Archives de Catégorie: Histoire et civilisation

Mon premier orignal

paysage

Le mois d’octobre est synonyme d’Halloween pour la majorité des enfants du Québec. Ce fut mon cas jusqu’à l’âge de douze ans. Effectivement, le mois d’octobre a une tout autre signification pour la majorité de la population de l’Abitibi-Témiscaminque, car à l’âge de douze ans moi, comme beaucoup d’autres enfants, avons passé notre « cours de chasse ». Ce cour consiste à apprendre les maniements des armes, à bien connaitre la faune, ainsi qu’à prouver que nous sommes capables de chasser. Une fois l’examen terminé, je suis plongé dans l’attente et ce n’est que deux semaines plus tard que j’ai reçu par la poste le résultat qui fût positif, ainsi que ma carte me donnant le droit de chasser avec un adulte, car ce n’est qu’à l’âge de dix-huit ans qu’il est possible de chasser seul. Maintenant que j’ai ma carte de chasse, j’ai évidemment besoin d’une arme, mais comme la loi sur l’âge limite pour chasser, il y en a une, qui est la même pour l’acquisition et la possession d’une arme, il faut dix-huit ans pour avoir une arme à notre nom, alors moi et mon père sommes allés m’en acheter deux à son nom. Bref, j’ai maintenant ma.270 pour chasser l’orignal, et une.22 pour la perdrix. Tous ces événements se déroulent l’été, je dois donc attendre à l’automne, en octobre, pour l’ouverture de la chasse.

Une fois la date arrivée, c’est plusieurs rituels qui s’installent pour la population de Témiscamingue. La chasse commence habituellement le premier samedi d’octobre, alors le vendredi matin il y a la messe du chasseur pour les croyants, je n’y suis jamais allé, mais mes tantes oui. Ils m’ont dit que le curé parle de chasse quelque peu, puis s’entretient avec chacun d’eux pour leur souhaiter bonne chance, puis le reste du temps c’est une messe traditionnelle. Il y a aussi le déjeuner du chasseur où beaucoup de chasseurs se réunissent pour parler de chasse, des traces d’orignaux qu’ils ont vu sur leur territoire de chasse, etc.

camp

Après, les gens se dirigent vers leurs camps, avec des provisions pour être capable de survivre deux semaines dans le bois, ainsi que plusieurs boissons alcoolisées, car la chasse sans alcool ce n’est pas pareil! Le vendredi soir l’ambiance au camp est à la fête, un bon repas en bonne compagnie et un gros dodo pour le lendemain.

tour

Le samedi matin à 6 heures c’est l’heure de se lever, un gros café, un très léger déjeuner et une petite marche vers nos tours, dont certaines sont à 45 minutes à pieds, car on doit marcher très lentement pour ne pas faire de bruit. Pour ma part le premier matin de ma première chasse à vie, je suis mon père à la tour du pin, à 15 minutes du camp. Je m’installe et j’attends, rien. Vers 11 h on est de retour au camp pour dîner et écouter le rendez-vous du chasseur, qui est une émission dans laquelle des gens appellent pour féliciter ou encourager des chasseurs.

Maintenant, je passe 5-6 années, je n’ai toujours pas tué d’orignaux, mon oncle oui, ainsi que mon père quand je n’étais pas avec lui. J’ai donc dix-huit ans, c’est la troisième ou quatrième journée de chasse. Les deux premières journées ont été très tranquilles, mes partenaires de chasse sont dans des tours, je suis seul sur la galerie du camp où il y a une très belle vue pour chasser.

galerie

Il est environ 9-10 heures du matin, je me suis endormi sur ma chaise berçante qui est sur la galerie. Je me réveille il est environ 10 h 30, je décide donc d’aller couper du bois à côté du camp pour faire un feu, car il fait froid. Je coupe une dizaine de bûches et je m’en vais au camp pour faire le feu, mais à ce moment qu’est-ce que je vois à 850-900 pieds, une très grosse femelle orignal qui s’apprête à traverser l’étang, je suis chanceux, car je peux seulement tuer les femelles une année sur deux, c’est la loi pour préserver l’espèce. Elle est à environ 100 pieds de mon frère dans sa tour, mais il ne peut pas la voir, car elle est cachée par une pointe de forêt. Je dépose les morceaux de bois par terre, ils peuvent attendre. Je cours prendre ma carabine et je vise l’orignal, je tire une première balle, elle ne bouge pas, alors je lui en tire une autre et une autre, j’ai compris par la suite que je l’avais atteint toutes les fois, mais pour l’instant je ne le sais pas. La femelle se tourne de dos, et regarde vers moi, je ne peux donc plus lui tirer dans le cœur, et je ne peux pas non plus lui tirer dans les fesses, car beaucoup de viande s’y trouve, alors je décide de lui viser la tête à 850 pieds, je tire et je vois qu’elle se met à trembler, mais elle ne tombe toujours pas. Je recharge une balle et tire une dernière balle vers la tête, elle se met à courir et fait environ 20 pieds et tombe dans le bois, je lui ai troué l’oreille avec la première balle, et cassé la mâchoire avec la seconde. Je prends quelques bières dans le frigidaire, et je pars à la rencontre de mon orignal. Je rencontre mon père qui était avec mon frère de 15 ans et qui me dit qu’ils ont vu mes deux dernières balles frapper dans l’eau devant eux. Il me demande si j’ai touché l’orignal si c’est un mâle ou une femelle, je lui dis que je ne sais pas si je l’ai touché, car elle ne bougeait pas alors nous allons voir et elle est là couché par terre, morte.

