Pandit Ravi Shankar 1920-2012

La légende des légendes

Yves Bernard, Le Devoir, 13/12/12

Compositeur émérite, Pandit (maître) Ravi Shankar fut surnommé le Mozart du sitar par le regretté violoniste Yehudi Menuhin. Il fut aussi l’un des musiciens les plus célébrés de la planète, remportant trois Grammy et le Bharat Ratna, la plus haute distinction civile indienne. Mais il fut avant tout ce sage visionnaire qui a ouvert au reste de la planète le monde de son art hindoustani de l’Inde du Nord. Il est décédé mardi à l’âge de 92 ans dans un hôpital à San Diego en Californie. Il venait de subir une opération chirurgicale pour le remplacement d’une valve cardiaque, et sa dernière performance, il l’avait offerte avec sa fille Anoushka à Long Beach, le 4 novembre dernier.

Mercredi, les témoignages sont venus de partout : « Il était la légende des légendes », a lancé Shivkumar Sharma, célèbre joueur de santour qui avait joué avec le maître. « Il fut trésor national et ambassadeur mondial de l’héritage culturel de l’Inde. Une ère s’achève. La nation se joint à moi pour rendre hommage à son génie insurpassable, à son art et à son humilité », a pour sa part déclaré le premier ministre indien Manmohan Singh via Twitter.

Né en 1920 dans la ville sacrée de Bénarès sur les bords du Gange, Ravi Shankar venait d’une famille de brahmanes, la plus haute caste de la société hindoue. Il a commencé sa vie artistique à l’âge de dix ans comme danseur au sein de la troupe de son frère Uday. Il m’en avait donné quelques précisions dans une entrevue pour le ICI en 2003. « Le nom d’Uday Shankar était aussi connu que ceux de Gandhi et de Tagore, le Prix Nobel de littérature. Il fut véritablement le premier à faire connaître la danse et la musique indiennes à l’extérieur. Les gens nous découvraient avec grand étonnement. »

Ravi Shankar se rappelait être venu à Québec vers 1933 par un froid de canard. Avec Uday, il a fréquenté plusieurs scènes du monde avant d’opter pour un autre destin, choisissant à l’âge de dix-huit ans de se consacrer à l’apprentissage rigoureux de la musique savante et de suivre le joueur de sarode Allaudin Khan dit Baba, qui deviendra son guru.

Au milieu des années 40, il se fait reconnaître en Inde. Il écrit aussi des musiques de film. Lors de la décennie suivante, il tourne déjà en son nom à l’étranger, compose pour des orchestres et commence à intégrer des instruments d’ailleurs. Il multipliera par la suite les collaborations avec des artistes de l’Ouest et deviendra proche de John Coltrane, qui prénommera son deuxième fils Ravi en son honneur.

Au milieu des années 60, sa rencontre avec George Harrison des Beatles, à qui il enseignera le sitar, lui vaudra l’étiquette de parrain de la world music. Il en était mal à l’aise : « Je n’ai jamais voulu faire de mélange. J’ai seulement voulu trouver de nouvelles textures à la musique classique indienne, avait-il dit en 2003. Je n’ai jamais jammé avec qui que ce soit et si j’ai pu collaborer avec des musiciens occidentaux de renom comme le flûtiste Jean-Pierre Rampal, le violoniste Yehudi Menuhin ou le compositeur Philip Glass, c’est parce qu’ils ont interprété mes compositions ».

Malgré cela, il est du festival de Woodstock en 1969 et du concert pour le Bangladesh, deux ans plus tard. Sa musique est alors associée au psychédélisme et aux herbes illicites sous-jacentes à l’écoute de la musique : « Ma musique n’a rien à voir avec cela. C’est la raison pour laquelle depuis 1975, j’ai réglé le problème en ne me produisant que dans les réseaux de la musique classique », avait-il expliqué lors de l’entrevue citée plus haut. Mais, au-delà du malentendu, la grandeur du personnage, son humilité légendaire et sa vision spirituelle pour un monde meilleur persisteront pendant longtemps encore… sur un air de légende.

