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Zénon Saint-Laurent 1912-2005
Entre 1898 et 1989, soit pendant près d’un siècle, la métropole québécoise a connu plusieurs vélodromes et une vraie passion pour la petite reine. Tout cela est-il à jamais parti en fumée?
Jean-François Nadeau, Le Devoir 23/07/13
Juste avant le départ, quelqu’un a crevé son pneu arrière. Jalousie ? Racisme ? Les deux ? Peu importe : le champion noir Major Taylor s’élance à temps sur sa machine et triomphe à l’occasion des mondiaux du cyclisme qui se tiennent en 1899 au vélodrome de Verdun, tout près de Montréal. Car chez nous, on glorifiait l’imposante reine Victoria, mais aussi «la petite reine», le vélo.
Tout en bois, le nouveau vélodrome de Verdun est en mesure d’accueillir de 8 000 à 12 000 spectateurs. Du 7 au 12 août 1899, les compétitions World’s Meet proposent 15 courses aux curieux. Des athlètes représentent les États-Unis, l’Écosse, la France, l’Australie, l’Afrique du Sud, le Canada et l’Angleterre. Les journaux affirment que plus de 30 000 personnes ont assisté aux différentes épreuves.
Pour l’Américain Major Taylor, sûr de son affaire, c’est le triomphe, une fois de plus. Il sera bientôt l’un des athlètes les plus payés du monde, malgré la haine raciale dont il continue de faire l’objet, malgré sa gloire.
En 1899 toujours, la ville de Terrebonne inaugure elle aussi son nouveau vélodrome. Afin d’en apprécier la rapidité, elle fait venir de Montréal le réputé cycliste canadien-français de 19 ans Curtis Boivert. Le 6 août, soit la veille du début des mondiaux du cyclisme à Verdun, Boisvert entend battre son record du mille (1609 mètres) devant 400 spectateurs. Il n’y parvient pas, mais franchit tout de même la distance sur sa lourde monture à un peu plus de 28 km/h.
Comme cycliste professionnel, Boivert s’est construit un beau palmarès, tout en se faisant aussi connaître en patins – sur glace ou à roulettes – ainsi que comme joueur de hockey. Aux championnats mondiaux de Verdun, il fait bonne figure. On le connaît alors déjà aux États-Unis sous le nom de Greenwood, où il bat notamment Tom Cooper, l’étoile du Detroit Athletic Club, à deux reprises et le même jour. Un journaliste rapporte que toutes les médailles de Boisvert rempliraient une bijouterie. Boivert accumule les victoires jusqu’à ce que le cyclisme cesse d’un coup d’être un sport populaire en raison de la progression rapide de l’automobile. Plusieurs cyclistes de sa trempe deviennent, au début du XXe siècle, les promoteurs enthousiastes de nouvelles courses motorisées.
Les années folles
À Montréal, le vélo décline fortement à compter de 1898. Cette année-là, il y aurait eu 7973 bicyclettes enregistrées par la Ville. En tout juste trois ans, le nombre de deux-roues recensés par la Ville baisse de 54 %.
En 1911, dans une entrevue au journal Le Devoir, le président du Montreal Bicycle Club, qui est aussi président du club de raquetteurs Montreal Snowshoe, affirme qu’il a l’intention de relancer le cyclisme par la présentation d’épreuves lors des parties de crosse, ce sport immensément populaire hérité des Amérindiens. En 1913, le club cycliste Apollo organise aussi quelques courses. Un promoteur en présente aussi au parc de Lorimier, sur la piste des chevaux trotteurs. Mais iI faut attendre Louis Quilicot, en 1915, pour que se mettent en place de nouvelles structures favorables au renouveau de ce sport. « À l’époque, affirme Quilicot, les coureurs n’étaient pas nombreux, peut-être étions-nous une trentaine. »
Une famille franco-belge arrivée après la Grande Guerre, les Gachon-Van der Auwera, va beaucoup contribuer à redonner de l’élan au cyclisme dans un contexte de plus en plus favorable. Henri, le père, fabrique des cadres de vélos qui seront très appréciés par les coureurs. Pierre, un des fils, sera le premier Québécois à participer au Tour de France.
Le champion René Cyr, plus tard responsable du vélodrome du Stade olympique, dit au sujet des vélos Gachon : « C’étaient les meilleurs vélos que j’ai eus. Je les faisais repeindre, mais je ne les abandonnais jamais ! » À Montréal, les Gachon fabriquent des vélos bien avant que le réputé Giuseppe Marinoni ne s’y mette en 1974. En marge de la production de vélos professionnels, les cycles Gachon vont même tenter de concurrencer le fabricant CCM. La compagnie produira des vélos pour toute la famille jusqu’à la fin des années 1940.
Le vélo revient dans l’orbite des sports à la mode au cours des années 1920. Afin que les spectateurs puissent voir plus longtemps les athlètes, des courses sur piste qui durent six jours sont organisées un peu partout en Europe et en Amérique du Nord.
En 1928, un nouveau vélodrome est construit près de la rue Jean-Talon, au nord de Montréal. L’année suivante, le 25 août, pour la troisième grande réunion du dimanche autour d’une épreuve d’envergure présentée à ce vélodrome, la foule est tiraillée entre une partie de baseball qui se tient au stade non loin de là et les épreuves cyclistes. Les gradins du vélodrome sont néanmoins fort bien remplis et la police organise un service d’ordre. Par cette belle journée ensoleillée, on trouve sur la ligne de départ, soutenus par leur entraîneur à casquette en tweed anglais, les coureurs Henri Lepage, Jules Matton, Sammy Gastman, Battagello et Art Best. On présente aussi des épreuves rapides, courues derrière moto, où Gus Merkle tente au final de doubler Sammy Gasman, tiré par le pilote de la moto Willie Spencer, lui-même un ancien coureur qui devient, à peu près à cette époque, un des plus importants promoteurs de courses de six jours en Amérique du Nord. Spencer est au nombre des hommes d’affaires qui voient dans le cyclisme une étonnante occasion d’engranger facilement de l’argent.
Plus populaire que le hockey
On n’imagine pas aujourd’hui à quel point le hockey apparaît moribond à Montréal à cette époque. Au Forum, la lutte et le cyclisme remplissent l’amphithéâtre bien davantage que les parties du Canadien.
À chaque événement cycliste, une nouvelle piste de bois aux virages abrupts est construite par des ouvriers spécialisés. Les héros qui tournent des jours entiers comme des écureuils dans une cage passionnent le public bien plus que les hockeyeurs.
À compter de 1929, on présente très régulièrement des courses sur piste au Forum, comme dans la plupart des grandes villes. L’emblème du club de hockey Canadien sert aussi à distinguer les coureurs cyclistes canadiens-français qui participent à la série de courses nord-américaines. À Detroit, New York, Chicago ou ailleurs, les journaux locaux présentent des photos d’Henri Lepage et de Pierre Gachon qui posent sur leur bicyclette avec le chandail tricolore flanqué du CH de l’équipe de hockey. Revêtus du maillot tricolore, ils s’incarnent en représentant des Canadiens français dans une joute entre nations qui se dispute à cheval sur deux roues.
