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Café Philo

café philo 2015

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13 avril 2015 · 5:44

Dérives binaires et forclusion du tiers

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Le Devoir de philo

La trinité est apaisante; le dualisme, polarisant

La pensée de Dany-Robert Dufour sur le mystère central du christianisme célébré à Pâques peut éclairer nos débats publics

Marco Veilleux – Diplômé en théologie de l’Université Laval ; délégué aux questions sociales et adjoint aux communications pour les Jésuites du Canada français, Le Devoir, 4/04/15

Pâques est au coeur de la foi des chrétiens. Ils y font mémoire de la passion, de la mort et de la résurrection du Christ. Or cette fête met en scène le mystère central du christianisme : le dogme trinitaire. Les célébrations pascales, en effet, annoncent que Jésus — en qui les croyants reconnaissent le Fils du Dieu — a livré sa vie pour le salut de l’humanité. Ressuscité par le Père, ce Fils a vaincu la mort et répandu l’Esprit dans le monde. Un Esprit qui régénère toute vie et renouvelle la création.

Tout cela est bien joli, me direz-vous, mais en quoi cette « affaire trinitaire » concerne-t-elle encore nos sociétés occidentales largement postchrétiennes ? Pourquoi la pensée séculière et les non-croyants devraient-ils s’y intéresser ? Et, finalement, quel éclairage critique pourrions-nous en tirer sur l’état de nos débats publics et de nos liens sociaux ?

C’est à ces interrogations radicales que s’est attelé le philosophe français contemporain Dany-Robert Dufour (1947-). Dans son livre intitulé Les mystères de la trinité (publié chez Gallimard en 1990), il avance que « l’homme est trinitaire ». L’affirmation est étonnante, car l’ouvrage n’est pas un traité de théologie et son auteur n’est pas un croyant. Dans cette oeuvre dense et fouillée, Dufour parcourt l’histoire de la raison occidentale. Il y discerne une lutte constante entre ce qu’il appelle « trinité » et « binarité ». Cette tension est la source d’un lancinant « malaise dans la civilisation » — auquel les débats québécois actuels n’échappent malheureusement pas.

Une anthropologie du sujet parlant

Le dogme trinitaire est, bien sûr, un des fondements de la tradition chrétienne. Il est, entre autres, au coeur de la théologie réflexive de géants comme Augustin et Thomas d’Aquin. Mais Dufour, en bon philosophe, ne s’aventure pas ici sur le terrain dogmatique ou théologique. Cela ne l’intéresse pas. Il convie plutôt son lecteur à entrer dans ce qu’il appelle « une pensée rationnelle » de la trinité.

Du point de vue de l’anthropologie philosophique et de la philosophie du langage — disciplines qui traversent toute l’oeuvre analytique de Dufour —, force est de constater que « la trinité loge dans notre langue ». De ce fait, elle est antérieure à toute croyance. Il existe une « trinité naturelle », condition même de l’être parlant. Qu’est-ce à dire ?

La trinité, affirme notre philosophe, « chaque être parlant ne cesse d’en faire l’immédiate expérience. Pour la saisir, il suffit d’évoquer l’espace humain le plus banal qui soit, lieu commun de toute l’espèce parlante, celui de la conversation : “je” dit à “tu” des histoires que “je” tient de “il” ». Cette trinité immanente au langage (je/tu/il) est l’essence même du lien social et de la culture.

En effet, pour être un sujet parlant, il faut un interlocuteur, un lieu d’adresse. Mais dès qu’on s’engage dans cet espace du dialogue entre deux personnes, on est déjà trois. Car il n’y a pas de langage possible sans postuler qu’il y ait de l’Autre dont on puisse parler — c’est-à-dire du tiers absent, mais présumé, nous permettant de nous « entretenir » et de mettre de la signification en discours.

Toute la linguistique moderne, au XXe siècle, se penchera sur cette affaire aussi élémentaire qu’insaisissable qu’est la structure ternaire (ou trinitaire) de la parole et du langage. Pour le linguiste Émile Benveniste, par exemple, dans l’interlocution il y a toujours celui qui parle, celui à qui l’on s’adresse et celui qui est absent. Cette triade représente les « postes logiques » nécessaires pour que les discours humains puissent se déployer et générer du sens, de la relation, du lien social, bref de la culture.

Ce tiers qui sous-tend l’interlocution nous échappe donc, par définition. Il représente la « case vide » dans la communication et la production de la signification. Il inscrit ainsi le manque, signe de la finitude et de la mort, au coeur même de l’ordre symbolique de la parole et du langage. L’incapacité ou le refus d’assumer ce manque inhérent au sujet parlant, à cause de la souffrance que cela implique, conduit les humains, depuis toujours et avec plus ou moins d’intensité, sur la voie de diverses pathologies binaires : hystérie, phobie, paranoïa, névrose obsessionnelle ou perversion. En traitant les symptômes de ces pathologies par la cure de la parole, la psychanalyse, rappelle Dany-Robert Dufour, révèle d’ailleurs que « chaque sujet parlant est un officiant qui, sans le savoir, rend un culte à la figure trine ».

Tension entre le ternaire et le binaire

Dans son livre, Dufour montre donc que toute l’histoire de la pensée en Occident est le théâtre d’une éternelle tentation : la volonté de réduire le ternaire au binaire. De ce fait, la structure trinitaire (dont le dogme chrétien représente la sublimation par excellence) a toujours été une écharde au pied de cette raison occidentale.

En effet, la forme ternaire fait trébucher notre rationalité sur ses limites. En posant un « tiers » absent et insaisissable, elle empêche cette dernière de tout enserrer dans un rapport de type sujet-objet. Elle préserve ainsi les humains de l’hybris que représente la négation du manque et de la mort. Elle endigue également leur fantasme démiurgique de contrôle absolu et de toute-puissance. En définitive, on peut dire que la forme ternaire fonde le désir lui-même — c’est-à-dire l’accès des humains à l’ordre symbolique où ils doivent sans cesse recréer la justice, la signification et la vérité de leurs relations et de leurs liens sociaux. C’est pourquoi, comme l’écrira Alexandre Kojève, cité par Dufour : « Il y a droit lorsque intervient un point de vue tiers dans les affaires humaines. »

Mais voilà que notre civilisation, dans la condition actuelle de la modernité avancée, arrive à un point décisif. Avec « la fin des grands récits ternaires » — qu’incarnaient, entre autres, les mythes, les religions, la littérature et les arts —, la pensée dualiste, causale et instrumentale semble en voie de triompher partout et sans réserve. Que ce soit dans le domaine des technosciences et de l’informatique, dans le secteur de l’économie et de la finance, dans le champ social et politique, ou encore dans l’univers des médias traditionnels ou sociaux, la logique binaire impose de plus en plus son règne implacable et fait ses ravages. Car, par définition, la binarité est violente et mortifère puisqu’elle exclut le tiers. Nos récents débats publics, au Québec, me semblent malheureusement trop bien l’illustrer.