***

Pandit Ravi Shankar selon Aditya Verma

Joueur de sarode montréalais, Aditya Verma fut l’un des disciples de Ravi Shankar. Il témoigne : « Avant qu’il devienne mon guru, ma connexion avec Pandit Ravi Shankar ressemblait beaucoup à une relation entretenue entre un petit-fils et son grand-père. Puis, j’ai réalisé que son enseignement ne concernait pas que la musique, mais la vie dans plusieurs de ses facettes. Pour lui, la musique n’était pas seulement une question de jouer des notes, mais une intégration à la culture totale, qui est transmise depuis fort longtemps d’une génération à l’autre : la musique était tout. Pour bien le saisir, il est important de comprendre qu’au début de sa carrière, lorsqu’il a commencé comme danseur dans la troupe de son frère, il vivait en Inde, mais il voyageait beaucoup en Europe et en Amérique, en vivant l’excitation d’être membre d’un ensemble célèbre. Puis, il a opéré un changement complet de mode vie pour aller rejoindre son gourou en s’installant littéralement dans un village indien pendant sept ou huit ans. Il vivait alors dans une petite chambre et passait ses journées à apprendre et à pratiquer. Cela explique sa solide fondation artistique. N’importe qui d’autre qui n’aurait pas eu son génie se serait perdu. Il a atteint plusieurs personnes par la musique, la culture et la spiritualité indiennes. Je pense que cela va prendre des générations pour comprendre sa contribution. »

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Oscar Niemeyer 1907-2012

Oscar Niemeyer, considéré comme l’un des pères de l’architecture moderne, est mort, mercredi 5 décembre, à l’âge de 104 ans dans un hôpital de Rio de Janeiro.

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Amoureux du béton, ennemi de la ligne droire: Oscar Niemeyer

L’architecte, qui aurait eu 105 ans le 15 décembre, était hospitalisé depuis le 2 novembre en raisons de complications rénales et d’hémorragies intestinales. L’hôpital Samaritano avait indiqué mercredi que son état s’était aggravé en raison d’une infection respiratoire.

Né le 15 décembre 1907 à Rio, dans une famille bourgeoise d’origine allemande, portugaise et arabe, Oscar Ribeiro de Almeida de Niemeyer Soares, a participé à la réalisation de plus de 600 œuvres en 70 ans de carrière. Une vingtaine sont encore en cours de réalisation dans divers pays.

C’est en 1940 que Niemeyer fait la connaissance du futur président Juscelino Kubitschek, qui lui donnera la « joie » de construire ex nihilo Brasilia, l’actuelle capitale du Brésil, avec l’urbaniste Lucio Costa et le paysagiste Roberto Burle Marx.« On voulait faire des immeubles qui créent une certaine stupeur parce qu’ils étaient différents », avait déclaré ce pionnier de l’utilisation du béton.

"On voulait faire des immeubles qui créent une certaine stupeur parce qu'ils étaient différents", avait déclaré ce pionnier de l'utilisation du béton.

Parmi ses réalisations les plus célèbres, où le verre et le béton blanc sont omniprésents, figurent le secrétariat des Nations unies à New York

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ou le siège du Parti communiste français, place du Colonel-Fabien, à Paris.

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Le prix Pritzker, considéré comme le Nobel de l’architecture, lui a été décerné en 1988 pour la cathédrale de Brasilia, dont la célèbre coupole en « couronne d’épines » permet à la lumière d’inonder une nef pourtant souterraine. La capitale brésilienne, qui a surgi en 1960 au beau milieu du Cerrado, plateau sauvage du centre du pays, lui doit la plupart de ses édifices publics, précurseurs du style « Space Age ».

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A Rio, où il vivait, Oscar Niemeyer laisse notamment le Sambadrome, haut lieu du carnaval, et la « soucoupe volante » du musée d’art contemporain de Niteroi, qui domine la baie.

a-view-of-copan-latin-america-s-largest_9e4c63b41a363caa1734e3c1c9d1e4acL’immeuble Copan, Sao Paolo

Source pour le texte: Le Monde, 6/12/12

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Potytechnique, 6 décembre 1989

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Tuerie à l’École Polytechnique de Montréal

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Dave Brubeck 1920-2012

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Il y a 60 ans: The Great Smog

Il y a 60 ans à Londres, 5 jours durant, le nuage de pollution était si dense qu’il faisait nuit en plein jour: images du Great Smog.

Piccadilly Smog

Smog On The Thames

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Turner Prize 2012

Elizabeth Price remporte le Turner Prize 2012

LONDRES (ROYAUME-UNI) [05.12.12] – Lundi 3 décembre, le Turner Prize a été décerné à Elizabeth Price. La vidéaste a reçu le prix de 25 000 livres sterling des mains de l’acteur Jude Law lors d’une cérémonie organisée à la Tate Britain.

