Toi moko restitué par le Musée des Beaux Arts

Le MBAM retourne une tête maorie en terres ancestrales

Isabelle Paré, Le Devoir,  22 novembre 2012

Artefacts anthropologiques ou étalage grossier de restes humains ? En 2012, l’exposition d’ossements humains demeure sujet de controverse dans le milieu muséal. Les revendications de minorités culturelles, combinées au simple respect de la dignité humaine, poussent de plus en plus de musées à sortir les squelettes de leurs placards.
À l’issue d’une cérémonie empreinte de dignité et marquée par la richesse d’une culture ancestrale, une tête maorie momifiée et tatouée a été remise mardi aux représentants des peuples néo-zélandais et au musée Te Papa Tongarewa de Nouvelle-Zélande par le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM).

Le soin méticuleux porté au retour de cette tête humaine – cachée aux caméras – et la beauté des chants maoris qui ont résonné dans le musée montréalais ont signé la fin d’un héritage honteux, issu d’une époque où la curiosité l’emportait sur la sensibilité à l’égard du caractère sacré des restes humains.

Au terme de la cérémonie, Nathalie Bondil, directrice du MBAM et Rahui Papa, maître de ce rituel sacré et spécialiste de la culture maorie, ont échangé un hongi, geste nez à nez symbolisant le respect mutuel et l’échange.

« Cette restitution vient avec la prise de conscience des cultures du monde. La curiosité a autrefois ouvert la porte au pillage et au marchandage d’objets sacrés comme les restes humains. On doit changer notre regard sur ces objets pour des raisons sacrées et spirituelles, mais aussi parce que cela touche des valeurs politiques profondes liées à la reconnaissance des minorités culturelles », a insisté mardi Mme Bondil.

La tête aujourd’hui honnie, exposée entre 1982 et 1984 au MBAM, reposait dans les réserves du musée depuis son acquisition en 1949 à la Galerie Berkeley de Londres par Cleveland Morgan, conservateur bénévole du musée jusqu’en 1962. Depuis les années 70, les peuples indigènes de Nouvelle-Zélande tentent de rapatrier environ 500 restes et crânes humains, appelés Toi Moko, éparpillés dans des dizaines d’institutions muséales à travers le monde. Dans la culture maorie, la tête, considérée comme le siège de l’esprit, était tatouée et momifiée à la mort. Après avoir été honorée, elle était inhumée ou cachée près du village du défunt.

Appuyé par le gouvernement néo-zélandais, le musée Te Papa a multiplié depuis 2004 les demandes de rapatriement auprès des musées occidentaux. « La plupart des Toi moko ont quitté la Nouvelle-Zélande au XIXe siècle. Ils étaient échangés contre toutes sortes de produits. Ces curiosités ont ensuite été données aux musées. Mais ces restes étaient d’abord des gens et le temps de considérer ces têtes comme des objets de musée est dépassé. Elles seront retournées aux tribus qui en disposeront », a indiqué mercredi Mme Michelle Hippolyte, codirectrice du musée Te Papa et chef spirituelle maorie.

D’avis que le corps humain ne peut pas être considéré comme « une propriété », le conseil d’administration du MBAM a consenti au retour de la tête maorie. « On ne fait que rendre ce qui leur appartient déjà », a insisté Mme Bondil. Ce Toi moko, cinquième tête momifiée retournée aux peuples maoris par des musées canadiens, s’ajoutera aux 320 restes rapatriés dans 14 pays par le musée néo-zélandais.

Bisbille au musée

Si le retour des têtes sacrées aux tribus de Nouvelle-Zélande s’est amorcé facilement dans les années 90 en Scandinavie et dans la plupart des pays, il se heurte parfois au refus de certaines institutions américaines. En 2011, la restitution des crânes sacrés a fait couler beaucoup d’encre en France, où la loi confère aux collections nationales un caractère inaliénable. « Il a fallu un vote du Sénat en France pour permettre le retour de plusieurs de ces têtes », explique Michel Côté, directeur du Musée de la civilisation de Québec, où est présentée depuis mardi l’exposition E Tù Ake-Màori debout. Ce plongeon unique dans la culture maorie s’effectue au travers de 155 objets, dont un canot de guerre, des proues de pirogues, des panneaux sculptés, des objets rituels et des oeuvres d’art contemporaines.

