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Leçon de poésie à Harlem

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Les photographes/cinéastes Bruce Weber et David Bailey passent une journée à Harlem où ils se font servir une leçon de poésie…

http://youtu.be/9Vf55qg203c

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BLx

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L’oubli de la philosophie

L’existence de Dieu, une question philosophique oubliée ?

L’abandon de cette interrogation marque un appauvrissement et a tout à voir avec une transformation de la notion d’existence

La philosophie nous permet de mieux comprendre le monde actuel: tel est un des arguments souvent invoqués par les professeurs de philosophie pour justifier l’enseignement de leur matière au collégial. Or Jean Grondin, un des meilleurs spécialistes de la philosophie allemande au Québec, craint qu’à utiliser cet argument les professeurs risquent de confondre «la philosophie avec la science politique ou le journalisme» («digne profession par ailleurs», ajoute-il, diplomate… ). Le risque: oublier les questions fondamentales, comme celle de l’existence de Dieu, à propos de laquelle il nous offre le texte stimulant qui suit. Il y critique le «nominalisme», ce mode de pensée d’où découlerait une conception moderne de l’existence; conception par laquelle la foi, par exemple, ne peut nous apparaître comme une «attitude» individuelle et subjective, un «choix personnel», comme on n’a cessé de le répéter à la commission Bouchard-Taylor.

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Le Philosophe, Rembrandt

Il fut un temps où les philosophes n’avaient pas de souci plus pressant que de traiter de l’existence de Dieu. La question a tenu en haleine les plus grands esprits, Aristote, Cicéron, Augustin, Thomas d’Aquin, Descartes, Spinoza, Kant, Hegel et tant d’autres, mais elle est un peu disparue de nos débats philosophiques. Il est permis d’y voir un appauvrissement. Aujourd’hui, on demande aux philosophes de se justifier en montrant que leurs idées permettent d’éclairer tel ou tel problème politique ou social qui agite les manchettes.

Il se pourrait qu’on confonde ici la philosophie avec la science politique ou le journalisme (digne profession, par ailleurs). La philosophie ne peut guère se justifier qu’en étant elle-même, donc en demeurant fidèle à ses interrogations fondamentales.

La question de l’existence de Dieu en fait partie. Ici, le terme le plus difficile, le plus mécontemporain, est sans doute celui de Dieu. Or, par déformation philosophique, je me concentrerai sur le premier, l’existence, qui sera le terme le moins problématique pour le commun des mortels. (C’est pourquoi je n’aborderai pas du tout ici le débat assez malheureux, mais très ancien, sur l’intelligent design.)

Le triomphe du «nominalisme»

C’est que la plupart des esprits, pour peu qu’ils y réfléchissent, s’entendront sans peine sur le sens à donner à la notion d’existence: exister, c’est être plutôt que de n’être pas, c’est-à-dire survenir réellement dans l’espace, existence qui se laisse attester par nos sens. Cette table ou ce journal existent, par exemple, parce qu’ils sont là devant moi, observables, etc. On ne le sait pas toujours, mais c’est là une conception bien particulière, et relativement récente, de l’existence, qu’on peut qualifier de nominaliste. Pour le nominalisme n’existent que des réalités individuelles, matérielles, donc perceptibles dans l’espace et dans le temps.

Ainsi, pour le nominalisme, les tables et les pommes existent mais les licornes ou le père Noël n’existent pas, ce sont des «fictions». Pour lui, les notions universelles n’existent pas non plus, ce ne sont que des noms (d’où l’appellation de «nominalisme»), des inventions servant à désigner un ensemble d’individus possédant telle ou telle caractéristique commune, individuellement perceptible.

C’est là une conception de l’existence si évidente, qui détermine de façon si puissante notre pensée, que nous oublions tous qu’il s’agit d’une conception bien particulière de l’existence, celle qui accorde la priorité exclusive de l’être à l’existence individuelle et contingente.

Il est au moins une autre conception de l’être qui est plus ancienne et contre laquelle la conception nominaliste s’est patiemment élaborée. Au vu de la conception moderne et nominaliste, c’est une conception qui paraîtra bizarre au possible, a fortiori à notre époque. C’est la conception qui comprend l’être non pas comme existence individuelle mais comme manifestation de l’essence, dont l’évidence est première. L’essence est ici première! Cela nous paraît incongru parce que, pour nous, l’essence est seconde, elle se surajoute, «par abstraction», à l’existence individuelle.

Or cette conception était celle des Grecs, de Platon notamment, pour qui l’individuel possède une réalité de second degré. Il est effectivement second par rapport à l’évidence combien plus éblouissante de l’essence (ou de l’espèce, car il s’agit du même terme en grec: eidos) qu’il représente: ainsi, par exemple, un être humain ou une chose belle n’est qu’une manifestation (bien éphémère!) d’une essence (ou d’une espèce). L’essence, comme son beau nom l’indique bien (esse), renferme l’être le plus plein parce que le plus permanent.

Cette conception qui nous paraît si insolite a pourtant porté la pensée occidentale jusqu’à la fin du Moyen Âge. Elle fut critiquée par les auteurs qu’on a appelés nominalistes, dont Guillaume d’Occam (fin XIIIe-1350). Assez ironiquement, sa motivation était avant tout théologique: c’est qu’il estimait que la toute-puissance de Dieu, dont le Moyen Âge tardif avait une vive conscience, paraissait incompatible avec un ordre d’essences éternelles qui viendrait en quelque sorte la limiter.

Si Dieu est tout-puissant, il peut à tout moment bouleverser l’ordre des essences, faire en sorte que l’homme puisse voler, que les citronniers produisent des pommes, etc. Pour Occam, les essences ne sont donc que des noms et succombent à son proverbial rasoir.

Cette conception fut contestée à son époque (entre autres parce qu’elle apparaissait incompatible avec le dogme de l’eucharistie, où la transformation de l’essence est cruciale), mais elle a fini, lentement mais sûrement, par triompher dans la modernité, au point d’éclipser totalement l’autre vision de l’existence.

