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Privatisation, dérèglementation, catastrophe

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Le Far West

Christian Rioux, Le Devoir 12/07/13

Chaque été, je m’arrête au passage à niveau de la petite route surplombant le fleuve qui relie Saint-Damase à Baie-des-Sables, en Gaspésie. Je n’y ai jamais vu de trains, mais je les entends parfois des bords du lac Bélanger, à quelques kilomètres de là. En approchant de la voie ferrée, j’éprouve toujours le même petit frisson. J’ai l’impression d’être plongé dans un épisode de Lucky Luke. Comme dans les dessins de Morris, une simple croix de saint André annonce l’intersection. Aucune barrière ne se déclenche au passage du train. J’ai peur qu’un jour le spectacle de l’immensité du fleuve absorbe à ce point mon esprit que j’oublie de m’arrêter.

En cette époque où il faut pratiquement se mettre à nu pour monter dans un avion, où des caméras vous espionnent à la banque comme chez le dépanneur et où certains bars sont équipés de détecteurs de métal, les voies ferrées semblent étrangement considérées comme les lieux les moins dangereux de la terre. Au Canada, l’angoisse sécuritaire ne semble pas encore avoir atteint le transport ferroviaire où la bonne vieille loi du free for all est demeurée la norme.

En France, je peux compter sur les doigts de la main le nombre de passages à niveau que j’ai traversés. Et ils avaient évidemment une barrière. Ces passages se font rares depuis qu’avec les trains rapides, on les remplace par des viaducs. De viaduc, il n’y en a même pas dans le Vieux-Port de Montréal où, le mois dernier, une femme a eu les jambes sectionnées… par un train ! On ne sera donc pas surpris d’apprendre que le Canada enregistre chaque année quatre fois plus de victimes que la France sur ses passages à niveau, même si le trafic ferroviaire y est insignifiant.

Le Canada est né d’un chemin de fer, mais il s’est dépêché de l’oublier. Il n’est pas nécessaire d’être un expert pour constater que, comparativement à l’Europe, à l’Asie et même à certaines régions des États-Unis, le train est un secteur sinistré au Canada. S’il fallait juger le Canada sur l’état de ses trains, on devrait le classer quelque part entre les pays émergents et ceux du tiers-monde. Même le Maroc a maintenant un TGV. Territoire où le « char » règne sans partage, le Canada est toujours demeuré imperméable à l’idée de moderniser ses voies ferrées. Au point de transformer en piste cyclable celle de l’ancien Petit Train du Nord qui longe l’un des axes routiers les plus achalandés du pays. Alors que l’Europe rénove et agrandit ses gares, qu’elles sont souvent le lieu d’une architecture futuriste, comme à Berlin, nous préférons en faire des musées (Témiscamingue), des restaurants (Saint-Jovite, Richmond), des marchés (Hull) ou des auberges (Témiscouata-sur-le-Lac). Sans compter les centaines qui ont été rayées de la carte.

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Pour celui qui a un peu voyagé, les chemins de fer canadiens symboliseront toujours ce côté totalement folklorique d’une Amérique qui se prétend pourtant post-moderne. Cet abandon systématique est un exemple des politiques à courte vue des technocrates fédéraux. Il en va des trains comme des quais qui pourrissent le long de la côte gaspésienne et qui pourraient éviter aux routes de la région d’être défoncées par les convois de pitoune. Ottawa ne s’est pourtant jamais gêné pour subventionner par tous les moyens possibles le transport aérien. Le Canada n’aurait fait pour le train que le quart de ce qu’il a fait pour l’avion, il aurait un réseau ferroviaire digne de ce nom. Trois ans après sa création, Via Rail liquidait 40 % de ses liaisons passagers. Voilà pourquoi les projets de TGV Québec-Windsor ou même d’un train suspendu Montréal-Québec ne sont pas près de voir le jour. L’obstacle n’est pas financier, il est culturel.

Secteur sinistré, ai-je dit ? Les trains canadiens ont beau rouler moins vite qu’un bon scooter, selon un rapport de l’OCDE publié en 2010, les voies ferrées canadiennes arrivaient en seconde place, juste après celles des États-Unis et loin devant celles de l’Europe, de la Grande-Bretagne, de l’Australie et du Japon, pour le nombre de morts. Le Canada battait aussi tous les records pour le nombre d’accidents.

