Archives de Catégorie: Politique

Sur la route de l’autodétermination des peuples – 3

Virginie Simoneau-Gilbert, étudiante en Histoire et civilisation, sur la route de l’autodétermination des peuples.

b10

 

JOUR 3 : Barcelone

Aujourd’hui était une journée particulièrement chargée ! En effet, plongés, à la fois, dans le tourisme et les rencontres diplomatiques, nous avons regagné notre hôtel, au soir, dans une grande satisfaction … et fatigue, bien entendu.

b9

Tout d’abord, en début d’après-midi, nous nous sommes dirigés vers le Park Güell, célèbre espace vert conçu par Antoni Gaudi, architecte ayant également dessiné la célèbre Sagrada Familia, fameuse cathédrale qui trône fièrement au coeur de Barcelone. Ce parc, situé en hauteur par rapport au reste de la ville, offre une magnifique vue panoramique de Barcelone.

b11

Ses nombreux palmiers et petits sentiers rendent à cet espace vert un charme incontestable. Familles, groupes de musique espagnole et vendeurs de souvenirs participent d’ailleurs à une ambiance chaleureuse et dynamique. Ayant toutefois peu de temps et voulant voir le plus d’attraits touristiques possible de Barcelone, nous avons quitté le parc peu de temps après notre arrivée pour nous diriger vers la Place de la Catalogne.

b12

Une fois arrivés près de la Place de la Catalogne, nous avons pu prendre un dîner constitué de churros, languettes de pâte sucrées salées, trempées dans du chocolat. Il s’agit d’une spécialité culinaire de l’Espagne particulièrement populaire dans ce pays … et c’est compréhensible, car c’est effectivement très bon. Les papilles gustatives satisfaites, nous avons poursuivi notre route vers la Place de la Catalogne où trônent fièrement fontaines et statues. Il s’agit d’un espace magnifique facilement accessible par transports en commun (via le métro Catalunya) dont émane une impression de grandeur.

b13

Par la suite, nous avons déambulé dans les rues à proximité de la Plaça de Ramon Berenguer el Gran, ancien comte de Barcelone dès 1082, car nous avions, à proximité, une rencontre prévue pour 17h.

b14

En effet, à la terrasse d’un café, nous avons rencontré Jordi Solé, député du parti politique Esquerra Republicana, maire de la municipalité d’Alcalde de Caldes de Montbui et vice-secrétaire général des relations institutionnelles et internationales de l’ERC (http://www.jordi-sole.cat/). Nous avons discuté, en français (car Jordi Solé possède une excellente maîtrise de cette langue), pendant une heure, des situations politiques du Québec et de la Catalogne en cherchant, notamment, des parallèles entre nos nations respectives.

b15

Cette expérience enrichissante nous a permis d’en apprendre davantage sur l’oppression que vit la Catalogne depuis 1714 dans son état d’assujettissement à Madrid. La tête bouillonnant d’idées, nous avons ainsi dit au revoir à M. Solé à 18h pour nous diriger vers la place de l’Espagne.

b16

La place de l’Espagne, située près du métro Espanya, est un espace particulièrement impressionnant. En effet, deux gigantesques tours et une immense fontaine y trônent, exemples puissants de l’agressivité colonialiste de Madrid face à la Catalogne. Dernièrement, Madrid a d’ailleurs déclaré illégal le référendum (un exercice politique pourtant légitime) catalan, refusant ainsi toute ouverture envers la Catalogne et allant à l’encontre de la démocratie en Occident. Bref, très impressionnés par cette démonstration de force, nous nous sommes dirigés, pour 20h, à la Terra d’escudella, pour de nouvelles rencontres diplomatiques.

b17

La Terra d’escudella, un restaurant-bar indépendantiste typiquement catalan, est une place tout simplement géniale ! Fréquenté par certains leaders nationalistes catalans, l’endroit contient bon nombre d’affiches indépendantistes, communistes et écologistes, qui donnent à l’emplacement un charme certain. Bondé de monde et ce, même à 11h du soir, le restaurant donne lieu à de nombreuses discutions enflammées au sujet de la Catalogne aspirant à son autodétermination. Une vraie baraque de révolutionnaires ! C’est d’ailleurs à la Terra d’escudella que nous avons rencontré Anna Arqué, coordonnatrice du réseau Xarxa Referèndum 9N et son ami Joan, un historien catalan.

10645249_10205233357059280_5310523881783727723_n

De 20h à 23h, nous avons discuté non seulement des situations socio-politiques actuelles du Québec et la Catalogne, mais également de nos histoires et cultures respectives dans une ambiance particulièrement amicale. Nos camarades indépendantistes nous ont d’ailleurs aidés à lire le menu, écrit en catalan, et nous ont fait goûter à une liqueur typiquement catalane, dont le goût très puissant s’apparente à celui du sirop extra fort contre la toux (et ce n’est pas une blague). Ce souper avec ces gens extrêmement gentils, intelligents et cultivés, restera longtemps gravée dans notre mémoire. Nous les avons d’ailleurs invités à venir au Québec afin d’y observer le mouvement indépendantiste québécois. Il s’agissait de la rencontre politique la plus dynamique que nous avons jusqu’à présent effectuée. Deux personnes incroyables !

C’est donc épuisés mais satisfaits que nous avons regagné notre hôtel en fin de soirée, enrichis par ce souper merveilleux.

v1

Plan du JOUR 4 :
Au cours du jour 4, nous comptons visiter la Sagrada Familia, célèbre cathédrale conçue par l’architecte Antoni Gaudi, ainsi que le Musée Picasso, qui contient bon nombre de toiles du fameux peintre Pablo Picasso. Puis, nous irons, en fin de soirée, se promener sur la plage, attrait touristique important de Barcelone.

Virginie Simoneau-Gilbert

 

Poster un commentaire

Classé dans Culture et société, Histoire, Histoire et civilisation, Philosophie, Photos, Politique

Sur la route de l’autodétermination des peuples – 2

Virginie Simoneau-Gilbert, étudiante en Histoire et civilisation, sur la route de l’autodétermination des peuples.

b5

JOUR 2 : Barcelone

Wow … Que dire de ce jour grandiose … Aujourd’hui était une journée tout simplement SENSATIONNELLE. Encore imprégnée de l’immense ferveur nationaliste de la grande manifestation « Ara és l’hora », je peine à ressembler mes pensées qui se succèdent à un rythme effréné.

b1
Tout d’abord, après un peu de repos, nous nous sommes dirigés, vers 13h, à l’Arc de Triomf où se balance fièrement au vent le drapeau catalan en ce moment historique de grands rêves et projets pour la Catalogne. Des milliers de personnes avaient déjà envahi la place et ce, près de quatre heures avant la grande manifestation, afin de se procurer, aux nombreux kiosques, macarons, t-shirts, colliers, bracelets et autres souvenirs à l’effigie du drapeau catalan. Sous le soleil radieux de Barcelone et une température avoisinant les 30 degrés, nous avons ainsi acheté nos t-shirts officiels, de couleur rouge, de la manifestation ainsi que plusieurs macarons du « SiSi ».

b4

Par la suite, à l’intersection des rues Passeig de Lluis Compagnys et Carrer de Tralfagar, nous avons assisté, dès 14h, au défilé des motos. Ces assourdissants bolides, affichant drapeaux catalans et exprimant bruyamment leur sentiment nationaliste avec bon nombre de klaxonnements et vrombissements, ont paradé pendant plusieurs minutes autour de l’Arc de Triomf en guise de préambule au grand rassemblement de 17h14. Fier, ce cortège tonitruant était tout simplement magnifique à voir. Une excitation grandissante régnait dans la foule qui attendait la grande manifestation avec impatience. Tous, jeunes et moins jeunes, étaient présents pour assister à cette assourdissante parade dans la joie et la fête. C’était vivant, animé, réjouissant, chaleureux.

b2

Finalement, le moment tant attendu est arrivé. Vers 16h, nous avons pris place au sein de la « tram 64 » de la grande manifestation en forme de « V » symbolisant la victoire espérée du camp du oui et incitant les électeurs à aller voter le 9 novembre prochain. Dans cette section du rassemblement, nous avons déployé un géant du drapeau du Québec dont les dimensions sont de 8 X 12 pieds. Nous avons également affiché une banderole sur laquelle est inscrite « Le Québec està amb volsatres » (« Le Québec est avec vous » en catalan) afin de donner un maximum de visibilité au Québec dans cet événement à grand déploiement.

