Archives de Catégorie: Art

Un manifeste pour le temps présent

Apprendre à compter autrement

Yvon Rivard – Écrivain et «prof contre l’austérité» , Le Devoir 31//0/15

« Nous ne sommes pas des comptables »

– Saint-Denys Garneau

Nous ne sommes pas des comptables, nous comptons autrement, nous croyons que ce qui ne se compte pas est ce qui compte le plus.

Nous croyons qu’il vaut mieux investir dans l’éducation que dans les jeux, dans une génération d’élèves plutôt que dans une équipe de hockey professionnel, dans la formation générale d’êtres humains responsables d’eux-mêmes et de la communauté plutôt que dans la formation d’une main-d’oeuvre soumise aux caprices du marché, car la seule dette que nous ne pourrons rembourser est un déficit de pensée et de conscience.

Nous croyons que l’école, du primaire à l’université, n’appartient ni à l’État, ni à l’industrie, ni aux administrateurs, ni aux parents, que c’est avant tout un lieu d’échanges entre professeurs et élèves, les professeurs enseignant aux élèves ce qu’ils ont appris des siècles précédents, les élèves obligeant les professeurs à se tourner vers l’avenir, et non un laboratoire où les professeurs feraient de la recherche en oubliant d’enseigner, ou un atelier où les élèves acquerraient des compétences en oubliant d’apprendre.

Appartenir à la terre

Nous croyons qu’on ne peut liquider le passé sans en payer le prix, que l’avenir et ce pays, que l’avenir de ce pays, passent par la reconnaissance des cultures autochtone et paysanne dont nous sommes issus et que nous avons voulu éliminer, car elles détiennent les secrets de notre survie, à savoir que la terre ne nous appartient pas mais que nous appartenons à la terre, que nul ne peut se sauver seul, le tout n’étant jamais la somme des parties mais la relation vivante et harmonieuse entre celles-ci.

Nous croyons qu’une ressource qui n’est pas exploitée n’est pas perdue, qu’une rivière qui n’est pas détournée d’elle-même coulera plus librement dans notre regard, qu’un sol qui n’est pas miné nous portera plus sûrement, qu’une forêt qui n’est pas pillée nous fournira plus longtemps en bois et en rêves.

Nous croyons que le travail productif, quantifiable, monnayable sera de plus en plus rare, qu’il faudra donc reconnaître et développer toute autre forme de travail qui consiste à créer de la vie et à en prendre soin.

Nous croyons que tous les laissés-pour-compte, tous ceux et celles que les lois du marché, l’histoire des peuples ou l’héritage familial ont relégués dans la marge, ont droit au respect et à des conditions de vie qui leur permettent de contribuer à l’oeuvre commune, ne serait-ce qu’en prenant soin d’eux-mêmes et de leurs semblables.

Nous croyons que la santé est un bien public, que dans une société malade nul ne peut se croire à l’abri de l’isolement qui, tôt ou tard, affecte le corps et l’esprit.

Nous croyons que la culture de consommation et du profit est l’asservissement (volontaire) du plus grand nombre au profit d’une minorité, le plus sûr chemin vers l’appauvrissement matériel et spirituel, et qu’il faut apprendre à compter autrement : moins de biens et plus de contraintes égalent plus de liberté.

Nous croyons que si l’argent est le nerf de la guerre, l’autorité morale est le sang de la démocratie, que seuls des citoyens moraux pourront se donner des dirigeants moraux, c’est-à-dire des êtres qui placent le bien commun, le souci des autres au-dessus de leurs propres intérêts ; nous croyons que dès qu’un parti politique fait de l’économie son cheval de bataille, il y a de fortes chances que ce parti ait déjà remplacé l’autorité morale par l’argent, ait confondu la guerre et la démocratie.

Nous croyons que le Québec peut devenir un pays juste, différent et solidaire s’il résiste aux slogans, aux mots creux derrière lesquels se cachent tous les comptables qui prétendent nous sortir de la crise économique et sociale qu’ils ont créée et qui les sert bien ; nous croyons que chaque fois que nous entendons les mots « excellence », « compétitivité » « croissance continue », « état de droit », « mondialisation », « équilibre budgétaire », « majorité silencieuse », il faut se boucher les oreilles ou, mieux, se demander : qui parle ainsi et pour qui ? Qui nous invite à sabrer les programmes sociaux, à travailler plus, à fournir notre « juste part » ? Pour qui travaillent tous ceux qui affirment que l’État doit se soumettre aux cotes de crédit, aux lois du marché, à la rationalisation de la production ?

Cultiver sa différence

Nous croyons que la chance du Québec, qu’on accuse toujours d’être endetté ou en retard sur ceci ou sur cela pour mieux le vendre en lui imposant des politiques économiques et culturelles de rattrapage (cours intensifs d’anglais au primaire, cours d’entrepreneuriat au secondaire, forages aveugles ici et là, ports pétroliers, etc.), c’est d’assumer et de cultiver sa différence ; nous croyons, comme l’écrivait Pierre Vadeboncoeur, « que si ce peuple vient à réussir, il restera d’abord un témoin de l’inassimilation et persistera à ne pas faire les choses comme les autres, à les faire plus mal ou mieux que d’autres », que « l’avenir lui apparaît encore, singulière et naïve originalité, originalité féconde, comme le champ des possibles ».

Nous croyons que le Québec peut exister et croître s’il continue de défendre la langue française et de se nourrir des autres cultures, s’il fait de son territoire, de sa langue et de son héritage une terre d’accueil pour tous les gens, y compris les gens simples et humiliés, épris de liberté et de justice ; nous croyons que le Québec peut devenir un pays pour tous ceux et celles qui n’ont plus de pays ou qui étouffent dans le leur, pour ceux et celles qui croient qu’un monde nouveau est possible, ici, entre gens de bonne volonté.

Nous ne sommes pas des comptables, nous comptons autrement. Nous sommes riches de ce que nous partageons et de ce qui nous manque, nous croyons à une éducation qui institue le libre-échange du temps et de la parole, du temps qui devient parole lorsqu’il n’est plus de l’argent, de la parole qui devient du temps lorsqu’elle se met à écouter.

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BLx

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Une histoire de l’art moderne

<p><a href= »https://vimeo.com/67015825″>TATE MODERN ARTISTS TIMELINE</a> from <a href= »https://vimeo.com/soniacerezquita »>Sonia Cerezquita</a> on <a href= »https://vimeo.com »>Vimeo</a&gt;.</p>

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Un Québécois à Varsovie

Un Québécois brille au Concours international de piano Frédéric Chopin

Ici Radio-Canada.ca – Le Québécois Charles Richard-Hamelin a remporté la deuxième place du 17e Concours international de piano Frédéric Chopin à Varsovie, en Pologne. C’est la toute première fois qu’un Québécois se rend en finale de ce prestigieux concours qui réunissait, cette année 78 jeunes pianistes en provenance de 20 pays – dont trois Canadiens. La suite ici

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Hayao Miyazaki

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Voir aussi: Open Culture

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À la défense de la formation générale: le philosophe contre les « idiots savants »

Texte de la conférence prononcée par Thomas De Koninck dans le cadre du « Forum des idées pour le Québec. Un système d’éducation pour le 21è siècle » organisé par le Pari Libéral du Québec. Cet événement est une initiative du parti au pouvoir, les principaux acteurs du système d’éducation, les professeurs notamment, n’y étaient pas invités et, pour y prendre part, il fallait verser $150.00 au PLQ. Or ce « forum d’idées » s’inscrit nommément dans une démarche gouvernementale visant à réformer le système d’éducation du Québec afin de le rendre plus « performant » en regard des exigences des entreprises et du marché du travail. Dans ce contexte, on ne peut que se réjouir du fait que la défense de l’importance de la culture générale produite ici par le philosophe Thomas De Koninck aura eu certainement l’effet d’une gifle au visage des barbares incultes qui nous gouvernent. Hommage et respect au philosophe!