Ce qui se passe au Canada ressemble étrangement à la série noire qui avait suivi la vague de privatisation sauvage des chemins de fer britanniques dans les années 1990. Il avait fallu le tragique déraillement de Hartfield, en 2000, pour que l’État reprenne en main la propriété des voies ferrées et leur entretien.

En attendant, le « principe de précaution » ne semble pas avoir trouvé de traduction dans le franglais d’Ottawa. En septembre dernier, le permis sanitaire de la société française Spanghero a été immédiatement suspendu dès que des traces de cheval ont été découvertes dans ses plats cuisinés. Aucune vie n’était pourtant en jeu. Même si elle a été impliquée dans 129 accidents, 78 déraillements et quatre fuites de produits dangereux depuis dix ans, la Montreal, Maine Atlantic Railway n’a jamais eu ce genre de souci.

Le Far West, je vous dis !

BLx

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La Police de l’Amour dans le Métro de New York

Tout va pour le mieux dans le métro de New York

BLx via Philippe Bouchard

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La fête nationale du Canada: Célébrons la dialectique!

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Un des concepts fondamentaux de la philosophie de l’histoire hégélienne est la dialectique du maître et de l’esclave. Imaginons que deux hommes s’affrontent lors d’un duel dans le but d’acquérir la reconnaissance de l’autre. Il faut absolument que les deux adversaires survivent et qu’un des deux adversaires abdique. Si un des deux pugilistes meurt, l’autre ne pourra pas être reconnu. Il faut donc qu’il y en ait un qui devienne maître et que l’autre devienne esclave. Le maître est celui qui priorise son désir non biologique qu’est la reconnaissance. Il accepterait de mourir pour cette cause. À l’opposé, l’esclave est celui qui a peur de la mort et qui donc priorise sa vie biologique plutôt que la reconnaissance. L’esclave est donc condamné à travailler pour le maître. Le travail permet à l’esclave de posséder et de transformer la nature. Pendant ce temps, le maître mène une vie de plaisir, une vie de jouissance obtenue sans effort et est coincé dans une impasse existentielle. C’est que le maître est reconnu par quelqu’un qu’il ne reconnaît pas. Donc, il doit être reconnu par un autre maître, ce qui est impossible puisque les maîtres sont prêts à mourir pour la reconnaissance. Alexandre Kojève, professeur ayant enseigné à plusieurs grands intellectuels français dont Bataille, Camus et plusieurs autres, mentionne que «le maître n’est là que pour engendrer l’esclave qui le supprime en tant que maître en se supprimant par là soi-même en tant qu’esclave.[1]» Cette suppression dialectique, de la classe du maître et de l’esclave conduit à la fin de l’histoire, ce que Hegel nomme l’avènement de la classe du citoyen.