vts

Peu de temps avant 17h14, les indépendantistes, venus en grand nombre, ont formé des rangées de quatre personnes par couleur de t-shirt (c’est-à-dire jaune et rouge) afin de représenter, dans une vue d’ensemble de la manifestation, les franges du drapeau catalan. Des bénévoles sur place et des panneaux indiquant les numéros des rangées aidaient d’ailleurs à placer les gens dans cette organisation importante et complexe. Une ambiance particulièrement festive était omniprésente. Ballons, pyramides humaines, musique et confettis participaient, de ce fait, à cette atmosphère de réjouissance. Aînés, familles et enfants, tous étaient de la partie afin d’exprimer leur amour incommensurable pour leur pays en devenir, la Catalogne. L’assemblée nationale catalane, devant cette masse colossale, a d’ailleurs estimé la foule à 1,8 MILLION DE PERSONNES ! Une profonde impression de grandeur et de splendeur émanait de cette foule grandiose aspirant à sa liberté et son indépendance. C’est avec admiration envers la Catalogne que j’ai ainsi participé à ce magnifique rassemblement. Ce gigantesque événement est ainsi un excellent modèle de maifestation pacifique et démocratique pour le mouvement indépendantiste québécois qui peine présentement à mobiliser la population. Devant ce fort sentiment nationaliste affiché et assumé, le Québec ne peut que s’inspirer positivement de cette puissante vague de liberté qui balaie présentement la Catalogne. C’est d’ailleurs en aspirant à un mouvement indépendantiste aussi éclatant que celui des Catalans que les rêves des leaders nationalistes du Québec, tels que le Chevalier de Lorimier, leader important de la Rébellion des Patriotes (1837-1838), seront réalisés : « Malgré tant d’infortune, mon cœur entretient encore du courage et des espérances pour l’avenir, mes amis et mes enfants verront de meilleurs jours, ils seront libres. Un pressentiment certain, ma conscience tranquille me l’assurent. », écrivait-il dans son testament en 1839.

b3

Bref, cette manifestation était tout simplement SENSATIONNELLE. Jamais de ma vie je n’ai pris part à un rassemblement aussi impressionnant. C’était festif, réjouissant, chaleureux, familial, rassembleur, grandiose, sublime, extraordinaire, incomparable. C’était beau.
C’est donc la tête remplie de magnifiques souvenirs que nous avons regagné notre hôtel en fin d’après-midi.

Déroulement du JOUR 3 :
Durant la troisième journée, le 12 septembre, nous allons effectuer d’autres rencontres politiques avec des représentants du Sindicat d’Estudiants dels Països Catalans (SEPC) à 12h ainsi qu’avec Anna Arque du réseau référendum 9N à 18h. Nous travaillons également présentement à obtenir une rencontre avec l’Assemblée nationale catalane dans les prochains jours.

Aperçu vidéo de l’ambiance de la grande manifestation :
https://www.facebook.com/video.php?v=10205225368379568

Lien vers l’album photo :
https://www.facebook.com/virginie.simoneaugilbert/media_set?set=a.10205216994570228.1073741827.1406963457&type=3

Articles et photos à propos de la mission à Barcelone :
http://quebec.huffingtonpost.ca/2014/09/11/manifestation-a-barcelone-des-quebecois-parmi-la-foret-de-drapeaux-catalans_n_5807404.html
http://ssjb.com/la-societe-saint-jean-baptiste-a-barcelone/
http://ssjb.com/selon-lanc-le-troisieme-referendum-quebecois-sera-gagnant/

Virginie Simoneau-Gilbert

1 commentaire

Classé dans Culture et société, Histoire, Histoire et civilisation, Philosophie, Photos, Politique

Sur la route de l’autodétermination des peuples – 1

Virginie Simoneau-Gilbert, étudiante en Histoire et civilisation, sur la route de l’autodétermination des peuples.

v 1

 

JOUR 1 : Paris et Barcelone

– Paris :

Après un départ de Montréal dans une grande fébrilité, nous sommes arrivés pour une escale de presque sept heures à Paris à 8h21 du matin, heure de l’Europe. Puisque nous embarquions pour le vol vers Barcelone seulement à 14h55, nous avons donc décidé de prendre un bain, très court, certes, de la ville lumière et ce, malgré le manque de sommeil important dont nous souffrions.
Tout d’abord, après avoir passé les douanes, nous nous sommes dirigés, avec le train RER, dont une ligne assure le transport entre l’aéroport Charles-de-Gaulle et l’île de la Cité, vers les Champs-de-Mars, devant lesquels trône fièrement la Tour Eiffel. Les Champs-de-Mars, lieu important de la Révolution française où se tinrent de nombreux rassemblements républicains (dont celui, tristement célèbre, du 17 juillet 1791, dans lequel 50 personnes trouvèrent la mort), sont aujourd’hui un immense espace vert de Paris où se déroulent, chaque année, bon nombre d’activités.
Par la suite, après cette courte promenade au pied de la Tour Eiffel, nous nous sommes dirigés vers le Café de Flore, sur le boulevard Saint-Germain, dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés, pour y dîner. Célèbre pour y avoir été fréquenté par de grands intellectuels du 20e siècle, le Café de Flore a notamment servi café et viennoiseries à Albert Camus, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Louis Aragon, André Breton, Eugène Ionesco, Boris Vian, Emil Cioran, et tant d’autres. Certains d’entre eux, tels que Camus et Sartre, se sont d’ailleurs intéressés à la question des peuples aspirant à leur autodétermination (et, en particulier, à l’époque, le peuple algérien, qui se trouvait alors en pleine guerre d’indépendance).

v 2
Finalement, après avoir savouré de succulentes pâtisseries et siroté un bon café, nous nous sommes dirigés vers la cathédrale Notre-Dame de Paris, située sur l’Île de la Cité. Lieu mythique de la ville lumière, la grandiose Notre-Dame a su inspirer, au fil des époques, de nombreux auteurs, dont nul autre que le père du romantisme, Victor Hugo, avec son célèbre roman du même nom publié en 1831.

v3
Toutefois, malgré le peu de temps passé à Paris, ces quelques heures ont été particulièrement marquantes. En effet, marcher dans ces lieux remplis d’histoire et empreints d’une profonde tradition républicaine fut, certes, un moment très émouvant qui restera, le plus longtemps possible (nous l’espérons), gravé dans notre mémoire. Assurément, Paris la magnifique saura nous inspirer pour la suite de notre voyage à Barcelone, Berlin et Édimbourg.

– Barcelone

Après un départ de Paris vers 15h40, nous sommes arrivés à Barcelone vers 17h50 sous un soleil magnifique et une température avoisinant les 28 degrés Celcius.
En premier lieu, après avoir récupéré nos bagages, nous nous sommes dirigés en direction de notre hôtel, situé à cinq minutes à pied d’une bouche de métro dans la banlieue de Barcelone, Hospitalet. Durant ce trajet, nous avons pu admirer, notamment, de nombreux drapeaux catalans accrochés aux balcons et fenêtres, symboles d’un sentiment nationaliste très fort chez la population à la veille du référendum qui se tiendra le 9 novembre prochain. On peut ainsi constater que la question nationale est une préoccupation quotidienne chez les catalans. À la vue de tous ces drapeaux, il est presque impossible de ne pas se sentir fortement impressionné par cette ferveur patriotique affichée et assumée … qui détonne, certes, avec celle que l’on retrouve chez la population québécoise. D’autres réflexions concernant le nationalisme en Catalogne suivront bientôt …

v 4
En second lieu, nous avons fait la rencontre de Miquel Vila puis, brèvement, de Maria Corrales, représentants du Sindicat d’Estudiants dels Països Catalans (SEPC). Ces jeunes indépendantistes s’impliquent pour la libération de la Catalogne depuis de nombreuses années. De gauche, ces deux militants ne rendent toutefois pas conditionnelle la lutte indépendantiste à un projet social, contrairement à certaines autres branches du mouvement nationaliste catalan qui voient l’autodétermination de la Catalogne comme un moyen permettant de parachever la lutte des classes menée depuis le 19e siècle. Cette vision socialiste de l’indépendance est d’ailleurs également présente au Québec, notamment chez le parti Québec Solidaire (QS) ou chez le Mouvement Progressiste pour l’Indépendance du Québec (MPIQ). En ce qui a trait aux convictions politiques de jeunes militants tels que Miquel Vila et Maria Corrales, leur idée de l’indépendance se rapproche, au Québec, de celle véhiculée par le parti Option Nationale (ON), organisation qui considère l’autodétermination du Québec comme prioritaire et urgente. « Avant d’être à gauche ou à droite, il faut être. », est d’ailleurs une phrase que Jean-Martin Aussant, fondateur d’Option Nationale, a de nombreuses fois citée dans ses allocutions.

v 5
Par la suite, après une longue discussion politique autour d’une sangria, Miquel nous a conduits à une spectaculaire marche aux flambeaux indépendantiste. Il est d’ailleurs assez surprenant de retrouver un tel rassemblement à la veille de la gigantesque manifestation en forme de « V » symbolisant la victoire espérée du camp du oui. Ce genre de démonstrations nombreuses est ainsi un exemple flagrant de l’immense sentiment nationaliste présent chez la population. À la fois fatigués et satisfaits, nous avons regagné notre hôtel, empreint d’une première forte impression du mouvement indépendantiste catalan.

