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Loi 101: consultation publique

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Un lien vers la consultation publique électronique de l’Assemblée Nationale sur le projet de loi 14 modifiant la Charte de la langue française. Je trouve l’enjeu très intéressant et pertinent! Tout le monde devrait se prononcer sur la question!
Hugo Vaillancourt-Chapdelaine

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L’histoire de l’enseignement de l’histoire

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L’incendie de l’édifice du Parlement à Montréal, alors capitale du Canada, incendie déclenché par des membres de la communauté anglo-montréalaise le 25 avril 1849. Peinture attribuée à Joseph Légaré.

Lisa-Marie Gervais, Le Devoir, 9/02/13

L’enseignement de l’histoire comme champ de bataille. Quand ce ne sont pas les didacticiens et les historiens qui s’y affrontent, ce sont les partisans d’une histoire nationale et ceux de l’histoire sociale qui s’entredéchirent sur le « quoi » et le « comment » enseigner le Québec aux jeunes. L’histoire de ce conflit se répète… et ça ne date pas d’hier.
Yvan Lamonde, historien des idées au Québec et professeur au département de littérature de l’Université McGill, n’a pas été étonné de lire cette semaine dans Le Devoir que se profilait à nouveau la querelle entre les tenants d’une histoire nationale (portée par les membres de la Coalition pour l’histoire) et ceux d’une approche sociale. « Ça m’a donné un sentiment d’éternel recommencement de l’histoire. Pour un historien, c’est pas banal », a-t-il dit, un sourire dans la voix.

Pour comprendre pourquoi le débat autour de l’enseignement de l’histoire se répète au Québec, rien de mieux que d’en faire l’histoire, justement. C’est ce qu’ont fait Michel Allard et ses acolytes, en coécrivant le volumineux ouvrage L’histoire nationale à l’école québécoise. Regards sur deux siècles d’enseignement. « Au moment de la fameuse crise sur l’enseignement de l’histoire, au milieu des années 2000, je me suis aperçu qu’on n’avait jamais fait l’histoire de l’enseignement de l’histoire. Alors on a fouillé », explique cet actif retraité, qui a été enseignant au primaire et au secondaire et professeur d’histoire et de didactique à l’UQAM.

Retour aux origines : 1831. Joseph-François Perrault écrit le premier véritable manuel d’histoire. Écrit ? Plutôt copié, soutient Michel Allard. En y regardant de plus près, il constate que des pans entiers du bouquin sont un calque des écrits de l’historien jésuite Pierre-François-Xavier de Charlevoix (XVIIIe siècle) et du Britannique d’origine William Smith, historien et juge en chef du Conseil législatif du Bas-Canada (début XIXe). Ce dernier fait évidemment une interprétation très favorable de la Conquête de 1760 et est très élogieux à l’endroit des Britanniques, qui auraient fait preuve d’une « sage conduite » envers le peuple franco-catholique canadien. « L’interprétation de l’histoire qui a eu longtemps cours est donc celle de Perrault, qui a copié un Britannique », explique M. Allard.

Cette interprétation de l’histoire qu’Allard qualifie de « bonententiste », parce qu’elle évite d’attiser les conflits, domine ainsi jusqu’à ce François-Xavier Garneau, premier historien canadien, publie ses propres écrits, beaucoup plus nuancés et sous-tendus par un nationalisme canadien-français, après le rapport Durham de 1839. Yvan Lamonde rappelle néanmoins l’instrumentalisation à laquelle s’est livrée l’Église et des pressions qui se sont exercées sur Garneau pour que son « histoire » tienne compte du clergé.

Selon le chercheur et spécialiste de l’histoire des manuels scolaires, Paul Aubin, également coauteur de L’histoire nationale à l’école québécoise, la confrontation entre deux visions de l’enseignement de l’histoire naît autour des années 1940, lorsqu’André Laurendeau, homme de lettres et ancien rédacteur en chef du Devoir, lance le débat : Peut-on concevoir un manuel d’histoire unique pour l’ensemble du Canada ? « Jusque-là, on avait des débats pédagogiques sur l’enseignement de l’histoire, comme “faut-il donner de l’importance à la mémorisation?”, etc. Mais là, on va avoir le premier débat idéologique. »

Écoles de Montréal et de Laval

Durant la deuxième moitié du XXe siècle, deux écoles vont s’affronter. D’un côté, l’École de Montréal, notamment portée par les historiens laïques Maurice Séguin, Michel Brunet et Guy Frégault, qui poussent davantage les idées d’origine de Garneau et qui font une interprétation plutôt nationaliste de l’histoire du Québec, sans doute en réaction à l’interprétation « bonententiste » qui avait longtemps dominé. « C’était une école que Léon Dion [politologue] qualifiait de nationaliste pessimiste parce que ces gens accordaient beaucoup d’importance au côté tragique de la Conquête », dit Yvan Lamonde. Ce sont des disciples dissidents du chanoine Lionel Groulx, qui, dans la première moitié du XXe siècle, avait implanté l’idée d’un nationalisme plus traditionnel, basé notamment sur la foi et la langue.

De l’autre, l’École de Laval (comme l’université du même nom), où l’abbé Arthur Maheux prend la tête de l’Institut d’histoire à la fin des années 1940, propose une interprétation qui met en relief les points de « bonne entente » avec le Canada, afin d’éviter des frictions historiques. Ces idées seront défendues notamment par les historiens eux aussi laïques Marcel Trudel, Fernand Ouellet et Jean Hamelin et prédomineront durant la Révolution tranquille et après. « Ils faisaient une nouvelle histoire économique et une nouvelle histoire sociale. On est à la fin des années 1950, l’Université Laval fait beaucoup d’histoire ouvrière et du mouvement syndical », rappelle Yvan Lamonde.

Tranquillement, ces deux visions se cristallisent et permettent de comprendre les conflits qui surviennent encore aujourd’hui. Avec toutes les nuances qui s’imposent, la Coalition pour l’histoire hérite de la vision nationaliste de l’École de Montréal, dénonçant un certain impérialisme de l’histoire sociale au Québec, associé aux baby-boomers, et qui a dominé dans les années 1960 à 1980, note M. Lamonde. Voilà pourquoi leur réaction d’opposition de la Coalition a été si forte en 2006, lors de la réforme du programme d’histoire au secondaire, où le ministère liait pour la première fois l’enseignement de l’histoire nationale à l’éducation de la citoyenneté. Cette tentative a été perçue comme cherchant « à mettre sous le boisseau la question nationale », constatent les quatre auteurs de L’histoire nationale à l’école québécoise.

