remarque de Platon qui pourrait bien nous servir de leçon:

«N’aurions-nous pas, mon bon ami, maltraité la rhétorique un peu brutalement ? Peut-être pourrait-elle nous dire : Qu’est-ce donc que vous débitez là ? Vous êtes d’étranges raisonneurs. Je ne force personne à apprendre l’art de la parole sans connaître le vrai ; mais, si mon avis a quelque valeur, qu’on s’assure d’abord de la possession de la vérité, on viendra ensuite à moi ; car j’affirme bien haut que sans moi on aura beau posséder la vérité, on n’en sera pas plus capable de persuader par les règles de l’art.»

Platon, Phèdre, 260 c-d.

BLx

 

2 Commentaires

Classé dans Culture et société, Histoire, Philosophie, Politique

Do not go gentle into that good night

dylanthomaswhitehorse

Dylan Thomas, White Horse Tavern, NYC 1952

Voici le magnifique poème de Dylan Thomas (1914-1953) que l’on entend comme un leitmotiv tout au long de l’époustouflant film de Christopher Nolan Interstellar. En passant comme ça, après l’avoir nié avec véhémence en 1965, Bob Zimmerman, alias Bob Dylan, a reconnu en 2004 que c’était pour rendre hommage à Dylan Thomas qu’il avait changé son nom.

Do not go gentle into that good night

Do not go gentle into that good night,
Old age should burn and rave at close of day;
Rage, rage against the dying of the light.

Though wise men at their end know dark is right,
Because their words had forked no lightning they
Do not go gentle into that good night.

Good men, the last wave by, crying how bright
Their frail deeds might have danced in a green bay,
Rage, rage against the dying of the light.

Wild men who caught and sang the sun in flight,
And learn, too late, they grieved it on its way,
Do not go gentle into that good night.

Grave men, near death, who see with blinding sight
Blind eyes could blaze like meteors and be gay,
Rage, rage against the dying of the light.

And you, my father, there on the sad height,
Curse, bless, me now with your fierce tears, I pray.
Do not go gentle into that good night.
Rage, rage against the dying of the light.

 

Traduction française par Lionel-Édouard Martin

N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit

N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit,
Les vieux devraient tonner, gronder quand le jour tombe ;
Rage, mais rage encor lorsque meurt la lumière.

Si le sage à la fin sait que l’ombre est la norme,
Comme aucun de ses mots n’a fourché en foudre il
N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit.

Le bon, près de la vague ultime, qui déplore
Que sa vie frêle eût pu danser en verte baie,
Il rage, il rage encor lorsque meurt la lumière.

Le fou qui prit, chanta, le soleil en plein vol,
Et conscient, trop tard, d’avoir bridé sa course,
N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit.

Le juste, agonisant, qui voit d’un œil aveugle
Qu’un œil aveugle peut briller, gai, météore,
Il crie, il crie encor lorsque meurt la lumière.

Et toi, mon père, là, sur ces tristes hauteurs,
Maudis-moi, bénis-moi de pleurs durs, je le veux !
N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit.
Mais rage, rage encor lorsque meurt la lumière.

BLx

Poster un commentaire

Classé dans Art, Cinema, Histoire, Histoire et civilisation, Philosophie, Politique

14-18 La Der des Ders

Capture d’écran 2014-11-09 à 11.40.13

La première Guerre Mondiale. L’histoire d’un conflit international

BLx

Poster un commentaire

Classé dans Culture et société, Histoire, Histoire et civilisation, Philosophie, Politique

Une jeunesse unie pour «un avenir engagé, un avenir dégagé»

Virginie Simoneau-Gilbert et Raphaëlle Élément, Le Huffington Post, 29/10/14

Il y a de cela déjà quatre mois, un sondage réalisé par la firme CROP révélait que, parmi les 500 répondants, 69% auraient voté non à un référendum sur l’indépendance du Québec. 65% des jeunes ayant participé au questionnaire vont même jusqu’à affirmer que le projet nationaliste est désormais dépassé. S’il est vrai que les concepts de liberté et d’indépendance ne datent pas d’hier, il faut reconnaître que la tendance de certains à vouloir les jeter aux poubelles a à peu près le même âge.