Toutefois, la question de l’éthique liée à l’exposition de restes humains dépasse le seul cas des têtes maories. Elle interpelle de plein fouet plusieurs grands musées du monde où les momies égyptiennes, les Tsantzas – nom donné aux têtes réduites par les Jivaros – ou même de nombreuses reliques religieuses (composées d’os), font courir les foules.

Il y a quelques années, la très controversée exposition Bodies, réalisée à partir de cadavres humains soumis à la plastification, a aussi été vertement décriée en raison de la provenance douteuse des corps. Ici, au Québec, l’exposition récente (2009) des os d’Alexis Lapointe, dit Le Trotteur, à Chicoutimi, ou celle du cadavre du géant Beaupré à l’Université de Montréal, se sont toutes deux soldées par l’enterrement de leurs restes en bonne et due forme. « Je suis absolument contre ce type d’exposition de cadavres qui répond à des pulsions voyeuses, a insisté mardi Nathalie Bondil. En France, Bodies a notamment été interdite pour ce type d’arguments. Le corps est “chosifié” et cela n’entre pas dans ma vision de ce qu’un musée doit montrer. »

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Journée de grève contre la marchandisation de l’éducation

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Expo : Création en temps de crise sociale

Le Centre de design de l’UQAM présente Création en temps de crise sociale, une exposition rétrospective du travail de l’École de la Montagne Rouge dont le commissariat est assuré par Frédéric Metz, designer et professeur honoraire de l’École de design de l’UQAM. L’exposition permettra d’apprécier le travail de ce collectif, concepteur d’affiches et de slogans devenus emblématiques de la lutte contre la hausse des frais de scolarité de 2012. Vous pourrez constater comment ce regroupement de créateurs, principalement issus du baccalauréat en design graphique de l’UQAM, a su canaliser son engagement et donner une image au Printemps érable. La suite

http://ecolemontagnerouge.com/

Archives: http://ecolemontagnerouge.tumblr.com/

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«Les féministes à marde»

Sarah Lucas, Au naturel, 1994.

Avant d’arriver au cégep, à 17 ans, j’avais peu entendu parler du féminisme. Une bande d’extrémistes qui ne veulent pas porter de soutien-gorge, ni se raser, c’était ce que j’entendais principalement. Avec mes ami(e)s, nous les appelions avec humour les « féministes à marde », chaque fois qu’on entendait des gens féminiser leur langage, en disant, mes chers étudiants et étudiantes ! Sans trop se poser de questions, jeunes que nous étions, on riait d’un groupe stigmatisé, car c’est facile. Comme rire des musulmans ou des noirs, en se basant sur les stéréotypes qui courent dans l’air de la couche sociale où nous nous trouvons.

Ce fut un homme qui m’ouvrit la première porte sur ce monde, mon (et non pas ma) prof de français 4, alors qu’on avait une discussion en classe sur les filles qui s’habillent sexy. Les étudiants, et surtout, les étudiantes, argumentaient fortement que c’était déplacé, que c’était juste pour attirer l’attention, et qu’elles s’attiraient vraiment des bibites à s’accoutrer comme ça ; qu’elles ne viennent pas se plaindre après si quelque chose leur arrive, etc, etc… Puis mon prof sort une phrase qui rassemblait à : « À la base, la fille ne devrait pas avoir à penser aux conséquences de son accoutrement, sexy ou non. Pourquoi ce ne serait pas l’homme qui ferait un travail sur lui-même, afin de ne pas faire sentir la fille comme si elle était habillée sexy ? » Nous étions pas mal tous et toutes bouche-bée. Hommes peut-être un peu plus mal à l’aise, et filles un peu blessées dans leur argumentation, mais pour nous tous, jamais cette idée ne semblait avoir traversée notre esprit. Que l’homme se contrôle ? Qu’il taise ses hormones, qui naturellement, voyant un décolleté ou une mini-jupe, chargent vers son entre-jambes et engourdit sa cervelle ? Qu’il apprenne à regarder ailleurs que vers les deux craques de la femme ? Wow…

Aujourd’hui, 21 ans, j’en apprends plus sur le féminisme, jusqu’à me considérer appartenir à ce groupe. Une de celles avec qui je rigolais des « féministes à marde » est aujourd’hui celle qui m’ouvrit la grande porte, partageant avec moi ce qu’elle apprit de ce côté pendant la grève, se liant avec un petit groupe de femmes. Je veux à mon tour partager avec vous certains éléments de ma métamorphose, car je crois qu’elle est possible, et souhaitable, chez chacun d’entre nous, homme ou femme. (N’oublions pas que le premier féministe que j’ai rencontré, eh bien, ce n’était pas une première féministe.)