Une société distincte

Cette fois, avec un gouvernement péquiste au pouvoir favorable à une lecture plus politique de l’histoire nationale, les positions de la Coalition ont la part belle. Même s’il comprend pourquoi, Yvan Lamonde ne peut s’empêcher de trouver « un peu ridicule » que le débat sur l’enseignement de l’histoire reprenne à chaque changement de gouvernement. Le litige n’est pas près de se régler.

Car pour lui, le fait qu’on remette sans cesse en question le contenu des programmes n’est pas le problème des seuls historiens, mais de la société québécoise entière. « Chacun est confronté avec le fait qu’il y a des noeuds, des questions non résolues. La Conquête en est un, les Rébellions en sont un autre et la Révolution tranquille aussi », avance-t-il. « À partir du moment où on n’a pas de consensus autour de l’interprétation et de la place à donner à ces événements, on reste dans l’ambivalence. »

L’histoire est toujours instrumentalisée aux profits des élites en place ou des courants de pensée dominants, insiste M. Lamonde. Les historiens en sont les interprètes. Le problème n’est pas propre au Québec. Partout dans le monde, y compris au Canada anglais, l’enseignement de l’histoire fait débat.

« Mais comment se fait-il qu’au Québec, selon les gouvernements en place, il y ait toujours un rééquilibrage ? C’est particulier que les vents tournent autant. Surtout dans une société dont la devise est Je me souviens. On se souvient de quoi ? On ne le sait pas », note-t-il. « C’est drôle que la mémoire soit aussi fluctuante et qu’on ne soit jamais capable de trouver une façon d’enseigner le programme d’histoire qui soit respectueuse de toutes les visions. En ce sens, on est peut-être une société distincte », conclut l’historien.

La position de la Coalition pour l’histoire: Revalorisation de l’enseignement de l’histoire du Québec – Une action légitime, nécessaire et urgente

Pour comprendre où commence la polémique actuelle sur l’enseignement de l’histoire, voir ici su ce blogue: Une histoire qui évacue ceux qui l’ont faite.

BLx

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Le RIN, 50 ans plus tard

Un colloque commémore la fondation du Rassemblement pour l’indépendance nationale le 3 mars 1963

Jean-François Nadeau, Le Devoir, 2/03/13

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C’était il y a un demi-siècle. Le Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) devenait un parti politique. Pierre Bourgault, Marcel Chaput et André D’Allemagne ne sont plus là pour témoigner des premières heures de ce groupe de pression devenu parti.
Pour commémorer la fondation du parti le 3 mars 1963, un colloque : « L’influence du RIN sur l’évolution politique du Québec ». Ce sont surtout des universitaires, étudiants et professeurs, de même que d’anciens militants de la base du parti qui se sont retrouvés à discuter sous une toile sombre représentant Ludger Duvernay, dans un salon de la Société Saint-Jean-Baptiste.
Pour le politologue Denis Monière, le RIN constitue le premier parti politique québécois de masse et un des principaux facteurs de la politisation des Québécois dans les années 1960. « Le RIN est un parti qui n’existe pas strictement pour les élections, ce qui est une première chez nous. La base est importante. Les militants sont très actifs. On organise des manifestations, on s’intéresse à la vie intellectuelle et économique des membres. On les forme. En France, le Parti socialiste propose un modèle semblable. »De nouveaux intérêtsLe RIN s’intéresse à la condition des ouvriers et à la gestion des ressources naturelles. Il s’oppose aux armes atomiques et à la peine de mort. L’Indépendance, le journal du parti, en parle abondamment sous la plume notamment de Lysiane Gagnon, de Jacques Renaud, de Guy Sanche (oui, Bobino !), de Paul Chamberland, de Jacques Guay, de Claude Jasmin ou de Gil Courtemanche.

L’organisation du parti intègre des femmes à ses structures. On défend le mode de scrutin proportionnel. Les modèles viennent des luttes internationales, de groupes qui cherchent à s’affirmer : les Noirs américains, les Portoricains, les mouvements d’émancipation de tous les damnés de la terre.

« La dimension internationale est très forte au RIN, explique Denis Monière. La lutte des Noirs américains inspire notamment un sit-in, le 24 juin 1964 à la Place Ville-Marie, contre la politique du Canadien National qui refuse un congé payé aux Canadiens français. » La réalité nationale est envisagée sous le concept de la décolonisation qu’élaborent les oeuvres de Jacques Berque, d’Albert Memmi, de Frantz Fanon ou de Jean-Paul Sartre. L’esthétisme même du matériel publicitaire du RIN témoigne d’un nouveau type d’engagement en politique.

Une école politique

Le RIN offre à ses membres plusieurs grandes soirées, notamment au Forum. Vont chanter, parler et jouer pour le parti des artistes aussi différents que Gilles Vigneault, Muriel Millard, André Gagnon, Claude Léveillée ou Joël Denis. Il y aura aussi un ciné-club politique ainsi que la possibilité d’assister à de vrais cours de formation politique. Dans ces programmes de formation politique, on note que l’écrivain Hubert Aquin propose une leçon sur la fin de l’Empire austro-hongrois. La place d’Aquin au sein du RIN a été soulignée au cours de ce colloque par Nino Gabrielli. De son côté, Pierre Bourgault offre aux militants du RIN une formation sur « l’indépendance et l’esprit républicain ». Le professeur Maurice Séguin les entretient pour sa part de l’histoire de l’idée d’indépendance au Québec.

Sous l’impulsion d’Andrée Ferretti, les cours du RIN prennent une forte tangente vers la « propagande parlée et la propagande par l’action ». Toujours énergique, Andrée Ferretti témoignait d’ailleurs en avant-midi dans le cadre de ce colloque dont les actes seront publiés prochainement, assurent les organisateurs.