Ainsi n’existent plus pour la modernité que des entités individuelles et matérielles. Connaître ces réalités, ce n’est plus connaître une essence (car elle existe de moins en moins) mais repérer des régularités ou des lois au sein des réalités individuelles, posées comme premières (même si, pour un Newton, voire pour Einstein lui-même, connaître les lois mathématiques du monde, c’était encore entrapercevoir l’essence divine: «J’affirme que le sentiment religieux cosmique est le motif le plus puissant et le plus noble de la recherche scientifique», affirma Einstein).

Cette conception de l’existence pénètre de part en part la science de la modernité, et il n’est pas surprenant qu’elle ait dominé sa pensée qu’on peut dire «politique», où la prééminence de l’individu s’impose de plus en plus comme la seule réalité fondamentale. Dire que nous vivons dans une société de plus en plus individualiste est la plus triviale banalité du monde. C’est que dans un tel contexte, celui de la modernité, il va de plus en plus de soi que toutes les essences, donc toutes les réalités plus universelles, sont devenues problématiques. On parle depuis peu d’«identité» pour tenter de sauver ces solidarités plus universelles, mais il va de soi, pour le nominalisme ambiant, qu’elles sont secondes et improbables. Il s’agit en fait d’un diaphane souvenir de l’essence qui semble irrémédiablement perdue.

De la science au nominalisme

Ce nominalisme va bien sûr de pair avec l’attention que la science moderne prête à ce qui est immédiatement constatable. Les concepts et les idées qui intéressaient la science traditionnelle sont tous devenus douteux et seconds. Même les sciences humaines, devenues «sociales» dans la foulée de ce processus, ont besoin de positivités individuelles et spatialement observables.

C’est que les idées ne sont plus des manifestations de l’être mais des «faits de société» dont on imagine qu’ils peuvent faire l’objet d’une observation empirique. On calque ici sur les sciences humaines une conception de l’être très évidemment empruntée aux sciences de la réalité physique (à laquelle se réduit désormais tout être). Je n’ai pas l’espace ici pour aborder toutes les implications scientifiques et politiques de cette conception. (Il va de soi, par exemple, que le phénomène du nihilisme trouve sa racine dans le nominalisme.)

Je me contenterai de revenir à mon thème de départ, celui de l’existence de Dieu. C’est une lapalissade de dire que l’existence de Dieu doit nécessairement faire problème dans un cadre nominaliste: Dieu existe-t-il comme une pomme ou une fourmi? Assurément, non. Donc, Dieu n’existe pas pour la modernité, et s’il existe encore dans les croyances, ce n’est justement, pense-t-on, que comme la fiction à laquelle certains individus restent attachés en raison de leurs origines ou de leurs angoisses. La foi n’est plus ici qu’une «attitude» individuelle et subjective, donc problématique.

Mais cela est aussi vrai de toutes les convictions fondamentales, dont on parle depuis peu, empruntant un vocable à l’économie du XIXe siècle, en termes de «valeurs». Entendons: elles valent, c’est-à-dire qu’elles sont rentables, pour tel et tel sujet. Mais cette valeur ne renvoie plus à rien d’objectif. C’est une des conséquences de l’empire du nominalisme.

La conception qui faisait de l’être une manifestation de l’essence, aussi étrange puisse-t-elle paraître, n’avait pas ces difficultés. Car c’est là un phénomène qui ne manque pas de frapper celui qui s’intéresse au phénomène religieux: c’est que l’existence de Dieu n’y fasse jamais problème. Je ne suis pas sûr de connaître des textes de l’Ancien ou du Nouveau Testament, ou du Coran, où l’existence de Dieu fasse réellement problème, où, par exemple, la question de Thomas d’Aquin, «an sit Deus?», «est-il un Dieu?», ait sérieusement été posée. Elle l’est peut-être ici ou là (dans le Psaume de l’insensé, par exemple) mais n’est nullement centrale.

Cela est plus saisissant encore dans la «religion» grecque: il y a des dieux, car il y a partout des manifestations de l’essence divine. Il s’agit, aimerais-je dire, de l’expérience première de l’être. Elle est si évidente que la question du rapport aux dieux ne se pose jamais, pour les Grecs de l’époque classique, en termes de «croyance». Certes, les spécialistes modernes se posent parfois la question à savoir si les Grecs «croyaient» en leurs dieux, mais ils plaquent sur les Grecs leur vocabulaire nominaliste et moderne.

Un autre indice en est que les Grecs ne se sont jamais interrogés sur l’existence effective d’Ulysse ou de la guerre de Troie, autour desquels gravitaient leurs épopées, alors qu’il s’agit pour l’observateur moderne de questions primordiales (et qui nous empêchent sans doute de comprendre de quoi il y est question). Il faut croire que les Grecs avaient d’autres priorités: il s’agissait pour eux de puissantes manifestations de l’être et du divin. La conception nominaliste de l’être n’existait pas vraiment.

La foi n’est pas un choix

La question du christianisme est intrigante ici. C’est qu’à la différence des Grecs, et dans la continuité du judaïsme, il accorde une plus grande place à la foi, par laquelle nous sommes sauvés, dit même saint Paul. Mais comment comprendre cette foi? C’est là une tâche difficile, surtout pour nous, modernes, qui associons la foi à une forme faible et inférieure de savoir qui relèverait d’un «choix personnel».

Peut-on dire que la foi (pistis) dont il est question dans les textes bibliques relève vraiment d’un choix personnel de l’individu tout-puissant? Ce n’est guère le sentiment qu’on a en lisant ces textes. La foi désigne plutôt un «se tenir» dans l’évidence de l’essence divine, un «se savoir» enveloppé de sa fidélité, qui n’a rien à voir avec un choix qui serait le nôtre.

L’imperfection du nominalisme

Il est un dernier phénomène qui m’intéresse ici, celui de la religion. Assez ironiquement, la modernité y accorde beaucoup d’importance. Or chacun sait que c’est un terme qui n’existe pas en grec. On peut bien sûr, si on y tient, parler de la religion des Grecs, mais les Grecs ne le faisaient pas.

C’est qu’il n’y avait pas, pour eux, une sphère de leur existence qui relevait en propre de la croyance. Les dieux étaient partout, si bien que le rapport à eux ne s’exprimait jamais en termes de «religion».

À ma connaissance, le Nouveau Testament, écrit en grec, n’en parle pas non plus. Et un auteur aussi tardif que Thomas d’Aquin, bien que marqué par le nominalisme, reconnaîtra à la religion un statut assez régional dans une lointaine section de sa Somme: la religio se limite chez lui aux exercices de dévotion de l’homme envers le divin (la prière, par exemple).