Également, au retour de Catalogne et d’Écosse d’un bon nombre de jeunes souverainistes qui s’y trouvaient à titre d’observateurs, nous pouvons affirmer qu’une relève forte, énergique et déterminée est prête à prendre le flambeau de l’émancipation nationale, contrairement à ce que prétendait récemment le sondage de la firme CROP. À cet effet, plusieurs exemples de la forte présence de cette jeunesse méritent d’être soulignés.

Tout d’abord, Me Maxime Laporte, un avocat de 26 ans, devint en juin dernier le 80e président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. Celui-ci souhaite d’ailleurs «porter l’idéal républicain des Patriotes qui ont fondé la SSJB en démontrant que la cause indépendantiste constitue une cause démocratique, humaniste, unificatrice et surtout, intergénérationnelle.» Rappelons que la SSJBM, créée en 1834, est la plus grande et la plus vieille organisation citoyenne indépendantiste du Québec et constitue ainsi le noyau militant du mouvement nationaliste. Au cœur de cet organisme de grande envergure s’impliquent également de nombreux jeunes en provenance du CÉGEP du Vieux-Montréal (notamment de l’Action indépendantiste culturelle québécoise). Certains d’entre eux militent même au sein de l’Opération Bélier, campagne de porte-à-porte visant à faire la promotion continue de la souveraineté dans une optique citoyenne, qui a été lancée à l’échelle nationale le 26 octobre.

Par ailleurs, un autre événement important des derniers mois au sein du mouvement nationaliste ne peut passer inaperçu: l’élection de Mario Beaulieu à la tête du Bloc québécois le 14 juin dernier. Nombreux furent les jeunes bénévoles qui donnèrent leur appui à l’ancien président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. Le Forum Jeunesse du Bloc Québécois, entre autres, soutint de manière très affirmée le nouveau chef de la formation indépendantiste.

De plus, le parti Option nationale a su rassembler en ses rangs plusieurs jeunes ayant la ferme intention de réaliser la souveraineté du Québec. Aux élections générales de 2012, les candidats d’ON affichaient une moyenne d’âge de 32 ans comparativement à 44 ans pour l’ensemble des candidats, 50 ans pour le PLQ, 49 ans pour le PQ et 46 ans pour la CAQ. Bien que le parti ait indéniablement perdu des plumes aujourd’hui, ce qu’il s’y est accompli demeure significatif : l’espoir et l’engagement ont tous deux mis la main à la pâte. L’analyste politique Marie Grégoire a dit : «[Les] militants d’Option nationale sont des militants avec un M majuscule […] Je les ai regardés aller, c’était des gens de convictions, engagés.» Ayant été du nombre pendant deux ans, l’une de nous le sait très bien. Mme Grégoire ajoute que «le Parti québécois ne peut pas faire l’économie de gens comme ça dans sa base militante, surtout une base militante plus jeune, qui donne une énergie nouvelle». Par ailleurs, Catherine Dorion, dans sa lettre intitulée Les jeunes d’Option nationale et le PQ, publiée dans Le Devoir en date du 19 avril 2014, affirmait que «[…] ce que les jeunes trouvent dépassé, désuet et vétuste, ce n’est pas l’idée de souveraineté. C’est la manière de faire du Parti québécois, auquel ils associent, depuis le début de leur intérêt à la chose politique, l’indépendance du Québec. »

En outre, il est important de mentionner le fait que 20 ans se sont écoulés depuis le référendum de 1995. Toute une génération de jeunes Québécois a vu le jour depuis, en plus de tous ceux qui se sont trouvés dans l’impossibilité de voter, puisque mineurs. Tous ceux qui, aujourd’hui, s’empresseraient de le faire. Cette génération, née dans le sillage du deuxième référendum, a grandi et continue de le faire. Peut-on, comme société, garder les jeunes à l’écart de cette question fondamentale et fondatrice que constitue l’indépendance nationale, sachant qu’elle en portera toutes les conséquences? Peut-on tenir le débat pour clos sans qu’il n’ait eu lieu pour notre génération?

Par ailleurs, mentionnons le fait que ce pan important de l’histoire québécoise qu’est le combat indépendantiste brille par son absence dans l’enseignement au secondaire. En effet, de grands événements historiques tels que la Révolution tranquille, la Crise d’octobre, le référendum de 1980, l’Accord de Charlottetown, l’Accord du lac Meech et le référendum de 1995 sont souvent peu ou pas enseignés. De plus, on évoque l’indépendantisme en traitant des Rébellions de 1837-1838 avec le gouvernement responsable, obtenu en 1848, comme revendication centrale. Or, les patriotes voulaient l’indépendance, la république. Pas une demi-mesure.