René Lévesque, qui ne s’entendait guère avec Pierre Bourgault, le président du RIN, aurait souhaité que ce parti ne se saborde pas en 1968 pour faire place au seul Parti québécois. « Lévesque souhaitait, et je l’ai entendu le dire, qu’un parti indépendantiste plus à gauche existe en marge du Parti québécois. Cela lui aurait permis, sur le plan électoral, de s’assurer de toujours avoir l’air du modéré. C’était le calcul stratégique de Lévesque. »

Électrisant

Louis Denoncourt, ancien candidat du RIN dans la circonscription de Laviolette, plus jeune candidat du parti en 1966, regrettait d’avoir entendu beaucoup de jeunes universitaires s’en remettre essentiellement aux écrits des intellectuels du parti pour établir son histoire et sa pensée. « Ils sont allés chercher des textes des gens d’en haut dans le parti. À la base, on n’entendait jamais parler de dissensions. Comme d’autres, j’organisais des assemblées de cuisine. On formait des gens. On manifestait. On ne perdait pas de temps à se chicaner ! C’était la réalisation de l’indépendance qui nous occupait et nous préoccupait. Avec seulement cinq cennes, on faisait des miracles. Vous savez, lorsque Pierre Bourgault venait parler, il était tellement populaire… Il était électrisant. Il politisait des gens qui ne l’étaient pas du tout. Ah oui, il était électrisant ! »

Fondé le 10 septembre 1960 comme groupe de pression et d’éducation politique, le RIN se transforme en parti sous la pression de ses membres. Ce sont eux qui le financent et qui le font vivre, observe Claude Cardinal dans sa contribution au colloque.

En 1960, les membres fondateurs du RIN ne sont qu’une vingtaine lorsqu’ils se réunissent pour une première fois à Morin Heights, dans les Laurentides. Trois ans plus tard, le parti tient des assemblées un peu partout et fait salle comble dès lors que des orateurs comme Marcel Chaput ou Pierre Bourgault y prennent la parole. Le parti comptera plus de 4000 membres en règle lors des élections de 1966, alors que son président, Pierre Bourgault, passe bien près d’être élu dans la circonscription de Duplessis, sur la Côte-Nord.

Au fond de la salle, le sociologue Guy Rocher écoute les échanges avec attention. « Je suis ici pour deux raisons, me dit-il à l’oreille. D’abord parce que ma femme et son frère, Jean Depocas, sont au nombre des fondateurs du RIN. Ensuite, pour nourrir mon espoir indépendantiste. »

BLx

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Financement des universités anglophones

Le tabou

Les chiffres ne disent pas nécessairement tout, mais ils sont souvent éclairants. Si la proportion des étudiants qui fréquentent les universités francophones et anglophones était la même qu’au niveau primaire et secondaire, il y aurait 37 000 étudiants de plus que maintenant dans les universités francophones, qui bénéficieraient d’un financement supplémentaire d’un milliard.

À une semaine du Sommet sur l’enseignement supérieur, le chef d’Option nationale, Jean-Martin Aussant, et son ancien collègue péquiste Pierre Curzi ont jugé utile de rappeler une réalité qui constitue un véritable tabou : les universités anglophones, McGill en particulier, reçoivent la part du lion, alors qu’elles forment à nos frais des étudiants dont une grande partie s’empresseront de quitter le Québec sitôt leur diplôme en poche.

Le refrain n’est pas nouveau. Quand le projet de mégahôpital du CHUM a été lancé, plusieurs ont vainement contesté la nécessité d’en construire un autre pour la communauté anglophone, dont l’importance démographique ne semblait pas justifier un tel investissement dans une ville de la taille de Montréal. À McGill, la moitié des étudiants proviennent de l’extérieur du Québec.

Bien entendu, personne n’osera poser le problème dans ces termes au Sommet. Surtout pas le ministre Pierre Duchesne, qui serait accusé de laisser libre cours à une anglophobie dont le PQ est toujours soupçonné, comme l’illustrent bien les résultats du sondage EKOS Research publiés lundi.

Déjà, 84 % des Anglo-Québécois estiment que le gouvernement Marois n’attend qu’une majorité à l’Assemblée nationale pour restreindre encore davantage leurs droits linguistiques, au point que 42 % d’entre eux disent avoir envisagé de quitter le Québec après l’élection du 4 septembre dernier. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Jean-François Lisée n’est pas au bout de ses peines.

***

Tout le monde convient que les universités anglophones sont d’une grande qualité et doivent le demeurer, mais est-il équitable qu’elles accaparent 25 % des effectifs et près de 30 % de tout le financement universitaire, alors que la communauté anglophone représente seulement 8,3 % de la population ?

Leur succès s’apparente à celui de la saucisse Hygrade. Elles sont mieux financées parce qu’elles attirent plus d’étudiants et elles attirent plus d’étudiants parce qu’elles sont mieux financées, ce qui permet d’embaucher plus de professeurs, dans des disciplines mieux subventionnées, qui reçoivent aussi plus de budgets de recherche…

En 2008-2009, les universités anglophones ont obtenu 36 % des budgets de recherche accordés par les organismes fédéraux, qui en accordent trois fois plus que leurs équivalents québécois. À elle seule, McGill a également reçu 43 %, soit 96,4 millions, des dons faits aux universités québécoises par des organismes à but non lucratif ou des entreprises privées.

Un rééquilibrage constitue cependant une opération délicate dans un contexte de ressources limitées. On aura beau dire qu’il ne s’agit pas de financer moins les institutions anglophones, mais plutôt de mieux financer les institutions francophones, cela signifie inévitablement un transfert des unes vers les autres.

C’est la même chose pour l’affichage : augmenter la place du français, que ce soit en imposant l’unilinguisme ou en appliquant la règle de la « nette prédominance », implique de diminuer celle de l’anglais. On ne fait malheureusement pas d’omelette sans casser d’oeufs.

Même si le PQ semble avoir définitivement renoncé à étendre au niveau collégial les dispositions de la loi 101 qui régissent l’accès à l’école primaire et secondaire, ce qui aurait réduit la fréquentation des universités anglophones par des résidents québécois francophones et allophones, il serait possible de les rendre moins attrayantes pour les étudiants étrangers ou canadiens non résidents du Québec, mais inclure un facteur linguistique dans le calcul des subventions est impensable.

Adopter le critère dit de « première génération », qui consiste à adapter le financement des universités en fonction de la proportion d’étudiants dont les parents n’ont jamais fait d’études universitaires, aurait toutefois le même effet, tout en favorisant l’accessibilité.

Sans surprise, c’est dans les composantes de l’Université du Québec qu’on retrouve les plus hauts taux d’étudiants de « première génération ». À Chicoutimi, en Abitibi et à Rimouski, il dépasse les 70 %. À Montréal et Laval, il est de 49,5 %. Pour l’ensemble des universités anglophones, la moyenne est de seulement 35,8 %. À McGill, le chiffre est de 20 %.