Cette lutte pour la reconnaissance se manifeste également dans l’histoire du Québec. Une des meilleures manifestations de celle-ci survint lors des accords du lac Meech de 1987. Une des demandes du Québec étaient que la province soit reconnue comme société distincte. Cela a provoqué de vives réactions chez les anglophones puisque ceux-ci ont « désémantisé » le mot «distincte». En effet, les canadiens-anglais ont vu dans ce terme la signification distinction, un terme qui  amène à croire que le Québec a des prétentions de supériorité sur les autres provinces canadiennes. Le Québec ne voulait pas être considéré comme supérieur, mais bien comme une province reconnue à part entière. Ce souhait n’est pas sans rappeler la fin de l’histoire selon Hegel. Selon lui, l’histoire se terminerait une fois que la dialectique du maître et de l’esclave serait supprimée et remplacée par une nouvelle classe que Hegel nomme le citoyen. Hegel pense également que l’histoire s’est déjà achevée, à peu de choses près, avec le personnage de Napoléon Bonaparte, qui universalise par ses conquêtes les acquis de la révolution française, c’est-à-dire la liberté pour tous. Au Québec, la suppression de cette dialectique que nous pourrions nommer la dialectique Canadiens-Français/Canadiens-Anglais se réaliserait avec la souveraineté. Les deux anciennes identités seraient supprimées, pour ne laisser que l’identité canadienne, qui ne serait composée que d’anglophones, ainsi que la création d’une nouvelle identité résultant d’un nouvel État créé par l’indépendance. Quant à cette dialectique du Canadien-Français/ Canadiens-Anglais, il y a quelques liens à faire avec la théorie de Hegel. D’une part, Kojève mentionne que «c’est  parce que l’esclave n’est pas réellement libre qu’il a une idée de la liberté, une idée non-réalisée, mais qui peut être réalisée par la transformation consciente et volontaire de l’existence donnée, par l’abolition de la servitude.[2]» On peut en dire autant des Canadiens-Français. C’est parce que nous n’avons pas d’État souverain représentant notre peuple, c’est-à-dire un État français, que nous avons l’idée d’indépendance. Le Québécois peut ainsi transformer sa réalité donnée en réalisant l’indépendance, c’est-à-dire en se dotant d’un État souverain. D’autre part, Kojève explique que le maître n’est là que pour engendrer l’esclave qui réalisera la fin de l’histoire. Cette citation n’est pas sans rappeler une phrase d’Hubert Aquin dans son texte L’existence politique. Aquin écrit : « Sans vouloir verser dans le paradoxe, je dirais qu’il faut rendre hommage à la confédération de ce qu’elle ait enfanté, malgré elle, les mouvements séparatistes[3]…»  Cette idée rejoint quelque peu l’idée précédente en ce sens que s’il n’y avait pas de confédération, de dialectique Canadiens-Français/Canadiens-anglais, l’indépendantisme n’existerait tout simplement pas. Pour qu’il y ait une telle idée, il faut absolument que les Québécois fassent l’expérience d’un système où ils ne sont pas indépendants, où ils font partie d’un système unioniste qui a la volonté d’homogénéité, d’assimilation et dont le but est un tout culturel  anglo-saxon. Cette volonté d’unification se remarque aisément dans l’histoire du Québec notamment avec la conquête de 1760, l’acte d’union de 1840 ainsi qu’avec le rapport Durham de 1839 qui recommande clairement l’assimilation des Canadiens-Français. Il ne faut donc pas, comme le dirait Hegel, voir notre position au sein de la confédération d’une manière abstraite, c’est-à-dire unilatérale en ne considérant que notre statut de minorité francophone au sein d’un ensemble anglo-saxon. Au contraire, il faut, voir la rose de la raison dans la croix du présent.

Alexandre Martin


[1] Alexandre KOJÈVE, Introduction à la lecture de Hegel, Menil sur l’Estrée, gallimard, 2011.P.175

[2] Ibid P.177

[3] Hubert AQUIN, L’existence politique, Liberté, vol.4, n 21, 1962 P.71

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Andres Serrano

Andres Serrano est un artiste américain. Il utilise comme médium pour son art la photographie. Serrano aime entre autres beaucoup jouer avec le rapport entre fond et forme (pour utiliser le langage d’Hegel), ainsi qu’avec la notion de beau et de laid dans l’art. De façon plus concrète, il réussit à prendre de très belles photos, presque parfaites d’un point de vue esthétique, mais dont le sujet l’est beaucoup moins, disons d’un point de vue moral. En d’autres mots, Serrano confronte l’idée d’une forme belle avec un fond laid. Pour donner un exemple, on peut prendre sa série de photos nommée The klan. Dans ces photos, on retrouve des clichés d’une très grande beauté, mais dont les sujets sont des membres du Klu Klux Klan  (un groupe radical raciste, actif dans le sud et l’ouest des États-Unis à la fin de la guerre de Sécession, et lors du XXe siècle). On peut donc voir la dichotomie qui se crée ici entre les deux éléments de l’œuvre. Ceci vient troubler le spectateur, car il ne sait plus quoi penser. Doit-il trouver cela beau ou non ? A-t-il seulement le droit de trouver cela beau, sachant l’histoire qui se cache derrière ces tuniques? Ceci confronte la morale de l’homme à son sens du goût, ce qui crée donc un choc.

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D’autres œuvres de Serrano sont aussi très choquantes. On peut prendre comme autre exemple une de ses photos les plus connues et les plus controversées : Piss Christ. On retrouve sur cette photo Jésus crucifié, baigné (c’est le cas de le dire) dans un halo de lumière doré. Or, il se trouve que cet effet de lumière est créé par l’urine dans laquelle l’artiste a plongé l’effigie du christ. Bien sûr, cette image a fait un tollé chez les chrétiens. Par contre, il faut savoir que Serrano est lui-même un chrétien et donc il n’a pas fait cela par pure provocation. Il avait une idée derrière cette œuvre. Il voulait mettre en relation la couleur de l’urine, considéré comme une chose basse et dans une certaine mesure tabou, avec la couleur dorée qui, selon la tradition, est la couleur des nobles, des princes, etc.

