Un philosophe qui gagne à être connu

Le vendredi 15 mars à 18h

Lancement du livre de Ciriac Oloum

Max Stirner, Contestataire et affranchi

à la librairie Le Port de Tête

262, av du Mont-Royal E

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Il arrive que, par une curieuse coïncidence, certains ouvrages semblent faire écho aux évènements de l’actualité ou de l’histoire récente. Tel est le cas de l’ouvrage de Ciriac Oloum, intitulé Max Stirner, contestataire et affranchi. Toutefois, celui qui ne verrait derrière sa couverture – rouge, de surcroît – qu’un manuel présentant un auteur anarchiste passerait à côté de la substance du propos de Oloum et, par le fait même, des deux attraits de son livre.

Le premier concerne la reconstitution du contexte intellectuel duquel émane la pensée de Max Stirner (1806-1856) – Johann Caspard Schmidt de son nom de baptême. Le lecteur y découvre la place qu’occupait Stirner au sein du mouvement des jeunes hégéliens. Le projet philosophique de ce mouvement d’intellectuels Allemands de gauche consistait à s’affranchir de l’omniprésence de l’idéalisme de Hegel dans l’Allemagne du XIXe siècle, plus particulièrement, de son exaltation de l’État comme incarnation de l’esprit absolu.

À travers une traque sans merci des « idées fixes », dont la transcendance tient plus à une majuscule qu’à la réalité – la Religion, l’État, le Peuple, l’Ordre ou l’Homme –, Stirner développe une anthropologie marquée par l’égoïsme ontologique de l’individu : unique, irréductible à tout genre et toute transcendance, exclusivement identique à lui-même, le Moi s’échappe de la prison du concept pour se réapproprier le monde matériel, seul objet de jouissance.

Oloum restitue ainsi la pensée d’un philosophe souvent perçu à travers l’image qu’en rend Marx, soit celle d’un idéologue aveuglé par ces mêmes idées qu’il pense combattre et déconnecté de la réalité sur laquelle il estime s’appuyer. Mais au-delà de l’entreprise de réhabilitation, l’auteur met en relief un aspect original de la pensée stirnerienne, en l’occurrence, sa filiation avec l’existentialisme athée : loin de se réduire à être le cheval de trait de l’anarchisme individualiste, le Moi stirnerien préfigure l’individu existentialiste, condamné à la liberté et perpétuel autocréateur. Là se trouve, nous semble-t-il, le point d’orgue de la thèse développée dans Max Stirner, contestataire et affranchi.

Le second attrait réside dans la pertinence pédagogique du travail de Oloum. Professeur de philosophie au collégial, son ouvrage devrait rencontrer un certain écho auprès de ceux qui s’intéressent aux conceptions de l’être humain – que ce soit à titre de professeur ou d’étudiant. Ainsi, on n’aura manqué de remarquer en quoi Max Stirner, contestataire et affranchi s’insèrerait harmonieusement dans un cursus de philosophie, ne serait-ce que pour traiter le problème du déterminisme et du libre-arbitre ou encore du développement de l’existentialisme. Accessibles sans sacrifier quoi que ce soit à la superficialité, érudites sans être obscures, les pages de l’ouvrage de Oloum présentent l’équilibre propre à stimuler la réflexion et la curiosité du lecteur.

Bref, il s’agit d’un volume qui trouvera aussi bien sa place dans une bibliothèque que dans une salle de cours.

Pascal Solignac

OLOUM Ciriac, Max Stirner, contestataire et affranchi, préface de Lucien Ayissi, Paris : L’Harmattan, 2012. 119 p. Éthique, politique et science. ISBN9782296965027.

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L’histoire de l’enseignement de l’histoire

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L’incendie de l’édifice du Parlement à Montréal, alors capitale du Canada, incendie déclenché par des membres de la communauté anglo-montréalaise le 25 avril 1849. Peinture attribuée à Joseph Légaré.

Lisa-Marie Gervais, Le Devoir, 9/02/13

L’enseignement de l’histoire comme champ de bataille. Quand ce ne sont pas les didacticiens et les historiens qui s’y affrontent, ce sont les partisans d’une histoire nationale et ceux de l’histoire sociale qui s’entredéchirent sur le « quoi » et le « comment » enseigner le Québec aux jeunes. L’histoire de ce conflit se répète… et ça ne date pas d’hier.
Yvan Lamonde, historien des idées au Québec et professeur au département de littérature de l’Université McGill, n’a pas été étonné de lire cette semaine dans Le Devoir que se profilait à nouveau la querelle entre les tenants d’une histoire nationale (portée par les membres de la Coalition pour l’histoire) et ceux d’une approche sociale. « Ça m’a donné un sentiment d’éternel recommencement de l’histoire. Pour un historien, c’est pas banal », a-t-il dit, un sourire dans la voix.

Pour comprendre pourquoi le débat autour de l’enseignement de l’histoire se répète au Québec, rien de mieux que d’en faire l’histoire, justement. C’est ce qu’ont fait Michel Allard et ses acolytes, en coécrivant le volumineux ouvrage L’histoire nationale à l’école québécoise. Regards sur deux siècles d’enseignement. « Au moment de la fameuse crise sur l’enseignement de l’histoire, au milieu des années 2000, je me suis aperçu qu’on n’avait jamais fait l’histoire de l’enseignement de l’histoire. Alors on a fouillé », explique cet actif retraité, qui a été enseignant au primaire et au secondaire et professeur d’histoire et de didactique à l’UQAM.

Retour aux origines : 1831. Joseph-François Perrault écrit le premier véritable manuel d’histoire. Écrit ? Plutôt copié, soutient Michel Allard. En y regardant de plus près, il constate que des pans entiers du bouquin sont un calque des écrits de l’historien jésuite Pierre-François-Xavier de Charlevoix (XVIIIe siècle) et du Britannique d’origine William Smith, historien et juge en chef du Conseil législatif du Bas-Canada (début XIXe). Ce dernier fait évidemment une interprétation très favorable de la Conquête de 1760 et est très élogieux à l’endroit des Britanniques, qui auraient fait preuve d’une « sage conduite » envers le peuple franco-catholique canadien. « L’interprétation de l’histoire qui a eu longtemps cours est donc celle de Perrault, qui a copié un Britannique », explique M. Allard.

