Archives de Catégorie: Histoire et civilisation

Le voile qui divise

Le voile mondial

François Brousseau, Le Devoir, 11/11/13
Dans le monde entier, dans des dizaines de pays — de populations, de traditions, de religions, de philosophies et de systèmes politiques les plus divers —, la question du voile islamique est devenue un sujet central, parfois même obsessionnel, du débat public.En Tunisie, deux ans après l’élection du parti Ennahda, monte un ressac anti-islamique, alors que partis laïques et religieux se regardent en chiens de faïence et que la réforme politique paraît bloquée. Les universités débattent du bien-fondé du voile dans les salles de cours, sur fond de pressions parfois violentes de militants salafistes, et de manifestations d’étudiants qui, leur faisant face, clament : « Résistons à l’islamisation ! »

Un jugement de cour, à Tunis en mai dernier, en faveur d’un directeur d’établissement (l’université La Manouba) qui avait été soumis à un véritable siège — et à des agressions physiques — par des militants islamistes pour autoriser le voile intégral lors des examens, a été de facto annulé, au cours de l’été. Une ordonnance ministérielle laisse les établissements libres de décider, plutôt que d’interdire le voile intégral.

Dans cette affaire, la « liberté de choix » était et reste un élément fondamental de l’argumentaire des partisans du voile pour les femmes.

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Cette guerre de tranchées se poursuit également en Turquie, où quatre députées du parti islamiste au pouvoir, l’AKP, sont entrées le 31 octobre au parlement d’Ankara, la tête recouverte d’un foulard. Elles y ont célébré « la liberté retrouvée » et « la fin d’une injustice », dans un pays encore naguère « laïque dur » dans ses prescriptions, mais qui peu à peu cède du terrain symbolique aux tenants de l’islam politique.Réplique de Can Dündar, célèbre éditorialiste du journal républicain Cumhuriyet, qui déconstruit la rhétorique de la « liberté » ici invoquée : « Le problème, c’est que ceux qui ouvrent la porte au voile au nom de la “liberté” sont également ceux qui affirment en public, à l’Assemblée nationale et à la télévision, que “le décolleté, la minijupe et les blouses sans manches doivent être interdits”. » Le problème, poursuit Dündar, c’est que ce même gouvernement qui invoque la liberté en faveur du voile est aussi celui qui réprime les manifestants d’opposition dans la rue, ramène les cours de religion à l’école ou restreint la consommation d’alcool dans les lieux publics. Liberté, liberté… que ne te fait-on pas dire !

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Même en Grande-Bretagne, pays par excellence du multiculturalisme, du laisser-faire et du pragmatisme british, supposés moralement supérieurs, la question fait irruption à la une des médias depuis quelques mois, à la suite de diverses affaires.

En septembre, devant un tribunal de Londres, une jeune femme a voulu témoigner entièrement couverte de son niqab… avant de se voir forcée de dévoiler au moins son visage devant le juge. Le juge qui a ensuite déclaré aux médias : « Il faut absolument que les législateurs se penchent sur cette question. »

(La semaine dernière, commentant l’affaire, un ministre sans portefeuille du gouvernement Cameron abondait dans le même sens que le juge, affirmant que cette tenue était incompatible avec l’administration de la justice.)

Dans certaines free schools, peu contrôlées par les pouvoirs publics et parfois sous la coupe d’islamistes, on rapporte des histoires de discriminations garçons-filles. D’autres écoles pensent, elles, à prohiber le voile intégral, qui à leurs étudiantes, qui à leurs enseignantes, devant un phénomène perçu comme croissant. À tel point que, selon un sondage publié fin septembre par le Times de Londres, pas moins de 66 % des Britanniques seraient aujourd’hui en faveur d’une loi pour interdire le voile intégral en public.

By Jove ! On aurait cru une telle « horreur législative » aux antipodes de la pensée british, et exclusive aux pauvres Français, Belges ou autres latins de mentalité républicaine. Mais non ! Et lorsque le premier ministre, David Cameron, a été interrogé sur toutes ces affaires, il s’est certes dit hostile à une législation sur le voile à l’école ou dans la rue… mais en ajoutant que les institutions ont parfaitement le droit d’imposer des uniformes. Et qu’il pourrait, lui, envoyer sa fille dans une institution où l’on aurait proscrit le niqab.

À l’âge des migrations mondiales et de Twitter, la question du voile divise et interpelle. Elle se pose un peu partout, à des degrés divers, dans des lieux immensément différents, sous des régimes autoritaires ou démocratiques. Mener ce débat chez soi, c’est aussi répondre à un écho dont les réverbérations traversent toutes les frontières.

BLx

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Un historien chez Ubisoft Montréal

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Conférence-midi de l’historien de Ubisoft Montréal, Maxime Durand. Il va notamment parler de sa formation en histoire et de son travail dans le monde du jeu vidéo, notamment celui de Assassin’s Creed. Cela se passe au Salon des Sciences humaines dans le pavillon Triest-R niveau sous-sol, le mercredi 13 novembe 2013 à 12h10. Bienvenue à tous!

https://www.facebook.com/events/184034475121949/

BLx

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Rallumons Les Lumières!

On peut se le dire? Dieu, s’il existe, hait les femmes

Normand Baillargeon, Voir, 16/10/13

Le fameux bout de tissu prend énormément de place dans le débat sur la laïcité – je n’arrive toujours pas à dire «la Charte des valeurs québécoises»…

De tristes crétins – qui n’ont toujours pas compris qu’il n’est pas question, ici, du port du voile ou de n’importe quel autre signe religieux dans la sphère privée ou sur la place publique, mais seulement de leur port par des employés de l’État quand ils et elles sont en fonction – s’en prennent, verbalement ou pire, à des croyantes et à des croyants.

Disons-leur leur infinie bêtise et revenons au vrai sujet.