Petites découvertes étonnantes de la première journée :
1- Le café crème de Paris.
2- L’air pincé et un peu désagréable de certains Parisiens …
3- Les drapeaux catalans accrochés en grand nombre aux fenêtres et balcons des appartements de Barcelone.
4- Le métro de Barcelone extrêmement bien fait qui possède l’air climatisé, le réseau ainsi qu’un système indiquant l’arrivée du prochain train à la seconde même.
5- L’activité intense qui règne à Barcelone et ce, même à 23h un mercredi soir.

Déroulement du JOUR 2 :

Durant la deuxième journée, nous prendrons part, au sein d’une délégation québécoise, à la manifestation du grand « V » de 17h14 (1714 étant la date de l’annexion de la Catalogne à l’Espagne après la Guerre de Succession d’Espagne) à 20h14 (2014 étant la date prévue du référendum du 9 novembre prochain). Nous tenterons également, durant les jours qui suivront, de rencontrer des représentants de l’Assemblée Nationale Catalane (ANC). D’autres détails et réflexions concernant le nationalisme catalan suivront …

Sur ce,

Ara és l’hora !

Lien vers l’album photo : https://www.facebook.com/media/set/?set=a.10205216994570228.1073741827.1406963457&type=1&l=3ecbb3cc84 »

Virginie Simoneau-Gilbert

 

Poster un commentaire

Classé dans Culture et société, Histoire, Histoire et civilisation, Philosophie, Photos, Politique

D’un référendum l’autre

image_0_1396758036

De Québec à Édimbourg

Christian Rioux, Le Devoir, 12/09/14

À une semaine du référendum sur l’indépendance de l’Écosse, les spéculations vont bon train. Alors que la victoire pourrait se jouer dans un mouchoir de poche, chacun y va, au Québec, de ses théories pour expliquer le regain du nationalisme écossais alors que son équivalent québécois est aujourd’hui à bout de souffle.

Le premier serait « civique », entend-on dire, alors que le second aurait l’affreux défaut d’être « ethnique » et « refermé sur lui-même ». Ceux qui connaissent l’Écosse savent pourtant qu’il y a beaucoup plus de tartans à Glasgow que de ceintures fléchées à Montréal et que le programme du Scottish National Party n’est pas si différent de celui du PQ depuis 30 ans. On aura compris que ces jugements péremptoires visent d’abord à nourrir la petite polémique locale. Comme si l’on pouvait attribuer l’échec historique de 50 ans de nationalisme québécois — car c’est bien de cela qu’il s’agit — à quelques revirements tactiques ou électoralistes.

Ceux qui veulent comprendre le dynamisme du nationalisme écossais feraient mieux de se tourner vers l’Histoire. On ne comprend rien à l’Écosse si l’on ne sait pas que, comme la Catalogne, elle a déjà été indépendante. Le Québec n’était même pas dans les limbes que l’Écosse, alliée à la France dès 1295, était un royaume dont l’indépendance conquise de haute lutte fut reconnue par Londres en 1328. Contrairement aux Québécois, les Écossais n’ont jamais été véritablement conquis. En 1603, l’accession de Jacques 1er au trône d’Angleterre peut même être considérée comme une annexion de la Grande-Bretagne par le royaume d’Écosse. Nation reconnue depuis toujours, les Écossais sont plutôt dans la situation d’un peuple qui songe à récupérer ses billes en se retirant de l’Union que lui imposa l’Angleterre en 1707.

Les Québécois, eux, n’ont jamais eu de billes à échanger et une partie d’entre eux n’est toujours pas convaincue d’appartenir à une nation distincte. Contrairement à l’Écosse, au Québec, l’Acte d’union (1840) et celui de l’Amérique du Nord britannique (1867) sont venus sceller la Conquête d’une poignée de colons qui n’avaient pas eu le temps de se percevoir comme un peuple. Autre différence essentielle, dès le XVIIe siècle, grâce à son université, Édimbourg fut un haut lieu de la Renaissance européenne, comme en témoigneront l’économiste Adam Smith et le philosophe David Humes. On ne trouve pratiquement pas trace de telles Lumières au Québec où les rares étincelles furent noyées dans le sang en 1837-1838. Pire, le Québec deviendra le refuge de tous les réactionnaires qui fuient la République et la Révolution, loyalistes américains et religieux français réfractaires confondus.

On l’aura compris, l’idée d’être « nés pour un petit pain » n’a jamais effleuré l’esprit des Écossais. Contrairement au Québec qui sera marginalisé pendant deux siècles culturellement, économiquement et politiquement au sein de l’Union puis de la Confédération, l’Écosse a bénéficié de son union avec l’Angleterre en participant largement à l’entreprise coloniale. À titre d’exemple, ce sont des Écossais qui ont fondé la plupart des grandes banques canadiennes. On a beau chercher, on ne trouve pas de grande banque canadienne-française en Inde. On n’imagine pas non plus le leader souverainiste écossais Alex Salmond raconter sans broncher, comme le fit récemment Lucien Bouchard, que ses fils l’ont traité de « loser ».

Si le nationalisme écossais a des racines plus profondes que le nationalisme québécois, il affronte aussi un ennemi moins redoutable. La renaissance de l’identité écossaise entre les deux guerres est liée au déclin de l’Empire britannique. Aujourd’hui, l’Écosse affronte un Royaume-Uni depuis longtemps revenu de ses rêves de grandeur où le nationalisme anglais est plus que moribond. Ce n’est pas le cas du nationalisme« canadian »qui peut être virulent et perçoit l’indépendance du Québec comme une atteinte impardonnable à l’unité canadienne. Octobre 1970 est là pour en témoigner. L’esprit orangiste qui prévaut à Ottawa fait plus penser à l’Ulster qu’à l’Angleterre. Contrairement au Canada, celle-ci s’est d’ailleurs engagée de bonne foi à respecter la volonté exprimée par une majorité de 50 % plus un des électeurs. Rappelons de plus que les Écossais ne vivent pas à 30 km de la frontière américaine.

Voilà pourquoi, quel que soit le résultat du référendum, les Écossais ont toutes les chances d’en sortir gagnants. Si le Oui perd de justesse, il est évident que l’Écosse obtiendra de nouvelles concessions de Londres. Au Canada, les échecs référendaires de 1980 et de 1995 ont plutôt entraîné un raidissement de la politique revancharde d’Ottawa et une réduction des compétences et de la liberté du Québec.

Ces échecs provoquent aujourd’hui un effondrement du nationalisme québécois qui se retrouve dans une situation qui n’est pas sans rappeler l’ère préduplessiste du régime corrompu de Louis-Alexandre Taschereau. Bref, Québécois et Écossais n’ont ni la même histoire ni les mêmes ennemis. Surtout, les Écossais n’ont jamais cultivé cette haine d’eux-mêmes qui est une spécialité véritablement québécoise.

BLx

Poster un commentaire

Classé dans Culture et société, Histoire, Philosophie, Politique

Barcelone: Manif en V

10689959_1529685520577010_1529858377548039221_n

Virginie Simoneau-Gilbert, étudiante en Histoire et civilisation, sur la route de l’autodétermination des peuples.

11 septembre 2014 : Le drapeau québécois géant devant l’Arc de Triomf, Barcelone, et bon nombre de Catalans venus prendre photos et vidéos avec le fleurdelisé.
Vous trouverez davantage de photos en cliquant sur le lien suivant :https://www.facebook.com/media/set/?set=a.1529685157243713.1073741837.1523700971175465&type=1
— à Barcelone.

