Archives de Tag: Les Lumières

L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert disponible en ligne


L’Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers(1751-1772), codirigée par Diderot, D’Alembert et Jaucourt, constitue la plus vaste entreprise éditoriale du XVIIIe siècle, par le nombre des forces humaines mobilisées, l’étendue des savoirs convoqués, et son retentissement en Europe.

La publication de cet « ouvrage immense et immortel » (Voltaire), dont la première édition rassemble 28 volumes, quelque 74 000 articles et près de 2 600 planches, s’étend sur plus de 25 ans.

Autorisée par un privilège de librairie (1746), elle est censurée alors que deux tomes sont déjà imprimés (1752), puis tolérée (1753), à nouveau interdite et condamnée à la destruction (1759), et enfin poursuivie grâce à une permission tacite (1759-1772). Et, parce qu’elle constitue une entreprise commerciale à succès, elle connaît immédiatement réimpressions et contrefaçons.

Pour la première fois, une édition critique de l’Encyclopédie voit le jour.

Réalisée au format numérique et menée de façon collaborative par plus de 120 chercheurs de tous horizons, elle vise l’annotation progressive des articles et des planches, en mobilisant l’ensemble des connaissances sur l’ouvrage.

Pour accéder à L’Encyclopédie, allez sur le site dédié.

Source: AL ActuaLitté

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L’impératif catégorique en 8 minutes

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Kant et l’Écosse

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Alain Gagnon, Le Devoir, 22/09/14

L’indépendance, que ce soit celle du Québec, de l’Écosse ou, peut-être bientôt, de la Catalogne, n’est pas affaire de survivance, de défense de sa différence, mais bien un passage d’un état de minorité à un état de majorité des peuples et des individus qui les composent, au sens légal et moral et donc politique (non démographique) où le philosophe Emmanuel Kant l’entendait dans son court texte paru en 1784, Qu’est-ce que les Lumières ? Rappelons-en deux passages.

D’abord : « Les Lumières sont l’émancipation de l’homme de son immaturité dont il est lui-même responsable. L’immaturité est l’incapacité d’employer son entendement sans être guidé par autrui. […] Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! voilà donc la devise des Lumières. »

Ensuite : « La paresse et la lâcheté sont les causes qui expliquent qu’un si grand nombre d’hommes, après que la nature les a affranchis depuis longtemps de toute direction étrangère, restent cependant volontiers, leur vie durant, mineurs, et qu’il soit si facile à d’autres de se poser comme leurs tuteurs. Il est si commode d’être mineur. Si j’ai un livre qui me tient lieu d’entendement, un directeur qui me tient lieu de conscience, un médecin qui juge de mon régime à ma place, etc., je n’ai pas besoin de me fatiguer moi-même. Je ne suis pas obligé de penser, pourvu que je puisse payer ; d’autres se chargeront pour moi de cette besogne fastidieuse. Que la plupart des hommes finissent par considérer le pas qui conduit vers sa majorité, et qui est en soi pénible, également comme très dangereux, c’est ce à quoi ne manquent pas de s’employer ces tuteurs qui, par bonté, ont assumé la tâche de veiller sur eux. »

Kant n’était pas devin, mais il a vu juste dans le jeu des tuteurs — et des pupilles. Partout, toujours, un même scénario : menaces et promesses de dernière minute des tuteurs, si vagues qu’elles seront faciles à renier une fois le danger passé, et capitulation des pupilles, effarouchés par les obligations de la majorité, au premier chef la « dévolution » de la responsabilité. Comme par hasard, même si ce n’en est pas un du tout, la déresponsabilisation et le phénomène qu’on a appelé « adulescence » sont des traits marquants des sociétés avancées contemporaines.

Est probablement venu aussi le temps de dissocier les campagnes en faveur de l’indépendance des peuples d’un « projet de société » fouillé, détaillé et mirifique. Le véritable projet de société qu’implique un référendum sur l’indépendance est précisément celui d’amener une société à la responsabilité, à sa majorité, noble mais exigeante. C’est dans un deuxième temps seulement que les citoyens, libres, autonomes, pourront véritablement se donner un projet de société concret, à leur pleine mesure, y employant l’entendement, le jugement et les moyens que procure l’indépendance. Il n’est pas vrai qu’il n’y aura que des gains, sans coût et sans sacrifice, au pire un coût nul, pas plus qu’il n’est vrai que le passage de l’adolescence à l’âge adulte ne s’accompagne que de gains.

Au chapitre du projet de société et de la transparence, le SNP d’Écosse a certainement été exemplaire, publiant un document-programme de 670 pages, illustrant avec minutie l’opportunité et la faisabilité de l’indépendance. Sauf que ce n’est pas du tout là que se décide l’adhésion ou non du citoyen, on vient encore de le voir. Il faudra bien un jour réhabiliter en politique, et dans le destin des nations, les mots courage, responsabilité, rêve et passion.

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Laïcité «ouverte» et fanatisme religieux

Taylor et Tremblay, même combat!