Malaise dans les débats publics québécois

Rappelons-nous la stratégie de division avec laquelle le gouvernement libéral de Jean Charest a géré, en 2012, la contestation étudiante et sociale qui a marqué la fin de son mandat. En martelant de manière caricaturale « Vous êtes pour nous ou vous êtes pour la violence ! », ce gouvernement a voulu verrouiller l’espace tiers d’une véritable discussion démocratique. Plus récemment, évoquons aussi la stratégie polarisante adoptée par le gouvernement péquiste de Pauline Marois. Dans sa volonté de faire adopter sa fameuse charte des valeurs, ce gouvernement a clivé notre société en deux blocs. Ce faisant, il a placé dans une position de tiers exclu toute une partie de la population qui était visée par les mesures discriminatoires contenues dans son projet. En outre, sur la scène fédérale, est-il besoin d’épiloguer sur l’idéologie manichéenne à laquelle carbure le gouvernement conservateur de Stephen Harper ? Et que dire, enfin, des politiques d’austérité et des réformes institutionnelles menées à coups de hache et de bâillon par l’actuel gouvernement libéral de Philippe Couillard ?

Dans tous ces cas de figure, ce sont toujours les tiers qui écopent et passent à la moulinette de l’idéologie binaire : les pauvres, les femmes, les malades, les travailleurs, les assistés sociaux, les immigrants, les minorités religieuses, les sans-voix, les régions, les groupes de défense des droits, les instances de contrôle démocratique, les peuples opprimés, l’environnement exploité, etc.

La binarité fait également son oeuvre dans l’univers médiatique. Elle se manifeste particulièrement dans l’omniprésence actuelle de la figure du chroniqueur, du blogueur ou du journaliste d’opinion qui traite d’enjeux complexes en quelques lignes « punchées ». Le plus souvent, l’argumentaire lui sert en fait de prétexte pour polémiquer contre ses adversaires idéologiques et répéter ses mêmes rengaines. Il suffit de suivre Twitter, Facebook, des blogueurs ou encore plusieurs commentaires de lecteurs au bas des articles du Devoir pour constater jusqu’à quel point « la forclusion du tiers » y règne en maître. Et, surtout, pour réaliser combien l’hystérie, la phobie, la paranoïa, la névrose obsessionnelle ou la perversion s’y déploient allègrement !

Restaurer notre commune humanité

Ces dérives binaires kidnappent nos débats et nous plongent dans un profond malaise. Pourquoi ? Probablement parce que nous avons l’intuition que nous sommes en train d’y perdre notre humanité.

La binarité est, bien sûr, très efficace pour s’imaginer contrôler la réalité, assujettir l’inquiétante étrangeté, affirmer son pouvoir, étendre son profit, simplifier la complexité, lutter contre l’angoisse, objectiver les personnes, gagner des combats d’idées, croire à sa toute-puissance ou se complaire dans l’autosatisfaction narcissique… Il n’est donc pas facile d’y échapper, et tout nous y pousse dans l’air du temps. Mais cela produit, nous l’avons sous les yeux quotidiennement, une société de plus en plus dure, violente et haineuse, déchirée par les exclusions et les tensions, sans merci pour celles et ceux qui ne peuvent ou ne veulent entrer dans cette logique de guerre — car c’est bien de cela qu’il s’agit.

Dans ce contexte, si avec Dany-Robert Dufour nous reconnaissons « qu’en regardant la forme trinitaire, nous nous regardons nous-mêmes », alors la fête de Pâques, à travers son exaltation d’un Dieu « trine », nous offre peut-être une issue : assumer humblement la structure ternaire de la parole et du langage qui nous constitue en tant qu’humain.

Cela implique de consentir au manque, à ce qui échappe, à ce qui décentre, à ce qui altère. Une telle éthique de la parole devient alors porteuse d’une éthique sociale. Car cette manière de parler qui fait place à l’Autre et qui s’ouvre au tiers construit du même souffle un autre mode de vivre-ensemble. En restaurant ainsi en nous la pratique d’une parole juste, signifiante et vraie, nous pourrons aussi espérer construire une société animée de ces mêmes qualités.

Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d’histoire, suivez ce lien.

***

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Printemps ou Automne, en toute saison, un écrit de circonstances

Thèse n0 12

LA GRÈVE EST UNE PUISSANCE

D’EXCOMMUNICATION

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Une expo de Jannick Deslauriers

Jannick Deslauriers: Fracture

Chez Art Mûr jusqu’au 25 avril

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Pour la journée des femmes

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Premier chapitre disponible ici en version pdf

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SABINA LOVIBOND
Feminism in ancient philosophy
The feminist stake in Greek rationalism
Introduction
Despite the internal diversity of extant `ancient philosophy’, it has generally
been agreed that the main intellectual legacy of classical Greece and Rome
to the modern world is the idea of the value of truth and the capacity of
human reason to discover it. This idea, powerfully expressed in the
dialogues of Plato and in the more systematic teaching of Aristotle, has
provided an implicit point of reference ± usually, though not invariably,
positive ± for all subsequent `philosophy’ in the western world, and feminist
thought has been no exception to the rule. What remains unresolved,
however, is the proper ratio of positive to negative in the attitude of
feminism to `reason’. Since the eighteenth century at least, there has been
an effort to rethink the rationalist ethical and political tradition for the
beneÆt of women, and to detach its characteristic themes (legitimate social
order; mutual recognition among citizens; co-operative pursuit of a
common good) from the ideology of male supremacy. But the sexual
egalitarianism which we inherit from the age of Enlightenment is compli-
cated, today, by a rival impulse of solidarity with what the rationalist
tradition symbolically excludes ± that is, with reason’s supposedly feminine
`other’ or complement. It is this tension that sets the scene for our
discussion.