Plus d’un million de Catalans sont descendus dans la rue jeudi pour réclamer la tenue d’un référendum sur l’indépendance de la province espagnole. Une demande rejetée par Madrid.

 

Poster un commentaire

Classé dans Culture et société, Histoire, Histoire et civilisation, Politique

Philippe Couillard manque de…

Constitution : Philippe Couillard, le cocu content

L’argument suivant lequel un échec constitutionnel affaiblirait le Québec ne tient pas la route. C’est quand le Québec ne revendique rien qu’il perd son rapport de force.

 , L’actualité, 8/09/14

 

Philippe Couillard multiplie les sorties sur la question constitutionnelle par les temps qui courent.

Samedi dernier, lors d’une visite de Stephen Harper dans la Vieille Capitale, il a jeté l’anathème à ceux qui «croient que la fuite, le déni ou l’isolement sont une solution valable».Les journalistes présents ont conclu que ces propos faisaient référence à une volonté de réintégrer le giron constitutionnel, ce qu’a confirmé l’entourage du chef libéral.

Le lendemain, toutefois, après qu’un porte-parole du premier ministre Harper eut affirmé qu’Ottawa n’avait aucunement l’intention de rouvrir ce débat, l’intéressé semblaitrétropédaler. Blâmant les journalistes de l’avoir mal compris, il assurait n’avoir jamais voulu soulever cette question.

Pourtant, c’est bien de cette affaire dont il a fait état le 28 août dernier, lors d’une rencontre du Conseil de la fédération, à Charlottetown. Il avait alors rappelé que le rapatriement de 1982 et l’échec de Meech constituaient des «événements négatifs significatifs». Ces questions, avait-il ajouté, sont «importantes, mais non prioritaires».

Ineptie libérale : de Bolduc à Couillard

Il y a eu beaucoup de variation et d’incohérence dans les déclarations du chef libéral sur ce sujet.

Par exemple, comment une chose peut-elle être à la fois importante, mais pas prioritaire ? Un peu plus et on croirait entendre les inepties d’Yves Bolduc lorsqu’il dit que les enfants ne mourront pas si on cesse d’acheter des livres pour les bibliothèques scolaires.

Personne ne semble donc prendre Philippe Couillard au sérieux, et pour cause. Au moment de son arrivée à la tête du PLQ, en mars 2013, il a affirmé qu’il souhaitait que le Québec adhère à la Constitution de 1982 en 2017, date du 150e anniversaire de la Confédération. Selon lui, il fallait «reprendre l’initiative de la discussion».

Trois semaines plus tard, il a repris ce refrain lors de la publication de mon livre, La Bataille de Londres, en disant que, le moment venu, le PLQ aurait des revendications à faire valoir.

Un an plus tard, en pleine campagne électorale, son discours était soudainement plus nuancé. «Je n’initierai pas de démarche constitutionnelle… On ne mettra pas le Québec dans une situation d’être affaibli… Il faut que ça vienne du reste du pays». Le chef libéral en avait profité pour rappeler que nous ne sommes pas «un peuple opprimé, assiégé, humilié, malgré ce que le Parti québécois essaie de nous faire croire».

Ces prises de position méritent plusieurs commentaires, en commençant par le fait que nous ne soyons pas un peuple opprimé. Absolument. Sauf que ce n’est pas la question.

Ce n’est pas parce que les Québécois ne sont pas traités comme les peuples baltes sous l’ex-URSS qu’il faudrait que nous n’ayons aucune demande, constitutionnelle ou autre, face au reste du pays.

À ce compte, quand Philippe Couillard dénonce le déséquilibre fiscal entre Ottawa et les provinces (dont le Québec subit les contrecoups), le premier ministre fédéral pourrait lui répondre qu’il n’a pas à se plaindre. Après tout, le statut des Québécois ne se compare aucunement à ceux des Noirs américains à l’époque de la ségrégation.

Par ailleurs, l’argument suivant lequel un échec constitutionnel affaiblirait le Québec ne tient pas la route. C’est quand le Québec ne revendique rien qu’il perd son rapport de force. Les fédéraux savent qu’ils peuvent passer outre : notre gouvernement envoie le message qu’il ne dira ni ne fera rien.

En réalité, le Québec a les moyens de faire bouger les choses, ou à tout le moins d’exprimer vraiment son mécontentement.

Philippe Couillard a annoncé qu’il participerait aux célébrations du 150e anniversaire de la Confédération, en 2017. C’est une erreur. Il devrait rectifier le tir en rendant sa présence conditionnelle.

La loi constitutionnelle de 1982 a enlevé des pouvoirs au Québec, qui avaient été obtenus en 1867 — et ce, après les fausses promesses de Trudeau lors du référendum, lequel a pu compter sur la complicité de la Cour suprême pour enlever au Québec son droit de veto. Le premier ministre pourrait réclamer qu’on redonne au Québec ses pouvoirs de 1867, sans quoi le siège du Québec sera vide lors des célébrations de la Confédération.

Tout cela serait surtout symbolique, mais ce serait la moindre des choses. Dans les circonstances actuelles, le chef du gouvernement québécois ne doit pas aller jouer les cocus contents à l’occasion des cérémonies de 2017.

La porte du Sénat

Si, par ailleurs, Philippe Couillard souhaite vraiment du changement, il devrait se servir de la question du Sénat pour l’obtenir.

En avril dernier, la Cour suprême a déclaré que le gouvernement fédéral ne pouvait seul le réformer ou l’abolir. Il doit pour cela négocier un amendement constitutionnel avec l’appui des provinces, sept pour une simple réforme et toutes s’il veut débarrasser le pays de la chambre haute.

Stephen Harper s’est dit déçu de la décision, rappelant qu’une majorité de Canadiens s’oppose au statu quo en souhaitant soit une réforme, soit une abolition du sénat.

Il y a là une porte qui pourrait s’ouvrir. Si le chef du gouvernement québécois est sérieux, il peut faire adopter par l’Assemblée nationale une résolution constitutionnelle, laquelle proposerait une réforme ou une abolition du Sénat, et ce, en échange de demandes inspirées du Lac Meech.

En vertu du renvoi à la Cour suprême sur la sécession, Ottawa et les provinces anglophones seraient alors dans l’obligation de négocier. Évidemment, rien ne garantirait le succès de l’affaire, mais pour la première fois depuis longtemps, les astres sont un tant soit peu alignés.

Cependant, le gouvernement libéral ne va jamais se lancer dans une telle affaire — pas plus qu’il n’osera poser d’autres gestes, ne serait-ce que de nature symbolique —, car il a renoncé depuis longtemps à faire reconnaître notre statut distinct.

La vérité est que la politique constitutionnelle au Québec est devenue une forme de folklore, surtout du côté du PLQ ou de la CAQ et, dans une moindre mesure, au PQ. Quand vient le temps des élections, on prétend que la Constitution demeure une affaire importante, et les programmes des partis y font référence.

Une fois élu, on bombe le torse pour livrer ce message d’affirmation au Canada anglais. Et après avoir exécuté cette figure imposée, on s’empresse de s’écraser jusqu’à la prochaine campagne électorale.

* * *

À propos de Frédéric Bastien

Frédéric Bastien est professeur d’histoire au Collège Dawson et l’auteur de La Bataille de Londres : Dessous, secrets et coulisses du rapatriement constitutionnel. Il détient un doctorat en histoire et politique internationale de l’Institut des hautes études internationales de Genève.

BLx

 

Poster un commentaire

Classé dans Culture et société, Histoire, Politique

Pour faire réfléchir Stephen Harper

 

photo

BLx

Poster un commentaire

Classé dans Culture et société, Féminisme, Histoire, Histoire et civilisation, Politique

De l’heureuse impuissance à l’amoindrissement de soi

traité de paris
LE TRAITÉ DE PARIS

Au mépris de la loi

Christian Néron, Le Devoir 05/09/2014

Sur le plan juridique, le beau document qu’on nous vante est beaucoup plus près du torchon que du trésor

Au-delà d’une querelle de symboles entre le Canada, la France et le Québec, l’exposition d’un « trésor unique, rare et précieux » aura lieu à partir du 22 septembre, soit environ un mois avant la visite du président de France, François Hollande. Le responsable de l’événement, Michel Côté, directeur du Musée de la civilisation, espère que l’exposition de cette pièce d’archives — l’original du traité de Paris de 1763 — sera l’occasion « de réfléchir au contexte et aux conséquences » de ce traité qui a cédé le Canada et les Canadiens à Sa Majesté britannique, George III.