Succédant à Martin Boyce (2011) et Susan Philipsz (2010), l’artiste britannique Elizabeth Price vient de remporter l’édition 2012 du célèbre Turner Prize. C’est l’acteur Jude Law qui a remis à la lauréate ce prix doté de 25 000 livres (30 600 euros) lors d’une cérémonie organisée à la Tate Britain où sont exposées les œuvres des quatre finalistes désignés en mai dernier par le jury du prix.

Elizabeth Price présentait une œuvre vidéo intitulée « The Woolworths Choir of 1979 », une référence à un incendie survenu en 1979 au grand magasin Woolworths de Manchester et durant lequel dix personnes perdirent la vie. L’œuvre consiste en un montage de 20 minutes où se succèdent images d’archives, reportages, publicité, et clips de musique accompagnés de textes.

Pour voir un extrait plus long de l’oeuvre:

http://www.guardian.co.uk/artanddesign/video/2012/dec/04/elizabeth-price-woolworths-choir-video

Ancienne musicienne et co-fondatrice dans les années 1980 du groupe indie-pop Talulah Gosh, Elizabeth Price s’est tournée vers la vidéo sur le tard. Le jury a cependant accueilli favorablement son œuvre qu’ils ont défini comme « une expérience rythmique et rituelle à travers des installations vidéos combinant différents matériaux et vocabulaires techniques », ajoutant que l’artiste avait su constituer « un puissant corpus d’œuvres durant les trois dernières années ». Comme chaque année, les trois autres finalistes ne sont pas totalement repartis les mains vides. Luke Fowler, Paul Noble et Lali Chetwynd ont chacun reçu la somme de 5000 livres sterling (6150 euros).

Source pour l’article: Le Journal des Arts

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La réprobation de Damien Hirst

the crown of justiceThe Crown of Justice, 2006, ailes de papillons et peinture enamel

Deux articles parus récemment, l’un dans le Business Insider, l’autre dans le Bloomberg Businessweek, qui s’intéressent à Damien Hirst, pas pour en faire l’éloge, mais pour annoncer que sa carrière serait en perte de vitesse. Ce fléchissement viendrait confirmer que l’artiste par qui le scandale arrive a toujours abusé de la crédulité du public et de la cupidité du marché. Et voilà le roi de l’art contemporain mis à nu par des organes de presse au service des firmes de courtages!

Disons d’abord qu’il se pourrait que dans 10 ans on ne se souvienne plus du nom des auteurs de ces articles qui, tout en dénonçant l’effet de mode, cède à l’effet de mode. Par les temps qui courent Damien Hirst est en effet devenu un objet de réprobation très populaire car, voyez-vous, sa cote est en baisse. Elle se maintient toujours dans les millions, mais au lieu des 6 attendus pour telle oeuvre, on n’en a obtenu que 4. Misère!

Damien Hirst n’est probablement pas aussi important que certains veulent le croire, mais on peut néanmoins lui attribuer quelques oeuvres très fortes qui figureront certainement parmi les plus grandes dans l’histoire des Momento mori.

a thousand yearsA thousand years, 1990

The physical impossibility

The Physical Impossibility of Death in the Mind of Someone Living, 1991

choleraCholéra, 2003, mouches et résine

for the love of godFor the love of god, 2007

Mais revenons au débat sur la valeur des oeuvres, débat qui dans sa phase ascendante nous élève au niveau transcendental, l’art dans son idée même; mais qui dans sa phase descendante laisse les «essentialistes» dépités car ils constatent alors que les oeuvres d’art ne correspondent pas à leur théorie, aussi sublime soit-elle. Alors quoi? L’art qui existe ne serait pas réellement de l’art? Est-ce le marché et le milieu de l’art qui à la fin décident de tout ou, mieux encore, faut-il s’en remettre au jugement péremptoire du «business insider»? Parlant business, il y a ces temps-ci un collectionneur qui s’appelle Mugrabi qui profite de la relative décote de Damien Hirst pour acheter tout ce qui passe, exactement comme son père et son oncle faisaient dans les années 80 lorsqu’on disait que Warhol était fini, rien de plus qu’une «joke»…

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Corruption et image de soi

L’examen de conscience

Il était particulièrement gênant de voir un juge de la Cour supérieure de l’Ontario ordonner la destitution du maire de Toronto pour une peccadille antérieure à son élection, alors que les magouilleurs ont prospéré impunément pendant des années, voire des décennies, au sein des administrations de Montréal, de Laval ou encore de Mascouche avant que leurs maires soient enfin chassés de l’hôtel de ville.