…

BLx

 

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Laurence en Asie: Laos (3)

Je sais que ce n’est plus d’actualité, mais cela m’a étonnée de voir que ça s’est rendu jusqu’au Laos

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Laurence Gwilliam

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Qu’est-ce qu’une fractale?

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Stand with Priya

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Priya, disciple de Parvati, la déesse hindoue de la fécondité, est violée, rejetée par sa famille, abandonnée de tous. Lorsque la déesse apprend ses malheurs elle s’indigne de l’abus dont sont victimes les femmes. Parvati fera alors don à Priya  du Shakti, la divine puissance de l’énergie féminine. Voilà la trame narrative de Priya’s Shakti, une bande dessinée à grande diffusion destinée à combattre la culture du viol et la violence dont sont victimes les femmes en Inde et partout dans le monde. Ce mythe nouveau qui se greffe à de plus anciens est massivement téléchargé et se propage de façon virale au moyen des médias sociaux et d’une application pour téléphones. Muthos, Logos et Technè se mêlent ici dans la fabrique de l’imaginaire indien.

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Source: Vice News, Meet Priya, a comic Superhero fighting the social stigma of rape in India

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Nécessité de résister aux Barbares

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Révision des programmes des Cégeps

De l’hydre chancelante à l’aveuglement d’Héphaïstos

Contre le Rapport Demers et pour la suite du monde

Par Jean-François Fortier, Nouveaux Cahiers du socialisme, 11/02/15

Com­ment un rap­port gou­ver­ne­mental sans cou­leur, sans odeur et sans sa­veur, neu­tra­lisé jusqu’à l’émasculation, peut-il sus­citer une po­si­tion po­li­tique aux ac­cents poé­tiques? Je n’en sais rien, mais c’est plus fort que moi! En route contre le Rap­port Demers…

Les Bar­bares contre la cité

We are under at­tack ! Et les Bar­bares ne sont plus aux portes de la cité, ils sont dé­sor­mais en son centre. Au pou­voir. Contre elle. Contre la cité. Dans leur stra­tégie de choc vi­sant à tout ébranler, l’objectif est par­tout le même et sans am­bi­guïté : rendre ef­fec­tives, dans le concret de la réa­lité, les pré­misses abs­traites à partir des­quelles leur po­si­tion est as­surée; une so­ciété sans passé, sans avenir, tout en­tière ici et main­te­nant en­gagée dans une guerre de tous contre tous – tra­duc­tion so­cio­lo­gique de l’idée éco­no­mique de la concur­rence in­suf­flée dans tous les pores d’une éco­nomie de marché.

Un ob­jectif, un seul moyen, aussi : dé­cons­truire les ins­ti­tu­tions. Parce que les ins­ti­tu­tions portent en elles, sé­di­men­tées, comme des traces tou­jours ré­ac­ti­vées, les luttes et les es­poirs du passé. Parce que les ins­ti­tu­tions re­cueillent en elles un projet de so­ciété, le projet de faire so­ciété, d’être une so­ciété, non un strict marché. Parce que les ins­ti­tu­tions in­carnent en elles un idéal de ci­vi­li­sa­tion, une chose à in­venter, à ériger, à… ins­ti­tuer! Les Bar­bares contem­po­rains, cra­vatés et cotés en bourse, n’opposent plus une ins­ti­tu­tion à une ins­ti­tu­tion : ils pro­posent, ils im­posent la des­truc­tion de toutes ins­ti­tu­tions, condi­tions de pos­si­bi­lité d’un « faire-société », d’un projet de so­ciété, d’un idéal de ci­vi­li­sa­tion. Ils ne pro­posent pas la fin d’un monde, ils im­posent la fin du monde.

We are under at­tack, et tant que dans nos quié­tudes feu­trées nous n’aurons pas la conscience claire de cette me­nace, les Bar­bares ga­gne­ront du ter­rain. Et de ce ter­rain miné, ils en ti­re­ront les consé­quences : leurs pré­misses abs­traites étaient justes, la preuve, nous nous entretuons…

Le Cégep, un fa­bu­leux monstre à trois têtes

On nous di­sait na­guère « ins­ti­tu­teurs » et « ins­ti­tu­trices » parce que notre tâche consis­tait pré­ci­sé­ment à ins­ti­tuer, à in­venter, à ériger quelque chose; ériger l’enfant au statut de membre de la col­lec­ti­vité selon l’idéal de ci­vi­li­sa­tion qui la guide. Le Rap­port Pa­rent, socle consti­tu­tionnel de notre sys­tème d’éducation, était em­preint de cette idée : « À l’école, chaque nou­velle gé­né­ra­tion re­cueille l’héritage de connais­sances et de vertus in­tel­lec­tuelles et mo­rales que lui lègue la ci­vi­li­sa­tion hu­maine; l’enfant s’y forme aussi en vue de la so­ciété de de­main. (…) L’éducation doit donc à la fois s’enraciner dans la tra­di­tion et se pro­jeter dans l’avenir », peut-on y lire dans le cha­pitre in­ti­tulé L’humanisme contem­po­rain et l’éducation. Et de là, l’assignation aux ins­ti­tu­tions sco­laires de la mis­sion de faire ad­venir un « type hu­main » à la me­sure des en­jeux de la so­ciété mo­derne. Mais quels enjeux?

Le Rap­port Pa­rent constate : le monde mo­derne est frag­menté en une plu­ra­lité d’univers cultu­rels. À la « culture clas­sique », hu­ma­niste en son sens an­cien, lieu de la phi­lo­so­phie, des arts et des lettres, et à la « culture de masse », po­pu­laire et lar­ge­ment do­minée par l’industrie cultu­relle, s’est ajouté au fil des deux der­niers siècles tout un uni­vers de « culture scien­ti­fique » et de « culture tech­nique ». Ce sont les do­maines de la connais­sance issue des sciences (de la na­ture et hu­maines) et de leurs ap­pli­ca­tions éven­tuelles (tech­niques et tech­no­lo­giques). Chacun de ces uni­vers ren­voie à et sti­mulent des fa­cultés hu­maines par­ti­cu­lières, nous dit en sub­stance le Rap­port Pa­rent. Ce qui nous at­tend pour l’avenir, c’est le projet de les concilier.

