Archives de Catégorie: Philosophie

Martin Luther King et l’homme blanc Hegel

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Plus que Gandhi, c’est l’étude de la dialectique de Hegel qui aurait inspiré Martin Luther King dans sa marche pour la liberté!

Although the course was mainly a study of Hegel’s monumental work, Phenomenology of Mind, I spent my spare time reading his Philosophy of History and Philosophy of Right. There were points in Hegel’s philosophy that I strongly disagreed with. For instance, his absolute idealism was rationally unsound to me because it tended to swallow up the many in the one. But there were other aspects of his thinking that I found stimulating. His contention that “truth is the whole” led me to a philosophical method of rational coherence. His analysis of the dialectical process, in spite of its shortcomings, helped me to see that growth comes through struggle.

Ainsi, selon Nolan Gertz «Dr. King not only fought White America, but he did so by turning the ideas of dead white men against the oppressive practices of living white men.»

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Le système de Hegel schématisé par Martin Luther King

Sources:

How Martin Luther King, Jr. Used Hegel, Kant & Nietzsche to Overturn Segregation in America

Martin Luther King and Continental Philosophy

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BICENTENAIRE DE L’OEUVRE DE MARY SHELLEY

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Le monstre de Frankenstein qui parlait français

Annik-Corona Ouellette – Enseignante au cégep de Saint-Jérôme, auteure, avec Alain Vézina, de «Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley» (2009) et de «Le vampire : anthologie des textes fondateurs» (2014), aux éditions Beauchemin

En 1816, la jeune Mary Wollstonecraft Shelley commence la rédaction de son oeuvre-culte : Frankenstein ou le Prométhée moderne. Roman du progrès s’il en est un, chaque génération y perçoit en miroir les révélations de sa propre époque. Publié à Londres en 1818, le roman de Shelley se déroule en Europe, à la fin du XVIIIe siècle, ère de profondes révolutions politiques, sociales et scientifiques. Pour le bicentenaire de sa création, il convient aujourd’hui de céder la parole au plus étonnant des ambassadeurs fictifs de l’Angleterre, le fils non reconnu de Victor Frankenstein. Celui que l’on reconnaît habituellement à ses grognements sourds et au bruit lourd de son pas ne mérite certainement pas les surnoms avilissants dont on l’a affublé : monstre, momie, vil insecte ou encore démon. Non, cet homme nouveau, pourtant laissé à lui-même, aura même le français comme « langue maternelle », tout comme son père.

La science en français

En effet, Victor Frankenstein, plus connu comme l’archétype même du savant fou, est — à l’instar de Jean-Jacques Rousseau — un citoyen de Genève. S’il s’exprime aisément en anglais et en allemand, Frankenstein est tout de même heureux de rencontrer en voyage d’autres personnages qui comprennent « la langue de [s]on pays ». Walton, un explorateur anglais à qui il confiera toute son histoire, remarque aussi qu’il a un « accent étranger ». Si Mary Shelley fait ce choix, c’est peut-être parce qu’elle est justement en voyage au lac Léman au moment de la genèse de son oeuvre. Les lieux pouvaient bien l’influencer… Pourtant, ce n’est plus un hasard si elle fait de la créature de Frankenstein un francophone d’adoption. Victor parachève son oeuvre au mois de novembre, après deux ans de gestation dans un laboratoire secret dans la ville d’Ingolstadt, en Allemagne, où il étudie. C’est seulement en voyant sa créature animée qu’il saisit toute l’horreur de son sacrilège. Abandonnée à son sort, elle s’égare dans la ville, endure les injures comme les projectiles. Le monstre trouve alors refuge en campagne dans une petite cabane de bois, espérant se protéger à la fois des intempéries et de « la barbarie des hommes », confie-t-il à son créateur lorsqu’il le revoit deux ans après sa naissance.

Un élève clandestin

Pendant plusieurs mois, le monstre reste tapi dans sa cachette puisqu’elle est annexée à une chaumière. Grâce à un interstice entre les planches de bois, il peut à loisir espionner la famille qui y vit, les De Lacey. Ces derniers habitaient Paris avant d’être exilés par un décret royal. Le père aveugle, sa fille Agathe et son fils Félix peinent à survivre dans cette campagne allemande. Se prenant d’amitié pour eux, le monstre leur rend service la nuit : il ramasse des racines, cueille les légumes et coupe du bois… Il se surprend ainsi à désirer être aimé, car sa famille d’adoption pense qu’un « bon génie » veille sur elle. Résolu à se montrer un jour, le monstre pense que sa capacité à communiquer avec eux pourrait faire oublier la « difformité » de son aspect. Il explique encore à son créateur comment il a pu réaliser sa différence : « J’avais admiré les formes accomplies de mes voisins, leur grâce, leur beauté et leur teint délicat ; mais combien je fus effrayé quand je me vis dans une eau transparente ! Je reculai d’abord, me refusant à croire que je me fusse réfléchi dans ce miroir ; convaincu enfin que j’étais en réalité le monstre qui est devant vous, je fus pénétré du plus profond désespoir et de la mortification la plus cruelle. » Narcisse déçu, le monstre ne cherchera plus à contempler son reflet dans l’onde. Il voit pourtant dans le langage — et avec raison — la possibilité de se faire accepter par les autres.

Moment-clé de la formation de son identité, l’arrivée de Safie, la fiancée arabe de Félix, lui permet de suivre de véritables leçons de français, de la langue orale à l’alphabétisation, puis à la compréhension d’oeuvres aussi denses que Les ruines, de Volney. La famille De Lacey lui sert de modèle, ce qui contribue à son éducation comportementale. Le monstre apprend rapidement à enrichir son vocabulaire et à maîtriser la « science des lettres ». Lorsqu’il maîtrise un mot qui désigne chaque fois un concept différent, il consolide sa vision du monde, mais, à l’encontre du processus ordinaire, il saisit l’acte de lecture presque simultanément avec celui de la parole. Séquestré volontairement, le monstre s’éduque, ou plutôt est éduqué par des« précepteurs » idéals, c’est-à-dire qu’ils ignorent leur condition de pédagogue ! Lorsqu’il se présente au père De Lacey, aveugle, qui lui demande s’il est un compatriote français en l’entendant, le monstre est fier de lui préciser qu’il s’agit de sa langue maternelle.

