Archives de Catégorie: Politique

Plus de gros dodo?

Depuis quelques mois, le réveil aux aurores des maîtres du monde est présenté comme la recette de leur réussite. Devancer le chant du coq serait même le secret d’une productivité hors norme.

La dictature de l’insomnie

Le nouveau mantra des dévots de l’aube contamine le milieu du travail

Julie Rambal – Le Temps, Le Devoir 19/09/16

Dormir comme un loir, traîner au lit, s’amouracher de son matelas à mémoire de forme… c’est fini. Dans une société qui produit, consomme et tweete 24 heures sur 24, le sommeil est devenu une tare qui nuit à l’accomplissement de soi…

Tim Cook, le patron d’Apple, se lève à 3 h 45 du matin pour répondre à ses courriels, Jack Dorsey, fondateur de Twitter, à 5 h 30, et Anna Wintour, la grande patronne de Vogue, n’arrive jamais au bureau après 6 h. À cette heure-là, le politique Pierre Maudet est déjà levé depuis deux heures, et Robert Iger, p.-d.g. de Disney, a couru 10 kilomètres et lu 10 scripts. Des feignants comparés à Jean-Claude Biver, président de Hublot et p.-d.g. de TAG Heuer, qui affirme être sur le pont dès 2 h 30 du matin. « Ils disent que dormir est un cadeau de Dieu, je ne l’ai jamais reçu », fanfaronne également Indra Nooyi, patronne de PepsiCo, qui a déjà accompli une journée entière avant le lever du soleil.

Depuis quelques mois, le réveil aux aurores des maîtres du monde est présenté comme la recette de leur réussite. Devancer le chant du coq serait même le secret d’une productivité hors norme. Cette méthode a un nom : « Early morning ». L’Américain Hal Elrod, nouveau gourou de la tendance, prétend dans son best-seller Miracle Morning (First) qu’en se levant à 5 h 30 pour « dédier un moment à la personne que nous souhaitons devenir », le succès tombera du ciel. Ce n’est visiblement pas une science très exacte puisque l’entrepreneur Filipe Castro Matos fait la même chose avec une heure de décalage horaire. Dans sa conférence TEDx déjà vue 300 000 fois, il clame : « Comment se lever tous les jours à 4 h 30 peut changer votre vie. »

Dévots de l’aube

Dans les villes, des matines consacrées aux dévots de l’aube se développent aussi. Descreative mornings, conférences mensuelles censées stimuler la productivité, aux before works, qui invitent le salarié à venir ingérer un power breakfast à base de müesli au lait d’amande, et a s’adonner à une séance de Pilates orchestrée par un DJ, avant de rejoindre son ordinateur, prêt à dévorer le monde… Et pour ceux qui ont encore du mal à sauter triomphalement hors de leur couette, l’application maso « Better Me » les menace d’envoyer un message à tous leurs amis Facebook pour leur dire qu’ils ont osé laisser sonner plusieurs fois le réveil. Après avoir ratissé la méthode Coué (du genre, « en me fixant des objectifs ambitieux, ils se réaliseront »), le développement personnel s’empare du vieil adage : le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt.

Le problème, c’est qu’il appartient aussi à ceux qui se couchent de plus en plus tard. Entre e-shopping disponible 24 heures sur 24, flux d’actualité continu, réseaux 2.0 à alimenter pour « exister » socialement et milliers de séries télé chronophages à voir sous peine de passer pour un Néandertalien à la cantine du travail, le sommeil apparaît comme un frein à une existence sous stimuli constants. En un siècle, les Américains sont d’ailleurs passés de 10 heures de sommeil quotidien à 6 heures. Les Européens, guère plus… Une biodérégulation organisée par les marchés dérégulés, selon Jonathan Crary qui, dans 24/7. Le capitalisme à l’assaut du sommeil (Zones), dénonce une « inscription généralisée de la vie humaine dans une durée sans pause ».

Car si « la plupart des nécessités apparemment irréductibles de la vie humaine — la faim, la soif, le désir sexuel et, récemment, le besoin d’amitié — ont été converties en formes marchandes et financières, le sommeil impose l’idée d’un besoin humain et d’un intervalle de temps qui ne peuvent être ni colonisés ni soumis à une opération de profitabilité massive », écrit l’universitaire new-yorkais. Aussi le déprécie-t-on « au profit d’une prééminence accordée à la conscience et à la volonté : dans le paradigme néolibéral mondialisé, le sommeil est fondamentalement un truc de losers ».

Inutile rêverie

Ce message porte d’autant plus que nous sommes aujourd’hui mis en concurrence avec des machines et des algorithmes qui, eux, ne dorment jamais. Pour ne pas devenir obsolète, il faut bien suivre… « Les moins de 40 ans dorment 6 heures par nuit, voire 5 heures, ce qui est très insuffisant, explique Sylvie Royant-Parola, psychiatre spécialiste du sommeil et présidente du réseau Morphée. Avec l’industrialisation et l’électricité, le fantasme de toute-puissance de l’homme sur la nature s’accompagne d’une volonté de maîtriser le temps, alors que chacun doit s’abandonner à son rythme de sommeil, dont le déficit favorise hypertension, obésité, perte de mémoire, etc. L’hyperstimulation lumineuse, sociale et intellectuelle de nos écrans atténue également la différence jour-nuit, provoquant un endormissement toujours plus tardif. Cette société numérique impose un rythme 24/24, à l’opposé de ceux de l’être vivant, qui sont cycliques. »

Mais nos yeux de hiboux rivés sur nos téléphones intelligents et tablettes rapportant de l’or aux magnats de la Silicon Valley (ceux qui affirment ne plus dormir), toujours plus de hochets numériques sont brandis pour faire ressembler la rêverie à une activité mortellement ennuyeuse.