Pour­quoi les conci­lier? Parce que penser d’une ma­nière dis­tincte la spé­cia­li­sa­tion tech­nique et la culture gé­né­rale n’a pas de sens. Parce que, si la culture gé­né­rale est « le garde-fou qui peut pro­téger la culture mo­derne contre les excès de la spé­cia­li­sa­tion », la spé­cia­li­sa­tion elle-même « s’appuie sur la culture gé­né­rale, qu’elle en­ri­chit et ap­pro­fondit en re­tour ». Parce que « la ci­vi­li­sa­tion ne re­pose pas que sur des fon­de­ments éco­no­miques, po­li­tiques et tech­niques, elle dé­pend tout au­tant d’une unité cultu­relle et spi­ri­tuelle à la­quelle doit contri­buer l’enseignement ». Parce que, enfin, il en va de l’élargissement maximal de « l’horizon in­tel­lec­tuel » de l’être hu­main mo­derne : sans une ini­tia­tion aux di­vers do­maines de l’esprit, l’être hu­main n’habite plus que d’une ma­nière par­tielle et par­tiale le monde qui est le sien. Un monde qui lui échappe.

Vé­ri­table monstre à trois têtes, l’institution col­lé­giale est sans doute celle qui a hé­rité avec le plus de clarté de ce projet gran­diose, de cet idéal in­vrai­sem­blable. Monstre à trois têtes, en effet, car elle doit tout à la fois ga­rantir une sco­la­ri­sa­tion me­nant au monde du tra­vail et élargir l’horizon in­tel­lec­tuel en y conci­liant la culture hu­ma­niste, la culture scien­ti­fique et la culture tech­nique. Tout à la fois, per­mettre à la spé­cia­li­sa­tion d’être en­ca­drée par les ac­quis de la ci­vi­li­sa­tion et de se nourrir d’eux pour les ap­pro­fondir. Tout à la fois, s’inscrire dans une so­ciété me­nacée par des forces dés­in­té­gra­trices et ins­ti­tuer un « type hu­main » ca­pable, par ses ac­tions au­to­nomes, de pro­duire les condi­tions de l’intégration so­ciale. C’est là, nous le sa­vons d’expérience, l’effort ti­ta­nesque et quo­ti­dien que nous de­vons dé­ployer pour que les for­ma­tions spé­ci­fique, gé­né­rale et contri­bu­tive se ren­contrent à la croisée d’une mis­sion com­mune : ériger l’étudiant au statut de membre de la col­lec­ti­vité à la­quelle il appartient.

Bien sûr, cet idéal hé­rité du Rap­port Pa­rent n’a pas at­tendu la prise du pou­voir par nos Bar­bares pour com­mencer à s’éroder. A-t-on ou­blié que, dans l’acronyme CÉGEP, par exemple, le G du gé­néral ne ren­voyait pas ini­tia­le­ment aux seules dis­ci­plines de ce que nous nom­mons aujourd’hui la « for­ma­tion gé­né­rale »? Que tout ce qui n’était pas d’emblée pro­fes­sionnel, les dis­ci­plines de la culture scien­ti­fique, tant des sciences de la na­ture que des sciences hu­maines, no­tam­ment, était pensé comme des élé­ments de­venus es­sen­tiels d’une culture gé­né­rale dans une so­ciété mo­derne? Que s’il est juste que la « science sans conscience » ne soit que « ruine de l’âme », selon la for­mule ra­be­lai­sienne bien connue, l’esprit cri­tique mo­derne, dé­sor­mais in­dis­so­ciable du dé­ploie­ment des sciences, no­tam­ment hu­maines, né­ces­site un ef­fort de syn­thèse de ces « deux cultures », selon l’expression de C.P. Snow, en 1959, déjà – l’humaniste et la scien­ti­fique? À voir l’affaiblissement de la for­ma­tion com­plé­men­taire qui de­vait pré­ci­sé­ment ou­vrir à l’univers culturel scien­ti­fique, il semble que nous l’ayons oublié.

Ainsi, le Cégep s’est ré­vélé dans le cours de son his­toire être ce qu’il est vrai­ment : un monstre à trois têtes fa­bu­leux, fa­bulé, peut-être même, et pro­blé­ma­tique; une hydre chan­ce­lante, ti­raillée, os­cil­lant jusqu’à va­ciller, mais néan­moins, et jus­ti­fiée par sa mis­sion de faire ad­venir un « type hu­main » à la me­sure des en­jeux de la so­ciété mo­derne. Nous sommes les hé­ri­tiers de ce projet, les por­teurs de cet idéal. Toute at­taque contre nous est une at­taque contre ce projet, contre cet idéal.

Le Rap­port De­mers ou l’aveuglement d’Héphaïstos

Cette at­taque contre nous a un nou­veau nom. Hier, c’était Ro­billard, qui nous a af­fai­blis. Aujourd’hui, c’est De­mers, qui, entre les lignes de son rap­port en­nuyeux, sous ses mots fades de tech­no­crate, tente d’asséner le coup fatal. Face à notre monstre à trois têtes, fa­bu­leux et pro­blé­ma­tique, et dans le même geste, le Rap­port De­mers tranche les deux pre­mières têtes et crève les yeux de la troi­sième. Voilà Hé­phaïstos, le dieu ar­tisan, déjà clau­di­quant, me­nacé d’aveuglement.

Qu’est-ce qui reste? Le Rap­port De­mers est sans pu­deur : « (…) la for­ma­tion de la fu­ture main-d’œuvre est un enjeu prio­ri­taire de la so­ciété qué­bé­coise à court et à moyen terme » (p. 35). C’est le seul enjeu qui de­meure une fois qu’on a passé sous si­lence tout le reste!

Qu’est-ce qui reste? De l’impudeur à l’indécence, le Rap­port De­mers fran­chit le pas : « Le ré­seau des col­lèges constitue un le­vier in­con­tour­nable per­met­tant aux or­ga­ni­sa­tions et aux en­tre­prises du Québec de pou­voir re­cruter la main-d’œuvre dont elles au­ront be­soin, et à la po­pu­la­tion de pou­voir se doter des com­pé­tences ap­pro­priées en lien avec l’évolution du marché qué­bé­cois de l’emploi » (p. 42). C’est la seule mis­sion qui de­meure une fois qu’on a fait l’impasse sur tout le reste!

