Archives de Tag: laïcité

Le Québec et le Canada, des États laïques ou polyreligieux?

 

Vous avez dit laïcité?

Patrick Moreau – Rédacteur en chef de la revue «Argument», Le Devoir, 2/03/17

Dans un de ses éditoriaux de la semaine dernière, Francine Pelletier affirme, à propos de la laïcité, « qu’on ne sait pas vraiment de quoi on parle, quand on en parle ». Sur ce constat, je suis plutôt d’accord avec elle. Comme bien d’autres mots qui sont essentiellement problématiques — par exemple « liberté » ou « démocratie » —, cette notion n’a pas de définition arrêtée et définitive.

Mais si on ne sait pas avec exactitude ce qu’est la laïcité, on sait au moins ce qu’elle n’est pas — comme on sait que, même qualifiée de « populaire », la démocratie ne peut s’accorder avec un régime de parti unique, ou que le mot « liberté » ne peut être synonyme d’« esclavage », comme dans le célèbre roman de George Orwell.

Une fois ce principe établi, force est de constater que le Canada, comme d’ailleurs le Québec, ne peut être considéré comme laïque. Le Canada comme le Québec sont des États religieux, poly ou multireligieux, certes, mais religieux tout de même, et situés l’un comme l’autre aux antipodes de la laïcité.

Une telle affirmation peut paraître exagérée, voire extravagante. Pourtant, quelques exemples devraient suffire à convaincre un observateur impartial. Tout d’abord, le préambule de la Charte canadienne des droits et libertés, dont on prétend à tort qu’elle est au fondement de la laïcité canadienne, s’ouvre sur ces mots : « Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit ». On conviendra sans peine qu’une telle formule, placée en tête de la loi fondamentale du pays, n’est pas laïque. Or cet exemple n’est pas le seul qui atteste le caractère fondamentalement religieux de l’État fédéral. Ainsi, une prière, oecuménique depuis 1994 et qui commence par l’invocation de « Dieu Tout-Puissant », est récitée à la Chambre des communes au début de chaque séance parlementaire. On est très loin là encore de la laïcité.

« Suprématie de Dieu »

À la lumière de ces deux exemples, on comprend mieux pourquoi, alors que la Charte protège théoriquement la « liberté de conscience et de religion », seule cette dernière (à l’exception évidemment du handicap, mais c’est un cas fort différent) donne droit dans les faits à ces « accommodements raisonnables » dits « pour motif religieux » ; ce qui permet au moins de se demander, avec le juriste Jean-François Gaudrault-Desbiens, si ce dernier exemple « ne révèle pas […] le statut privilégié que la Cour suprême reconnaît, d’une part, à la religion dans la foison des “doctrines compréhensibles” susceptibles d’encadrer et de guider la vie des individus et, d’autre part, à la liberté de religion dans la hiérarchie des droits ». Autrement dit, si le Canada apparaît relativement neutre à l’égard des diverses confessions religieuses pratiquées sur son territoire, il ne l’est absolument pas par rapport à la religion en général, qu’il favorise expressément, ce qui concourt à faire des incroyants sinon des citoyens de second ordre, des citoyens moins favorisés en tout cas.

Dans cette affirmation de la « suprématie de Dieu », le Québec n’est pas en reste. Outre le crucifix qui trône au mur du Salon bleu du parlement, on peut mentionner les importantes exonérations ou réductions fiscales dont bénéficient les lieux de culte, les membres d’un ordre religieux, les organismes liés à une religion ou, autre exemple, le cours Éthique et culture religieuse qui place la religion au coeur de l’identité des élèves, aux dépens de ceux qui sont sans religion, qui se retrouveront ainsi symboliquement marginalisés. Un État véritablement laïque n’est pas censé placer de cette façon la religion très au-dessus de toutes les autres « doctrines compréhensibles » et convictions de ses citoyens, ni la favoriser financièrement.

Le chef du gouvernement d’un tel État y penserait également à deux fois avant de proclamer : « Allahu Akbar » (Dieu est grand !), même à l’occasion des obsèques des victimes d’un acte terroriste odieux. En effet, M. Couillard est supposément le premier ministre de tous les Québécois, qu’ils croient en Dieu ou n’y croient pas. Lui-même peut évidemment avoir, en tant qu’individu, la foi qu’il veut ; mais si nous vivions réellement dans un État laïque, il devrait s’abstenir d’exprimer publiquement cette foi lors d’une cérémonie durant laquelle il représentait le Québec et tous les Québécois.