Étant nées en 1996, nous sommes de cette génération montante. Et nous sommes là, participons au mouvement indépendantiste, parce que nous y croyons, parce que nous avons le sentiment fondamental de faire du mieux que nous pouvons. Nous nous battons quotidiennement – ou, du moins, tentons de le faire – contre l’ignorance. Souvenons-nous que celle-ci enfante d’ailleurs le désengagement collectif qui laisse libre cours à tous les abus de pouvoir. C’est donc parce que nous croyons au futur de nos compatriotes dans un Québec libre et démocratique que nous nous engageons pour l’indépendance nationale. Comme le soulignait le philosophe algérien Albert Camus dans sa brillante œuvre L’homme révolté, «[la] vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent.»

Ainsi, si la jeunesse semble, selon les sondages, désintéressée par le projet d’indépendance, une relève déterminée est pourtant très présente au sein du mouvement souverainiste québécois. Les jeunes se sentent toujours concernés par cette cause humaniste et universelle qu’est la liberté des peuples, et ce même en cette période supposément postmoderne. Ce concept, celui de la postmodernité, fut développé principalement par Jean-François Lyotard et se caractérise, notamment, par l’effondrement des grands idéaux sociaux du 20e siècle portés par le rêve socialiste et des récits des Lumières, textes fondateurs de la civilisation occidentale moderne. Or, en cette ère que plusieurs qualifient de «postmoderne» qui laisse libre cours au désengagement politique collectif, il est révélateur de constater la présence d’une relève aussi forte et prête à défendre une idée jugée archaïque et désuète par certains. Ainsi, comme l’a récemment affirmé le talentueux cinéaste Xavier Dolan, la jeunesse «ne s’est pas détournée du projet d’indépendance».

Virginie Simoneau-Gilbert, étudiante en histoire et civilisation au CÉGEP Marie-Victorin. Raphaëlle Élément est étudiante en sciences de la nature au CÉGEP régional de Lanaudière à L’Assomption.

Poster un commentaire

Classé dans Culture et société, Histoire, Histoire et civilisation, Philosophie, Politique

La guerre en rose?

Chez DHC-ART, The Enclave de Richard Mosse ou la guerre civile au Congo en «infrarouge Kodak Aerochrome».

enclave 2

enclave 3

BLx

Poster un commentaire

Classé dans Art, Cinema, Histoire, Histoire et civilisation, Philosophie, Photos, Politique

Dispo à la Biblio

critique hong kong

C’est un tout petit « Dragon », un point à peine visible sur la carte de la Chine. Hormis son cinéma, l’un des plus brillants d’Asie, que connaissons-nous de Hong Kong ?
Depuis sa rétrocession par les Britanniques en 1997 et sa réunion (sous un statut spécial) au géant chinois, Hong Kong est pourtant le cadre d’une expérience politique hors du commun : un bras de fer quotidien de David contre Goliath. Et d’une expérience culturelle singulière : l’invention d’une identité. Soumis par la Chine à de multiples pressions politiques, financières, idéologiques, linguistiques et démographiques, Hong Kong n’en semble que plus résolue à « prendre le large ». Aussi l’avenir de Hong Kong ne concerne-t-il pas les seuls Hongkongais – tant s’en faut.
Ce numéro a été conçu et dirigé par Sebastian Veg, chercheur, traducteur, directeur de la revue Perspectives chinoises et fin connaisseur d’une ville où il vit depuis plusieurs années. Il donne la parole à quelques-uns des meilleurs spécialistes français et étrangers de cette étrange Cité-nation – et avant tout aux Hongkongais eux-mêmes.