Dans la même semaine, l’ancien p.-d.g. de SNC-Lavalin, ce fleuron de Québec inc., était arrêté par l’Unité permanente anticorruption (UPAC) et devra faire face à une série d’accusations de fraude.

Si détestable que pût être le recours à la corruption pour obtenir des contrats en Libye, il était toujours possible de se donner bonne conscience en se convaincant qu’il s’agissait d’une quasi-obligation à laquelle tout soumissionnaire devait se plier, mais découvrir que c’était aussi une condition pour décrocher le contrat du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) est franchement déprimant.

On s’était indigné de la page couverture du magazine Maclean’s sur laquelle le Bonhomme Carnaval portait une valise débordant de billets de banque, mais on se demande maintenant quel sera le prochain objet de fierté nationale à être éclaboussé : le Canadien, le Cirque du Soleil, Céline Dion ? De toute évidence, il y a quelque chose de pourri au royaume du Québec.

Même si elle lui devait une fière chandelle pour avoir contribué à sauver son leadership l’hiver dernier, la première ministre Pauline Marois ne pouvait pas passer l’éponge sur les infractions à répétition de Daniel Breton, sous peine de voir tout son gouvernement s’embourber. Après sa malheureuse visite au BAPE, plusieurs commençaient d’ailleurs à voir en lui un dangereux loose cannon, qu’il aurait fallu placer sous étroite surveillance de façon permanente.

On peut toutefois comprendre la réaction de ceux qui enragent de voir écoper un homme qui, malgré de sérieux problèmes personnels, avait certainement l’Intérêt public à coeur, alors qu’une ploutocratie véreuse s’engraisse scandaleusement aux frais des contribuables.

***

Même si la juge France Charbonneau a expliqué que toutes les pièces du puzzle ne pouvaient pas être mises en place simultanément, plusieurs ont reproché à sa commission d’avoir rendu publiques sans plus d’explication les listes d’invités au club 357c et d’ajourner ensuite les audiences publiques pour une période de deux mois, sans se soucier du tort qui pourrait être fait à la réputation de gens qui n’ont rien à se reprocher.

Mme Charbonneau a cependant trop d’expérience et de sens de la justice pour avoir donné le feu vert aux procureurs de la commission simplement pour faire taire ceux qui lui reprochaient de commencer à manquer de souffle.

Ma collègue Kathleen Lévesque rapporte aujourd’hui dans Le Devoir qu’en levant le secret sur ce lieu de rendez-vous des ploutocrates qu’est devenu le 357c, on a plutôt voulu lancer l’avertissement que leurs réseaux seront mis au jour coûte que coûte et que personne ne sera à l’abri du regard de la commission.

Le mandat officiel de la commission est de mettre au jour la collusion et la corruption dans l’octroi des contrats publics dans l’industrie et les liens possibles avec le financement des partis politiques, mais c’est en réalité l’éthique de la société québécoise tout entière qui a été placée sous surveillance.

Certes, la nature humaine n’est pas spontanément portée vers la vertu, mais la théorie des pommes pourries a quand même ses limites. Il ne s’agit pas seulement de comprendre comment fonctionne un système qui a gangrené nos institutions les plus fondamentales, mais aussi de faire un examen de conscience. Comment, collectivement, en est-on arrivé là ?

***

Personne ne peut être fier de l’état de déliquescence dans lequel sont tombées les administrations publiques. Entendre un fonctionnaire municipal corrompu jusqu’à l’os vanter sans la moindre gêne les manières de gentleman d’un caïd de la mafia avec lequel il a joué au golf dans le Sud est non seulement enrageant, mais honteux.

Pour n’importe quel gouvernement, les milliards que coûte la corruption constituent déjà une excellente raison de s’y attaquer avec la plus grande détermination, mais celui de Mme Marois devrait avoir un incitatif additionnel à faire diligence.