Il est vrai que les croyants qui fréquentent assidûment les lieux de culte ont plus tendance que d’autres à voter en bloc, surtout si leurs prêtres, leurs imans, leurs rabbins, etc., les y encouragent ne serait-ce qu’à mots couverts — «Le ciel est bleu, l’enfer…» On connaît ça. Il est clair que, si bien des élus visitent avec une telle fréquence les lieux de culte, courtisent les chefs religieux et ne veulent surtout pas entendre parler de loi sur la laïcité, ce n’est pas seulement une question de principes, mais aussi et surtout parce qu’ils y trouvent leur intérêt… électoral.

Précisons, pour finir, qu’il n’y a d’ailleurs nulle obligation pour un État d’être laïque (nombre d’États souverains à travers le monde ne le sont pas). Que l’on cesse par contre de nous faire prendre des vessies pour des lanternes, et le débat entourant ces questions des relations entre la religion et l’État y gagnera, sinon en aménité, du moins en clarté.

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BLx

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Féminisme islamique?

voile

Pas de compromis au nom d’un «féminisme islamique» inexistant, prévient Wassyla Tamzali

Isabelle Paré, Le Devoir, 31/10/13

Le « féminisme islamique » est une pure création de l’Occident, affirme la féministe algérienne Wassyla Tamzali. L’auteure de Burqa? s’inquiète de ce que le Québec se dirige vers « la voie du milieu » pour son projet de charte de la laïcité, toute dilution du concept ouvrant la porte « au fanatisme religieux ».

De passage à Montréal, où elle prononcera jeudi et vendredi deux conférences dans le cadre du Festival du monde arabe, Wassyla Tamzali ajoute sa voix vibrante à celles d’autres féministes musulmanes qui affirment que la laïcité « ouverte » donne actuellement lieu à un glissement idéologique sacrifiant les droits fondamentaux des femmes au nom de la tolérance religieuse.

L’ex-directrice du programme de l’UNESCO pour les droits des femmes déplore la solution de « compromis » vers laquelle semble se diriger la charte en devenir du gouvernement du Parti québécois. « En tant qu’intellectuelle, ça me tue que pour des questions aussi fondamentales que les droits des femmes, on prenne la voie du milieu. Sur une loi tellement importante, on ne peut dire : ça sera permis, dans telles ou telles conditions. On ouvre la porte toute grande au fanatisme religieux. Il faudrait qu’on sente l’ambition politique derrière cette charte », insiste l’auteure féministe.

Comme elle l’a martelé lors du débat similaire qui a secoué la France, Mme Tamzali rappelle que la laïcité ne vise ni à « rassembler les religions » ni à « maintenir la paix sociale » comme l’invoquent plusieurs politiciens. La laïcité garantit à tous la pleine liberté de conscience – une notion contraire à l’islam – et à libérer l’État de l’emprise du religieux, dit-elle.

Or, par crainte d’être taxés d’islamophobes ou par culpabilité à l’égard d’anciens colonisés, certains intellectuels mêlent tout. « Si être religieux, c’est pouvoir faire n’importe quoi, aucune loi ou charte ne peut tenir. Toutes les lois et les libertés ont des limites. Quand une femme dit que sa religion l’oblige à se couvrir, de quoi parle-t-on ? Le port du voile n’est pas un choix, mais un consentement à vivre une ségrégation sexuelle », dit-elle.La loi française interdisant la burqa, précédée et basée sur de profondes analyses théologiques et légales, a démontré la notion beaucoup plus culturelle que religieuse du voile et de la burqa, ajoute-t-elle.

La tolérance religieuse des féministes occidentales face au voile, déplore Tamzali, cache une vision « ethniciste » de la réalité qui permet aux féministes de trouver acceptable pour des femmes d’autres pays ce qu’elles refuseraient pour elles-mêmes. « L’islam est le trou noir de la pensée occidentale. On ne connaît pas l’islam. Il y a une faiblesse dans le discours parce qu’on a peur de stigmatiser l’islam. D’où le féministe islamique, qui est une création de l’Occident. L’islam ne libère pas les femmes, il les remet à leur place, les soumet à la charia », dit-elle, déplorant que le discours des salafistes et des wahhabites occupe maintenant tout le champ de l’islam.