« On portait le chandail des Canadiens », se souvient le champion René Cyr, né en 1920 et interrogé l’an passé chez lui, dans les Laurentides. « Pas tellement celui du hockey, avec son crest et tout, mais plutôt le chandail des Canadiens, des Canadiens français, vous comprenez ? » Avant les années 1960, avant ce que l’on a appelé la Révolution tranquille, les francophones du Québec se définissent comme des Canadiens par opposition aux Anglais. Le tricolore de l’équipe de hockey renvoie à cette identité historique.
« Dans ce temps-là, c’était la lutte, la boxe et les courses de six jours qui remplissaient le Forum, continue René Cyr. Les gens venaient voir Yvon Robert lutter et les courses de six jours. Ils venaient le soir, tous les soirs. C’est là que j’ai rencontré ma femme ! Puis les courses continuaient le jour. Il y avait toujours du monde. C’est ça qui faisait vivre le Forum. Pas le hockey ! Quand on parle aujourd’hui de l’histoire du Forum, il n’y en a que pour le hockey ! Ce n’est pas la vérité. » Même Maurice Richard, à compter des années 1940, sera un des adeptes des compétitions cyclistes, rappelle René Cyr, photos à l’appui.
Cette popularité des coureurs cyclistes trouve son miroir dans la publicité. Des pistards comme Henri Lepage, Jos Trépanier, Pierre Gachon et Jules Audy servent à la promotion de plusieurs produits de consommation, dont les marques de bière. Même en 1943, alors que les courses déclinent en raison du conflit mondial, Pierre Gachon, « étoile des courses de six jours dans les années d’avant-guerre », se retrouve au centre de publicités publiées dans les journaux par la brasserie Molson.
Au Forum de Montréal, le cyclisme atteint bel et bien des sommets de popularité au cours des années 1930 avant de décliner de nouveau à partir de 1942-1943, en raison de la guerre.
Camillien Houde, le tonitruant maire de Montréal, assiste très volontiers aux courses drapé dans sa grande cape noire. Les vedettes de la chanson et des cabarets s’y montrent tard en soirée, à l’heure où les reporters signalent dans leurs reportages du lendemain les personnalités présentes. Le lutteur Yvon Robert, formidable héros populaire, offre des trophées aux coureurs à l’occasion de certaines épreuves. Même le joueur de baseball Gus Dugas vient spécialement des États-Unis, où il joue pour les Pirates de Pittsburgh, afin d’assister aux courses chez lui à Montréal. Bien des jeunes hommes s’y rendent, coiffés d’un joli chapeau, leur belle pendue à leur bras, pour connaître des soirées riches en émotions.
Tous les journaux nord-américains parlent alors des courses cyclistes. Une mystique de la force et de l’agilité se réinvente même autour du vélo, parfois en réinterprétant les légendes populaires de force brute. Le journaliste Zotique Lespérance écrit par exemple : « Nous savons pourquoi le jeune René est fort : son père est un cousin du fameux homme fort Louis Cyr. »
Le vélo ne redeviendra pas aussi populaire après la guerre, en partie à cause de Maurice Richard, le grand régénérateur du hockey. Mais tout de même : construction d’un vélodrome à Shawinigan en 1947-1948 ; épreuves internationales sur piste à Verdun en 1949 ; construction d’une piste à Québec, au parc Victoria, dans les années suivantes ; cons truction en 1955 du Vélodrome Métropolitain à Montréal, près du collège André-Grasset.
Au Centre Paul-Sauvé, les courses de six jours connaissent même une nouvelle ferveur au cours des années 1960. De grandes vedettes de ce sport prennent part à ses courses. Peu suspect de passion pour l’activité physique, le tribun Pierre Bourgault dira alors qu’il n’existe pas de plus beau sport.
En 1974, Montréal aura un autre vélodrome, pour accueillir les Championnats du monde à proximité de l’Université de Montréal. Puis, finalement, le vélodrome olympique voit le jour pour les jeux de 1976. En fait, il n’y a guère que depuis la démolition impromptue, en 1989, de la piste en bois de rose de ce dernier que la métropole québécoise ne compte plus de vélodrome où les spectateurs hurlent le nom des champions.
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Nos caractères sont latins et nos chiffres, arabes. Ces chiffres ont progressivement remplacé les signes romains en Occident, puis dans le monde entier. Une tradition explique que le savant de Pise Leonardo Fibonacci (1175-1250) étudia les mathématiques à Icosium (aujourd’hui Alger) avant de publier un traité de calculs qui aida à populariser la série numérique, y compris le zéro, mot dérivé de l’italien zéfiro, venu de l’arabe sifr, qui veut dire vide.
Notre vie est remplie de ce sifr. Le « zéro » et le « un » de la révolution par la numérisation continuent de changer le monde et nos connaissances. La dématérialisation des textes classiques ou modernes fait partie des travaux fondamentaux de ce nouvel univers. À la base, l’appellation contrôlée des « digital humanities » fait référence aux bonnes vieilles « humanités » des cours classiques.
À Montréal, McGill mène son propre chantier, baptisé Rational Sciences in Islam (RSI). « Le projet RSI, que je dirige avec mon collègue Jamil Ragep, historien des sciences, est un projet typique des humanités numériques », explique Robert Wisnovsky, professeur de l’Institute of Islamic Studies de l’université, lui-même historien de la philosophie et de la théologique islamiques.
« Ce projet vise la constitution de bases de données sur les mathématiques, la philosophie et la philosophie théologique à partir de manuscrits conservés dans plusieurs pays, poursuit-il. Nous avons déjà numérisé des centaines de milliers de pages des plus importants manuscrits produits pendant un millénaire. À ma connaissance, il s’agit de la plus riche collection mondiale du genre, constituée à partir de multiples collections. »
Science et conscience
La première phase du chantier lancé il y a cinq ans vient de se terminer, le 30 juin précisément. La recherche comporte trois volets qui combinent environ 3500 manuscrits au total :
L’Islamic Scientific Manuscripts Initiative (ISMI) dématérialise les travaux de quelque 1700 auteurs s’étant intéressés aux sciences exactes dans la période prémoderne.
Le voletScientific Traditions in Islamic Societies (STIS) constitue une « banque de données raffinée » pour documenter la tradition cosmologique dans le monde arabe.
Le troisième programme, The Post-Classical Islamic Philosophy Database Initiative (PIPDI), développe l’infrastructure numérique nécessaire pour poursuivre l’étude systématique d’un vaste corpus de textes savants produits depuis la fin du XIIe siècle. Ces textes dits postclassiques traitent de philosophie du langage, d’épistémologie, d’éthique et de métaphysique, de théologie ou de cosmologie.
L’histoire de la philosophie s’intéresse surtout aux siècles précédents, allant en gros de 800 à 1200. Cette période orientale dite classique a fortement influencé le Moyen Âge tardif en Occident, comme le montrent Fibonacci et le zéro. Le renouveau de l’aristotélisme date aussi de ce temps. Abu’l-Walid Muhammad ibn Rouchd de Cordoue (1126-1198), connu sous son nom latinisé d’Averroès, célèbre pour ses commentaires d’Aristote, a eu un ascendant majeur sur les penseurs du monde chrétien médiéval.