orignal

Les chasseurs ne sont pas des sauvages sans émotion, nous avons un grand respect pour les animaux, c’est pour cela que nous nous dépêchons à aller voir si l’orignal est mort, car on ne veut pas que la bête souffre inutilement. Par contre, il y a aussi une autre raison pour trouver l’orignal rapidement, car il faut lui couper la gorge pour le vider de son sang, car sinon l’orignal gonfle et la viande se gaspille. Nous coupons donc l’orignal en quatre quartiers, que nous pendons pendant 24-48 heures à l’extérieur avant de l’amener dans le garage pour enlever le poil, et nous l’amenons finalement chez le boucher. Mais avant, une fois l’orignal accroché à côté du camp, tout le monde me félicite, on boit quelques bières puis on dîne, les autres chasseurs retournent à la chasse, en fait que deux des quatre chasseurs du camp, car l’un d’eux doit mettre son permis sur mon orignal, car c’est un orignal pour deux permis. Voici donc ce qu’est la chasse, il faut aimer la nature, et être patient, car je n’ai toujours pas tué d’orignal depuis ce temps.

Jean-François Demers

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Livres d’art gratuits en ligne!

Le Metropolitan Museum of Art et le musée Guggenheim offrent gratuitement l’accès en ligne à des centaines de livres d’art et catalogues d’exposition.

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Ancient Egyptian Calligraphy

Source: Open Culture

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«Ben voyons donc, c’est juste une joke!»

La réplique› Les limites de l’humour

L’humoriste ne peut se soustraire à la critique

Il n’a pas le monopole pour «départager ce qui mérit[e]» d’être sacré de ce qui ne le «mérit[e] pas»

Audrey Simard, Le Devoir, 15/05/14
Le déclencheur « Il serait bien prétentieux, voire dangereux, de croire que nous pouvons faire l’économie du rôle précieux du bouffon. Notre société n’est pas l’aboutissement d’une perfection divine. Elle doit être remise en question comme celles du passé l’ont déjà été. L’espace du bouffon mérite d’être protégé par le citoyen plutôt que cloisonné par les présumées victimes de cette bouffonnerie. Car je peux vous garantir que si chacun appose sa propre petite barrière personnelle dans le but de restreindre le terrain de jeu du clown, il ne restera, en bout de course, qu’assez d’espace pour faire du surplace. »

Guillaume Wagner, « La moquerie ne doit pas être censurée », Le Devoir, 10 mai 2014

Dans son texte, l’humoriste Guillaume Wagner insiste sur le « rôle précieux du bouffon » et de l’« espace du bouffon [qui] mérite d’être protégé ». Bien que l’humour puisse servir de « soupape aux tensions » ainsi qu’à « apaiser les frustrations associées aux bornes sociales », je ne crois pas qu’il doive être protégé à tout prix, c’est-à-dire au détriment des « présumées victimes de cette bouffonnerie », comme les qualifie M. Wagner. L’humour devenant dans la majorité des cas un prétexte pour intimider ou véhiculer/renforcer des stéréotypes sexistes, homophobes, racistes, âgistes, etc., cette égalité « sous le poids du ridicule » dont parle Wagner n’est malheureusement pas réelle puisque ce sont le plus souvent les femmes, les personnes homosexuelles, racisées, handicapées ou dont le corps ne correspond pas aux normes qui sont le plus souvent la cible des humoristes.

Si l’humoriste « est celui qui respecte assez son public pour lui dire la vérité », il s’avère que ses propos ne sont pas que des vérités, mais bien souvent des préjugés, des stéréotypes et des insultes. Un exemple, tiré directement du répertoire de 2012 de M. Wagner, le démontre d’ailleurs : son attaque sur la sexualité et le corps de la chanteuse Marie-Élaine Thibert. Il arrive aussi que « l’humour sexuel, scatologique et violent » dont parle M. Wagner passe de la blague aux actes, comme l’a démontré un certain humoriste nommé Gab Roy, qui a maintes fois mis en pratique ses blagues haineuses envers les femmes. Malheureusement, les paroles de ces clowns de « l’industrie de la blague », prononcées haut et fort sur la place publique, sont trop souvent banalisées à coups de « ben voyons dont, c’est juste une joke », alors qu’elles ont un impact concret sur les mentalités et donc sur le quotidien de personnes, qui, en plus des violences ordinaires qu’elles subissent, se voient confrontées à cette humiliation publique.

Alors que M. Wagner voit un danger dans la censure de la moquerie, le risque me semble davantage résider dans cette volonté de l’humoriste d’être un individu intouchable, revendiquant que sa parole soit à l’abri de toute critique. Tout le pouvoir que la société lui accorde déjà, en lui offrant une tribune rejoignant des milliers de personnes, en fait selon moi un citoyen redevable de ses blagues. Alors oui, certains humoristes devraient se censurer en réfléchissant à l’impact de leurs blagues sur les personnes qui les reçoivent, puisque l’humour contribue à modeler les mentalités. Si la moquerie peut servir à refléter nos travers et à en rire, ce n’est certainement pas sans esprit critique, en récupérant simplement les préjugés ambiants et en les martelant en boucle. Selon moi, tout banaliser sous couvert de l’humour peut devenir un excellent moyen pour se déresponsabiliser de ses paroles. Si, comme le mentionne Wagner, le clown a « le devoir de tout remettre en question », alors son public a certainement le devoir de remettre en question l’humour de ce dernier, sans quoi nous ferons face à un déséquilibre des pouvoirs érigeant le clown en être tout puissant ayant la possibilité de tout dire, en toute impunité. Accorder tout l’espace à l’humoriste sans lui offrir de résistance, comme le souhaite M. Wagner, ne ferait que nourrir cette toute-puissance qui n’a pas lieu d’être.