BLx

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Rallumons Les Lumières!

On peut se le dire? Dieu, s’il existe, hait les femmes

Normand Baillargeon, Voir, 16/10/13

Le fameux bout de tissu prend énormément de place dans le débat sur la laïcité – je n’arrive toujours pas à dire «la Charte des valeurs québécoises»…

De tristes crétins – qui n’ont toujours pas compris qu’il n’est pas question, ici, du port du voile ou de n’importe quel autre signe religieux dans la sphère privée ou sur la place publique, mais seulement de leur port par des employés de l’État quand ils et elles sont en fonction – s’en prennent, verbalement ou pire, à des croyantes et à des croyants.

Disons-leur leur infinie bêtise et revenons au vrai sujet.

On a récemment beaucoup fait valoir que c’est librement que des femmes portent le voile et il n’y a, bien entendu, aucune raison de remettre cela en question. Il ne s’ensuit toutefois pas qu’on devrait en autoriser le port pour les fonctionnaires. Ici, il y a un vrai débat. À l’heure actuelle, il ne semble plus concerner que l’extension de cet interdit, la plupart des gens convenant qu’il doit s’appliquer aux fonctionnaires qui incarnent l’autorité régalienne de l’État (juges ou policiers, par exemple).

Pour les autres (enseignantes et éducatrices, notamment), de bons arguments sont avancés de part et d’autre. Je penche vers l’interdiction, comme je l’ai déjà dit, en particulier parce qu’enseignantes et éducatrices sont en situation d’autorité, cette autorité étant celle de la formation des citoyennes et des citoyens. Mais on peut en discuter.

Je trouve cependant qu’on s’interdit beaucoup, dans ce débat, de rappeler que toutes les religions sont d’un sexisme si affolant qu’il invite à penser que Dieu, s’il existe (ou du moins un de ces innombrables dieux au nom desquels l’humanité n’a cessé de se déchirer), est un sacré misogyne. Et je soupçonne que les crétins susnommés sont pour quelque chose dans cet interdit, qui fait craindre d’être assimilé à eux.

Pourtant, si, au nom de la tolérance, il faut respecter le choix fait sans contrainte d’adhérer à une religion – et le cas échant de porter le voile –, au nom de la même tolérance, les incroyants doivent pouvoir librement rappeler, sans être taxés de racisme ou d’islamophobie, ce que les grandes religions disent des femmes, et qui est souvent si horrible. Et ils doivent ensuite pouvoir demander aux croyantes et croyants si elles sont au courant de tout cela et, dans l’affirmative, ce qu’ils et elles en pensent.

Le cas du catholicisme est connu: l’interdiction de l’avortement, l’accouchement dans la douleur, l’impossibilité d’accéder à la prêtrise, entre autres, signent la subordination des femmes.

L’Église mormone est ouvertement patriarcale et on y pratique encore la polygamie. L’Église baptiste sudiste, elle, prône et pratique un «complémentarisme» qui confine la femme au foyer et en position de subordonnée à son mari.

Pour ce qui est du judaïsme, le Talmud est clair: «Mieux vaut brûler la Torah que la confier à une femme.» Chaque matin, l’homme remercie par prière rituelle de ne pas avoir été fait femme. Et je ne parle même pas du statut de la femme dans le judaïsme ultra-orthodoxe (haredim).

Dans le bouddhisme theravada, l’homme peut être illuminé (sic!) en accédant au statut de moine, mais pas la femme.

Dans certaines interprétations de l’hindouisme, une veuve devrait s’immoler lors des funérailles de son mari. À défaut, la tradition des Satis ne permet pas à une veuve de bien s’alimenter, de porter de bons vêtements ou de dormir dans un lit.

Au Ghana, au nom de croyances religieuses, de très nombreuses femmes, certaines très jeunes, sont aujourd’hui encore tuées parce qu’elles sont présumées être des sorcières.