Cette interprétation de l’histoire qu’Allard qualifie de « bonententiste », parce qu’elle évite d’attiser les conflits, domine ainsi jusqu’à ce François-Xavier Garneau, premier historien canadien, publie ses propres écrits, beaucoup plus nuancés et sous-tendus par un nationalisme canadien-français, après le rapport Durham de 1839. Yvan Lamonde rappelle néanmoins l’instrumentalisation à laquelle s’est livrée l’Église et des pressions qui se sont exercées sur Garneau pour que son « histoire » tienne compte du clergé.

Selon le chercheur et spécialiste de l’histoire des manuels scolaires, Paul Aubin, également coauteur de L’histoire nationale à l’école québécoise, la confrontation entre deux visions de l’enseignement de l’histoire naît autour des années 1940, lorsqu’André Laurendeau, homme de lettres et ancien rédacteur en chef du Devoir, lance le débat : Peut-on concevoir un manuel d’histoire unique pour l’ensemble du Canada ? « Jusque-là, on avait des débats pédagogiques sur l’enseignement de l’histoire, comme “faut-il donner de l’importance à la mémorisation?”, etc. Mais là, on va avoir le premier débat idéologique. »

Écoles de Montréal et de Laval

Durant la deuxième moitié du XXe siècle, deux écoles vont s’affronter. D’un côté, l’École de Montréal, notamment portée par les historiens laïques Maurice Séguin, Michel Brunet et Guy Frégault, qui poussent davantage les idées d’origine de Garneau et qui font une interprétation plutôt nationaliste de l’histoire du Québec, sans doute en réaction à l’interprétation « bonententiste » qui avait longtemps dominé. « C’était une école que Léon Dion [politologue] qualifiait de nationaliste pessimiste parce que ces gens accordaient beaucoup d’importance au côté tragique de la Conquête », dit Yvan Lamonde. Ce sont des disciples dissidents du chanoine Lionel Groulx, qui, dans la première moitié du XXe siècle, avait implanté l’idée d’un nationalisme plus traditionnel, basé notamment sur la foi et la langue.

De l’autre, l’École de Laval (comme l’université du même nom), où l’abbé Arthur Maheux prend la tête de l’Institut d’histoire à la fin des années 1940, propose une interprétation qui met en relief les points de « bonne entente » avec le Canada, afin d’éviter des frictions historiques. Ces idées seront défendues notamment par les historiens eux aussi laïques Marcel Trudel, Fernand Ouellet et Jean Hamelin et prédomineront durant la Révolution tranquille et après. « Ils faisaient une nouvelle histoire économique et une nouvelle histoire sociale. On est à la fin des années 1950, l’Université Laval fait beaucoup d’histoire ouvrière et du mouvement syndical », rappelle Yvan Lamonde.

Tranquillement, ces deux visions se cristallisent et permettent de comprendre les conflits qui surviennent encore aujourd’hui. Avec toutes les nuances qui s’imposent, la Coalition pour l’histoire hérite de la vision nationaliste de l’École de Montréal, dénonçant un certain impérialisme de l’histoire sociale au Québec, associé aux baby-boomers, et qui a dominé dans les années 1960 à 1980, note M. Lamonde. Voilà pourquoi leur réaction d’opposition de la Coalition a été si forte en 2006, lors de la réforme du programme d’histoire au secondaire, où le ministère liait pour la première fois l’enseignement de l’histoire nationale à l’éducation de la citoyenneté. Cette tentative a été perçue comme cherchant « à mettre sous le boisseau la question nationale », constatent les quatre auteurs de L’histoire nationale à l’école québécoise.

Une société distincte

Cette fois, avec un gouvernement péquiste au pouvoir favorable à une lecture plus politique de l’histoire nationale, les positions de la Coalition ont la part belle. Même s’il comprend pourquoi, Yvan Lamonde ne peut s’empêcher de trouver « un peu ridicule » que le débat sur l’enseignement de l’histoire reprenne à chaque changement de gouvernement. Le litige n’est pas près de se régler.

Car pour lui, le fait qu’on remette sans cesse en question le contenu des programmes n’est pas le problème des seuls historiens, mais de la société québécoise entière. « Chacun est confronté avec le fait qu’il y a des noeuds, des questions non résolues. La Conquête en est un, les Rébellions en sont un autre et la Révolution tranquille aussi », avance-t-il. « À partir du moment où on n’a pas de consensus autour de l’interprétation et de la place à donner à ces événements, on reste dans l’ambivalence. »

L’histoire est toujours instrumentalisée aux profits des élites en place ou des courants de pensée dominants, insiste M. Lamonde. Les historiens en sont les interprètes. Le problème n’est pas propre au Québec. Partout dans le monde, y compris au Canada anglais, l’enseignement de l’histoire fait débat.

« Mais comment se fait-il qu’au Québec, selon les gouvernements en place, il y ait toujours un rééquilibrage ? C’est particulier que les vents tournent autant. Surtout dans une société dont la devise est Je me souviens. On se souvient de quoi ? On ne le sait pas », note-t-il. « C’est drôle que la mémoire soit aussi fluctuante et qu’on ne soit jamais capable de trouver une façon d’enseigner le programme d’histoire qui soit respectueuse de toutes les visions. En ce sens, on est peut-être une société distincte », conclut l’historien.

La position de la Coalition pour l’histoire: Revalorisation de l’enseignement de l’histoire du Québec – Une action légitime, nécessaire et urgente

Pour comprendre où commence la polémique actuelle sur l’enseignement de l’histoire, voir ici su ce blogue: Une histoire qui évacue ceux qui l’ont faite.

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Non mais, n’avez-vous jamais vu de porno?

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Plus tôt cette semaine, alors que nous revenions du Musée des Beaux Arts, nous avions un petit creux. Nous nous sommes donc arrêté dans un Subway du Plateau. Nous y consultâmes le journal Métro. Un article a retenu notre attention. Cet article traitait de la violence sexuelle causée par le visionnement de la pornographie chez les adolescents de notre génération. Ce papier disait grosso modo que nous, les hommes, étions des bêtes avides de sexe et de futurs prédateurs sexuels. Et vous mesdames, n‘avez-vous jamais eu peur de nous?