Humeur exécrable

Tristan Harris, ancien « philosophe produit » chez Google, dénonce aujourd’hui le système qui l’a fait vivre, mettant notamment en garde contre les notifications des applis, qui « nous manipulent pour nous faire perdre le plus de temps possible dans leurs interfaces. Ce qui est mauvais, c’est que nos écrans menacent notre liberté fondamentale de dépenser notre temps comme on le veut ». Car non seulement les nuits, mais aussi l’attention sont désormais colonisées, selon Yves Citton, qui a dirigé l’ouvrage L’économie de l’attention. Nouvel horizon du capitalisme ? (La Découverte). « Le néolibéralisme prône des phénomènes d’accélération extrêmes. Même quand vous lisez un poème, il s’agit d’aller le plus vite possible, au nom de l’hypercompétitivité, remarque-t-il. Cette dictature d’une attention standardisée est suicidaire, car elle étouffe l’attention créative, celle qui produit l’art, le design… »

La dictature de l’insomnie ne semble pas faire bon ménage non plus avec le couple. Justine vit avec un ingénieur et « morningophile » acharné, qui se lève à 3 h 45 pour nager plusieurs kilomètres, entre 5 et 6 h — afin de faire les meilleurs temps aux compétitions de triathlon Iron Man, dont il raffole — avant d’enchaîner avec des journées de bureau de 14 heures. Justine ne le voit plus de la semaine. « C’est mieux parce que, dès qu’il rentre tôt, il est d’humeur exécrable. Sa discipline le met à fleur de peau. Il n’y a qu’en vacances, lorsqu’il s’octroie des grasses matinées jusqu’à 7 h, qu’il est drôle et détendu. » La tendance early morning fait seulement miroiter un plus gros salaire. Personne n’a dit qu’elle rendait heureux…

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BLx

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Au sujet d’un certain jour de septembre

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Que signifie le 11 Septembre ?

«L’attentat qui a détruit les tours jumelles de New York, en 2001, a tout de suite été vécu comme une entrée spectaculaire dans le XXIe siècle. C’est donc logiquement un événement que les plus grands philosophes ont commenté, dans les jours et l’année qui suivirent. Voici onze interprétations du 11 Septembre, représentatives d’un vaste spectre idéologique, allant de l’extrême gauche aux néoconservateurs.»

À lire dans Philosophie Magazine les réponses de Chomsky, Habermas, Derrida, Nussnaum, Agamben, Fukuyama, etc.

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BLx

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Les «Montréalistes»

montreal

La Fondation de Montréal

«L’historienne québécoise Dominique Deslandres compare la fondation de Montréal à l’expédition Mars One qui projette d’installer une colonie humaine sur Mars dès 2024.« Montréal est alors l’endroit le plus dangereux au monde, dit-elle. On a très peu de chances d’en revenir. »»

La grande aventure mystique, Christian Rioux, Le Devoir, 23/08/16

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BLx

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Un « aperçu » des 50 derniers siècles…

BLx

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An Impressive List of Female Authors from Antiquity

I received a link to the following in an email from my undergraduate poetry teacher the amazing poet and translator Olga Broumas. The post is on tumblr on a page by DiasporaChic, bit the original a…

Source : An Impressive List of Female Authors from Antiquity

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Mouvement étudiant en Inde

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Génération Caryotype XY Aujourd’hui, Z Demain?

gender-symboles

Commençons par une remarque visant à balayer toute idée préconçue. Bien que le contraire ne m’eût posé aucun problème, je suis à l’aise avec mon identité sexuelle. Je suis biologiquement une fille et me sent comme telle. Il ne sera donc pas question ici d’expériences vécues lorsque j’aborderai la lutte contre la nécessité absolue des frontières de genres, mais plutôt d’une réflexion générale sur la société et les observations que j’en ai faites. Il est cependant vrai qu’en tant que personne affiliée à un genre, je suis confrontée au quotidien à une série de considérations, de critères, de règles de conduite que je contribue moi-même à nourrir et à perpétuer. Les filles sont comme ci, les garçons comme ça, ils ont tel et tel goûts, habitudes, façons de penser, réflexes, devoirs, «rôles», etc. Par exemple, je me suis déjà fait reprocher d’avoir sifflé un air parce que ce n’était pas convenable pour une fille. Les garçons aussi ont leur lot de règles, dont la plus évidente : pas le droit de pleurer ou de montrer ses sentiments.