Sommaire

Présentation

« BORROWED SPACE, BORROWED TIME »

Kai-cheung DUNG : Atlas. Archéologie d’une ville imaginaire
Extraits de Atlas. Archéologie d’une ville imaginaire (Taipei, Lianjing, 2011) traduits du chinois (Hong Kong) par Sebastian Veg

Jean-Philippe BÉJA : Hong Kong 1997-2014. Consolidation d’une identité politique

Judith PERNIN : Le Hong Kong de Wong Kar-wai. Espace, nostalgie et sentimentalité
Wong Kar-wai, The Grandmaster [Yi dai zongshi]

Wing-sang LAW : La nostalgie coloniale depuis la rétrocession

Evans CHAN : Le cinéma indépendant de Hong Kong. Pratique locale et mémoire nationale

L’ESPRIT DU ROCHER AU LION. TENSIONS ET RESILIENCE

Ho-fung HUNG : Trois visions de la conscience autochtone à Hong Kong
Chan Koon-chung, Zhongguo tianchao zhuyi yu Xianggang [La Doctrine céleste chinoise et Hong Kong]
Chin Wan, Xianggang Chengbang lun [De Hong Kong comme ville-État]
Jiang Shigong, Zhongguo Xianggang : Wenhua yu zhengzhi de shiye [Hong Kong, Chine : perspectives culturelles et politiques]

Edmund W. CHENG : Les vicissitudes de la politique contestataire dans le Hong Kong postcolonial
Francis L. F. Lee et Joseph M. Chan, Media, Social Mobilization and Mass Protests in Post-colonial Hong Kong. The Power of a Critical Event
Peifeng Huang et Yu Xu (éd.), Pre/Post80s. Beyond the Imagination of Social Movement, Discourse and Generation

Chloé FROISSART et Yi XU : Hong Kong et le delta de la rivière des Perles. Liens économiques et activisme social

Karita KAN : Un espace public sinophone sous pression. Les médias hongkongais depuis la rétrocession

Robert BAUER : Le cantonais de Hong Kong. État des lieux et perspectives

BLx

 

Poster un commentaire

Classé dans Art, Cinema, Culture et société, Histoire, Lettres, Philosophie, Politique

Diderot, Lettre sur les aveugles

Denis_Diderot_111

«Je lui demandai ce qu’il entendait par un miroir : « Une machine, me répondit-il, qui met les choses en relief loin d’elles-mêmes, si elles se trouvent placées convenablement par rapport à elle. C’est comme ma main, qu’il ne faut pas que je pose à côté d’un objet pour le sentir. »»

Lettre de Diderot sur les aveugles ici.

BLx

Poster un commentaire

Classé dans Art, Culture et société, Histoire, Lettres, Philosophie

Robotisation du travail

robotisation

 

Vers une révolution dans le monde du travail?

Nic Ulmi, Le Devoir 29/09/14

Le Pew Research Center a demandé à 2000 experts de se projeter en 2025 et de prédire de quoi sera fait l’avenir quand les machines intelligentes auront investi tous les secteurs de l’économie. Chômage pour tous ? Oisiveté généralisée ? Voyons un peu.
« Mon fils, qui a 10 ans, pense qu’il n’aura pas besoin d’apprendre à conduire et à faire ses courses. Il lui suffira de cliquer, et les choses qu’il désire arriveront d’elles-mêmes. »

C’est ainsi que la Californienne Nilofer Merchant, entrepreneuse en série et essayiste futuriste, décrit la vie quotidienne après l’avènement généralisé de la robotique, prévu pour 2025. Vision naïve, que nous avons tous (non ?) caressée dans notre enfance : un monde où il suffirait d’appuyer sur un bouton.

La différence, c’est qu’aujourd’hui les adultes disent la même chose, et qu’ils ne rêvent pas à voix haute, ils énoncent ce qui adviendra. Dans dix ans, l’intelligence artificielle et les robots seront partout. « Ce sera comparable à la pénétration des téléphones portables aujourd’hui », annonce le futurologue et pédagogue Marc Prensky, directeur de la fondation Global Future Education.

Au secours ? À ce titre, dans son rapport publié en août, le vaste think tank issu de l’ONG états-unienne Pew Charitable Trusts, pose un diagnostic fortement polarisé sur la question centrale de l’avenir de l’emploi.

I Robot ou robot invisible ?

De quoi parle-t-on ? D’un monde qui aurait basculé dans un film de science-fiction à laI Robot ? « La culture populaire a un penchant pour les robots anthropomorphes musclés (Transformers, Terminator) et pour les superordinateurs dotés d’une intelligence de type humain (HAL 9000 dans 2001, l’Odyssée de l’espace) », relève le rapport.