Le projet en cours veut contredire l’opinion courante voulant que tout le reste, depuis cette période d’effervescence intellectuelle fructueuse, ne soit qu’obscurantisme et déclin sous le contrôle de théologiens dogmatiques. Au mieux, l’Occident s’accorde le mérite d’avoir repris le flambeau de la raison allumé dans les oasis du Proche-Orient.
« C’est vrai que l’Ouest a été influencé par la pensée islamique, mais cela ne veut pas dire que les penseurs arabes ont cessé d’exister après 1150 ou 1200, dit Robert Wisnovsky. Nous voulons donc utiliser les nouveaux outils pour mettre en évidence la masse de preuves qui existent afin de démonter les vieux et tenaces préjugés autour de l’absence de pensée rationnelle dans cette partie du monde. »
Langues mortes, textes vivants
Les nouveaux outils numériques ne facilitent pas la tâche : ils la rendent possible, tout simplement. À peine « quelques douzaines » de savants s’intéressent à ces questions en Occident, note le professeur Wisnovsky – lui-même spécialiste d’Avicenne (980-1037) -, alors que le corpus lie des milliers d’oeuvres enfouies dans des collections éparpillées d’un bout à l’autre du monde.
La numérisation de McGill s’est étendue de 2008 à 2012. « Le seul accès aux sources pose un défi, résume l’exégète. La banque de données facilite l’accès aux textes, mais aussi la compréhension de leur cheminement physique et intellectuel. Un manuscrit de Samarcande est copié à Ispahan puis se retrouve en Allemagne. La constitution de la bibliothèque virtuelle permet de retracer cette longue et complexe vie du texte. »
Elle permet aussi de découvrir des textes perdus, tout simplement. À Téhéran, M. Wisnovsky s’est intéressé à un codex d’anthologie contenant 55 essais de Yahya ibn Adi (893-974), philosophe chrétien de Bagdad, élève d’Al-Farabi, « second instituteur de l’intelligence », après Aristote, selon Averroès. Or la moitié du corpus, 24 textes au total, n’était connue que par des références ultérieures et tenue pour perdue ! « C’est un vrai accident, dit le spécialiste à l’origine de la découverte. Je m’intéresse plus à la réception d’Avicenne qu’à ses sources. »
Robert Wisnovsky enseigne la philosophie et la théologie islamiques avec un oeil constant sur la tradition de la traduction du grec à l’arabe. C’est d’ailleurs par cette langue morte que cet Américain d’origine est arrivé à la vivante. Il raconte qu’il a étudié le grec et le latin dans une école secondaire privée, à Princeton au New Jersey. « J’ai commencé des études classiques à l’université et j’y ai découvert l’arabe, qu’on enseignait alors comme une langue classique. J’en suis tombé amoureux. »
Des paradoxes
La PIPDI a d’abord identifié 3000 recueils notables disséminés d’Istanbul à Berlin. Un comité a ensuite pointé vers une tranche initiale de 400 textes encore plus fondamentaux, soit 65 ouvrages canoniques, 135 commentaires parmi les plus influents et 200 autres écrits jugés fondamentaux. La plus grande part (85 %) des manuscrits n’a jamais été éditée.
Pour l’instant, des copyrights réservent l’accès à la banque dématérialisée et potentiellement universelle aux seuls chercheurs de McGill, quelques happy few. Robert Wisnovsky a lui-même supervisé 16 Ph. D., dont le tiers appuyé sur les banques de données et cinq autres en cours. Son collègue Jamil Ragep a ses propres étudiants de haut niveau.
« C’est l’entente ; elle est loin d’être parfaite, mais nous espérons que la tendance ira vers l’accès libre, dit le professeur. Notre accord avec la Stadtbibliothek de Berlin va dans ce sens. Certains éléments, peut-être le cinquième ou le quart de la banque, seront donc accessibles à tous très bientôt. »
Autre paradoxe : les riches États pétroliers du Golfe n’ont fourni aucuns fonds pour ce chantier intellectuel. Le projet RSI est surtout subventionné (à hauteur de 1,5 million) par la Fondation canadienne pour l’innovation.
Lire à la machine
Cet organisme fédéral soutien les projets d’infrastructure des connaissances : équipement de pointe, laboratoires, collections scientifiques, etc. Une des retombées majeures du RSI concerne le traitement informatisé des documents manuscrits en langue arabe. Les différents styles calligraphiques de cette civilisation pose d’énormes difficultés de reconnaissance optique des textes, base de tout le travail de constitution de fichiers exploitables. Sans elle, l’image numérisée ne vaut guère plus qu’un microfilm. Avec elle, le document s’anime et s’interconnecte mot par mot, concept par concept. La translittération et la traduction électronique en dépendent.
Les équipes d’ingénieurs du professeur Mohamed Cheriet, de l’École de technologie supérieure (ETS) de Montréal, planchent sur ce défi. « C’est extrêmement complexe, explique le philosophe. L’arabe est une des langues les plus difficiles à faire lire par une machine. Nous avons donc les belles images, mais il faut pouvoir les explorer pour en tirer un plus grand avantage intellectuel. »
La science islamique nourrit ainsi la science actuelle, et vice versa. Pour l’instant, le prototype du laboratoire de l’ETS, l’Optical Shape Recognition, réalise les deux tiers des étapes principales du travail de lecture automatisée. Une fois complètement résolu, le traitement informatisé aura des répercussions énormes sur le secteur des études islamiques.
Il existe environ trois millions de manuscrits en langue arabe, qui peuvent représenter, quoi, un demi-million d’oeuvres copiées six fois chacune. Seule une petite portion est éditée. « Nos affirmations sur l’histoire de cette civilisation, ses sciences et sa philosophie, mais aussi son art ou sa poésie, son droit ou son architecture, repose sur une fraction statistiquement insignifiante », répète le spécialiste.
Les retombées potentielles dépassent largement le champ savant, on le comprend, surtout dans le contexte sociopolitique actuel en surtension. « Construire une image plus fidèle de l’histoire de cette partie du monde vaut en elle-même, mais ne peut aussi qu’accroître les chances de compréhension mutuelle des civilisations, conclut Robert Wisnovsky, lui-même un pont entre les civilisations. J’ai par exemple été contacté par un institut de Dubaï qui souhaite encourager des interprétations plus raffinées philosophiquement, et en tout cas moins dogmatiques que celles très populaires maintenant. Les concepts et la terminologie contenus dans les textes numérisés peuvent aider dans cette voie. L’idée n’est pas de devenir esclave de ce passé, mais de s’approprier les termes, les exemples ou les idées qui peuvent nourrir la réflexion encore aujourd’hui. »
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Un des concepts fondamentaux de la philosophie de l’histoire hégélienne est la dialectique du maître et de l’esclave. Imaginons que deux hommes s’affrontent lors d’un duel dans le but d’acquérir la reconnaissance de l’autre. Il faut absolument que les deux adversaires survivent et qu’un des deux adversaires abdique. Si un des deux pugilistes meurt, l’autre ne pourra pas être reconnu. Il faut donc qu’il y en ait un qui devienne maître et que l’autre devienne esclave. Le maître est celui qui priorise son désir non biologique qu’est la reconnaissance. Il accepterait de mourir pour cette cause. À l’opposé, l’esclave est celui qui a peur de la mort et qui donc priorise sa vie biologique plutôt que la reconnaissance. L’esclave est donc condamné à travailler pour le maître. Le travail permet à l’esclave de posséder et de transformer la nature. Pendant ce temps, le maître mène une vie de plaisir, une vie de jouissance obtenue sans effort et est coincé dans une impasse existentielle. C’est que le maître est reconnu par quelqu’un qu’il ne reconnaît pas. Donc, il doit être reconnu par un autre maître, ce qui est impossible puisque les maîtres sont prêts à mourir pour la reconnaissance. Alexandre Kojève, professeur ayant enseigné à plusieurs grands intellectuels français dont Bataille, Camus et plusieurs autres, mentionne que «le maître n’est là que pour engendrer l’esclave qui le supprime en tant que maître en se supprimant par là soi-même en tant qu’esclave.[1]» Cette suppression dialectique, de la classe du maître et de l’esclave conduit à la fin de l’histoire, ce que Hegel nomme l’avènement de la classe du citoyen.