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On ne dira jamais assez le pouvoir des idées, dont témoignait avec à-propos cette conclusion célèbre du grand ouvrage de l’économiste John Maynard Keynes, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie : « […] Les idées des économistes et des philosophes politiques, à la fois quand elles sont justes et quand elles sont fausses, sont plus puissantes qu’on ne le comprend communément. A vrai dire, le monde n’est mené par presque rien d’autre. Les hommes pratiques, qui se croient à l’abri de toute influence intellectuelle, sont d’ordinaire les esclaves de quelque économiste défunt. Des fous au pouvoir, qui entendent des voix dans l’air, distillent leur frénésie de quelque écrivailleur académique d’il y a quelques années. […] Tôt ou tard, ce sont les idées, non les intérêts constitués, qui sont un danger pour le bien comme pour le mal (1)».

L’évolution des sociétés est en réalité déterminée par la culture avant tout, bien avant les modes de production ou les régimes politiques; il suffit pour s’en convaincre de constater à quel point les récents pouvoirs de communication restructurent tant l’action politique que le monde de l’économie, de la science et de la culture elle-même. Cette priorité de la culture peut avoir des conséquences dramatiques: trop souvent des hommes ou des femmes incultes, soi-disant pratiques, gouvernent en se laissant mener par une forme ou l’autre de «rectitude politique» leur échappant complètement — ils seraient incapables de la moindre critique de l’idéologie du marché, par exemple — et dont ils ignorent dès lors les implications humaines. La corruption du pouvoir stigmatisée par Lord Acton a pour conséquence (et symptôme) une «rancœur méprisante» (Kierkegaard) à l’égard de l’humain qui n’entre pas dans un calcul (2).

J’entends ici «culture» en son sens le plus large et le plus classique, selon lequel l’être cultivé se reconnaît par son discernement, son aptitude à bien juger (3). Le beau mot de culture dit assez déjà qu’il s’agit de la venue à maturité, de l’épanouissement de l’être humain lui-même. S’interroger sur l’utilité de la culture en ce sens, c’est comme s’interroger sur l’utilité de la santé, cette dernière étant manifestement désirable pour elle-même. Les bienfaits et les avantages d’une bonne santé sont si grands, si variés, si évidents, que jamais dans la vie concrète nous ne les contesterions sérieusement, même si nous ne saurions, la plupart du temps, lui assigner quelque utilité immédiate ou particulière. Il en va de même de la culture de l’esprit: on la désire pour elle-même d’abord. Ainsi la culture ne trouve-t-elle guère sa première raison d’être de ce qu’elle rendrait possibles telle fonction, telle profession, telle tâche, si prestigieuses soient-elles, pas plus que ce ne serait en délimitant tel travail du corps, telle tâche manuelle, qu’on définirait ce qui est bon pour le corps humain.

L’intellect humain peut évidemment se spécialiser, s’orienter dans une direction plus étroite, de même que le corps peut s’asservir à des corvées particulières. Mais exercer d’abord son intelligence pour qu’elle puisse atteindre son plein épanouissement est comparable à donner à son corps le soin et l’exercice dont il a besoin pour jouir tout simplement d’une bonne santé. Plus nous sommes en forme physiquement, plus les tâches physiques les plus diverses nous sont facilitées et nous sommes en mesure de les accomplir de manière beaucoup plus satisfaisante. De même, une véritable culture permet à chacun de s’acquitter bien mieux et plus aisément de toute tâche, quel que soit le domaine – sciences, arts, métiers, professions. Qui a appris à penser, raisonner avec justesse, bien discerner, qui a développé son imagination, sa sensibilité esthétique et éthique, l’esprit de finesse comme l’esprit de géométrie, assume forcément, avec d’autant plus de bonheur et de succès, la conduite générale de sa vie, mais aussi, moyennant l’entraînement spécifique nécessaire, toute tâche particulière qui lui sera dévolue.

Quelle est d’ailleurs la solution de rechange? Supposons qu’au contraire nous nous limitions très vite à un domaine spécifique d’expertise. Dans la meilleure hypothèse, plus nous y concentrerons nos aptitudes, plus nous y deviendrons habiles. À mesure que le champ se réduira, nous serons davantage aptes à le remplir, voire à l’épuiser, en apparence à tout le moins. Mais il en ira forcément de même de nos aptitudes et de nos habitudes mentales: à mesure que leur champ d’exercice aura été réduit, elles iront se rétrécissant et s’amenuisant, faute d’application à autre chose, de manière proportionnelle. L’expertise ira progressant, et, partant, le domaine concerné (toujours dans la meilleure des hypothèses), mais il est évident que l’expert, lui, en tant qu’individu humain, marquera une nette régression, de plus en plus grande, à mesure qu’iront s’atrophiant, faute d’exercice, ses autres facultés, ses autres talents, et tout ce qui, chez lui, aura été laissé pour compte.

Or il se trouve que les problèmes de société s’avèrent aujourd’hui de plus en plus globaux, complexes au sens de tissés ensemble, cependant que le déploiement des connaissances va dans le sens opposé, suivant des labyrinthes toujours plus spécialisés, fragmentés, détachés du tout. Paradoxalement, de moins en moins de personnes sont préparées, par leur formation, à faire face à ces problèmes globaux. Jamais une bonne formation générale n’a été aussi nécessaire.

En ce moment l’éducation publique s’aligne sur les besoins du marché de l’emploi. Cette approche d’apparence pratique ne l’est pas du tout, elle est largement illusoire. Se concentrer sur la technologie, par exemple, générera des diplômés obsolètes. Il saute aux yeux, en pleine révolution technologique, que cela signifie enseigner ce qui sera périmé dans cinq ou dix ans – à l’instar des ordinateurs du même âge et qui ne fera par suite qu’accroître davantage encore les frustrations. Le problème n’est pas celui de créer des habiletés au sein d’une technologie galopante, mais bien plutôt d’enseigner à des étudiantes et des étudiants à penser et leur fournir les outils intellectuels qui les rendront aptes à réagir à la myriade de changements, y inclus de changements technologiques, auxquels ils auront à faire face dans les prochaines décennies. Rien n’est plus nécessaire à cet égard encore, dans le présent contexte, que la culture générale.

Qu’on me comprenne bien. Il ne s’agit pas de faire l’apologie du «généraliste» sans plus. Rien de plus déficient, à vrai dire, qu’un esprit «généraliste» qui serait dépourvu de l’expérience humaine véritable qu’un métier peut procurer. Seul qui possède un métier sait en réalité quelque chose, et donc peut savoir ce que c’est que savoir, grâce à l’expérience des difficultés réelles, de la rigueur des démarches, bref du travail authentique. Dans les excellents termes de Whitehead, il faut des êtres «possédant à la fois de la culture et une connaissance experte en quelque direction spéciale». L’ennemi par excellence, ce sont les idées «inertes», c’est-à-dire simplement reçues par l’esprit sans être utilisées, mises à l’épreuve, jointes à d’autres en des synthèses ou des agencements nouveaux. Comme l’explique fort bien ce philosophe, c’est parce que la pensée est utile que l’éducation intellectuelle est utile. Il importe au plus haut degré d’être soi-même constamment conscient de cette utilité si on veut pouvoir la faire pressentir aux autres, en particulier aux jeunes (4).

Qu’est-ce-à dire? Toute démocratie dépend de la qualité de la formation des citoyens, de leur jugement, mais par conséquent aussi du langage et de la capacité de discerner, de détecter ce qui est démagogique, de tenir de véritables débats rationnels sans lesquels la démocratie périclite vite en son contraire. L’histoire l’a démontré d’innombrables fois: à proportion que la faculté d’expression, de communication, de penser dépérit dans une société, la violence croît.

La démocratie véritable est extrêmement concrète et complexe, elle implique le dynamisme constant de recherches, de découvertes, de développements, de choix en vue du bien commun, qu’on s’efforce dès lors sans cesse de réaliser de manière pratique. Elle suppose une éducation aidant chacune et chacun à se forger, de façon critique, une culture générale propre. Seule la culture générale peut sauver l’expert de son expertise, le technicien de sa technique, les sociétés humaines de la montée de l’insignifiance.

Tout être humain a une culture implicite, consciente ou point, certes souvent peu critique, mais qui commande sa vie entière. Les questions les plus «brûlantes» (Husserl) sont les questions qui portent sur le sens ou sur l’absence de sens de la vie. Ces questions engagent la totalité de l’expérience humaine. Or cette préoccupation est au cœur même de la culture générale. La dignité humaine, rappelle la philosophie, signifie que chaque être humain est au-dessus de tout prix, unique au monde, devant être considéré comme une fin, et jamais réductible à un moyen ainsi que l’affirmait si justement Kant — avec toutes les conséquences pratiques que cela entraîne. Seule la culture générale peut, dans le contexte pluraliste actuel, pleinement assurer une telle prise de conscience et la porter à maturité. Il faut se garder de la mise entre parenthèses de dimensions fondamentales de la vie humaine qui toutes doivent trouver à se dire, s’expliciter et se comprendre. Les arts, les lettres et la culture générale s’avèrent en cela indispensables.