Il y a donc une claire définition de chacun des sexes, qui plus est une forte opposition. En fait, c’est une véritable vision radicale, presque manichéenne qui existe entre les sexes féminin et masculin. Autrement, chaque caractéristique «divergente», chaque comportement qui ne correspond pas à l’archétype, s’accumule pour donner le diagnostic non-officiel, mais oh combien lourd de jugement, de «garçon manqué» ou «fille manquée», comme si on parlait là d’une erreur de la nature. Il y a quelque chose de profondément sécurisant et de rassurant dans le fait de dresser des frontières. On fait de même pour le Bien et le Mal, le sacrée et le profane, l’innocent et le coupable, l’opposant et l’adjuvant, le malade mental et le sain d’esprit, etc. Les zones grises ne plaisent pas, elles exigent une réflexion plus profonde et la possibilité d’être dans l’erreur. En psychologie, c’est l’attitude que l’on appelle l’influence des schémas cognitifs. Il y a d’abord la première pensée qui nous vient en tête, et qui est nécessaire à la survie. Il faut pouvoir agir presque instinctivement dans des situations qui nécessitent une réaction rapide, déterminer si une chose représente une menace ou non et l’attitude à adopter. Cependant, il est néfaste de s’en tenir à cette première réaction. Qu’y a-t-il dans les genres qui menace la vie de toute façon? Peut-on mourir car une personne ne se considère pas uniquement comme un homme ou une femme? Car oui, cela existe, et de plus en plus, car les barrières se perméabilisent, deviennent plus souples et disparaissent au fil des générations. Il n’y a qu’à voir l’émergence de personnalités comme Miley Cyrus pour s’en apercevoir. Cependant, on peut se demander si c’est vraiment par une plus grande acceptation, ou simplement par peur de se voir accuser de discrimination. Évidemment, au grand public, les tabous disparaissent, mais dans les foyers et d’autant plus sur les réseaux sociaux, les personnes qui ne s’identifient pas à un genre, tout comme le cas plus général des androgynes demeurent les victimes d’une répulsion et d’une peur acquises.

Malgré tout, on parle ici principalement de l’Occident, et encore en particulier de la période correspondant au règne du christianisme. Il y a dans l’idée de cette religion non seulement la nécessité de séparer les sexes pour pouvoir proclamer la supériorité de l’homme sur la femme, mais aussi de garantir la procréation permettant de multiplier le nombre de fidèles ainsi que l’éducation des enfants suivant un schéma défini, où les rôles sont précis. Ailleurs dans le monde et à d’autres époques, la distinction n’est pas encore faite ou ne revêt pas la même importance. Par exemple, il existe dans la culture samoane, selon une recherche menée par Douglas VanderLaan, professeur et spécialiste en anthropologie et en psychologie, quatre genres reconnus. En plus des catégories habituelles de femme et d’homme, on retrouve également les «fa’afafine[s]» et les «fa’atama[s]», dont la nomination tient compte du sexe d’origine comme de l’identité de la personne[1]. De plus, c’est un atout chez les chamans de réunir dans leur personne les deux entités, car cela leur permet de connecter avec tout le monde, et ils sont donc reconnus pour cela bien que classés dans le domaine de la spiritualité à la fois fascinante et inquiétante.

La disparition des barrières de genres pose néanmoins la question de l’éducation des enfants, auxquels il faut dorénavant inculquer de nouvelles idées. Il est d’ailleurs à mentionner que l’émergence du mouvement de revendication des droits des gens de genre fluide est en corrélation avec l’affirmation grandissante des communautés homosexuelles, bisexuelles et transsexuelles, qui elles aussi remettent en question des valeurs héritées de la religion et de la tradition. L’éducation n’est pas la seule préoccupation qui naît de la dissolution des genres. En effet, la langue française comme la langue anglaise impliquent systématiquement une discrimination de genre. C’est donc de nouveaux pronoms, des pronoms neutres qu’il faut inventer pour rendre compte de cette nouvelle réalité à l’âge contemporain, par exemple le «ze» qui se place comme intermédiaire entre «he» et «she».[2] La solution semble donc se trouver dans une uniformisation, une unification de ce qui a été séparé, pour convenir à tout le monde. Il n’y aurait plus qu’un sexe, ce qui reviendrait à dire aucun puisque la mention deviendrait désuète. On peut voir cette tentative notamment dans les normes vestimentaires, où le vêtement unisexe est à la mode et où il y a une transgression des interdictions sociales, par exemple celle de faire porter une jupe à un homme. Cette idée de faire disparaître définitivement les genres au lieu d’en créer des nouveaux démontre un souci d’égalité et de conformisme nouveau plutôt que vraiment l’acceptation d’une marginalité qui revendique un statut particulier. C’est un peu ici comme le mouvement féministe, toutes proportions gardées, qui présente un point de vue ambigu, c’est-à-dire à la fois que la femme est égale à l’homme et qu’elle conserve un statut particulier. Faut-il alors féminiser les mots et expressions hérités de siècles de domination masculine, ou profiter de l’effondrement des traditions pour tout remettre à zéro et supprimer définitivement la différence des genres dans un nouveau langage?

Mathilde Hallynck

 

[1] Sarah HAMPSON, «Their story: ‘I want to be somewhere between two fixed points of gender’», The Globe and Mail, http://www.theglobeandmail.com/news/national/their-story-i-want-to-be-somewhere-between-two-fixed-points-ofgender/article28456135 (Page consultée le 23 mai 2016)

[2] Sarah HAMPSON, «Their story: ‘I want to be somewhere between two fixed points of gender’», The Globe and Mail, http://www.theglobeandmail.com/news/national/their-story-i-want-to-be-somewhere-between-two-fixed-points-ofgender/article28456135 (Page consultée le 23 mai 2016)

 

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Perpétuer un combat de titans

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Paul Delaroche, Napoléon abdiquant à Fontainebleau, 1845

Waterloo, 18 juin 1815. La bataille qui aura lieu cette journée bouleversera à jamais l’Europe, mettant fin à plus de 20 ans de guerres incessantes depuis la révolution française. La bataille de Waterloo est la tristement célèbre bataille qui a mis fin au règne de Napoléon Bonaparte en tant qu’empereur des Français qui, pendant un peu plus d’une décennie, a dominé l’Europe de Lisbonne jusqu’à Moscou. Une mauvaise manœuvre, le mauvais temps précédent la bataille, le refus de poursuivre immédiatement les Prussiens en déroute quelques jours plus tôt, nombreuses sont les théories qui tentent de révéler le point tournant qui a entraîné la chute de l’empereur. Encore aujourd’hui, certains s’imaginent ce qui aurait pu arriver si Napoléon avait remporté cette bataille fatale. Or, le 200ème anniversaire de cette bataille fut célébré en Belgique en juin 2015, une belle manière de perpétuer le souvenir d’un combat qui s’est hissé au rang de légende tant son importance fut grande pour tout un continent.