M. Côté nous informe que ce document est si précieux qu’il ne pourra être exposé plus d’une dizaine de jours, qu’un conservateur viendra tout exprès de France pour en garantir la sécurité, qu’il est même exclu de l’envoyer à Montréal pour l’exposer à la Bibliothèque nationale. Bref, le directeur nous laisse sur l’impression que le traité de Paris est une sorte de relique, un trésor sacré, un peu comme s’il s’agissait d’un fragment précieux de la vraie croix du Christ.

En tant qu’avocat et historien du droit, j’ai souvent eu l’occasion « de réfléchir au contexte et aux conséquences » du traité en question. Loin d’y découvrir un trésor, je n’y ai constaté, sur le plan juridique, qu’un vilain torchon, une cession de droits conclue au mépris de la loi, au préjudice du Canada et des Canadiens. De toute évidence, le soi-disant trésor n’a rien ajouté à la gloire de la France. Bien au contraire ! Voici pourquoi.

Sur le plan juridique, ce traité a contrevenu à deux règles de droit : la première est celle de « l’incessibilité » des sujets du roi de France ; la deuxième, celle de « l’inaliénabilité et de l’imprescriptibilité » du domaine de la Couronne.

« Incessibilité » : née du droit féodal, elle a été appliquée pendant des siècles et a constitué la pierre d’achoppement de bien des traités puisqu’elle permettait au chancelier et aux magistrats du Parlement de Paris de s’opposer à l’enregistrement de tout traité jugé contraire à une loi fondamentale. Mais qu’entend-on par « incessibilité » des sujets du roi ?

Cette règle de droit tient son origine du « contrat de fief » entre le suzerain et son vassal. Dans cette relation, la foi de chacun constitue la substance du contrat et la base de l’organisation politique. En conséquence, nul homme n’est tenu à quelque obéissance en dehors d’un engagement personnel, explicite et exclusif. Au fil du temps, des légistes ont joué d’influence pour faire glisser le concept de contrat personnel en celui d’engagement collectif. Du contrat entre le suzerain et son vassal, on est tout doucement passé au contrat collectif entre le roi et ses sujets. Toutefois, l’obligation de loyauté et de fidélité continuait à former l’essence même de la relation.

Mais à l’image de notre contrat civil actuel, le droit de résiliation unilatérale était proscrit. Toute rupture unilatérale était illégale et constituait un bris de fidélité, un acte de trahison, et ce, tant de la part du souverain que du sujet.

En 1763, Louis XV était libre de conclure des traités avec qui il l’entendait, mais dans les limites de la loi. En vertu de la règle de « l’incessibilité », il ne pouvait céder un seul de ses sujets sans son consentement. Une décision unilatérale de sa part constituait un bris de fidélité, voire un acte de trahison. Impuissant à changer la loi qui prescrivait l’incessibilité de ses sujets, Louis XV ne pouvait donc en faire le trafic à la manière de simples marchandises. En droit, nul ne peut céder sans titre ! Bref, la cession des Canadiens sans leur aval constituait un excès de puissance.

La deuxième règle, « l’inaliénabilité et de l’imprescriptibilité » : là encore, il s’agit d’une institution du droit féodal où des légistes ont joué d’influence afin d’assimiler le domaine privé du roi à celui du domaine public du droit romain, inaliénable et imprescriptible. Ainsi, au fil du temps, les rois de France, pressés par leurs vassaux, influencés par des légistes, ont adopté la doctrine romaine du domaine public, laquelle acquit le statut de loi fondamentale du royaume.

Des précédents du XIIIe siècle attestent déjà de la vigueur du principe. À titre d’illustration, un légiste au service de Philippe VI de Valois, Pierre de Cugnières, soutenait devant une assemblée de barons que le roi était impuissant à aliéner quelque partie de son domaine au motif qu’il n’en avait pas la propriété. Cette loi fondamentale du royaume le tenait dans « une heureuse impuissance à s’amoindrir lui-même ».

Lors de la guerre de Cent Ans, la règle a été invoquée à maintes reprises. Lorsque Jean II le Bon, prisonnier des Anglais, voulut céder des parties de territoire à Édouard III, un climat de guerre civile s’est vite propagé parmi ses vassaux. Le chroniqueur Jean Froissart le rapportait comme suit : « Combien que le roy les quitta de foy et d’hommage… disoient les aulcuns qu’il n’appartenoit mye à lui de quitter et que par droict il ne le pouvoit faire. » Au siècle suivant, un légiste du nom de Jean de Terre Rouge soutient que la Couronne de France n’est pas la propriété du roi, mais un« fidéicommis dévolu à l’aîné de la maison royale ». Philippe Pot synthétise en une formule heureuse l’essence même de la royauté : « La royauté française est la dignité, et non la propriété du prince. » […]

Au même effet, on pourrait rappeler les nombreuses péripéties autour de la captivité de François 1er aux mains de Charles Quint et les obstacles mis à la conclusion du traité de Madrid. Également, on pourrait citer les rebondissements entourant les négociations du traité d’Utrecht et les scènes dramatiques lors de son enregistrement en mars 1713. Tous ces événements attestent de la force et de la pérennité de règles de droit rattachées à la notion de lois fondamentales du royaume.

En 1763, les mêmes lois fondamentales subsistaient, inchangées, jamais modifiées. Elles s’appliquaient aux Canadiens en tant que sujets, et au Canada en tant que domaine public. Le roi, habile à conclure des traités, était tenu de le faire dans les limites de son autorité.

Le statut juridique du Canada et des Canadiens avait d’ailleurs été défini dès 1663 par l’adoption de l’édit de création du Conseil souverain. Colbert, désireux d’uniformiser et de rationaliser le droit français, avait décidé de faire un premier pas en dotant le Canada du système légal en vigueur dans le ressort territorial du Parlement de Paris. Ce système avait l’avantage d’être à la fois le mieux connu et le plus moderne de France.

Compte tenu du système légal en force au Canada, Louis XV se trouvait dans « l’heureuse impuissance » de trahir ses sujets Canadiens en les cédant unilatéralement, et de « s’amoindrir lui-même » en cédant une partie de son domaine public. Mais influencé par des conseillers qui trouvaient que le Canada avait déjà coûté trop cher, il a tout cédé au mépris des lois, pourtant tout aussi fondamentales au Canada qu’en France. Bref, le directeur du Musée de la civilisation exagère beaucoup en nous présentant le traité de Paris comme un trésor unique, rare et précieux. Sur le plan juridique, le beau document qu’il nous vante est beaucoup plus près du torchon que du trésor.

BLx

Poster un commentaire

Classé dans Culture et société, Histoire, Politique

Beaucoup de «tech» mais pas de «biblio»

florida-polytechnic-universitys-bookl-002

Une bibliothèque sans livres

Florida Poly renverse le modèle multimillénaire

Stéphane Baillargeon, Le Devoir, 2/09/14

En consultant un dictionnaire (en ligne ou en papier), on apprend qu’un paradoxe, selon l’étymologie, désigne une idée contre (para) l’opinion (doxa). C’est aussi une proposition qui semble contenir une contradiction, ou une absurdité, comme le paradoxal couteau de Lichtenberg, objet « sans lame auquel ne manque que le manche ».

La nouvelle magnifique bibliothèque de la Florida Polytechnic University, Florida Poly ou FPU, située à Lakeland, pousse le paradoxe au paroxysme. Le grand édifice blanc ne contient aucun ouvrage traditionnel, pas de gros volumes encyclopédiques, aucun manuel scolaire, aucun dictionnaire ni recueil de textes, monographies ou thèses savantes imprimés sur du bon vieux papier. En plus, dans cette bibliothèque sans livres, les usagers sont encouragés à briser le silence, à travailler en équipe et à utiliser à fond tous les bidules modernes de la communication. Bref, c’est une bibliothèque et ce n’en est plus une. C’est même plus qu’une médiathèque. C’est bel et bien un paradoxe.

