Malcom X

malcom x

Malcolm X, figure complexe de la lutte des siens

Il y a 48 ans, l’inclassable prédicateur était assassiné

Malcolm Reid, Le Devoir, 21/02/13
Un des leaders noirs les plus célèbres du XXe siècle, Malcolm X, est mort à l’âge de 39 ans il y a 48 ans. Ce personnage complexe, voire insaisissable, nous a tant influencés. Que croyait ce célèbre prédicateur ? Que prêchait-il ? Pourquoi est-il important, encore aujourd’hui ?

J’avais 20 ans quand je l’ai découvert. Il faisait sensation chez les noirs américains. Ce prédicateur islamique portant le même prénom que moi m’a immédiatement fasciné. J’étais un Blanc qui suivait la lutte des Noirs de près, donc la coïncidence des prénoms ne me déplaisait pas. Même qu’à cause de lui, désormais, il fallait que j’explique ce prénom écossais. Au Kansas, en mai 1925, un couple de noirs, monsieur et madame Little, l’avait donné à leur nouveau-né. Plus tard, le garçon avait décidé que puisque le patronyme « Little » descendait d’un maître d’esclaves, il devait le biffer avec un grand « X ». Mais le Malcolm resta, fièrement porté.

Martin Luther King, son grand rival, prônait la lutte pour l’égalité par les moyens non violents. Malcolm X avait un ton beaucoup plus ferme et a souvent été caractérisé comme un violent. C’était mal comprendre l’homme. Malcolm n’a jamais proposé ou exécuté des actes politiques violents. Seulement, il avertissait : si l’establishment blanc continuait d’écraser les noirs, la violence allait éclater. Malcolm était un génie de la négativité. Il dénonçait, avec une grande verve.

Quelles étaient ses solutions de rechange ? Sur ce sujet, l’année 1964 fut décisive. Jusque-là, Malcolm avait été encadré par une grande organisation religieuse dont il n’était pas le chef. C’était la Nation of Islam, populairement connue comme « les musulmans noirs ». Le chef en était Elijah Muhammad, qui avait façonné l’idéologie de supériorité noire et de saine séparation d’avec les États-Unis blancs. En 1963, Muhammad avait imposé le silence à Malcolm X, son orateur le plus efficace. Car ses discours penchaient toujours à gauche. Finalement, en mars 1964, Malcolm a rompu ses liens avec l’organisation. Il a dit à un journaliste du New York Times : « Désormais, ce sera différent. J’interviendrai dans les luttes noires à travers le pays. Je prêterai main-forte aux Noirs en lutte. »

Une vie trépidante

Ce qu’il a fait. Commença alors une trépidante série de discours, d’interviews, d’apparitions télévisuelles. Des voyages à la Mecque et en Europe. L’idéologie de Malcolm X a émergé. Elle s’avéra progressiste et tiers-mondiste.

Une idéologie en fusion, évoluant de semaine en semaine. (Malcolm n’a pas cessé d’être un croyant. Dans les dernières semaines de sa vie, il a dit : « Je crois à un seul Dieu. Ce Dieu a enseigné la même foi à tous ses prophètes, j’en suis persuadé. »)

Il fallait maintenant reconnaître que foi et lutte politique n’étaient pas la même chose. Pour la foi, il a fondé la « Muslim Mosque Inc. » Pour la lutte politique, il a fondé la « Organization of Afro-American Unity ». Là-dedans, tous les Noirs étaient invités, musulmans ou non. Et à l’étonnement de tous, les non-Noirs étaient invités aussi ; s’ils étaient antiracistes !

Malcolm changeait. Le 29 mai 1964, cette question émerge du public : « De quel système politique et économique Malcolm X est-il partisan ? ». Il répondit : « Je ne sais pas. Mais je ne suis pas dogmatique. Comme je l’ai déjà dit, tous les pays qui sortent aujourd’hui des fers du colonialisme se tournent vers le socialisme. Ce n’est pas un accident, je pense. La plupart des puissances coloniales étaient des pays capitalistes, et les États-Unis sont le dernier rempart du capitalisme. Il est impossible pour un Blanc qui croit au capitalisme de ne pas croire au racisme. Le capitalisme ne saurait aller sans le racisme. Et lorsque vous avez la certitude au cours d’une discussion avec un Blanc qu’iI n’y a pas de place pour le racisme dans sa philosophie, c’est ordinairement qu’il s’agit d’un socialiste ou d’un homme dont la doctrine politique est le socialisme. »

« Il s’agit d’un homme… » Il y avait peu de féminisme en Malcolm ! Été 1964, le manifeste du groupe : « Nous nous consacrons à la construction d’un système politique, économique et social de justice et de paix. » Un document de centre gauche peut-être, influencé par l’anticolonialisme de Frantz Fanon et par l’Algérie nouvellement indépendante, louangeant aussi les grandes chartes des droits de la personne. C’était la grande profession de foi politique de Malcolm X.

Son mouvement fit long feu, cependant. Le dimanche 21 février 1965, Malcolm X a été abattu par des tireurs de la Nation of Islam, possiblement aidés par les autorités ou par la pègre. Cela reste flou. C’est arrivé à la Audubon Ballroom à Harlem, où il parlait chaque semaine en 1964-1965. Ses dernières paroles, il les a prononcées quand les assassins ont surgi de la foule avec des fusils dans leurs poches, mais faisant semblant d’être seulement des admirateurs de Malcolm en querelle personnelle. « Hold it, brothers ! », a-t-il crié, tendant son bras droit vers les hommes querelleurs. « Cool it. Don’t get excited. Come on, let’s cool it. » Ces paroles seront ses dernières.

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Malcolm Reid – Auteur de Notre parti est pris. Un jeune reporter chez les écrivains révolutionnaires du Québec, 1963-1970 (PUL, 2009)
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Classé dans Histoire, Politique

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