Nous sommes ici bien loin d’une conception nominaliste de l’être. Pour elle, la religio fait évidemment problème car elle ne renvoie littéralement à rien, à rien d’assignable. Comment étudier alors la religion? On l’étudie, conformément à la conception nominaliste de l’être, par son seul côté observable: en analysant ses pratiques dans les diverses sociétés, donc sociologiquement.

Mais il se pourrait alors qu’on passe à côté de son essence. Sa puissante survivance dans nos sociétés contemporaines (81 % des Canadiens et des Québécois se disent croyants), si désarçonnante pour les philosophes, a le bonheur de nous rappeler que la conception nominaliste de l’être n’est peut-être pas la seule.

Jean Grondin
Professeur à l’Université de Montréal, l’auteur est spécialiste de la philosophie allemande et de l’histoire de la métaphysique. Ses livres sont traduits dans une dizaine de langues. 

BLx

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Haus der statistik

Petite intrusion chez la Stasi

Exploration de la maison des statistiques de Berlin Est

Bjarni et moi nous sommes vite trouvés une affinité qu’est l’exploration de lieux désaffectés. Bjarni, c’est la personne qui m’a hébergée à Berlin pour quelques nuits par l’intermédiaire de couchsurfing. 1Un Islandais établi là depuis peu mais qui ayant une âme d’explorateur connait déjà très bien la ville. Nous nous sommes armés d’une caméra permettant de filmer et de prendre des photos, de la flashlight de mon téléphone cellulaire, de vêtements chauds et d’un thermos plein de thé chaud. Notre première aventure fut la visite d’un parc d’attractions fantôme. Ensuite, nous avons balayé une vieille salle de danse. Puis nous nous sommes hasardés dans un vieil hôpital délabré. Parmi toutes ces aventures, celle qui nous aura le plus secoués est bien l’exploration de la maison des statistiques de Berlin est.

C’est un bâtiment imposant qu’à première vue on ne croirait pas vide. La preuve, j’ai passé mes deux premières nuits à Berlin dans une auberge de jeunesse située juste en face de celui-ci. La fenêtre de ma chambre donnait sur la façade de cet immeuble ! Je n’aurais jamais pensé qu’il était question d’un des établissements de la Stasi laissé à l’abandon. Contrairement aux autres lieux visités, il est situé dans un quartier très populaire de la ville qu’est le Mitte. Il est aussi juste à côté d’Alexanderplatz qui est l’un des principaux lieux d’activité de Berlin.

En ce mardi soir, nous étions devant nos ordinateurs et hésitions entre retourner à l’hôpital (très imposant) ou visiter une station de métro désaffectée. Puis, tout d’un coup Bjarni m’envoie le lien d’un article très intéressant sur un endroit moins délabré que ceux visités auparavant. 2Selon l’auteur, la difficulté d’intrusion de l’endroit serait très élevée. Un défi ! Rien de plus attirant ! Mais une des choses qui me réjouit, c’est surtout le fait qu’on ait moins de chance de crever de froid vu qu’il est question d’un endroit clos. Nous lisons tous les commentaires liés à l’article qui date de 2011. Un commentaire récent de l’auteur nous apprend que celui-ci a essayé d’investir à nouveau l’endroit mais sans succès. C’est décidé, c’est là que nous irons ce soir.

Sur place, nous faisons le tour du bâtiment qui est encerclé d’une barrière métallique. Nous décidons de commencer à trouver une issue à l’arrière du bâtiment sachant qu’il y a moins d’activité humaine par là. Il fait très sombre, nous essayons plusieurs portes qui bien évidemment sont scellées. Nous trouvons un escalier qui donne sur le sous-sol. Nous ouvrons une porte métallique sans difficulté. Celle-ci donne directement sur un ascenseur hors d’usage. Trop beau pour être vrai. Nous rebroussons chemin. Nous continuons notre inspection des lieux et tombons sur une barrière flétrie qui donne encore sur le sous-sol. Cette fois, il n’y a pas d’escalier, il faudra passer la barrière et descendre prudemment les  trois mètres et demi qui nous séparent du sol. À l’aide d’une branche d’arbre, nous arrivons à l’endroit voulu tout en nous demandant comment nous allons remonter.

Nous ouvrons une porte métallique, celle-ci donne encore sur un cul de sac. Nous essayons une autre porte et nous voilà à l’intérieur du bâtiment ! Nous ne nous réjouissons pas trop vite sachant qu’il y a de grandes chances que notre exploration s’arrête à la prochaine porte. Pourtant tout s’ouvre ! 3Nous longeons un couloir et découvrons des toilettes et certaines pièces avec quelques tableaux  encore aux murs. Il faut trouver un escalier afin d’accéder aux autres sections de l’immeuble. Nous ouvrons des portes mais ne faisons pas vraiment attention à les garder ouvertes parce que nous sommes impatients de savoir les limites de l’accès que nous avons trouvé. Grave erreur. Nous trouvons finalement un escalier mais les portes qui donnent accès aux étages suivants sont verrouillées. On peut observer une petite lumière verte dans le haut de chacune de ces portes, un peu comme s’il y avait un système de sécurité enclenché. Nous rebroussons chemin. Nous essayons d’ouvrir l’une des portes par laquelle nous sommes passés, elle est verrouillée !

Bjarni me jette un regard de stupéfaction, je fais de même. Nous ouvrons des fenêtres dans l’espoir de sortir de là mais elles donnent toutes sur un grillage solide. Nous retournons à la porte et apercevons une autre porte un peu plus loin à sa gauche. Elle est verrouillée aussi mais semble beaucoup moins solide. Notre cœur fait un bond lorsque nous nous apercevons que de l’autres côté de cette porte, il y a un couloir illuminé. Nous sommes pris au piège et nous nous demandons si ce n’est pas un piège qu’on nous a tendu !

4Non loin de là, nous trouvons une sorte de barre de métal. Le seul moyen de nous en sortir, c’est de forcer la porte branlante. Cela nous a pris au moins une bonne demi-heure de travail. Nous ressentons un tel soulagement lorsque la porte s’ouvre !