On a récemment beaucoup fait valoir que c’est librement que des femmes portent le voile et il n’y a, bien entendu, aucune raison de remettre cela en question. Il ne s’ensuit toutefois pas qu’on devrait en autoriser le port pour les fonctionnaires. Ici, il y a un vrai débat. À l’heure actuelle, il ne semble plus concerner que l’extension de cet interdit, la plupart des gens convenant qu’il doit s’appliquer aux fonctionnaires qui incarnent l’autorité régalienne de l’État (juges ou policiers, par exemple).

Pour les autres (enseignantes et éducatrices, notamment), de bons arguments sont avancés de part et d’autre. Je penche vers l’interdiction, comme je l’ai déjà dit, en particulier parce qu’enseignantes et éducatrices sont en situation d’autorité, cette autorité étant celle de la formation des citoyennes et des citoyens. Mais on peut en discuter.

Je trouve cependant qu’on s’interdit beaucoup, dans ce débat, de rappeler que toutes les religions sont d’un sexisme si affolant qu’il invite à penser que Dieu, s’il existe (ou du moins un de ces innombrables dieux au nom desquels l’humanité n’a cessé de se déchirer), est un sacré misogyne. Et je soupçonne que les crétins susnommés sont pour quelque chose dans cet interdit, qui fait craindre d’être assimilé à eux.

Pourtant, si, au nom de la tolérance, il faut respecter le choix fait sans contrainte d’adhérer à une religion – et le cas échant de porter le voile –, au nom de la même tolérance, les incroyants doivent pouvoir librement rappeler, sans être taxés de racisme ou d’islamophobie, ce que les grandes religions disent des femmes, et qui est souvent si horrible. Et ils doivent ensuite pouvoir demander aux croyantes et croyants si elles sont au courant de tout cela et, dans l’affirmative, ce qu’ils et elles en pensent.

Le cas du catholicisme est connu: l’interdiction de l’avortement, l’accouchement dans la douleur, l’impossibilité d’accéder à la prêtrise, entre autres, signent la subordination des femmes.

L’Église mormone est ouvertement patriarcale et on y pratique encore la polygamie. L’Église baptiste sudiste, elle, prône et pratique un «complémentarisme» qui confine la femme au foyer et en position de subordonnée à son mari.

Pour ce qui est du judaïsme, le Talmud est clair: «Mieux vaut brûler la Torah que la confier à une femme.» Chaque matin, l’homme remercie par prière rituelle de ne pas avoir été fait femme. Et je ne parle même pas du statut de la femme dans le judaïsme ultra-orthodoxe (haredim).

Dans le bouddhisme theravada, l’homme peut être illuminé (sic!) en accédant au statut de moine, mais pas la femme.

Dans certaines interprétations de l’hindouisme, une veuve devrait s’immoler lors des funérailles de son mari. À défaut, la tradition des Satis ne permet pas à une veuve de bien s’alimenter, de porter de bons vêtements ou de dormir dans un lit.

Au Ghana, au nom de croyances religieuses, de très nombreuses femmes, certaines très jeunes, sont aujourd’hui encore tuées parce qu’elles sont présumées être des sorcières.

Mais la palme de la misogynie pourrait bien revenir à l’islam, avec ses crimes d’honneur, ses mutilations génitales, ses mariages forcés, sa polygamie, ses mariages de toutes petites filles, son contrôle obsessionnel de la sexualité des femmes, ses extraordinaires restrictions à la liberté, son code vestimentaire issu du Moyen-Âge et son machisme terrifiant. Le Coran est clair: «Les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs qu’Allah accorde à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des dépenses qu’ils font de leurs biens. Les femmes vertueuses sont obéissantes (à leurs maris), et protègent ce qui doit être protégé, pendant l’absence de leurs époux, avec la protection d’Allah. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d’elles dans leurs lits et frappez-les.» (Le Coran, 4:34).

Et si Dieu ne hait pas les femmes pour la bonne raison qu’il n’existe pas, voilà en tout cas des exemples de ce que signifie vivre sa vie en se fondant sur des préceptes adoptés par des paysans et des gardiens de troupeaux illettrés ayant vécu il y a des siècles et des siècles, amen.

On devrait pouvoir mettre tout cela dans la conversation démocratique et dire qu’on trouve ces idées absurdes, dangereuses et rétrogrades, sans être taxé de racisme ou d’islamophobie. Et on devrait pouvoir demander aux femmes croyantes, et parfois voilées, ce qu’elles en pensent.

BLx

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Laïcité «ouverte» et fanatisme religieux

Taylor et Tremblay, même combat!

Christian Rioux, Le Devoir, 11/10/13

En 2008, le pape Benoît XVI était venu prononcer un important discours au Collège des Bernardins à Paris. Il avait brillamment fait l’exégèse de la « laïcité positive ». Un concept que le président Sarkozy avait aussitôt repris pour le qualifier de « laïcité ouverte ». Les tenants de celle-ci ne le savent probablement pas, mais ils reprennent presque mot pour mot le discours du Vatican.

Avec tout le respect que mérite cette opinion, il importe de savoir que les arguments de ceux qui la critiquent ne se résument pas à plus ou moins de tolérance ou de rigidité, comme le prétend Jean Dorion dans le livre bâclé qu’il vient de publier sur le sujet (Inclure, quelle laïcité pour le Québec ?).

Cela est évident dès qu’on aborde la question de l’école. Parlant de laïcité, l’école est loin d’être un lieu ordinaire. On pourrait même dire qu’elle en est le coeur. En France, l’école laïque apparaît 23 ans avant la séparation définitive de l’Église et de l’État (1905). Elle est aussi fondatrice de la laïcité américaine.

Pourquoi elle ? Parce que, dans l’esprit des Lumières qui a inspiré les sociétés démocratiques, on ne naît pas citoyen, on le devient. Or l’école est justement le mécanisme essentiel qu’ont imaginé les nations modernes pour fabriquer des citoyens libres.