Christian Rioux, Le Devoir, 11/10/13

En 2008, le pape Benoît XVI était venu prononcer un important discours au Collège des Bernardins à Paris. Il avait brillamment fait l’exégèse de la « laïcité positive ». Un concept que le président Sarkozy avait aussitôt repris pour le qualifier de « laïcité ouverte ». Les tenants de celle-ci ne le savent probablement pas, mais ils reprennent presque mot pour mot le discours du Vatican.

Avec tout le respect que mérite cette opinion, il importe de savoir que les arguments de ceux qui la critiquent ne se résument pas à plus ou moins de tolérance ou de rigidité, comme le prétend Jean Dorion dans le livre bâclé qu’il vient de publier sur le sujet (Inclure, quelle laïcité pour le Québec ?).

Cela est évident dès qu’on aborde la question de l’école. Parlant de laïcité, l’école est loin d’être un lieu ordinaire. On pourrait même dire qu’elle en est le coeur. En France, l’école laïque apparaît 23 ans avant la séparation définitive de l’Église et de l’État (1905). Elle est aussi fondatrice de la laïcité américaine.

Pourquoi elle ? Parce que, dans l’esprit des Lumières qui a inspiré les sociétés démocratiques, on ne naît pas citoyen, on le devient. Or l’école est justement le mécanisme essentiel qu’ont imaginé les nations modernes pour fabriquer des citoyens libres.

Si l’école est le lieu où l’on apprend à penser par soi-même, comment imaginer qu’un professeur ose s’y présenter voilé, portant une kippa, un béret blanc, un carré rouge ou affichant quelque idéologie que ce soit ? Dans l’antre du savoir, il ne saurait y avoir d’a priori, pas même celui de la raison lorsque celle-ci s’érige en dieu. Or, qu’est-ce qu’une kippa, un turban et un voile sinon une adhésion a priori à une vérité révélée et, en ce qui concerne ce dernier, l’affirmation radicale d’une distinction ontologique entre les sexes ?

Dans la lettre qu’ils avaient adressée à Lionel Jospin en 2004 lors du débat sur le voile à l’école, des intellectuels français affirmaient ce qui suit : « Le droit à la différence qui vous est si cher n’est une liberté que si elle est assortie du droit d’être différent de sa différence. Dans le cas contraire, c’est un piège, voire un esclavage. » À moins évidemment de considérer l’école comme un simple supermarché des idéologies.

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Un supermarché des religions, n’est-ce pas ce à quoi ressemble parfois l’oncle Sam, à qui il arrive trop souvent de renier l’esprit de ses pères ? Pourtant, ce pays fut avec la France un précurseur en matière de laïcité. Contrairement à celles du Canada, ni sa constitution ni sa déclaration des droits ne font référence à Dieu. Pour Jefferson, il fallait ériger un « mur de séparation » entre l’État et les Églises. Ce mur existe toujours, mais il se lézarde parfois. Comment en effet expliquer que les dirigeants d’un État laïque fassent si souvent appel à Dieu ?

Sous l’influence de lobbies religieux, mais aussi d’une bonne conscience libérale, l’État américain semble avoir épousé avec les années une forme de déisme, cette vague croyance dans un dieu qui ne serait ni chrétien, ni juif, ni musulman. C’est pourquoi, dans les années 50 (à la même époque où Duplessis accroche le crucifix au parlement, le Congrès a réintroduit Dieu dans le serment au drapeau (« One nation under God ») et la devise officielle du pays (« In God we trust »). Ce dieu générique est le même que prient le maire Tremblay à Saguenay et les députés des Communes à chaque début de session.

Cette « laïcité à l’américaine », tant vantée par Jean Dorion dans son livre, rassemble donc tout le monde… sauf évidemment les non-croyants ! Une enquête réalisée en 2006 par l’Université du Minnesota révélait d’ailleurs que ni les musulmans, ni les immigrants, ni les homosexuels n’inquiétaient autant les Américains que les athées et les agnostiques. On comprend dès lors pourquoi cette laïcité, d’ailleurs teintée de puritanisme, fait tant l’affaire des intégristes. Et pourquoi Barack Obama est allé reprocher à la France d’avoir interdit le voile islamique à l’école.

Malgré des positions contradictoires parmi les juges de la Cour suprême, les États-Unis en sont venus avec les années à faire de la liberté religieuse « the first freedom », à savoir « une liberté supérieure à toutes les autres », explique la spécialiste française Blandine Chenili-Pont, de l’Institut européen en science des religions. En 2006, sous prétexte d’accommodement, les juges sont allés jusqu’à accepter l’utilisation de drogues illégales (y compris par les enfants) lors d’une liturgie organisée par une secte d’origine brésilienne. Cette vision rejoint celle d’un intellectuel comme Charles Taylor, qui avait accueilli favorablement le rapport Boyd proposant la création en Ontario de tribunaux de conciliation familiale fondés sur la charia.

Au fond, la distance n’est pas si grande entre Charles Taylor et Jean Tremblay. Pour eux, pas question que l’État s’élève au-dessus des religions et des « communautés », créant ainsi un lien entre des citoyens libres de leurs appartenances. La véritable liberté religieuse est pourtant à ce prix. Nombre de croyants l’ont d’ailleurs compris.

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