Il importe en outre d’éveiller plus que jamais à «la connaissance de la connaissance», c’est-à- dire à l’évaluation critique du savoir, permettant de mieux prévenir la part d’illusion qui aura été si considérable dans l’histoire, s’agissant de l’être humain lui-même ou de telle forme de savoir qu’on croyait définitive alors qu’elle ne l’était pas du tout. La connaissance de la connaissance, en premier lieu la connaissance de l’illusion, revient à savoir discerner, être critique, face aux vues simplettes qui se présentent comme autant d’absolus. On reconnaît là encore une des tâches les plus aisément identifiables de la culture générale.

En d’autres termes, s’agissant par exemple de la formation pratique, il est clair que c’est au contact des questions concrètes et des problèmes que se forme l’intelligence, non pas en apprenant les solutions. Le choc de la réalité est un levier essentiel, comme le rappelle, très à propos, Michel Crozier, dans son remarquable ouvrage, La Crise de l’intelligence. L’apprentissage quantitatif des connaissances qui méconnaît l’intelligence créative est mal adapté à un monde de la responsabilité ayant à faire face à des situations de plus en plus inédites. Cela a toujours été vrai, mais jamais autant que maintenant, où les défis sont ceux d’une plus grande complexité et d’une plus grande liberté. De plus, «le monde change de telle sorte que la part de l’exploration, du diagnostic et du choix de problème devient beaucoup plus importante que celle de leur solution» (5). Les impératifs pratiques, pourvu qu’on accepte d’y faire face, rappellent en somme la nécessité de la vraie culture. Comme le relevait Hegel, la marque d’un homme cultivé est qu’il sera conscient des «limites de son aptitude à juger». Outre l’universel, c’est le regard sur le réel, «la chose même dans sa vérité, hors de tout intérêt égoïste» qui définit la culture authentique (6).

Or la première condition qui s’impose pour connaître les autres points de vue, pour éviter le jugement précipité et le point de vue unilatéral – en un mot l’abstrait au sens péjoratif– est celle de l’écoute. Plutarque faisait déjà observer qu’une majorité de gens croient qu’il importe d’abord d’apprendre à parler alors qu’on doit apprendre à écouter pour commencer, et à écouter de manière attentive, active. Aussi la participation de l’élève à l’enseignement est-elle importante; savoir bien interroger, après avoir écouté, est un art essentiel qu’il faut apprendre également. L’esprit humain n’est pas comparable à un vase qu’on remplit, mais bien plutôt à une matière combustible qu’une étincelle peut enflammer.

Dans la mesure où les réalités d’ordre éthique, écologique, économique, politique dont nous sommes responsables, dépendent de nos connaissances ou de leurs contraires (ignorances, erreurs), il y a forcément une relation de causalité directe entre la crise contemporaine de la connaissance et les diverses autres crises — éthique, économique, politique, écologique — qui secouent notre monde. Le fait qu’il y ait aussi d’autres causes n’enlève pas la part de responsabilité du connaître humain.

C’est ainsi que, comme je l’ai indiqué à diverses reprises ailleurs (7), l’écart grandit entre le discours strictement scientifique des savants et la pensée ordinaire, laquelle est pourtant aussi le fait de chaque savant dès qu’il sort de sa spécialité, ou même lorsqu’il tente d’expliquer à d’autres son savoir professionnel, voire de situer à ses propres yeux ce savoir au regard du reste de son expérience. C’est le passage au langage ordinaire qui est révélateur. Il ne peut pourtant être évité, car il n’existe pas de langue interdisciplinaire autre que lui, et l’idiome de chaque discipline demeure impénétrable aux autres, comme en la tour de Babel. En outre, il faut bien divulguer, un jour, au moins les résultats de ce savoir et leur signification à d’autres que des scientifiques. C’est là que le phénomène de la popular science prend son essor — d’une vulgarisation qui est rarement à la hauteur de la science elle-même, tout en demeurant pourtant investie de toute son autorité; elle semble faire de fréquentes victimes chez les spécialistes eux-mêmes.

Aussi est-ce à juste titre qu’on dénonce, entre autres, la dissolution de l’idée de vie même chez certains de ceux dont la profession est définie par cette dernière, à savoir des biologistes; ainsi que l’élimination graduelle de l’être humain des sciences soi-disant «humaines», voire l’abandon par la culture humaniste elle-même de questions fondamentales auxquelles elle doit pourtant sa première raison d’être et qui concernent tous et chacun: le sens de la vie, le bien et le mal, la dignité humaine, la société, Dieu. C’est la rupture entre nos connaissances et nos existences, entre la réflexion et la vie, qui est alors, à juste titre, incriminée. «L’intellectuel affronte de moins en moins la résistance du réel. L’essayisme risque de plus en plus l’arbitraire, l’extravagance, l’aveuglement» (Edgar Morin). Il est trop facile de s’en tirer en récusant les idées générales, puisque cette récusation est elle-même «la plus creuse des idées générales. Et, du reste, nul spécialiste n’échappe aux idées générales: nul ne peut se passer d’idées sur l’univers, la vie, la politique, l’amour. Finalement, loin de réduire les idées générales creuses, le règne des spécialistes les accroît» (8). Edgar Morin décèle en outre avec justesse un obscurantisme favorisé par la mutilation du savoir: «nos gains inouïs de connaissance se paient en gains inouïs d’ignorance». La connaissance scientifique nous révèle chaque jour de nouvelles merveilles sur le cosmos, sur la matière, sur la vie, sur le cerveau humain, et pourtant ce formidable enrichissement «apporte avec lui une formidable paupérisation de la connaissance», qui plus est «une nouvelle et redoutable ignorance». Si ces maux spécifiquement modernes que sont la pollution, la dégradation écologique, la croissance des inégalités dans le monde, la menace thermonucléaire, apparaissent inséparables des progrès de la connaissance scientifique, si les pouvoirs asservisseurs ou destructeurs issus du savoir scientifique échappent au contrôle, c’est que chacun «devient de plus en plus ignorant du savoir existant», de «ce qu’est et fait la science dans la société». Avec humour et brio, Milan Kundera a considéré comme la plus importante de son siècle la découverte que fit Flaubert de la stupidité, plus significative même, assure-t-il, que les idées les plus étonnantes de Marx ou de Freud: loin de céder à la science, à la technologie, à la modernité, au progrès, cette stupidité progresse au contraire avec le progrès. Elle consiste en un moderne Dictionnaire des idées reçues, dont le flot est programmé sur ordinateurs, propagé par les mass médias (9).

Les fameuses prédictions d’Ortega quant à la «barbarie du spécialisme», qui permet à des «savants-ignorants» de profiter (à leur insu souvent, peut-être) de la crédulité des masses, seraient-elles inéluctables? Il faut donner raison au physicien David Bohm: «Ce dont on a d’abord besoin, c’est la réalisation croissante du danger extrêmement grand de continuer avec un processus fragmentaire de pensée». Interrogé par Le Monde, Gadamer déclarait que «le rôle du philosophe dans la cité d’aujourd’hui doit d’abord être de remettre en cause l’importance grandissante de l’expert, qui, pourtant, commet toutes sortes d’erreurs, parce qu’il ne veut pas avoir conscience des points de vue normatifs qui le guident»; la question la plus pressante, c’est: «comment peut-on préserver — non pas seulement en théorie ou sur le principe, mais concrètement, dans les faits — le courage de chacun à former et défendre un jugement personnel, malgré l’influence des experts et des manipulateurs d’opinion publique» (10).