Il est vrai que dans la vulgaire opinion du commun, la libido masculine est omniprésente comparativement à celle des femmes. Cependant, par expérience, nous pouvons TOUS affirmer que cela est bien faux. Évidemment, certaines personnes sont plus « horny » que d’autres, et cela ne dépend non pas de la quantité abusive de pornographie que l’on visionne, mais bien du type de personne que l’on est. Toute la nature de l’enjeu est là. Selon Kant, l’homme est doté d’une insociable sociabilité, ce qui le pousse, fondamentalement, à s’exclure, seul, bel et bien seul, pour regarder ces vidéos proscrites. Nous avons donc une propension vers la pornographie, une attirance à la chose sexuelle. C’est bien le seul instinct qui nous reste de notre passé bestial. Le philosophe prussien, lui-même devant s’enrouler dans ses couvertures pour ne pas faillir à la tentation, a tout à fait raison lorsqu’il affirme que nous sommes pire que les bêtes. En réalité, nous transformons notre instinct primitif en quelque chose de grand, de puissant, bref, de deinos! En effet, les nombreuses pratiques sexuelles humaines ne sont pas apparues subitement avec sa diffusion facilitée, comme par Internet, elles remontent aux balbutiements de l’homme. Ce qui est « merveilleux », c’est la capacité de l’homme à transformer cet instinct trivial en plaisir. D’un autre côté, ce qui peut en inquiéter quelques-uns, c’est comment l’homme retire son plaisir de la chose. La domination, le bondage (séquestration), l’humiliation, le sadomasochisme sont toutes des pratiques nées du plaisir de l’instinct. Est-ce que cela a un quelconque rapport avec la pornographie? Évidemment! Mais la conception doit en être inversée, dans le sens où la pornographie répond à un besoin. Elle ne crée pas de pratiques sexuelles, elle en est l’image.

« Non mais tsé, c’pas vrai que c’est en 1980 à Los Angeles dans un studio de films de cul qu’on été inventé les Golden showers criss! »

L’homme peut, certes, être influencé par la pornographie, mais ne doit-il pas déjà y avoir une certaine attirance pour les pratiques sexuelles plus radicales afin de s’y adonner? La pornographie n’est que le reflet de nos propres fantasmes, la visionner ne pourrait être que bénéfique, car elle entraîne un effet de catharsis. Au lieu de mettre en pratique nos fantasmes, parfois irréalisables, il nous est permis, grâce à la porno, de les assouvir. À la base, pour consulter des vidéos qui peuvent être, disons le, malaisantes, l’individu doit être interpellé par ce type de visionnement.

En conclusion, nous croyons qu’il est totalement faux de penser que le visionnement de pornographie influence les faits et gestes sexuelles. C’est définitivement plus profond que cela, ça relève de la psychanalyse. « L’idée que la disposition à la perversion n’est pas quelque chose de rare et de particulier, mais une partie de la constitution dite normale ». (Sigmund Freud)

« Bin là côliss! C’est accessible aussi, genre y’a autant de traités philosophiques sur Internet pis l’monde vont pas les voir, l’monde aime ça le cul… » 

Nicolas Handfield et Samuel Landry

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Le RIN, 50 ans plus tard

Un colloque commémore la fondation du Rassemblement pour l’indépendance nationale le 3 mars 1963

Jean-François Nadeau, Le Devoir, 2/03/13

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C’était il y a un demi-siècle. Le Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) devenait un parti politique. Pierre Bourgault, Marcel Chaput et André D’Allemagne ne sont plus là pour témoigner des premières heures de ce groupe de pression devenu parti.
Pour commémorer la fondation du parti le 3 mars 1963, un colloque : « L’influence du RIN sur l’évolution politique du Québec ». Ce sont surtout des universitaires, étudiants et professeurs, de même que d’anciens militants de la base du parti qui se sont retrouvés à discuter sous une toile sombre représentant Ludger Duvernay, dans un salon de la Société Saint-Jean-Baptiste.
Pour le politologue Denis Monière, le RIN constitue le premier parti politique québécois de masse et un des principaux facteurs de la politisation des Québécois dans les années 1960. « Le RIN est un parti qui n’existe pas strictement pour les élections, ce qui est une première chez nous. La base est importante. Les militants sont très actifs. On organise des manifestations, on s’intéresse à la vie intellectuelle et économique des membres. On les forme. En France, le Parti socialiste propose un modèle semblable. »De nouveaux intérêtsLe RIN s’intéresse à la condition des ouvriers et à la gestion des ressources naturelles. Il s’oppose aux armes atomiques et à la peine de mort. L’Indépendance, le journal du parti, en parle abondamment sous la plume notamment de Lysiane Gagnon, de Jacques Renaud, de Guy Sanche (oui, Bobino !), de Paul Chamberland, de Jacques Guay, de Claude Jasmin ou de Gil Courtemanche.

L’organisation du parti intègre des femmes à ses structures. On défend le mode de scrutin proportionnel. Les modèles viennent des luttes internationales, de groupes qui cherchent à s’affirmer : les Noirs américains, les Portoricains, les mouvements d’émancipation de tous les damnés de la terre.

« La dimension internationale est très forte au RIN, explique Denis Monière. La lutte des Noirs américains inspire notamment un sit-in, le 24 juin 1964 à la Place Ville-Marie, contre la politique du Canadien National qui refuse un congé payé aux Canadiens français. » La réalité nationale est envisagée sous le concept de la décolonisation qu’élaborent les oeuvres de Jacques Berque, d’Albert Memmi, de Frantz Fanon ou de Jean-Paul Sartre. L’esthétisme même du matériel publicitaire du RIN témoigne d’un nouveau type d’engagement en politique.