Si l’école est le lieu où l’on apprend à penser par soi-même, comment imaginer qu’un professeur ose s’y présenter voilé, portant une kippa, un béret blanc, un carré rouge ou affichant quelque idéologie que ce soit ? Dans l’antre du savoir, il ne saurait y avoir d’a priori, pas même celui de la raison lorsque celle-ci s’érige en dieu. Or, qu’est-ce qu’une kippa, un turban et un voile sinon une adhésion a priori à une vérité révélée et, en ce qui concerne ce dernier, l’affirmation radicale d’une distinction ontologique entre les sexes ?

Dans la lettre qu’ils avaient adressée à Lionel Jospin en 2004 lors du débat sur le voile à l’école, des intellectuels français affirmaient ce qui suit : « Le droit à la différence qui vous est si cher n’est une liberté que si elle est assortie du droit d’être différent de sa différence. Dans le cas contraire, c’est un piège, voire un esclavage. » À moins évidemment de considérer l’école comme un simple supermarché des idéologies.

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Un supermarché des religions, n’est-ce pas ce à quoi ressemble parfois l’oncle Sam, à qui il arrive trop souvent de renier l’esprit de ses pères ? Pourtant, ce pays fut avec la France un précurseur en matière de laïcité. Contrairement à celles du Canada, ni sa constitution ni sa déclaration des droits ne font référence à Dieu. Pour Jefferson, il fallait ériger un « mur de séparation » entre l’État et les Églises. Ce mur existe toujours, mais il se lézarde parfois. Comment en effet expliquer que les dirigeants d’un État laïque fassent si souvent appel à Dieu ?

Sous l’influence de lobbies religieux, mais aussi d’une bonne conscience libérale, l’État américain semble avoir épousé avec les années une forme de déisme, cette vague croyance dans un dieu qui ne serait ni chrétien, ni juif, ni musulman. C’est pourquoi, dans les années 50 (à la même époque où Duplessis accroche le crucifix au parlement, le Congrès a réintroduit Dieu dans le serment au drapeau (« One nation under God ») et la devise officielle du pays (« In God we trust »). Ce dieu générique est le même que prient le maire Tremblay à Saguenay et les députés des Communes à chaque début de session.

Cette « laïcité à l’américaine », tant vantée par Jean Dorion dans son livre, rassemble donc tout le monde… sauf évidemment les non-croyants ! Une enquête réalisée en 2006 par l’Université du Minnesota révélait d’ailleurs que ni les musulmans, ni les immigrants, ni les homosexuels n’inquiétaient autant les Américains que les athées et les agnostiques. On comprend dès lors pourquoi cette laïcité, d’ailleurs teintée de puritanisme, fait tant l’affaire des intégristes. Et pourquoi Barack Obama est allé reprocher à la France d’avoir interdit le voile islamique à l’école.

Malgré des positions contradictoires parmi les juges de la Cour suprême, les États-Unis en sont venus avec les années à faire de la liberté religieuse « the first freedom », à savoir « une liberté supérieure à toutes les autres », explique la spécialiste française Blandine Chenili-Pont, de l’Institut européen en science des religions. En 2006, sous prétexte d’accommodement, les juges sont allés jusqu’à accepter l’utilisation de drogues illégales (y compris par les enfants) lors d’une liturgie organisée par une secte d’origine brésilienne. Cette vision rejoint celle d’un intellectuel comme Charles Taylor, qui avait accueilli favorablement le rapport Boyd proposant la création en Ontario de tribunaux de conciliation familiale fondés sur la charia.

Au fond, la distance n’est pas si grande entre Charles Taylor et Jean Tremblay. Pour eux, pas question que l’État s’élève au-dessus des religions et des « communautés », créant ainsi un lien entre des citoyens libres de leurs appartenances. La véritable liberté religieuse est pourtant à ce prix. Nombre de croyants l’ont d’ailleurs compris.

BLx

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L’histoire sans l’histoire?

Cégeps – Moins d’histoire dans le cours d’histoire, craignent des enseignants

Lisa-Marie Gervais, Le Devoir, 10/10/13

Le cours d’histoire obligatoire que souhaite implanter le gouvernement dans les cégeps en 2014 suscite de nouvelles inquiétudes. Des enseignants d’histoire craignent que son contenu soit trop teinté par les disciplines des sciences humaines et que cela en dilue le caractère historique.

C’est un appel de candidatures pour former le groupe de travail qui élaborera le cours qui a été à l’origine de leur questionnement. Diffusé par le ministère de l’Enseignement supérieur, ce document qui a circulé dans les cégeps, et dont Le Devoir a obtenu copie, vise à recruter sept enseignants provenant de disciplines aussi diverses que « histoire, politique, sociologie, géographie, anthropologie, économie et “humanities”» pour élaborer une proposition de cours sur l’histoire du Québec contemporain.

On y indique que le groupe de travail devra réfléchir à certaines orientations selon « une perspective multidisciplinaire » et tenir compte d’éléments de formation allant des « origines et [des] caractéristiques de la société québécoise contemporaine » jusqu’à « la place du Québec dans le monde », pour ne nommer que ceux-ci.

Déception

Kurt Vignola, enseignant d’histoire au cégep de Rimouski, confie avoir été très déçu à la lecture de l’appel de candidatures. « Le cours d’histoire ? Quel cours d’histoire ? ironise-t-il. Le mot « histoire » n’apparaît même pas dans les mandats du comité. On parle d’institutions démocratiques, de la vie économique et des régions… Quelques points sur les autochtones et la communauté anglophone pour être politically correct, mais je ne vois pas comment, avec de tels paramètres, on peut accoucher d’un cours d’histoire. »

Le président de la Fédération des enseignants de cégep (FEC-CSQ), Mario Beauchemin, tire les mêmes conclusions. « D’après les comptes rendus que je vois, c’est la lecture que j’en fais. Ça deviendra un cours multidisciplinaire », a dit M. Beauchemin, indiquant qu’il s’est fait confirmer la chose par des conseillers du ministère lors d’une rencontre en juin dernier. « On peut comprendre qu’on songe maintenant à un cours hybride, mais on ne peut pas appeler ça un cours d’histoire. » Il ne croit pas non plus que de faire donner le cours par des enseignants autres que des enseignants en histoire serait une « bonne avenue ».