Or, dans la vraie vie, la technologie évolue « dans la direction opposée, avec une intelligence profondément enfouie dans la mécanique complexe d’appareils et d’interactions digitales en apparence simples, voire invisibles. Les ordinateurs disparaîtront et les objets ordinaires deviendront magiques », avance en sens John Markoff, journaliste scientifique au New York Times. Invisibilité, disparition, magie : mots récurrents dans ce document, où la technologie apparaît fondue « dans le paysage ordinaire ». « Un instantané d’une scène de rue urbaine en 2014 n’a pas l’air si différent d’une photo prise il y a 50 ans… », remarque Seth Finkelstein, programmeur et activiste de la libre expression numérique.

Effacés, engagés avec nous dans des interactions surtout vocales, les robots seront partout. Ils auront semé et récolté nos blés, préfabriqué nos maisons, construit nos voitures — lesquelles seront, elles aussi, des robots. Le sociologue Howard Rheingold balaie, à ce propos, la méfiance que suscite le véhicule sans conducteur : « Comment pourrait-il faire un moins bon travail que les humains égoïstes, ivres, drogués ou distraits qui transforment nos routes en bains de sang ? »

Plus troublant, plus inattendu, on nous annonce que les machines intelligentes auront fait irruption dans les domaines de l’enseignement, des soins personnels et de la santé.« Vos radiographies seront examinées par une batterie d’intelligences artificielles du niveau Watson [le programme d’IBM qui a battu deux champions du jeu téléviséJeopardy ! en 2011] et les humains ne seront appelés à la rescousse que si les machines sont en désaccord entre elles », assure Stowe Boyd, chercheur en chef du site d’information technologique GigaOM. Et ce n’est pas tout : « Dans les cabinets d’avocats, les employés qui préparaient la communication des pièces ont été remplacés par des logiciels » [des algorithmes d’analyse prédictive, précisément], signale Robert Cannon, spécialiste du droit numérique. C’est le noeud de la question : quels effets sur l’emploi, et par là, sur le bien-être général ?

L’avenir des travailleurs évincés

Entre les optimistes (52 %) qui pensent, à l’image du « co-inventeur d’Internet », Vint Cerf, qu’« historiquement la technologie a créé davantage d’emplois qu’elle n’en a détruit », et les pessimistes (48 %) qui craignent le contraire, le match est presque nul. « Les robots seront les nouveaux travailleurs immigrés », note, dans le rang optimiste, J. P. Rangaswami, scientifique en chef de l’éditeur de logiciels Salesforce.com : les automates feront, à bas coût, les travaux dont les humains ne veulent pas, permettant à tout le monde de se consacrer à des tâches plus gratifiantes, dont créer et programmer les robots, justement. On verra aussi « une demande croissante pour des produits artisanaux faits par des humains » et une tendance « vers la relocalisation et la réhumanisation de l’économie », s’enthousiasme, dans une contribution anonyme, un chercheur de la firme high-tech BBN Technologies.

Les meilleurs emplois, nous dit-on, échapperont toujours aux machines. « Les gens vont être surpris de constater à quel point l’intelligence artificielle est limitée », anticipe Michael Glassman, chercheur en sciences de l’éducation à l’Université de l’Ohio. « La semaine de travail a chuté de 70 heures à environ 37, et je m’attends à ce qu’elle continue à baisser. Il y aura donc le même nombre d’emplois », pronostique de son côté Hal Varian, économiste en chef chez Google. Le même bien-être pour moins de travail. Qui dit mieux ?

Les travailleurs supplantés par des machines pourront-ils se requalifier ? Les pessimistes craignent que non. « Il y aura un marché du travail dans le secteur des services pour des tâches non routinières, donc non automatisables, mais qui peuvent être exécutées de façon interchangeable par à peu près n’importe qui, et ces emplois ne rapporteront pas un salaire suffisant pour vivre », prophétise Justin Reich, du Center for Internet Society à l’Université Harvard. « L’écart de revenu entre les travailleurs qualifiés, dont le travail ne peut être automatisé, et tous les autres s’élargira. C’est une recette pour l’instabilité », prévient de son côté Tom Standage, rédacteur en chef de l’édition numérique de The Economist. Érosion des couches moyennes, création d’une « sous-classe » vouée au chômage permanent : « À quoi servent les gens dans un monde qui n’a pas besoin de leur force de travail, et où seule une minorité est nécessaire pour guider une économie fondée sur les robots ? », se demande Stowe Boyd.