Un monstre érudit

La bibliothèque réelle que donne Mary Shelley à sa créature fictive s’avère particulièrement riche. Il est étonnant de voir que celui qui a appris à reconnaître ses premiers mots quelques mois auparavant — feu, lait, pain et bois — peut maintenant disserter sur les malheurs de Werther, la chute de Rome et la principale cause de la guerre, soit l’intolérance religieuse !

Un curieux hasard veut que, dans la forêt située non loin de la chaumière, le monstre trouve une mallette contenant plusieurs livres. Il est satisfait de pouvoir mettre en pratique ses leçons : « Heureusement, les livres étaient écrits dans la langue dont j’avais appris les éléments à la chaumière. » C’est à partir de ces diverses lectures qu’il prend réellement conscience de qui il « peut » être. Ces oeuvres, bien choisies par Mary, préparent donc le monstre à accueillir l’effroyable vérité sur son origine maudite. Shelley fait lire Goethe et Milton à sa créature qui, dans leurs oeuvres, s’identifie à Werther ou aux héros du Paradis perdu. Ses expériences de lecteur lui font développer sa pensée et sa capacité de raisonner. Ce sont ses lectures qui lui permettent de s’exprimer devant son créateur avec autant d’éloquence. Victor lui reproche même sa rhétorique persuasive et avoue qu’il doit céder à son désir de lui fabriquer une fiancée, tant le monstre sait le convaincre de la justesse de cette demande, notamment en faisant référence à l’Ève d’Adam. L’image biblique prouve encore une fois toute l’intelligence de la créature, qui assimile les personnages duParadis perdu et les adapte à sa situation. Si le monstre horrifie les hommes par son apparence repoussante, il réussit à convaincre son créateur par son don de la parole maintenant parfaitement maîtrisée.

Un hommage à Rousseau

L’oeuvre de Mary Shelley s’entrevoit ainsi comme un roman d’éducation où cette créature, formée de morceaux épars de divers cadavres, souhaite ardemment survivre dans un monde qui lui est hostile. Autodidacte, ce monstre répond, d’une étrange façon, il est vrai, au désir de Rousseau — le pédagogue — de voir surgir un être nouveau, né grand et adulte. D’une part, le monstre incarne à lui seul le mythe du « bon sauvage » en vivant à l’état de nature et, d’autre part, une fois civilisé, il rend compte du processus éducationnel, à travers divers apprentissages, qui fait passer de la nature à la culture. Enfin, cet « Émile » méconnu enseigne à ses lecteurs qu’il était, à l’origine, naturellement bon et que la société des hommes l’a corrompu à un point tel qu’il en sera toujours exclu. À cause de toutes les souffrances qu’il a endurées, lui qui devait être un « nouvel Adam » se compare désormais à Satan : « Semblable au chef des démons, je portais l’enfer en moi-même ; sans avoir son génie, je voulais déraciner les arbres, répandre le ravage et la destruction autour de moi et, après avoir assouvi ma fureur, m’asseoir sur les ruines et en jouir. »

À partir du moment où le monstre devient dépendant du regard et du mépris des autres hommes, le lien se brise : sa « sauvagitude » disparaît et, avec elle, l’état naturel. Car l’homme sauvage ne vit que par lui, en lui et pour lui. Si, comme Rousseau l’écrit, « le pur état de nature est celui de tous où les hommes seraient le moins méchants », cet état n’existe plus chez le monstre dès qu’il décide d’orienter sa vie en fonction de la vengeance contre son créateur. Ce glissement sert de pont entre son « état de nature » et son « état de société ». S’il ne peut être aimé et heureux, il choisit de nuire à ceux qui le peuvent ! L’état de société justement « inspire à tous les hommes un noir penchant à se nuire mutuellement », précise Rousseau dans sonSecond Discours.

À la croisée des mythes de l’apprenti sorcier, du golem et des pygmalions de tout acabit, Frankenstein se distancie de ses précurseurs par son émergence dans la tradition moderne, la science se substituant aux pouvoirs de la magie et des dieux grecs. Et ce monstre qui en résulte porte bien son « titre », tout compte fait, car, même s’il est connoté négativement, il désigne pertinemment toutes les facettes de son identité. Son étymologie latine, monstrum, signifie à la fois « prodige » et « avertissement », ce qui ne saurait mieux traduire la pensée de Rousseau, qui voyait dans le progrès même l’avènement de la corruption.

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La liquidation programmée de la culture

Des professeur-e-s de CÉGEP s’opposent à la création du Conseil des collèges

L’association des professeurs de philosophie des CÉGEP du Québec, la Nouvelle alliance pour la philosophie au collège (NAPAC), s’oppose à la création d’un Conseil des collèges, puisque le projet, dans sa forme actuelle, est animé par des orientations utilitaristes reprenant la rhétorique de l’arrimage école-marché au détriment de l’équilibre entre technique et culture qui est au fondement de la mission des CÉGEP. C’est ce que les professeur-e-s ont fait valoir aujourd’hui dans un mémoire déposé dans le cadre des consultations ministérielles visant la constitution d’un Conseil des collèges, d’un Conseil des universités et d’une Commission mixte de l’enseignement supérieur. 
 
Depuis deux ans, suite à la parution du rapport Demers, la NAPAC a dénoncé cette insistance à vouloir dénaturer l’institution collégiale et s’est inquiétée de la remise en cause de la formation générale, notamment à travers l’ouvrage La liquidation programmée de la culture (Liber, 2016). La ministre Hélène David s’est depuis engagée à maintenir la formation générale dans son intégralité et son intégrité, ce qui est d’une importance cruciale pour les professeur-e-s soucieux d’assurer une formation citoyenne et culturelle de la jeunesse québécoise. Ceci dit, des problèmes importants subsistent dans les orientations du projet de création d’un Conseil des collèges. 
 