Même si la volonté du ministre d’implanter un cours d’histoire est ferme, M. Vignola craint que les fonctionnaires du ministère le rappellent à l’ordre, lui faisant valoir des difficultés budgétaires. Mais selon lui, il ne faut pas lésiner sur les moyens pour donner ce cours d’histoire du Québec, qui perd en popularité. « On est 2600 au cégep de Rimouski et 6 personnes seulement suivent le cours d’histoire du Québec. C’est un cours optionnel », a-t-il illustré.

Pas d’inquiétude à avoir

Le président de l’Association des professeurs d’histoire des collèges du Québec, Vincent Duhaime, confirme que certains membres ont exprimé leur inquiétude devant la tendance multidisciplinaire que semble prendre le cours. Mais ce n’est pas une raison pour s’en faire, a-t-il soutenu. « C’est un processus très bureaucratique. Que le ministère ait décidé de parler à des experts d’autres disciplines, en soi, ce n’est pas un problème. » Il voit mal comment le ministre Duchesne a pu parler d’un cours d’histoire nationale et élaborer tout autre chose. « On descendrait dans la rue », a-t-il dit.

M. Duhaime dit néanmoins espérer voir beaucoup d’historiens dans ce groupe de travail. Son organisation entend participer activement à la consultation publique qui sera lancée l’hiver prochain après le dépôt d’une proposition de cours.

L’enseignant en histoire au cégep et président du Mouvement national des Québécois, Gilles Laporte, préfère ne pas tirer la sonnette d’alarme trop rapidement. « Je n’ai pas l’impression que les dés sont déjà jetés », a-t-il dit, en convenant toutefois que cet appel de candidatures a pu causer une certaine surprise. Celui-ci aurait été rédigé par des gens qui ne semblent pas nécessairement bien connaître les enjeux, croit-il.

Au cabinet du ministre Duchesne, on soutient que le cap est maintenu sur l’implantation du cours d’histoire nationale et que le groupe de travail sera constitué « majoritairement de professeurs d’histoire ». Le ministre prendra d’abord connaissance des objectifs et standards, prévus pour la fin de l’automne 2013, avant d’annoncer les modalités du cours.

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La Néoarchéo

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Humanités 2.0 – La néoarchéo

Comment déterrer un village iroquoïen, un pixel à la fois

Stéphane Baillargeon, Le Devoir, 3/08/13

Les nouvelles technologies transforment la production et la diffusion des savoirs. Le Devoir propose une série estivale sur les digital humanities et les sciences sociales numériques. Aujourd’hui : GPS, lasers et autres scanneurs au service de l’archéologie high-tech.

On dirait une équipe d’arpenteurs au boulot sur une colline montérégienne. Comme si un chantier de construction se préparait à ajouter un nouveau bungalow sur la rive sud du Saint-Laurent.

En tout cas, l’outillage de base de la topographie postmoderne traîne dans le boisé, autour d’un banal chemin de terre. Il y a un tachéomètre pour « lever le terrain », un système réflecteur lié à un GPS, un laser télémètre pour déterminer les positions et les distances, un système d’information géographique (SIG), un scanneur, puis des ordinateurs pour stocker les données, évidemment.

Sauf que les six archéologues au boulot ce jour de printemps ne préparent pas la construction d’un nouveau McManoir de banlieue : ils cherchent plutôt les vestiges de très vieilles maisons longues érigées ici il y a plusieurs siècles par des Iroquoïens. Quand le site a été découvert, il y a deux décennies, dans la municipalité de Saint-Anicet, l’archéologie fonctionnait à peu près avec les mêmes outils qu’il y a un siècle et demi, au temps où Heinrich Schliemann déterrait les vestiges de Troie et de Mycènes. La révolution numérique a maintenant complètement bouleversé la discipline, et les fouilles entreprises cet été en bénéficient largement.

« L’archéologie vit une mutation technologique, dit Jean-François Millaire, professeur au Département d’anthropologie de la Western University, à London, en Ontario. La numérisation bouleverse toutes les étapes de notre travail. Elle facilite l’identification et la fouille des sites, l’étude en laboratoire des artefacts trouvés, la dissémination des recherches. »

M. Millaire a utilisé le réacteur nucléaire SLOWPOKE de l’École polytechnique dans le cadre de sa maîtrise, déposée en 1997 à l’Université de Montréal, pour étudier la composition chimique de l’argile des fusaïoles du site Moche de la côte nord du Pérou précolombien. Le professeur Claude Chapdelaine a dirigé ce travail pionnier avant que son étudiant « le plus doué » se rende en Angleterre pour y compléter son doctorat.

« C’est Jean-François qui a ensuite fait rentrer ici, au Québec, les appareils de télédétection qui sont utilisés ailleurs depuis au moins dix ans, explique Claude Chapdelaine, responsable des fouilles montérégiennes. Il a utilisé le matériel au Sud. Nous sommes les premiers à l’utiliser de façon systématique sur un site iroquoïen. »

BGFN2

Toutes les étapes du travail archéologique bénéficient des avancées technologiques. En une seule année, en utilisant les images satellitaires fournies par Google Earth, une égyptologue de l’Université de l’Alabama à Birmingham a localisé 132 emplacements en Égypte, certains datant de 5000 ans, dont un temple et une ville entière. Un robot archéologue baptisé Tlaloc II-TC (du nom du dieu aztèque de l’eau) poursuit depuis quelques mois les fouilles dans un tunnel découvert sous les vestiges du temple de Quetzalcoatl de Teotihuacán, au Mexique.