Donc, l’une des premières choses dont je pris conscience fut la langue, langue masculine. La langue française est sexiste. Elle a été pensée ainsi, il y a des siècles, car ce sont les hommes qui l’ont pensée, ça va de soi. Mais, aujourd’hui, alors qu’on tente d’établir l’égalité entre les hommes et les femmes, la langue est un obstacle majeur. Ça va d’abord vous sembler aberrant, de penser repenser une telle chose que la langue, ça m’a fait pareil au début. C’est un grand débat que la féminisation de la langue, des termes, de constamment dire « ils, elles », « professeurs et professeures ». Ah tiens justement, les linguistes sont justement entrés dans ce débat, critiquant le fait que tous les mots ne se féminisent apparemment pas. Aviateur, aviateure, aviatrice, chanteur, chanteuse, soldat, soldate… autant de mots qui sont fréquemment féminisés alors que les linguistiques voudraient nous taper sur les doigts avec une règle pour l’avoir fait. Néanmoins, est-ce vraiment normal de continuer d’utiliser cette langue, (ah oui, une langue, c’est sexy et féminin) qui est remplie de mots uniquement masculin, comme un vainqueur, une… vainqu…eure? Ah non, les femmes ne peuvent gagner.  Grand débat.

Feminist-Graffiti

Je pose (et je n’invente rien) que l’homme est le pôle autour duquel se forme l’identité. Mon identité, elle est pensée et réfléchie selon lui. Je suis une tomboy, ou un garçon manqué. On ne voit pas de fille manquée, non ? On a des couilles. L’homme, dit-on fréquemment qu’il a des ovaires ? Un VRAI homme, une vraie femme ? (Ouais mais, généralement péjoratif comme expression celle-là) Fais pas ta fillette, ta moumoune. (Là, rentre en compte l’identité homosexuelle, qui elle aussi est fréquemment oppressée dans le discours ambiant) Une hard : Le sexe faible. Ouuuhhh BOOM. C’est certainement pas le gars qui vous vient en tête si vous lisez cette dernière. [1]

Sinon, n’importe qui d’un peu alerte a remarqué comment la femme est utilisée dans la pub. Des totons et des fesses[2], ça vend. Des lèvres aussi. Dans les pubs de dentifrices, c’est rarement une bouche d’homme qu’on voit sourire avec des palettes photoshoppées. Ah, le sexisme dans les pubs, c’est réellement exaspérant. Vous avez vu les pubs d’American Apparel, par exemple ? http://4.bp.blogspot.com/-MHq4XGjk_HM/TZdU7cXVICI/AAAAAAAARnY/0s0vqpEHT-Q/s1600/american-apparel-02_022005.jpg

C’est ce qu’on appelle le « hipster sexism » ou « ironic  sexism »[3], qui consiste à faire des jokes sexistes, mais… EN JOKE. Genre, «HEY CHECK JFAIS MA PUTE mais stune joke, je suis pas une vraie pute». Oh, ce qui m’amènerait à parler de l’Halloween, festival du sexy pour les adultEs, et festival de la princesse pour la petite fille. Sérieux ?

Deux petites anecdotes pour finir. Avez-vous vu la pub de McDo qui passe dernièrement, où ils vendent un gros burger de GARS, et le vidéo te dis ; un gars ne devrait jamais dire certaine choses le matin, du genre, ah, je vais juste prendre un demi-burger, ou, ah, donnez moi la même chose que la dame ! Mais non, un gars, ça l’a un appétit de MÂLE. (???)

Dernière aberration ; chez Omer Desserres, dernièrement, je cherchais un cadeau pour mon neveu de 3 ans. Je me dirige vers la section des enfants. C’est une rangée de deux côtés, à gauche c’est bleu, blanc, vert, rouge, et à droite, c’est… rose. Je vous laisse deviner comment ils ont séparé leurs jouets. Donc, je regarde quand même des deux côtés, du bord des filles, il y a : « Crée tes premiers bijoux, crée tes premiers petits gâteaux, des autocollants, des poupées, des carrosses, des gugusses de princesses, de coiffure, etc… » Du bord des gars, il y a : « des outils construction en plastique, des trucs de Lego, des trucs de dinosaures (???), et…. et… des trucs de sciences.  Genre, fait ton premier volcan, premier kit de chimie, premier kit d’aviation, etc etc… » J’espère que rendu là, vous comprenez mon enragement face à ce display. Sinon, eh bien sachez que les filles peuvent autant être instruites à la science dès un jeune âge que les garçons. (Et comprenez que ces divisions, dès ce jeune âge, sont la base du sexisme ambiant qui reste imprégné et entretenu âge après âge entre les hommes et les femmes)