Un bon exemple est fourni par ce qu’on appelle improprement la «science économique». Si on y avait fait des progrès analogues à ceux de la physique ou de la chimie, on ne lui reprocherait pas plus son inaccessibilité qu’on ne le fait à la théorie de la relativité d’Einstein, par exemple, car dans ce dernier cas les vérifications et les retombées empiriques n’ont pas manqué de corroborer la théorie. Mais ce qui marche en économique est toujours relativement simple et connu depuis longtemps, cependant que l’inaccessibilité de la «science économique» du jour s’avère à l’origine des désastres économiques et humains qu’on sait. De l’aveu d’économistes américains, des phénomènes comme le ralentissement de la productivité et l’augmentation des inégalités salariales demeurent inexpliqués par leur science encore maintenant. Le malheur est que leur réputation imméritée d’experts étend d’autant plus leur influence. Comme l’a relevé Jacques Testart, l’expert rassure et les citoyens hésitent à affirmer l’absurdité ou le cynisme d’une décision politique ayant reçu l’aval des «experts les plus qualifiés». L’hostilité de ces «idiots savants» et de ceux qui les écoutent à l’égard de la culture et de la pensée n’a rien d’étonnant. «Car rien n’est plus mobilisateur que la pensée», écrivait excellemment Viviane Forrester dans un livre polémique qui n’a rien perdu de sa pertinence. Elle ajoutait à juste titre: «Il n’est d’activité plus subversive qu’elle. Plus redoutée. Plus diffamée aussi […]. Le seul fait de penser est politique. D’où la lutte insidieuse, d’autant plus efficace, menée de nos jours, comme jamais, contre la pensée. Contre la capacité de penser, laquelle, pourtant, représente et représentera de plus en plus notre seul recours» (11).

Faut-il accuser la science, comme les propos suivants de Husserl sembleraient le faire? «Dans la détresse de notre vie – c’est ce que nous entendons partout – cette science n’a rien à nous dire. Les questions qu’elle exclut par principe sont précisément les questions les plus brûlantes à notre époque malheureuse pour une humanité abandonnée aux bouleversements du destin : ce sont les questions qui portent sur le sens ou sur l’absence de sens de toute cette existence humaine» (12).

La science n’en est en réalité nullement responsable. Husserl ne le prétend du reste pas. Il faut accuser bien plutôt le manque de culture, qui se traduit toujours par un manque de jugement. La science n’a pas à répondre à ces questions «ultimes et les plus hautes», qui relèvent en fait de la philosophie. Car «ces questions atteignent finalement l’homme en tant que dans son comportement à l’égard de son environnement humain et extrahumain il se décide librement, en tant qu’il est libre dans les possibilités qui sont les siennes de donner à soi-même et de donner à son monde ambiant une forme de raison. Or sur la raison et la non-raison, sur nous- mêmes les hommes en tant que sujets de cette liberté, qu’est-ce donc que la science a à nous dire? La simple science des corps manifestement n’a rien à nous dire, puisqu’elle fait abstraction de tout ce qui est subjectif».

Il faut accuser plutôt, en un mot, la faille centrale de la culture moderne: l’erreur de prendre l’abstrait pour le concret, que Whitehead appelait à juste titre le «sophisme du concret mal placé» (the fallacy of misplaced concreteness, autrement traduit par «localisation fallacieuse du concret»). Il va de soi que les sciences particulières ont affaire, à des degrés divers, à des abstractions, puisque telle est la condition même de notre savoir. Il avance à coup d’abstractions, grâce à cette faculté prodigieuse dont nous bénéficions, non seulement de pouvoir considérer une partie ou un aspect d’une chose en les séparant des autres, mais même de fonder là-dessus toute une science: ainsi, l’univers immense et merveilleux des mathématiques, où cependant on ne sait pas de quoi on parle, selon le mot à la fois facétieux et profond de Bertrand Russell : «Ainsi les mathématiques peuvent-elles être définies comme le sujet où l’on ne sait jamais de quoi l’on parle, ni non plus si ce qu’on dit est vrai». Il est en fait plus exact d’avancer bien plutôt, avec Michael Dummett, que « c’est aux philosophes de dire non seulement, de manière générale, sur quoi porte la philosophie, mais aussi sur quoi, de manière générale, portent les mathématiques» (13). L’erreur commence dès qu’on oublie l’abstraction fondatrice. Une «rationalité unilatérale» (einseitige Rationalität) devient un mal: «On n’a pas le droit de porter à l’absolu et d’isoler aucune connaissance partielle, aucune vérité séparée (Husserl)» (14).

Concret (de concrescere, «croître ensemble») signifie ce qui s’est formé ensemble. Un arbre, ou n’importe quel vivant, est proprement concret en ce sens, là où une montre ou quelque autre artefact ne l’est pas, puisque les parties d’un artefact ont été mises ensemble par un agent extérieur et sont indifférentes les unes aux autres, comme d’ailleurs au tout dont elles font partie; celles de l’arbre, de tout être vivant, concourent au contraire à sa production de lui-même comme individu. Le tout concret vivant est dès lors irréductible à ses parties – ainsi que Kant, à qui nous empruntons les exemples de l’arbre et de la montre, l’a admirablement fait ressortir – et il est en constant devenir (15).

Faire le tour d’une université en s’arrêtant à chaque discipline particulière permettrait d’additionner bout à bout les points de vue et donc les abstractions ou réductions possibles — ce ne serait à vrai dire que le début d’une série infinie – auxquelles on pourrait soumettre le même être concret, et pourquoi pas tout de suite le plus concret et le plus complexe d’entre eux, l’être humain? Physique, biologie, chimie, mathématiques, anthropologie, psychologie, sociologie, économie, sciences politiques, sciences religieuses, littérature, beaux-arts, linguistique, histoire, géographie, etc. etc., toutes ont quelque aspect indispensable de l’être humain à révéler, mais chacune n’en offre, ce faisant, qu’une part infime. Croirait-on néanmoins, en additionnant tous ces aspects, toutes ces parts, obtenir un tout qui soit enfin l’être humain lui-même? Ce serait n’avoir rien compris.

Le problème, en un mot, c’est la fragmentation. Elle gagne le monde que nous habitons, imprègne les vies d’une quantité croissante d’humains. Les meilleurs artistes ne laissent pas, depuis longtemps déjà, de nous mettre sous les yeux ou de suggérer à nos oreilles cette abstraction vis-à-vis de nous-mêmes, qui nous fait adhérer à une surabondance de faits épars, externes, plutôt qu’à la vie en nous. Il suffit de songer à Picasso, au retour du corps à la terre chez Henry Moore, aux figures solitaires, distantes, sur le point de s’éclipser, de Giacometti; à la musique atonale; à la littérature où le temps est soit fragmenté, soit disparaît tout simplement comme chez Kafka; où le personnage se dissout en mille perspectives au point d’être absent de sa propre vie, chez Beckett. «Tout cela se passe réellement sans personne» (Dürrenmatt). Le philosophe américain William Barrett et le critique allemand Erich Heller ont montré avec quel génie, comme un miroir délibérément déformant, renvoyant avec une scrupuleuse minutie une infinité de détails dont la signification échappe, l’art de notre temps sait poser la question du sens, ou du nihilisme qui en est l’envers. Au journalisme l’insolite et l’extraordinaire; la littérature s’occupe de l’ordinaire, disait admirablement James Joyce. Mais justement, «c’est le quotidien qui est abyssal […]. C’est le mystère qui est si terriblement concret» (George Steiner) (16).

En pareille perspective, le grand défi de l’éducation est de générer l’enthousiasme qui poussera les jeunes, les décideurs de demain, à dépasser les abstractions réductrices et à progresser d’eux-mêmes dans la recherche du concret, vers de nouvelles quêtes de sens et de savoir et de nouvelles questions, en n’évitant pas les questions ultimes dont nous parlions, comme celle du sens à donner à leur vie elle-même et à leur collectivité.

Thomas De Koninck

Philosophe, titulaire de la Chaire La philosophie dans le monde actuel à l’Université Laval, membre de l’Académie des Lettres et des Sciences humaines de la Société royale du Canada, officier dans l’Ordre des Palmes académiques en France et lauréat du Prix La Bruyère de l’Académie française pour son livre De la dignité humaine.

1-The General Theory of Employment, Interest and Money, London, 1936, in fine.