Cette lutte pour la reconnaissance se manifeste également dans l’histoire du Québec. Une des meilleures manifestations de celle-ci survint lors des accords du lac Meech de 1987. Une des demandes du Québec étaient que la province soit reconnue comme société distincte. Cela a provoqué de vives réactions chez les anglophones puisque ceux-ci ont « désémantisé » le mot «distincte». En effet, les canadiens-anglais ont vu dans ce terme la signification distinction, un terme qui amène à croire que le Québec a des prétentions de supériorité sur les autres provinces canadiennes. Le Québec ne voulait pas être considéré comme supérieur, mais bien comme une province reconnue à part entière. Ce souhait n’est pas sans rappeler la fin de l’histoire selon Hegel. Selon lui, l’histoire se terminerait une fois que la dialectique du maître et de l’esclave serait supprimée et remplacée par une nouvelle classe que Hegel nomme le citoyen. Hegel pense également que l’histoire s’est déjà achevée, à peu de choses près, avec le personnage de Napoléon Bonaparte, qui universalise par ses conquêtes les acquis de la révolution française, c’est-à-dire la liberté pour tous. Au Québec, la suppression de cette dialectique que nous pourrions nommer la dialectique Canadiens-Français/Canadiens-Anglais se réaliserait avec la souveraineté. Les deux anciennes identités seraient supprimées, pour ne laisser que l’identité canadienne, qui ne serait composée que d’anglophones, ainsi que la création d’une nouvelle identité résultant d’un nouvel État créé par l’indépendance. Quant à cette dialectique du Canadien-Français/ Canadiens-Anglais, il y a quelques liens à faire avec la théorie de Hegel. D’une part, Kojève mentionne que «c’est parce que l’esclave n’est pas réellement libre qu’il a une idée de la liberté, une idée non-réalisée, mais qui peut être réalisée par la transformation consciente et volontaire de l’existence donnée, par l’abolition de la servitude.[2]» On peut en dire autant des Canadiens-Français. C’est parce que nous n’avons pas d’État souverain représentant notre peuple, c’est-à-dire un État français, que nous avons l’idée d’indépendance. Le Québécois peut ainsi transformer sa réalité donnée en réalisant l’indépendance, c’est-à-dire en se dotant d’un État souverain. D’autre part, Kojève explique que le maître n’est là que pour engendrer l’esclave qui réalisera la fin de l’histoire. Cette citation n’est pas sans rappeler une phrase d’Hubert Aquin dans son texte L’existence politique. Aquin écrit : « Sans vouloir verser dans le paradoxe, je dirais qu’il faut rendre hommage à la confédération de ce qu’elle ait enfanté, malgré elle, les mouvements séparatistes[3]…» Cette idée rejoint quelque peu l’idée précédente en ce sens que s’il n’y avait pas de confédération, de dialectique Canadiens-Français/Canadiens-anglais, l’indépendantisme n’existerait tout simplement pas. Pour qu’il y ait une telle idée, il faut absolument que les Québécois fassent l’expérience d’un système où ils ne sont pas indépendants, où ils font partie d’un système unioniste qui a la volonté d’homogénéité, d’assimilation et dont le but est un tout culturel anglo-saxon. Cette volonté d’unification se remarque aisément dans l’histoire du Québec notamment avec la conquête de 1760, l’acte d’union de 1840 ainsi qu’avec le rapport Durham de 1839 qui recommande clairement l’assimilation des Canadiens-Français. Il ne faut donc pas, comme le dirait Hegel, voir notre position au sein de la confédération d’une manière abstraite, c’est-à-dire unilatérale en ne considérant que notre statut de minorité francophone au sein d’un ensemble anglo-saxon. Au contraire, il faut, voir la rose de la raison dans la croix du présent.
Alexandre Martin
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Friedrich Hölderlin
L’art, plus précisément la littérature, est notre relation avec la mort. Qui dispose de l’extrême dispose de soi-même. La tâche du poète, exprimé par Hölderlin, a pour finalité d’exposer à la puissance de l’indéterminé et à la pure et fondamentale violence de l’être une retenue et d’accomplir sa forme. Le temps de la détresse, in dürftiger Zeit, est ce temps dédié à l’art, à la littérature, à la poésie, c’est un moment de manque, d’amaigrissement, de dépérissement intellectuel, où la vérité vacille et c’est de ce temps qu’émerge les œuvres qui la rendent présente et visible.[1] Le poète est l’intimité de la détresse. Le poète raconte les origines, la première fois que l’on ressent un sentiment, une émotion, la première fois que l’on voit quelque chose. L’historien n’a quant à lui qu’un rapport au passé, contrairement à l’écrivain. Tout comme a tenté de le faire Hölderlin, l’aspiration du poète est de s’unir à la nature, de se délier de ses chaînes, de ses limites, de sa forme, de faire un retour à la vie éternelle, sans mesure et sans réserve, mouvement rapporté au désir de mort. Le poète veut se séparer de tout pour vivre plus étroitement avec toutes choses, avec soi-même. Le jeune Hölderlin, celui d’Hypérion, aspire à faire le retour à la vie unique, à cette vie ardente. Représentant la volonté de faire irruption par la mort, Empédocle, qui est issu de la première maturité d’Hölderlin, cherche à s’unir à l’élément du feu, signe et présence d’inspiration. Se tenant debout devant la puissance la plus haute, Dieu, le poète s’expose au plus grand danger, la brûlure du feu, symbole d’inspiration. Sa tâche a pour but d’apaiser ses douleurs en l’accueillant en lui-même, en son intimité, en son âme, pour pouvoir la transmettre aux autres hommes qui pourront alors entendre les paroles divines sans péril. Le poète, Hölderlin dans ce cas-ci, agit en médiateur entre le divin et le commun des mortels.