Peu m’importe quand est né le féminisme, pourquoi, quand, comment, du moins, pas là dans cet article. Je voulais vraiment partager un peu mon cheminement féministe, et souhaiter qu’il soit peut-être contagieux, car je ne devrais pas avoir à convaincre en disant pourquoi il faut que cesse le sexisme ambiant, ça devrait être une évidence.

Je vous invite très fortement à aller aimer cette page sur Facebook : https://www.facebook.com/jesuisfeministe?ref=ts&fref=ts Page très pertinente, qui se contente de publier des articles de partout dans le monde sur des situations et opinions tant pro-femmes, que sur des aberrations machistes. La divergence des points de vue publiés est ce qui m’incite à vous la recommander.

Sinon, voici quelques liens très pertinents si vous souhaitez en apprendre d’avantage

Sur la culture du viol : http://www.madmoizelle.com/je-veux-comprendre-culture-du-viol-123377#sthash.j3mDOQZM.dpbs

Sur la banalisation des agressions sexuelles dans l’Histoire (récente) : http://cratesandribbons.com/2012/09/30/the-kissing-sailor-or-the-selective-blindness-of-rape-culture-vj-day-times-square/

Un projet de l’université McGill fait cette année, où les étudiants étaient invités à se faire prendre en photo avec un carton expliquant « pourquoi ils ont besoin du féminisme » : http://wnfmcgill.tumblr.com/

Marci !

Jacynthe Fournier-Rémy


[2] Get a life, ce sont des putains de parties anatomiques, dont certains génies on décider d’en faire des icônes afin de vendre et de revendre.

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Raymond Klibansky (1905-2005)

Un homme-livre

Une exposition de BAnQ raconte Raymond Klibansky (1905-2005), titan moral et intellectuel

Stéphane Baillargeon, Le Devoir, 16/11/12

Au milieu des quelque 200 documents assemblés par la Grande Bibliothèque du Québec (GBQ) pour présenter la vie et l’œuvre exceptionnelles du philosophe Raymond Klibansky, mort à tout près de cent ans à Montréal en 2005, à côté des livres de Platon, Nicolas de Cues ou John Locke, donc, il y a deux lettres d’une correspondance avec Albert Einstein. Un autre homme phare du XXe siècle, un autre juif allemand forcé à l’exil par l’arrivée au pouvoir des nazis.