La NAPAC n’était pas a priori opposée à la création d’un tel Conseil. Hélas, dans le document de consultation, l’enseignement supérieur continue d’être considéré et évalué à travers le seul prisme réducteur de l’arrimage de l’école à l’industrie. Un Conseil des collèges orienté de cette manière institutionnalise les aspects les plus problématiques du rapport Demers. Aux demandes d’abolition de la Commission d’évaluation de l’enseignement collégial (CEEC), réclamée par le milieu de l’enseignement, on a répondu par la proposition de créer un Conseil des collèges et une Commission mixte de l’enseignement supérieur qui reprendraient à leur compte la mission de la CEEC, en l’élargissant. Ce Conseil aurait ainsi pour fonction d’évaluer les collèges du Québec sur leur capacité à intégrer des pratiques importées de l’international dont la finalité est la reconversion marchande et commerciale de l’éducation. 
 

Depuis le rapport Parent et la création du ministère de l’Éducation du Québec, les normes encadrant l’enseignement supérieur sont déterminées politiquement et nationalement. On propose ici de décentraliser et de dépolitiser la production de ces normes. D’abord, on propose d’assouplir plusieurs dispositions du Règlement sur le régime des études collégiales (RRÉC) afin que les collèges puissent offrir de la formation à la carte, écourtée, sur mesure, individualisée ou adaptée aux « besoins » de l’industrie locale, ce qui pose des problèmes de cohérence nationale et de reconnaissance des diplômes.  Deuxièmement, on propose de soumettre les collèges à l’évaluation en continu (l’assurance-qualité, un concept provenant du management privé) d’un nouvel organisme qui aurait aussi pour tâche d’arrimer « l’évolution » en continu de l’école au « progrès continu » de « l’environnement » qu’est le marché international. Ce nouvel organisme aurait de plus pour tâche de recopier au Québec les « meilleures pratiques », vocabulaire issu du benchmarking qui signifie reprendre pour soi les pratiques des agents les plus concurrentiels dans un marché tourné vers les seules cibles de la rentabilité et de la productivité.

C’est pourquoi la NAPAC s’oppose à la création d’un Conseil des collèges, tant qu’il sera inspiré par une mentalité et des orientations commerciales; c’est également pourquoi les professeur-e-s enjoignent le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur de reprendre ses responsabilités et son autorité politique en matière d’éducation plutôt que de confier le pilotage du réseau des collèges à une mécanique inféodée aux dynamiques de la mondialisation marchande.

Une copie du mémoire est disponible ici :

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Justin Trudeau en Alcibiade

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Justin Trudeau ou le petit Alcibiade canadien

Marc Chevrier

Il est jeune, il est beau; il a fière allure; par sa prestance fougueuse, où qu’il entre, il ne passe pas inaperçu. Conscient de son pouvoir de séduction, il est l’ami, le gendre, l’amant, le fils idéal des femmes, et le fils, le neveu, le confrère rêvé des hommes, petits et vieux. Il sait se faire remarquer et impressionner le tout-venant par ses extravagances. Il vient d’une noble famille au nom prestigieux, d’où qu’il ait déjà frayé avec les puissants de la cité. Sa bravoure, qui frise l’inconscience, paraît un gage de réussite pour toute nouvelle entreprise. Il ne dédaigne pas les plaisirs de la vie et tendre l’image de l’éternelle jeunesse, à l’ardente spontanéité. Malgré les défauts de son élocution et ses maladresses de langage, il parvient par ses discours et gestes à enthousiasmer les foules. Et surtout, il nourrit de grandes ambitions. Fort de sa parenté avec le plus fameux législateur et stratège de la cité, il compte sur l’aura de son ascendance pour conquérir le pouvoir. Quel est son but ?: convaincre le peuple de lui remettre la suprême magistrature pour remédier aux maux de son temps. La suite ici

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Plus de gros dodo?

Depuis quelques mois, le réveil aux aurores des maîtres du monde est présenté comme la recette de leur réussite. Devancer le chant du coq serait même le secret d’une productivité hors norme.

La dictature de l’insomnie

Le nouveau mantra des dévots de l’aube contamine le milieu du travail

Julie Rambal – Le Temps, Le Devoir 19/09/16

Dormir comme un loir, traîner au lit, s’amouracher de son matelas à mémoire de forme… c’est fini. Dans une société qui produit, consomme et tweete 24 heures sur 24, le sommeil est devenu une tare qui nuit à l’accomplissement de soi…

Tim Cook, le patron d’Apple, se lève à 3 h 45 du matin pour répondre à ses courriels, Jack Dorsey, fondateur de Twitter, à 5 h 30, et Anna Wintour, la grande patronne de Vogue, n’arrive jamais au bureau après 6 h. À cette heure-là, le politique Pierre Maudet est déjà levé depuis deux heures, et Robert Iger, p.-d.g. de Disney, a couru 10 kilomètres et lu 10 scripts. Des feignants comparés à Jean-Claude Biver, président de Hublot et p.-d.g. de TAG Heuer, qui affirme être sur le pont dès 2 h 30 du matin. « Ils disent que dormir est un cadeau de Dieu, je ne l’ai jamais reçu », fanfaronne également Indra Nooyi, patronne de PepsiCo, qui a déjà accompli une journée entière avant le lever du soleil.

Depuis quelques mois, le réveil aux aurores des maîtres du monde est présenté comme la recette de leur réussite. Devancer le chant du coq serait même le secret d’une productivité hors norme. Cette méthode a un nom : « Early morning ». L’Américain Hal Elrod, nouveau gourou de la tendance, prétend dans son best-seller Miracle Morning (First) qu’en se levant à 5 h 30 pour « dédier un moment à la personne que nous souhaitons devenir », le succès tombera du ciel. Ce n’est visiblement pas une science très exacte puisque l’entrepreneur Filipe Castro Matos fait la même chose avec une heure de décalage horaire. Dans sa conférence TEDx déjà vue 300 000 fois, il clame : « Comment se lever tous les jours à 4 h 30 peut changer votre vie. »

Dévots de l’aube

Dans les villes, des matines consacrées aux dévots de l’aube se développent aussi. Descreative mornings, conférences mensuelles censées stimuler la productivité, aux before works, qui invitent le salarié à venir ingérer un power breakfast à base de müesli au lait d’amande, et a s’adonner à une séance de Pilates orchestrée par un DJ, avant de rejoindre son ordinateur, prêt à dévorer le monde… Et pour ceux qui ont encore du mal à sauter triomphalement hors de leur couette, l’application maso « Better Me » les menace d’envoyer un message à tous leurs amis Facebook pour leur dire qu’ils ont osé laisser sonner plusieurs fois le réveil. Après avoir ratissé la méthode Coué (du genre, « en me fixant des objectifs ambitieux, ils se réaliseront »), le développement personnel s’empare du vieil adage : le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt.