La principale de McGill, Heather Munroe-Blum, criera sans doute à la « farce » si le gouvernement retient ce critère, mais la situation actuelle n’a vraiment rien de drôle.

mdavid@ledevoir.com

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Malcom X

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Malcolm X, figure complexe de la lutte des siens

Il y a 48 ans, l’inclassable prédicateur était assassiné

Malcolm Reid, Le Devoir, 21/02/13
Un des leaders noirs les plus célèbres du XXe siècle, Malcolm X, est mort à l’âge de 39 ans il y a 48 ans. Ce personnage complexe, voire insaisissable, nous a tant influencés. Que croyait ce célèbre prédicateur ? Que prêchait-il ? Pourquoi est-il important, encore aujourd’hui ?

J’avais 20 ans quand je l’ai découvert. Il faisait sensation chez les noirs américains. Ce prédicateur islamique portant le même prénom que moi m’a immédiatement fasciné. J’étais un Blanc qui suivait la lutte des Noirs de près, donc la coïncidence des prénoms ne me déplaisait pas. Même qu’à cause de lui, désormais, il fallait que j’explique ce prénom écossais. Au Kansas, en mai 1925, un couple de noirs, monsieur et madame Little, l’avait donné à leur nouveau-né. Plus tard, le garçon avait décidé que puisque le patronyme « Little » descendait d’un maître d’esclaves, il devait le biffer avec un grand « X ». Mais le Malcolm resta, fièrement porté.

Martin Luther King, son grand rival, prônait la lutte pour l’égalité par les moyens non violents. Malcolm X avait un ton beaucoup plus ferme et a souvent été caractérisé comme un violent. C’était mal comprendre l’homme. Malcolm n’a jamais proposé ou exécuté des actes politiques violents. Seulement, il avertissait : si l’establishment blanc continuait d’écraser les noirs, la violence allait éclater. Malcolm était un génie de la négativité. Il dénonçait, avec une grande verve.

Quelles étaient ses solutions de rechange ? Sur ce sujet, l’année 1964 fut décisive. Jusque-là, Malcolm avait été encadré par une grande organisation religieuse dont il n’était pas le chef. C’était la Nation of Islam, populairement connue comme « les musulmans noirs ». Le chef en était Elijah Muhammad, qui avait façonné l’idéologie de supériorité noire et de saine séparation d’avec les États-Unis blancs. En 1963, Muhammad avait imposé le silence à Malcolm X, son orateur le plus efficace. Car ses discours penchaient toujours à gauche. Finalement, en mars 1964, Malcolm a rompu ses liens avec l’organisation. Il a dit à un journaliste du New York Times : « Désormais, ce sera différent. J’interviendrai dans les luttes noires à travers le pays. Je prêterai main-forte aux Noirs en lutte. »

Une vie trépidante

Ce qu’il a fait. Commença alors une trépidante série de discours, d’interviews, d’apparitions télévisuelles. Des voyages à la Mecque et en Europe. L’idéologie de Malcolm X a émergé. Elle s’avéra progressiste et tiers-mondiste.

Une idéologie en fusion, évoluant de semaine en semaine. (Malcolm n’a pas cessé d’être un croyant. Dans les dernières semaines de sa vie, il a dit : « Je crois à un seul Dieu. Ce Dieu a enseigné la même foi à tous ses prophètes, j’en suis persuadé. »)

Il fallait maintenant reconnaître que foi et lutte politique n’étaient pas la même chose. Pour la foi, il a fondé la « Muslim Mosque Inc. » Pour la lutte politique, il a fondé la « Organization of Afro-American Unity ». Là-dedans, tous les Noirs étaient invités, musulmans ou non. Et à l’étonnement de tous, les non-Noirs étaient invités aussi ; s’ils étaient antiracistes !

Malcolm changeait. Le 29 mai 1964, cette question émerge du public : « De quel système politique et économique Malcolm X est-il partisan ? ». Il répondit : « Je ne sais pas. Mais je ne suis pas dogmatique. Comme je l’ai déjà dit, tous les pays qui sortent aujourd’hui des fers du colonialisme se tournent vers le socialisme. Ce n’est pas un accident, je pense. La plupart des puissances coloniales étaient des pays capitalistes, et les États-Unis sont le dernier rempart du capitalisme. Il est impossible pour un Blanc qui croit au capitalisme de ne pas croire au racisme. Le capitalisme ne saurait aller sans le racisme. Et lorsque vous avez la certitude au cours d’une discussion avec un Blanc qu’iI n’y a pas de place pour le racisme dans sa philosophie, c’est ordinairement qu’il s’agit d’un socialiste ou d’un homme dont la doctrine politique est le socialisme. »

« Il s’agit d’un homme… » Il y avait peu de féminisme en Malcolm ! Été 1964, le manifeste du groupe : « Nous nous consacrons à la construction d’un système politique, économique et social de justice et de paix. » Un document de centre gauche peut-être, influencé par l’anticolonialisme de Frantz Fanon et par l’Algérie nouvellement indépendante, louangeant aussi les grandes chartes des droits de la personne. C’était la grande profession de foi politique de Malcolm X.

Son mouvement fit long feu, cependant. Le dimanche 21 février 1965, Malcolm X a été abattu par des tireurs de la Nation of Islam, possiblement aidés par les autorités ou par la pègre. Cela reste flou. C’est arrivé à la Audubon Ballroom à Harlem, où il parlait chaque semaine en 1964-1965. Ses dernières paroles, il les a prononcées quand les assassins ont surgi de la foule avec des fusils dans leurs poches, mais faisant semblant d’être seulement des admirateurs de Malcolm en querelle personnelle. « Hold it, brothers ! », a-t-il crié, tendant son bras droit vers les hommes querelleurs. « Cool it. Don’t get excited. Come on, let’s cool it. » Ces paroles seront ses dernières.