Qu’est-ce qui reste? Un marché, ses or­ga­ni­sa­tions et ses im­pé­ra­tifs en lieu et place d’institutions. Des in­di­vidus adaptés aux condi­tions de leur sou­mis­sion aux aléas du marché en lieu et place d’êtres hu­mains à même d’orienter le cours du monde. La confu­sion entre les in­té­rêts (lo­caux, ré­gio­naux, na­tio­naux, in­ter­na­tio­naux, qu’importe) d’une élite éco­no­mique et l’orientation d’ensemble d’une col­lec­ti­vité donnée.

Ce qui reste? Rien. Rien d’une so­ciété. Rien d’un projet de so­ciété. Rien d’un idéal de civilisation.

Tran­cher les deux pre­mières têtes? À preuve, pas un mot sur les dis­ci­plines de la for­ma­tion pré­uni­ver­si­taire et gé­né­rale, en elles-mêmes et pour elles-mêmes. C’est le tout à la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle. L’idéal d’une al­liance im­pro­bable de la culture gé­né­rale et de la spé­cia­li­sa­tion est aban­donné : c’est la li­mi­ta­tion au plus strict de l’horizon in­tel­lec­tuel qui agit comme mo­teur de la pro­po­si­tion. Exit la culture clas­sique; exit la culture scien­ti­fique. Ce fai­sant, entre les lignes, c’est exit aussi la cri­tique de la « sé­lec­tion socio-économique des élèves » qui tra­ver­sait l’idéal d’une conci­lia­tion de la culture gé­né­rale et de la spé­cia­li­sa­tion dans le Rap­port Pa­rent. Car les élites contem­po­raines, aussi bar­bares soient-elles, ne se pri­ve­ront pas, elles, d’abreuver leurs en­fants à ces uni­vers cultu­rels. La phy­sique, la phi­lo­so­phie, la lit­té­ra­ture ou la so­cio­logie à Prin­ceton, Har­vard, Ox­ford, Cam­bridge, etc. Et pour les autres, in­vi­ta­tion à l’alternance travail-études.

Tran­cher la pre­mière des têtes? À preuve, l’anthropologie phi­lo­so­phique qui se dé­couvre au dé­tour du rap­port : l’être hu­main n’est pas pensé comme un être qui né­ces­site for­ma­tion. On ne se conçoit pas un être hu­main qui doit, pour être hu­main, le de­venir. On ne se re­pré­sente pas l’être hu­main comme un « type hu­main » à faire ad­venir. Avec ce que cela im­plique d’humilité et d’effort d’appropriation des formes du passé dont il faut s’emparer pour les re­nou­veler. Pour créer l’avenir. Non. Le passé est pé­remp­toi­re­ment dé­claré « dé­phasé » et l’avenir, cor­seté dans les mailles des études pré­vi­sion­nistes d’Emploi Québec. Aussi conçoit-on l’être hu­main comme un être tou­jours déjà là, tout formé, avec ses be­soins, ses dé­sirs, ses dé­lires. Là, déjà, tout formé, avec ses goûts, ses as­pi­ra­tions, ses ap­ti­tudes. Là, déjà, tout formé, en quête de com­pé­tences à ac­quérir et éven­tuel­le­ment à mon­nayer sur le marché. Là, déjà, tout formé, comme hier Dio­nysos sor­tant de la cuisse de Zeus.

Rien d’étonnant. C’est dans l’esprit du temps. Au cœur du Rap­port De­mers, l’individu doté de be­soins, de dé­sirs et de dé­lires, pos­tulat théo­rique abs­trait es­sen­tiel à la mo­dé­li­sa­tion du fonc­tion­ne­ment du marché par les « sciences éco­no­miques », est pensé comme un fait de na­ture, une donnée im­pla­cable à partir de la­quelle orienter l’offre de for­ma­tion. Une so­ciété? Non, des in­di­vidus. Ces individus-marchandises li­vrés en pâ­ture aux « or­ga­ni­sa­tions » et « en­tre­prises » – les « par­te­naires » dans le lan­gage d’un État qui ne veut plus Être –, vé­ri­tables ac­teurs de ce « mi­lieu so­cioé­co­no­mique au­quel ils se des­tinent » (p. 42)! Les ins­ti­tu­tions, dans ce contexte, doivent « re­lever le défi de l’adaptation » (p. 130), c’est-à-dire, comme il se doit, s’« ar­rimer », par « ajus­te­ment continu », au « marché du tra­vail ». D’où le clien­té­lisme dé­gou­li­nant pro­posé comme ho­rizon du sys­tème d’éducation : of­frir des for­ma­tions à la carte selon les vo­lontés des individus-clients. Et sur­tout, selon les vo­lontés de leurs maîtres in­con­testés, les sei­gneurs de la guerre – éco­no­mique, au quo­ti­dien, mi­li­taire, lorsqu’il le faut.

Ré­sultat? Non seule­ment des études non com­plé­tées qui abou­tissent à une at­tes­ta­tion ou à un cer­ti­ficat, mais aussi la mise en concur­rence des pro­grammes et des col­lèges eux-mêmes, pour at­tirer la « clien­tèle étu­diante » et, par-dessus tout, sa­tis­faire le « client final » qu’est l’entreprise ré­gio­nale. Quand le « mi­lieu so­cioé­co­no­mique » se dé­cline sous le mode du « destin »…

Rien d’étonnant, en­core une fois. C’est dans l’esprit du temps. Lorsque, avec l’OCDE, on ré­duit la connais­sance à une com­pé­tence et la com­pé­tence à une « mon­naie » don­nant accès au tra­vail (p. 38), on a tôt fait de se mettre en route vers la réa­li­sa­tion in­té­grale de l’essence de la mon­naie : sa li­qué­fac­tion. On ne compte plus dès lors les oc­cur­rences des termes « sou­plesse », « flexi­bi­lité » et « adap­ta­tion » dans le Rap­port De­mers. Règne en maître, ici, le lexique de la flui­dité. C’est que rien ne doit s’opposer aux flux du ca­pital – fut-il du « ca­pital hu­main ». Cir­culez, il n’y a rien à voir.

Tran­cher les deux pre­mières têtes? Si ce n’était que ça! Non, il faut aussi crever les yeux de la troi­sième. Au cas où il y au­rait en­core quelque chose à voir…

Le Rap­port Pa­rent était clair et nous de­vons l’être à sa suite : pas ques­tion de consi­dérer de haut la for­ma­tion tech­nique sous pré­texte de la gran­deur au­to­pro­clamée de la culture clas­sique ou scien­ti­fique. Mais pas ques­tion, non plus, d’en faire une fi­na­lité en elle-même, comme si le tech­ni­cien ces­sait d’être hu­main aux portes de l’usine, du bu­reau, du ser­vice dont il a la charge.

