Le Québec et la lutte pour la reconnaissance

Selon Hegel, l’humanité est, au départ, divisée en deux catégories, maitre et esclave. Pour  mieux comprendre le concept, Alexandre Kojève l’explique en imaginant les deux premiers hommes qui se rencontrent pour la première fois. Les deux ont faim et veulent mangés leurs adversaires. Ils s’engagent alors dans une lutte pour la reconnaissance. Chacun voudra la reconnaissance de l’autre, qui lui confirmera qu’il est un être pensant. L’issue du combat divisera les hommes en deux, Maitre ou esclave. Ce modèle s’applique bien au Québec. Le Québec a passé bien près d’être souverain. Nous sommes la minorité francophone de l’Amérique du nord. Chaque fois, nous avons lutté contre nos maitres, pour être nous-même maitres de nos affaires.

Le maitre est prêt à sacrifier sa vie biologique au nom de quelque chose qui lui est extérieur, qui est plus grand que lui, l’honneur, la reconnaissance, etc. Il est un être essentiellement guerrier, il lutte, mais ne travaille pas. Il montre sa supériorité face à la nature, en risquant sa vie biologique. Comme le FLQ posait des gestes concrets dans le but de la libération. Tout comme Paul Rose a accepté un crime qu’il n’avait même pas commis, dans le but de nous débarrasser de cette étiquette de perdant et de lutter jusqu’à la fin pour la reconnaissance.  Les patriotes étaient des maitres, pas tous, mais quelques-uns du moins : « Chevalier de Lorimier n’était pas un patriote à demi-conscient»[1] . Il savait ce qu’amènerait une défaite et l’a assumé, il est mort pendu. Il a « parié » sa vie dans cette guerre et l’a perdue, voilà ce qu’est un maitre. Contrairement à un certain Papineau qui s’est retiré la veille d’un combat à Paris, en véritable esclave.

L’esclave lui, est celui qui préfère sa vie biologique à l’honneur, il se rendra pour conserver sa vie. Il travaille, mais ne lutte pas. Il va travailler et développer des techniques qui vont éventuellement le rendre, «comme maitre et possesseur de la nature». Les esclaves s’interposent entre les maitres et la nature ce qui fait que les maitres sont maitres des esclaves, mais aucunement maitres de la nature, alors que les esclaves le deviennent peu à peu par leur travail.  Le concept de Karl Marx sur le pouvoir du prolétariat est directement issu de ce contexte. Si tous les esclaves vont en grève générale, les maitres ne sauraient se débrouiller, car toute leur vie a été construite par les esclaves. Cette dualité maitre/ esclave amène un autre tableau intéressant. La dualité qui existe entre Canada/ Québec. Cette dualité a toujours été! Or aujourd’hui elle prend un aspect intéressant. Car non seulement le pays du Canada est divisé en deux, mais la province du Québec aussi est divisée. Le Québec est divisé entre ceux qui veulent la vraie indépendance et de l’autre côté ceux qui veulent rester dans la confédération.

Voilà le problème du séparatisme moderne québécois : « Le séparatisme réveille en plusieurs cette histoire décevante et la crainte qu’elle s’allonge d’un autre chapitre encore plus décevant»[2] Nous agissons en vaincu, en esclave. Nous ne voulons pas être un maitre, car nous avons peur de risquer nos acquis, alors que certains se battent au prix de leur vie. La confiance des Québécois est très faible et le statu quo donne un effet rassurant et reposant. Pourquoi devrions-nous risquer de nous épuiser à continuer un combat si épuisant et possiblement décevant? Alors le peuple préfère rester dans la confédération. Malgré tout, ceci reste un couteau à double tranchant. Il faudra quand même protéger les acquis et les défendre, tout en s’épuisant encore. Alors, à quoi bon arrêter? L’histoire universelle ne peut s’écrire pour nous lorsque nous sommes devant la télévision. Je crois qu’il faut remplacer le sentiment de défaite et de trahison, par un sentiment plus flamboyant comme l’injustice par exemple. Hubert Aquin avoue qu’il accorde de l’importance à ses sentiments « négatifs » à l’endroit des Anglais. Sans être déplacé il explique que ses sentiments : « (…) sont à l’origine même de mes convictions séparatistes. »[3]  Kojève l’explique par le désir de reconnaissance. Pour Kant, l’histoire s’écrit par le mal, par l’antagonisme. Le Québec veut la reconnaissance, mais il agit toujours en bon perdant. Je ne dis pas ici d’entretenir la haine des Anglophones, mais peut-être d’entretenir un esprit de compétition.  Aquin l’explique bien dans son texte l’existence politique : « Le séparatisme (…) ne peut naître que d’une relation entre deux individus, deux groupes, deux populations. (…) cette opposition émotive est fondamentale sur le plan historique »[4]

Félix Savard


[1] AQUIN, Hubert, L’art de la défaite : considération stylistique, http://id.erudit.org/iderudit/30019ac, p.41, (consulté 18 avril 2013) [En ligne].

[2] AQUIN, Hubert, De l’existence politique, http://id.erudit.org/iderudit/59875ac, p.67 (consulté le 19 avril 2013) [En ligne].

[3] AQUIN, Hubert, De l’existence politique, http://id.erudit.org/iderudit/59875ac (consulté le 19 avril 2013) [En ligne].

[4] AQUIN, Hubert, De l’existence politique, http://id.erudit.org/iderudit/59875ac, p.69 (consulté le 19 avril 2013) [En ligne].

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