Mais la palme de la misogynie pourrait bien revenir à l’islam, avec ses crimes d’honneur, ses mutilations génitales, ses mariages forcés, sa polygamie, ses mariages de toutes petites filles, son contrôle obsessionnel de la sexualité des femmes, ses extraordinaires restrictions à la liberté, son code vestimentaire issu du Moyen-Âge et son machisme terrifiant. Le Coran est clair: «Les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs qu’Allah accorde à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des dépenses qu’ils font de leurs biens. Les femmes vertueuses sont obéissantes (à leurs maris), et protègent ce qui doit être protégé, pendant l’absence de leurs époux, avec la protection d’Allah. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d’elles dans leurs lits et frappez-les.» (Le Coran, 4:34).

Et si Dieu ne hait pas les femmes pour la bonne raison qu’il n’existe pas, voilà en tout cas des exemples de ce que signifie vivre sa vie en se fondant sur des préceptes adoptés par des paysans et des gardiens de troupeaux illettrés ayant vécu il y a des siècles et des siècles, amen.

On devrait pouvoir mettre tout cela dans la conversation démocratique et dire qu’on trouve ces idées absurdes, dangereuses et rétrogrades, sans être taxé de racisme ou d’islamophobie. Et on devrait pouvoir demander aux femmes croyantes, et parfois voilées, ce qu’elles en pensent.

BLx

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Féminisme et « processus rationnel de sécularisation »

Fragile, la liberté féminine

Boucar Diouf, La Presse 21/09/13

Dans cette saga qui divise profondément la société québécoise, les médias nous montrent régulièrement des figures de jeunes femmes qui, dans leur désir légitime de contestation identitaire, affirment très fort être femme voilée et libre. La dernière que j’ai entendue s’appelait Fatima et elle se disait aussi féministe.

Je ne veux absolument pas philosopher sur le voile, sa symbolique ou son histoire parce qu’il est vrai que la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. Loin de moi donc, Fatima, l’idée de poser un quelconque jugement sur tes valeurs ou de m’insurger contre tes certitudes.

Ceci dit, je ne peux résister à la tentation de te rappeler qu’être à la fois jeune, femme voilée et libre dans ses choix est un grand privilège qui impose aussi un certain devoir de mémoire à celle qui le scande.

Il est en effet long et laborieux, Fatima, le chemin vers cette liberté féminine aujourd’hui à la portée de toutes. Si on veut comprendre toute l’histoire, disait mon grand-père, mieux vaut avoir lu celle qui précède avant d’écrire celle qui suit.

Elle a commencé en Occident avec les assauts des penseurs des Lumières contre l’obscurantisme et la superstition. Ils étaient philosophes, architectes, intellectuels et humanistes de toutes disciplines à rebondir sur les idées de la Renaissance et à harceler le christianisme pour le rendre plus égalitaire et moins violent. Lorsqu’en 1095, le pape Urbain II a béni les chevaliers à partir de la ville de Clermont, devenue Clermont-Ferrand, le «tu ne tueras point» biblique, aujourd’hui universel, n’incluait pas le camp des infidèles qui avaient le croissant lunaire comme symbole. Au contraire, dans leur désir de libérer Jérusalem, les croisés avaient pour mission de les massacrer.

Il a donc fallu, Fatima, le travail colossal de bien des catalyseurs de changement pour faire basculer la chrétienté du Moyen Âge à la Renaissance et ensuite au Siècle des Lumières. Une lumière qui allait rester très terne pour les femmes, jusqu’à ce que le mouvement féministe déclare une guerre de tranchées aux phallocraties occidentales. Son objectif? En finir avec l’assujettissement, l’infantilisation, la marginalisation et la mise sous tutelle dont les femmes ont toujours été victimes, en grande partie à cause de la religion.

Parce qu’il faut savoir, Fatima, que les trois religions abrahamiques que sont l’islam, le christianisme et le judaïsme n’ont pas été très tendres avec la féminité. Si tu ne me crois pas, je te conseille de retourner dans la Genèse revisiter l’épisode de Sodome et Gomorrhe, où le personnage de Loth offre en pâture ses deux filles vierges à la population pour protéger les anges qui séjournaient chez lui. Ou mieux encore, regarde comment Abraham terrorisé s’est comporté avec sa femme Sarah devant le pharaon!