Les quelque 550 étudiants ont commencé à en prendre possession du lieu la semaine dernière, avec la rentrée des classes. « C’est fascinant d’observer comment les étudiants utilisent l’espace, explique au Devoir Kathryn Miller, directrice de la nouvelle bibliothèque. Nous, du personnel, nous y sommes depuis environ un mois et nous l’apprécions beaucoup. Les étudiants apportent une énergie supplémentaire et permettent d’éprouver les choix qui ont été faits. »

La directrice Miller donne alors l’exemple du mobilier original. « Les meubles sont dessinés pour permettre aux usagers d’interagir, d’échanger entre eux. Cet équipement permet en fait de hausser le niveau de collaboration entre les étudiants et finalement le niveau d’apprentissage lui-même. »

L’entrevue téléphonique planifiée a été légèrement retardée par l’étirement d’une rencontre avec un groupe d’étudiants. « Ils étudient en mathématiques. Je leur ai expliqué comment ils peuvent utiliser les outils numériques à leur disposition, mais je les ai aussi encouragés à échanger entre eux au sein de la bibliothèque. C’est toute une nouvelle manière de concevoir et d’occuper un espace traditionnellement réservé à la lecture de livres en silence. »

eBooks

Des livres en fait, il s’en trouve là aussi, mais sous une forme dématérialisée. La collection numérique comptant environ 135 000 ouvrages peut être consultée sur place et de partout dans le monde après une connexion au portail de l’institution universitaire.

« Notre université prépare ses étudiants pour un monde du travail dominé par la technologie de pointe, dit encore Mme Miller. Nous voulons leur donner une expérience directe et approfondie de cette réalité. Cette option fondamentale de l’université devient aussi celle de sa bibliothèque. »

Le traditionnel comptoir de service a été rebaptisé « success desk ». Les usagers sont encouragés à se passer de papier à toutes les étapes de la formation, y compris quand il s’agit de présenter des travaux universitaires. Des livres imprimés, à l’ancienne, peuvent être obtenus et prêtés après une demande auprès des onze autres universités du réseau floridien.

Les informations numérisées offrent de grands avantages comparatifs. Les recherches se simplifient énormément et les découvertes accidentelles d’informations pertinentes se multiplient. En plus, les collections numériques, modulables à volonté, peuvent s’adapter quasi instantanément aux demandes des usagers. Par contre, la technologie vieillit rapidement et les abonnements aux sources numériques, contrôlés par une poignée de grandes entreprises, coûtent cher.

Le fond et la forme

Il ne s’agit pas d’une première mondiale. The BiblioTech, entièrement dédiée aux eBooks, a été inaugurée il y a un an à Santiago au Texas. Les livres dématérialisés peuvent y être empruntés (avec lectrices numériques), cinq à la fois, pour une période de deux semaines. La médiathèque de la NASA fonctionne aussi sur ce modèle sans papier.

Par contre la bibliothèque du XXIe siècle de la FPU perpétue en la renouvelant la tradition des lieux de savoirs sublimes. Une bibliothèque, avec ou sans livres, doit encore et toujours être bien faite et bien pleine. Au fond, le fond et la forme ne font qu’un. Au fond, on peut juger un livre à sa couverture comme on doit juger une bibliothèque à ses murs et sa toiture. C’est un autre paradoxe.

Celui-là suscite l’admiration. L’édifice ovale et blanc de la bibliothèque de la Florida Poly semble découpé dans la dentelle de marbre. On y reconnaît immédiatement la touche de l’Espagnol Santiago Calatrava, la structure ajourée, les formes harmonieuses, la pureté blanchâtre dominante.

Calatrava a imaginé tout le campus. Le résultat fait rêver avec ses constructions futuristes déposées au milieu d’un lac artificiel lui-même entouré d’une magnifique forêt. On se croirait dans un décor d’une planète idyllique d’une planète de la série de films La guerre des étoiles.

« Nous avons choisi de construire un lieu autour d’une collection dématérialisée pour apprendre à nos étudiants à travailler avec des outils numériques, comment les utiliser pour trouver de l’information, mais aussi comment la stocker et comment la lire, conclut la directrice Miller. Nous formons des alphabètes numériques. »

BLx

Poster un commentaire

Classé dans Culture et société, Histoire, Histoire et civilisation, Lettres, Philosophie, Politique

La Fiction Historique, l’Histoire fictive

À lire en ayant présents à l’esprit certains passage de la Poétique d’Aristote…

fabricationscouv

AUTOUR DU RÉCENT ESSAI DE LOUIS HAMELIN

Fabriquer l’Histoire

Jonathan Livernois, Le Devoir, 27/08/14

Faits, fictions, souvenirs, oublis : où est la vérité quand on se met à fabriquer, à récupérer l’Histoire ? L’essayiste Jonathan Livernois et Louis Hamelin en discutent autour du récent essai de ce dernier.

Quand le gouvernement fédéral décide que le Musée canadien des civilisations devient le Musée canadien de l’histoire, on se dit que la connaissance du passé est entre de bonnes mains. Tout dépend, bien sûr, de l’histoire qu’on choisit : Thérèse Casgrain en a récemment fait les frais. À une époque où les politiciens font bien ce qu’ils veulent et où les historiens ne rejoignent que rarement un large public, on souhaite que les romanciers s’y donnent à coeur joie. Pas pour camper un décor nostalgique où « il était une fois des gens heureux ». Mais bien plutôt pour que ça fasse mal. À ce titre, Louis Hamelin en connaît un bon bout, surtout après son roman La constellation du lynx (Boréal, 2010). Son essai qui paraît ces jours-ci aux Presses de l’Université de Montréal, Fabrications, lui permet d’aborder ces questions cruciales que sont notre rapport à la vérité, notre rapport à la fiction, notre rapport à toutes les récupérations officielles ou non de l’histoire, cette bête sensible.

La Crise d’octobre est, comme plusieurs événements de notre histoire nationale, un véritable panier de crabes. La mort de Pierre Laporte est-elle un accident ou un meurtre ? Les autorités policières connaissaient-elles les planques des felquistes à Saint-Hubert et à Montréal-Nord ? Ça prenait un romancier, pas gêné pour deux sous et tenace comme Hamelin, pour s’en mêler. Le roman peut-il dire vrai ? Peut-il viser plus juste que l’histoire des historiens ? Partant de deux interprétations de l’enlèvement par les Brigades rouges du président du Conseil italien, Aldo Moro, en 1978, qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui de Pierre Laporte, l’écrivain révèle crûment l’alternative : ou bien on accepte l’idée que quelqu’un va finir par dire toute la vérité sur la Crise d’octobre ou bien on tient le pari qu’il n’y a que des vérités partielles qui se contredisent et s’entrechoquent.

Fabrications est la démonstration que, dans un contexte où personne n’offre de réponses satisfaisantes, écrire un roman est la seule façon de nettoyer, autant que faire se peut, les écuries d’Augias. L’auteur l’écrit : « J’en suis tranquillement venu à la conclusion que la fiction officielle devait être combattue par la fiction. » Plus encore, il s’agira pour lui d’écrire un roman « heuristique », publié « expressément pour heurter les conceptions bien établies des historiens patentés ». Ses idées sont claires : les autorités policières, sous le couvert d’une soi-disant inefficacité, en savaient beaucoup plus long sur les felquistes qu’elles ne voulaient le dire. Elles les laissèrent manoeuvrer pour mieux se discréditer. La conclusion de l’écrivain sur la mort de Pierre Laporte est lourde de conséquences : « La mort de Laporte fut bien, aucun doute là-dessus, le résultat d’une sorte d’accident… Le noeud de l’affaire, c’est qu’on permit à cet accident d’arriver. » Hamelin est convaincant, malheureusement.