Le problème, c’est qu’il appartient aussi à ceux qui se couchent de plus en plus tard. Entre e-shopping disponible 24 heures sur 24, flux d’actualité continu, réseaux 2.0 à alimenter pour « exister » socialement et milliers de séries télé chronophages à voir sous peine de passer pour un Néandertalien à la cantine du travail, le sommeil apparaît comme un frein à une existence sous stimuli constants. En un siècle, les Américains sont d’ailleurs passés de 10 heures de sommeil quotidien à 6 heures. Les Européens, guère plus… Une biodérégulation organisée par les marchés dérégulés, selon Jonathan Crary qui, dans 24/7. Le capitalisme à l’assaut du sommeil (Zones), dénonce une « inscription généralisée de la vie humaine dans une durée sans pause ».

Car si « la plupart des nécessités apparemment irréductibles de la vie humaine — la faim, la soif, le désir sexuel et, récemment, le besoin d’amitié — ont été converties en formes marchandes et financières, le sommeil impose l’idée d’un besoin humain et d’un intervalle de temps qui ne peuvent être ni colonisés ni soumis à une opération de profitabilité massive », écrit l’universitaire new-yorkais. Aussi le déprécie-t-on « au profit d’une prééminence accordée à la conscience et à la volonté : dans le paradigme néolibéral mondialisé, le sommeil est fondamentalement un truc de losers ».

Inutile rêverie

Ce message porte d’autant plus que nous sommes aujourd’hui mis en concurrence avec des machines et des algorithmes qui, eux, ne dorment jamais. Pour ne pas devenir obsolète, il faut bien suivre… « Les moins de 40 ans dorment 6 heures par nuit, voire 5 heures, ce qui est très insuffisant, explique Sylvie Royant-Parola, psychiatre spécialiste du sommeil et présidente du réseau Morphée. Avec l’industrialisation et l’électricité, le fantasme de toute-puissance de l’homme sur la nature s’accompagne d’une volonté de maîtriser le temps, alors que chacun doit s’abandonner à son rythme de sommeil, dont le déficit favorise hypertension, obésité, perte de mémoire, etc. L’hyperstimulation lumineuse, sociale et intellectuelle de nos écrans atténue également la différence jour-nuit, provoquant un endormissement toujours plus tardif. Cette société numérique impose un rythme 24/24, à l’opposé de ceux de l’être vivant, qui sont cycliques. »

Mais nos yeux de hiboux rivés sur nos téléphones intelligents et tablettes rapportant de l’or aux magnats de la Silicon Valley (ceux qui affirment ne plus dormir), toujours plus de hochets numériques sont brandis pour faire ressembler la rêverie à une activité mortellement ennuyeuse.

Humeur exécrable

Tristan Harris, ancien « philosophe produit » chez Google, dénonce aujourd’hui le système qui l’a fait vivre, mettant notamment en garde contre les notifications des applis, qui « nous manipulent pour nous faire perdre le plus de temps possible dans leurs interfaces. Ce qui est mauvais, c’est que nos écrans menacent notre liberté fondamentale de dépenser notre temps comme on le veut ». Car non seulement les nuits, mais aussi l’attention sont désormais colonisées, selon Yves Citton, qui a dirigé l’ouvrage L’économie de l’attention. Nouvel horizon du capitalisme ? (La Découverte). « Le néolibéralisme prône des phénomènes d’accélération extrêmes. Même quand vous lisez un poème, il s’agit d’aller le plus vite possible, au nom de l’hypercompétitivité, remarque-t-il. Cette dictature d’une attention standardisée est suicidaire, car elle étouffe l’attention créative, celle qui produit l’art, le design… »

La dictature de l’insomnie ne semble pas faire bon ménage non plus avec le couple. Justine vit avec un ingénieur et « morningophile » acharné, qui se lève à 3 h 45 pour nager plusieurs kilomètres, entre 5 et 6 h — afin de faire les meilleurs temps aux compétitions de triathlon Iron Man, dont il raffole — avant d’enchaîner avec des journées de bureau de 14 heures. Justine ne le voit plus de la semaine. « C’est mieux parce que, dès qu’il rentre tôt, il est d’humeur exécrable. Sa discipline le met à fleur de peau. Il n’y a qu’en vacances, lorsqu’il s’octroie des grasses matinées jusqu’à 7 h, qu’il est drôle et détendu. » La tendance early morning fait seulement miroiter un plus gros salaire. Personne n’a dit qu’elle rendait heureux…

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Au sujet d’un certain jour de septembre

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Que signifie le 11 Septembre ?

«L’attentat qui a détruit les tours jumelles de New York, en 2001, a tout de suite été vécu comme une entrée spectaculaire dans le XXIe siècle. C’est donc logiquement un événement que les plus grands philosophes ont commenté, dans les jours et l’année qui suivirent. Voici onze interprétations du 11 Septembre, représentatives d’un vaste spectre idéologique, allant de l’extrême gauche aux néoconservateurs.»

À lire dans Philosophie Magazine les réponses de Chomsky, Habermas, Derrida, Nussnaum, Agamben, Fukuyama, etc.

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Les «Montréalistes»

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La Fondation de Montréal

«L’historienne québécoise Dominique Deslandres compare la fondation de Montréal à l’expédition Mars One qui projette d’installer une colonie humaine sur Mars dès 2024.« Montréal est alors l’endroit le plus dangereux au monde, dit-elle. On a très peu de chances d’en revenir. »»

La grande aventure mystique, Christian Rioux, Le Devoir, 23/08/16

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Un « aperçu » des 50 derniers siècles…

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An Impressive List of Female Authors from Antiquity

I received a link to the following in an email from my undergraduate poetry teacher the amazing poet and translator Olga Broumas. The post is on tumblr on a page by DiasporaChic, bit the original a…

Source : An Impressive List of Female Authors from Antiquity

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Génération Caryotype XY Aujourd’hui, Z Demain?