Cependant, le temps est ponctué de périodes de jour et d’obscurité, une alternance où les dieux sont présents et de moments où ils sont absents, avant Nietzsche, Hölderlin a conçu ces bouleversements. On peut également ramener ces moments à son œuvre, Hypérion, dans laquelle la nature correspond à l’intimité du divin, et où le temps qui suit l’orage est l’heure de grâce et d’inspiration. Alors qu’il manifeste ses premières crises d’égarement, il formule ce qu’il appelle die vaterländische Umkehr, le retournement fatal, non pas un retour vers le lieu natal, mais un mouvement qui s’exécute selon l’exigence de ce lieu. Il l’exprime ainsi : « La clarté de la représentation nous est aussi naturellement originelle qu’aux Grecs le feu du ciel ».[2] Il désigne par le « nous » les Allemands, plus précisément les hommes de la modernité. « La clarté de la représentation » est la tâche du poète définie plus haut. C’est le pouvoir de définir, de saisir les choses, mais également la volonté de rester sur la terre. « Le feu du ciel » renvoie évidemment aux dieux, à l’orage. Hölderlin ajoute cependant que « [les hommes] possèdent ce qui leur est étranger, mais que ce qui leur est proche ne leur est pas proche ».[3] Sorte de cri de ralliement, de précepte limité, qui invite les poètes de son pays, et lui-même, « à ne pas s’abandonner à la volonté empédocléenne », Empédocle étant le désir d‘aller dans l‘autre monde.[4] À cet instant, il se sent dangereusement proche de l’étranger, il dit notamment qu‘« il faudra [qu’il] veille à ne pas perdre la tête en France ».[5] La France étant sa Grèce antique, son approche du feu, il subira alors l’atteinte décisive et c’est à ce moment qu’il imagine de manière beaucoup plus colossale le retournement qu’il avait déjà exprimé.
Le Zeus de nos jours, dieu plus authentique, « reploie vers la terre le cours de la nature qui se dirige vers l‘autre monde, ce cours éternellement hostile à l‘homme ».[6] De cette formule on constate qu’Hölderlin s’éloigne d’Empédocle, désir maintenant inauthentique, désir qui doit alors s’inverser vers ce monde-ci, de même que la nature puisqu’elle tente d’amener l’homme au-delà. Le poète doit également se détourner des cieux. La pensée de Hölderlin repose sur le fait que les hommes de la modernité, qui ont à accomplir se tournant décisif, doivent le faire parce que les dieux eux-mêmes achèvent le « retournement catégorique ».[7] Les dieux d’aujourd’hui s’éloignent, se détournent, sont absents, meurent, et le poète doit comprendre le sens de cette infidélité divine en la commettant à son tour. Par ce retournement s’affirme alors la séparation des deux mondes et par cette distinction, le souvenir du divin. Aujourd’hui, de cette séparation, le poète doit résister à la disparition des dieux, à leur aspiration, mais également celle de la terre, simple substance matérielle, essence qu’il ne forge pas. Il doit se tenir justement à l’intermédiaire des deux mondes, tenir la double infidélité, ce double renversement, divin et humain.
Le poète doit accomplir ce processus en se chargeant du poids de la double infidélité et en maintenant la distinction entre les deux sphères, divine et mortelle, en vivant et en étant purement la séparation. Le poète repose dans la déchirure qu’est le sacré, dans ce lieu de vide et de pureté, cette scission, c’est là le sacré. Cette pensée de retournement catégorique est ce qu’annonce plus tard Nietzsche, « la mort de Dieu », c’est ce moment que ressent Hölderlin, il le vit dans une compréhension beaucoup plus large et moins simplifiée. Il repousse en quelque sorte les simplifications qu’apporte Nietzsche et tente de ne pas faire lire ces mots dans « la tranquillité de leur sens manifeste ».[8] Le poète est l’être en qui, essentiellement, ce retournement agit, le temps se renverse et les dieux vont et viennent. Seulement, Hölderlin ne conçoit pas ce rapport, cette absence, aux dieux que d’un œil négatif, ce pourquoi elle est terrible, elle est to deinotaton. Lors du jour, les dieux éclairent l’homme, l’éduquent, entretiennent un rapport avec le sacré lui-même. Seulement, dans la nuit, ils l’égarent, le privent de leur bienveillance divine, deviennent l’esprit qui se retourne. De là, pour le poète, sa tentation qui l’entraîne vers l’irréel, ce qui n’est pas lié, la démesure. Par conséquent, le devoir de se contenir devient plus grand pour bien distinguer les deux sphères et donc maintenir le vide et pur lieu du sacré, du retournement des cieux et des mortels. Le cœur de l’homme devient donc la cible, plus précisément le cœur du poète, devant devenir ce lieu sacré où la lumière s’éprouve, une intimité où les échos des profondeurs, l’abîme étant réservée aux mortels, abîme où sont préservés les dieux, deviennent les paroles du poète.
Mais si plus abondamment que les pures sources
L’or ruisselle et quand au ciel la colère s’aggrave,
Il faut qu’entre jour et nuit
Une fois apparaisse une vérité.
Dans une triple métamorphose transcris-la,
Pourtant toujours inexprimée, telle qu’elle est,
Innocente, telle elle doit rester.
Hölderlin
Nicolas Handfield
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La littérature est une façon d’illustrer la société contemporaine. Ainsi, ce sont les individus et les peuples qui, dans leurs aspirations, font la littérature. Les idéologies et les courants sont immortalisés par la littérature, ce qui suggère un lien entre cette dernière et l’Histoire. Le XIXe siècle est une époque où la politique est amenée en premier plan dans la société, alors la littérature qui compose avec la culture populaire de l’époque n’a d’autre choix que de transcrire ces évènements. Voici un exemple classique de la littérature française du XIXe siècle qui met la lumière sur cette époque mouvementée, Les Misérables. Ce livre terminé en 1862 est déjà perçu comme un classique lors de sa parution. Son auteur, Victor Hugo, voulait manifestement faire entrer Les Misérables dans une critique politique, morale et sociale de la société dans laquelle il vivait et il va même jusqu’à qualifier son œuvre d’utilitaire, aux fins bénéfiques pour toutes sociétés où règne l’injustice.
Victor Hugo présente donc une caricature de la société de son époque, grossissant les traits afin qu’ils soient mieux perçus. Il montre la misère dans laquelle les gens vivent entre les années 1815 et 1833, c’est-à-dire lors de la Restauration. Le roman se situe donc dans un siècle mouvementé par les régimes politiques en pleins changements. L’œuvre de Victor Hugo se concentre autour d’un acte politique et historique, l’insurrection républicaine à Paris du 5 et 6 juin 1832. Le soulèvement commence lors des funérailles d’un député de l’opposition et se termine par un massacre des insurgés. L’évènement a par la suite été « immortalisé par Hugo dans les misérables »[1]. En effet, l’écrivain s’est inspiré d’événements et du contexte socio-économique dans lequel il a vécu pour intégrer son livre à son époque et pour le rendre contemporain à sa société. Il a accumulé les évènements historiques afin de mettre ses personnages dans un univers relativement réel.