Une école politique

Le RIN offre à ses membres plusieurs grandes soirées, notamment au Forum. Vont chanter, parler et jouer pour le parti des artistes aussi différents que Gilles Vigneault, Muriel Millard, André Gagnon, Claude Léveillée ou Joël Denis. Il y aura aussi un ciné-club politique ainsi que la possibilité d’assister à de vrais cours de formation politique. Dans ces programmes de formation politique, on note que l’écrivain Hubert Aquin propose une leçon sur la fin de l’Empire austro-hongrois. La place d’Aquin au sein du RIN a été soulignée au cours de ce colloque par Nino Gabrielli. De son côté, Pierre Bourgault offre aux militants du RIN une formation sur « l’indépendance et l’esprit républicain ». Le professeur Maurice Séguin les entretient pour sa part de l’histoire de l’idée d’indépendance au Québec.

Sous l’impulsion d’Andrée Ferretti, les cours du RIN prennent une forte tangente vers la « propagande parlée et la propagande par l’action ». Toujours énergique, Andrée Ferretti témoignait d’ailleurs en avant-midi dans le cadre de ce colloque dont les actes seront publiés prochainement, assurent les organisateurs.

René Lévesque, qui ne s’entendait guère avec Pierre Bourgault, le président du RIN, aurait souhaité que ce parti ne se saborde pas en 1968 pour faire place au seul Parti québécois. « Lévesque souhaitait, et je l’ai entendu le dire, qu’un parti indépendantiste plus à gauche existe en marge du Parti québécois. Cela lui aurait permis, sur le plan électoral, de s’assurer de toujours avoir l’air du modéré. C’était le calcul stratégique de Lévesque. »

Électrisant

Louis Denoncourt, ancien candidat du RIN dans la circonscription de Laviolette, plus jeune candidat du parti en 1966, regrettait d’avoir entendu beaucoup de jeunes universitaires s’en remettre essentiellement aux écrits des intellectuels du parti pour établir son histoire et sa pensée. « Ils sont allés chercher des textes des gens d’en haut dans le parti. À la base, on n’entendait jamais parler de dissensions. Comme d’autres, j’organisais des assemblées de cuisine. On formait des gens. On manifestait. On ne perdait pas de temps à se chicaner ! C’était la réalisation de l’indépendance qui nous occupait et nous préoccupait. Avec seulement cinq cennes, on faisait des miracles. Vous savez, lorsque Pierre Bourgault venait parler, il était tellement populaire… Il était électrisant. Il politisait des gens qui ne l’étaient pas du tout. Ah oui, il était électrisant ! »

Fondé le 10 septembre 1960 comme groupe de pression et d’éducation politique, le RIN se transforme en parti sous la pression de ses membres. Ce sont eux qui le financent et qui le font vivre, observe Claude Cardinal dans sa contribution au colloque.

En 1960, les membres fondateurs du RIN ne sont qu’une vingtaine lorsqu’ils se réunissent pour une première fois à Morin Heights, dans les Laurentides. Trois ans plus tard, le parti tient des assemblées un peu partout et fait salle comble dès lors que des orateurs comme Marcel Chaput ou Pierre Bourgault y prennent la parole. Le parti comptera plus de 4000 membres en règle lors des élections de 1966, alors que son président, Pierre Bourgault, passe bien près d’être élu dans la circonscription de Duplessis, sur la Côte-Nord.

Au fond de la salle, le sociologue Guy Rocher écoute les échanges avec attention. « Je suis ici pour deux raisons, me dit-il à l’oreille. D’abord parce que ma femme et son frère, Jean Depocas, sont au nombre des fondateurs du RIN. Ensuite, pour nourrir mon espoir indépendantiste. »

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Paris tatouage

Carnets de tatouage et de villes, The Gypsy Gentelman poursuit son enquête, après New York, San Francisco, Londres… il nous entraîne cette fois dans le Paris de Laura Satana et de Tin-Tin.

Pour voir tous les épisodes: The Gypsy Gentelman

Parlant de tatouage et de Paris, voici le dernier que Luc-Antoine, un de mes amis, s’est fait faire (Paname, c’est Paris en argot…)

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La philosophie à tout venant