Le Rap­port De­mers aussi est clair et nous de­vons conti­nuer de l’être à sa suite : ce n’est pas la « for­ma­tion gé­né­rale » qui est me­nacée, c’est le Cégep lui-même. For­ma­tion en en­tre­prise, col­lège tech­nique, ex­ten­sion de la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle se­con­daire : la dé­qua­li­fi­ca­tion se pro­file à l’horizon. Quelle sera la « va­leur ajoutée » des for­ma­tions tech­niques, pour user des bor­bo­rygmes de nos Bar­bares, si on leur ar­rache leur sup­plé­ment d’âme qui hisse l’individu-marchandise, voué aux aléas des rap­ports de force éco­no­miques, au statut d’être humain-travailleur, dédié à l’autonomie? Que restera-t-il de l’idéal d’un en­ri­chis­se­ment de la culture gé­né­rale par les ap­ports de la culture tech­nique si on laisse à ceux qui ne pensent pas, mais comptent, le soin de fixer les normes des pro­grammes? Que pourra bien forger Hé­phaïstos si, dans la nuit de son ate­lier, on le prive du feu sacré? Purgée de sa sub­stance, la co­quille vide de l’institution ne tiendra pas sous le poids des my­tho­manes de la fi­nance. Et nous se­rons tous broyés.

Pour la suite du monde

En somme, le Rap­port De­mers ne nous pro­pose rien de ce qui fait un monde. C’est ça, sous ses airs ly­riques, gran­di­lo­quents, in­sou­te­nables pour la prose tech­no­cra­tique, la fin du monde : la fin des condi­tions par les­quelles un monde peut être un monde; un passé, un avenir; une culture, un projet. Du temps, sur­tout, tant sur le plan in­di­vi­duel qu’institutionnel, pour murir. Avec sa rhé­to­rique de l’urgence, de l’adaptation im­mé­diate aux trans­for­ma­tions éco­no­miques an­ti­ci­pées et de la désyn­chro­ni­sa­tion des du­rées de for­ma­tion, du temps, c’est ce que ne nous offre pas le Rap­port De­mers. La fin du monde, sans plus ni moins, parce qu’on nous im­pose la des­truc­tion de l’une des ins­ti­tu­tions dans les­quelles s’était cris­tal­lisé le projet de faire un monde.

En 2012, rappelons-nous, nos étu­diants nous ont servi une leçon de dé­mo­cratie. Alors que le pou­voir ne se di­sait at­tentif qu’à ceux qui se taisent, tout en­tier à l’écoute de la ma­jo­rité dite si­len­cieuse, c’est-à-dire tout en­tier à l’écoute des ven­tri­po­tents ven­tri­loques qui, re­ti­rant le pain, en­combrent de mots la bouche des sans-voix, ils ont osé parler, scander, hurler la dé­fense de leur accès à l’institution. Peut-être est-il temps que nous leur mon­trions que nous avons ap­pris la leçon, cette fois, pour dé­fendre l’institution elle-même. Contre le Rap­port De­mers et pour la suite du monde.

Jean-François For­tier Pro­fes­seur de so­cio­logie, Cégep de Sherbrooke

Fé­vrier 2015

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« Religieux en tous genres, vous commencez à nous casser les couilles! »

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Combo roué de coups pour ce tag

«Mais qu’est-ce que c’est que ces conneries? On m’avait dit que la France c’est « Je pense donc je suis » et je me retrouve dans le pays du « je crois donc j’existe »!» Nicolas Devos.

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These Songs of Freedom

Redemption Song

Bob Marley (1945-1981)

Old pirates, yes, they rob I,
Sold I to the merchant ships,
Minutes after they took I
From the bottomless pit.But my hand was made strong
By the ‘and of the Almighty.
We forward in this generation
Triumphantly.Won’t you help to sing
These songs of freedom?
‘Cause all I ever have,
Redemption songs,
Redemption songs.Emancipate yourself from mental slavery,
None but ourselves can free our minds.
Have no fear for atomic energy,
‘Cause none of them can stop the time.
How long shall they kill our prophets,
While we stand aside and look?
Some say it’s just a part of it,
We’ve got to fulfill de book.

Won’t you help to sing
These songs of freedom?
‘Cause all I ever have,
Redemption songs,
Redemption songs,
Redemption songs.

Emancipate yourself from mental slavery,
None but ourselves can free our mind.
Have no fear for atomic energy,
‘Cause none of them can stop the time.
How long shall they kill our prophets,
While we stand aside and look?
Some say it’s just a part of it,
We’ve got to fulfill the book.

Won’t you help to sing,
These songs of freedom?
‘Cause all I ever had,
Redemption songs.
All I ever had,
Redemption songs
These songs of freedom
Songs of freedom

Songwriters: Hawkins, Edwin / Marley, Bob

La version de Joe Strummer (1952-2002), le chanteur du groupe punk The Clash:

Maintenant, la version de Johnny cash (1932-2003), avec Joe Strummer:

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Auschwitz, 70 ans plus tard

DÉCRYPTAGE

[Cet article a été publié dans Libération en janvier 2005, à l’occasion du soixantième anniversaire de la libération du camp]

Libéré par les Soviétiques le 27 janvier 1945, Auschwitz-Birkenau fut le plus important des camps d’extermination nazis. Dans ce complexe de la mort industrielle installé près de la petite ville polonaise d’Oswiecim furent tuées, selon les calculs de l’historien Franiciszek Piper, 1,1 million de personnes dont 960 000 juifs, 75 000 Polonais, 21 000 Tsiganes et 15 000 prisonniers de guerre soviétiques. Ces chiffres font aujourd’hui consensus parmi les historiens. Comme l’écrit Annette Wievorka : «Auschwitz désigne désormais par métonymie la Shoah.» Le camp représentait le pilier du système de meurtre industriel qui comptait d’autres camps d’extermination (Treblinka, 750 000 victimes, Belzec, 550 000, Sobibor, 200 000, Chelmno, 150 000, Majdanek, 50 000). Ces camps d’extermination étaient différents des camps de concentration où furent déportés par centaines de milliers les ennemis du régime et les résistants. La singularité de la «solution finale», qui tua de 5 à 6 millions de juifs ainsi que 200 000 à 400 000 Tsiganes, fut effacée sinon niée après la guerre et jusque dans les années 60.