Deux cents ans plus tard, après des films, des documentaires, des livres et des bandes-dessinées ramenant à la vie d’une certaine manière les belligérants de cet affrontement, la plaine de Waterloo accueille à nouveau les armées françaises, britanniques et prussiennes sur son sol pour reconstituer la bataille. En effet, plus de 6000 «reconstitueurs» provenant de 52 pays[1] se sont préparés pour faire revivre ce moment historique. De plus, comme il était fréquent à l’époque, des spectateurs pourront assister en direct à la bataille. Cependant, ils seront plus nombreux qu’en 1815, car 120 000[2] billets ont été vendus pour assister à cet événement.

Puisqu’il s’agit d’une reconstitution historique, nous savons déjà comment la bataille va se finir; la malheureuse défaite de l’armée française. Cependant, il est plaisant de faire revivre une époque où la manière de concevoir et de faire la guerre peut nous sembler complètement étrangère, ainsi que se plonger dans le passé et s’imaginer comment l’histoire aurait pu être différente si Waterloo, au lieu d’être la célèbre défaite de Napoléon, n’avait été qu’une autre victoire s’ajoutant à la liste déjà longue de tous ses succès militaires au courant de sa carrière.

Philippe Nerron-Paquette

[1] Agence France-Presse, «À Waterloo, les armes parlent à nouveau», dans Actualités culturelles, http://www.ledevoir.com/culture/actualites-culturelles/443309/a-waterloo-les-armes-parlent-a-nouveau (Page consultée le 25 mai 2016)

[2] Ibid.

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Je travaille dans un abattoir

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Il est 7 h 10, je viens tout juste de débuter mon premier quart de travail de la semaine. À date, j’ai arraché seulement deux cœurs depuis que nous sommes arrivés, pas si mal comme début de journée. Oui, oui, avec mes mains, de sang-froid, et ce sans aucun remords, je suis un bourreau du 21e siècle! Un contremaitre vient de m’avertir de changer de poste en raison des différentes tailles de volailles qui passe sur la chaine; me voilà maintenant à un endroit où tous les employés aiment aller, une table de découpe. Simple comme titre, il s’agit d’un poste où tout ce que vous avez à faire c’est d’insérer un couteau entre deux os, comme le coude, le genou ou l’épaule, pour ensuite laisser la lame déchirer, il est aussi possible d’employer le terme démembrer, la viande; tâche barbare, pour séparer chacune des pièces de l’animal. Pièces, OH MON DIEU!!! Eh oui, la plupart des employés, tout comme moi d’ailleurs, ont le même sentiment de détachement envers ces bêtes, c’est-à-dire que nous sommes complètement désensibilisés face à la quantité presque incommensurable de volailles qui nous passe sous les yeux. Notre rapport avec l’animal est le même rapport qu’un employé de Ford peut avoir en assemblant des véhicules, puisque sans le vouloir, nous considérons ces bêtes comme des objets bien plus que des êtres vivants. N’allez pas croire ensuite que nous nous foutons totalement de ce qui passe devant nos yeux chaque jour de la semaine! Nous sommes conscients de ce que nous avons à faire. Pour les chanceux qui n’en auraient pas assez de travailler 8 heures par jour, la majorité des samedis est aussi disponible pour les mordus de viande! Après 10 heures ce matin-là, je suis redirigé à nouveau pour ne pas que mes muscles ne se fatiguent trop à déchiqueter ce qui a déjà été avant sa transformation, une belle patte de dindon. Cette fois-ci, j’aboutis à l’effalage, poste où l’employé doit arracher le jabot du dindon. Ce travail est bien simple; insérez votre main dans la fente préalablement coupée du cou de ce dindon, tâtez les alentours avec vos doigts et dirigez vous vers le haut toujours en grattant, vous devriez ensuite sentir une forme dans vos mains, cela ressemble tout particulièrement à un estomac. Si vous la tenez bien, ne vous reste plus qu’à tirer de toutes vos forces pour l’arracher avec le tuyau de l’œsophage entre vos doigts bien sûr…