Je gazouille, donc je suis

Kant ou Nietzsche existent aussi en 140 caractères

Stéphane Baillargeon, Le Devoir, 25/02/13

Emmanuel Kant (1724-1804) a réapparu sur Twitter cette année. Pour l’instant, le compte @KantTweets ne revendique que 23 abonnés et trois gazouillis. @mitsougelinas fait des milliers de fois mieux.
iphilo appmzl.qrflrntb.175x175-75Le premier pépiement néokantien annonce que microbloguer La critique de la raison pure va prendre du temps, ce temps qui n’est que « la condition formelle a priori de tous les phénomènes de l’expérience ». Il faut maîtriser un peu de philosophie transcendantale pour apprécier. Au troisième et dernier tweet, le petit géant prussien de Königsberg (5 pieds avec talonnettes, un pur esprit universel) explique qu’il vient de lire un discours du philosophe français Jacques Derrida et qu’il n’a « pas ri autant depuis 200 ans ».
Friedrich Nietzsche (1844-1900), maître de l’aphorisme, se prête mieux au jeu avec au moins huit comptes consacrés à son œuvre. Un des derniers messages reproduits par @NietzscheQuotes reprend une idée de circonstance : « Mon ambition est de dire en dix phrases ce que les autres prennent tout un livre à raconter. » Le tout en moins de 140 caractères. Ce vieux grand maître du soupçon était fait pour renaître là. Comme le haïku se prête très bien à la petite forme.
Deux genres
La philo existe donc en version techno postmoderne et chacun peut la rencontrer.
L’outil de microblogage propose en fait deux genres de productions liées à la philosophie. Il y a celle des philosophes morts (Hume, Wittgenstein, Aristote, Hobbes, Heidegger, Russell, etc.), ressuscités sur le réseau par un fan ou un critique. Le compte @KarlMarxReader attire à peine 135 abonnés qui sont déjà inondés de 63 000 messages. De la surproduction postindustrielle !
Il y a aussi celle des philosophes actuels et vivants. Carrie Ichikawa Jenkins, professeure de philosophie à l’Université de la Colombie-Britannique de Vancouver, est du lot avec @carriejenkins où elle a déjà posté plus de 7600 messages.
« Je connais beaucoup de philosophes sur le réseau et nous échangeons entre nous, explique-t-elle en entrevue téléphonique. Nous discutons de nos idées. Je peux par exemple renvoyer à un de mes textes et recevoir des commentaires. Les abonnés me posent des questions sur mes travaux. Je réponds parfois de manière très succincte et parfois je poursuis la discussion ailleurs. »
Certaines de ces questions pourraient directement concerner les nouveaux médias et les réseaux sociaux dématérialisés. La mère de toutes les disciplines mène à tout, y compris vers une philosophie de Twitter.
« Pensez à l’éthique de ce réseau, poursuit la philosophe. Des collègues s’inquiètent parce que certains de leurs propos tenus lors de conférences publiques sont relayés en ligne. C’est un problème sérieux qui concerne la tension entre la diffusion d’une information hors contexte vers le plus de gens possible, y compris sans le consentement de la source. Pensez aussi aux problèmes posés par l’extrême synthèse d’une pensée complexe. Personnellement, je crois que toutes les idées ne peuvent pas être comprimées. Je veux dire qu’on ne doit pas tenter de tout réduire à 140 caractères… »
Le plus et le moins
Ceux qui peuvent le plus ne peuvent pas nécessairement le moins. Et ceux qui croient que la philo gazouillante est finalement aussi bête, inutile et insignifiante que la twittlittérature n’ont pas moins raison que celles qui croient le contraire et le démontrent à grands coups de petits textes.
« L’esprit de synthèse est un des moyens par lequel on peut se rendre intéressant, poursuit la professeure Jenkins. Certains d’entre nous ont de très bonnes idées, mais ne sont pas nécessairement capables de les comprimer dans un tweet. »
La médiatisation se nourrit elle-même. Sur le compte @philosophybites, le Britannique Alain de Botton, un intellectuel médiatisé, mène le pointage avec près de 333 000 abonnés. La troisième place appartient à l’éthicien Peter Singer de l’université de Princeton. Sauf erreur, la liste ne comprend que deux penseurs français, François Jourde et Didier Moulinier.
Une plateforme de plus
Au 18 février, Lucretius21c recense 80 comptes de philosophes présents depuis plus de trois ans, gazouillant trois fois par jour et comptant 1716 abonnés en moyenne. La production abonde en anglais, même pour les auteurs francophones comme Michel Foucault, Jacques Derrida, Deleuze et Guattari ou Jean-Paul Sartre.
« Alain de Botton est déjà un intellectuel public très connu et je ne peux donc pas me surprendre de le voir si populaire aussi sur ce nouveau média. Pour lui, Twitter n’est qu’une plateforme de plus, commente la philosophe Carrie Jenkins. J’ai moins de 2000 abonnés, mais ce réseau comprend beaucoup de gens passionnants vraiment intéressés par mon travail. C’est ce qui compte finalement. »***
iPhilo.fr, l’ami de la sagesse en ligne
La jeune Émilie de Cooker, doctorante en philosophie, réfléchit sur le scandale de la viande chevaline qui touche l’Europe en ce moment. Philippe Granarolo, septuagénaire agrégé de la discipline et spécialiste de Nietzsche, propose une réflexion sur l’art de vieillir « qui ne saurait faire partie des beaux-arts ». Des textes semblables, le site iPhilo en a accumulé des dizaines depuis sa fondation il y a un peu plus d’un an.
« Nous proposons une actualité commentée par des philosophes », résume Alexis Feertchak, cofondateur du site. Au départ, lui et trois de ses amis étudiants pensaient proposer des tests philosophiques. L’option du commentaire court à chaud s’est révélée beaucoup plus fructueuse. « Ça demande une concision très intéressante de la part des collaborateurs. C’est aussi très pratique pour les lecteurs et les étudiants en particulier.»
L’app du iPhilo. fr est gratuite. La diffusion et la promotion se font surtout par les réseaux sociaux, Twitter et Facebook. En un an le magazine en ligne a déjà attiré environ 15 000 utilisateurs qui génèrent autour de 500 branchements par jour.
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« Nous allons développer cette communauté », explique encore le philosophe Feertchak. Dès le 1er mars, le site va proposer des captations audiovisuelles et sonores des séminaires philosophiques animés chaque lundi dans une salle du cinéma MK2 Hautefeuille par Charles Pépin, un habitué de Philosophie Magazine. Cette publication, comme la série d’ici Le Devoir de philo, témoigne de la popularité de la très vieille amie de la sagesse.
« Je crois que la philosophie a pris le relais de la psychologie, dit le jeune entrepreneur du Web. La psychanalyse s’est effondrée. La psycho est toujours importante pour les individus, mais cette discipline est moins prégnante pour la société, pour l’explication du monde. La philo est maintenant sur le devant de la scène parce qu’elle donne du sens à ceux qui en réclament. Cette discipline est capable de surplomber toutes les autres. »
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Financement des universités anglophones

Le tabou

Les chiffres ne disent pas nécessairement tout, mais ils sont souvent éclairants. Si la proportion des étudiants qui fréquentent les universités francophones et anglophones était la même qu’au niveau primaire et secondaire, il y aurait 37 000 étudiants de plus que maintenant dans les universités francophones, qui bénéficieraient d’un financement supplémentaire d’un milliard.

À une semaine du Sommet sur l’enseignement supérieur, le chef d’Option nationale, Jean-Martin Aussant, et son ancien collègue péquiste Pierre Curzi ont jugé utile de rappeler une réalité qui constitue un véritable tabou : les universités anglophones, McGill en particulier, reçoivent la part du lion, alors qu’elles forment à nos frais des étudiants dont une grande partie s’empresseront de quitter le Québec sitôt leur diplôme en poche.

Le refrain n’est pas nouveau. Quand le projet de mégahôpital du CHUM a été lancé, plusieurs ont vainement contesté la nécessité d’en construire un autre pour la communauté anglophone, dont l’importance démographique ne semblait pas justifier un tel investissement dans une ville de la taille de Montréal. À McGill, la moitié des étudiants proviennent de l’extérieur du Québec.

Bien entendu, personne n’osera poser le problème dans ces termes au Sommet. Surtout pas le ministre Pierre Duchesne, qui serait accusé de laisser libre cours à une anglophobie dont le PQ est toujours soupçonné, comme l’illustrent bien les résultats du sondage EKOS Research publiés lundi.