Inventions

Cet essai est lucide, souvent drôle et particulièrement inventif. Il n’empêche qu’une question s’impose : si le roman a été le lieu de toutes ces révélations, pourquoi choisir l’essai pour boucler la boucle ? On a l’impression qu’il existe, chez Hamelin, une différence de degré entre le roman et l’essai, comme si ce dernier genre se rapprochait davantage du « réel ». On ne joue plus ? Hamelin discute avec son alter ego fictif, Samuel Nihilo, qui était au coeur de son roman La constellation du lynx. Nihilo lui rappelle que ce qu’il dit n’est pas nouveau, qu’il tenait des propos semblables dans le roman. Hamelin répond tout de go : « Ouais, mais de le répéter ici, dans un essai, ça me fait drôle. » Comme si le romancier avait tout à coup l’impression de se mettre à nu, de ne plus avoir d’abri littéraire. Mais, pourtant, l’essai n’est-il pas un autre genre tout aussi fictif que le roman ? Hamelin, en entrevue, confie son désaccord : « L’essai est “ construit ”, bien sûr, comme tout texte littéraire, c’est une fabrication, ce qui n’entraîne nullement qu’il doive être considéré comme fictif à l’instar d’un roman. »Pourtant, l’écrivain, inspiré notamment par Norman Mailer, utilise des techniques romanesques pour construire son essai : café partagé avec son alter ego Nihilo, narration à la troisième personne, faux entretien téléphonique avec Réjean Tremblay, en train d’écrire un nouvel épisode de ScoopVIII, et transformation du professeur de littérature Jacques Pelletier en « personnage d’autofiction ». Quoi qu’Hamelin en dise, l’essai est bel et bien traversé de fictions.

On retiendra notamment une scène ironique où Hamelin donne à lire un extrait du « scénario » que Réjean Tremblay est en train d’écrire. Scoop VIII – Le Bleuet fait des p’tits : on retrouve le personnage qu’interprétait jadis Roy Dupuis, le journaliste playboy Michel Gagné. Par une étonnante coïncidence, ce Gagné enquête aussi sur la Crise d’octobre. Tout à coup, le faux personnage de Tremblay devient une sorte de double d’Hamelin. Et nous voilà tous plongés dans un pastiche de série B ou un mauvais roman policier. Rien de tout cela n’était donc sérieux ? Du carton-pâte ?Fabrications serait un jeu d’écrivain, en somme.

Il n’y a pas grand-chose de réglé au sortir de Fabrications. Quand on repense à Octobre, ça fait toujours aussi mal. C’est sans doute la principale qualité de cet essai, qui n’en manque pourtant pas. D’ailleurs, il a reçu le prix Études françaises 2014. L’un des premiers lauréats de ce prix fut Gaston Miron, à qui on avait ainsi arraché L’homme rapaillé. C’était en 1970, quelques mois avant son arrestation et celle de 450 personnes, tandis que le gouvernement canadien venait de voter la loi sur les mesures de guerre…

Louis Hamelin, Fabrications: essai sur la fiction et l’histoire, Presses de l’Université de Montréal, 2014

BLx

 

Poster un commentaire

Classé dans Art, Cinema, Culture et société, Histoire, Histoire et civilisation, Lettres, Philosophie, Politique, Science

Le nihilisme carnavalesque et baroque des frères Chapman

«Les jambes poilues de Dieu, Ronald McDonald crucifié, une orgie de squelettes nazis psychotiques et des mannequins KKK en chaussettes rayées arc-en-ciel. Voilà quelques uns des flash-back que pourraient avoir les visiteurs après avoir fait l’expérience de Come and see, la dernière exposition des artistes britanniques Jake et Dino Chapman.»

Cheryl Sim, Commissaire, DHC/ART

IMG_3459

IMG_3465

IMG_3483

IMG_3488

IMG_3487

IMG_3489

IMG_3492

IMG_3499

IMG_3500

IMG_3506

IMG_3511

IMG_3512

IMG_3513

IMG_3514

IMG_3516

photo 1

photo 2

photo 3

photo 4

photo 2

 

Jake & Dino Chapman, Come and see, DHC/ART

Mouvements: Idées clés pour comprendre

BLx

 

 

Poster un commentaire

Classé dans Art, Culture et société, Histoire, Histoire et civilisation, Philosophie, Politique, Religion, Uncategorized

Racisme et Patriotisme aux USA

image
Crise de Ferguson

Lorsque le patriotisme suit la couleur de la peau

Francis Langlois – Chercheur associé à l’Observatoire des États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand,

La répression menée par les autorités policières dans les rues de Ferguson au Missouri depuis la mort de Michael Brown contraste avec le traitement que le rancher Cliven Bundy a reçu en avril dernier lorsque lui et ses comparses, armés de fusils d’assaut, ont résisté à la saisie de son bétail par des agents fédéraux. Cette saisie était justifiée par des impôts impayés par Bundy, une somme s’élevant à plus d’un million de dollars, alors que celui-ci profitait des terres que le fédéral met à la disposition de certains éleveurs à un prix plus que modique.

Devant la menace, les agents fédéraux ont reculé. La situation a été désamorcée après une douzaine de jours de confrontation par le shérif du comté. Bundy comme ses acolytes s’en sont sortis indemnes et libres. Malgré la violence et la culpabilité de ceux-ci, les médias conservateurs, Fox en tête, ont appuyé la cause de Bundy et ont récupéré sa rhétorique antigouvernementale et libertarienne affirmant qu’ils résistaient à un gouvernement illégitime et oppressif. Au plus fort de sa popularité, certains politiciens républicains, suivant les médias, ont qualifié Bundy de « patriote ». Le rancher, direct et frondeur, a toutefois perdu tout son capital de sympathie, du moins officiellement, lorsqu’il a étalé son racisme une semaine plus tard en affirmant notamment qu’il se demandait si les jeunes Afro-Américains n’étaient pas mieux de vivre sous le régime esclavagiste du XIXe siècle que sur les subsides du gouvernement actuel.

Comment un homme armé jusqu’aux dents ayant menacé des agents fédéraux et promouvant la révolte populaire a-t-il pu être qualifié de « patriote » alors que les manifestants de Ferguson montrant eux aussi leur remise en question de l’autorité publique, sans armes toutefois, ne le sont pas ?

Aux États-Unis, la couleur de la peau influence non seulement la réaction de la police, mais aussi le discours utilisé par les acteurs, les médias et la classe politique lors d’affrontements publics. En effet, si personne ne qualifie les habitants de Ferguson de « patriotes », il faut dire que les manifestants ne se présentent pas ainsi, car l’imaginaire patriotique américain actuel ne les rejoint pas.

Pour l’instant, les symboles qui peuplent cet imaginaire — pensons aux Minutemen ayant combattu lors de la Révolution ou encore aux cowboys ayant conquis l’Ouest, par exemple — sont monopolisés par la droite blanche masculine se retrouvant notamment dans le Tea Party ou la NRA, ce qui explique en grande partie pourquoi les minorités visibles boudent ces mouvements.

Pour comprendre ce phénomène, il faut remonter à la lutte pour les droits civiques menée dans les années 1960 par les minorités visibles, les femmes, les homosexuels, et surtout à la réaction des années 1970. À ce moment, tous les gains obtenus par ces groupes sont présentés par la droite et ses organes médiatiques comme étant une perte de privilège pour une autre minorité, les hommes blancs de la classe moyenne.

Outre cette perte de privilège, le discours conservateur accuse les bénéficiaires des réformes des années 1960 d’être aux crochets du gouvernement fédéral, et donc, d’être des parasites vivant sur les impôts payés par ces mêmes hommes blancs. Afin de mobiliser sa base électorale, la droite a récupéré tous les symboles patriotiques en les associant à un passé idéalisé dans lequel l’ordre social et la liberté de tous sont assurés et encadrés par l’homme blanc, ce à quoi Bundy faisait référence en parlant de l’esclavage.

Pour ceux ayant obtenu la reconnaissance de leurs droits depuis les années 1960, les symboles traditionnels du patriotisme sont au mieux teintés de paternalisme, au pire de domination et d’exploitation, ce qui explique pourquoi les manifestants de Ferguson ne se réclament pas du patriotisme de Cliven Bundy.

BLx

Poster un commentaire

Classé dans Culture et société, Histoire, Philosophie, Politique

« Le crayon est plus puissant que le clavier »

Bannir l’ordinateur des classes

Il faut vivre sous une cloche ou être un amish coincé entre un cheval, une lampe à huile et l’année 1712 — celle de l’édit d’expulsion de France de ce groupe religieux anabaptiste par Louis XIV — pour ne pas s’en être rendu compte : tablette, ordinateur portable, téléphone dit intelligent ont placé l’humanité, depuis quelques années, devant de nouveaux possibles, oui ! Des beaux, des gros, des chics, mais avec l’un qui est sans doute un plus perceptible que les autres : la distraction.

Expérimentez-le pour voir, en cherchant à lire un texte long sur une tablette, avec, pas très loin, un compte Twitter ouvert, une page Facebook qui interpelle, des alertes de son média préféré, l’annonce de la naissance d’un nouveau monstre dans le jeu de monstre de ses enfants, et une soudaine envie de consulter la météo ou d’aller voir si quelqu’un a « aimé » la nouvelle photo de son profil.