En effet, les personnages dépeints par Victor Hugo dans Les Misérables sont caractériels de la société du XIXe siècle, puisqu’ils représentent toutes les couches de la société. Victor Hugo met en lumière la pauvreté, la misère, les luttes sociales pour l’obtention de droits et les difficultés reliées à cette période historique à travers ses personnages. Par exemple, avec les Thénardier l’auteur fait référence à la bataille de Waterloo, car le père Thénardier est un ancien soldat de l’armée de Napoléon qui fut décoré lors de cette bataille. De plus, les Thénardier représentent les bas fonds de la société et les arnaqueurs qui la peuplent.[2] Aussi, ce qui oppose les personnages de M. Gillenormand et le Colonel George Pontmercy des Misérables est en fait la représentation de la rivalité qui oppose les deux opinions publiques les plus populaires de la société française du XIXe siècle, c’est-à-dire le bonapartisme et le royalisme.
Ainsi, Victor Hugo nous présente une multitude de couches de classes sociales dans son roman, ce qui démontre le réalisme de son œuvre. Il fait allusion à la bourgeoisie, au prolétariat, au forçat, à la classe ouvrière telle que la police, à la classe religieuse, etc. Il étale ces différentes classes avec par exemple, Jean Valjean qui est la figure du forçat, Javert qui représente parfaitement le policier acharné à son travail, et Marius qui représente la jeunesse et la bourgeoisie.[3] Victor Hugo réussit, à transfigurer un particulier historique en une universalité qui peut faire sens pour tout homme. Ainsi, toutes les couches de la société sont représentées à travers les personnages de Victor Hugo, créant donc le général sur lequel Aristote mettait l’accent lorsqu’il comparait dans La Poétique la littérature avec l’histoire. Bref, Victor Hugo présente la révolte de juin 1832 afin d’entrer l’Histoire dans son histoire et son histoire dans l’Histoire, en mettant en scène les moments mémorables de son siècle.
Alex Nadeau-Lessard
[1]LEPELTIER, Thomas. «Le roi et les barricades. Une histoire des 5 et 6 juin 1832», 15 juin 2011, Science Humaine, [En ligne] http://www.scienceshumaines.com/le-roi-et-les-barricades-une-histoire-des-5-et-6-juin-1832_fr_2099.html (Page consultée le 4 juin 2013)
[2]Les Thénardier, vils profiteurs, [En ligne] http://www.linternaute.com/livre/magazine/les-pires-mechants-de-la-litterature/les-thenardier-les-miserables.shtml (Page consultée le 4 juin 2013)
[3]Victor Hugo, [En ligne] http://le-double-a.weebly.com/5/post/2013/01/le-contexte-historique.html (Page consultée le 4 juin 2013)
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Depuis quelques années, on a vu l’apparition d’une nouvelle mode, le tatouage. Nouvelle mode? Pas tant que cela. Les premières traces que nous en avons datent de la préhistoire. On les a retrouver sur Otzi, un homme préhistorique retrouvé momifier dans la glace qui daterait d’environ 4 500 avant Jésus-Christ. Selon certaines études, ses marques auraient des propriétés médicinales. Dans les civilisations primitives, comme les Maoris, le tatouage était surtout une façon de rompre avec la nature, de s’affirmer en tant qu’humain. Dans l’Antiquité et au Moyen Âge, le tatouage n’était pas utiliser comme décoration, mais plutôt comme châtiment. Il servait à identifier les esclaves, les criminels et, plus tard, les soldats. À partir des années 1800, le tatouage devient davantage un choix des classes marginales de la société. Ce qu’on voulait était de se distinguer, de se séparer volontairement de la société. Mais qu’elle est la place du tatouage aujourd’hui?
Le tatouage a toujours eu comme fonction de séparer la personne qui le porte face à la nature ou à la société. Aujourd’hui, le tatouage a pour fonction de se différencier de tout le monde qui nous entoure. Il ne s’agit pas d’une quête d’identité, mais plutôt de l’affirmation de celle-ci. Dans le monde Occidental dans lequel nous vivons, c’est-à-dire un monde dans lequel les religions sont presqu’inexistantes, un monde dans lequel tous et chacun porte les mêmes vêtements (ou presque), un monde dans lequel nous sommes facilement représenter par des chiffres (comme à l’école), il est normal que l’on veuille se différencier des autres, « sortir du lot ». James Clifford nous dit dans son livre Malaise dans la culture :
« Dans un monde où des voix trop nombreuses parlent en même temps, un monde où le syncrétisme et l’invention parodique deviennent la règle, non l’exception, un monde multinational et urbain de l’éphémère institutionnalisé – où des vêtements américains, fabriqués en Corée, sont portés par les jeunes en Russie, où les racines de chacun sont en quelque sorte coupées –, dans un tel monde, il devient de plus en plus difficile de rattacher l’identité et la signification humaine à une culture ou à un langage cohérent. »
En une phrase, il réussit à expliquer exactement ce pourquoi les jeunes se font tatouer. Le tatouage est une façon primitive de montrer sa différence face à l’autre et il ne reste plus qu’une question à poser ; que deviendra le tatouage dans les années à venir?
Joëlle Desautels
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L’histoire de l’art me fascine par sa richesse et j’aimerais donc partager avec vous une de ses facettes qui m’intéresse particulièrement, l’art de l’Égypte antique. Voici donc quelques (brèves) notions sur cet art antique.
À première vue, l’art égyptien s’apparente à un véritable culte de la mort. En effet, et il en va de même pour la culture égyptienne en générale, il est intrinsèquement lié à la mort, car celui-ci a la fonction de permettre la continuation de la vie dans l’au-delà. Ainsi, les égyptiens portent en eux une forte négation de la mort qui est considérée comme une seconde vie qui se poursuit dans l’empire des morts. La mort en Égypte n’est en somme qu’un rite de passage pour l’âme, qui passe du monde sensible à un monde spirituel dans lequel elle continue d’exister.[1] Ainsi, l’art égyptien a donc la délicate fonction de « maintenir en vie »[2]. Ce but assigné à l’art égyptien fait en sorte que sa manière de représenter la réalité diffère assez de la nôtre, en ce sens que, pour les Égyptiens, il n’est pas nécessaire qu’une représentation soit la plus fidèle possible pour être la plus réelle possible. La beauté n’était pas un critère de l’art égyptien. En fait, ce qui comptait c’était que les peintures soient les plus complètes possibles. L’art égyptien obéit à des règles et des codes bien précis. Chaque élément doit en effet être complet et reconnaissable. Cela ce manifeste clairement dans cette peinture présentant un jardin (figure 1) où chaque chose doit être représentée du point de vue duquel elle sera le plus facile à identifier. Ainsi, les arbres et les poissons sont peints de côté, tandis que le bassin est peint en vue de haut. En effet, la forme des arbres et des poissons n’auraient pas été aussi reconnaissables si ils avaient été présentés de haut. On comprend alors mieux pourquoi les corps humains des fresques égyptiennes nous semblent si étranges. (figure 2)
En obéissant à la même logique, chaque partie du corps doit être représentée sous son angle le plus caractéristique. Il ne s’agissait pas alors d’ignorance ou de manque de savoir faire. Simplement, ce qui importait était que chaque partie importante du corps soit bien représentée. On y voit alors des hommes présentant des têtes de profiles, plus significatives, mais dans lesquelles on insère un œil vu de face car il est plus symbolique représenté ainsi. Le haut du corps se distingue mieux de face, car on peut le voir dans sa totalité. Finalement, les bras et les jambes, si on veut les représentés en mouvement, sont plus facilement distinguables de profil.[3] Il ne faut donc pas croire que l’art égyptien souffrait d’un manque de savoir faire. C’est que l’art égyptien vise une représentation de la réalité dans sa forme la plus reconnaissable. Le but est en effet de s’assurer que le corps et les biens du défunt accompagneront son âme dans l’autre monde. Il est donc primordial qu’il n’y ait aucune ambigüité possible dans les représentations de ce qu’on l’on souhaite qui accompagne le défunt dans son autre vie.