Déjà, 84 % des Anglo-Québécois estiment que le gouvernement Marois n’attend qu’une majorité à l’Assemblée nationale pour restreindre encore davantage leurs droits linguistiques, au point que 42 % d’entre eux disent avoir envisagé de quitter le Québec après l’élection du 4 septembre dernier. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Jean-François Lisée n’est pas au bout de ses peines.

***

Tout le monde convient que les universités anglophones sont d’une grande qualité et doivent le demeurer, mais est-il équitable qu’elles accaparent 25 % des effectifs et près de 30 % de tout le financement universitaire, alors que la communauté anglophone représente seulement 8,3 % de la population ?

Leur succès s’apparente à celui de la saucisse Hygrade. Elles sont mieux financées parce qu’elles attirent plus d’étudiants et elles attirent plus d’étudiants parce qu’elles sont mieux financées, ce qui permet d’embaucher plus de professeurs, dans des disciplines mieux subventionnées, qui reçoivent aussi plus de budgets de recherche…

En 2008-2009, les universités anglophones ont obtenu 36 % des budgets de recherche accordés par les organismes fédéraux, qui en accordent trois fois plus que leurs équivalents québécois. À elle seule, McGill a également reçu 43 %, soit 96,4 millions, des dons faits aux universités québécoises par des organismes à but non lucratif ou des entreprises privées.

Un rééquilibrage constitue cependant une opération délicate dans un contexte de ressources limitées. On aura beau dire qu’il ne s’agit pas de financer moins les institutions anglophones, mais plutôt de mieux financer les institutions francophones, cela signifie inévitablement un transfert des unes vers les autres.

C’est la même chose pour l’affichage : augmenter la place du français, que ce soit en imposant l’unilinguisme ou en appliquant la règle de la « nette prédominance », implique de diminuer celle de l’anglais. On ne fait malheureusement pas d’omelette sans casser d’oeufs.

Même si le PQ semble avoir définitivement renoncé à étendre au niveau collégial les dispositions de la loi 101 qui régissent l’accès à l’école primaire et secondaire, ce qui aurait réduit la fréquentation des universités anglophones par des résidents québécois francophones et allophones, il serait possible de les rendre moins attrayantes pour les étudiants étrangers ou canadiens non résidents du Québec, mais inclure un facteur linguistique dans le calcul des subventions est impensable.

Adopter le critère dit de « première génération », qui consiste à adapter le financement des universités en fonction de la proportion d’étudiants dont les parents n’ont jamais fait d’études universitaires, aurait toutefois le même effet, tout en favorisant l’accessibilité.

Sans surprise, c’est dans les composantes de l’Université du Québec qu’on retrouve les plus hauts taux d’étudiants de « première génération ». À Chicoutimi, en Abitibi et à Rimouski, il dépasse les 70 %. À Montréal et Laval, il est de 49,5 %. Pour l’ensemble des universités anglophones, la moyenne est de seulement 35,8 %. À McGill, le chiffre est de 20 %.

La principale de McGill, Heather Munroe-Blum, criera sans doute à la « farce » si le gouvernement retient ce critère, mais la situation actuelle n’a vraiment rien de drôle.

mdavid@ledevoir.com

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Malcom X

malcom x

Malcolm X, figure complexe de la lutte des siens

Il y a 48 ans, l’inclassable prédicateur était assassiné

Malcolm Reid, Le Devoir, 21/02/13
Un des leaders noirs les plus célèbres du XXe siècle, Malcolm X, est mort à l’âge de 39 ans il y a 48 ans. Ce personnage complexe, voire insaisissable, nous a tant influencés. Que croyait ce célèbre prédicateur ? Que prêchait-il ? Pourquoi est-il important, encore aujourd’hui ?

J’avais 20 ans quand je l’ai découvert. Il faisait sensation chez les noirs américains. Ce prédicateur islamique portant le même prénom que moi m’a immédiatement fasciné. J’étais un Blanc qui suivait la lutte des Noirs de près, donc la coïncidence des prénoms ne me déplaisait pas. Même qu’à cause de lui, désormais, il fallait que j’explique ce prénom écossais. Au Kansas, en mai 1925, un couple de noirs, monsieur et madame Little, l’avait donné à leur nouveau-né. Plus tard, le garçon avait décidé que puisque le patronyme « Little » descendait d’un maître d’esclaves, il devait le biffer avec un grand « X ». Mais le Malcolm resta, fièrement porté.

Martin Luther King, son grand rival, prônait la lutte pour l’égalité par les moyens non violents. Malcolm X avait un ton beaucoup plus ferme et a souvent été caractérisé comme un violent. C’était mal comprendre l’homme. Malcolm n’a jamais proposé ou exécuté des actes politiques violents. Seulement, il avertissait : si l’establishment blanc continuait d’écraser les noirs, la violence allait éclater. Malcolm était un génie de la négativité. Il dénonçait, avec une grande verve.

Quelles étaient ses solutions de rechange ? Sur ce sujet, l’année 1964 fut décisive. Jusque-là, Malcolm avait été encadré par une grande organisation religieuse dont il n’était pas le chef. C’était la Nation of Islam, populairement connue comme « les musulmans noirs ». Le chef en était Elijah Muhammad, qui avait façonné l’idéologie de supériorité noire et de saine séparation d’avec les États-Unis blancs. En 1963, Muhammad avait imposé le silence à Malcolm X, son orateur le plus efficace. Car ses discours penchaient toujours à gauche. Finalement, en mars 1964, Malcolm a rompu ses liens avec l’organisation. Il a dit à un journaliste du New York Times : « Désormais, ce sera différent. J’interviendrai dans les luttes noires à travers le pays. Je prêterai main-forte aux Noirs en lutte. »

Une vie trépidante

Ce qu’il a fait. Commença alors une trépidante série de discours, d’interviews, d’apparitions télévisuelles. Des voyages à la Mecque et en Europe. L’idéologie de Malcolm X a émergé. Elle s’avéra progressiste et tiers-mondiste.