Il y a un long couloir illuminé. L’atmosphère est lugubre. Nous trouvons une salle de bain et à notre grande surprise, elle est toujours fonctionnelle. Un bâtiment abandonné, supposément inutilisé depuis un moment, où l’on trouve de l’électricité et de l’eau courante, c’est tout de même un peu louche. 5Nous prenons notre matériel et nous aventurons dans le couloir. L’ambiance est très tendue, c’est bizarre, on se sent comme à une autre époque. C’est comme si on faisait un voyage quelques décennies en arrière. On se sent mal ici probablement parce qu’il n’y a aucune manifestation humaine de notre époque. 6Sur les autres lieux visités, on dénote beaucoup d’activités récentes, telles que la présence de graffitis et de détritus, bouteilles de bières ou restants de nourriture. Ici, rien. Ceci peut être expliqué par la méconnaissance de l’endroit mais aussi par sa difficulté d’accès. C’est resté hermétique. Cette découverte, c’est comme un pot Mason qui protège le temps du temps.

7Très vite, nous tombons sur quelque chose de très intéressant.Une pièce qui semble être une salle d’archives. Les étagères sont vides. Dans la salle, nous trouvons une porte qui donne sur un nouvel endroit. Sur celle-ci, nous apercevons trois textes allemands.Nous les prenons en photo afin de les traduire plus tard. Un ami Suisse m’explique qu’il est question d’instructions. Les comportements à adopter dans la « chambre de protection ».  Intriguant…

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Nous entrons dans cette chambre et tombons sur une autre porte. Par contre, celle-ci est verrouillée et un petit papier y est accroché. Sur ce papier usé sont dactylographiées quelques lignes et à la fin, en petits caractères, signé «Aristoteles». Qui signifie Aristote en allemand. Je vous laisse le plaisir de le traduire via Google Translate ou autre moyen à votre disposition : « Spiele damit du ernst sein kannst. Der Spiel ist ein Ausruhen. Die Menschen bedürfen des Ausruhens, denn sie können nicht immer tätig sein.»

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Bref, nous sommes retournés sur nos pas et avant de continuer dans le couloir, quelque chose a attiré notre attention. Une grande armoire bloque un passage.  Quelqu’un a arraché une partie de cette grande armoire auparavant. Nous éclairons le trou dans l’armoire et à notre grande surprise, nous apercevons un autre long couloir et plusieurs autres portes !

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Cette découverte nous glace le sang. Pourquoi avoir bloqué le passage vers cette section ? Vu l’ambiance déjà très glauque de l’endroit, nous décidons de ne pas nous y aventurer tout de suite et de revenir sur nos pas. Surtout que nous n’avions pas encore trouvé de moyen de sortir.

Nous arrivons au bout du long couloir trouvé plus tôt. Nous empruntons un escalier. À chaque étage, les portes sont verrouillées. Sauf au troisième. La porte que nous réussissons à ouvrir indique « Bibliothek ».

Il est bien question d’une vieille bibliothèque. Nous trouvons les portes vitrées y donnant accès et trouvons une salle vide. Sur le sol, il y a encore les traces des étagères. Dans une autre salle faisant partie de la bibliothèque, nous trouvons une carte de la vieille Europe. Celle-ci date de l’époque où l’Allemagne était séparée en deux.

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Nous restons un moment afin de prendre quelques photos puisque l’éclairage est plutôt intéressant.

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Nous continuons notre exploration et trouvons un escalier étroit et très raide qui mène vers le toit. À la fin de cet escalier il y a une lourde porte. Nous découvrons une petite salle où se trouve une machine dont nous ignorons l’utilité. Il y a de vieilles traces humaines. Une petite étagère sur laquelle sont éparpillés un téléphone, un journal, un dossier, des outils et une tasse pleine de mégots.

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Je feuillette le dossier et l’on y trouve des plans de la machine. Je jette un coup d’œil au journal, s’y trouvent dates et heures, qui se rendent jusqu’à 2010, accompagnées de ce qui semble être des notes d’observation liées à la machine. En fait l’étagère servait de bureau à quelqu’un…

Nous quittons cette salle et retournons sur nos pas dans l’espoir de trouver enfin une sortie. L’atmosphère de cet endroit est très pesante ; nous espérons le quitter au plus vite. Nous retournons au grand escalier où plusieurs portes étaient verrouillées. Au bas de l’escalier, niveau rez-de-chaussée, il y a une porte qui donne sur un jardin intérieur. Nous sommes très heureux de sentir l’air frais extérieur lorsque je réussis à l’ouvrir. Nous tentons aussitôt de trouver un moyen de sortir de l’enceinte du bâtiment mais ne trouvons pas grand-chose. Nous découvrons qu’aux fenêtres du côté qui nous était impossible d’accès, il y a quelques bureaux et que dans ces bureaux on peut encore observer la présence d’objets personnels. On trouve même une salle où il y a des appareils électroniques, servant à la régulation de l’endroit, qui clignotent encore.

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Par contre, il ne semble pas y avoir d’issue, mis à part une fenêtre grillagée qui pourrait nous permettre d’accéder au toit. Nous décidons de rebrousser chemin. Dans notre euphorie du moment où nous avions enfin de l’air frais, nous avons fait une grave erreur. Nous avons omis encore une fois de retenir la porte et nous voilà à nouveau coincés ! Impossible de retourner à l’intérieur, la porte s’est verrouillée derrière nous ! Pas le choix, nous allons devoir grimper pour nous sortir de ce pétrin.

21Comme si nous n’étions pas suffisamment en mauvaise posture, il n’y a plus de mémoire dans notre caméra alors à partir de ce moment nous n’étions plus en mesure de prendre des photos ou des vidéos. Donc je vous illustre la situation. Bjarni et moi devions grimper ce grillage de fenêtre afin d’atteindre cette petite partie de toit. Arrivés sur le toit, il n’y a aucun moyen de descendre. Tout est protégé par des barbelés.

22Nous décidons de nous aventurer plus loin et trouvons une vitre cassée ! Elle est assez haute mais par chance il y a un autre grillage qui nous permet d’y accéder. Nous arrivons tant bien que de mal à nous introduire dans un bureau. Nous quittons se bureau et trouvons un escalier qui descend. À la fin de cet escalier, Bjarni ouvre une porte et celle-ci donne directement sur… la rue !