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Malcolm Reid – Auteur de Notre parti est pris. Un jeune reporter chez les écrivains révolutionnaires du Québec, 1963-1970 (PUL, 2009)
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Tomahawk

Un poème de Christian Saint-Germain

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Les 50 ans du New York Review of Books

Une entrevue avec Robert Silvers, 83 ans, fondateur et rédacteur en chef du New York Review of Bookscq5dam.web.1280.1280

Cinquante ans de Review

Un bimensuel exigeant et influent

 Sylvain Cypel, Le Monde, via Le Devoir 16 février 2013
New York – C’est la revue littéraire la plus célèbre du monde. Bimensuelle, la New York Review of Books – la Review tout court – fête son cinquantenaire (son numéro 1 est paru le 1er février 1963). « Littéraire » est à comprendre dans un sens strict et large à la fois. L’exigence d’écriture y est primordiale et rien de ce qui est écrit ne lui est étranger : des relations internationales au roman, de l’art aux neurosciences… Son concept a d’emblée consisté à réinsérer le rapport à l’écriture et à la culture dans leur environnement politico-socio-économique, ensuite à promouvoir la valeur intrinsèque du texte critique.
Poètes et écrivains, historiens, scientifiques… La liste de ceux qui ont publié dans ses colonnes en cinquante ans remplirait un bottin d’une rare qualité. Un bottin qu’un Tom Wolfe a jugé mondain : la Review est « l’organe théorique du chic radical », disait-il en 1970. De fait, celle-ci s’est inscrite dans la mouvance du progressisme, comme nombre de ceux qui y ont contribué. Mais sa qualité et sa notoriété se sont si largement imposées que, d’Isaiah Berlin à George Kennan, ou de Vladimir Nabokov à Saul Bellow, beaucoup y ont trouvé leur place qui auraient récusé une identité « progressiste ». Aucune autre revue n’a eu, en un demi-siècle, autant d’influence sur la vie intellectuelle américaine et internationale.
Rencontre avec Robert Silvers, son rédacteur en chef, qui veille à leur qualité depuis le début. À 83 ans, ce bourreau de travail, insatiable perfectionniste, continue de passer même ses week-ends à relire la moindre ligne à paraître dans le numéro suivant (et à pester contre les manquements qu’il décèle dans celui qui vient de sortir).
En lançant la Review, en février 1963, qu’aviez-vous en tête ?

En 1959, [la critique] Elizabeth Hardwick avait publié dans la revue Harper’s, où je travaillais, un article intitulé « Le déclin de la critique de livres ». Elle y expliquait combien y dominaient l’absence de ton et la tiédeur du fond. Propriétaire d’Harper’s, le patron de la maison d’édition Harper Row a très mal pris la chose. Mais moi, j’adhérais à l’idée de l’affadissement de la critique. Quatre ans plus tard, avec Elizabeth, Jason et Barbara Epstein (décédée en 2006), qui deviendra codirectrice avec moi, nous avons lancé la Review. Notre ambition était de revaloriser l’engagement du critique et la qualité de l’écriture. L’idée neuve consistait à faire appel à de grands auteurs pour parler de livres. La plupart ont immédiatement répondu favorablement. Le premier numéro comprenait des articles sur des oeuvres de James Baldwin, Arthur Schlesinger, Jean Genet, J. D. Salinger, Simone Weil, etc., et des critiques tels Norman Mailer, Mary McCarthy, Gore Vidal, William Styron, Susan Sontag… On en a très vite vendu 100 000 ! À l’évidence, la demande existait. […]

En 2008, dans Les dilemmes d’un rédacteur en chef, vous écrivez : « Dès le début notre inclination a été de prendre le parti des gens ou des groupes souffrant des pouvoirs de l’État. » Ni progressiste ni conservatrice, mais du côté de ceux qui souffrent des abus des puissants : telle serait l’identité de la Review ?

Oui. Cela ne signifie pas être dénué de direction politique ou culturelle. Mais nous avons été les premiers à publier aux États-Unis les écrits de Simon Leys sur la Chine. Nous avons vite perçu l’urgence de la question des droits de l’homme dans les États totalitaires et publié Adam Michnik, Vaclav Havel, Andreï Sakharov. Nous avons aussi diffusé un rapport non public de la Croix-Rouge où elle usait expressément du terme « torture » quand le gouvernement Bush la niait.

En 50 ans, quel a été l’impact de la Review sur le débat intellectuel aux États-Unis ?

Je suis incapable de répondre. Les articles sont des actes de foi dont on ne connaît jamais l’effet à long terme. Cela dit, dès notre première année, le président Kennedy est assassiné. La guerre du Vietnam a commencé. Peu après, nous avons publié l’article de Noam Chomsky sur la « responsabilité des intellectuels » (23 février 1967) devant une guerre injustifiée moralement et politiquement. Cela ne nous a pas empêchés de publier sur le sujet des textes d’auteurs aussi différents que George Kennan, Hannah Arendt ou Hans Morgenthau. Ni celui du prêtre André Gelinas sur les atrocités des Nord-Vietnamiens à Saïgon après leur victoire. La Review s’est beaucoup exprimée sur les droits civiques et la guerre du Vietnam parce que ces thèmes ont marqué une génération d’auteurs américains. En même temps, nous avons publié la critique de Jacques Derrida par [le philosophe américain] John Searle. […]

Nous avons toujours demandé à des esprits critiques de s’engager dans les débats saillants d’une époque. Ce qui me rend fier, c’est que, parmi les opposants à la guerre du Vietnam, beaucoup refusaient de tenir compte de la répression sauvage dans les pays communistes. Or, sans maintenir le cap sur la critique du bloc soviétique ou la révolution culturelle en Chine, nous n’aurions pas subsisté. De même, depuis les années 1990, nous sommes très préoccupés par les conséquences de l’islam politique pour l’avenir. Les sociétés musulmanes toléreront-elles les valeurs fondamentales de toute l’humanité ? Et comme dans le cas des totalitarismes soviétique et chinois, la Review doit tenir compte de la part jouée par le caractère hypermilitarisé de la réaction américaine à ce phénomène.

Pourquoi la Review n’a-t-elle pas essaimé dans des pays non anglophones ?

Nous avons eu beaucoup de contacts, mais il faudrait trouver un partenaire qui défende la même conception de la critique et de l’indépendance que nous. Aux États-Unis, les presses universitaires constituent un cadre de diffusion unique en son genre. Le soutien d’une vie culturelle institutionnelle et d’une communauté universitaire est un élément crucial du succès, que nous n’avons pas trouvé ailleurs.

La qualité de la critique est-elle menacée aujourd’hui ?