2- Cf. John R. Saul, La civilisation inconsciente, trad. Sylviane Lemoine, Paris, Payot, 1997.Voir, par ailleurs, Martha Nussbaum, Love’s Knowledge, Oxford University Press, 1990, p. 76-77; 81-82: Charles Dickens, dans Hard Times (où le personnage de Thomas Gradgrind incarne la réduction au calcul), et Henry James, dans The Sacred Fount, ont superbement illustré comment le concret — personnes, choses et événements — échappe complètement à un «intellect» faisant fi de l’imagination et de l’émotion. Et voir, plus récemment, les neuf études magistrales d’Alain Finkielkraut, dans Un cœur intelligent, Paris, Stock/Flammarion, 2009.

3- Pour plus de précisions, je me permets de renvoyer le lecteur à mon livre, La nouvelle ignorance et le problème de la culture, Paris, Presses Universitaires de France, 2000; 2e édition, 2001.

4- A. N. Whitehead, The Aims of Education, New York, Macmillan, 1929; Mentor Books, p. 13 sq.

5- C. Michel Crozier, La crise de l’intelligence. Essai sur l’impuissance des élites à se réformer, Paris, InterÉditions, 1995, respectivement p. 158, 38, 100.

6- Cf. G. W. F. Hegel, Propédeutique philosophique, trad. Maurice de Gandillac, Paris, Minuit, 1963, p. 67-70.

7- Pour de plus amples développements touchant la crise de la connaissance, dont je reprends ici quelques éléments, voir mes livres De la dignité humaine (Paris, PUF, 1995 et 2002), et La nouvelle ignorance et le problème de la culture (Paris PUF, 2000 et 2001).

8-Voir Edgar Morin, La Méthode 3. La Connaissance de la Connaissance, Paris, Seuil, 1986, p. 13 sq.; La Méthode 4. Les Idées, Paris, Seuil, 1991, p. 65-72.

9-Cf. Edgar Morin, La Connaissance de la Connaissance…, loc. cit.; Milan Kundera, L’Art du roman, Paris, Gallimard, 1986, in fine.

10- Cf. Ortega y Gasset, La rebelión de las masas, 1930, c. XII: «La barbarie del especialísmo» (voir, sur ces propos d’Ortega, Erwin Schrödinger, Physique quantique et représentation du monde, Paris, Seuil, «Points» 1992, p. 26 sq.); David Bohm, Wholeness and the Implicate Order, London, Ark Paperbacks, 1990, p. 19; Hans Georg Gadamer, in «Entretiens avec Le Monde», 1. Philosophies, Paris, Éditions La Découverte et Journal Le Monde, 1984, p. 233 et 239-240.

11- Jacques Testart (avec Jean Reich), Pour une éthique planétaire, Paris, Mille et une nuits, 1997, p. 45; Viviane Forrester, L’horreur économique, Paris, Fayard, 1996, p. 96; sur la confiscation des valeurs culturelles, «celles de l’intelligence», cf. p. 88, 114 et passim.

12 – Edmund Husserl, La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale, trad. Gérard Granel, Paris, Gallimard, 1976, p. 10.

13 – «Thus mathematics may be defined as the subject in which we never know what we are talking about, nor whether what we are saying is true» (Bertrand Russell, Mathematics and the Metaphysicians, http://www.readbookonline.net/readOnLine/22895/ ); «[…] It is for philosophers to say not only what, in general, philosophy is about, but also what, in general, mathematics is about» (Michael Dummett, The Nature and Future of Philosophy, New York, Columbia University Press, 2010, p. 5).

14 – Edmund Husserl, La crise de l’humanité européenne et la philosophie, édition bilingue, trad. Paul Ricoeur, Paris, Aubier Montaigne, 1977, p. 70-71; cf. A. N. Whitehead, Science and the Modern World (1925), New York, The Free Press, 1967, p. 51; 54-5; 58-9; Process and Reality. An Essay in Cosmology (1929), Corrected Edition, New York, Macmillan, The Free Press, 1978, p. 18, 93, 94, et passim.

15- Cf. Emmanuel Kant, Critique de la faculté de juger, § 64-68; et mon livre, De la dignité humaine, Paris, Presses Universitaires de France, 1995, p. 62-63.

16 – Cf. Henri Maldiney, Penser l’homme et la folie, Grenoble, Jérôme Millon, 1991, p. 340-341; F. Durrenmatt, Theaterprobleme, Zürich, 1955, p. 47; William Barrett, Time of Need, New York, Wesleyan University Press, 1984; Erich Heller, The Disinherited Mind, New York, Harcourt Brace Jovanovitch, 1975; The Artist’s Journey into the Interior, New York, Harcourt Brace Jovanovitch, 1976; George Steiner, Réelles présences, Paris, Gallimard, 1991, p. 15.

Source: http://plq.org/forum/files/thomas-de-koninck.pdf

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Ayiti Cheri

Port-au-Prince, ville poussière, Gin trop fatras! Trop moun ! Dit-on en province. Trop de saletés trop de gens. Port-au-Prince, c’est un cocktail d’odeurs. À la fois alléchantes lorsqu’on passe devant un Chienjambé (restaurant de fortune) et écœurante lorsqu’on longe un égout à ciel ouvert. Des sensations extrêmes et quotidiennes qu’il nous est impossible de vivre ici. Il y a une ambiance festive générale de par la musique que l’on entend à tous coins de rues et les Klaxons, se substituant à une signalisation inexistante. C’est à la fois infernal et paradisiaque, c’est visuellement riche. On peut s’en délecter en s’installant et en observant la folie de la liberté.

En province, on assiste cette fois à une variété hors du commun. En passant par une rizière, un paysage désertique, un monde de poussière blanche, une petite chaîne de montagnes vertes, une forêt de bananiers, une plage saisissante. Haïti c’est un ensemble de microclimats à découvrir. Du jour au lendemain on risque se trouver face à un paysage dont on ne se douterait pas de l’existence sur une si petite île. Une fois qu’on y est allé, Ayiti chéri prend tout son sens…

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Texte et photos Caroline Douville

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Chand Baori et autres merveilles de puits indiens

 

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Chand Baori: un puits de 30 mètres en Inde

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Hey toi! Viens visiter mon cabinet de curiosités!

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Mélangeant étrangeté et fascination, les cabinets de curiosités qui apparurent aux 16ième et 17ième siècles peu après la Renaissance, pourraient être désignés comme étant l’ancêtre du musée d’histoire naturelle. Ce lieu avait comme principe d’entreposer et d’exposer plusieurs articles en tous genres, souvent de nature rare et étrange. Ces objets de collection pouvaient être  » naturel « , c’est-à-dire qu’ils provenaient du monde animal, végétal ou minéral, mais on pouvait aussi y trouver des objets issus du travail de l’homme comme des œuvres d’art, armes, instruments scientifiques, etc. Ainsi dans les cabinets de curiosités, les collections s’aménageaient très souvent en quatre genres qui sont nommés en latin.

Artificialia: ce sont les objets créés ou modifiés par l’homme.

Naturalia: les objets ici sont centrés sur leur côté naturel, mais on retrouve aussi un intérêt pour les créatures (ce qui inclut les monstres dans une époque où on croyait encore beaucoup à la fantaisie).

Exotica: La catégorie qui s’occupe des plantes et des animaux exotiques.

Scientifiqua: On regroupe les instruments scientifiques.

Les personnes qui contribuaient ou qui possédaient ce genre de lieu sont très diverses, et ces lieux pouvaient être aussi bien être privés que publics: collections, institutions comme des écoles de médecine, vétérinaire ou autres. Les raisons d’entreprendre une telle mission étaient aussi bien motivées par la curiosité intellectuelle (les personnes possédant un tel lieu étaient nommées des curieux aussi) et l’esprit d’exploration, mais l’envie de montrer sa richesse ainsi que ces tendances érudites et ainsi gagner un certain prestige étaient aussi totalement plausibles. Ces lieux étaient donc très souvent consultés par diverses personnes, mais occupaient une place beaucoup plus importante chez la communauté scientifique où on diffusait et présentait souvent le contenu de ce lieu auprès des savants en Europe qui étudient parfois les objets.

Les cabinets de curiosités ont joué un rôle assez important dans le domaine du savoir, le but de ces lieux était souvent de comprendre le monde qui nous entoure, ceci incluant toute sa diversité et son étrangeté en créant un milieu social bizarre qui attire la curiosité et l’étonnement. Car les objets présents dans cet endroit sortaient totalement de l’ordinaire et leurs caractères très divergents et insolites attiraient énormément l’attention. Le côté pédagogique des cabinets de curiosités prend surtout de l’ampleur au Siècle des Lumières, les collections étant d’abord disparates, elles vont au fur et à mesure se rassembler dans des collections beaucoup plus précises ce qui va faciliter le côté  » encyclopédique  » de ce lieu.