Quand les nazis ont-ils décidé d’exterminer les juifs ?

La plupart des historiens estiment que «la solution finale à la question juive» fut officiellement décidée le 20 janvier 1942 lors de la conférence de Wannsee, près de Berlin. C’est peu à peu que le projet d’extermination s’était élaboré. «Il était potentiellement présent dès les années 20 dans l’esprit de Hitler, même s’il ne pouvait être perpétré que dans des circonstances particulières», raconte l’historien Florent Brayard, soulignant que c’est «seulement dans les premiers mois de 1942, après différents arbitrages, que les dirigeants nazis sont passés d’un projet d’extinction politique du judaïsme européen à plus ou moins long terme à un projet d’extermination à l’échéance d’un an». Les nazis avaient d’abord pensé forcer les juifs à émigrer hors d’Europe, mais aucun pays n’acceptait de les accueillir. Ils avaient ensuite étudié la possibilité de déportations forcées à Madagascar. Après l’occupation de la Pologne, ils commencèrent à les parquer dans des «réserves» et des ghettos. Mais ces solutions leur semblaient insuffisantes, notamment après l’invasion en juin 1941 de l’Union soviétique. «1942 a été l’année la plus tragique pour le judaïsme européen, souligne Florent Brayard. Plus de la moitié sans doute des 5 à 6 millions de victimes furent exterminées» dans les camps, les ghettos ou sous les balles.

Comment cette politique fut-elle mise en oeuvre ?

Au moins 1 million de juifs ont été tués de façon «artisanale» par les Einsatzgruppen, les «équipes mobiles de tuerie» qui suivaient l’armée allemande dans sa progression, liquidant systématiquement les populations juives. Mais ces massacres au fusil et à la mitrailleuse posaient des problèmes de «rentabilité». Durant l’été 1941, les nazis commencèrent à convertir des camions en chambre à gaz, en utilisant les gaz d’échappement. Puis ils créèrent en Pologne, dans les camps de Chelmno puis de Belzec, des installations permanentes pour le gazage au monoxyde de carbone. Jusque-là «régional», le génocide devint, après Wannsee, systématique dans tous les territoires contrôlés par le Reich. «La solution finale procéda par étapes échelonnées dont chacune résulta de décisions prises par d’innombrables bureaucrates au sein d’une vaste machine administrative», écrit Raul Hilberg dans sa somme incontournable la Destruction des juifs d’Europe. Pays par pays, il fallut d’abord identifier les juifs, puis les rassembler, les déporter et enfin les assassiner. Le système fonctionna jusqu’au bout, alors même que le Reich s’effondrait.

Quand fut construit le camp d’Auschwitz ?

A l’origine, en juin 1940, il s’agissait d’un petit camp de concentration pour des Polonais, puis, un an plus tard, pour des prisonniers soviétiques. En décembre 1941 fut organisé un premier gazage homicide «test» au Zyklon B (acide cyanhydrique) sur des Russes classés comme «communistes fanatiques» et des malades «irrécupérables». Rudolf Höss, le commandant d’Auschwitz, jugé et pendu après la guerre, raconte dans ses mémoires son entretien au démarrage de la solution finale, avec Himmler, le chef des SS, qui lui explique que «les centres d’extermination déjà existants dans la zone orientale ne sont pas en état de mener jusqu’au bout les grandes actions projetées». Auschwitz fut choisi à la fois pour les bonnes dessertes ferroviaires et le fait qu’«il peut être facilement isolé et camouflé». Les nazis attribuèrent à Auschwitz deux fonctions : l’assassinat pour ceux dont ils n’avaient pas besoin ; la mise au travail jusqu’à l’exténuation mortelle pour les autres. La main-d’oeuvre de déportés du camp I sera utilisée pour construire un deuxième camp à trois kilomètres de là. A la différence du camp de concentration, le camp d’extermination de Birkenau (Auschwitz II), «inauguré» au mois d’octobre 1941, n’avait pas d’autre but que la mise à mort industrielle. Dans un troisième camp, Auschwitz III-Monowitz, était installé une usine d’IG Farben.

Comment se faisait l’extermination ?

Les premières chambres à gaz de Birkenau fonctionnèrent à partir de juillet 1942. Les cadavres étaient alors encore brûlés dans des charniers à ciel ouvert. Le rythme des tueries s’accéléra et, au printemps 1943, quatre nouveaux ensembles de chambres à gaz ­ avec des fours crématoires adjacents ­ furent construits par la société Kopf qui en avait obtenu le marché. Les nouveaux arrivants étaient rapidement triés. Hommes et femmes en état de travailler partaient pour Auschwitz I ou III. Tous les autres, enfants, vieillards, malades, femmes avec enfants, tous ceux qui ne passaient pas la «sélection», étaient tués immédiatement. Les SS «traitaient» parfois jusqu’à 20 000 personnes par jour. Les arrivants se déshabillaient, puis sous les coups fonçaient vers ce qu’on leur disait être des salles de douche. Ils étaient enfermés dans ces pièces hermétiquement closes où étaient déversés des cristaux de Zyklon B qui les asphyxiaient en quelques minutes dans d’atroces souffrances. Les Sonderkommandos, des groupes de déportés juifs forcés à cette besogne et régulièrement éliminés, vidaient les chambres à gaz puis brûlaient les cadavres dans les crématoires, après avoir récupéré les cheveux ainsi que les dents en argent ou en or, métaux précieux qui devaient servir l’effort de guerre du Reich. Certains hommes des Sonderkommandos ­ qui avaient tenté de se révolter avant d’être tués eux aussi ­ ont réussi à tenir des journaux, retrouvés dans les cendres d’Auschwitz.

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L’économie est une religion

maris

Bernard Maris (23/9/46 – 7/1/2015), l’économiste en chef de Charlie Hebdo, à l’humour digne de cette joyeuse maison, prof d’économie rêvé, fait partie des tristes victimes des attentats du 7 janvier. Ses compétences, ses responsabilités dans la vie civile (membre du conseil scientifique d’Attac et membre du conseil général de la Banque de France), n’avaient d’égales que la singularité absolue de ses positions dans le monde uniforme et puissant des économistes : partisan de l’instauration d’un revenu d’existence universel, il militait dernièrement pour la sortie de l’euro et l’effacement d’une partie de la dette privée et publique. Journaliste, professeur, esprit curieux et ouvert, Bernard Maris était une personnalité à part, un style en soi, brillant et mordant, comme dans cette Lettre ouverte aux gourous de l’économie qui nous prennent pour des imbéciles. Extraits en guise d’hommage épistolaire.