L’esprit critique n’est affaire ni de tendance ni d’école. Il n’est pas plus difficile qu’il y a 50 ans de trouver de bons auteurs. La profondeur de la connaissance, la finesse de la perception perdurent.

La révolution Internet jouit d’une « absence quasi totale de critique », avez-vous écrit récemment. Pourtant, des milliers de livres se publient sur ce sujet…

Oui, mais peu s’intéressent à l’influence d’Internet et des nouveaux médias sur la pensée, les sentiments, les relations humaines, la responsabilité politique. Beaucoup de jeunes voient leurs vies guidées par les médias sociaux. Or, pour le moment, l’attractivité des nouveaux moyens de communication résiste à toute approche critique externe qui leur appliquerait des règles d’évaluation. On estime ces évolutions définitivement acquises, ce qui n’est jamais le cas. Certes, nous avons publié Robert Darnton (directeur de la bibliothèque d’Harvard) sur l’avenir du livre. Mais les évolutions actuelles mériteraient de notre part beaucoup plus d’attention. Une bibliothèque numérique universelle serait une percée majeure, mais poserait des problèmes commerciaux et intellectuels énormes. La critique littéraire s’est encore peu penchée sur ces sujets. […]

Avez-vous des inquiétudes pour l’avenir de l’écrit ?

Aucune. En revanche, j’en nourris pour sa qualité. Twitter, c’est 140 caractères maximum. Ça limite les possibilités, même si cela peut aussi susciter des aphorismes inattendus.

« La question consiste à savoir comment peuvent être préservées les fonctions, la connaissance et la culture que la technologie inventée par Gutenberg a permis de diffuser », avez-vous écrit…

C’est essentiel. Parce que, de Platon et Aristote à Marx et Freud en passant par Machiavel et Erasme, il existe une continuité de pensée qui ne peut se perdre sans dommage. Le plaidoyer pour la paix, d’Erasme, a aujourd’hui plus de sens que jamais.

Avez-vous un blogue personnel ?

Certainement pas ! Un rédacteur en chef n’est pas là pour dire ce qu’il pense.

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Violence répressive au Québec? You bet!

En regardant cette vidéo, une pensée de Pascal à méditer sur la dialectique de la justice et de la force, pour bien comprendre et dénoncer les dérives de l’État du Québec:

«Justice, force. – Il est juste que ce qui est juste soit suivi, il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi. La justice sans la force est impuissante; la force sans la justice est tyrannique. La justice sans force est contredite, parce qu’il y a toujours des méchants; la force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force; et pour cela faire que ce qui est juste soit fort, ou que ce qui est fort soit juste.»

Pascal, Pensées, Éd. Brunschwicg, #298, p 470.

Pétition: Ensemble, exigeons une commission d’enquête publique sur la violence policière de 2012

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Toute l’histoire en deux minutes!

«it is a tale
Told by an idiot, full of sound and fury,
Signifying nothing.»

Shakespeare, Macbeth, Acte 5, scène 5

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La bilinguisation de l’université de Montréal

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Quelle place pour l’anglais à l’UdeM?

par Christophe Perron-Martel

Malgré une politique linguistique garantissant l’utilisation du français, l’anglais s’immisce dans la quatrième université francophone au monde. La communauté universitaire constate que le bilinguisme est devenu un passage obligé.

« Au début, c’était un choc de voir toutes les lectures obligatoires en anglais», admet le président de l’Association des étudiants en science politique et études internationales de l’UdeM (AESPEIUM) et étudiant au baccalauréat en science politique, Nicolas Lavallée. «On comprend assez vite qu’on n’a pas le choix, car la majorité des travaux universitaires en sciences politiques est publiée en anglais.»

Dans le cadre d’un cours portant sur le Moyen-Âge, l’étudiant en histoire Samuel Lapierre a dû analyser un long texte en anglais pour son examen de fin de session. « Je me débrouille bien en anglais, mais il me semble que nous sommes dans une université francophone, affirme-t-il. Certains étudiants ont trouvé comme moi que c’était exagéré.» Et, il n’est pas le seul dans cette situation. «Six étudiants sont déjà venus se plaindre des lectures en anglais pour le travail de session », confirme le professeur en histoire à l’UdeM François Furstenberg. Il affirme que ces étudiants étaient tous d’origine française. « Les Québécois sont généralement plus forts en anglais ou n’avouent pas qu’ils ont de la difficulté», croit le spécialiste de l’histoire des États- Unis.

Une langue omniprésente

Tous les étudiants ne voient pas les lectures en anglais d’un mauvais oeil. «On ne peut pas exclure le monde anglophone, estime l’étudiant en science politique Tom Nasr. L’ouver – ture sur le monde universitaire, c’est aussi l’ouverture sur ce monde-là. La langue anglaise permet de mieux saisir certains concepts.»

Plus l’étudiant avance dans son cursus universitaire, plus les lectures en français se font rares. «Aux cycles supérieurs, où les activités de recherche occupent une place centrale dans le parcours universitaire des étudiants, il est fort possible qu’une large part des lectures données par les professeurs soit en anglais», admet la vice-rectrice aux relations internationales, à la Francophonie et aux partenariats institutionnels de l’UdeM, Hélène David. Cette situation s’observe pourtant au premier cycle selon M. Furstenberg. « En première année, les lectures sont surtout en français, en deuxième année, c’est moitié-moitié et en troisième année, elles sont surtout en anglais.»

Ne recommander que des textes en langue française n’est pas toujours faisable selon la chargée de cours au département de communication de l’UdeM Joëlle Basque. Certaines théories sont parfois surtout abordées par la recherche universitaire anglo-saxonne. «Comme le stipule la politique linguistique de l’UdeM, je donne toujours l’équivalent en français d’un texte anglais si cela est possible», affirme Mme Basque.

Des professeurs en difficulté

Autre problème soulevé par les étudiants : des professeurs non francophones se retrouvent parfois à utiliser des mots anglais ou maîtrisent mal le français ce qui nuit à leur enseignement. « L’accent ne me dérange pas, mais il y a des responsables d’ateliers dont la mauvaise maîtrise du français complique la compréhension du travail», souligne l’étudiant en économie politique Antoine Phaneuf.