Mais au fil des années et particulièrement au 19ième siècle, les cabinets de curiosités ont subi un déclin avec l’apparition des institutions officielles et privées comme les musées gérés par l’État. Mais on retrouve aujourd’hui un nouvel intérêt pour ce lieu qui avait tant fasciné dans le temps, ce lieu se réactualiste et on voit l’engouement des gens à ce sujet par exemple en France où les colloques et expositions se succèdent un peu partout.

Sereffettin Ozturk

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Nietzsche au piano

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Source: Open culture

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L’expérience du sublime et l’avènement de nouveaux médiums artistiques contemporains

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Le 27 Juin 2011, la cours suprême des États-Unis rendait le verdict que les jeux vidéo étaient désormais, sur le plan légal, élevés au rang d’œuvres d’art. Comme l’on fait la photographie, la vidéo et l’art de la performance avant eux, de nouveaux médiums artistiques, possibles à l’aide des progrès technologiques humains, affirment leur place dans le paradigme artistique de l’art d’aujourd’hui. Par nouveaux médiums artistiques, je parle bien sûr du développement des jeux vidéo et de l’animation japonaise.

Un tel bouleversement des conventions n’a jamais été facile. Les gens sont confortables dans le milieu auquel ils se sont habitués et le simple fait de reconnaitre la valeur d’un nouveau médium artistique, dont ils ne connaissent rien, implique que beaucoup de choses leur restent inconnues concernant la définition même de l’art à laquelle ils étaient si attachés. Confrontés à une telle réalité, il est beaucoup plus simple pour eux de tenter de rabaisser ce qui leur est inconnu tout en valorisant ce à quoi ils sont habitués. Certains groupes d’individus aiment même se convaincre de posséder la vérité artistique. Cette prétention leur apporte l’illusion d’une forme d’élitisme grâce à laquelle ils peuvent prétendre être les seuls capables de comprendre et de maitriser le concept même de l’art.

Il faut reconnaitre que, socialement, ces nouveaux médiums artistiques que sont les jeux vidéo et l’animation japonaise sont associés à la culture de masse ce qui cause encore plus de controverse de la part des traditionnalistes, prisonniers du paradigme artistique d’une autre époque. S’ils admettent le potentiel artistique de ces nouveaux médiums, ils doivent par le fait même accepter que quelque chose apprécié par la masse puisse être supérieur aux arts faisant partie de leur domaine de confort. Les gens qui aiment se considérer en position d’élite pour se croire en position de force par rapport à leur communauté ont toujours eu un dégout pour ce qui pouvait être lié au grand nombre. De très bons exemples sont les mots vulgaire et vilain, qui désignaient autrefois « ce qui était commun » a obtenu, à travers les années, une connotation particulièrement négative. Cette méthode de penser est archaïque et l’art ne doit pas se soumettre aux désirs de supériorité de l’homme. L’art sert un but bien plus grand et son potentiel n’a jamais été aussi grand qu’avec l’art d’aujourd’hui.

Les gens prisonniers de leurs propres connaissances et incapables d’ouvrir leur esprit aux nouveaux paradigmes artistiques sont semblables aux esclaves de la caverne. Ils sont obsédés par l’admiration de peinture d’argiles sur les murs de leur caverne tout en rejetant les plus grandes merveilles architecturales érigées par l’homme sous prétexte « qu’il ne s’agit que de briques empilées les unes par-dessus les autres ».

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Dans la plupart des médiums artistique, le spectateur est déconnecté émotionnellement du sujet. C’est là la grande force des œuvres de jeux vidéo. Le joueur fait l’expérience de l’œuvre à travers les yeux même du personnage. Ses décisions ont directement des répercussions sur le déroulement de l’œuvre. Le joueur n’est plus un spectateur déconnecté de l’œuvre, il en fait partie intégrante.

IMAGE_3_-_Crackedhttp://www.cracked.com/blog/5-things-video-games-do-better-than-any-other-forms-art/

Si nous prenons par exemple Dark Souls, JRPG japonais du studio From Software, aucun aspect de l’histoire n’est révélé au joueur. Celui-ci doit chercher par lui-même des parcelles d’histoire à propos d’un monde en ruine et réfléchir par lui-même à ce qui est arrivé dans ce monde. Cette réflexion profonde s’étalant sur plus de 100 heures amène le joueur par lui-même à se questionner sur sa perception du monde et sur la nature humaine elle-même.

IMAGE_4_-_Dark_Souls-1Chaque joueur se rappelle de sa première visite dans le monde fascinant de Dark Souls.

Le potentiel artistique de ces médiums, surtout en ce qui concerne l’animation japonaise, dépasse l’admiration « utile » que certains hommes portent envers la culture populaire, je parle ici de prendre les personnages des récits en exemple pour guider de façon pratique leur vie de tous les jours. Il s’agit ici d’un art spirituel qui met l’homme en lien avec l’absolu. Un art qui lui fait vivre l’expérience du sublime. L’art dont est capable ces médiums contemporains est un art qui a le potentiel de dépasser de loin les limites de l’art de l’époque.

5Sans titreIl ne s’agit plus d’une saga de personnages suivant un fil narratif, mais bien d’une expérience artistique en elle-même où le contexte de l’œuvre n’est plus un petit carton à côté de la sculpture expliquant l’intention de création, mais des heures de mise en contexte préparant à l’aboutissement final d’une expérience indescriptible du sublime. Tout ce qui est présent dans l’œuvre est partie intégrante de l’expérience.

L’animation japonaise n’est pas limité à une dimension d’art populaire, c’est un médium combinant les plus grands médiums artistiques développés et ayant fait leur épreuve au cours de l’histoire humaine. L’écriture, la musique, l’art graphique et une immersion plus puissante qu’aucune pièce de théâtre ne peut espérer égaler, les animations japonaises sont la combinaison de ces formes d’art et sait combiner ces formes d’expression artistique pour créer une nouvelle œuvre en elle-même. Mais elle ne se contente pas d’additionner le potentiel de ces médiums, elle sait augmenter leur potentiel de façon exponentielle de sorte que chaque médium renforce l’expérience offerte par l’autre. Une œuvre dont chaque moment n’est pas la suite d’une histoire mais les fondements d’une expérience dont chaque aspect fonctionne en harmonie parfaite les uns avec les autres. L’expérience du sublime.

6Sans titreLes œuvres d’animation telles que Clannad, Code Geass ou encore Higurashi no Naku Koro ni en sont de parfaites démonstrations.

Le potentiel de ces nouvelles œuvres reste encore inexploité. La combinaison des plus grands médiums artistiques de l’époque qui donnèrent naissance aux médiums tels les jeux vidéo et l’animation japonaise ont su surpasser les limites imposées par les médiums du vieil art. Ces nouveaux médiums artistiques n’ont vu que le début du développement de leur potentiel et il est certain, qu’ils joueront un rôle prédominant dans le futur de l’art et de la philosophie contemporaine.