Au Québec, les artefacts effleurent sur la mince couche de terre. La prospection continue donc de se faire à l’ancienne, en marchant les yeux rivés au sol, à la recherche d’un tesson de poterie, d’un éclat de pierre taillée, etc. C’est ainsi que l’archéologue Michel Gagné a découvert le site Mailhot-Curran, il y a deux décennies.

Techniquement, d’après sa position géographique, le terrain est identifié comme BGFN2, selon le code Borden utilisé partout au Canada. Par tradition, un site important porte aussi ironiquement le nom de son propriétaire, ironiquement parce que la notion de propriété privée des terres était complètement étrangère aux Amérindiens. Mailhot-Curran rend hommage aux propriétaires des terrains limitrophes, dont Denis Mailhot, qui a eu la gentillesse d’autoriser les fouilles, ce qui ne serait pas toujours le cas.

« Ma première impression a été excellente et toute ma famille aime bien l’idée d’avoir un site archéologique sur nos terrains, dit M. Mailhot. Mes petits-enfants ont été fascinés d’apprendre qu’il y avait des autochtones ici il y a 500 ans. On m’a remis un rapport de 200 pages sur les fouilles de l’an passé. On m’a montré des objets déterrés. C’est très impressionnant et je suis bien fier. »

BGFN2 a déjà donné environ 40 000 artefacts : des tessons, des coquillages, des graines carbonisées et des os. De nouvelles fouilles vont s’étendre sur quatre ans. Cet été, tout le mois d’août, une quinzaine d’archéologues en herbe ou avertis fouillent le sous-sol archéologique.

Le site voisin Droulers-Tsiionhiakwatha (tsiionhiakwatha veut dire « là où l’on cueille les petits fruits »), lui aussi dans le territoire de Saint-Anicet, a été découvert dans les années 1970 par le propriétaire des terres, François Droulers. La campagne de fouilles de 1994 à 1999 a permis de déterrer quelque 150 000 fragments de vases, de fourneaux à pipe, d’outils en pierre et en os, de restes culinaires. Une nouvelle campagne a débuté en 2010 sur ce site, le plus grand de son genre au Québec. La récolte dépasse maintenant les 425 000 artefacts.

« La quantité n’est pas importante, c’est la qualité de l’information qui prime, tranche le professeur Chapdelaine. Ici, sur le site Mailhot-Curran, on est à une échelle plus modeste avec laquelle on peut vite s’identifier. Si on trouve six maisons longues, ce sera un beau petit village à étudier.

La patience faite discipline

Le hameau date des environ de 1500. Moins peuplé que son grand voisin, il devrait néanmoins contribuer à la compréhension de la vie à une époque charnière de la vallée du Saint-Laurent marquée par la disparition des quelque 1500 Iroquoïens que Jacques Cartier avait rencontrés à Hochelaga. Plusieurs hypothèses s’affrontent, avec les épidémies exogènes ou les guerres autochtones comme causes possibles.

La bute, en retrait du fleuve, était moins vulnérable aux attaques-surprises. M. Millaire, né dans la rue Christophe-Colomb à Montréal, lance à la blague qu’il s’agit d’une lointaine banlieue d’Hochelaga.

La nouvelle équipe de fouille a nettoyé le terrain, avec l’aide du propriétaire, en coupant les petites souches, dans l’espoir d’utiliser le géoradar. Peine perdue. Le sol n’était toujours pas assez « lisse ». Idéalement, il faut un terrain gazonné ou sablonneux pour promener l’instrument capricieux qui permet de « voir » dans le sol avant de l’ouvrir.

Le résistivimètre, qui mesure la conductivité du sol, n’a rien donné de concluant. Le magnétomètre, qui relève le champ magnétique, a par contre révélé des anomalies, dont trois qui, lors de sondages, se sont révélées être un alignement de foyers, au centre d’une maison longue.

« Les images colorées représentent la susceptibilité du sol à être magnétisé, une propriété physique qui nous permet d’identifier des zones avec forte activité humaine (maison longue, foyers, fosses, etc.), explique M. Millaire par courriel, après l’analyse des données. Dans les tuiles sondées, les zones qui vont du jaune au blanc correspondent à des zones à fort potentiel archéologique. »

Le temps long

Une trentaine de maisons longues ont déjà été découvertes et fouillées par les archéologues au fil des décennies. D’où la question de béotien : à quoi bon en déterrer une ou plusieurs autres ?

Les savants expliquent que les nouveaux outils alliés aux nouvelles méthodes d’analyse justifient amplement l’effort. « Il y a cinquante ans, mes confrères auraient demandé à M. Maillot de retourner la terre avec un bulldozer, explique le professeur de l’Université de Montréal, lui-même pionnier de son domaine au Québec. Ils auraient récolté les artefacts comme on récolte des fraises. Ils se seraient contentés de placer un point sur une carte. Situer un site suffisait. »

Et maintenant ? « Notre projet, c’est d’aller le plus loin possible dans l’archéologie sociale, de connaître les familles dans leur intimité, les lignages, par exemple les liens entre les mères et leurs enfants, répond le spécialiste. Ces rapports se passent dans les maisons longues qui constituent l’unité d’analyse de base. »

Il faut aussi donner du temps à ce vieux temps. L’an dernier, l’équipe de l’École de fouille a traité 80 mètres carrés en 29 jours pleins. Dans les années 1960, les archéologues auraient consacré deux week-ends au même boulot.