Source: des lettres

2003

L’économie est un anesthésique du même tabac que le latin à l’église, et sans doute l’économie a t’elle beaucoup gagné là où la religion a beaucoup perdu. Il y a un côté transique dans la prière commune, que l’on retrouve dans l’incantation économique à la Confiance chantée en canon dans toutes les réunions, du G7 ou d’ailleurs.

N’importe quel esprit un peu ouvert comprenait que le communisme était une « perversion de la rédemption des humbles », une hérésie religieuse, mais une religion tout de même. Point n’est besoin d’être grand clerc pour voir dans l’économie orthodoxe, la loi de l’offre et de la demande et le libéralisme idéalisé une utopie, comme le communisme, et comme lui une religion avec ses fidèles, ses papes, ses inquisiteurs, ses sectes, son rituel, son latin (les maths), ses défroqués, et peut être un jour, rêvons, son Pascal et son Chateaubriand.

La « main invisible », ruse hégélienne de la raison, raison dominant la raison des hommes, est un avatar du Saint -Esprit. Idem le marché (son autre nom) omnipotent, omniprésent et ubiquitaire, être de raison supérieure, substance immanente et principe des êtres – « vous n’êtes qu’un raisonnement coût-bénéfices » — cause transcendante créant le monde, et qui a tous les attributs de la divinité, y compris le destin : personne ne peut échapper au marché. Il existait avant vous et existera après. Dès lors il est impossible de penser l’après-économie. Voilà pourquoi la fin de l’histoire, la new economics (la fin des cycles, vieille resucée libéralisée des croyances en la croissance optimale en vigueur dans l’après-guerre) sont indissociables du libéralisme. La fin de l’histoire arrange bigrement ceux qui ont le pouvoir. La fin de l’histoire, c’est bien si je suis en haut. L’éternité du marché, qui justifie la domination de quelques dizaines de milliardaires dont la fortune équivaut au PIB cumulé des cinquante pays les plus pauvres, ressortit au principe du droit divin. Le droit du marché est le droit du plus fort. Les dictateurs ont toujours cherché à justifier démocratiquement, par 98% de oui, leur place.

Si l’économie est une religion, ce que pensent, finalement, beaucoup d’économistes ayant pignon sur colloque ou place dans les conseils du Prince (« L’économie politique est la religion de notre temps », Serge Latouche : « L’économie politique est la religion du capitalisme », Michel Aglietta et André Orléan), indiscutablement le marché, sa divinité, a une certaine allure : la Raison, le Progrès, le Bonheur, la Démocratie et autres candidats fort acceptables à l’essence éternelle sont tous contenus en lui.

Les problèmes des religions c’est qu’elles engendrent les fanatismes, les sectes (on disait, à juste titre, dans les salons de Louis XV, la « secte des physiocrates », personnages qui se signalaient par leur arrogance et la complexité de leurs discours), les héterodoxies, les papes, les gourous, l’École de Chicago est une secte, bornée à bouffer du foin, mais dangereuse et convaincante comme toutes les sectes. Les libertariens sont une secte, à peine plus sectaire que la précédente. Les chartistes sont une secte. La société du Mont-Pèlerin est une secte avec ses rites et ses cravates ornées du visage d’un douanier. Les micro-économistes sont une secte. Les théoriciens de l’économie industrielle sont une secte, dont l’obscurantisme et le fanatisme donnent froid dans le dos. Il n’est pas difficile de repérer le taliban sous l’expert, et le fou de Dieu sous le fou de l’incitation.

Il y a aussi une manière rigoriste ou désinvolte de pratiquer, en trompant son monde et allant à la confesse. Il y a les prêcheurs et les convertis. Les libéraux les plus fanatiques viennent souvent du marxisme, c’est-à-dire ont changé simplement de religion. On voit des abbés de cour, des Trissotin, des pères Duval ou des abbés Dubois, des Talleyrand qui clopinent et des chanteurs en grégorien, des beautés et bontés du marché. Mais le problème de la religion est qu’il est extrêmement difficile, lorsqu’on en a été nourri, de penser hors d’elle. […]

Au fait, les économistes… De quoi parlez-vous ? Savez-vous que lorsqu’on a compris que la « science » économique était une religion, l’économie devient passionnante ? On peut l’aborder sous l’angle de la mathématique pure — rien n’est plus respectable que le plaisir pur du chercheur, détaché des contingences mercantiles, qui produit ses théorèmes de mathématique, mais qu’il ne les baptise lois économiques, par pitié ! Sous l’angle de l’histoire des faits, de la pensée, de la philosophie économique, de la comptabilité, de la statistique descriptive… De la rhétorique — comme il est amusant, alors, d’observer les travaux de couture des uns et des autres pour emmailloter plus ou moins habilement dans de la « science » leur idéologie !

La Révolution avait coupé le cordon religieux. C’est une nouvelle ère qui s’ouvre, avec la coupure du cordon de la religion économique.

Alors, les économistes… De quoi parlez-vous ? Du Saint-Esprit ou de la valeur ?

Bernard Maris, Lettre ouverte aux gourous de l’économie qui nous prennent pour des imbéciles, Le Seuil, 2003.

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Écrasez l’infâme!

En ce moment, sur les murs de Paris, Voltaire!

voltaire

Source: http://oreilletendue.com/2015/01/08/du-fanatisme/ via Kevin Berger-Soucy

Au sujet de l’expression «Écrasez l’infâme!» voir Les mots qui restent

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Y’a rien de sacré

«Alors que le monde entier est interpellé par le rôle des caricaturistes et la portée de leur travail sur la liberté d’expression, l’ONF désire partager avec vous ce documentaire de Garry Beitel, réalisé en 2003, qui met en vedettes deux sommités canadiennes de la caricature, Serge Chapleau et Aislin. Ils nous expliquent l’impact et l’importance de leur métier dans le paysage moderne.»

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https://www.onf.ca/film/y_a_rien_de_sacre/?utm_campaign=programming&utm_source=facebook&utm_medium=social-media&utm_content=film&utm_term=test-A#temp-share-panel

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