Ce travail peut paraitre simple, barbare, mais c’est le moyen que la société dans laquelle on vit a adopté pour produire des biens alimentaires de qualité et surtout en grande quantité. Je vous rappelle qu’il ne vous est probablement jamais arrivé de recevoir des morceaux de gras de dindon derrière la tête, ou qu’une aorte de mâle de reproduction, soit un gros tas de 40 kg, vous explose en pleine figure, vous laissant ainsi couvert de sang. Je crois qu’il est important de se rappeler qu’autrefois, plusieurs de vos ancêtres devaient simplement préparer un souper pour leur famille de 12 enfants et que le poulet était saigné à froid dans la grange derrière la maison. La relation aujourd’hui que nous avons avec la viande est fortement dénaturée, possiblement parce que nous n’avons plus à le faire nous-mêmes et que des compagnies s’en charge, mais combien d’entre vous sont en train de lire cet article et de manger en même temps un sandwich au poulet classique, ou qui pour souper auront la chance de manger une magnifique pièce de viande concoctée par leurs parents. Je ne me suis même pas rendu au diner dans le paragraphe précédent et je suis pratiquement sûr que plusieurs sont extrêmement dégoutés par les mots, mais les chiffres en disent long aussi. En une journée, il est possible d’abattre plus de 25 000 dindons entre 7 heures le matin et 4 heures de l’après-midi. Donc rapidement c’est plus de 100 000 bêtes chaque semaine qui sont tuées, donc des millions seulement à cette usine chaque année et il y a un très grand nombre d’usines de ce type au Québec. Banal pour un petit nombre d’employés québécois qui ne font qu’apporter du bonheur à votre assiette!

Je travaille dans un abattoir, je suis couvert de sang, j’ai des excréments d’animaux sur mes bottes, j’ai un morceau de gras de la taille d’un raisin collé sur mon avant-bras, sans parler de l’odeur qui empeste à l’intérieur de ces murs. Je dois me lever demain matin à 6h30 pour être prêt à 7h au travail, les poulets m’y attendent déjà.

Xavier Deslauriers

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EPCOT ou l’échec du projet de la ville parfaite

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Le complexe de loisirs Walt Disney World Resort en Floride est bien connu pour ses nombreux parcs à thèmes, ses parcs aquatiques, ses terrains de golfs et ses nombreux hôtels. Comment un seul terrain privé peut être aussi grand pour contenir toutes ces attractions ? En effet, le terrain est immense, il fait près de 11 000 hectares. Pour être plus précis, il s’agit du double de la superficie de l’île de Manhattan.[1] Pourquoi une entreprise privée aurait besoin à la base d’un aussi grand terrain uniquement pour y construire des zones de loisirs ? Au départ, le projet du Walt Disney World Resort était tout autre, Walt Disney lui-même avait l’idée de construire une ville parfaite.

Le succès du parc d’attractions Disneyland en Californie a poussé plusieurs commerçants à s’établir près du parc. Ainsi, ils attiraient les nombreux visiteurs du parc californien dans leurs commerces. Walt Disney trouvait la situation dérangeante et ne voulait pas qu’elle se reproduise dans les environs du complexe floridien. Pour cette raison, il a décidé d’acheter un énorme terrain dans le but de pouvoir contrôler tout ce qu’il y avait aux alentours.[2] La grande capacité du complexe a donné l’idée à Walt Disney de créer une ville parfaite appelée EPCOT. Les plans ont été dévoilés dans un documentaire filmé en 1966, soit peu de temps avant la mort du célèbre créateur de dessins animés.[3]

EPCOT est l’acronyme de Experimental Prototype Community Of Tomorrow, que l’on peut traduire par le prototype expérimental de la communauté du futur. Lors des premiers concepts, EPCOT était censé être une ville parfaite qui allait trouver des solutions pour régler tous les problèmes des grandes villes de l’époque. Un système de transports sophistiqués était planifié tout comme une zone d’habitations pouvant accueillir de nombreuses familles. C’est aussi à cet endroit où il aurait été possible de créer les plus grandes innovations scientifiques.[4] Malheureusement, le projet est tombé à l’eau après la mort de Walt Disney.

En 1975, le PDG de la compagnie annonce la décision de relancer le projet d’EPCOT. Cependant, il ne s’agit plus d’une ville futuriste, mais plutôt un parc à thèmes traditionnel. Ce changement vient du fait que la compagnie ne voulait pas avoir la tâche d’administrer une ville.[5] Pour respecter les idées originales de Walt Disney, les concepteurs ont décidé que le but du parc était d’instruire les visiteurs sur le progrès scientifique et technologique. De plus, EPCOT allait être séparé en deux sections : l’une qui représente le futur et l’autre qui représente les diverses cultures à travers le monde. Ainsi, plusieurs pavillons ont été construits pour former une exposition universelle permanente.[6]

En somme, ce qui rend unique EPCOT est son côté éducatif. Contrairement aux autres parcs à thèmes, où les visiteurs vont s’amuser dans des montagnes russes et des manèges de foire, les attractions d’EPCOT visent l’éducation des visiteurs. Est-ce qu’il y a vraiment une place pour un côté éducatif dans les parcs de loisirs ? Il semble bien que oui, puisque EPCOT est le troisième parc d’attractions le plus visité en 2015 sur tout le territoire nord-américain.[7] Bien que le projet d’une ville parfaite ait échoué, le succès du parc à thèmes prouve qu’un intérêt pour la science, la technologie et les diverses cultures peut être appliqué même dans un endroit où le principal objectif est le divertissement. Quelques années après l’ouverture d’EPCOT, l’entreprise a décidé de ressusciter l’idée d’une ville située au beau milieu du complexe. C’est en 1996 que la ville Celebration est inaugurée, suivant l’exemple de la ville parfaite.[8] Cependant, on reproche à Celebration de n’être qu’une banlieue banale comme les autres.[9] Est-ce que le projet d’une ville idéale pourrait un jour être réalisé ?