Alors, à qui revient donc le pouvoir de « départager ce qui mérit[e] » d’être sacré de ce qui ne le « mérit[e] pas » ? L’humoriste ne doit certainement pas avoir le monopole en ce domaine. Et en ce sens, vivement davantage d’humoristes femmes, handicapés, racisés, homosexuels afin de réellement favoriser une diversité de points de vue et une véritable critique sociale par l’humour.

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Trois petites notes de musique venues de l’antiquité grecque

 

ancient-greek-music-e1383103912285Open Culture: What Ancient Greek Music Sounded like

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L’utilité de l’inutile

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De la nécessité d’enseigner l’inutile

Réflexions de Nuccio Ordine sur l’importance des humanités

Renaud Lussier, Le Devoir, 26/04/14
Dans son dernier essai, Nuccio Ordine, professeur de littérature à l’Université de la Calabre, partage ses réflexions sur l’importance des humanités dans le contexte actuel, qu’il décrit comme un temps de crise, d’obsession à l’égard de l’utilité et de la rentabilité du savoir. L’utilité de l’inutile prend la forme d’une défense du savoir et de la culture dans une perspective humaniste en revenant sur une question fondamentale : comment peut-on rendre l’humanité plus humaine ?

Ordine encourage avec conviction la lecture des classiques de la philosophie et de la littérature, plaide pour la valorisation de ces disciplines que l’on juge trop souvent inutiles et qui sont pourtant si riches en enseignement. «[…] la prétendue inutilité des classiques peut en réalité se révéler un instrument des plus utiles pour nous rappeler […] que la possession et le profit sont mortels, alors que la recherche déliée de toute obligation utilitariste peut rendre l’humanité plus libre, plus tolérante et plus humaine ». L’auteur propose une sélection d’extraits de philosophes, parmi lesquels on trouve Platon, Aristote, Montaigne, Kant, ou d’écrivains, tels Ovide, Dante, Dickens, Calvino, Ionesco, extraits qui permettent de réfléchir sur cette notion d’« utilité », sur les raisons d’être de ces savoirs ou de ces pratiques artistiques, dont les objectifs vont au-delà de l’atteinte d’un profit monnayable.

Force du futile

Dans ses Quelques pensées sur l’éducation (1693), John Locke reprochait aux parents de cultiver le talent poétique de leurs enfants ; l’air du Parnasse était certes agréable, mais le sol de la montagne mythique, infertile, et il valait mieux chercher ailleurs pour trouver l’or et l’argent. L’image n’est pas sans lien avec la situation actuelle et Ordine pose clairement le problème de l’avenir des humanités, celui de la vocation des établissements scolaires, des universités en particulier, qui se voient de plus en plus contraintes à des exigences de rentabilité, de professionnalisation, au détriment de l’enseignement des savoirs fondamentaux et de la recherche, qui se soustrait à la logique du marché. Par ailleurs, la revendication de la gratuité du savoir devrait pouvoir rallier humanistes et scientifiques si l’on se rappelle que « les découvertes fondamentales qui ont révolutionné l’histoire de l’humanité sont en grande partie le fruit de recherches éloignées de tout objectif utilitaire ».

L’auteur présente dans son « manifeste » un court texte d’Abraham Flexner (1866-1959), penseur de l’éducation, qui, à la fin des années 30, citait en exemple quelques découvertes scientifiques majeures dans les domaines des télécommunications, de l’électricité ou de la bactériologie, rendues possibles grâce à des recherches qui n’avaient a priori aucune finalité pratique : « Flexner nous montre de manière remarquable que la science a beaucoup à nous apprendre sur l’utilité de l’inutile et que, aux côtés des humanistes, les scientifiques ont joué et continuent de jouer un rôle essentiel dans la bataille qu’il faut mener contre la dictature du profit, pour défendre laliberté et la gratuité de la connaissance et de la recherche. » Soulignons l’heureux succès de cet essai qui a été l’un des livres les plus vendus dans les librairies italiennes en 2013 et qui n’aura certainement pas été inutile.

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La grotte lumineuse

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La grotte de Lascaux, l’expo

Les chefs-d’oeuvre de la préhistoire sont reproduits au Centre des sciences de Montréal

Jérôme Delgado, Le Devoir 18/04/14

Henri Breuil, le premier scientifique à l’avoir étudiée, a qualifié la grotte de Lascaux de « Chapelle Sixtine de la préhistoire ». D’autres ont considéré cet ensemble de peintures comme « un film qui a perdu le son ». La voilà de passage à Montréal, l’exposition itinérante.

On ne déplace peut-être pas des montagnes, mais la grotte de Lascaux, si. Ce trésor de l’humanité, patrimoine légué par les Cro-Magnon il y a 20 000 ans et enfoui sous terre dans le Périgord (sud-ouest de la France), vient d’atterrir à Montréal et sera accessible jusqu’en septembre, au Centre des sciences.