Il y a sans doute de nombreuses raisons qui peuvent expliquer la baisse de la ferveur souverainiste au cours des dernières années. Une chose est cependant certaine : la fierté et la confiance en soi sont des ingrédients indispensables. Ce que nous révèle la commission Charbonneau n’est certainement pas de nature à susciter l’une ou l’autre.

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Je me souviens des Patriotes à Saint-Denis

Il y a 175 ans, la bataille de Saint-Denis

Gilles Laporte – Porte-parole de la Maison nationale des patriotes, Le Devoir,  23 novembre 2012

La Grande-Bretagne n’a pas lésiné afin d’écraser la rébellion patriote. Dès qu’on découvre que Louis-Joseph Papineau a trouvé refuge dans le petit village de Saint-Denis-sur-Richelieu, l’armée anglaise mobilise pas moins de 300 soldats pour « accompagner » les juges de paix chargés d’arrêter le chef patriote.

Parti de Montréal le 22 novembre, le lieutenant-colonel Charles Stephen Gore apprend à Sorel que des villageois s’apprêtent à lui barrer la route à Saint-Denis. Il déploie alors ses troupes et donne l’ordre de marcher toute la nuit. L’armée arrive aux portes de Saint-Denis le matin suivant, trempée et épuisée par une marche forcée sous une pluie glaciale. De leur côté, les patriotes de Saint-Denis sont sur le qui-vive ; les quelque 200 résistants mal armés reçoivent constamment des renforts, si bien que le nombre de défenseurs s’accroît tout au long de la journée. À leur tête, le grand Wolfred Nelson se veut rassurant : « Soyez tranquilles, il y en aura de tués, et vous prendrez leurs fusils. »

Retranchés dans une imposante maison en maçonnerie ainsi qu’à la distillerie appartenant au docteur Nelson, les patriotes ouvrent un feu nourri d’une grande précision. Devant ce tir plongeant, l’infanterie de Gore est impuissante. Impuissante aussi est son artillerie contre les robustes murs de la Maison Saint-Germain, transformée en forteresse par les patriotes – sauf pourtant le premier boulet, qui pénètre par une fenêtre, tuant d’une traite trois défenseurs.

Vers 13 heures, l’arrivée de renforts des villages de Saint-Antoine, Contrecoeur, Saint-Ours et Verchères galvanise le moral des défenseurs qui passent… à l’offensive ! On lance alors la « compagnie des bâtons de clôture », qui, armée de piquets semblant être des mousquets, surgissant de la forêt, sus à l’ennemi. L’audacieuse tactique provoque la panique chez les Britanniques, qui croient se trouver en face d’une troupe bien armée. Après sept heures de combat, Gore décide de se replier, abandonnant armes et bagages aux patriotes restés maîtres des lieux.

La victoire de Saint-Denis est d’une ampleur historique. Tout au plus, les patriotes avaient cherché, par leur défense héroïque, à protéger leur vie et à couvrir le départ de Papineau. Ce succès inouï leur impose cependant d’aller jusqu’au bout de leur engagement, face à une armée anglaise désormais déterminée à écraser toute résistance.

Le « loup rouge » Wolfred Nelson

Anglophone originaire de Sorel, Wolfred Nelson écrit lui-même […] : « Dans ma jeunesse, j’étais un ardent tory et j’étais porté à détester tout ce qui était catholique et canadien-français, mais une connaissance plus intime de ces gens changea mes vues. » Nelson devient alors à Saint-Denis le « loup rouge » : un chef inspirant, enraciné dans la communauté francophone de Saint-Denis, où il est médecin et entrepreneur. À 29 ans, il épouse Charlotte-Josephte Noyelle de Fleurimont, qui est issue d’une famille seigneuriale et catholique. Nelson est alors mêlé à une foule d’activités dans sa communauté, où il jouit d’un grand respect. Nelson se lance en politique en 1827 pour dénoncer l’attitude du gouvernement anglais. La mort de son ami Louis Marcoux, impunément assassiné à Sorel en novembre 1834, sonne le signal de son engagement total derrière la cause patriote. Il préside ensuite l’assemblée patriote des Six Comtés, où il lance un appel aux armes. Après la défaite à Saint-Charles, Nelson compte se réfugier aux États-Unis, mais il est capturé près du mont Orford, emprisonné à Montréal puis exilé aux Bermudes avec sept de ses compagnons. Revenu en 1842, il mène encore une grande carrière politique, élu deux fois maire de Montréal, puis nommé… inspecteur aux prisons ! Mort en 1871, le corps de Wolfred Nelson est inhumé au cimetière anglican de Sorel. Sur sa tombe, on peut encore lire : « Ici repose la plus noble réalisation de Dieu, un honnête homme. »

Extrait de Légendes d’un peuple, tome I de Alexandre Belliard et Gilles Laporte (éditions Gavroche, Ulverton). Lancement public des tomes I et II, ce soir 19 h à la Maison Ludger-Duvernay.