[1] Jacques DARRIULAT. « Commentaire de Hegel », Jacques Darriulat, [En ligne], http://www.jdarriulat.net/Auteurs/Hegel/index.html (consultée le 22 mai 2013)
[2] Ernst GOMBRICH. Histoire de l’art, Phaidon, Paris, 2006, p. 53.
[3] Ernst GOMBRICH. Histoire de l’art, Phaidon, Paris, 2006, p. 53.
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Simon-Pierre Savard-Tremblay, Le Devoir d’Hstoire, 1/06/13
«À la suite de l’échec référendaire de 1995, les fédéralistes québécois ont alors camouflé leur volonté de s’accommoder du provincialisme sous couvert de réalisme : il fallait désormais prendre acte du verdict référendaire, laisser de côté les « vieilles chicanes » et se concentrer sur les « vraies affaires » prétendument urgentes et immédiates. Plutôt que de rompre avec une telle posture, Couillard s’y installe résolument, prônant plutôt une adhésion inconditionnelle au régime canadien et aux dogmes de sa refondation chartiste de 1982, ressuscitant ainsi un courant intellectuel néotrudeauiste dont nous croyions que Stéphane Dion était le dernier et marginal représentant.»
BLx
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Salut Bruno,
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La commission Laurendeau-Dunton a presque entièrement été ignorée par Ottawa
Mathieu Pelletier, Le Devoir 6/05/13
Le Québec vit les premières années de sa Révolution tranquille en 1963. La conscience nationale vibre encore à l’unisson du « désormais » de Paul Sauvé et du « Maître chez nous » de Jean Lesage. La jeunesse du baby-boom, approchant graduellement de l’âge adulte, sait qu’elle porte en elle les moyens de ses ambitions nationales. Après deux siècles de patience, pour reprendre les mots du politologue Gérard Bergeron, le Canada français se réveille. La province de Québec devient l’État du Québec, compris comme étant le seul ensemble politique où les Canadiens français sont majoritaires.
Le gouvernement fédéral de Lester B. Pearson sait que le reste du Canada ne pourra pas toujours rester indifférent devant un tel état des choses. Devant la montée du nationalisme québécois, il mandate donc André Laurendeau, rédacteur en chef de ces mêmes pages, et Davidson Dunton, alors recteur de l’Université Carleton, pour présider une commission royale. Celle-ci est chargée « de faire enquête et rapport sur l’état présent du bilinguisme et du biculturalisme, et de recommander les mesures à prendre pour que la Confédération canadienne se développe d’après le principe de l’égalité entre les deux peuples qui l’ont fondée ».
Très rapidement, la commission Laurendeau-Dunton dérange. Elle dérange un Canada anglais longtemps habitué à être satisfait par l’état des choses. Au dire même de son coprésident canadien-anglais, Davidson Dunton, l’habitude du majoritaire aurait encouragé ce dernier à se complaire dans une mécompréhension tenace du principe d’égalité entre les deux peuples fondateurs, principe qu’il n’aurait jamais été enclin à voir porter à conséquence.
Un pays fondé sur la dualité
On reconnaîtra, à la lecture des premières pages du rapport préliminaire de la Commission, la plume et la pensée humaniste d’André Laurendeau. Pour lui, peut-on lire dans les fameuses pages bleues du premier volume du rapport, une langue est indissociable de la culture dont elle est le corollaire, tout autant que de la société dans laquelle ces deux aspects prennent vie. On retrouve donc au Canada deux grandes sociétés distinctes, deux personnalités nationales inscrites au coeur de la symbolique de la Constitution de 1867.
Une conception qui, d’ailleurs, n’a jamais été intériorisée majoritairement au Canada anglais. En effet, le rapport préliminaire fait état de profondes divergences en ce qui concerne la conception démocratique au Canada entre les deux peuples fondateurs. Au Canada anglais, on considère qu’il n’existe qu’une seule majorité, laquelle se déploie au sein d’un seul État, le Canada, « où la règle de la majorité ainsi que la liberté de l’individu sont des principes centraux ».
Quant à nous, Canadiens français du Québec, si nous étions d’accord sur la question des droits individuels et la règle de la majorité, une condition parallèle à leur application pleine et entière existait néanmoins. Sans récuser ces aspects propres à la démocratie libérale, la condition de minoritaire et le sentiment de précarité linguistique et culturel rehaussaient la nécessité de leur ancrage dans une communauté nationale.
Ainsi, si nous considérions les droits individuels comme étant de la plus haute importance, il fallait sortir ces derniers de l’abstraction pour les voir s’enraciner dans une communauté historique particulière : la nôtre. Nous réclamions donc une réelle égalité des chances, laquelle ne serait pas seulement théorique ou juridique. Nous voulions sortir du froid réalisme que nous imposait l’hiver de la survivance pour investir le rêve d’un Canada binational, fondé sur la dualité.
La mission civilisatrice de 1982
Or, il en fut autrement de l’évolution politique et constitutionnelle du Canada de ces dernières décennies. Laurendeau rend l’âme en 1968, sans pouvoir participer jusqu’au bout aux travaux de la Commission. Les balises du rapport sont néanmoins posées, mais Laurendeau manque à l’appel pour défendre les grandes lignes du rapport aux moments cruciaux des tractations politiques qui façonneront le Canada à venir.
Pierre Elliott Trudeau, élu premier ministre du Canada en 1968, ne retient guère plus du Rapport Laurendeau-Dunton que le terme de bilinguisme, qu’il établit de façon pancanadienne et faisant écho, désormais, aux droits individuels. Dès 1982, le bilinguisme et le multiculturalisme sont enchâssés dans la Constitution canadienne. Elle ne fait état ni du biculturalisme ni de sociétés distinctes. Trudeau aura finalement consacré, paradoxalement, l’unité du Canada dans la pluralité. Dans sa croisade contre le nationalisme québécois, il en a conclu qu’il valait mieux reconnaître toutes les différences culturelles pour mieux inhiber la spécificité québécoise.
Selon le politologue Guy Laforest, l’esprit de 1982 s’inscrit dans ce qu’il appelle le conquêtisme, soit une inaptitude tenace à vouloir dépasser la charge impériale, unitariste de la Conquête de 1760 et de l’Acte d’Union de 1840. En effet, comment ne pas y voir, du point de vue du Québec national, le spectre de Lord Durham, répudiant lui-même, en quelque sorte, la dualité en recommandant l’assimilation des Canadiens français ?
Trudeau et Durham, deux grands intellectuels libéraux, n’étaient-ils pas aussi partisans, à leur façon, d’une vaste mission civilisatrice libérale à l’endroit de la nation canadienne-française, puis québécoise ? L’assimilation des minorités nationales, dans le cadre d’un grand mouvement cosmopolite, moderne et progressiste, rendra la justice libérale accessible à tous.