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Commençons par une remarque visant à balayer toute idée préconçue. Bien que le contraire ne m’eût posé aucun problème, je suis à l’aise avec mon identité sexuelle. Je suis biologiquement une fille et me sent comme telle. Il ne sera donc pas question ici d’expériences vécues lorsque j’aborderai la lutte contre la nécessité absolue des frontières de genres, mais plutôt d’une réflexion générale sur la société et les observations que j’en ai faites. Il est cependant vrai qu’en tant que personne affiliée à un genre, je suis confrontée au quotidien à une série de considérations, de critères, de règles de conduite que je contribue moi-même à nourrir et à perpétuer. Les filles sont comme ci, les garçons comme ça, ils ont tel et tel goûts, habitudes, façons de penser, réflexes, devoirs, «rôles», etc. Par exemple, je me suis déjà fait reprocher d’avoir sifflé un air parce que ce n’était pas convenable pour une fille. Les garçons aussi ont leur lot de règles, dont la plus évidente : pas le droit de pleurer ou de montrer ses sentiments.

Il y a donc une claire définition de chacun des sexes, qui plus est une forte opposition. En fait, c’est une véritable vision radicale, presque manichéenne qui existe entre les sexes féminin et masculin. Autrement, chaque caractéristique «divergente», chaque comportement qui ne correspond pas à l’archétype, s’accumule pour donner le diagnostic non-officiel, mais oh combien lourd de jugement, de «garçon manqué» ou «fille manquée», comme si on parlait là d’une erreur de la nature. Il y a quelque chose de profondément sécurisant et de rassurant dans le fait de dresser des frontières. On fait de même pour le Bien et le Mal, le sacrée et le profane, l’innocent et le coupable, l’opposant et l’adjuvant, le malade mental et le sain d’esprit, etc. Les zones grises ne plaisent pas, elles exigent une réflexion plus profonde et la possibilité d’être dans l’erreur. En psychologie, c’est l’attitude que l’on appelle l’influence des schémas cognitifs. Il y a d’abord la première pensée qui nous vient en tête, et qui est nécessaire à la survie. Il faut pouvoir agir presque instinctivement dans des situations qui nécessitent une réaction rapide, déterminer si une chose représente une menace ou non et l’attitude à adopter. Cependant, il est néfaste de s’en tenir à cette première réaction. Qu’y a-t-il dans les genres qui menace la vie de toute façon? Peut-on mourir car une personne ne se considère pas uniquement comme un homme ou une femme? Car oui, cela existe, et de plus en plus, car les barrières se perméabilisent, deviennent plus souples et disparaissent au fil des générations. Il n’y a qu’à voir l’émergence de personnalités comme Miley Cyrus pour s’en apercevoir. Cependant, on peut se demander si c’est vraiment par une plus grande acceptation, ou simplement par peur de se voir accuser de discrimination. Évidemment, au grand public, les tabous disparaissent, mais dans les foyers et d’autant plus sur les réseaux sociaux, les personnes qui ne s’identifient pas à un genre, tout comme le cas plus général des androgynes demeurent les victimes d’une répulsion et d’une peur acquises.

Malgré tout, on parle ici principalement de l’Occident, et encore en particulier de la période correspondant au règne du christianisme. Il y a dans l’idée de cette religion non seulement la nécessité de séparer les sexes pour pouvoir proclamer la supériorité de l’homme sur la femme, mais aussi de garantir la procréation permettant de multiplier le nombre de fidèles ainsi que l’éducation des enfants suivant un schéma défini, où les rôles sont précis. Ailleurs dans le monde et à d’autres époques, la distinction n’est pas encore faite ou ne revêt pas la même importance. Par exemple, il existe dans la culture samoane, selon une recherche menée par Douglas VanderLaan, professeur et spécialiste en anthropologie et en psychologie, quatre genres reconnus. En plus des catégories habituelles de femme et d’homme, on retrouve également les «fa’afafine[s]» et les «fa’atama[s]», dont la nomination tient compte du sexe d’origine comme de l’identité de la personne[1]. De plus, c’est un atout chez les chamans de réunir dans leur personne les deux entités, car cela leur permet de connecter avec tout le monde, et ils sont donc reconnus pour cela bien que classés dans le domaine de la spiritualité à la fois fascinante et inquiétante.

La disparition des barrières de genres pose néanmoins la question de l’éducation des enfants, auxquels il faut dorénavant inculquer de nouvelles idées. Il est d’ailleurs à mentionner que l’émergence du mouvement de revendication des droits des gens de genre fluide est en corrélation avec l’affirmation grandissante des communautés homosexuelles, bisexuelles et transsexuelles, qui elles aussi remettent en question des valeurs héritées de la religion et de la tradition. L’éducation n’est pas la seule préoccupation qui naît de la dissolution des genres. En effet, la langue française comme la langue anglaise impliquent systématiquement une discrimination de genre. C’est donc de nouveaux pronoms, des pronoms neutres qu’il faut inventer pour rendre compte de cette nouvelle réalité à l’âge contemporain, par exemple le «ze» qui se place comme intermédiaire entre «he» et «she».[2] La solution semble donc se trouver dans une uniformisation, une unification de ce qui a été séparé, pour convenir à tout le monde. Il n’y aurait plus qu’un sexe, ce qui reviendrait à dire aucun puisque la mention deviendrait désuète. On peut voir cette tentative notamment dans les normes vestimentaires, où le vêtement unisexe est à la mode et où il y a une transgression des interdictions sociales, par exemple celle de faire porter une jupe à un homme. Cette idée de faire disparaître définitivement les genres au lieu d’en créer des nouveaux démontre un souci d’égalité et de conformisme nouveau plutôt que vraiment l’acceptation d’une marginalité qui revendique un statut particulier. C’est un peu ici comme le mouvement féministe, toutes proportions gardées, qui présente un point de vue ambigu, c’est-à-dire à la fois que la femme est égale à l’homme et qu’elle conserve un statut particulier. Faut-il alors féminiser les mots et expressions hérités de siècles de domination masculine, ou profiter de l’effondrement des traditions pour tout remettre à zéro et supprimer définitivement la différence des genres dans un nouveau langage?