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Défense de la culture générale contre l’éducation marchandise

revueargument.ca

Il faut réhabiliter la «culture générale» et en débattre

Celle-ci nous permet de nous affranchir d’un «nombrilisme contemporain», plaident les artisans de la revue Argument

Patrick Moreau – Rédacteur en chef de la revue Argument et Marie-Andrée Lamontagne – Membre du comité de rédaction, Le Devoir,  27 novembre 2012
En octobre dernier, la revue Argument faisait paraître son numéro 15.1, numéro anniversaire destiné à marquer avec éclat les quinze années d’existence d’une revue d’idées qui entend faire de l’essai, au sens fort, libre et littéraire du terme, le fer de lance de sa réflexion sur la société. Quinze ans : tout un exploit pour une publication comme Argument, qui ne reçoit aucune aide de l’État, même si elle peut compter aujourd’hui sur le soutien des Éditions Liber.
Ce numéro, aux airs de manifeste, a pour titre : « Sous peine d’être ignorant. La culture générale en vingt-cinq essentiels ». Il s’agit de réunir, en vingt-cinq entrées – notions, personnages, événements, lieux, oeuvres ou objets -, le bagage culturel minimal que devrait posséder en 2012 tout jeune homme ou toute jeune femme, « sous peine d’être ignorant ». Chaque entrée, choisie par la rédaction d’Argument, a fait l’objet d’un essai bien senti, commandé à un auteur informé, qui explique de quoi il en retourne et en quoi ce savoir est indispensable aujourd’hui. Il faut croire que ce numéro a touché une corde sensible au Québec, puisque le premier tirage s’est écoulé quasi sur-le-champ et que l’éditeur, aussi enchanté que le comité de rédaction, a dû bientôt commander une réimpression – du jamais-vu dans l’histoire de la revue, voire de la plupart des revues.On entend d’ici les protestations sceptiques, aux accents wikipédiens : l’expression « culture générale » a-t-elle encore un sens aujourd’hui ? À cette question, et forte de son engagement humaniste, la revue répond par l’affirmative, sans hésitation. Quelle forme doit prendre cette culture générale, comment la définir, comment la transmettre – c’est alors que les interrogations fusent ; certains diront : que les problèmes commencent.C’est que des pans entiers de ce qui apparaissait autrefois comme un bagage culturel minimal sombrent aujourd’hui dans l’oubli, quand ce n’est pas dans une trouble indifférence qui fait en sorte que le présent lui-même, élevé au rang d’idole, devient indéterminé, intemporel, ou – pire encore – ne sont plus connus qu’à travers une disneyisation culturelle qui transforme la guerre de Troie en heroic fantasy sur grand écran, le président Lincoln en chasseur de vampires et la période médiévale en décor pour contes de fées.Il est possible en 2012, nul ne s’en émeut, qu’un jeune homme ou une jeune femme dans la vingtaine, disons âgé de 25 ans (et qui aura passé près de vingt ans sur les bancs de l’école) ignore tout ou presque des époques qui ont précédé celle, bénie, où il est né ; que les noms de Bach ou de Freud n’évoquent rien (ou à peu près rien) à ses yeux ; qu’il ne sache pas trop à quoi renvoie le syntagme « Grande Guerre » ou quelle est l’origine des droits de l’homme qui jouent un rôle si central dans la politique actuelle ; qu’il n’ait pas, enfin, une idée un tant soit peu précise de ce que représente la Conquête dans l’histoire du Canada, pour s’en tenir à ces exemples.Pourquoi ces connaissances (à une époque où l’école elle-même s’en méfie et leur préfère l’acquisition de « compétences » ou une approche permettant, comme on dit, d’« apprendre à apprendre ») paraissent-elles si essentielles ? Autrement dit, quelle est la valeur de la culture dite générale ? À l’appui de ces savoirs partagés, on peut alléguer brièvement au moins trois arguments. Tout d’abord, la culture générale est le socle commun sur lequel se fonde, dans toute société, un dialogue social fécond, socle commun particulièrement important dans une démocratie où la discussion et les débats d’idées, et non l’autorité, sont censés permettre de trancher la plupart des questions ; et cela, faut-il le rappeler, à un moment où les modes et les engouements médiatiques ne sont pas moins déterminants que les diktats de l’Église ou la loi du père d’antan.