Que faire ? Le Pew Research Center ne suggère rien. Les intervenants du rapport dessinent, eux, trois pistes. La première fait froid dans le dos : militarisés, les robots serviront, aussi, à « réprimer les dissensions ou les actions politiques qui viseraient à mieux distribuer les gains dus à l’avancée technologique », met en garde Frank Pasquale, juriste spécialisée dans les nouvelles technologies à l’Université du Maryland. La deuxième voie fait appel à une rationalité économique bien rodée, renvoyant à« Henry Ford, qui avait compris qu’il ne ferait pas de bonnes affaires si ses propres employés ne pouvaient pas se permettre d’acheter une voiture », rappelle Nilofer Merchant. La dernière piste ? Évoquée sur la pointe des pieds, car « idéologiquement risquée » selon les mots du rédacteur en chef de la MIT Technology Review, Jason Pontin, elle réside dans la déconnexion du travail et du revenu, envisageable dans une société où les biens et les services se produisent pour ainsi dire tout seuls. Il s’agit alors d’envisager « un moyen de distribution des richesses », suggère l’entrepreneur Bob Frankston, du secteur numérique.

BLx

 

Poster un commentaire

Classé dans Culture et société, Histoire, Histoire et civilisation, Philosophie, Politique, Science

Socrate

Socrates_Alcibiades

Mon cher ami,

Mon voyage à Athènes se déroule très bien, je visite, je découvre la cité et sa population. J’y ai fait plusieurs rencontres dont une qui ne me laisse pas indifférente. Ce nouvel ami est un homme très surprenant du nom de Socrate. Je l’ai rencontré en assistant à une de ses conversations avec d’autres habitants de la cité. Son comportement m’a intrigué et m’a fait réfléchir. Je pense que cet homme est un sage. Ou plutôt qu’il recherche la sagesse. J’ai écouté toute leur conversation sans dire un mot, et en essayant de voir le point de vue de chacun. Socrate est celui qui m’a le plus laissé perplexe. Il écoutait les autres parler et expliquer leur point de vue avec tant de certitude dans leur propos, puis il tentait de comprendre leur raisonnement en posant des questions et en émettant des théories sur les définitions qui remettaient en cause tout ce qui venait de se dire. Ses interlocuteurs étaient d’abord déstabilisés, puis après réflexion, ils doutaient et enfin ils prenaient conscience de leur ignorance. Certains avaient plus de mal que d’autres à se rendre compte qu’ils avaient tort mais finalement, tous finissaient par l’avouer, et ils cherchaient même à trouver une autre solution. Socrate, lui restait calme et écoutait ce que chacun avait à dire. A la fin de la conversation, la réponse à leur question restait introuvable. Néanmoins,  grâce à lui, ils avaient pris conscience de ne pas réellement savoir ce qu’ils pensaient savoir, ce qui me semble déjà être un bon début. Pourtant, la réponse à la question qu’ils se donnaient tant de mal à trouver me parait encore très lointaine, si lointaine que je ne saurais dire si quelqu’un un jour pourrait y répondre. Mon ami, j’aurais tant aimé que tu sois là pour découvrir tout cela avec moi.

Très affectueusement, ton amie de toujours.

Mélodie Prak

Poster un commentaire

Classé dans Histoire, Histoire et civilisation, Philosophie

Kant et l’Écosse

kant

Alain Gagnon, Le Devoir, 22/09/14

L’indépendance, que ce soit celle du Québec, de l’Écosse ou, peut-être bientôt, de la Catalogne, n’est pas affaire de survivance, de défense de sa différence, mais bien un passage d’un état de minorité à un état de majorité des peuples et des individus qui les composent, au sens légal et moral et donc politique (non démographique) où le philosophe Emmanuel Kant l’entendait dans son court texte paru en 1784, Qu’est-ce que les Lumières ? Rappelons-en deux passages.