Au nom d’une certaine idée de la modernité, au nom d’un projet de justice libérale monochrome, une certaine idée du Canada l’érige en avant-garde de l’universel, en grand précurseur de la démocratie cosmopolite. Aujourd’hui, de manière cohérente, figure encore au Canada anglais l’idée selon laquelle châtier la culture québécoise, s’adonner au Québec bashing, revient à faire oeuvre de civilisation.
Classé dans Culture et société, Histoire, Philosophie, Politique
Et si les poilus de la Grande Guerre avaient eu Facebook à leur disposition?
Depuis peu, la page de Léon Vivien a fait son apparition sur Facebook. Illustrant le quotidien d’un soldat français durant la Première Guerre mondiale, cet idée fait réfléchir aux enjeux des médias et des réseaux sociaux dans les conflits actuels en exposant les conditions des combattants de l’époque.
https://www.facebook.com/leon1914?fref=ts
Félix Trottier
Classé dans Culture et société, Histoire
On assiste, depuis ces dernières années, à une véritable levée de boucliers contre ce qu’il est désormais convenu d’appeler la « marchandisation du savoir ». On ne compte plus les publications dénonçant cette capture capitaliste des institutions d’enseignement transformées en agences de recherche et de développement publiques au service des entreprises privées, qu’elles sont chargées d’alimenter en « capital humain » afin de répondre aux besoins et aux pressions du marché. Fruit de dix ans de travaux et de réflexions collectifs conduits dans le cadre de séminaires et de recherches ayant déjà donné lieu à plusieurs publications connexes dont il dresse une manière de bilan (Le nouvel ordre éducatif mondial, 2002 ; L’école n’est pas une entreprise. Le néolibéralisme à l’assaut de l’enseignement public, 2003), ce « petit livre de combat » s’inscrit dans le sillage de la sociologie critique des années 1970, dont il revendique l’héritage marxiste en l’actualisant et en l’adaptant au contexte socio-économique contemporain. Le titre lui-même renvoie à L’école capitaliste en France (1971) de Christian Baudelot et Roger Establet qui y analysaient, dans le sillage du livre phare de Bourdieu et J.-C. Passeron (La reproduction. Éléments pour une théorie du système d’enseignement, 1970), les mécanismes suivant lesquels une institution à vocation universelle censée former les subjectivités à l’exercice de l’esprit critique s’avérait souvent, en pratique, un outil de reproduction sociale au service des classes et des milieux favorisés. Cependant, l’école, par une sorte de « ruse de la raison scolaire », réussissait tout de même à préserver son autonomie à l’égard des lois du marché et de l’économie. C’est cette autonomie qui est aujourd’hui sérieusement menacée par l’impérialisme néolibéral qui ne fait plus pression sur l’institution de l’extérieur, mais la phagocyte pour désormais la déterminer de l’intérieur, au niveau même de ses structures organisationnelles et de l’orientation donnée à ses programmes.
Le tournant managérial
Cette mutation du monde et de la philosophie de l’éducation trouve sa source dans l’avènement de « l’État managérial » (corporate state) chargé par la droite néolibérale de détrôner, dès les années 1980, l’État providence accusé de tous les maux. À l’idéal républicain et social-démocrate jugé obsolète et passéiste au regard des nouvelles réalités économiques et des défis suscités par la mondialisation, on substitue le culte de la performance et de l’efficacité censé permettre enfin l’entrée dans l’ère de l’innovation et des savoirs d’avenir. Ce démantèlement de l’État social et éducateur ne se limite pas à un simple retrait ou à un simple rétrécissement de son champ d’action, dont il concéderait une part de plus en plus importante au secteur privé. Les institutions restées publiques sont elles-mêmes restructurées sur le modèle de l’entreprise, qui impose sa norme, son vocabulaire et ses outils gestionnaires à l’ensemble des services gouvernementaux […]. C’est cela, le néolibéralisme : « cette logique générale qui impose partout, même dans les sphères a priori les plus éloignées du coeur de l’accumulation du capital, un même système normatif de conduite et de pensée ».
« L’économie de la connaissance », comme le dit bien son nom, tend de plus en plus à faire l’économie de la connaissance et de la formation générale au profit du développement et de la promotion de « compétences clés » (key competences) directement applicables et monnayables sur le marché du travail. Ce qui pourrait n’apparaître que comme un banal glissement sémantique (la substitution des « compétences » aux anciens « savoirs ») recouvre en réalité une véritable professionnalisation du cursus scolaire, où la recherche fondamentale se voit dévaluée au profit de la recherche appliquée. Les savoirs se voient ainsi assimilés à des « produits cognitifs » – des biens de consommation comme les autres – qu’il s’agit de vendre sur le « marché des idées » livré à la logique d’une concurrence mondiale généralisée sommant l’école de se rendre économiquement utile et rentable.
Diabolisation de l’autre
La plus grande force de ce livre est sans nul doute d’éviter le piège de la diabolisation de l’autre dans laquelle se complaît trop souvent une certaine gauche plus radicale et moins nuancée. Les auteurs indiquent d’emblée leur intention de rompre avec ce manichéisme simpliste voulant qu’il faille « sanctuariser » l’école publique contre une marchandisation qui viendrait l’agresser de l’extérieur : « L’école n’est pas la “victime” passive des méchants capitalistes qui l’encerclent et veulent l’envahir. » Tous les acteurs de la scène sociale et éducative (les responsables politiques, la haute administration, les groupes professionnels, les parents d’élèves, les professeurs, les étudiants) sont partie prenante de cette dynamique et sont responsables de la mutation en cours. Il s’agit, pour tous, de savoir comment organiser une résistance efficace […].
Il ne s’agit, au final, ni de verser dans le fatalisme, ni dans la nostalgie. Mais s’il n’y a jamais eu d’âge d’or de l’école, la mutation managériale en cours mine sérieusement le fondement même de ce qui a, au fil de son histoire, assuré la force symbolique de l’institution scolaire et universitaire en tant que foyer de culture et de civilisation : son autonomie et son indépendance à l’égard des pouvoirs tant religieux que politiques et économiques, seules garantes du libre exercice de la pensée critique sans laquelle le citoyen n’est qu’un pion à la merci des sophismes chiffrés du discours dominant, ce « newspeak » (A. Giroux) tablant sur le même éternel cortège de métaphores revampées du vieux taylorisme (compétitivité, excellence, performance, etc.). Contre ce capitalisme sauvage qui aplatit l’humain sous le rouleau compresseur du New Public Management et les mécanismes aveugles et incontrôlés d’un marché élevé au rang de toute-puissante entité, les auteurs invitent à renouer avec l’idéal démocratique, c’est-à-dire avec cette « capacité collective de définir un destin commun » plutôt que de se le laisser dicter par les zélotes de l’industrie et de l’économie.
S’il est un idéal qui vaille la peine d’être défendu, c’est bien celui-là. Et il ne tient bien évidemment qu’à nous qu’il ne soit pas relégué au rang des utopies.
Classé dans Culture et société, Histoire, Philosophie