Marc-André Robinson-Ruel

 

[1] http://lemondededisney.com/superficie-de-walt-disney-world-en-floride/ (page consultée le 25 Mai 2016)

[2] FOGLESON, Richard E., Married to the Mouse, New Haven, Yale University Press, 2003, p. 274

[3] http://www.smithsonianmag.com/history/revisiting-epcot-center-on-its-30th-birthday-59799078/?no-ist (page consultée le 25 Mai 2016)

[4] http://www.smithsonianmag.com/history/revisiting-epcot-center-on-its-30th-birthday-59799078/?no-ist (page consultée le 23 Mai 2016)

[5] Dave SMITH, Disney A to Z: The Updated Official Encyclopedia, Disney Editions, 1998, p. 187.

[6] Op. Cit.

[7] http://www.teaconnect.org/images/files/TEA_160_611852_160525.pdf (page consultée le 23 Mai 2016)

[8] http://gizmodo.com/celebration-florida-the-utopian-town-that-america-jus-1564479405 (page consultée le 23 Mai 2016).

[9] Ibid.

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Lorsque l’histoire dérange

 

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Le 13 mai dernier dans le quotidiens Le Devoir, nous pouvions lire que le ministre de l’éducation, M. Sébastien Blais nous annonçait que l’implantation du nouveau programme d’histoire nationale destiné aux élèves de troisième et quatrième secondaire étaient reportée. Cependant, les projets-pilotes qui sont en cours vont se poursuivre dans une trentaine d’école à travers la province[1]. Une décision qui fait jaser, car selon M. Raymond Bédard, président de la Société des professeurs d’histoire du Québec ce programme faisait une « certaine unanimité »[2] au sein du comité qui a permis de valider le programme. Le ministre de l’éducation a dit pour justifier sa décision de reporter l’implantation du programme d’histoire que des modifications dans le contenu du cours devait être apportées.

Le sociologue Jacques Beauchemin, aidé par l’historienne Nadia Fahmy-Eid, avaient jeté les bases de cette réforme en 2014 dans un rapport qui s’intitulait « Le sens de l’histoire » qui avait été approuvé par le ministre de l’époque, Yves Bolduc[3]. M. Beauchemin a déclaré que : «Notre intention n’a jamais été de faire une histoire nationaliste, mais de retrouver un fil d’intelligibilité au parcours historique québécois. […] Le Québec peut se poser comme fait de culture particulière et toute société doit être capable de se nommer de manière décomplexée. La redécouverte de ce « nous » national ne suppose pas du tout la marginalisation d’autres groupes »[4]. M. Beauchemin répond au critique qu’il aurait eu de la part de Mme Sylvia Martin-Laforge, qui est présidente du Quebec Community Groups Network (QCGN), qui expliquait au journaliste que certains enseignants dans les communautés anglophones considéraient le programme comme une «version plutôt nationaliste dans sa vision des choses, qui ne mettait pas en valeur la contribution des communautés »[5]. Elle ajoute même que le programme d’histoire nationale présentait les anglophones comme étant « des conquérants, des patrons et des possédants »[6] .

Le nouveau programme d’histoire aurait aussi causé un certain malaise chez les communautés autochtones. En effet, Michael Rice, détenteur d’une majeur en étude autochtone, explique que les Premières Nations ne faisaient pas bonne figure dans le nouveau programme. « Ils ont massacré plusieurs enjeux. Les Premières Nations y sont présentées, mais toujours dans le contexte du colonialisme, avec une perspective occidentale seulement. On nous dit : « Vous avez été colonisés, évangélisés, adoptés, vous avez oublié vos coutumes ». On réclamait déjà nos droits au XVIIIe siècle, mais il n’y en a aucune mention »[7]. Suite à ses paroles, M. Rice nous informe qu’aucun spécialiste sur la question autochtone n’a été invité au nouveau panel.

Bien entendu, je préconise la bonne entente dans ce dossier, mais je crois qu’il est important qu’un cours d’histoire nationale tente de promulguer une certaine fierté de qui nous sommes, en tant que peuple québécois. Je crois aussi que nous devons nous conscientiser par rapport aux Premières Nations qui n’ont pas toujours eu la visibilité qu’elles méritaient, et suivre les recommandations de M. Rice et inviter des spécialistes au nouveau panel qui va se pencher sur le nouveau programme d’histoire nationale. Pour conclure, la meilleure chose à faire serait de créer un programme d’histoire nationale qui va donner le goût aux jeunes de s’intéresser d’avantage à cet éventail de connaissances qu’est l’histoire, tout en prenant compte de toutes les communautés qui font partie du Québec pour leur communiquer la fierté d’être québécois.

Charles Bourgault

 

[1] Robert DUTRISAC et Sarah R. CHAMPAGNE. «Les libéraux reportent le nouveau cours d’histoire

Le ministre Proulx a modifié le contenu pour satisfaire entre autres la communauté       anglophone », Le Devoir, 13 mai 2016, p.1 [ Microforme], Montréal,             http://www.ledevoir.com/societe/education/470848/les-liberaux-reportent-le-nouveau-cours-       d-histoire (page consultée 19 mai 2016)

[2]Ibid.,

[3]Ibid.,

[4]Ibid.,

[5] Robert DUTRISAC et Sarah R. CHAMPAGNE. «Les libéraux reportent le nouveau cours d’histoire

Le ministre Proulx a modifié le contenu pour satisfaire entre autres la communauté       anglophone », Le Devoir, 13 mai 2016, p.1 [ Microforme], Montréal,             http://www.ledevoir.com/societe/education/470848/les-liberaux-reportent-le-nouveau-cours-       d-histoire (page consultée 19 mai 2016)