D’abord : « Les Lumières sont l’émancipation de l’homme de son immaturité dont il est lui-même responsable. L’immaturité est l’incapacité d’employer son entendement sans être guidé par autrui. […] Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! voilà donc la devise des Lumières. »

Ensuite : « La paresse et la lâcheté sont les causes qui expliquent qu’un si grand nombre d’hommes, après que la nature les a affranchis depuis longtemps de toute direction étrangère, restent cependant volontiers, leur vie durant, mineurs, et qu’il soit si facile à d’autres de se poser comme leurs tuteurs. Il est si commode d’être mineur. Si j’ai un livre qui me tient lieu d’entendement, un directeur qui me tient lieu de conscience, un médecin qui juge de mon régime à ma place, etc., je n’ai pas besoin de me fatiguer moi-même. Je ne suis pas obligé de penser, pourvu que je puisse payer ; d’autres se chargeront pour moi de cette besogne fastidieuse. Que la plupart des hommes finissent par considérer le pas qui conduit vers sa majorité, et qui est en soi pénible, également comme très dangereux, c’est ce à quoi ne manquent pas de s’employer ces tuteurs qui, par bonté, ont assumé la tâche de veiller sur eux. »

Kant n’était pas devin, mais il a vu juste dans le jeu des tuteurs — et des pupilles. Partout, toujours, un même scénario : menaces et promesses de dernière minute des tuteurs, si vagues qu’elles seront faciles à renier une fois le danger passé, et capitulation des pupilles, effarouchés par les obligations de la majorité, au premier chef la « dévolution » de la responsabilité. Comme par hasard, même si ce n’en est pas un du tout, la déresponsabilisation et le phénomène qu’on a appelé « adulescence » sont des traits marquants des sociétés avancées contemporaines.

Est probablement venu aussi le temps de dissocier les campagnes en faveur de l’indépendance des peuples d’un « projet de société » fouillé, détaillé et mirifique. Le véritable projet de société qu’implique un référendum sur l’indépendance est précisément celui d’amener une société à la responsabilité, à sa majorité, noble mais exigeante. C’est dans un deuxième temps seulement que les citoyens, libres, autonomes, pourront véritablement se donner un projet de société concret, à leur pleine mesure, y employant l’entendement, le jugement et les moyens que procure l’indépendance. Il n’est pas vrai qu’il n’y aura que des gains, sans coût et sans sacrifice, au pire un coût nul, pas plus qu’il n’est vrai que le passage de l’adolescence à l’âge adulte ne s’accompagne que de gains.

Au chapitre du projet de société et de la transparence, le SNP d’Écosse a certainement été exemplaire, publiant un document-programme de 670 pages, illustrant avec minutie l’opportunité et la faisabilité de l’indépendance. Sauf que ce n’est pas du tout là que se décide l’adhésion ou non du citoyen, on vient encore de le voir. Il faudra bien un jour réhabiliter en politique, et dans le destin des nations, les mots courage, responsabilité, rêve et passion.

BLx

Poster un commentaire

Classé dans Culture et société, Histoire, Histoire et civilisation, Philosophie, Politique

Sur la route de l’autodétermination des peuples – 7

Berlin Yolo

VIRGINIE SIMONEAU-GILBERT, ÉTUDIANTE EN HISTOIRE ET CIVILISATION, SUR LA ROUTE DE L’AUTODÉTERMINATION DES PEUPLES.

berlin yolo

JOUR 7 : Berlin

Aujourd’hui, notre seul moment de tout le voyage sans rencontres diplomatiques et événements politiques, était une journée entièrement dédiée au tourisme. Quelle belle ville qu’est la ville de Berlin !