Ce fut aussi simple que ça… des heures et des heures de tension qui furent relâchées par l’ouverture d’une porte. Nous étions réconfortés d’entendre à nouveau les bruits de voitures et toute l’agitation berlinoise.

Cette exploration est inachevée comme la plupart de celles que nous avons menées. Par contre, la curiosité liée à cet endroit est très forte, plus que les autres. Cette nuit-là, je n’ai pas pu m’arrêter de penser à l’armoire, celle qui bloquait le passage vers une autre section du bâtiment. Cette curiosité nous attirait à nouveau là-bas mais quelque chose en nous, nous en éloignait. Quand tu vas là-bas, tu absorbes de l’information mais le bâtiment t’empoisonne de ses ondes négatives, alors tu ne veux plus y retourner… du moins, pour quelques heures. Le lendemain matin, j’étais prête à y retourner mais malheureusement je devais quitter Berlin quelques heures plus tard. Bjarni m’a promis d’y retourner un jour, j’attends de ses nouvelles…

Caroline Douville

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Tolérer ou se libérer de la religion, voilà la question?

«C’est effectivement une erreur commune dans le débat actuel : on invoque la tradition libérale anglo-américaine sans réaliser que la laïcité de l’État en Occident ne sert plus tant à aménager un espace civique neutre, libre de répression et de conflits interconfessionnels, qu’à édifier et défendre un espace public institutionnalisant la sécularisation, c’est-à-dire le «désenchantement du monde », le rejet assumé des superstitions religieuses.»

Hubert Rioux Ouimet, Hitchens appuierait le projet de loi 60, Le Devoir 14/12/13

L’opposition à la Charte affirmant les valeurs de laïcité et de neutralité religieuse de l’État s’appuie principalement sur l’idée d’une «laïcité ouverte», idée en vertu de laquelle l’État aurait l’obligation de s’adapter à la pluralité religieuse. Selon cette manière de voir, la neutralité dont l’État doit faire preuve signifie qu’il doit traiter de façon égale toutes les religions et n’en favoriser aucune. Mais comment rendre manifeste cette neutralité? Pour les tenants de la «laïcité ouverte» l’État n’a pas à juger de la valeur des valeurs religieuses, il doit plutôt s’ouvrir indistinctement à toutes les religions et, dans la mesure du raisonnable, entériner tous les préceptes religieux. De là il s’ensuit que l’État n’aurait pas le droit d’interdire aux employés de la fonction publique le port de signes religieux ostentatoires, pourtant pas très neutres en leur principe même. Mais pour l’auteur du texte qui suit, cette conception de la laïcité dite «ouverte» a quelque chose d’anachronique en ce sens qu’elle fait abstraction des processus historiques qui ont façonné les sociétés occidentales. Le discours critique initié par la Modernité et le «processus rationnel de sécularisation» qui en résulte ont contribué au fil des trois derniers siècles à faire reculer l’influence de la religion et, généralement, à ce déclin du religieux on associe des gains importants au niveau politique, scientifique, artistique, sans parler de la libéralisation des moeurs. Dans un tel contexte, la neutralité religieuse de l’État n’est pas requise pour garantir l’égalité des religions entre elles et en assurer la présence égale dans la fonction publique, elle s’impose plutôt pour refléter le niveau de sécularisation de la société dans laquelle nous vivons, ce qui implique «le rejet assumé des superstitions religieuses».

BLx

Hitchens appuierait le projet de loi 60

La liberté de religion n’a plus les mêmes implications qu’aux XVIIIe et XIXe siècles

« Mais nous croyons en la religion… du moins pour les autres. » – Hitchens

Le 15 décembre marquait le second anniversaire de la mort du philosophe, journaliste et essayiste britanno-américain Christopher Hitchens. Cet anniversaire appelle une reconsidération du débat sur le projet de loi 60, d’un angle n’ayant guère été adopté jusqu’ici. L’antithéisme, dont Hitchens consacra la dernière portion de sa vie à expliciter les principes, est une posture selon laquelle les aspects vicieux et liberticides du théisme, soit de la superstition religieuse, surpassent en importance les effets bienfaisants du pluralisme religieux et/ou de la « laïcité ouverte ». Les religions et leur influence socioculturelle devraient donc être confrontées, et non pas seulement tolérées, leur inoffensivité ayant lieu d’être mise en question.

Cela n’implique pas une opposition à la liberté de religion per se, mais une reconnaissance du fait que, autres temps autres enjeux, cette liberté n’a pas ni ne doit avoir les mêmes significations et implications aujourd’hui qu’aux XVIIIe et XIXe siècles. C’est effectivement une erreur commune dans le débat actuel : on invoque la tradition libérale anglo-américaine sans réaliser que la laïcité de l’État en Occident ne sert plus tant à aménager un espace civique neutre, libre de répression et de conflits interconfessionnels, qu’à édifier et défendre un espace public institutionnalisant la sécularisation, c’est-à-dire le « désenchantement du monde », le rejet assumé des superstitions religieuses.

Considérer l’ouverture de la fonction publique à la pluralité religieuse synonyme de neutralité relève d’une conception surannée de la laïcité, aveugle au fait que l’enjeu déterminant de notre époque, pour plusieurs raisons, n’oppose pas les confessions entre elles, mais la religiosité à l’athéisme, ou du moins à l’agnosticisme. C’est d’ailleurs en raison de cette obsolescence que le projet de charte sera contesté et possiblement invalidé juridiquement : nos principes constitutionnels émanent de doctrines libérales datant d’une ère où il apparut désormais nécessaire que l’État ne puisse favoriser une religion au détriment des autres, mais où il n’était pas encore tout à fait envisageable qu’il en refuse toutes les manifestations en son sein, au nom du caractère séculier de ses institutions.

Que celles-ci puissent être laïques, au sens lockéen du terme, en laissant leurs agents « libres » d’afficher leur appartenance religieuse, est un argument valable mais, d’une perspective réellement progressiste, réducteur et conservateur. Il insiste sur l’impératif de neutralité alors que l’État et ses représentants pourraient, symboliquement, incarner aussi cette sécularisation dont l’essor historique est menacé par l’une des véritables tendances réactionnaires de notre époque : la réaffirmation du théisme qui, tant sous ses formes dites modérées que de plus en plus radicales, est contraire à la véritable liberté de conscience et d’expression de tous, celle qui ne se réduit pas à et qu’on confond trop souvent avec la liberté négative de s’imposer à soi-même, sur le plan individuel ou communautaire, un code de vie fondé sur un ensemble de superstitions.