[6]Ibid.,

[7]Ibid.,

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L’appropriation culturelle pour les nuls

Dernièrement, un collègue m’a montrer cette vidéo sur la plateforme Youtube  ayant pour thème l’appropriation culturelle qui, d’une manière générale, se comprend comme la prise de possession de quelque chose, notamment, par l’achat, l’occupation, la saisie, l’expropriation, la nationalisation ou la violence d’un ensemble des structures sociales et de manifestations intellectuelles, artistiques, religieuses qui définissent une civilisation ou une société par rapport à une autres. La jeune femme, dans cette vidéo, adopte sur ce sujet un point de vue purement libertarien, c’est-à-dire qui encourage la liberté individuelle dans les échanges économiques et dans les rapports sociaux et politiques. Cette vision m’a rappelée un concept hégélien étudié durant mon parcours collégial. La pensée abstraite! La personne qui pense abstraitement fait, justement, abstraction de certains éléments lorsqu’elle construit sa pensée et c’est précisément ce que j’ai pu constater dans l’argumentaire de cette individu. Son argumentation repose sur l’idée que l’appropriation culturelle n’est pas raciste, mais plutôt une façon d’apprécier une autre culture puisqu’à l’inverse, les autres cultures peuvent emprunter aux différentes cultures caucasiennes sans que cela ne soit vu comme une appropriation culturelle ou un acte raciste. Ce dont elle fait abstraction dans son raisonnement c’est de l’idée d’une culture dominante s’attaquant à la culture dominée. Évidemment, lorsqu’une culture dominante prend les coutumes et rituels des cultures minoritaires en leurs retirant leurs aspects sacrées, ce n’est pas un acte délibéré de racisme, mais la culture dominée n’en est pas moins affectée puisqu’il lui est demandé, «en échange», d’adopter à son tour la culture de masse. Ce procédé est littéralement une assimilation cachée lorsqu’on considère que la culture dominée cesse alors d’utiliser ses propres coutumes qui ne signifient plus rien et adopte la culture de masse. Ainsi, à l’occasion de l’Halloween en Amérique, il n’est pas immoral de se déguiser en Vikings ou en Français stéréotypé (avec une chandail rayé et une baguette de pain), tandis que se déguiser en Amérindien c’est faire abstraction d’un fait que l’on oublie assez souvent, à savoir le génocide des peuples amérindiens; peuples multiples dont les différences culturelles ont été par la suite abolies pour ne conserver que l’image d’un peuple unique à la peau basané portant casque à plumes. Ainsi l’appropriation culturelle est inconsciemment un ethnocide déguisé.

Simon Béland

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Ghost in the Shell, un classique

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Ghost in the Shell est un film d’animation cyberpunk japonais réalisé par Mamoru Oshii inspiré du le manga du même nom de Masamune Shirow. Mêlant science-fiction et philosophie, il reçut plusieurs prix à sa sortie et influença plusieurs films du même genre, l’exemple le plus notable étant la trilogie Matrix des frères Wachowski. Avec l’annonce de l’adaptation américaine en prise de vue réelle prévue pour 2017 et mettant en vedette Scarlett Johansson, il semble pertinent de faire une critique de ce classique de science-fiction.

         L’histoire se déroule en 2029 dans une ville utopique à une époque où la majorité des citoyens ont remplacé leur enveloppe corporelle par un corps cybernétique. Dans cette société trans humaniste ils peuvent alors faire voyager leur ghost, ou âme, à travers un immense réseau informatique et même changer de corps. On suit le major Motoko Kusanagi, un cyborg de sexe féminin appartenant à la section 9 de la police, unité spéciale se consacrant à la lutte contre le cyber terrorisme. Le film se concentre sur la poursuite d’un dangereux pirate informatique nommé le Puppet Master, qui manipule des gens en piratant leur cerveau et en modifiant leurs souvenirs. Ce que Kusanagi découvrira au cours de l’enquête la fera cependant remettre en question sa propre humanité…

Le film est assez complexe et intelligent. Il aborde plusieurs questions philosophiques, traitant principalement des notions d’identité, d’humanité et d’existence. Ces idées transparaissent particulièrement à travers les interrogations de Motoko, le personnage le plus développé. Puisqu’elle possède un corps entièrement cybernétique, elle en vient à envisager la possibilité que sa mémoire et sa perception du réel soient fausses et qu’elle soit manipulée par quiconque lui aurait implanté ces souvenirs. On peut ainsi faire un lien avec les Méditations métaphysiques de René Descartes. Le film aborde aussi la question de la définition de l’humanité. Après tout, qu’est-ce qui nous définit en tant qu’être humain? Est-ce la nature de notre corps ou bien notre capacité à ressentir des émotions?

L’animation a été produite par le studio I.G. et est en général d’une très bonne qualité. Elle a été produite en ayant très rarement recours à des images de synthèse, étant principalement constituée de séquences d’animation en celluloïd, ce qui permet de faire en sorte que chaque plan peint à la main soit très détaillé et réaliste. Le style n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui du film Blade Runner, sorti en 1982. De plus, bien que la composition des mouvements des personnages soit parfois assez rudimentaire, en particulier durant les conversations, elle est très fluide durant certaines scènes, notamment à la fin. Quant à la bande-son, elle a été réalisée par Kenji Kawai et est principalement composé de pièces de musique d’ambiance qui permettent d’établir une atmosphère unique. Making of a Cyborg, Nightstalker et Floating Museum sont parmi les plus marquantes.