De plus, la culture générale, sans cesser bien sûr de se transformer, traverse les siècles et les générations ; elle offre un moyen d’appréhender le monde, non pas comme un espace neutre, géométrique, sans relief et débarrassé de toute dimension historique, mais comme un lieu signifiant, apte à être habité véritablement.

D’un point de vue plus strictement individuel, enfin, la culture dite générale, ou « humaniste », permet de former son jugement. C’est grâce à elle que l’individu peut se repérer dans la réalité complexe et prendre du recul par rapport au présent. La culture générale offre donc un antidote au nombrilisme contemporain. Elle décentre l’individu de lui-même, donnant ainsi un sens plus profond à l’expérience humaine. À l’encontre de tous les conformismes, elle ouvre la question des fins de l’existence.

Il n’empêche qu’au jeu qui consiste à établir une sorte de minimum culturel garanti en 25 entrées, chacun ira de ses préférences, convictions et oublis à corriger. Et la belle assurance affichée par le palmarès de ce numéro ne doit pas faire oublier sa part de doute, même si l’assurance et l’autorité, au sens latin du terme, sont inhérents à l’acte de transmettre, quoi qu’en dise la pédagogie nouvelle. Du coup, la formation des maîtres qui oeuvrent dans nos écoles ne laisse pas d’inquiéter. Comment ceux-là mêmes censés transmettre le savoir peuvent-ils le faire s’ils sont trop souvent en butte à leurs propres lacunes, héritage pervers d’une société paresseuse, insoucieuse, oublieuse, prompte à faire de l’éducation un moyen plutôt qu’une fin ? Et si enseignants, élèves, parents, enfants, professeurs et étudiants ne sont souvent que trop heureux de se noyer dans la cohorte indistincte des « cerveaux disponibles », consommateurs dociles, éternellement insatisfaits – tout en affichant la posture de rébellion et de subversion de mise à notre époque ? On le voit : la question de la culture générale n’engage pas seulement l’école et la famille, mais toute la société.

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Le coup de coeur littéraire de Véro

Samedi de la semaine dernière, dans Le Devoir, Jean-François Nadeau attirait notre attention sur les lectures de la très charmante Véronique Cloutier, -ça ne s’invente pas:

«C’est le Salon du livre de Montréal. Véronique Cloutier, interrogée et filmée par Radio-Canada, parle volontiers cette semaine de son « coup de coeur littéraire ». Elle dit : « Mon coup de coeur littéraire, ça peut sembler un peu drôle parce qu’il a ma face dessus, mais c’est le livre Belles, outils et astuces pour un maquillage réussi. » Elle ajoute : « Des fois, tu passes ta vie à te mettre du mauve sur les yeux pensant que c’est la meilleure chose à faire, mais ça pourrait être mieux avec du brun finalement. Ce livre permet aux femmes d’essayer. »

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C’était dimanche

La lune se lève de ce côté

parce que le soleil se couche de ce côté-ci

Lundi n’est plus loin

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Squeegee, Old School, NYC 1972 (avec les Rolling Stones)

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Féminisme ou Anti-sexisme?

Hermaphrodite endormi, IIè siècle après J.-C., Musée du Louvre

En guise de réponse à l’article de Jacynthe Fournier-Rémy «Les féministes à marde»

Ce que je vais dire va peut-être apparaitre aux gens comme un peu «sorcier» mais tout ce que j’écris, chaque mot que je pose ici a été choisi avec soin après avoir été réfléchi. Par contre il ne faut pas penser que ce qui est écrit ici se présente à moi comme des dogmes. En fait j’écris ce que j’ai pu me faire comme opinion sans être omniscient et c’est pour cette raison que je crois que mon opinion, comme toute chose, peut changer.