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Au final, on peut donc voir qu’Andres Serrano vient mettre en relation la notion de beau et de laid pour créer un contraste et ainsi faire réfléchir le public.

Sébastien Lefebvre

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Sécularisation et liberté

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Alors que la réalisation de mon épreuve synthèse de programme m’a permis de me rendre compte que l’absence de laïcité et de sécularisation au Moyen-Orient représente un véritable obstacle à la liberté de plusieurs êtres humains, on se doit de constater que ce phénomène n’est pas propre au Moyen-Orient.

Banda Aceh, Indonésie.

Alors que la presque totalité de ce pays comptant plus de 240 millions d’habitants se revendique comme étant  laïc, Banda Aceh persiste à être une triste exception. Cette province emploie ouvertement des lois islamistes. Nous ne parlons pas là d’une certaine forme de conservatisme religieux, mais plutôt carrément de cas d’adultère résultant en une lapidation de la femme, d’homosexuels emprisonnés ou carrément battus dans les rues en raison de leur orientation sexuelle. Le port du voile chez la femme est une obligation, évidemment.

Récemment, un phénomène désolant a eu lieu. Près d’une centaine de jeunes punk se sont faits persécutés en raison de leur style vestimentaire lors d’un concert. On leur a coupé les cheveux de force, changé leur habillement et ils furent emmenés dans un centre de détention qui pratiquait une forme de «réhabilitation» par l’entremise d’entraînements militaires et de cours intensifs de religion. [1]

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De quoi étaient coupables tout ces jeunes punk? De rien qu’un système juridique rationnel puisse prouver. Or, le système juridique de Banda Aceh n’est pas rationnel, laïc, séculaire. Cette absence de sécularisation a engendré l’emprisonnement absolument déplorable et scandaleux de tous ces innocents, a brimé leur droit de se réunir et de s’exprimer librement.

Cet incident –qui n’est malheureusement qu’un parmi tant d’autres- vient renforcer l’idée selon laquelle une société ne peut sincèrement prétendre que ses citoyens sont réellement libres et affranchis tant qu’elle n’est pas séculaire. Sans la sécularisation, il n’y a place que pour un cadre normatif auquel tous se doivent d’obéir- un cadre qui ne laisse pas place à la singularité, comme le démontre parfaitement le cas de ces jeunes punks qui n’ont pas commis le moindre mal, mais qui se sont retrouvés dans une situation injuste, ces jeunes dont la liberté fut brimée.

Le but de l’histoire est la liberté pour tous, a un jour dit Hégel, et il ne faut pas oublier que la sécularisation est une étape fondamentale pour la libéralisation de tous.

Christine Dakhil


[1] Ap News, Hard-line Indonesian police shave punkers’ mowhaks, ASIAN CORRESPONDENT [En ligne] http://asiancorrespondent.com/71977/hard-line-indonesian-police-shave-punkers-mohawks/ (page consultée le 10 juin 2013).

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« Les Misérables » dans l’histoire politique

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La littérature est une façon d’illustrer la société contemporaine. Ainsi, ce sont les individus et les peuples qui, dans leurs aspirations, font la littérature. Les idéologies et les courants sont immortalisés par la littérature, ce qui suggère un lien entre cette dernière et l’Histoire. Le XIXe siècle est une époque où la politique est amenée en premier plan dans la société, alors la littérature qui compose avec la culture populaire de l’époque n’a d’autre choix que de transcrire ces évènements. Voici un exemple classique de la littérature française du XIXe siècle qui met la lumière sur cette époque mouvementée, Les Misérables. Ce livre terminé en 1862 est déjà perçu comme un classique lors de sa parution. Son auteur, Victor Hugo, voulait manifestement faire entrer Les Misérables dans une critique politique, morale et sociale de la société dans laquelle il vivait et il va même jusqu’à qualifier son œuvre d’utilitaire, aux fins bénéfiques pour toutes sociétés où règne l’injustice.