berl1Tout d’abord, vers 13h, nous sommes arrivés à la station Alexanderplatz, immense station commune à quatre lignes de métro, véritable fourmilière de la capitale. Nous avons donc profité du soleil et de la chaude température de Berlin pour explorer le centre ville où se trouvent de nombreux musées et bâtiments historiques impressionnants. Sur notre chemin vers le Deutsches Historisches Museum, nous en avons d’ailleurs croisé plusieurs d’entre eux. Premièrement, après avoir quitté l’Alexanderplatz, nous nous sommes arrêtés à la St. Marienkirche, église bâtie autour de 1270 qui devint une église protestante en 1539, dans l’effervescence de la réforme de Martin Luther. Une statue à l’effigie de ce théologien allemand, érigée en 1893, se dresse d’ailleurs sur l’un des côtés de cette jolie église. Deuxièmement, nous avons continué tranquillement notre marche vers l’Île des Musées où nous avons pu apercevoir le Rotes Rathaus, c’est-à-dire le siège du Sénat de Berlin qui constitue l’administration municipale de la ville. Cet impressionnant édifice, qui fut bâti de 1861 à 1869, a été considérablement endommagé par les bombardements alliés durant la Seconde Guerre mondiale. ll s’agit d’un magnifique parlement chargé d’histoire qui trône d’ailleurs fièrement derrière la Neptunbrunnen, grandiose fontaine d’inspiration classique représentant le dieu romain de la mer, Neptune, qui fut bâtie en 1891. C’est en contemplant de si épiques monuments que l’on prend conscience de l’énorme influence de l’architecture gréco-romaine sur l’Allemagne au cours des derniers siècles. La Berliner Dom, la plus grande cathédrale de Berlin, le Schlossbrücke, un pont traversant la rivière de la Sprée, ainsi que le Altes museum, un musée dédié aux arts de l’Antiquité gréco-romaine, que l’on peut tous les trois contempler sur l’Île des Musées, ne font pas exception à la règle. Toutefois, certains détonnent dans cette architecture classique. En effet, c’est notamment le cas du Fernsehturm Berlin, une tour de télévision et d’observation inaugurée en 1969, dont l’architecture futuriste rappelle le contexte historique de la Guerre Froide. C’est également le cas du Marx-Engels Forum, parc dans lequel se trouvent, près des rives de la Sprée, deux statues érigées en l’honneur de Karl Marx et Friedrich Engels, célèbres auteurs du Manifeste du Parti communiste. La richesse de tous ces monuments est très impressionnante à voir. C’est donc ébahis par la diversité architecturale de l’Île des Musées que nous nous sommes dirigés au Deutsches Historisches museum pour 14h. Pour seulement quatre euros (prix étudiant), nous avons pu visiter une exposition GIGANTESQUE sur l’histoire de l’Allemagne du Moyen Âge jusqu’à la Guerre Froide. Nous avons pu y admirer, notamment, des Bibles du Moyen Âge, des écrits originaux de Martin Luther, de grandes oeuvres philosophiques du 18e siècle, de l’équipement militaire datant de la première moitié du 20e siècle ainsi que le Traité de Versailles (1919) en édition originale. L’exposition était tellement riche et immense que, de 14h à 18h, nous n’avons malheureusement pas eu le temps de la visiter au complet. Nous avons, en effet, manqué la partie sur la Guerre Froide, segment pourtant important de l’histoire de l’Allemagne.

Or, nous nous sommes repris, en soirée, en allant visiter une portion du Mur de Berlin situé près de la station de métro Bernauer Straße. Cette fraction, qui fait plus de 1,4 kilomètre de longueur et 3,60 m de hauteur, est restée en grande partie presque intacte et est régulièrement entretenue par les autorités de la ville. De plus, un nombre important de plaques informatives et commémoratives sont présentes sur le site du mémorial en l’honneur des victimes qui ont trouvé la mort en tentant désespérément de passer du côté est (sous l’URSS) au côté ouest (sous les États-Unis, la France et le Royaume-Uni) par divers moyens : escalade du Mur, création de passages souterrains, adoption d’une fausse identité, etc. Ce site, bien construit, permet ainsi aux touristes de comprendre en profondeur les difficultés économique, politique et sociale vécues par l’Allemagne au cours de la seconde moitié du 20e siècle. Très émouvant, ce musée à ciel ouvert nous a saisi de par une impression de gravité, de terreur, de souffrance et de mort qui s’en dégage.

C’est donc bouleversés que nous avons regagné notre hôtel en soirée, à la fois charmés et décontenancés par cette singulière ville qu’est Berlin.

berl2

berl3

Les 95 Thèses de Luther

Plan du JOUR 8 :
Le huitième jour du périple, nous prendrons l’avion à 7h pour nous envoler pour Édimbourg, après un transfert à Londres. L’arrivée dans la capitale de l’Écosse est prévue pour 14h. Une fois installés là-bas, nous effectuerons probablement des rencontres diplomatiques, en plus de nous familiariser avec les lieux en vue du référendum du 18 septembre. Le jour tant attendu arrive à grands pas !

Plus de photos ici

Virginie Simoneau-Gilbert

Poster un commentaire

Classé dans Art, Culture et société, Histoire, Histoire et civilisation, Philosophie, Photos, Religion, Uncategorized

Amour interdit

BxgwGXSIAAAj9HD.jpg-large

Le Québécois Maxime Giroux a remporté le prix du Meilleur film canadien pour son long métrage «Félix et Meira» au Festival international du film de Toronto.

BLx

Poster un commentaire

Classé dans Art, Cinema, Culture et société, Féminisme, Philosophie, Religion