Accessible en partie : l’exposition La grotte de Lascaux. Chefs-d’oeuvre de la préhistoire permet de zieuter les peintures pariétales de deux sections (sur les six connues), reproduites de la manière la plus réaliste, au millimètre près, reliefs compris, et grandeur nature.

Vous l’aurez compris : le Lascaux qui a traversé l’Atlantique n’est pas l’original, fermé au public depuis un demi-siècle pour des raisons de préservation. Si Lascaux 2 reproduit des fac-similés de deux salles, cette expo, dite Lascaux 3, montée d’abord à Bordeaux puis transformée en structure mobile pour parcourir le globe, en reproduit deux autres, la Nef et le Puits. Ensemble, Lascaux 2 et 3 mèneront à Lascaux 4, musée attendu pour 2016.« En France, deux plus trois font quatre », résume d’un humour bien senti Olivier Retout, directeur du projet Lascaux, exposition internationale. Ce docteur en sciences ne mâche pas ses mots : Montréal verra Lascaux comme jamais vu après Chicago et Houston, avant Bruxelles, Tokyo et combien d’autres villes du monde — l’expo circulera jusqu’en 2017 et fera « autant d’arrêts que possible », selon son instigateur.

Une cueillette au laser

Les peintures reproduites pour la première fois incluent notamment la Frise des cinq cerfs, la Frise de la Vache noire et la seule figure humaine de toute la grotte. Le travail est basé sur une cueillette au laser hyperprécise.

« On a rassemblé une collection iconographique jamais réunie. On a ressorti le film des années 1970 de Mario Ruspoli [documentariste italien, proche de Chris Marker]. On a numérisé 35 calques de l’abbé André Glory jamais montrés, dit un intarissable Olivier Retout. Le Puits, qui est à six mètres de profondeur, il n’y a que très, très, très peu de gens qui l’ont vu. Quand Lascaux était ouvert, on ne pouvait le visiter. Ici, on l’a en face des yeux, à un mètre 50. »

L’exposition se déploie en plusieurs zones, autant instructives qu’étonnantes. Le parcours s’appuie sur des modules interactifs, des maquettes de tout Lascaux, des reproductions d’objets trouvés dans la grotte ainsi que des portraits des principaux artisans de cette possible découverte. Le tout aboutit en l’expérience ultime de la grotte.

Grandeur nature

« On n’a pas voulu recréer l’atmosphère de grotteavec sa température, son humidité, ses vibrations, explique le directeur du projet. Mais on est dans la grandeur nature, dans les proportions. L’idée n’est pas de revivre la descente dans une grotte mais de revivre l’admiration, le spectacle de ce que les Cro-Magnon ont voulu faire. »

Pour Bernard Cazeau, président du Conseil général de la Dordogne et quelque part grand manitou de Lascaux, l’idée derrière cette expo de 60 millions d’euros était d’apporter la grotte à ceux qui n’iraient jamais à elle. « Ce n’est pas quelque chose d’idéalisé. On ne fait pas un Disneyland de la préhistoire », assure le sénateur. Autrement dit, Lascaux 3 sert davantage à la transmission des connaissances qu’à la diversion.

« On challenge les scientifiques, clame même Olivier Retout. Si les préhistoriens viennent à l’expo, ils en apprendront. Ils peuvent voir des choses qu’ils ne peuvent voir dans la vraie grotte parce qu’il leur est impossible de rester longtemps. »

Élisabeth Daynès, sculpteure mondialement connue pour ses personnages hyperréalistes, est convaincue qu’il faut réhabiliter les Cro-Magnon. Celle qui travaille les corps selon les principes de la médecine légale en a créé quatre pour l’expo. « C’est nous, dit-elle à propos de ceux qui ont vécu l’ère du Magdalénien-Solutréen. Ils nous ressemblent physiquement et intellectuellement. Être qualifié de Cro-Magnon devrait être un compliment, pas une insulte. »

Olivier Retout abonde dans le même sens : l’expo a une âme philosophique. « Elle montre que cet autre, lointain dans le passé, est comme nous. Et s’il est comme nous, ça laisse croire que l’autre lointain dans le présent, dans la géographie, il est aussi proche de nous. Lascaux est porteur d’humanisme. »

Un comité scientifique

Le réalisme et le sérieux de l’entreprise ont été validés par un comité scientifique. Retout et ses collaborateurs au scénario, Nathalie Grenet et Nicolas Saint-Cyr, un Québécois, ne pouvaient tomber dans la fantaisie.

On n’a pas fini d’apprendre de et sur Lascaux, véritable écosystème où cohabitent une multitude d’organismes vivants. La grotte permet certes d’affirmer que l’humanité naît à l’époque de ces peintures. Ces artistes, qui travaillaient déjà le mouvement et la perspective, avaient un langage très avancé. « Ils racontent quelque chose ; le problème, c’est qu’on ne sait pas ce qu’ils racontent », dit un Olivier Retout encore émerveillé.

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Agamemnon et Alexandre le Grand à Montréal

En décembre prochain, Montréal accueille la plus grande exposition nord-américaine sur la Grèce antique.

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« Les Grecs, d’Agamemnon à Alexandre le Grand ».