7Sans titreJean-Gabriel Beauchemin

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Épopée – non pas essai, fragment, aphorisme…

Épopée[1] – non pas essai, fragment, aphorisme, article, étude, évaluation, considération ou observation – reposant sur un regard interne de l’esprit d’un étudiant moyen au collégial sous l’influence d’un groupe social déterminé, mais changeant, polymorphe; duquel les membres vont et viennent, duquel la dynamique évolue et duquel une image fixée, et ceci à tort, est projetée;

épopée singulière, personnelle, introspective et réflexive qui pourrait faire écho à vos   propres angoisses estudiantines, sociales, intellectuelles ou existentielles;

épopée chaotique, confuse, tourmentée, incohérente, déambulatrice;

épopée évolutive par laquelle la chaise de la confortabilité sensorielle de la personne en rapport aux normes sociales dans l’espace temps où elle peut être influencée se trouve tant ébranlée, chamboulée, dérangée, secouée, remuée et dénaturée que la matière (qui n’est pas si palpable) s’en trouve indubitablement anéantie;

épopée non pas porteuse d’une tentative pédantesque de classer de manière exhaustive les qualités intellectuelles, émotives ou sociales de l’étudiant moyen, mais d’une aventure à l’intérieur même de la psyché d’un individu dans lequel vous pourriez vous reconnaître;

épopée qui vous invite, lecteurs, à plonger dans la conscience d’un inconnu tout ce qui a de plus banal dans un quotidien des plus prosaïque, mais dont cette épopée déterminera l’existence jusqu’à sa toute fin;

épopée aux vertus universelles – pas universelles comme l’entendrait Kant dans sa Métaphysique des mœurs, mais universelles, car pouvant rejoindre l’ensemble des étudiants, puisque chaque étudiant, à un moment ou un autre, s’y perdra immanquablement en recherchant la perfection jusqu’à l’apogée de son intellect, mais pour qui cette mission tient du reclus social, de la solitude, de l’isolement, de l’ermitage et de la marginalisation par les pairs;

épopée dont l’issue imprévisible, nébuleuse, titubante, pourrait mener à la plus grande des déceptions que le sujet eut jamais vécu;

épopée rampant vers l’espoir, la reconnaissance, l’accomplissement, la performance, le bienêtre et visant l’atteinte d’une béatitude absolue;

épopée dont l’aboutissement incertain pourrait causer des troubles dermique, pulmonaire, cognitif, neurologique et/ou psychologique tels que l’eczéma, l’amnésie, l’apnée involontaire (ou volontaire), l’amnésie, la démence et le trouble anxieux;

épopée qui, n’ayant aucune prétention littéraire, lyrique, poétique ou stylistique, se veut l’humble messagère d’un réseau dormant de névrosés en puissance, car sa finalité entrainera une rupture névralgique pouvant mener soit à un délire mégalomane, soit à une modestie démesurée, car la déchéance du tiroir de la pensée est vite arrivée;

épopée pesant sur l’ensemble du réseau humain rattaché au regroupement des cégeps – dont l’institution est propre au Québec qui, malheureusement, n’est toujours pas arrivé à s’émanciper – mais, qui dans ce cas, concerne précisément la pluie sociale ardente du cégep Marie-Victorin se trouvant dans le quartier de Rivière-des-prairies, qui se trouve sur l’île de Montréal, qui se trouve dans le Québec, qui se trouve dans le Canada, qui se trouve lui-même en Amérique du nord, continent de la planète Terre (ainsi nommée par ses habitants), qui se trouve dans le système solaire de l’étoile maintenant notre existence possible, qui pour sa part est composant de la voie lactée, et donc, de l’univers;

épopée dont le titre, par sa substantielle substance, s’en trouve plus épique que son contenu; or celui-ci prendra bientôt fin pour laisser place à l’épopée susmentionnée à outrance, de manière intempestive, aléatoire, déplacée; tout comme la forme de cette même épopée qui se veut révélatrice de l’esprit désordonné de son auteur qui

La toile, une adresse: omnivox… [nouvelle note d’évaluation] (cliquez).

Stéphanie Bertrand

[1] Ceci est un hommage au génie du très honorable et modeste auteur du Petit guide sobre, commode, simplement abrégé, objectivement ambitieux et révolutionnaire des titres de travaux long, volumineux et désespérément interminables; une aventure ambigüe qui mène vers le malaise du lecteur, mais surtout, et c’est l’essentiel, vers une euphorie et/ou vers une mauvaise note du même lecteur: le guide pour tout titrier qui se respecte dans le plus substantifique des titres, Yannick Roy, titrier. Hommage, certes, mais qui se veut humble, posé, inspiré. Ceci n’est donc pas une introduction, mais bien un titre visant à attirer votre attention sur un enjeu d’une importance capitale dont vous connaitrez les détails sous peu

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Kennardphillipps, des artistes engagés dans la lutte contre l’implantation de Shell dans les paysages de l’Arctique

Kennardphilipps est une équipe d’artistes formé de Peter Kennard et Cat Philipps, collaborant depuis 2002, dans une protestation commune contre l’invasion de l’Iraq par les États-Unis. Rapidement, leurs œuvres ont évoluées vers des considérations plus générales sur les conflits et les manifestations du pouvoir à travers le monde. Leurs œuvres sont des liens directs avec la promotion des mouvements sociaux et politiques vers un changement social en profondeur. Leur art devient un moyen direct de protester contre un certain ordre du monde, une manifestation visuelle d’une contestation sociale.

Récemment, leur travail s’est orienté vers l’exploitation de l’Arctique par les pétrolières, dont Shell. Cette exploitation détruit la faune et la flore du milieu. Le risque d’un déversement de pétrole dans l’Arctique serait fatal pour les espèces animales vivant dans cette partie du monde. Le réchauffement climatique accélère déjà la fonte des glaces en est à un niveau jamais enregistré auparavant ce qui facilite la tâche des compagnies pétrolières quant à l’extraction du pétrole puisqu’il est plus facile d’accès.

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Les deux artistes ont repris des tableaux célèbres de l’histoire de l’art américaine, en collaboration avec Greenpeance dans leur campagne contre Shell, comme Christina’s World d’Andrew Wyeth de 1948 ou An arctic summer : Boring through the pack in Melville Bay de William Bardford peint en 1871. Dans le premier tableau, on peut voir un paysage rural, dépourvu de toute activité industrielle qui réfère à la vie dans les champs. La femme semble au désespoir, elle rampe vers la maison. Ces idées sont reprises dans la version que kennardphilips font de cette toile. On y voit la même femme presqu’anéantie, couchée au sol contemplant cette fois-ci le paysage dévasté par le déversement de pétrole. Tout le champ est submergé de même que la femme. La maison est remplacée par une pétrolière ornée d’un drapeau des États-Unis. On peut penser à la maison du point de vue d’un lieu rassurant et personnel alors que la pétrolière est impersonnelle et joue plutôt le rôle d’envahisseur en plus du drapeau qui met ancre encore plus cet idée, comme le signe ultime de l’occupation des multinationales.

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Dans le tableau original de Bradford, qui est en fait la représentation en peinture des images prises par l’artiste pendant ses voyages de découverte de l’Arctique. Le tableau réfère donc aux premiers pas des hommes dans cet endroit du monde, qui n’est alors pas contaminé par la civilisation humaine. On y voit un endroit complètement désert, excepté la présence du bateau qui entre dans l’Arctique. Le tableau repris par kennardphilipps reprend les mêmes éléments, notamment le bateau, mais celui-ci est en feu ainsi qu’une bonne partie du reste du paysage dû au bateau de pétrole qui s’est échoué dans les glaciers. De plus, ces glaciers sont presqu’entièrement fondus, on voit même le sol que recouvrait cette épaisse couche de glace montrant ainsi l’état avancé de la fonte des glaciers de l’Arctique.

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Ils ont aussi repris une œuvre de David Hockney, Pearblossom Highway de 1986 qui représente une autoroute qui semble infinie. Le décor est dépourvu de toute activité humaine hormis le point de vue qui rappelle celui du conducteur d’une voiture ainsi que les panneaux de signalisation. La route est l’exemple classique de l’individu en quête de liberté, que rien de ne peut arrêter qui monte dans sa voiture vers une destination incertaine. La reprise de kennardphillipps détruit cette idée. La route est alors bloquée par une clôture barbelée, on voit au loin une explosion, les panneaux de signalisation sont recouverts de pétrole, des déchets jonchent le sol et on voit sur les bords de l’autoroute des longs tuyaux industriels qui semblent reliés à la centrale en train d’exploser. La route qui était autrefois infinie est devenue limitée, envahie par les industries rappelant ainsi un avenir écourté si nous laissons les industries pétrolières s’installer et pervertir les paysages.

Le travail de ces deux artistes montre que l’art a toujours un sens, qu’il peut s’engager politiquement socialement dans des causes concrètes. Le duo détruit l’idée que l’art contemporain est inutile, dépourvu de but. L’engagement de kennardphillips montre que l’art et les artistes sont soucieux de la réalité actuelle, que ce ne sont pas que des frasques d’intellectuels, coupés du monde dans leur tour d’ivoire. Ils deviennent des symboles de la lutte contre certaines aberrations sociales, des points de repères artistiques pour illustrer certaines situations qui auraient pu passer inaperçues sans l’intervention de certaines acteurs sociaux, dont les artistes font partie.