« Les nouvelles techniques font gagner du temps en amont, en montrant où fouiller, explique encore le professeur Chapdelaine. En dix jours de travail, on a identifié des maisons longues alors qu’on aurait pu consacrer deux campagnes avant de les trouver. Ensuite, on est encore plus lents qu’autrefois. En France, des collègues mettent tout un été à fouiller 10 mètres carrés sur deux centimètres de profondeur. Moi, j’appelle ça éplucher. »

Chaque génération renouvelle la lecture, la compréhension, l’explication, ne serait-ce qu’en utilisant les balises des autres sciences sociales, mais aussi bien sûr avec les nouveaux outils, numériques ou autres. Un pédologue, François Courchesne, va étudier la composition chimique et minéralogique des sols pour encore mieux délimiter l’occupation du territoire. Une éthiologiste a déjà répertorié 22 000 os tirés du site voisin, « presque uniquement du poisson et presque exclusivement de la perchaude », précise le professeur Chapdelaine. Elle va s’attaquer cet été aux quelque 2700 os déjà trouvés sur le site Mailhot-Curran.

« Autrefois, il y avait cette idée de remplir les artefacts de musée et qu’ils pourraient toujours répondre à nos questions, dit le professeur Millaire. Pour nous, en fait, l’important, c’est le contexte.Tu ne peux pas trouver réponse à une nouvelle question sans retourner au contexte. Selon ce principe, beaucoup de collections de musée vont devenir obsolètes parce que les objets ont été mal documentés. On sait que telle pointe de flèche, par exemple, vient de tel site, mais pas de quelle maison en particulier, ou de quel niveau, alors que ce sont ces renseignements qui présentent de l’intérêt maintenant. »

Les techniques évoluent rapidement et les archéologues appliquent un principe de précaution préventive en laissant vierges des parcelles d’un site pour les générations futures, des équipes qui auront de nouveaux outils et de nouvelles questions. « Les équipes vont fouiller 10 % de Mailhot-Curran, explique le professeur Jean-François Millaire, pionnier de la néoarchéologie. Dans vingt ans, de nouveaux archéologues en fouilleront un autre bout à l’aide de nouvelles techniques. »

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Les Humanités numériques

Humanités 2.0 – Le zéro et l’infini

McGill numérise la science et la philosophie islamiques

Stéphane Baillargeon, Le Devoir 6 juillet 2013

manuscrit imageNos caractères sont latins et nos chiffres, arabes. Ces chiffres ont progressivement remplacé les signes romains en Occident, puis dans le monde entier. Une tradition explique que le savant de Pise Leonardo Fibonacci (1175-1250) étudia les mathématiques à Icosium (aujourd’hui Alger) avant de publier un traité de calculs qui aida à populariser la série numérique, y compris le zéro, mot dérivé de l’italien zéfiro, venu de l’arabe sifr, qui veut dire vide.

Notre vie est remplie de ce sifr. Le « zéro » et le « un » de la révolution par la numérisation continuent de changer le monde et nos connaissances. La dématérialisation des textes classiques ou modernes fait partie des travaux fondamentaux de ce nouvel univers. À la base, l’appellation contrôlée des « digital humanities » fait référence aux bonnes vieilles « humanités » des cours classiques.

À Montréal, McGill mène son propre chantier, baptisé Rational Sciences in Islam (RSI). « Le projet RSI, que je dirige avec mon collègue Jamil Ragep, historien des sciences, est un projet typique des humanités numériques », explique Robert Wisnovsky, professeur de l’Institute of Islamic Studies de l’université, lui-même historien de la philosophie et de la théologique islamiques.

« Ce projet vise la constitution de bases de données sur les mathématiques, la philosophie et la philosophie théologique à partir de manuscrits conservés dans plusieurs pays, poursuit-il. Nous avons déjà numérisé des centaines de milliers de pages des plus importants manuscrits produits pendant un millénaire. À ma connaissance, il s’agit de la plus riche collection mondiale du genre, constituée à partir de multiples collections. »

Science et conscience

La première phase du chantier lancé il y a cinq ans vient de se terminer, le 30 juin précisément. La recherche comporte trois volets qui combinent environ 3500 manuscrits au total :

L’Islamic Scientific Manuscripts Initiative (ISMI) dématérialise les travaux de quelque 1700 auteurs s’étant intéressés aux sciences exactes dans la période prémoderne.

Le voletScientific Traditions in Islamic Societies (STIS) constitue une « banque de données raffinée » pour documenter la tradition cosmologique dans le monde arabe.

Le troisième programme, The Post-Classical Islamic Philosophy Database Initiative (PIPDI), développe l’infrastructure numérique nécessaire pour poursuivre l’étude systématique d’un vaste corpus de textes savants produits depuis la fin du XIIe siècle. Ces textes dits postclassiques traitent de philosophie du langage, d’épistémologie, d’éthique et de métaphysique, de théologie ou de cosmologie.

L’histoire de la philosophie s’intéresse surtout aux siècles précédents, allant en gros de 800 à 1200. Cette période orientale dite classique a fortement influencé le Moyen Âge tardif en Occident, comme le montrent Fibonacci et le zéro. Le renouveau de l’aristotélisme date aussi de ce temps. Abu’l-Walid Muhammad ibn Rouchd de Cordoue (1126-1198), connu sous son nom latinisé d’Averroès, célèbre pour ses commentaires d’Aristote, a eu un ascendant majeur sur les penseurs du monde chrétien médiéval.

Le projet en cours veut contredire l’opinion courante voulant que tout le reste, depuis cette période d’effervescence intellectuelle fructueuse, ne soit qu’obscurantisme et déclin sous le contrôle de théologiens dogmatiques. Au mieux, l’Occident s’accorde le mérite d’avoir repris le flambeau de la raison allumé dans les oasis du Proche-Orient.