Une idéologie en fusion, évoluant de semaine en semaine. (Malcolm n’a pas cessé d’être un croyant. Dans les dernières semaines de sa vie, il a dit : « Je crois à un seul Dieu. Ce Dieu a enseigné la même foi à tous ses prophètes, j’en suis persuadé. »)

Il fallait maintenant reconnaître que foi et lutte politique n’étaient pas la même chose. Pour la foi, il a fondé la « Muslim Mosque Inc. » Pour la lutte politique, il a fondé la « Organization of Afro-American Unity ». Là-dedans, tous les Noirs étaient invités, musulmans ou non. Et à l’étonnement de tous, les non-Noirs étaient invités aussi ; s’ils étaient antiracistes !

Malcolm changeait. Le 29 mai 1964, cette question émerge du public : « De quel système politique et économique Malcolm X est-il partisan ? ». Il répondit : « Je ne sais pas. Mais je ne suis pas dogmatique. Comme je l’ai déjà dit, tous les pays qui sortent aujourd’hui des fers du colonialisme se tournent vers le socialisme. Ce n’est pas un accident, je pense. La plupart des puissances coloniales étaient des pays capitalistes, et les États-Unis sont le dernier rempart du capitalisme. Il est impossible pour un Blanc qui croit au capitalisme de ne pas croire au racisme. Le capitalisme ne saurait aller sans le racisme. Et lorsque vous avez la certitude au cours d’une discussion avec un Blanc qu’iI n’y a pas de place pour le racisme dans sa philosophie, c’est ordinairement qu’il s’agit d’un socialiste ou d’un homme dont la doctrine politique est le socialisme. »

« Il s’agit d’un homme… » Il y avait peu de féminisme en Malcolm ! Été 1964, le manifeste du groupe : « Nous nous consacrons à la construction d’un système politique, économique et social de justice et de paix. » Un document de centre gauche peut-être, influencé par l’anticolonialisme de Frantz Fanon et par l’Algérie nouvellement indépendante, louangeant aussi les grandes chartes des droits de la personne. C’était la grande profession de foi politique de Malcolm X.

Son mouvement fit long feu, cependant. Le dimanche 21 février 1965, Malcolm X a été abattu par des tireurs de la Nation of Islam, possiblement aidés par les autorités ou par la pègre. Cela reste flou. C’est arrivé à la Audubon Ballroom à Harlem, où il parlait chaque semaine en 1964-1965. Ses dernières paroles, il les a prononcées quand les assassins ont surgi de la foule avec des fusils dans leurs poches, mais faisant semblant d’être seulement des admirateurs de Malcolm en querelle personnelle. « Hold it, brothers ! », a-t-il crié, tendant son bras droit vers les hommes querelleurs. « Cool it. Don’t get excited. Come on, let’s cool it. » Ces paroles seront ses dernières.

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Malcolm Reid – Auteur de Notre parti est pris. Un jeune reporter chez les écrivains révolutionnaires du Québec, 1963-1970 (PUL, 2009)
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Tomahawk

Un poème de Christian Saint-Germain

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Men at Lunch

Un film sur une photographie des années 30, présentée comme l’emblème d’une époque qui a fait naître le New York que nous connaissons aujourd’hui.

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Les 50 ans du New York Review of Books

Une entrevue avec Robert Silvers, 83 ans, fondateur et rédacteur en chef du New York Review of Bookscq5dam.web.1280.1280

Cinquante ans de Review

Un bimensuel exigeant et influent

 Sylvain Cypel, Le Monde, via Le Devoir 16 février 2013
New York – C’est la revue littéraire la plus célèbre du monde. Bimensuelle, la New York Review of Books – la Review tout court – fête son cinquantenaire (son numéro 1 est paru le 1er février 1963). « Littéraire » est à comprendre dans un sens strict et large à la fois. L’exigence d’écriture y est primordiale et rien de ce qui est écrit ne lui est étranger : des relations internationales au roman, de l’art aux neurosciences… Son concept a d’emblée consisté à réinsérer le rapport à l’écriture et à la culture dans leur environnement politico-socio-économique, ensuite à promouvoir la valeur intrinsèque du texte critique.
Poètes et écrivains, historiens, scientifiques… La liste de ceux qui ont publié dans ses colonnes en cinquante ans remplirait un bottin d’une rare qualité. Un bottin qu’un Tom Wolfe a jugé mondain : la Review est « l’organe théorique du chic radical », disait-il en 1970. De fait, celle-ci s’est inscrite dans la mouvance du progressisme, comme nombre de ceux qui y ont contribué. Mais sa qualité et sa notoriété se sont si largement imposées que, d’Isaiah Berlin à George Kennan, ou de Vladimir Nabokov à Saul Bellow, beaucoup y ont trouvé leur place qui auraient récusé une identité « progressiste ». Aucune autre revue n’a eu, en un demi-siècle, autant d’influence sur la vie intellectuelle américaine et internationale.
Rencontre avec Robert Silvers, son rédacteur en chef, qui veille à leur qualité depuis le début. À 83 ans, ce bourreau de travail, insatiable perfectionniste, continue de passer même ses week-ends à relire la moindre ligne à paraître dans le numéro suivant (et à pester contre les manquements qu’il décèle dans celui qui vient de sortir).
En lançant la Review, en février 1963, qu’aviez-vous en tête ?

En 1959, [la critique] Elizabeth Hardwick avait publié dans la revue Harper’s, où je travaillais, un article intitulé « Le déclin de la critique de livres ». Elle y expliquait combien y dominaient l’absence de ton et la tiédeur du fond. Propriétaire d’Harper’s, le patron de la maison d’édition Harper Row a très mal pris la chose. Mais moi, j’adhérais à l’idée de l’affadissement de la critique. Quatre ans plus tard, avec Elizabeth, Jason et Barbara Epstein (décédée en 2006), qui deviendra codirectrice avec moi, nous avons lancé la Review. Notre ambition était de revaloriser l’engagement du critique et la qualité de l’écriture. L’idée neuve consistait à faire appel à de grands auteurs pour parler de livres. La plupart ont immédiatement répondu favorablement. Le premier numéro comprenait des articles sur des oeuvres de James Baldwin, Arthur Schlesinger, Jean Genet, J. D. Salinger, Simone Weil, etc., et des critiques tels Norman Mailer, Mary McCarthy, Gore Vidal, William Styron, Susan Sontag… On en a très vite vendu 100 000 ! À l’évidence, la demande existait. […]

En 2008, dans Les dilemmes d’un rédacteur en chef, vous écrivez : « Dès le début notre inclination a été de prendre le parti des gens ou des groupes souffrant des pouvoirs de l’État. » Ni progressiste ni conservatrice, mais du côté de ceux qui souffrent des abus des puissants : telle serait l’identité de la Review ?