Mathilde Hallynck

 

[1] Sarah HAMPSON, «Their story: ‘I want to be somewhere between two fixed points of gender’», The Globe and Mail, http://www.theglobeandmail.com/news/national/their-story-i-want-to-be-somewhere-between-two-fixed-points-ofgender/article28456135 (Page consultée le 23 mai 2016)

[2] Sarah HAMPSON, «Their story: ‘I want to be somewhere between two fixed points of gender’», The Globe and Mail, http://www.theglobeandmail.com/news/national/their-story-i-want-to-be-somewhere-between-two-fixed-points-ofgender/article28456135 (Page consultée le 23 mai 2016)

 

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Je travaille dans un abattoir

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Il est 7 h 10, je viens tout juste de débuter mon premier quart de travail de la semaine. À date, j’ai arraché seulement deux cœurs depuis que nous sommes arrivés, pas si mal comme début de journée. Oui, oui, avec mes mains, de sang-froid, et ce sans aucun remords, je suis un bourreau du 21e siècle! Un contremaitre vient de m’avertir de changer de poste en raison des différentes tailles de volailles qui passe sur la chaine; me voilà maintenant à un endroit où tous les employés aiment aller, une table de découpe. Simple comme titre, il s’agit d’un poste où tout ce que vous avez à faire c’est d’insérer un couteau entre deux os, comme le coude, le genou ou l’épaule, pour ensuite laisser la lame déchirer, il est aussi possible d’employer le terme démembrer, la viande; tâche barbare, pour séparer chacune des pièces de l’animal. Pièces, OH MON DIEU!!! Eh oui, la plupart des employés, tout comme moi d’ailleurs, ont le même sentiment de détachement envers ces bêtes, c’est-à-dire que nous sommes complètement désensibilisés face à la quantité presque incommensurable de volailles qui nous passe sous les yeux. Notre rapport avec l’animal est le même rapport qu’un employé de Ford peut avoir en assemblant des véhicules, puisque sans le vouloir, nous considérons ces bêtes comme des objets bien plus que des êtres vivants. N’allez pas croire ensuite que nous nous foutons totalement de ce qui passe devant nos yeux chaque jour de la semaine! Nous sommes conscients de ce que nous avons à faire. Pour les chanceux qui n’en auraient pas assez de travailler 8 heures par jour, la majorité des samedis est aussi disponible pour les mordus de viande! Après 10 heures ce matin-là, je suis redirigé à nouveau pour ne pas que mes muscles ne se fatiguent trop à déchiqueter ce qui a déjà été avant sa transformation, une belle patte de dindon. Cette fois-ci, j’aboutis à l’effalage, poste où l’employé doit arracher le jabot du dindon. Ce travail est bien simple; insérez votre main dans la fente préalablement coupée du cou de ce dindon, tâtez les alentours avec vos doigts et dirigez vous vers le haut toujours en grattant, vous devriez ensuite sentir une forme dans vos mains, cela ressemble tout particulièrement à un estomac. Si vous la tenez bien, ne vous reste plus qu’à tirer de toutes vos forces pour l’arracher avec le tuyau de l’œsophage entre vos doigts bien sûr…

Ce travail peut paraitre simple, barbare, mais c’est le moyen que la société dans laquelle on vit a adopté pour produire des biens alimentaires de qualité et surtout en grande quantité. Je vous rappelle qu’il ne vous est probablement jamais arrivé de recevoir des morceaux de gras de dindon derrière la tête, ou qu’une aorte de mâle de reproduction, soit un gros tas de 40 kg, vous explose en pleine figure, vous laissant ainsi couvert de sang. Je crois qu’il est important de se rappeler qu’autrefois, plusieurs de vos ancêtres devaient simplement préparer un souper pour leur famille de 12 enfants et que le poulet était saigné à froid dans la grange derrière la maison. La relation aujourd’hui que nous avons avec la viande est fortement dénaturée, possiblement parce que nous n’avons plus à le faire nous-mêmes et que des compagnies s’en charge, mais combien d’entre vous sont en train de lire cet article et de manger en même temps un sandwich au poulet classique, ou qui pour souper auront la chance de manger une magnifique pièce de viande concoctée par leurs parents. Je ne me suis même pas rendu au diner dans le paragraphe précédent et je suis pratiquement sûr que plusieurs sont extrêmement dégoutés par les mots, mais les chiffres en disent long aussi. En une journée, il est possible d’abattre plus de 25 000 dindons entre 7 heures le matin et 4 heures de l’après-midi. Donc rapidement c’est plus de 100 000 bêtes chaque semaine qui sont tuées, donc des millions seulement à cette usine chaque année et il y a un très grand nombre d’usines de ce type au Québec. Banal pour un petit nombre d’employés québécois qui ne font qu’apporter du bonheur à votre assiette!

Je travaille dans un abattoir, je suis couvert de sang, j’ai des excréments d’animaux sur mes bottes, j’ai un morceau de gras de la taille d’un raisin collé sur mon avant-bras, sans parler de l’odeur qui empeste à l’intérieur de ces murs. Je dois me lever demain matin à 6h30 pour être prêt à 7h au travail, les poulets m’y attendent déjà.

Xavier Deslauriers

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EPCOT ou l’échec du projet de la ville parfaite

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Le complexe de loisirs Walt Disney World Resort en Floride est bien connu pour ses nombreux parcs à thèmes, ses parcs aquatiques, ses terrains de golfs et ses nombreux hôtels. Comment un seul terrain privé peut être aussi grand pour contenir toutes ces attractions ? En effet, le terrain est immense, il fait près de 11 000 hectares. Pour être plus précis, il s’agit du double de la superficie de l’île de Manhattan.[1] Pourquoi une entreprise privée aurait besoin à la base d’un aussi grand terrain uniquement pour y construire des zones de loisirs ? Au départ, le projet du Walt Disney World Resort était tout autre, Walt Disney lui-même avait l’idée de construire une ville parfaite.