Victor Hugo présente donc une caricature de la société de son époque, grossissant les traits afin qu’ils soient mieux perçus. Il montre la misère dans laquelle les gens vivent entre les années 1815 et 1833, c’est-à-dire lors de la Restauration. Le roman se situe donc dans un siècle mouvementé par les régimes politiques en pleins changements. L’œuvre de Victor Hugo se concentre autour d’un acte politique et historique, l’insurrection républicaine à Paris du 5 et 6 juin 1832. Le soulèvement commence lors des funérailles d’un député de l’opposition et se termine par un massacre des insurgés. L’évènement a par la suite été « immortalisé par Hugo dans les misérables »[1]. En effet, l’écrivain s’est inspiré d’événements et du contexte socio-économique dans lequel il a vécu pour intégrer son livre à son époque et pour le rendre contemporain à sa société. Il a accumulé les évènements historiques afin de mettre ses personnages dans un univers relativement réel.

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En effet, les personnages dépeints par Victor Hugo dans Les Misérables sont caractériels de la société du XIXe siècle, puisqu’ils représentent toutes les couches de la société. Victor Hugo met en lumière la pauvreté, la misère, les luttes sociales pour l’obtention de droits et les difficultés reliées à cette période historique à travers ses personnages. Par exemple, avec les Thénardier l’auteur fait référence à la bataille de Waterloo, car le père Thénardier est un ancien soldat de l’armée de Napoléon qui fut décoré lors de cette bataille. De plus, les Thénardier représentent les bas fonds de la société et les arnaqueurs qui la peuplent.[2] Aussi, ce qui oppose les personnages de M. Gillenormand et le Colonel George Pontmercy des Misérables est en fait la représentation de la rivalité qui oppose les deux opinions publiques les plus populaires de la société française du XIXe siècle, c’est-à-dire le bonapartisme et le royalisme.

Ainsi, Victor Hugo nous présente une multitude de couches de classes sociales dans son roman, ce qui démontre le réalisme de son œuvre. Il fait allusion à la bourgeoisie, au prolétariat, au forçat, à la classe ouvrière telle que la police, à la classe religieuse, etc. Il étale ces différentes classes avec par exemple, Jean Valjean qui est la figure du forçat, Javert qui représente parfaitement le policier acharné à son travail, et Marius qui représente la jeunesse et la bourgeoisie.[3] Victor Hugo réussit, à transfigurer un particulier historique en une universalité qui peut faire sens pour tout homme. Ainsi, toutes les couches de la société sont représentées à travers les personnages de Victor Hugo, créant donc le général sur lequel Aristote mettait l’accent lorsqu’il comparait dans La Poétique la littérature avec l’histoire. Bref, Victor Hugo présente la révolte de juin 1832 afin d’entrer l’Histoire dans son histoire et son histoire dans l’Histoire, en mettant en scène les moments mémorables de son siècle.

Alex Nadeau-Lessard


[1]LEPELTIER, Thomas. «Le roi et les barricades. Une histoire des 5 et 6 juin 1832», 15 juin 2011, Science Humaine, [En ligne] http://www.scienceshumaines.com/le-roi-et-les-barricades-une-histoire-des-5-et-6-juin-1832_fr_2099.html (Page consultée le 4 juin 2013)

[2]Les Thénardier, vils profiteurs, [En ligne] http://www.linternaute.com/livre/magazine/les-pires-mechants-de-la-litterature/les-thenardier-les-miserables.shtml (Page consultée le 4 juin 2013)

[3]Victor Hugo, [En ligne]  http://le-double-a.weebly.com/5/post/2013/01/le-contexte-historique.html (Page consultée le 4 juin 2013)

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La fonction sociale de l’art contemporain

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À l’amateur d’art qui fréquente les musées d’art contemporain, il n’est pas rare qu’il soit donné d’entendre des remarques indignées, où l’on compare le talent de l’artiste exposé à celui d’un enfant de cinq ans et l’on s’offusque que de tels objets passent pour des «œuvres d’art». On reproche trop souvent à l’art contemporain d’être ennuyeux, de ne susciter aucune émotion esthétique, d’être sans contenu, de ne ressembler à rien, de ne répondre à aucun critère esthétique, qu’on n’y décèle aucun talent ou même que c’est une pure création du marché, mais surtout que l’art n’a plus de fonction spirituelle comme autrefois. Par contre, avec l’autonomisation de la pratique artistique, on voit apparaître de nouveaux buts, l’art ne sert plus la fonction spirituelle, mais bien la fonction critique. L’art contemporain n’est peut-être plus le mode d’expression de l’absolu, qu’est-ce en effet que l’absolu dans notre société moderne? Mais il fait sens dans la mesure où il a pris un virage social, les artistes contemporains ne sont plus les intermédiaires entre une vérité incontestable et les hommes, mais ils sont porteurs de messages sociaux et c’est grâce à eux et aux critiques sociales qu’ils font à travers leurs œuvres que des esprits sont conscientisés.