Oui. Cela ne signifie pas être dénué de direction politique ou culturelle. Mais nous avons été les premiers à publier aux États-Unis les écrits de Simon Leys sur la Chine. Nous avons vite perçu l’urgence de la question des droits de l’homme dans les États totalitaires et publié Adam Michnik, Vaclav Havel, Andreï Sakharov. Nous avons aussi diffusé un rapport non public de la Croix-Rouge où elle usait expressément du terme « torture » quand le gouvernement Bush la niait.

En 50 ans, quel a été l’impact de la Review sur le débat intellectuel aux États-Unis ?

Je suis incapable de répondre. Les articles sont des actes de foi dont on ne connaît jamais l’effet à long terme. Cela dit, dès notre première année, le président Kennedy est assassiné. La guerre du Vietnam a commencé. Peu après, nous avons publié l’article de Noam Chomsky sur la « responsabilité des intellectuels » (23 février 1967) devant une guerre injustifiée moralement et politiquement. Cela ne nous a pas empêchés de publier sur le sujet des textes d’auteurs aussi différents que George Kennan, Hannah Arendt ou Hans Morgenthau. Ni celui du prêtre André Gelinas sur les atrocités des Nord-Vietnamiens à Saïgon après leur victoire. La Review s’est beaucoup exprimée sur les droits civiques et la guerre du Vietnam parce que ces thèmes ont marqué une génération d’auteurs américains. En même temps, nous avons publié la critique de Jacques Derrida par [le philosophe américain] John Searle. […]

Nous avons toujours demandé à des esprits critiques de s’engager dans les débats saillants d’une époque. Ce qui me rend fier, c’est que, parmi les opposants à la guerre du Vietnam, beaucoup refusaient de tenir compte de la répression sauvage dans les pays communistes. Or, sans maintenir le cap sur la critique du bloc soviétique ou la révolution culturelle en Chine, nous n’aurions pas subsisté. De même, depuis les années 1990, nous sommes très préoccupés par les conséquences de l’islam politique pour l’avenir. Les sociétés musulmanes toléreront-elles les valeurs fondamentales de toute l’humanité ? Et comme dans le cas des totalitarismes soviétique et chinois, la Review doit tenir compte de la part jouée par le caractère hypermilitarisé de la réaction américaine à ce phénomène.

Pourquoi la Review n’a-t-elle pas essaimé dans des pays non anglophones ?

Nous avons eu beaucoup de contacts, mais il faudrait trouver un partenaire qui défende la même conception de la critique et de l’indépendance que nous. Aux États-Unis, les presses universitaires constituent un cadre de diffusion unique en son genre. Le soutien d’une vie culturelle institutionnelle et d’une communauté universitaire est un élément crucial du succès, que nous n’avons pas trouvé ailleurs.

La qualité de la critique est-elle menacée aujourd’hui ?

L’esprit critique n’est affaire ni de tendance ni d’école. Il n’est pas plus difficile qu’il y a 50 ans de trouver de bons auteurs. La profondeur de la connaissance, la finesse de la perception perdurent.

La révolution Internet jouit d’une « absence quasi totale de critique », avez-vous écrit récemment. Pourtant, des milliers de livres se publient sur ce sujet…

Oui, mais peu s’intéressent à l’influence d’Internet et des nouveaux médias sur la pensée, les sentiments, les relations humaines, la responsabilité politique. Beaucoup de jeunes voient leurs vies guidées par les médias sociaux. Or, pour le moment, l’attractivité des nouveaux moyens de communication résiste à toute approche critique externe qui leur appliquerait des règles d’évaluation. On estime ces évolutions définitivement acquises, ce qui n’est jamais le cas. Certes, nous avons publié Robert Darnton (directeur de la bibliothèque d’Harvard) sur l’avenir du livre. Mais les évolutions actuelles mériteraient de notre part beaucoup plus d’attention. Une bibliothèque numérique universelle serait une percée majeure, mais poserait des problèmes commerciaux et intellectuels énormes. La critique littéraire s’est encore peu penchée sur ces sujets. […]

Avez-vous des inquiétudes pour l’avenir de l’écrit ?

Aucune. En revanche, j’en nourris pour sa qualité. Twitter, c’est 140 caractères maximum. Ça limite les possibilités, même si cela peut aussi susciter des aphorismes inattendus.

« La question consiste à savoir comment peuvent être préservées les fonctions, la connaissance et la culture que la technologie inventée par Gutenberg a permis de diffuser », avez-vous écrit…

C’est essentiel. Parce que, de Platon et Aristote à Marx et Freud en passant par Machiavel et Erasme, il existe une continuité de pensée qui ne peut se perdre sans dommage. Le plaidoyer pour la paix, d’Erasme, a aujourd’hui plus de sens que jamais.

Avez-vous un blogue personnel ?

Certainement pas ! Un rédacteur en chef n’est pas là pour dire ce qu’il pense.

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L’histoire vue de Hollywood

Raconte-moi une Histoire

Les drames historiques hollywoodiens tiennent-ils désormais lieu de cours d’histoire?

François Lévesque, Le Devoir 16/02/13

Entre chroniques historiques et drames biographiques, Hollywood se plaît à revisiter sa grande et sa petite histoire en insistant sur la dimension « véridique » de la démarche. Mais quelle crédibilité faut-il accorder à ce regard-cinéma ? À l’approche de la remise des Oscar le 24 février prochain, on constate que la catégorie du meilleur film regorge de telles propositions. Lire la suite ici.

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Philopolis 2013

logo2011Philopolis est un évènement de réflexion citoyenne regroupant près de 80 activités et conférences gratuites et ouvertes à tous et à toutes. Cette quatrième édition, toujours organisée par la collaboration d’étudiant-e-s provenant des quatre universités montréalaises, se tiendra du 15 au 17 février 2013 à l’Université McGill, à l’UQAM et à l’Université Concordia.

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Le signifiant = le signifié

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