Si nous sommes sérieux, l’adoption d’une telle perspective est d’autant plus indiquée que, alors qu’un consensus s’est établi, au Québec comme ailleurs, autour de la nécessité d’une lutte contre l’intégrisme religieux, ses contours demeurent indistincts. Peut-on juger que la minorité des croyants estimant le port de signes religieux indispensable à son fonctionnement social ne fait pas dans la modération ? Ne fait-il aucun doute, d’après la définition donnée par Bouchard et Taylor eux-mêmes, que la communauté hassidique verse dans l’intégrisme ? Je suis ouvert à ce qu’on me convainque de la négative si on le peut. Je mets donc officiellement, par la présente, tous les intellectuels québécois au défi de définir quelque fondement général permettant de déterminer là où la modération prend fin et où le radicalisme, qu’on dit vouloir combattre, débute.

Pour ces raisons et d’autres, Hitchens appuierait le projet gouvernemental comme il appuya les lois françaises de 2004 et 2010. Les contextes français et québécois divergent, il est vrai. C’est d’ailleurs probablement pourquoi le projet québécois diffère en réconciliant les principes traditionnels de laïcité républicaine et l’idéal de sécularisation : il n’interdit aucun signe religieux dans l’espace public en général et confère aux salariés de l’État plutôt qu’au citoyen lambda ou à l’étudiant la responsabilité d’incarner le caractère séculier de nos institutions publiques. Au regard du monde occidental, comme il l’a fait dans d’autres domaines alors qu’on l’en décourageait, le Québec innoverait en légiférant. Ce n’est assurément pas une raison suffisante pour s’y opposer. Que ce projet rompe avec la conversion civique du nationalisme québécois en serait une. Mais étant donné que cette conversion n’a pu s’accomplir que parallèlement à la sécularisation des moeurs et des institutions qui caractérisera la Révolution tranquille, soit, comme le disait déjà Borduas en 1948, à l’émancipation religieuse du peuple québécois jusque-là « tenu à l’écart de l’évolution universelle de la pensée pleine de risques et de dangers », il apparaît évident que tel n’est pas le cas. C’est même précisément le contraire. Si les souverainistes considèrent donc toujours la majorité référendaire comme une libération collective légitimement applicable à une minorité s’y opposant, ils n’ont pas de raison de refuser d’étendre le même raisonnement à la sécularisation de nos institutions.

Le projet de loi 60 est imparfait et incomplet. Il s’agit néanmoins d’un pas dans la bonne direction. Cette perspective antithéiste est relativement répandue et n’est indiscutablement ni conservatrice ni xénophobe, encore moins raciste. C’est à l’inverse un regard progressiste, séculariste, rationaliste et féministe, au sens noble de tous ces termes. C’est affirmer avec Hitchens que la « dignité humaine ne dérive pas de la religion mais la précède » et lui succédera. Tout au plus est-ce une posture intolérante, en ce que ses tenants ne tolèrent pas que la liberté d’un peuple de se doter d’institutions publiques exemptes de manifestations religieuses soit subordonnée à la liberté, assumée par une poignée, de se croire sincèrement mais non moins superstitieusement tenu à un code vestimentaire permanent.

Hubert Rioux Ouimet – Jeune rebelle, McMaster University

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Un éléphant s’entraîne au trampoline

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http://vimeo.com/41849971#

Pour voir d’autres films de Nicolas Deveaux: http://www.cube-creative.fr/directors/nicolas-deveaux/

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Michel Brault 1928-2013

Pour la suite du monde, un film sublime.

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«Documentaire poétique et ethnographique sur la vie des habitants de l’Isle-aux-Coudres rendue d’abord par une langue, verte et dure, toujours éloquente, puis par la légendaire pêche au marsouin, travail en mer gouverné par la lune et les marées. Un véritable chef-d’oeuvre du cinéma direct.»

http://www.onf.ca/film/pour_la_suite_du_monde/

Les autres films de Michel Brault disponibles ici sur le site de l’ONF.

Les Ordres, un autre grand film de Michel Brault et pour lequel il a reçu le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes en 1975, un film qu’il n’a pas tourné pour l’Office National du Film du Canada… Il s’agit en effet d’un film politique qui dénonce l’emprisonnement arbitraire de nombreux citoyens lors des événements d’Octobre en 1970.

http://www.youtube.com/watch?v=RyKThpv_YpU

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Trop jeunes pour le mariage

Mariées de force

Les photos troublantes de Trop jeunes pour le mariage s’arrêtent au Gesù

Lise-Marie Gervais, Le Devoir 15/08/13

« J’ai haï mon mari dès le premier soir. Dès que je l’ai vu, je voulais qu’il meure. » La voix brisée, les larmes aux yeux, l’auteure d’origine algérienne Samia Shariff a raconté l’enfer des mariages forcés auxquels sont astreintes tant de filles, un enfer dans lequel elle a été elle-même plongée à l’âge de 15 ans, lorsqu’on a uni son destin à celui d’un homme plus vieux, qu’elle n’avait jamais vu.

Elle est venue ainsi donner un fracassant coup d’envoi à l’exposition photographique itinérante Trop jeunes pour le mariage, de Stephanie Sinclair, présentée jusqu’au 29 septembre au Gesù à Montréal, l’une des deux villes canadiennes hôtes. Parrainée par le Fonds des Nations unies pour la population, cette expo photo, dont le porte-parole est le comédien Paul Ahmarani, s’inscrit dans la campagne « J’aime mon corps, j’aime mes droits » d’Amnistie internationale Canada francophone, visant à sensibiliser aux droits sexuels et aux mariages des mineures, y compris des fillettes.

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Violée, séquestrée, battue. En conférence de presse mercredi, Samia Shariff a évoqué son passé avec beaucoup de douleur, se demandant encore où elle a trouvé la force de survivre à tout ça et, surtout, de s’enfuir. « On reste blessées à vie », a murmuré cette mère de famille divorcée, qui vit maintenant au Canada, après y être entrée illégalement avec ses enfants, tous munis de faux passeports obtenus en vendant quelques bijoux.