Le succès du parc d’attractions Disneyland en Californie a poussé plusieurs commerçants à s’établir près du parc. Ainsi, ils attiraient les nombreux visiteurs du parc californien dans leurs commerces. Walt Disney trouvait la situation dérangeante et ne voulait pas qu’elle se reproduise dans les environs du complexe floridien. Pour cette raison, il a décidé d’acheter un énorme terrain dans le but de pouvoir contrôler tout ce qu’il y avait aux alentours.[2] La grande capacité du complexe a donné l’idée à Walt Disney de créer une ville parfaite appelée EPCOT. Les plans ont été dévoilés dans un documentaire filmé en 1966, soit peu de temps avant la mort du célèbre créateur de dessins animés.[3]

EPCOT est l’acronyme de Experimental Prototype Community Of Tomorrow, que l’on peut traduire par le prototype expérimental de la communauté du futur. Lors des premiers concepts, EPCOT était censé être une ville parfaite qui allait trouver des solutions pour régler tous les problèmes des grandes villes de l’époque. Un système de transports sophistiqués était planifié tout comme une zone d’habitations pouvant accueillir de nombreuses familles. C’est aussi à cet endroit où il aurait été possible de créer les plus grandes innovations scientifiques.[4] Malheureusement, le projet est tombé à l’eau après la mort de Walt Disney.

En 1975, le PDG de la compagnie annonce la décision de relancer le projet d’EPCOT. Cependant, il ne s’agit plus d’une ville futuriste, mais plutôt un parc à thèmes traditionnel. Ce changement vient du fait que la compagnie ne voulait pas avoir la tâche d’administrer une ville.[5] Pour respecter les idées originales de Walt Disney, les concepteurs ont décidé que le but du parc était d’instruire les visiteurs sur le progrès scientifique et technologique. De plus, EPCOT allait être séparé en deux sections : l’une qui représente le futur et l’autre qui représente les diverses cultures à travers le monde. Ainsi, plusieurs pavillons ont été construits pour former une exposition universelle permanente.[6]

En somme, ce qui rend unique EPCOT est son côté éducatif. Contrairement aux autres parcs à thèmes, où les visiteurs vont s’amuser dans des montagnes russes et des manèges de foire, les attractions d’EPCOT visent l’éducation des visiteurs. Est-ce qu’il y a vraiment une place pour un côté éducatif dans les parcs de loisirs ? Il semble bien que oui, puisque EPCOT est le troisième parc d’attractions le plus visité en 2015 sur tout le territoire nord-américain.[7] Bien que le projet d’une ville parfaite ait échoué, le succès du parc à thèmes prouve qu’un intérêt pour la science, la technologie et les diverses cultures peut être appliqué même dans un endroit où le principal objectif est le divertissement. Quelques années après l’ouverture d’EPCOT, l’entreprise a décidé de ressusciter l’idée d’une ville située au beau milieu du complexe. C’est en 1996 que la ville Celebration est inaugurée, suivant l’exemple de la ville parfaite.[8] Cependant, on reproche à Celebration de n’être qu’une banlieue banale comme les autres.[9] Est-ce que le projet d’une ville idéale pourrait un jour être réalisé ?

Marc-André Robinson-Ruel

 

[1] http://lemondededisney.com/superficie-de-walt-disney-world-en-floride/ (page consultée le 25 Mai 2016)

[2] FOGLESON, Richard E., Married to the Mouse, New Haven, Yale University Press, 2003, p. 274

[3] http://www.smithsonianmag.com/history/revisiting-epcot-center-on-its-30th-birthday-59799078/?no-ist (page consultée le 25 Mai 2016)

[4] http://www.smithsonianmag.com/history/revisiting-epcot-center-on-its-30th-birthday-59799078/?no-ist (page consultée le 23 Mai 2016)

[5] Dave SMITH, Disney A to Z: The Updated Official Encyclopedia, Disney Editions, 1998, p. 187.

[6] Op. Cit.

[7] http://www.teaconnect.org/images/files/TEA_160_611852_160525.pdf (page consultée le 23 Mai 2016)

[8] http://gizmodo.com/celebration-florida-the-utopian-town-that-america-jus-1564479405 (page consultée le 23 Mai 2016).

[9] Ibid.

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Jules Verne et la Science-Fiction utopique

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L’utopie et la science-fiction se ressemblent en plusieurs points, elles sont très similaires pour tout dire. La science-fiction est juste plus « vraie » que l’utopie, car, comme le dit son nom, la science-fiction se base justement sur la science et nous prouve, ainsi, que ça pourrait se passer, que ce soit dans un futur rapproché ou lointain. La science-fiction est beaucoup plus proche du réel que ce que nous pouvons croire. Elle nous avertit sur les possibles changements de notre société si nous ne faisons pas attention à la quête que nous entreprenons vers le savoir dans l’occident contemporain. La science-fiction reflète, à travers ses récits, nos angoisses, nos interrogations et nos craintes face au futur, selon l’époque d’où nous venons. Au fond, nous nous interrogeons sur les enjeux sociaux et moraux du monde dans lequel nous vivons, elle est « témoin de son temps ».[1]

L’un des précurseurs de la science-fiction est Jules Verne, un auteur que j’admire énormément. Jules Verne se servait de l’idéologie de la science et du progrès des Lumières pour faire ses livres. Par contre, il utilisait la science en arrière-fond pour ses idées de romans, mais prenait comme modèle des mythes grecs et romains, comme l’ingénieur Dédale, l’inventeur du labyrinthe où était enfermé le Minotaure ou le gardien mécanique d’une île, le géant Talos.[2] Jules Verne était en désaccord avec le rapprochement fait entre son roman De la Terre à la Lune et celui de H. G. Wells, First Men in The Moon. Jules Verne disait qu’il n’y avait aucun rapport car Wells ne s’appuyait sur aucun fait, il a inventé tout son livre, alors que lui s’est basé sur des faits réels, il utilise la physique pour mettre ses théories de l’avant dans ses livres [3] ; ce que nous pouvons voir avec des livres tels que Autour de la lune, suite de De la Terre à la Lune, Voyage au Centre de la Terre ou bien Vingt Milles lieux sous les Mers.

Justine Goupil-Barsetti

[1] Stéphane MANFRÉDO, La Science-fiction, Paris, Le Cavalier Bleu, 2005, pages 61-62.