         En conclusion, Ghost in the Shell est et restera un classique de science-fiction et une référence du genre cyberpunk qui vaut la peine d’être vue.

Philippe Antoine Tremblay

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La Révolution par les Livres

jane_austen_writing_tableLa table de travail de Jane Austen

De la critique sociale dans l’oeuvre de Jane Austen

Mr. Darcy, Elizabeth Bennett, Marianne Dashwood, Colonel Brandon… si ces noms ne vous disent rien, celui de Jane Austen ne manquera pas de le faire. Cette écrivaine du début du XIXe concentrait ses romans sur des familles bourgeoises de la campagne anglaise, et parmi ces familles, sur les filles en âge d’entrer en société. Si, en surface, son oeuvre traite d’attachements romantiques et de troubles de cette nature, quelque esprit éclairé peut y déceler un réalisme frappant, qui s’accompagne sans l’ombre d’un doute d’une critique sociale et même féministe. En effet, Austen présente la réalité sociale et économique des femmes de l’époque, c’est-à-dire pour elle la nécessité de se marier afin d’acquérir une place en société et une sécurité financière.

Raison et Sentiments (Sense and Sensibility) s’ouvre alors que Mr. Dashwood meurt. Celui-ci, ayant un fils d’un premier mariage et trois filles d’un deuxième, se voit dans l’obligation de léguer sa maison et son domaine à son fils. N’ayant plus rien à donner à ses filles, même pour leurs dots, il fait promettre à son fils d’assurer leur sécurité économique. La suite du roman illustre ensuite comment la situation fiancière des deux ainées influence leurs opportunités de mariage: on se marie « bien » lorsque l’homme est riche, et on se marie « mal » lorsqu’il ne l’est pas. Socialement, la première option est beaucoup plus viable que la deuxième. Il apparait donc qu’il est impossible de parler du mariage sans parler de l’aspect économique de la chose et vice versa. Pour les femmes, l’indépendance est conférée par les hommes, que ce soit leur mari ou leur père. Dans le cas du père, sa fortune est nécessaire pour assurer un mariage favorable. Austen présente aussi ses personnages avares comme tel, sans les excuser: ils sont victimes de son sarcasme subtil. Écrire, donc, à propos des femmes et de leurs tentatives de mariage peut sembler un endossement de ces pratiques et l’intention d’Austen reste aujourd’hui encore controversé quant à sa nature féministe. Pourtant, une lecture attentive de ses romans révèle une utilisation de l’ironie qui ne peut que nous informer sur son but. Étant elle-même orpheline de père, elle a dû se débrouiller, avec sa mère et sa soeur, pour maintenir un certain niveau de vie. Ses frères les ont aidées du mieux qu’ils ont pu mais ils n’étaient pas riches eux-mêmes. Austen était donc bien placée pour comprendre la dépendance des femmes sur la fortune masculine. Qui de mieux, alors, pour la dénoncer?

L’intérêt de cette critique vient notamment du fait qu’Austen écrivait pour le public même à qui elle reprochait ces torts. La bourgeoisie, ses hommes et ses femmes, lisait les romans d’Austen: c’est pourtant ceux-ci qu’elle représente dans son oeuvre comme des gens obsédés par l’argent et le statut social qu’il confère. Il était donc très astucieux de sa part de magnifier l’aspect romantique de ses récits, afin que sa critique soit, en quelque sorte, insidieuse. Elle présente aussi ses personnages féminins comme de grandes lectrices assez bien éduquées, à son image. La majorité de ses personnages principaux étant des femmes, celles-ci sont très diversifiées et complexes, la fiction réflétant la réalité. Il semble que, pour Austen, la meilleure manière de faire valoir l’importance des femmes soit, tout simplement, en racontant leurs histoires, même romancées. D’un autre côté, il est intéressant de noter que ses personnages masculins sont explorés, la majorité du temps, en surface seulement. Alors qu’elle développe la psyché des femmes en détail, ce que l’on sait des hommes est, principalement, leur état financier et quelques éléments de l’histoire de leur vie. Il semble donc qu’elle réduise les hommes dans ses romans à ce qu’ils peuvent apporter aux femmes… L’inversion des rôles constitue un élément de la critique féministe d’Austen, en refusant aux hommes, dans la littérature, la place qu’ils exigent en société. De plus, il faut rappeler que son oeuvre, écrite entre 1793 et 1811, suit presque immédiatement la révolution française. Étant née en 1775, elle a en quelque sorte grandit dans son sillage et ne peut qu’en être influencée. On dit même que « […] when she [Austen] satirized male privileges and female disenfranchisements, her purposes were as insurrectionary as those of Mary Wollstonecraft and Wollstonecraft’s feminist colleagues of the 1790s and later[1]. » Ainsi, même si Austen n’était pas explicite dans sa défense des femmes comme l’était Wollstonecraft, son approche, par la littérature, permit de toucher une classe sociale, la bourgeoisie, qui était peut être craintive des idées révolutionnaires. Pourtant, ce qu’ils lisaient était bel et bien une révolution par les livres.

Ariane Chasle

[1] Hui Yu, C. (1994) Covert revolution: Jane Austen’s novels as social commentary (Emporia State University, États-Unis) https://esirc.emporia.edu/bitstream/handle/123456789/1650/Chong%201994.pdf?sequence=1

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Spin bowling, all-rounder et autres leg spin à Parc-Ex

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