« C’est vrai que l’Ouest a été influencé par la pensée islamique, mais cela ne veut pas dire que les penseurs arabes ont cessé d’exister après 1150 ou 1200, dit Robert Wisnovsky. Nous voulons donc utiliser les nouveaux outils pour mettre en évidence la masse de preuves qui existent afin de démonter les vieux et tenaces préjugés autour de l’absence de pensée rationnelle dans cette partie du monde. »

Langues mortes, textes vivants

Les nouveaux outils numériques ne facilitent pas la tâche : ils la rendent possible, tout simplement. À peine « quelques douzaines » de savants s’intéressent à ces questions en Occident, note le professeur Wisnovsky – lui-même spécialiste d’Avicenne (980-1037) -, alors que le corpus lie des milliers d’oeuvres enfouies dans des collections éparpillées d’un bout à l’autre du monde.

La numérisation de McGill s’est étendue de 2008 à 2012. « Le seul accès aux sources pose un défi, résume l’exégète. La banque de données facilite l’accès aux textes, mais aussi la compréhension de leur cheminement physique et intellectuel. Un manuscrit de Samarcande est copié à Ispahan puis se retrouve en Allemagne. La constitution de la bibliothèque virtuelle permet de retracer cette longue et complexe vie du texte. »

Elle permet aussi de découvrir des textes perdus, tout simplement. À Téhéran, M. Wisnovsky s’est intéressé à un codex d’anthologie contenant 55 essais de Yahya ibn Adi (893-974), philosophe chrétien de Bagdad, élève d’Al-Farabi, « second instituteur de l’intelligence », après Aristote, selon Averroès. Or la moitié du corpus, 24 textes au total, n’était connue que par des références ultérieures et tenue pour perdue ! « C’est un vrai accident, dit le spécialiste à l’origine de la découverte. Je m’intéresse plus à la réception d’Avicenne qu’à ses sources. »

Robert Wisnovsky enseigne la philosophie et la théologie islamiques avec un oeil constant sur la tradition de la traduction du grec à l’arabe. C’est d’ailleurs par cette langue morte que cet Américain d’origine est arrivé à la vivante. Il raconte qu’il a étudié le grec et le latin dans une école secondaire privée, à Princeton au New Jersey. « J’ai commencé des études classiques à l’université et j’y ai découvert l’arabe, qu’on enseignait alors comme une langue classique. J’en suis tombé amoureux. »

Des paradoxes

La PIPDI a d’abord identifié 3000 recueils notables disséminés d’Istanbul à Berlin. Un comité a ensuite pointé vers une tranche initiale de 400 textes encore plus fondamentaux, soit 65 ouvrages canoniques, 135 commentaires parmi les plus influents et 200 autres écrits jugés fondamentaux. La plus grande part (85 %) des manuscrits n’a jamais été éditée.

Pour l’instant, des copyrights réservent l’accès à la banque dématérialisée et potentiellement universelle aux seuls chercheurs de McGill, quelques happy few. Robert Wisnovsky a lui-même supervisé 16 Ph. D., dont le tiers appuyé sur les banques de données et cinq autres en cours. Son collègue Jamil Ragep a ses propres étudiants de haut niveau.

« C’est l’entente ; elle est loin d’être parfaite, mais nous espérons que la tendance ira vers l’accès libre, dit le professeur. Notre accord avec la Stadtbibliothek de Berlin va dans ce sens. Certains éléments, peut-être le cinquième ou le quart de la banque, seront donc accessibles à tous très bientôt. »

Autre paradoxe : les riches États pétroliers du Golfe n’ont fourni aucuns fonds pour ce chantier intellectuel. Le projet RSI est surtout subventionné (à hauteur de 1,5 million) par la Fondation canadienne pour l’innovation.

Lire à la machine

Cet organisme fédéral soutien les projets d’infrastructure des connaissances : équipement de pointe, laboratoires, collections scientifiques, etc. Une des retombées majeures du RSI concerne le traitement informatisé des documents manuscrits en langue arabe. Les différents styles calligraphiques de cette civilisation pose d’énormes difficultés de reconnaissance optique des textes, base de tout le travail de constitution de fichiers exploitables. Sans elle, l’image numérisée ne vaut guère plus qu’un microfilm. Avec elle, le document s’anime et s’interconnecte mot par mot, concept par concept. La translittération et la traduction électronique en dépendent.

Les équipes d’ingénieurs du professeur Mohamed Cheriet, de l’École de technologie supérieure (ETS) de Montréal, planchent sur ce défi. « C’est extrêmement complexe, explique le philosophe. L’arabe est une des langues les plus difficiles à faire lire par une machine. Nous avons donc les belles images, mais il faut pouvoir les explorer pour en tirer un plus grand avantage intellectuel. »

La science islamique nourrit ainsi la science actuelle, et vice versa. Pour l’instant, le prototype du laboratoire de l’ETS, l’Optical Shape Recognition, réalise les deux tiers des étapes principales du travail de lecture automatisée. Une fois complètement résolu, le traitement informatisé aura des répercussions énormes sur le secteur des études islamiques.

Il existe environ trois millions de manuscrits en langue arabe, qui peuvent représenter, quoi, un demi-million d’oeuvres copiées six fois chacune. Seule une petite portion est éditée. « Nos affirmations sur l’histoire de cette civilisation, ses sciences et sa philosophie, mais aussi son art ou sa poésie, son droit ou son architecture, repose sur une fraction statistiquement insignifiante », répète le spécialiste.