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Traces et Collages

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Exposition de Lise Boisseau Traces et Collages, du 8 février  au 6 mars 2014 à la Galerie Arp

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Haus der statistik

Petite intrusion chez la Stasi

Exploration de la maison des statistiques de Berlin Est

Bjarni et moi nous sommes vite trouvés une affinité qu’est l’exploration de lieux désaffectés. Bjarni, c’est la personne qui m’a hébergée à Berlin pour quelques nuits par l’intermédiaire de couchsurfing. 1Un Islandais établi là depuis peu mais qui ayant une âme d’explorateur connait déjà très bien la ville. Nous nous sommes armés d’une caméra permettant de filmer et de prendre des photos, de la flashlight de mon téléphone cellulaire, de vêtements chauds et d’un thermos plein de thé chaud. Notre première aventure fut la visite d’un parc d’attractions fantôme. Ensuite, nous avons balayé une vieille salle de danse. Puis nous nous sommes hasardés dans un vieil hôpital délabré. Parmi toutes ces aventures, celle qui nous aura le plus secoués est bien l’exploration de la maison des statistiques de Berlin est.

C’est un bâtiment imposant qu’à première vue on ne croirait pas vide. La preuve, j’ai passé mes deux premières nuits à Berlin dans une auberge de jeunesse située juste en face de celui-ci. La fenêtre de ma chambre donnait sur la façade de cet immeuble ! Je n’aurais jamais pensé qu’il était question d’un des établissements de la Stasi laissé à l’abandon. Contrairement aux autres lieux visités, il est situé dans un quartier très populaire de la ville qu’est le Mitte. Il est aussi juste à côté d’Alexanderplatz qui est l’un des principaux lieux d’activité de Berlin.

En ce mardi soir, nous étions devant nos ordinateurs et hésitions entre retourner à l’hôpital (très imposant) ou visiter une station de métro désaffectée. Puis, tout d’un coup Bjarni m’envoie le lien d’un article très intéressant sur un endroit moins délabré que ceux visités auparavant. 2Selon l’auteur, la difficulté d’intrusion de l’endroit serait très élevée. Un défi ! Rien de plus attirant ! Mais une des choses qui me réjouit, c’est surtout le fait qu’on ait moins de chance de crever de froid vu qu’il est question d’un endroit clos. Nous lisons tous les commentaires liés à l’article qui date de 2011. Un commentaire récent de l’auteur nous apprend que celui-ci a essayé d’investir à nouveau l’endroit mais sans succès. C’est décidé, c’est là que nous irons ce soir.

Sur place, nous faisons le tour du bâtiment qui est encerclé d’une barrière métallique. Nous décidons de commencer à trouver une issue à l’arrière du bâtiment sachant qu’il y a moins d’activité humaine par là. Il fait très sombre, nous essayons plusieurs portes qui bien évidemment sont scellées. Nous trouvons un escalier qui donne sur le sous-sol. Nous ouvrons une porte métallique sans difficulté. Celle-ci donne directement sur un ascenseur hors d’usage. Trop beau pour être vrai. Nous rebroussons chemin. Nous continuons notre inspection des lieux et tombons sur une barrière flétrie qui donne encore sur le sous-sol. Cette fois, il n’y a pas d’escalier, il faudra passer la barrière et descendre prudemment les  trois mètres et demi qui nous séparent du sol. À l’aide d’une branche d’arbre, nous arrivons à l’endroit voulu tout en nous demandant comment nous allons remonter.

Nous ouvrons une porte métallique, celle-ci donne encore sur un cul de sac. Nous essayons une autre porte et nous voilà à l’intérieur du bâtiment ! Nous ne nous réjouissons pas trop vite sachant qu’il y a de grandes chances que notre exploration s’arrête à la prochaine porte. Pourtant tout s’ouvre ! 3Nous longeons un couloir et découvrons des toilettes et certaines pièces avec quelques tableaux  encore aux murs. Il faut trouver un escalier afin d’accéder aux autres sections de l’immeuble. Nous ouvrons des portes mais ne faisons pas vraiment attention à les garder ouvertes parce que nous sommes impatients de savoir les limites de l’accès que nous avons trouvé. Grave erreur. Nous trouvons finalement un escalier mais les portes qui donnent accès aux étages suivants sont verrouillées. On peut observer une petite lumière verte dans le haut de chacune de ces portes, un peu comme s’il y avait un système de sécurité enclenché. Nous rebroussons chemin. Nous essayons d’ouvrir l’une des portes par laquelle nous sommes passés, elle est verrouillée !

Bjarni me jette un regard de stupéfaction, je fais de même. Nous ouvrons des fenêtres dans l’espoir de sortir de là mais elles donnent toutes sur un grillage solide. Nous retournons à la porte et apercevons une autre porte un peu plus loin à sa gauche. Elle est verrouillée aussi mais semble beaucoup moins solide. Notre cœur fait un bond lorsque nous nous apercevons que de l’autres côté de cette porte, il y a un couloir illuminé. Nous sommes pris au piège et nous nous demandons si ce n’est pas un piège qu’on nous a tendu !

4Non loin de là, nous trouvons une sorte de barre de métal. Le seul moyen de nous en sortir, c’est de forcer la porte branlante. Cela nous a pris au moins une bonne demi-heure de travail. Nous ressentons un tel soulagement lorsque la porte s’ouvre !