Cette supposée volonté divine de faire de la femme une servante de son homme sera la principale cible de cette révolution féminine. Une injustice qui amènera Simone de Beauvoir à proclamer que la féminité était plus le fait d’une construction sociale que d’une prédestinée génétique. Dans Le deuxième sexe, cette grande dame écrira d’ailleurs la tirade la plus subversive du féminisme: on ne naît pas femme, on le devient.

Des Simone de Beauvoir, Fatima, il y en a eu dans tous les pays. Au Québec, elles s’appellent Marie Gérin-Lajoie, Thérèse Casgrain, Idola Saint-Jean, Madeleine Parent, Simone Monet-Chartrand, Janette Bertrand… Si tu veux saluer le travail de ces militantes, dont certaines ont consacré leur vie à te préparer le terrain, je te conseille de lire le merveilleux bouquin de Micheline Dumont Le féminisme raconté à Camille. C’est un concentré d’une grande clarté de la longue marche vers cette précieuse, mais ô combien fragile, égalité des sexes dont nous profitons tous aujourd’hui sur cette terre d’accueil.

Fatima, si on peut aujourd’hui, au Québec ou au Canada, choisir sa liberté et son féminisme dans le voile ou à découvert, non seulement on a un devoir de mémoire envers les artisans de cette liberté, mais on a aussi une obligation de solidarité avec ces consoeurs vivant dans des pays où les mêmes dogmes religieux qui les empêchent encore de voter et d’avoir un permis de conduire, les obligent aussi à se couvrir.

BLx

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Sécularisation et liberté

Sans titre

Alors que la réalisation de mon épreuve synthèse de programme m’a permis de me rendre compte que l’absence de laïcité et de sécularisation au Moyen-Orient représente un véritable obstacle à la liberté de plusieurs êtres humains, on se doit de constater que ce phénomène n’est pas propre au Moyen-Orient.

Banda Aceh, Indonésie.

Alors que la presque totalité de ce pays comptant plus de 240 millions d’habitants se revendique comme étant  laïc, Banda Aceh persiste à être une triste exception. Cette province emploie ouvertement des lois islamistes. Nous ne parlons pas là d’une certaine forme de conservatisme religieux, mais plutôt carrément de cas d’adultère résultant en une lapidation de la femme, d’homosexuels emprisonnés ou carrément battus dans les rues en raison de leur orientation sexuelle. Le port du voile chez la femme est une obligation, évidemment.

Récemment, un phénomène désolant a eu lieu. Près d’une centaine de jeunes punk se sont faits persécutés en raison de leur style vestimentaire lors d’un concert. On leur a coupé les cheveux de force, changé leur habillement et ils furent emmenés dans un centre de détention qui pratiquait une forme de «réhabilitation» par l’entremise d’entraînements militaires et de cours intensifs de religion. [1]

Sans titre1

De quoi étaient coupables tout ces jeunes punk? De rien qu’un système juridique rationnel puisse prouver. Or, le système juridique de Banda Aceh n’est pas rationnel, laïc, séculaire. Cette absence de sécularisation a engendré l’emprisonnement absolument déplorable et scandaleux de tous ces innocents, a brimé leur droit de se réunir et de s’exprimer librement.

Cet incident –qui n’est malheureusement qu’un parmi tant d’autres- vient renforcer l’idée selon laquelle une société ne peut sincèrement prétendre que ses citoyens sont réellement libres et affranchis tant qu’elle n’est pas séculaire. Sans la sécularisation, il n’y a place que pour un cadre normatif auquel tous se doivent d’obéir- un cadre qui ne laisse pas place à la singularité, comme le démontre parfaitement le cas de ces jeunes punks qui n’ont pas commis le moindre mal, mais qui se sont retrouvés dans une situation injuste, ces jeunes dont la liberté fut brimée.

Le but de l’histoire est la liberté pour tous, a un jour dit Hégel, et il ne faut pas oublier que la sécularisation est une étape fondamentale pour la libéralisation de tous.

Christine Dakhil


[1] Ap News, Hard-line Indonesian police shave punkers’ mowhaks, ASIAN CORRESPONDENT [En ligne] http://asiancorrespondent.com/71977/hard-line-indonesian-police-shave-punkers-mohawks/ (page consultée le 10 juin 2013).

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