Les yeux posés sur une photo montrant trois préadolescentes yéménites toutes habillées et maquillées pour leurs noces, parées comme des poupées, elle ne peut s’empêcher de revivre l’horreur qu’a été son mariage. « Je me vois en elles », a-t-elle dit. « Un jour, j’étais habillée et coiffée comme elles d’un chignon. J’avais une tonne de maquillage alors que quand j’étais plus jeune, je n’avais pas le droit de toucher à ça parce que c’était péché. Et tout le monde était heureux et content, c’était la fête. Et nous, c’est comme nous conduire dans notre tombe », poursuit-elle en décrivant sa terrifiante nuit de noces.

Dureté et lumière

Bouleversantes, les photos grand format imprimées sur des toiles, accompagnées de courtes descriptions, de statistiques et de citations, documentent la réalité de ces fillettes privées d’enfance, levant le voile sur leur difficile réalité : le viol, les abus, les risques liés aux grossesses en bas âge, la difficulté d’obtenir le divorce… Sur une photo, Agere, mariée à 12 ans à un homme qui lui a transmis le sida, allaite ses jumeaux nouveau-nés séropositifs. Kanas, une jeune Éthiopienne de 18 ans, raconte qu’elle ne se souvient pas du moment où elle a été « offerte » à un homme, tant elle était petite. « J’ai été élevée par mon mari. »

La porte-parole d’Amnistie, Anne Sainte-Marie, rappelle que 67 millions de femmes ont été privées de leur enfance et de leur dignité, ayant été mariées trop jeunes. « Et si rien n’est fait, le problème ira en augmentant », a-t-elle déclaré, soulignant que ces violations des droits des femmes se produisent surtout dans les pays en voie de développement, dont la population tend à croître.

Très dure, l’exposition laisse toutefois filtrer un peu de lumière. La Yéménite Nujood Ali, mariée à 12 ans à un homme de 20 ans de plus qu’elle, a vécu une entrée brutale dans le monde des adultes. Sa lutte pour obtenir le divorce a ému le pays et certains membres du Parlement qui, deux ans plus tard, se sont penchés sur un projet de loi sur l’âge du mariage.

Quant à Samia Shariff, elle s’est lancée dans l’écriture d’histoire de femmes qui ont vécu sous le joug de leur mari et caresse le projet de faire venir auprès d’elle sa soeur et ses filles.

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30 minutes avec JR

Le mur est le média. Charlie Rose reçoit l’artiste de rue français JR

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24 juillet 1967: De Gaulle à Montréal

http://youtu.be/0l1EYNoHY1A

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Il y a 40 ans mourrait Bruce Lee

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AFP- Hong-Kong – L’homme qui a porté les arts martiaux au cinéma avait aussi jeté des ponts entre l’Est et l’Ouest en pleine guerre froide : Bruce Lee est décédé il y a tout juste 40 ans à Hong-Kong. Touristes, fans de cinéma hongkongais ou de sports de combat, ils sont toujours plus nombreux à se recueillir devant sa statue de bronze érigée sur « l’Avenue des stars », face aux gratte-ciel. Ce monument « honore la mémoire de Bruce Lee et le rêve que nous faisions, enfants, d’un monde débarrassé des forces maléfiques par les défenseurs de la justice », proclame un site de fans. Né à San Francisco, l’acteur sino-américain des films cultes La fureur de vaincre et Opération Dragon est mort en 1973 à l’âge de 32 ans d’un oedème cérébral. À l’occasion des événements prévus pour le 40e anniversaire de sa mort, un « parcours Bruce Lee » emmène les amateurs sur les traces du maître à Hong-Kong : les résidences, son école, ou encore un monastère qui apparaît dans La fureur du dragon. Sa fille, Shannon Lee, a inauguré samedi une grande exposition au Hong-Kong Heritage Museum qui rassemble 600 objets lui ayant appartenu – livres, carnets, tuniques – et organise des projections.

À l’âge de 28 ans, en janvier 1969, Bruce Lee s’adressa à lui-même cette lettre dans laquelle il a formulé ses ambitions les plus chères: la célébrité, la gloire et la fortune.

lettre bruce lee

SECRET

My Definite Chief Aim

I, Bruce Lee, will be the first highest paid Oriental super star in the United States. In return I will give the most exciting performances and render the best of quality in the capacity of an actor. Starting 1970 I will achieve world fame and from then onward till the end of 1980 I will have in my possession $10,000,000. I will live the way I please and achieve inner harmony and happiness.

Bruce Lee
Jan. 1969

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Blanche neige revisitée

« WS », une installation de Paul McCarthy

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À New York, au Park Avenue Armory, la caserne militaire où Marcel Duchamp exposa en 1917 Fontaine, le fameux urinoir, on peut voir maintenant  jusqu’au mois d’août la dernière oeuvre de l’artiste américain Paul McCarthy. Il s’agit d’une oeuvre impressionnante, WS est une installation qui s’étend sur plus de 8 000 pieds carrés et qui comprend une forêt enchantée, la reconstitution de la maison d’enfance de l’artiste, le tout surplombé aux extrémités de deux écrans géants, chacun divisé en quatre sections. Il se passe beaucoup de choses, mais rien de bien rassurant. La maison d’enfance est transformée en une scène de crime où l’on voit des sculptures hyperréalistes de corps nus, cadavres gisants parmi les traces scabreuses d’une orgie, tandis que sur les écrans on voit se déployer les épisodes qui se sont déroulés dans les lieux où l’on circule et qui se concluront par la mort de WS, White Snow comme dans Snow White et de Walt Paul, comme dans Walt Disney et Paul MacCarthy.

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Drame psycho sexuel impliquant Blanche neige, les sept nains, dieu le père lui-même, Walt Disney, et le prince charmant qui finira bien par venir, mais trop tard.

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McCarthy s’adonne donc à une relecture du conte de Walt Disney Blanche Neige et les sept nains, relecture outrancière, obscène et scatologique reconstituée dans le cadre de sa maison d’enfance.