Il y a un long couloir illuminé. L’atmosphère est lugubre. Nous trouvons une salle de bain et à notre grande surprise, elle est toujours fonctionnelle. Un bâtiment abandonné, supposément inutilisé depuis un moment, où l’on trouve de l’électricité et de l’eau courante, c’est tout de même un peu louche. 5Nous prenons notre matériel et nous aventurons dans le couloir. L’ambiance est très tendue, c’est bizarre, on se sent comme à une autre époque. C’est comme si on faisait un voyage quelques décennies en arrière. On se sent mal ici probablement parce qu’il n’y a aucune manifestation humaine de notre époque. 6Sur les autres lieux visités, on dénote beaucoup d’activités récentes, telles que la présence de graffitis et de détritus, bouteilles de bières ou restants de nourriture. Ici, rien. Ceci peut être expliqué par la méconnaissance de l’endroit mais aussi par sa difficulté d’accès. C’est resté hermétique. Cette découverte, c’est comme un pot Mason qui protège le temps du temps.

7Très vite, nous tombons sur quelque chose de très intéressant.Une pièce qui semble être une salle d’archives. Les étagères sont vides. Dans la salle, nous trouvons une porte qui donne sur un nouvel endroit. Sur celle-ci, nous apercevons trois textes allemands.Nous les prenons en photo afin de les traduire plus tard. Un ami Suisse m’explique qu’il est question d’instructions. Les comportements à adopter dans la « chambre de protection ».  Intriguant…

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Nous entrons dans cette chambre et tombons sur une autre porte. Par contre, celle-ci est verrouillée et un petit papier y est accroché. Sur ce papier usé sont dactylographiées quelques lignes et à la fin, en petits caractères, signé «Aristoteles». Qui signifie Aristote en allemand. Je vous laisse le plaisir de le traduire via Google Translate ou autre moyen à votre disposition : « Spiele damit du ernst sein kannst. Der Spiel ist ein Ausruhen. Die Menschen bedürfen des Ausruhens, denn sie können nicht immer tätig sein.»

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Bref, nous sommes retournés sur nos pas et avant de continuer dans le couloir, quelque chose a attiré notre attention. Une grande armoire bloque un passage.  Quelqu’un a arraché une partie de cette grande armoire auparavant. Nous éclairons le trou dans l’armoire et à notre grande surprise, nous apercevons un autre long couloir et plusieurs autres portes !

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Cette découverte nous glace le sang. Pourquoi avoir bloqué le passage vers cette section ? Vu l’ambiance déjà très glauque de l’endroit, nous décidons de ne pas nous y aventurer tout de suite et de revenir sur nos pas. Surtout que nous n’avions pas encore trouvé de moyen de sortir.

Nous arrivons au bout du long couloir trouvé plus tôt. Nous empruntons un escalier. À chaque étage, les portes sont verrouillées. Sauf au troisième. La porte que nous réussissons à ouvrir indique « Bibliothek ».

Il est bien question d’une vieille bibliothèque. Nous trouvons les portes vitrées y donnant accès et trouvons une salle vide. Sur le sol, il y a encore les traces des étagères. Dans une autre salle faisant partie de la bibliothèque, nous trouvons une carte de la vieille Europe. Celle-ci date de l’époque où l’Allemagne était séparée en deux.

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Nous restons un moment afin de prendre quelques photos puisque l’éclairage est plutôt intéressant.

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Nous continuons notre exploration et trouvons un escalier étroit et très raide qui mène vers le toit. À la fin de cet escalier il y a une lourde porte. Nous découvrons une petite salle où se trouve une machine dont nous ignorons l’utilité. Il y a de vieilles traces humaines. Une petite étagère sur laquelle sont éparpillés un téléphone, un journal, un dossier, des outils et une tasse pleine de mégots.

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Je feuillette le dossier et l’on y trouve des plans de la machine. Je jette un coup d’œil au journal, s’y trouvent dates et heures, qui se rendent jusqu’à 2010, accompagnées de ce qui semble être des notes d’observation liées à la machine. En fait l’étagère servait de bureau à quelqu’un…

Nous quittons cette salle et retournons sur nos pas dans l’espoir de trouver enfin une sortie. L’atmosphère de cet endroit est très pesante ; nous espérons le quitter au plus vite. Nous retournons au grand escalier où plusieurs portes étaient verrouillées. Au bas de l’escalier, niveau rez-de-chaussée, il y a une porte qui donne sur un jardin intérieur. Nous sommes très heureux de sentir l’air frais extérieur lorsque je réussis à l’ouvrir. Nous tentons aussitôt de trouver un moyen de sortir de l’enceinte du bâtiment mais ne trouvons pas grand-chose. Nous découvrons qu’aux fenêtres du côté qui nous était impossible d’accès, il y a quelques bureaux et que dans ces bureaux on peut encore observer la présence d’objets personnels. On trouve même une salle où il y a des appareils électroniques, servant à la régulation de l’endroit, qui clignotent encore.

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Par contre, il ne semble pas y avoir d’issue, mis à part une fenêtre grillagée qui pourrait nous permettre d’accéder au toit. Nous décidons de rebrousser chemin. Dans notre euphorie du moment où nous avions enfin de l’air frais, nous avons fait une grave erreur. Nous avons omis encore une fois de retenir la porte et nous voilà à nouveau coincés ! Impossible de retourner à l’intérieur, la porte s’est verrouillée derrière nous ! Pas le choix, nous allons devoir grimper pour nous sortir de ce pétrin.

21Comme si nous n’étions pas suffisamment en mauvaise posture, il n’y a plus de mémoire dans notre caméra alors à partir de ce moment nous n’étions plus en mesure de prendre des photos ou des vidéos. Donc je vous illustre la situation. Bjarni et moi devions grimper ce grillage de fenêtre afin d’atteindre cette petite partie de toit. Arrivés sur le toit, il n’y a aucun moyen de descendre. Tout est protégé par des barbelés.