Les retombées potentielles dépassent largement le champ savant, on le comprend, surtout dans le contexte sociopolitique actuel en surtension. « Construire une image plus fidèle de l’histoire de cette partie du monde vaut en elle-même, mais ne peut aussi qu’accroître les chances de compréhension mutuelle des civilisations, conclut Robert Wisnovsky, lui-même un pont entre les civilisations. J’ai par exemple été contacté par un institut de Dubaï qui souhaite encourager des interprétations plus raffinées philosophiquement, et en tout cas moins dogmatiques que celles très populaires maintenant. Les concepts et la terminologie contenus dans les textes numérisés peuvent aider dans cette voie. L’idée n’est pas de devenir esclave de ce passé, mais de s’approprier les termes, les exemples ou les idées qui peuvent nourrir la réflexion encore aujourd’hui. »

BLx

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La Police de l’Amour dans le Métro de New York

Tout va pour le mieux dans le métro de New York

BLx via Philippe Bouchard

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Un site web extraordinaire

google-art-project-starring-night1

Salut Bruno,

J’espère que tu vas bien!
J’ai trouvé ce matin un site Web extraordinaire (http://www.googleartproject.com/) que j’aimerais bien partager avec la communauté d’H&C!
Il s’agit du « Google Art Project », une initiative permettant la démocratisation de l’art de tout genre, en rendant notamment accessible en ligne une myriade d’oeuvres d’art phares de notre histoire.
Définitivement une merveille à explorer sous toutes les coutures!
Au plaisir!
Hugo Vaillancourt

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Un philosophe qui gagne à être connu

Le vendredi 15 mars à 18h

Lancement du livre de Ciriac Oloum

Max Stirner, Contestataire et affranchi

à la librairie Le Port de Tête

262, av du Mont-Royal E

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Il arrive que, par une curieuse coïncidence, certains ouvrages semblent faire écho aux évènements de l’actualité ou de l’histoire récente. Tel est le cas de l’ouvrage de Ciriac Oloum, intitulé Max Stirner, contestataire et affranchi. Toutefois, celui qui ne verrait derrière sa couverture – rouge, de surcroît – qu’un manuel présentant un auteur anarchiste passerait à côté de la substance du propos de Oloum et, par le fait même, des deux attraits de son livre.

Le premier concerne la reconstitution du contexte intellectuel duquel émane la pensée de Max Stirner (1806-1856) – Johann Caspard Schmidt de son nom de baptême. Le lecteur y découvre la place qu’occupait Stirner au sein du mouvement des jeunes hégéliens. Le projet philosophique de ce mouvement d’intellectuels Allemands de gauche consistait à s’affranchir de l’omniprésence de l’idéalisme de Hegel dans l’Allemagne du XIXe siècle, plus particulièrement, de son exaltation de l’État comme incarnation de l’esprit absolu.

À travers une traque sans merci des « idées fixes », dont la transcendance tient plus à une majuscule qu’à la réalité – la Religion, l’État, le Peuple, l’Ordre ou l’Homme –, Stirner développe une anthropologie marquée par l’égoïsme ontologique de l’individu : unique, irréductible à tout genre et toute transcendance, exclusivement identique à lui-même, le Moi s’échappe de la prison du concept pour se réapproprier le monde matériel, seul objet de jouissance.

Oloum restitue ainsi la pensée d’un philosophe souvent perçu à travers l’image qu’en rend Marx, soit celle d’un idéologue aveuglé par ces mêmes idées qu’il pense combattre et déconnecté de la réalité sur laquelle il estime s’appuyer. Mais au-delà de l’entreprise de réhabilitation, l’auteur met en relief un aspect original de la pensée stirnerienne, en l’occurrence, sa filiation avec l’existentialisme athée : loin de se réduire à être le cheval de trait de l’anarchisme individualiste, le Moi stirnerien préfigure l’individu existentialiste, condamné à la liberté et perpétuel autocréateur. Là se trouve, nous semble-t-il, le point d’orgue de la thèse développée dans Max Stirner, contestataire et affranchi.

Le second attrait réside dans la pertinence pédagogique du travail de Oloum. Professeur de philosophie au collégial, son ouvrage devrait rencontrer un certain écho auprès de ceux qui s’intéressent aux conceptions de l’être humain – que ce soit à titre de professeur ou d’étudiant. Ainsi, on n’aura manqué de remarquer en quoi Max Stirner, contestataire et affranchi s’insèrerait harmonieusement dans un cursus de philosophie, ne serait-ce que pour traiter le problème du déterminisme et du libre-arbitre ou encore du développement de l’existentialisme. Accessibles sans sacrifier quoi que ce soit à la superficialité, érudites sans être obscures, les pages de l’ouvrage de Oloum présentent l’équilibre propre à stimuler la réflexion et la curiosité du lecteur.

Bref, il s’agit d’un volume qui trouvera aussi bien sa place dans une bibliothèque que dans une salle de cours.

Pascal Solignac

OLOUM Ciriac, Max Stirner, contestataire et affranchi, préface de Lucien Ayissi, Paris : L’Harmattan, 2012. 119 p. Éthique, politique et science. ISBN9782296965027.

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Ciriac Oloum

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Bonne Année!

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«cette petite (H9cm, D 6.7cm) gourde en faïence silicieuse, est inscrite avec un voeu de bonne année, datant du règne du Pharaon Amasis (570-526 av.JC).
Amasis était un plébéien immigré (berbère libyen) qui fut proclamé pharaon par une révolution populaire. Grand bâtisseur et grand réformateur, il invita, dit-on, Thalès et Pythagore à sa cour, et mit fin à l’exemption fiscale du clergé. Pas mal, non ?»

Source: Lunettes rouges

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René Lévesque: le point de vue des étudiants en Histoire et Civilisation

«René», Sérigraphies, Collectif Histoire et Civilisation, février 2012

Des étudiants en Histoire et civilisation, en compagnie de leur professeur Philippe Bouchard, ont accepté, «à chaud et sans préparation», de parler de René Lévesque pour «Dimanche Magazine». L’évocation qu’ils ont faite du grand homme nous rend pas mal fiers…

http://www.radio-canada.ca/audio-video/pop.shtml#urlMedia=http://www.radio-canada.ca/Medianet/2012/CBF/DimancheMagazine201210281106_3.asx

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