C’est le cas de Pedro Reyes qui, pour dénoncer le niveau alarmant d’homicides au Mexique, s’est associé à la campagne nationale de remise volontaire d’armes à feu de 2008. Il a récupéré 1527 armes, qu’il a fait fondre pour ainsi en faire des pelles. Les pelles ont servies pour planter 1527 arbres par la population mexicaine. Une action symbolique de sensibilisation baptisée Des armes pour des pelles. Cette action a marqué les esprits, puisqu’en 2012 le gouvernement mexicain lui demande s’il voudrait récupérer le métal de 6700 armes à feu. Il accepte et décide de transformer les armes en instruments de musique, on a nommé ce projet Imagine. Un groupe de 6 musiciens a transformé des mitraillettes, des révolvers, ou des fusils de chasse en banjos, en flûtes, en lyre, en guitare, en basse, en batterie et même en xylophone. Un concert a été organisé et l’orchestre ainsi créé a joué, entre autre, le titre symbolique «Bullet in the head» de Rage Against The Machine. Pour Reyes, ce projet se veut un appel à l’action pour contrer le marché des armes à feu, largement encouragé selon lui par l’industrie du divertissement. Et c’est précisément en mettant sur pied des projets comme ceux de Reyes que les mentalités changent et que peut-être un jour nous vivrons dans une société sans armes à feu.

Thereece Rosset

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Le PLQ de Couillard = régression historique?

Georges-Émile Lapalme pourfendrait Philippe Couillard

Simon-Pierre Savard-Tremblay, Le Devoir d’Hstoire, 1/06/13

«À la suite de l’échec référendaire de 1995, les fédéralistes québécois ont alors camouflé leur volonté de s’accommoder du provincialisme sous couvert de réalisme : il fallait désormais prendre acte du verdict référendaire, laisser de côté les « vieilles chicanes » et se concentrer sur les « vraies affaires » prétendument urgentes et immédiates. Plutôt que de rompre avec une telle posture, Couillard s’y installe résolument, prônant plutôt une adhésion inconditionnelle au régime canadien et aux dogmes de sa refondation chartiste de 1982, ressuscitant ainsi un courant intellectuel néotrudeauiste dont nous croyions que Stéphane Dion était le dernier et marginal représentant.»

BLx

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La Bataille de Londres

HREF

BLx

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Inside Out Project

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«Le 2 Mars 2011, lors de la Conférence TED à Long Beach, en Californie, JR a appelé à la création d’un projet d’art global – Inside Out Project (IOP) – inspiré par ses collages de rue grand format, le concept du projet est de donner à chacun la possibilité de partager avec le monde son portrait et un message. Inside Out offre aux particuliers et groupes du monde entier un nouveau moyen de faire passer un message. N’importe qui peut participer, et est mis au défi d’utiliser des portraits pour partager les histoires de personnes de leurs communautés.
Leurs actions sont documentées, archivées et exposées en ligne sur www.insideoutproject.net. Plus de 100.000 posters ont été envoyés dans plus de 108 pays depuis Mars 2011.» Voir le site de JR

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BLx

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«Sugar Sammy: Gandhi a honte de toi»?

«Je concède que l’humoriste libéral a un certain talent d’acteur, j’ai quand même pris le temps de visionner deux ou trois numéros. Il imite bien les accents aussi. Je dirais que de rire du résultat du dernier référendum et par la même occasion de la loi 101 sur l’affiche de son spectacle (You’re gonna  rire, 49,5% français, 50,5% anglais) est provocateur mais pas apolitique, surtout quand on est conscient de son passé dans la jeunesse libérale. Cependant, là où il fait preuve de sa faiblesse intellectuelle, c’est lorsqu’il déclare : « Et puis, j’ai toujours été contre le repli identitaire ». Venant d’une personne dont les racines sont en Inde, c’est mal connaître l’histoire de son pays d’origine. Si un grand homme d’État indien comme Gandhi avait été « contre le repli identitaire » et si des millions d’Indiens qui ont rendu possible l’accession de l’Inde à l’indépendance avaient été, comme Monsieur Sugar, « contre le repli  identitaire », l’Inde serait encore aujourd’hui une colonie britannique. Heureusement que Gandhi et son peuple ont été « pour le repli identitaire » parce que grâce à cela l’Inde peut parler de sa propre voix dans le concert des nations. Grâce à cela, l’Inde peut rester un exemple de la ténacité d’un grand peuple qui a pris en main son destin, il y a déjà plus de 60 ans. »