Le physicien répond au philosophe qui lui demande conseil. Einstein, par l’entremise de l’Academic Council qu’il finançait de sa poche, a aidé Klibansky comme beaucoup d’autres exilés allemands à s’installer en Angleterre dans les années 1930. Cette fois, le protégé veut savoir s’il doit accepter le poste prestigieux que lui offre l’université hébraïque de Jérusalem.
Alors, que faire ? Participer à la fondation de l’État hébreu après la Shoah ou demeurer dans la diaspora ? Plus de trente longues missives furent échangées sur ce thème.
« À la fin de la Guerre, Klibansky était désemparé, explique le philosophe Georges Leroux, initiateur et commissaire de l’exposition. Il avait siégé à des commissions de dénazification pour aider des camarades à retrouver leurs jobs. Il avait tellement été dégoûté par ce qui se passait, alors que beaucoup de nazis convaincus retrouvaient leurs fonctions. Il s’est donc replié à Londres, puis il a reçu l’offre d’embauche de l’Université McGill. Il va cependant hésiter à rester à Montréal parce que de trop belles propositions lui arrivaient, dont celle de Jérusalem formulée par Yehuda Magnes. Einstein va finalement lui recommander de ne pas l’accepter. »
Dans ses lettres, le père de la théorie de la relativité explique que l’expérience juive se concentre dans la dispersion. Il conseille de féconder l’espace mondial pour que l’antisémitisme ne se reproduise plus jamais. « Einstein explique aussi à Klibansky que la pire des choses serait de créer un foyer national juif, dit encore le commissaire Leroux. Cette correspondance inédite est d’une richesse et d’une dureté incroyables. »
Ce sont les premiers documents que présente le professeur Leroux dans le cadre d’une généreuse visite guidée. En fouillant, il a pu déterrer les lettres de Klibansky enfouies dans le fonds Einstein de l’Université Princeton. La correspondance fera l’objet d’une édition en préparation sous la direction de Georges Leroux.
Il n’y avait que lui pour diriger l’expo-hommage et en tirer ainsi profit. Professeur de philosophie de l’UQAM, traducteur de Platon et collaborateur bien connu du Devoir, le professeur Leroux a été l’élève de Raymond Klibansky à l’Université de Montréal il y a cinquante ans.
La très belle, touchante et instructive expo Raymond Klibansky, (1905-2005) — La bibliothèque d’un philosophe, inaugurée lundi, se veut le « porte-étendard » de l’année philo de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). L’homme de théâtre Alexis Martin et le scénographe David Gaucher ont aidé à lui donner forme.
La présentation déploie les ouvrages dans une ellipse de verre et de bois qui évoque la configuration de la fameuse bibliothèque de l’Institut Warburg de Hambourg, où Raymond Klibansky a été jeune chercheur durant ses études auprès du philosophe Ernst Cassirer. C’est là aussi qu’il a mené certaines recherches pour son maître ouvrage Saturne ou la mélancolie, réalisé en collaboration avec ses aînés Erwin Panofsky et Fritz Saxl. Quelques semaines après l’arrivée au pouvoir des nazis, Klibansky avait convaincu Saxl, directeur de l’Institut Warburg, de déménager le précieux trésor savant en Angleterre, où il se trouve toujours.
Le parcours agrémenté d’extraits visuels et sonores se divise en plusieurs zones chronologiques. À la Odenwald, une école à la pédagogie alternative, il rencontre Klaus Mann, fils de l’écrivain Thomas Mann. Il apprend le grec et le latin, lit Homère, Pindare, Cicéron et Virgile, Goethe, Hölderlin et Rilke. Sa vocation d’helléniste et de médiéviste se confirme à l’Université d’Heidelberg, puis à Kiel et Hambourg. Lui-même devient un spécialiste de la tradition platonicienne et surtout du dialogue du Timée, capital dans la descendance romaine et médiévale de Platon.
L’expo montre ensuite avec quels ouvrages il se passionne pour les grands penseurs du Moyen Âge, Pétrarque, Maître Eckhart et surtout Nicolas de Cues, son maître de tolérance. Il amorce parallèlement son travail sur la mélancolie, qui n’aboutira que des décennies plus tard après la reconstitution du manuscrit perdu pendant la guerre.
Pendant la guerre, le colonel des services secrets Klibansky rédige des rapports pour Churchill et il prend le temps de traduire les mémoires de Mussolini. Le parcours s’attarde aussi longuement aux travaux postérieurs à 1945 sur les idéaux de paix et de respect (dont la Lettre sur la tolérance de Locke, traduite et éditée dans une vingtaine de langues) et la défense des philosophes menacés par les régimes totalitaires, dont Jan Patocka, mort pendant un interrogatoire, à Prague, en 1977.
Comme l’histoire allemande, la vie de Raymond Klibansky se divise en deux, autour de la catastrophe nazie. La scénographie rappelle cette période en plaçant la période 1933-1945 en retrait du parcours, derrière une installation évoquant un autodafé. Des rayonnages brûlés et des livres entassés font écran pour des images du bûcher de la place de l’Opéra de Berlin du 10 mai 1933.
« Si moi j’avais passé cette vie, j’aurais passé cinquante ans à me plaindre, ou à parler de mon héroïsme, ou à me présenter en victime, commente le professeur Leroux. Lui ne se plaignait jamais. Il ne voulait même pas parler de sa famille. »
Étrangement, de son vivant, le maître ne laissait pas ses élèves fouiller dans sa précieuse bibliothèque personnelle. Après sa mort en 2005, à quelques mois de son centième anniversaire, sa veuve Ethel Groffier Klibansky a légué à l’Université McGill l’ensemble patiemment accumulé, environ 7000 livres et documents divers, dont quelques lettres à Einstein…

Raymond Klibansky (1905-2005) – La bibliothèque d’un philosophe

Lire aussi l’excellent article de Stéphane Baillargeon paru dans Le Devoir lors de la mort de Raymond Klibansky en 2005: Mort d’un géant.