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Le Québec et la lutte pour la reconnaissance

Selon Hegel, l’humanité est, au départ, divisée en deux catégories, maitre et esclave. Pour  mieux comprendre le concept, Alexandre Kojève l’explique en imaginant les deux premiers hommes qui se rencontrent pour la première fois. Les deux ont faim et veulent mangés leurs adversaires. Ils s’engagent alors dans une lutte pour la reconnaissance. Chacun voudra la reconnaissance de l’autre, qui lui confirmera qu’il est un être pensant. L’issue du combat divisera les hommes en deux, Maitre ou esclave. Ce modèle s’applique bien au Québec. Le Québec a passé bien près d’être souverain. Nous sommes la minorité francophone de l’Amérique du nord. Chaque fois, nous avons lutté contre nos maitres, pour être nous-même maitres de nos affaires.

Le maitre est prêt à sacrifier sa vie biologique au nom de quelque chose qui lui est extérieur, qui est plus grand que lui, l’honneur, la reconnaissance, etc. Il est un être essentiellement guerrier, il lutte, mais ne travaille pas. Il montre sa supériorité face à la nature, en risquant sa vie biologique. Comme le FLQ posait des gestes concrets dans le but de la libération. Tout comme Paul Rose a accepté un crime qu’il n’avait même pas commis, dans le but de nous débarrasser de cette étiquette de perdant et de lutter jusqu’à la fin pour la reconnaissance.  Les patriotes étaient des maitres, pas tous, mais quelques-uns du moins : « Chevalier de Lorimier n’était pas un patriote à demi-conscient»[1] . Il savait ce qu’amènerait une défaite et l’a assumé, il est mort pendu. Il a « parié » sa vie dans cette guerre et l’a perdue, voilà ce qu’est un maitre. Contrairement à un certain Papineau qui s’est retiré la veille d’un combat à Paris, en véritable esclave.

L’esclave lui, est celui qui préfère sa vie biologique à l’honneur, il se rendra pour conserver sa vie. Il travaille, mais ne lutte pas. Il va travailler et développer des techniques qui vont éventuellement le rendre, «comme maitre et possesseur de la nature». Les esclaves s’interposent entre les maitres et la nature ce qui fait que les maitres sont maitres des esclaves, mais aucunement maitres de la nature, alors que les esclaves le deviennent peu à peu par leur travail.  Le concept de Karl Marx sur le pouvoir du prolétariat est directement issu de ce contexte. Si tous les esclaves vont en grève générale, les maitres ne sauraient se débrouiller, car toute leur vie a été construite par les esclaves. Cette dualité maitre/ esclave amène un autre tableau intéressant. La dualité qui existe entre Canada/ Québec. Cette dualité a toujours été! Or aujourd’hui elle prend un aspect intéressant. Car non seulement le pays du Canada est divisé en deux, mais la province du Québec aussi est divisée. Le Québec est divisé entre ceux qui veulent la vraie indépendance et de l’autre côté ceux qui veulent rester dans la confédération.

Voilà le problème du séparatisme moderne québécois : « Le séparatisme réveille en plusieurs cette histoire décevante et la crainte qu’elle s’allonge d’un autre chapitre encore plus décevant»[2] Nous agissons en vaincu, en esclave. Nous ne voulons pas être un maitre, car nous avons peur de risquer nos acquis, alors que certains se battent au prix de leur vie. La confiance des Québécois est très faible et le statu quo donne un effet rassurant et reposant. Pourquoi devrions-nous risquer de nous épuiser à continuer un combat si épuisant et possiblement décevant? Alors le peuple préfère rester dans la confédération. Malgré tout, ceci reste un couteau à double tranchant. Il faudra quand même protéger les acquis et les défendre, tout en s’épuisant encore. Alors, à quoi bon arrêter? L’histoire universelle ne peut s’écrire pour nous lorsque nous sommes devant la télévision. Je crois qu’il faut remplacer le sentiment de défaite et de trahison, par un sentiment plus flamboyant comme l’injustice par exemple. Hubert Aquin avoue qu’il accorde de l’importance à ses sentiments « négatifs » à l’endroit des Anglais. Sans être déplacé il explique que ses sentiments : « (…) sont à l’origine même de mes convictions séparatistes. »[3]  Kojève l’explique par le désir de reconnaissance. Pour Kant, l’histoire s’écrit par le mal, par l’antagonisme. Le Québec veut la reconnaissance, mais il agit toujours en bon perdant. Je ne dis pas ici d’entretenir la haine des Anglophones, mais peut-être d’entretenir un esprit de compétition.  Aquin l’explique bien dans son texte l’existence politique : « Le séparatisme (…) ne peut naître que d’une relation entre deux individus, deux groupes, deux populations. (…) cette opposition émotive est fondamentale sur le plan historique »[4]

Félix Savard


[1] AQUIN, Hubert, L’art de la défaite : considération stylistique, http://id.erudit.org/iderudit/30019ac, p.41, (consulté 18 avril 2013) [En ligne].

[2] AQUIN, Hubert, De l’existence politique, http://id.erudit.org/iderudit/59875ac, p.67 (consulté le 19 avril 2013) [En ligne].

[3] AQUIN, Hubert, De l’existence politique, http://id.erudit.org/iderudit/59875ac (consulté le 19 avril 2013) [En ligne].

[4] AQUIN, Hubert, De l’existence politique, http://id.erudit.org/iderudit/59875ac, p.69 (consulté le 19 avril 2013) [En ligne].

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Ce soir à Hong Kong: Xie Lei

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Xei Lei, Everything and nothing, Feast Projects

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Guitare fétiche

Luc-Antoine, un de mes amis, ne se porte plus de joie depuis qu’il a récupéré sa guitare qu’il avait dû, la mort dans l’âme, laisser à Paris (une longue histoire). Il s’agit d’une Fender Stratocaster, la réédition de la Fender à moitié brûlée et détruite que Jimmy Hendrix a donnée à Frank Zappa et que celui-ci s’était empressé de reconstruire (une longue histoire).  Ici le fils de Zappa, Dweezil, explique tout ça dans le détail.

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Un entretien avec Marcel Gauchet

Dans le cadre de la série «Le 21è», diffusée à la radio de Radio-Canada, un entretien avec le philosophe français Marcel Gauchet où il est question, entre autres sujets, de la démocratie, du religieux, de l’illusion économique et de la dénégation généralisée…

http://www.radio-canada.ca/emissions/le_21e/2011-2012/chronique.asp?idChronique=181048

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Christiane Gauthier

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