Ce que le féminisme dit est pour moi difficile à comprendre. Il est certain qu’avec un effort je peux conceptualiser le féminisme, mais je ne comprends pas pourquoi je devrais faire cet effort, je ne comprends pas en quoi cela peut aider la cause. En fait ce que je comprends du féminisme c’est que dans notre société, et ce sans s’en rendre compte, il y a un mécanisme qui fait en sorte que la femme soit plus vue comme une objet que comme une femme et, de ce fait, elle se trouve diminuée par rapport au statut réservé à l’homme. Ce mécanisme est possible à cause de différents engrenages qui se sont mis en place au cours de l’existence humaine. Ces engrenages son les stéréotypes, les préjugés et la langue.

C’est là que je commence à trouver difficile à conceptualiser puisque les stéréotypes et les préjugés sont en fait le résultat d’une généralisation hâtive qui nous pousse vers de fausses conclusions. Ainsi, lorsque quelqu’un me parlait de féminisme je pensais à: «… à marde», en fait ma réaction est conditionnée par le fait que lorsque je suis entré pour la première fois en contact avec le féminisme il était porté par des femmes qui semblaient vouloir se venger de tous les hommes pour la situation que la femme occupait dans l’histoire. Ce qui est bien, malgré tout, c’est que le contact avec les autres, le fait d’être confronté à autre chose, permet sinon de le faire disparaître, mais au moins de les atténuer. C’est pourquoi aujourd’hui lorsqu’on me parle de féminisme je ne me metsplus sur la défensive, même si je ne comprends pas plus le concept.

Cela bien sûr à cause de la langue, qu’on me dit qu’il faudrait féminiser  puisqu’elle est sexiste. Mais alors, puisque les mots sont justement si importants, pourquoi parler de féminisme et non pas d’anti-sexisme . Dans tous les cas les mots sont importants pour moi. Les auteurs sont capables, grâce à de simples mots, de créer des univers entiers régis par leurs propres règles, en choisissant tel mot plutôt qu’un autre l’auteur peut donc changer l’ambiance. Je vais même jusqu’à dire que par son choix de mots l’auteur influence la vision que le lecteur a de l’univers qu’il crée. Et c’est là que la magie s’opère. Selon moi en utilisant le mot «féminisme» cela a créé ce mal qui hante les gens attachés à la cause; à cause de ce que j’appelle le pouvoir des mots. Depuis toujours le mot est chargé de magie, il ne faut pas prononcer des noms comme «Dieu» à n’importe quel moment  puisque cela fixe son attention sur nous… En fait l’image est selon moi fausse puisque si devant moi se trouve Dieu, une roche et une femme, lorsque je dit «Dieu» c’est moi qui fixe mon attention sur Dieu, où du moins je fais, et ce probablement de façon inconsciente, l’exercice de le conceptualiser. Chose que les gens autour de moi feront probablement en même temps. Je suis de la même façon persuadé que pour voir un changement de mentalité il ne faut pas féminiser tout ce que l’ont dit, puisqu’il ne s’agit pas là d’inclure les hommes et les femmes, mais plutôt de créer un discours unique pour deux groupes distincts. Il ne faudrait pas à là place un troisième genre, un genre hermaphrodite, à l’image de ce que devrait être la place de l’homme et de la femme dans la société, deux entités fusionnées dans le même corps et cela grâce aux pouvoirs qu’ont les mots ? C’est cette magie dont les mots sont remplis qui fait que j’ai de la difficulté à comprendre l’existence du féminisme, puisque en utilisant le mots féminisme nous ne faisons pas que dénoncer un état de choses, nous créons cet état des choses !

Hermaphrodite endormi, vu de l’autre côté.

C’est pour ces raisons que j’ai tant de difficulté à comprendre pourquoi les gens parlent de féminisme. Si réellement il ne s’agit pas uniquement de pointer du doit la femme-objet, alors nous devrions parler d’anti-sexisme, de refus de voir une différence entre les sexes, ce qui obligerait un changement de discours, un discours prônant une véritable égalité homme-femme, pour ne pas dire une abolition des différences homme-femme et là alors je comprendrais le bien fonder du mouvement.

En fait je le dis: je suis anti-sexiste.

Réjean Cormier

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Jean Barbe congédié du Journal de Montréal

Jean Barbe a été congédié du Journal de Montréal; la chose est confirmée sur sa page Facebook.  Son blogue est fermé. Voici le texte responsable de son renvoi:

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