Bibliographie

THE GUARDIAN. « Artists recreate iconic painting with landscape ravaged by oil to protest Arctic exploration», dans The Guardian, http://www.theguardian.com/environment/picture/2015/may/26/artists-recreate-iconic-painting-with-landscape-ravaged-by-oil-to-protest-arctic-exploration-big-picture

– SHARPS, Cassady. «Shell burns priceless art in latest Greenpeace Arctic video», dans GreenpeaceUK, http://greenpeaceblogs.org/2015/05/27/shell-burns-priceless-art-latest-greenpeace-arctic-video/

Audrey Gosselin-Levasseur

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Qu’est-ce que la performance?

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Lilibeth Cuenca Rasmussen – ”A Void”

Depuis ses débuts, l’art contemporain a cherché à se détacher de l’art moderne. Ce dernier croyait être arrivé au bout de l’art et de ses capacités, mais les artistes contemporains ont su redéfinir l’art et ses médiums pour pouvoir étendre les limites supposément atteintes avant eux et explorer des thèmes de plus en plus profonds, provocateurs ou illuminants. L’art contemporain utilise la vidéo, la photographie, l’installation et bien d’autres médiums pour aborder des propos de manière unique. Mais l’un des médium que j’ai pu mentionner à travers mon Épreuve Synthèse de Programme est la performance. En s’interrogeant sur l’universalité des propos de l’art et de la vérité qu’il propage, j’ai abordé la performance. Cette dernière se démarque de tous les autres médiums pour plusieurs raisons.

Mais, premièrement, qu’est-ce que la performance? Comme son nom l’indique, la performance inclue un artiste qui joue un rôle. C’est précisément ce jeux qui constitue la performance, et non une vidéo ou des photos qui rapportent l’évènement. Ces derniers seraient plutôt une vidéo ou une photographie. La performance est donc le moment où elle se produit, avec l’artiste présent devant un public présent. Cette spontanéité est une des plus importantes caractéristiques de la performance et est l’une des caractéristiques qui rapproche la performance du rituel.

J’ai aussi abordé le rituel dans mon ESP, car la performance tente de le recréer. C’est ce que Michèle Fellous écrit dans son article Du rite comme œuvre: l’art contemporain. Selon elle, l’artiste est comme un chaman ou un sorcier qui permet à son public de vivre une expérience différente de sa vie ordinaire. On peut voir que la spontanéité de la performance peut ressembler à ce que Fellous décrit. Être présent au moment et au lieu de la performance la rend particulièrement unique, bien plus que le moment où on observe une œuvre d’art plus classique, comme une peinture, dans un musée. Non seulement la performance est un moment, les spectateurs sont parfois invités à participer, ce qui rend ce médium d’autant plus particulier.

Finalement, la performance est ce moment où l’artiste permet à son public de vivre une expérience unique, momentanée. En étant si spontanée, la performance permet de dépasser les support artistique classique. Plutôt que de présenter une œuvre finie, fermée, la performance permet à son public d’observer le processus de création de l’œuvre et, parfois, même d’y participer.

Étienne Denis

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Petit guide sobre, commode, simplement abrégé, objectivement ambitieux et révolutionnaire des titres de travaux longs, volumineux et désespérément interminables; une aventure ambigüe qui mène vers le malaise du lecteur, mais surtout, et c’est l’essentiel, vers une euphorie et/ou vers une mauvaise note du même lecteur: le guide pour tout titrier qui se respecte dans le plus substantifique des titres

Les titres sont d’une importance capitale et indubitable. C’est un fait indiscutable dont on ne peut nier l’importance ni discuter plus longtemps. Nous allons donc voir comment écrire un bon titre en énumérant les quelques étapes nécessaires à leurs excellentes et parfaites élaborations, en utilisant l’exemple comme méthode pédagogique dans les quelques succincts sous-titres qui suivent.

Trouvez le sujet de rédaction de votre travail que votre enseignant, professeur, mentor, régent, seigneur, patron, préfet, despote, tyran, maitre, ou autre personne se situant au-dessus de vous hiérarchiquement dans la situation d’énonciation dans laquelle se présente votre texte, qui ne sait pas écrire, mais qui vous utilise comme scribe vous aura fort probablement et gentiment donné au préalable, et terminer le travail en question qui ne devrait normalement pas être commencé la veille de la remise de celui-ci, à moins dun contretemps sérieux, comme une invasion-surprise de la Russie, un commentaire intelligent dun chroniqueur du Journal de Montréal ou la génération spontanée danimaux infernaux en direct dans son salon

Il est important de mentionner que le titre ne doit jamais être écrit ou achever avant la fin de la rédaction ou du travail, car le titre doit englober, décrire, gloser, voir diriger le lecteur dans l’herméneutique qu’il peut en faire; il est ainsi nécessaire de terminer la rédaction pour trouver le titre le plus parfait possible dans le meilleur des textes possibles.

Insérez le sujet de votre document, ainsi que tout autre mot relié et nécessaire à la finition de votre titre reliée par lutilisation des techniques mentionnées ici-bas en intra-sous-titre

  1. L’énumération excessive, chargée, intense, interminable, incroyablement longue, colossale et judicieuse de synonymes, antonymes et autres adjectifs pouvant être mentionnés, écrits, suggérés ou usurpés de façon logique dans le titre, dont lexpérience de lecture devrait donner le même effet au lecteur que lintra-sous-titre #1
  1. La répétition courte, mais furieusement violente, perturbante, qui dérange le lecteur par sa syntaxe trouble qui permet dincorporer de courte, mais efficaces, figure de titres à votre titre tel que vous laviez lu dans cet intra-sous-titre #2 à ne pas confondre avec lintra-sous-titre #1 ou #3 ou encore #4
  1. Lannexion impertinente, mais enrichissante pour le sujet de ce guide, cest-à-dire les longs titres, les évènements extérieurs au travail achevé, mais reliés, comme le fait que ce texte ne mentionne pas lidéologie communiste et laventure peu fantasmagorique dun collégien dans le coin sombre de linternet et les reptiliens, ou un meilleur exemple mentionné ici-bas éclairant les circonstances de création dudit titre

Cette technique comprend obligatoirement ce que nous allons appeler des sujets pour ce rapprocher ou s’éloigner de l’anecdote, comme cet exemple-ci tiré d’un de mes travaux;

Rapport sur le laboratoire de chimie:

Une épopée scientifique de deux élèves dhistoire et civilisation au labo de chimie;

Expérience de chimie concernant lacide, un catalyseur et de la température doublé dune autre expérience sur la formation de précipité et la fin tragique dun bécher au fond dun évier

Cette technique peut aussi servir à insérer une déception ou autre émotion;

Rapport sur le laboratoire de physique :

La seconde épopée scientifique de deux élèves dhistoire et civilisation qui commença au labo de chimie et qui se termine au labo de physique;

Expérience de physique concernant deux billes, une table, deux mètres de comptoir, du papier carbone et qui malheureusement na pas grand-chose à avoir avec la physique quantique et les trous noirs.

  1. La technique classique de tout bon aspirant titrier qui consiste à utiliser les mots « épopée» et « glorieux » dans tous les titres quil conçoit avant que lillumination des possibilités littéraires infinies ne vienne magnifier les déjà somptueuses et méthodologiquement rigoureuses pages de présentations de ses travaux

Voici quelques conseils rapides se trouvant sous un titre beaucoup trop allongé sur son propre sujet (il sagit en effet dun métatitre), soit le sous-titre quil représente dans ce guide sur les longs titres, pour achever un titre digne des phrases de Descartes ou aussi péniblement infini que la stupidité et la cruauté humaine comme en témoigne certaines œuvres (voir « Petit guide simple, simplet, simplement court et objectivement ambitieux et révolutionnaire des titres de travaux longs, volumineux et désespérément interminables, une aventure ambigüe qui mène vers le malaise du lecteur, mais au final, vers une euphorie ou vers une mauvaise note du même lecteur ou le guide pour tout titrier qui se respecte »)

Ne jamais mettre de point à la fin d’un titre; ce serait suggérer qu’il y ait une fin à vôtre titre, et tout titrier sait pertinemment que tout titre n’est jamais terminé, car, et on laissera le lecteur en proie à cette douloureuse interrogation, le titre allégorise un texte qui n’est jamais potentiellement fini, ce qui explique que cette phrase n’a pas de fin, ou pour dire autrement, la

Yannick Roy

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