Selon Mme David, trois options s’offrent aux étudiants dans ce cas. « La première chose à faire est d’en parler avec l’enseignant concerné et, au besoin, avec le directeur de programme ou de département », explique-t-elle par courriel. Ce dernier pourra alors inciter le professeur à bénéficier du programme de perfectionnement du français offert par l’UdeM. Les étudiants peuvent aussi faire part de leur insatisfaction lorsqu’ils remplissent le questionnaire d’évaluation du cours en fin de session ou déposer une plainte auprès du bureau de Mme David.

Mme Basque juge que la candidature d’un professeur ne devrait pas être refusée même s’il ne maîtrise pas bien le français. «Dans mon département, les enseignants venus de l’étranger s’améliorent assez rapidement en français », dit-elle. Mme David partage cette opinion.« Toutefois, précise-t-elle, le titulaire d’un poste menant à la permanence qui ne connaît pas ou ne maîtrise pas suffisamment le français a […] un délai maximal de trois ans pour se conformer à la règle générale.»

Le président général de la Société Saint-Jean Baptiste, Mario Beaulieu, se montre plus sombre sur la situation du français à l’UdeM. «Tout se bilinguise, se désole celui qui a reçu des plaintes à ce sujet. Alors que le français est menacé à Montréal, on finance de manière disproportionnée des universités anglophones.» Selon une étude du politologue Marc Chevrier, les universités anglophones québécoises recevaient 27 % des subventions normées en 2008, bien que les Québécois de langue maternelle anglaise ne représentaient que 8,2 % de la population. M. Beaulieu estime que ce surfinancement incite les universités francophones à se bilinguiser pour attirer davantage la clientèle internationale et les subventions .

******

La politique linguistique de l’UdeM  :

• vise notamment à être conforme à la Charte de la langue française

• spécifie que l’udeM est clairement une université francophone à rayonnement international

• stipule que si un texte équivalent d’un texte anglais existe en français, c’est-à-dire aussi pertinent et de bonne qualité, il doit être priorisé • officialise, conformément à la Charte de la langue française, le droit de pouvoir travailler en français des employés de l’établissement

• précise que tous les employés doivent pouvoir communiquer de façon minimale en français et que l’employé souhaitant accéder à la permanence se doit de maîtriser le français dans un délai maximal de trois ans

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Pour télécharger ce numéro du QUARTIER L!BRE

BLx via Hugo Vaillancourt-Chapdelaine

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Une idée de l’université

Michel Seymour, professeur de philosophie à l’Université de Montréal, présente son livre Une idée de l’université, qui paraît cette semaine. De quoi nourrir la discussion en vue du Sommet sur l’enseignement supérieur.

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The world before her

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«The World Before Her, documentaire de Nisha Pahuja, réalisatrice torontoise, primé en 2012 dans plusieurs festivals (Tribeca, Hot Docs, etc.), se penche sur la condition de jeunes femmes qui suivent, dans une Inde en mutation, des trajectoires opposées. (…)

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The World Before Her suit Pooja, une jeune fille qui concourt avec d’autres pour le titre de Miss India ; le pouvoir de la beauté est souvent le seul qui permet à une femme d’acquérir gloire, fortune et indépendance, en étant repêchées par Bollywood, entre autres, mais une seule aura la couronne de Miss India et la notion même de liberté se mord ici la queue.

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À l’opposé, se trace le destin de Prachi, fondamentaliste hindou qui enseigne dans un camp féminin les techniques de guerre et la haine des autres : chrétiens et musulmans du pays.» Tragique mosaïque indienne, Le Devoir 18/01/13

Cinéma du Parc

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«Hi, bonjour»

Le PLQ et le français – Langue de la tribu

Antoine Robitaille, Le Devoir, 15/01/13

Pitoyable, il faut oser le terme (car « pathétique » serait un anglicisme…). Il faut l’oser pour qualifier nombre de commentaires sur la langue française tenus par des candidats à la direction du Parti libéral, lors de leur premier débat.

Le député de Châteauguay, Pierre Moreau, s’est particulièrement « illustré ». Il a soutenu qu’il fallait être fier des « Hi, bonjour » qu’on nous sert fréquemment dans les commerces de Montréal. Ce « Hi », s’est-il réjoui, traduirait l’aspect « international » de la métropole. Ce « Hi » s’adresse à un « touriste qui vient acheter dans ce commerce-là et participera au développement économique du Québec ». Et le « Bonjour », lui ? Il « s’adressera à tous les Québécois qui souhaitent se faire parler en français. C’est leur responsabilité de [répondre] : oui bonjour, servez-moi en français ».

Tant qu’à y être, accentuons le bilinguisme au centre-ville. Les touristes en seront rassurés. Un simple « bonjour » en omettant le « Hi » correspondrait à une fermeture. Au fait, retirons aux préposés des kiosques touristiques leur macaron « Bonjour », porté depuis des décennies. Ça ne fait pas assez « international ».

Pitoyable, donc, de voir le français de plus en plus souvent réduit, dans les discours libéraux, à la langue de la « tribu » des « Québécois d’ascendance canadienne-française » (selon l’étiquette du sociologue Gérard Bouchard).

Dans la bouche des candidats, le français ne peut jamais être un signe d’ouverture, de progrès. Toujours un « frein ». Dire qu’il y eut un chef du Parti libéral, Georges-Émile Lapalme, qui a déjà écrit (en 1959) que deux éléments permettaient aux Québécois d’avoir accès à l’« universel » : la démocratie et « le fait français ». Toute la Révolution tranquille imaginée par Lapalme passait par une véritable renaissance française. Celle-ci a eu lieu en grande partie.

Pour prendre conscience du pitoyable des échanges de dimanche, on relira le discours d’un autre chef libéral, Robert Bourassa, sur la loi 22, qui faisait de la langue française la seule langue officielle du Québec. Un « progrès », disait-il « pour la majorité francophone ». « Gouverner le Québec, déclarait-il le 15 juillet 1974, c’est s’assurer que l’État soit le gardien de la langue, c’est-à-dire de l’esprit français à tous les niveaux. »

Lapalme a séparé le PLQ du PLC en 1955. En 2013, on dirait qu’un triste rapprochement s’opère. Le site Internet du candidat Pierre Moreau et les communiqués du PLQ sont aussi ridiculement bilingues que la langue de Justin Trudeau. Dans certains discours, les candidats affirment que le français est la « langue commune » au Québec et que les anglophones sont maintenant en grande partie bilingues. Alors, pourquoi bilinguiser, de plus en plus ? Paradoxe. La réponse, Philippe Couillard l’a peut-être donnée, en entrevue au Devoir la semaine dernière : « Il faut faire attention à la tentation de la majorité francophone, qui est nous, d’imposer sa vision aux autres communautés. » Autrement dit, la tribu ne doit pas trop s’affirmer. Pitoyable.