[2] Francis BERTHELOT et Philippe CLERMONT, « Science-Fiction et Imaginaires Contemporains », dans Roger BOZZETTO, Colloque de Cerisy, Science-fiction et imaginaires contemporains, Château de Cerisy-la-Salle du 21 au 31 juillet 2006, Paris, Bragelonne, 2007, page 191.

[3] Peter FITTING, « Utopie/Dystopie/Science-Fiction : l’interaction de la fiction et du réel », juin 2007, dans Alliage, revel.unice.fr, http://revel.unice.fr/alliage/index.html?id=3494 (Page consultée le 19 avril 2016).

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L’appropriation culturelle pour les nuls

Dernièrement, un collègue m’a montrer cette vidéo sur la plateforme Youtube  ayant pour thème l’appropriation culturelle qui, d’une manière générale, se comprend comme la prise de possession de quelque chose, notamment, par l’achat, l’occupation, la saisie, l’expropriation, la nationalisation ou la violence d’un ensemble des structures sociales et de manifestations intellectuelles, artistiques, religieuses qui définissent une civilisation ou une société par rapport à une autres. La jeune femme, dans cette vidéo, adopte sur ce sujet un point de vue purement libertarien, c’est-à-dire qui encourage la liberté individuelle dans les échanges économiques et dans les rapports sociaux et politiques. Cette vision m’a rappelée un concept hégélien étudié durant mon parcours collégial. La pensée abstraite! La personne qui pense abstraitement fait, justement, abstraction de certains éléments lorsqu’elle construit sa pensée et c’est précisément ce que j’ai pu constater dans l’argumentaire de cette individu. Son argumentation repose sur l’idée que l’appropriation culturelle n’est pas raciste, mais plutôt une façon d’apprécier une autre culture puisqu’à l’inverse, les autres cultures peuvent emprunter aux différentes cultures caucasiennes sans que cela ne soit vu comme une appropriation culturelle ou un acte raciste. Ce dont elle fait abstraction dans son raisonnement c’est de l’idée d’une culture dominante s’attaquant à la culture dominée. Évidemment, lorsqu’une culture dominante prend les coutumes et rituels des cultures minoritaires en leurs retirant leurs aspects sacrées, ce n’est pas un acte délibéré de racisme, mais la culture dominée n’en est pas moins affectée puisqu’il lui est demandé, «en échange», d’adopter à son tour la culture de masse. Ce procédé est littéralement une assimilation cachée lorsqu’on considère que la culture dominée cesse alors d’utiliser ses propres coutumes qui ne signifient plus rien et adopte la culture de masse. Ainsi, à l’occasion de l’Halloween en Amérique, il n’est pas immoral de se déguiser en Vikings ou en Français stéréotypé (avec une chandail rayé et une baguette de pain), tandis que se déguiser en Amérindien c’est faire abstraction d’un fait que l’on oublie assez souvent, à savoir le génocide des peuples amérindiens; peuples multiples dont les différences culturelles ont été par la suite abolies pour ne conserver que l’image d’un peuple unique à la peau basané portant casque à plumes. Ainsi l’appropriation culturelle est inconsciemment un ethnocide déguisé.

Simon Béland

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Ghost in the Shell, un classique

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Ghost in the Shell est un film d’animation cyberpunk japonais réalisé par Mamoru Oshii inspiré du le manga du même nom de Masamune Shirow. Mêlant science-fiction et philosophie, il reçut plusieurs prix à sa sortie et influença plusieurs films du même genre, l’exemple le plus notable étant la trilogie Matrix des frères Wachowski. Avec l’annonce de l’adaptation américaine en prise de vue réelle prévue pour 2017 et mettant en vedette Scarlett Johansson, il semble pertinent de faire une critique de ce classique de science-fiction.

         L’histoire se déroule en 2029 dans une ville utopique à une époque où la majorité des citoyens ont remplacé leur enveloppe corporelle par un corps cybernétique. Dans cette société trans humaniste ils peuvent alors faire voyager leur ghost, ou âme, à travers un immense réseau informatique et même changer de corps. On suit le major Motoko Kusanagi, un cyborg de sexe féminin appartenant à la section 9 de la police, unité spéciale se consacrant à la lutte contre le cyber terrorisme. Le film se concentre sur la poursuite d’un dangereux pirate informatique nommé le Puppet Master, qui manipule des gens en piratant leur cerveau et en modifiant leurs souvenirs. Ce que Kusanagi découvrira au cours de l’enquête la fera cependant remettre en question sa propre humanité…

Le film est assez complexe et intelligent. Il aborde plusieurs questions philosophiques, traitant principalement des notions d’identité, d’humanité et d’existence. Ces idées transparaissent particulièrement à travers les interrogations de Motoko, le personnage le plus développé. Puisqu’elle possède un corps entièrement cybernétique, elle en vient à envisager la possibilité que sa mémoire et sa perception du réel soient fausses et qu’elle soit manipulée par quiconque lui aurait implanté ces souvenirs. On peut ainsi faire un lien avec les Méditations métaphysiques de René Descartes. Le film aborde aussi la question de la définition de l’humanité. Après tout, qu’est-ce qui nous définit en tant qu’être humain? Est-ce la nature de notre corps ou bien notre capacité à ressentir des émotions?

L’animation a été produite par le studio I.G. et est en général d’une très bonne qualité. Elle a été produite en ayant très rarement recours à des images de synthèse, étant principalement constituée de séquences d’animation en celluloïd, ce qui permet de faire en sorte que chaque plan peint à la main soit très détaillé et réaliste. Le style n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui du film Blade Runner, sorti en 1982. De plus, bien que la composition des mouvements des personnages soit parfois assez rudimentaire, en particulier durant les conversations, elle est très fluide durant certaines scènes, notamment à la fin. Quant à la bande-son, elle a été réalisée par Kenji Kawai et est principalement composé de pièces de musique d’ambiance qui permettent d’établir une atmosphère unique. Making of a Cyborg, Nightstalker et Floating Museum sont parmi les plus marquantes.

         En conclusion, Ghost in the Shell est et restera un classique de science-fiction et une référence du genre cyberpunk qui vaut la peine d’être vue.

Philippe Antoine Tremblay

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