Enfin, cette très belle entrevue donnée par Klibansky quelques années avant sa mort, il y est question de textes anciens, de philosophie et de mélancolie:

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Le marché de l’art «en temps de crise»

«La maison de ventes aux enchères Sotheby’s, fondée en 1744, a obtenu, mardi 13 novembre à New York, le montant total d’enchères en une seule vacation le plus élevé de ses 268 ans d’existence : 375,2 millions de dollars pour une dispersion, en un peu plus d’une heure, de 71 oeuvres réalisées depuis l’après-guerre. Record de la soirée, No. 1 Royal Red and Blue peint par Mark Rothko en 1954, a été vendu pour 75,1 millions de dollars. On l’estimait au mieux à 50 millions de dollars.»

Chez Sotheby’s à New York, mardi dernier

No. 1 Royal Red and Blue, un Rothko de1954, vendu pour 75,1 millions

«Si le montant ne bat pas le sommet établi en mai par Christie’s (86,9 millions de dollars) pour cet artiste, Sotheby’s en a pulvérisé d’autres, dont celui pour un Jackson Pollock : son Number 4, 1951, estimé entre 25 et 35 millions de dollars, ce qui est déjà beaucoup pour un tableau somme toute assez petit, a atteint 40,4 millions de dollars.»

Number 4, 1951, Jackson Pollock

«Et un Suicide d’Andy Wahrol, sérigraphié non pas sur toile, mais sur papier, a été acheté par le marchand français Philippe Ségalot pour 16,3 millions de dollars, au double de l’estimation haute, ce qui est là aussi un record pour une oeuvre exécutée sur ce support, rare chez Wahrol. Il y a 20 ans, son ancien propriétaire l’avait acquis pour 132 000 $.»

Suicide, Andy Warhol

Pour voir le détail des ventes et vidéos de la salle des ventes: Sotheby’s Contemporary Art Evening Auction

Source pour le texte: Le Devoir, 15/11/12

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La disparition du voile de la disparition

Cette oeuvre de l’artiste yémémite, Bushra Almutawakel, s’intitule «La Disparition». À mesure que l’emprise du voile s’étend, la femme disparaît et, à l’inverse, on peut être amené à penser que son retrait favoriserait l’apparition de la femme, à visage découvert. Mais dans la vidéo «Women in black», l’artiste n’a pas de mal à nous convaincre que les femmes du Yémen n’ont pas besoin de retirer leur voile pour s’affirmer. Alors porter le voile, ne serait-ce qu’un détail indifférent? Non, «it is a shield, it gives you freedom» dit-elle, c’est un bouclier qui donne la liberté aux femmes en les protégeant du regard irrespectueux des hommes. C’est compliqué, n’est-ce pas, le port du voile intégral, le niqab au Yémen, serait un instrument de libération pour les femmes, grâce à lui elles peuvent aller et venir tout en se soumettant à la volonté des hommes qui les considèrent indignes de se promener les cheveux flottant au vent et le visage à découvert, baigné par la lumière du soleil.

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Obama réélu!

Photo: Terry Richardson

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Hegel et le coût réel d’un iPhone

Qui pense abstraitement? C’est la question que Hegel pose dans une petit texte qu’il a écrit vers 1807, un texte qui était, semble-t-il, destiné à être publié dans un journal, ce qui explique son allure de «lettre aux lecteurs», son côté «billet d’humeur» un tantinet sarcastique. À la question posée, la réponse est directe: «Qui pense abstraitement ? L’homme inculte, non l’homme cultivé.» Le but de Hegel est de montrer que la pensée abstraite n’a aucune valeur, justement parce qu’elle est déconnectée de la réalité. Or il faut être parvenu à un certain niveau de culture pour comprendre que la réalité effective et concrète est une totalité dont les parties sont organiquement reliées et, par conséquent, on ne peut prétendre connaître une chose que si on est capable de se représenter les conditions d’engendrement qui l’ont rendue possible.

Ainsi, pour reprendre l’exemple de Hegel, l’homme inculte ne verra dans le meurtrier ou le criminel récidiviste qu’un bon à rien qui mérite la plus grande peine, tandis que la personne cultivée comprend que l’individu ne surgit pas comme ça de nulle part et qu’on ne peut pas tout simplement l’abstraire de son milieu et de l’environnement dont il est le produit: «il est important de suivre la formation de la mentalité du criminel ; son passé, son éducation, la mésentente entre son père et sa mère, la répression impitoyable d’une faute minime expliquent l’amertume de cet être humain envers l’ordre social. Sa première réaction contre cet ordre l’en a exclu, et, dès lors, ne lui a plus permis de subsister que par le crime.»