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Pékin disparaît sous le smog

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A Pékin, la pollution de l’air pulvérise les normes de l’OMS, Le Monde, 14/01/13

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Grève de la faim de Theresa Spence

Les autochtones et la «gastropolitique» du colonialisme

Jean François Bissonnette – Chercheur postdoctoral au King’s College, Londres

C’est une tradition solidement ancrée, en ce temps-ci de l’année, que de se « bourrer la face » en famille. Modalité commensale de ce que Marcel Mauss appelait l’« expression obligatoire des sentiments », cet empiffrage collectif est censé nous rappeler à nos filiations généalogiques et nous rendre le goût du vivre-ensemble. Appelons cela, si l’on veut bien, une gastropolitique des alliances familiales qui se nourrit à l’imaginaire de notre enracinement dans le terroir, à la froidure des « quelques arpents de neige » défrichés par nos vaillants ancêtres les colons.

Or, cette année, entre deux rots bien sentis et satisfaits, certains de nos concitoyens ont peut-être été témoins d’une action gastropolitique dont le contraste avec la forme gargantuesque, dépensière et foncièrement passive qui les alourdit et les tient occupés ne saurait être plus frappant. Depuis le 11 décembre, en effet, à deux pas du parlement fédéral, la chef Theresa Spence mène une grève de la faim.

Ici encore, l’alimentation, ou, dans ce cas, la privation volontaire de nourriture, renvoie à une certaine idée du territoire. Dans sa négativité, le geste de la chef Spence témoigne cependant d’un imaginaire spatial renversé, marqué par la blessure de la dépossession. Cette grève de la faim n’est pas que le reflet douloureux de nos ripailles festives. Elle manifeste aussi le rapport de force sur lequel se fonde notre manière d’habiter le pays, qui s’exerce, depuis des siècles, au détriment de ses premiers occupants.

Résistance

Dans la souffrance de sa chair affamée, la chef Spence exprime celle des Premières Nations, toujours soumises au joug d’un colonialisme qui ne s’avoue même pas. Et qui les broie corps et âme. Dans sa détermination à endurer la faim, elle rend tangible également la résilience des peuples autochtones, trop souvent « invisibles » – comme les a qualifiés Richard Desjardins – et qui refusent pourtant de disparaître. La chef Spence incorpore ainsi une volonté qui transcende largement sa personne. Elle fait de son corps privé, évidé, la caisse de résonance d’un cri qui retentit d’un océan à l’autre : Idle No More !, slogan intraduisible qui évoque à la fois une résistance et une mise en mouvement.

Ce mouvement prend prétexte de certaines dispositions du plus récent fourre-tout législatif concocté par le gouvernement conservateur, qui attentent à la protection du territoire et des milieux aquatiques ainsi qu’à l’autorité des conseils de bande, afin de rappeler la Couronne canadienne à ses obligations. Il fait valoir qu’en vertu des traités conclus jadis, les autochtones conservent une pleine souveraineté sur leurs terres ancestrales, pourtant laminées au nom d’un développement économique effréné dont ils subissent les contrecoups sans jamais en partager les fruits.

En conséquence, ce sursaut politique des premiers peuples vise également à dénoncer les conditions indignes dans lesquelles ils sont sciemment maintenus, ainsi qu’en témoigne éloquemment la misère qui afflige la communauté d’Attawapiskat, dont Theresa Spence est la chef. Logements insalubres et surpeuplés, manque d’accès à l’eau potable, coûts exorbitants des aliments, défaut de soins de santé et carence de moyens éducatifs, ces symptômes d’une pauvreté matérielle criante sont autant de blessures à la fois physiques et morales.

Aussi cette grève de la faim concentre-t-elle sur le corps de la chef Spence la situation politique paradoxale dans laquelle se retrouvent aujourd’hui les autochtones canadiens, eux qui doivent, d’une part, réaffirmer constamment les droits qu’ils détiennent sur les territoires auxquels ils ont toujours dû leur existence et, d’autre part, à défaut de parvenir jamais à une autonomie politique effective, revendiquer que l’État leur alloue ne serait-ce que le minimum décent afin de ne pas crever comme des chiens.

Deux « rationalités politiques »

C’est ainsi qu’ils se trouvent coincés entre deux « rationalités politiques », pour reprendre le concept de Michel Foucault, qui jouent toutes deux à leur détriment, pris qu’ils sont entre le vieux droit du souverain qui pille leurs terres et y prélève de quoi garnir ses trésors et la normativité quasi génocidaire d’un État bureaucratique qui veille tout juste à les maintenir en vie, ce dont maints citoyens repus, indifférents, et convaincus de leur privilège impérial, jugent en toute bonne conscience que c’est déjà trop leur « donner ».

« Faire vivre et laisser mourir », disait Foucault, telle est la logique qui, conjuguée à une conception colonialiste de la propriété foncière, fonde le régime politique qu’est le nôtre, et qui pèse comme un destin sur le corps de Theresa Spence et des siens. « Faire vivre », à la lisière de ce que Giorgio Agamben appelle la « vie nue », la vie politiquement réduite à la simple survie biologique, voilà tout ce qu’il leur semble possible d’attendre de l’État à défaut de bouleverser radicalement les bases mêmes de la société canadienne. Et « laisser mourir », a contrario, telle paraît bien être la position de Stephen Harper à l’égard de la chef crie, lui qui ne daigne même pas réagir à sa faiblissante interpellation.
Reconnaissons, dans la disposition sacrificielle de Theresa Spence, dans la douleur qu’elle s’inflige au nom de son peuple, une forme supérieure de la critique, qui radicalise et pousse jusqu’à sa limite ultime la situation politique qui est faite aux Premières Nations. Délibérément, elle fait de son corps une offrande. Il y a en cela quelque chose de spectaculaire, et en même temps d’infiniment modeste. Il faut bien, pour qu’elle porte écho et vienne travailler nos consciences, jusqu’à nuire à notre digestion des restes du festin de Noël, que sa souffrance soit publique. C’est en cela qu’elle nous rend tous imputables de son sort.

Source: Le Devoir, 31/12/12

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