22Nous décidons de nous aventurer plus loin et trouvons une vitre cassée ! Elle est assez haute mais par chance il y a un autre grillage qui nous permet d’y accéder. Nous arrivons tant bien que de mal à nous introduire dans un bureau. Nous quittons se bureau et trouvons un escalier qui descend. À la fin de cet escalier, Bjarni ouvre une porte et celle-ci donne directement sur… la rue !

Ce fut aussi simple que ça… des heures et des heures de tension qui furent relâchées par l’ouverture d’une porte. Nous étions réconfortés d’entendre à nouveau les bruits de voitures et toute l’agitation berlinoise.

Cette exploration est inachevée comme la plupart de celles que nous avons menées. Par contre, la curiosité liée à cet endroit est très forte, plus que les autres. Cette nuit-là, je n’ai pas pu m’arrêter de penser à l’armoire, celle qui bloquait le passage vers une autre section du bâtiment. Cette curiosité nous attirait à nouveau là-bas mais quelque chose en nous, nous en éloignait. Quand tu vas là-bas, tu absorbes de l’information mais le bâtiment t’empoisonne de ses ondes négatives, alors tu ne veux plus y retourner… du moins, pour quelques heures. Le lendemain matin, j’étais prête à y retourner mais malheureusement je devais quitter Berlin quelques heures plus tard. Bjarni m’a promis d’y retourner un jour, j’attends de ses nouvelles…

Caroline Douville

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Sanjay Subrahmanyam, un historien indien au Collège de France

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« Sanjay Subrahmanyam, pionnier de l’Histoire globale, né à New-Dehli, spécialiste de l’Inde du Sud aux XVIème et XVIIème siècles,  cosmopolite et polyglotte, il enseigna pendant 7 ans à l’EHESS en France (au Centre d’études sur l’Inde et l’Asie du Sud), avant  d’accéder à la chaire d’Histoire indienne à l’Institut d’études orientales à Oxford. Depuis 2004, il est engagé à l’Université de Californie à Los-Angeles (UCLA) au département d’Histoire, et a été nommé en juin 2013 Professeur au Collège de France à la Chaire d’Histoire globale de la première modernité. Il a prononcé sa leçon inaugurale en novembre dernier.

Il est l’auteur d’une oeuvre considérable. Plusieurs de ses livres ont été traduits en Français aux Editions du Seuil (Points Seuil – Histoire N° 481) « L’Empire portugais d’Asie 1500-1700 »  et Alma « Comment être un étranger : Goa-Ispahan-Venise – 16ème – 18ème siècles » (mars 2013).»

Sanjay Subrahmanyam Un historien indien au collège de Franceentrevue sur France Culture

Leçon inaugurale au Collège de France: Histoire globale de la première modernité

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Pour la nouvelle année

P1690701 jack pierson_700_0_resizeJack Pierson, Ennui (La vie continue), 2013

« Pour la nouvelle année. – Je vis encore, je pense encore : je dois vivre encore, car je dois encore penser. Sum, ergo cogito : cogito, ergo sum. Aujourd’hui, chacun s’autorise à exprimer son vœu et sa pensée la plus chère : eh bien, je veux dire, moi aussi, ce que je me suis aujourd’hui souhaité à moi-même et quelle pensée m’est venue à l’esprit la première cette année, – quelle pensée doit être pour moi le fondement, la garantie et la douceur de toute vie à venir ! Je veux apprendre toujours plus à voir dans la nécessité des choses le beau : je serai l’un de ceux qui embellissent les choses. Amor fati : que ce soit dorénavant mon amour ! Je ne veux pas faire la guerre au laid. Je ne veux pas accuser, je ne veux même pas accuser les accusateurs. Que regarder ailleurs soit mon unique négation ! Et somme toute, en grand : je veux même, en toutes circonstances, n’être plus qu’un homme qui dit oui ! »

Nietzsche, Le Gai Savoir, Livre IV, « Sanctus Januarius », § 276

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Bonne Année!

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L’année qui finit salue l’année qui vient.

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Bière et civilisation

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Plus que pour la préparation du pain, la culture des céréales, qui remonte à plus de 10 000 ans, aurait été pratiquée pour la production de bière. How Beer Created Civilisation.  L’agriculture en favorisant la sédentarisation contribua au développement de la civilisation dit-on, mais l’avantage que les humains y trouvèrent n’était pas tant celui de manger à leur faim que celui de s’enfiler des pintes!

Et quant à l’effet civilisateur de la bière, j’en veux pour preuve le rap à Ti-Cail

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La Bible chez Costco

Chez Costco la Bible est vendue comme un ouvrage de fiction. Clairvoyance ou erreur d’entrepôt?

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The Bible = Fiction!

Costco – the Bible is fiction

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Présence de la philosophie au Québec

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Philosophie au Québec – Une communauté qui doit consolider son existence

Quelle place pour les femmes au sein de notre discipline? Pourquoi sont-elles encore sous-représentées?