Selon cette manière de voir, toute chose prise individuellement est une abstraction et la tâche de la culture est d’abolir cette abstraction en rendant la conscience de soi capable de connecter toute chose à la totalité dont elle est issue et dont elle fait partie. Pour Hegel le point de vue de la philosophie nous amène à voir que «le vrai est le tout». Mais selon cette manière de voir on comprendra aussi que la culture ne se limite pas à la connaissance, car on peut être très savant tout en étant parfaitement inculte! C’est-à-dire que la connaissance approfondie d’une chose ne sera possible que si je mobilise toute mon attention sur cet aspect de la réalité. Que ce soit pour la chimie, la littérature baroque ou l’histoire de la boxe, il faudra que je me spécialise, or plus je me spécialiserai, plus je m’enfoncerai dans un domaine de la réalité et plus je ferai abstraction du reste de la réalité; quand on est le spécialiste d’une partie du tout on risque donc de se déconnecter du tout.

Mais justement, pour se connecter au tout il n’y a rien de tel qu’un iPhone Ou plutôt, rien de tel qu’un iPhone pour illustrer le propos de Hegel: pris isolément cet objet que je tiens dans ma main est une abstraction,  pour le connecter au tout dont il est issu ce lien:

The true cost of an iPhone

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Soutenons Gabriel Nadeau-Dubois

Comme vous l’avez sûrement appris, Gabriel Nadeau-Dubois a été reconnu coupable d’outrage du tribunal. Nous connaîtrons sa sentence le 9 novembre. Aujourd’hui, il a annoncé qu’il porterait ce jugement en appel et il ne veut pas que les frais encourus ne ruinent les assos étudiantes qui sont déjà aux prises avec  de nombreuses causes impliquant des étudiants qui ont pris part aux événements du printemps dernier. Aussi, il sollicite l’aide financière du grand public. Il affirme aussi qu’une des raisons qui motive son appel du jugement, c’est sa crainte que ce jugement ne crée un précédent et ne décourage dans l’avenir les jeunes et tous les citoyens de combattre et de s’exprimer librement à propos des enjeux politiques qui les préoccupent. Il me semble que nous devons le soutenir dans cette cause. Un site a été mis en place pour une contribution financière : www.appelatous.org

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Les voies du seigneur sont impénétrables

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René Lévesque: le point de vue des étudiants en Histoire et Civilisation

«René», Sérigraphies, Collectif Histoire et Civilisation, février 2012

Des étudiants en Histoire et civilisation, en compagnie de leur professeur Philippe Bouchard, ont accepté, «à chaud et sans préparation», de parler de René Lévesque pour «Dimanche Magazine». L’évocation qu’ils ont faite du grand homme nous rend pas mal fiers…

http://www.radio-canada.ca/audio-video/pop.shtml#urlMedia=http://www.radio-canada.ca/Medianet/2012/CBF/DimancheMagazine201210281106_3.asx

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Picasso 1881-1973

Il y a 131 ans aujourd’hui, le 25 octobre, naissait Pablo Picasso

Garçon conduisant un cheval, 1906

Les demoiselles d’Avignon, 1907

Guernica, 1937

Marie-Thérèse, 1937

Autoportrait, 1972

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Jack Kerouac joue au billard

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Charlie is my darling

En 1965, tandis que leur carrière commence à décoller, on suit les Rolling Stones lors de leur tournée irlandaise. Mick Jagger a 22 ans et Keith Richards en 21! On les voit sur scène, en train et en avion, dans les coulisses des théâtres où ils se produisent, mais aussi dans leurs chambres d’hôtel, passablement ivres, chanter certaines de leurs chansons pas encore enregistrées sur disque et même quelques unes des Beatles. Un film à voir absolument, ne serait-ce que pour cette scène tournée dans un lieu incertain, une suite à l’hôtel ou un bar déserté, où l’on voit Keith au piano jouant du Elvis Presley que Mick, plutôt soul,  imite jusqu’à la caricature, Keith s’arrête alors tout net et lui lance: «Who do you think you are Mick Jagger?»

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