Environnement loufoque ? Sans l’ombre d’un doute. Et du coup, plusieurs enseignants se demandent, avec une voix un peu plus forte que par le passé, dirait-on, si cet univers hyperconnecté, dans sa forme distractive, mérite bel et bien d’être amené et/ou cultivé dans les écoles et universités. Dans les pages du magazine TheNew Yorker, un prof, Dan Rockmore, se posait la question il y a quelques semaines en invitant même les siens à un peu plus d’esprit critique et de scepticisme devant la présence d’ordinateurs portables devant les élèves dans les salles de cours. L’homme évoquait d’ailleurs un débat lancé le printemps dernier par l’un de ses collègues, enseignant dans un département d’informatique, et qui, pour mener convenablement sa mission d’enseignement et transmission de connaissance, a décidé d’interdire purement et simplement l’usage de portables pendant ses cours, après y avoir succombé, comme bien d’autres, avec ouverture d’esprit, curiosité et l’impression de bien faire pour être en harmonie avec son temps.

Audacieux ? Plutôt, même si cette résistance à la pression du présent, aux sirènes de la modernité, et à ces courants de mode portés par des gourous souvent intéressés, trouve facilement sa justification dans la science. Celle qui se partage encore très bien sur du papier et s’enseigne encore très bien dans des amphithéâtres.

Prenez cette étude de la Cornell University, pilotée par Helene Hembrooke et Geri Gay, qui, en 2003, a mesuré les capacités d’apprentissage de deux groupes. L’un allait en cours avec un ordinateur portable. L’autre n’en avait pas. Le but était de voir comment le sacro-saint principe du multitâche transformait les environnements d’enseignement.

Résultat : les élèves déconnectés de l’écran l’étaient beaucoup moins de la matière enseignée et l’ont même démontré en obtenant de bien meilleures notes que les autres lors d’un examen-surprise. Notons qu’à l’époque, Facebook, et ses sources de distraction en milieu scolaire, n’avait même pas encore été inventé.

Plus près de nous, dans une étude intitulée « Le crayon est plus puissant que le clavier », deux profs de psychologie de l’université de Princeton et de l’Université de Californie — un État américain où le clavier est aussi répandu dans la population locale que les faux seins dérivés du silicium — ont mis en lumière un drôle de paradoxe. Les élèves qui prennent des notes de cours avec l’aide d’un ordinateur collectent plus d’information que ceux qui le font avec un crayon sur du papier. Mais ils s’en souviennent moins et sont un peu moins habiles à faire des liens entre plusieurs concepts exposés en cours.

Le duo de chercheurs évoque d’ailleurs, pour expliquer la disparité, un principe de « zombie-transcription » qui viendrait naturellement avec le clavier : on tape dessus, de manière un peu mécanique, devenant, par le fait même, dans certains contextes, une extension de la machine, alors que c’est l’inverse qui devrait plutôt se jouer. À la main, les données sont, elles, plus texturées et s’inscrivent dans une logique de rappel, de mémorisation et de manipulation abstraite plus efficace, exposent-ils dans un papier publié en avril dernier dans les pages du journal de l’Association for Psychological Science.

Bannir les ordinateurs des classes : l’idée devient dans ce contexte de moins en moins folle. Sans doute avec raison. Mais elle ne devrait surtout pas laisser croire qu’il faut aussi bannir toutes les technologies du monde de l’éducation, un raccourci mental et pratiqué par quelques vieux esprits de ce milieu, dont le présent ne pourrait certainement pas se satisfaire. Le développement de cours massifs en ligne (les MOOC comme on dit en anglais), l’apparition d’applications didactiques pour apprendre les mathématiques, la géographie, l’histoire, la programmation, dans des environnements ludiques, sont certainement là pour témoigner d’une tendance contre laquelle toute opposition ne peut être que vaine.

Un combat perdu d’avance même, surtout lorsque ces nouvelles formes de transmission de la connaissance auront fini par démontrer que ce qui nuit finalement le plus à l’apprentissage, ce n’est peut-être pas l’ordinateur, mais la façon que le monde de l’éducation a, pour le moment, de chercher à l’inscrire dans de vieilles pratiques en s’étonnant que cela ne fonctionne pas.

BLx

Poster un commentaire

Classé dans Culture et société, Histoire, Histoire et civilisation, Politique

Oh Captain! My Captain!

Robin Williams 1951-2014

O Captain! My Captain! our fearful trip is done;
The ship has weather’d every rack, the prize we sought is won;
The port is near, the bells I hear, the people all exulting,
While follow eyes the steady keel, the vessel grim and daring:

But O heart! heart! heart!

O the bleeding drops of red,

Where on the deck my Captain lies,

Fallen cold and dead.

O Captain! My Captain! rise up and hear the bells;
Rise up—for you the flag is flung—for you the bugle trills;
For you bouquets and ribbon’d wreaths—for you the shores a-crowding;
For you they call, the swaying mass, their eager faces turning;

Here captain! dear father!

This arm beneath your head;

It is some dream that on the deck,

You’ve fallen cold and dead.

My Captain does not answer, his lips are pale and still;
My father does not feel my arm, he has no pulse nor will;
The ship is anchor’d safe and sound, its voyage closed and done;
From fearful trip, the victor ship, comes in with object won;

Exult, O shores, and ring, O bells!

But I, with mournful tread,

Walk the deck my captain lies,

Fallen cold and dead.

Walt Withman (1819-1892), poème composé en hommage à Abraham Lincoln, assassiné le 14 avril 1865.

BLx

Poster un commentaire

Classé dans Art, Culture et société, Histoire, Lettres, Politique

Lire sur du papier

398

Lire sur du papier pour mieux comprendre

Mélanie Loisel, Le Devoir, 16/08/14

Ils sont encore nombreux, les amoureux de la lecture, à aimer tenir dans leurs mains un livre en papier qu’ils peuvent serrer, feuilleter et même sentir au besoin. Ces derniers réfractaires aux technologies numériques vont donc être heureux d’apprendre que la lecture d’un texte en papier permet d’avoir une meilleure et plus complète compréhension que la lecture d’un texte numérique. C’est du moins ce que révèle une nouvelle étude de chercheurs norvégiens et canadiens effectuée au Centre de lecture de l’Université de Stavanger en Norvège.

Dans cette étude, les chercheurs précisent que la lecture sur une tablette numérique a l’avantage de se faire beaucoup plus rapidement, mais notre mémoire retient moins longtemps les informations lues sur un écran numérique. Pour en arriver à cette conclusion, une classe de 72 élèves de 4e secondaire a été divisée en deux, où la moitié des élèves ont dû lire un texte en format PDF et l’autre moitié en format papier. Les élèves devaient par la suite répondre à un questionnaire pour évaluer leur compréhension du contenu. Et les résultats ont clairement démontré que la compréhension des textes était beaucoup plus développée chez les élèves ayant lu les versions papier.

Selon les scientifiques, la texture, l’odeur, l’épaisseur, la couverture et la quatrième de couverture d’un livre permettent aux lecteurs d’établir une meilleure « carte mentale du texte »,ce qui facilite leur compréhension. Des recherches précédentes avaient d’ailleurs démontré que plus un texte est long, plus la carte mentale est importante.

Lorsqu’une personne lit sur une tablette électronique, il lui est donc impossible d’avoir une idée de la longueur d’un texte, alors qu’une ou deux pages peuvent s’afficher sur son écran. De plus, la sensation de toucher un écran du bout de ses doigts n’est pas la même que celle de la texture du papier qui, elle, est beaucoup plus stimulante. La chercheuse en chef Anne Mangen constate que cette expérience a permis de prouver qu’il y a vraiment un lien entre le corps et l’esprit. Dans le fond, elle a démontré que le cerveau apprend beaucoup mieux quand une personne peut à la fois toucher et voir son livre.

Mais comme les technologies sont devenues incontournables, Mme Mangen croit qu’il faudra voir dans l’avenir à développer davantage des outils qui permettront d’augmenter l’expérience sensorielle des lecteurs pour assurer leur compréhension du contenu. D’ici là, le bon vieux livre en papier demeure encore la meilleure chose à se mettre sous la main.

BLx

Poster un commentaire

Classé dans Art, Culture et société, Histoire, Histoire et civilisation, Lettres, Philosophie, Politique