Christian Nadeau et Étienne Brassard-Ferron, Le Devoir 22/11/13
De vendredi soir à dimanche en début d’après-midi, la communauté des philosophes se réunira à l’UQAM pour un événement exceptionnel : l’État des lieux de la philosophie au Québec. Il s’agit d’une grande rencontre ouverte au public où seront discutés des enjeux cruciaux pour l’avenir de notre discipline et de notre profession.
La philosophie est enseignée au Québec depuis la seconde moitié du XVIIe siècle. Peu de disciplines peuvent se vanter d’avoir une telle histoire. Au cours de la seconde moitié du XIXe, les philosophes du Québec ont pris conscience de la nécessité d’une réflexion sur les enjeux institutionnels liés à leur discipline. C’est le début d’un long processus historique qui connaît plusieurs étapes : peu à peu, la communauté philosophique québécoise découvre sa propre existence et constate sa spécificité et sa culture.
Au tout début des années 1960, la philosophie, jusqu’alors compagne par excellence de la théologie, défend son autonomie et se sécularise. En cela, la philosophie suit un mouvement qui est celui de l’ensemble des établissements d’enseignement et de recherche. En 1964, le rapport Parent préconise l’enseignement par problème et insiste sur l’importance de la philosophie contemporaine, peut-être en réaction à l’omniprésence du thomisme. La création des cégeps en 1966 et celle des cours de philosophie obligatoires, la réorganisation de la discipline au sein des universités, tout cela conduit les philosophes à rechercher l’organisation professionnelle de leur milieu, par le biais d’associations, de colloques et de congrès, et la création de revues spécialisées. Il en résulte des instances encore très actives à l’heure actuelle, comme la Société de philosophie du Québec.Notre communauté, à l’intérieur des murs des universités et des cégeps, représente environ un peu plus d’un millier de personnes. Pour plusieurs, ce chiffre signifie peu de choses à l’aune de la population du Québec. Il n’en demeure pas moins que ce nombre nous confère une existence réelle. Les philosophes sont au coeur de notre société, ne serait-ce que par leur présence dans la formation générale et par leur participation aux débats publics.À cela, il faut ajouter les centaines d’étudiantes et d’étudiants qui, chaque année, s’inscrivent en philosophie, soit dans le but de poursuivre aux études supérieures et éventuellement, d’enseigner cette discipline, soit comme étape préparatoire vers d’autres chemins.
Existence de droit
De par le caractère obligatoire des cours de philosophie au collégial, et parce qu’un nombre toujours croissant de disciplines universitaires exigent un passage par la philosophie, notre communauté existe de fait. Reste à consolider notre existence de droit, ce qui commence par une connaissance adéquate de ce que nous sommes, de ce que nous avons accompli, et de ce que nous souhaitons pour notre avenir commun.Nous n’avons pas voulu, pour ces échanges, un colloque philosophique à proprement parler, même s’il est impossible d’écarter une dimension philosophique à toute réflexion sur les enjeux institutionnels associés à la philosophie. L’État des lieux de la philosophie se veut une occasion unique de délibérer au sujet du passé, de l’actualité et du futur de notre discipline au Québec. Elle représente également une opportunité trop rare d’un véritable échange entre tous les membres de notre communauté, des cégeps aux universités, en passant par toutes les instances nécessaires à la diffusion du débat philosophique, au sein des institutions et en dehors de celles-ci.

Nos débats permettront d’éclaircir le rôle spécifique de la philosophie dans notre société. Qui sommes-nous ? Quelle place pour les femmes au sein de notre discipline ? Pourquoi sont-elles encore sous-représentées ? Où sont les philosophes ? Quelles sont leurs tribunes ? Quel rôle jouent-ils dans l’évaluation des politiques publiques, ou encore au sein des comités d’éthique ? La philosophie politique et l’éthique sont-elles les seules avenues possibles pour la contribution des philosophes aux débats de société ? Quelle place accorder à l’épistémologie et à la philosophie des sciences dans l’éducation générale ou dans les controverses sur l’environnement par exemple ?

Table ronde

Une table ronde, qui réunira des responsables des départements des cégeps et des universités, interrogera franchement la place de la philosophie dans la formation des jeunes. Faudrait-il faire plus ? Quels sont les périls possibles ? Quelles sont nos forces et comment mieux défendre notre rôle ? Quelle place pour la recherche au collégial, et inversement, quelle place pour l’enseignement dans un monde universitaire où celui-ci est trop souvent dévalorisé au profit de la recherche ? Un autre atelier nous permettra de comparer notre situation à d’autres endroits du monde, comme la France, où l’enseignement de la philosophie est également obligatoire, et la Grande-Bretagne, où notre discipline a beaucoup souffert de réformes universitaires qui ont mis à mal les sciences humaines en général et la philosophie en particulier. Il nous permettra aussi de connaître la réalité des collèges anglophones, où la philosophie est étroitement associée aux humanités.

Autrefois, l’invention de l’Académie, puis celles du Lycée et de l’École du Portique furent les meilleures réponses de la philosophie à la condamnation à mort de Socrate. Pour le dire autrement, l’institutionnalisation de la philosophie a été la riposte de cette dernière à une tentative en vue de la faire disparaître. D’où l’importance cruciale, pour les philosophes d’aujourd’hui, de réfléchir à leurs institutions, ici comme ailleurs. Dans le sillage des réflexions entamées depuis deux ans sur l’éducation supérieure, l’État des lieux de la philosophie est une rencontre nécessaire : pour comprendre qui nous sommes et, surtout, pour affirmer ce que nous voulons devenir.

Christian Nadeau et Étienne Brassard-Ferron – Coordonnateurs de l’État des lieux de la philosophie, qui aura lieu les 22, 23 et 24 novembre à l’UQAM. Pour toutes les informations: http://elphilo.wordpress.com

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