Jules Fallardeau, Gandhi a honte.

BLx via Marie-Soleil Deschênes

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Négation de la dualité canadienne

Un article très instructif sur la négation de la dualité constitutive du Canada et l’abolition non dialectique de la différence du Québec dans le multiculturalisme. BLx

Il y a cinquante ans, la «commission BB» – La mission civilisatrice du Canada unitaire

La commission Laurendeau-Dunton a presque entièrement été ignorée par Ottawa

Mathieu Pelletier, Le Devoir 6/05/13

Le Québec vit les premières années de sa Révolution tranquille en 1963. La conscience nationale vibre encore à l’unisson du « désormais » de Paul Sauvé et du « Maître chez nous » de Jean Lesage. La jeunesse du baby-boom, approchant graduellement de l’âge adulte, sait qu’elle porte en elle les moyens de ses ambitions nationales. Après deux siècles de patience, pour reprendre les mots du politologue Gérard Bergeron, le Canada français se réveille. La province de Québec devient l’État du Québec, compris comme étant le seul ensemble politique où les Canadiens français sont majoritaires.

Le gouvernement fédéral de Lester B. Pearson sait que le reste du Canada ne pourra pas toujours rester indifférent devant un tel état des choses. Devant la montée du nationalisme québécois, il mandate donc André Laurendeau, rédacteur en chef de ces mêmes pages, et Davidson Dunton, alors recteur de l’Université Carleton, pour présider une commission royale. Celle-ci est chargée « de faire enquête et rapport sur l’état présent du bilinguisme et du biculturalisme, et de recommander les mesures à prendre pour que la Confédération canadienne se développe d’après le principe de l’égalité entre les deux peuples qui l’ont fondée ».

Très rapidement, la commission Laurendeau-Dunton dérange. Elle dérange un Canada anglais longtemps habitué à être satisfait par l’état des choses. Au dire même de son coprésident canadien-anglais, Davidson Dunton, l’habitude du majoritaire aurait encouragé ce dernier à se complaire dans une mécompréhension tenace du principe d’égalité entre les deux peuples fondateurs, principe qu’il n’aurait jamais été enclin à voir porter à conséquence.

Un pays fondé sur la dualité

On reconnaîtra, à la lecture des premières pages du rapport préliminaire de la Commission, la plume et la pensée humaniste d’André Laurendeau. Pour lui, peut-on lire dans les fameuses pages bleues du premier volume du rapport, une langue est indissociable de la culture dont elle est le corollaire, tout autant que de la société dans laquelle ces deux aspects prennent vie. On retrouve donc au Canada deux grandes sociétés distinctes, deux personnalités nationales inscrites au coeur de la symbolique de la Constitution de 1867.

Une conception qui, d’ailleurs, n’a jamais été intériorisée majoritairement au Canada anglais. En effet, le rapport préliminaire fait état de profondes divergences en ce qui concerne la conception démocratique au Canada entre les deux peuples fondateurs. Au Canada anglais, on considère qu’il n’existe qu’une seule majorité, laquelle se déploie au sein d’un seul État, le Canada, « où la règle de la majorité ainsi que la liberté de l’individu sont des principes centraux ».

Quant à nous, Canadiens français du Québec, si nous étions d’accord sur la question des droits individuels et la règle de la majorité, une condition parallèle à leur application pleine et entière existait néanmoins. Sans récuser ces aspects propres à la démocratie libérale, la condition de minoritaire et le sentiment de précarité linguistique et culturel rehaussaient la nécessité de leur ancrage dans une communauté nationale.

Ainsi, si nous considérions les droits individuels comme étant de la plus haute importance, il fallait sortir ces derniers de l’abstraction pour les voir s’enraciner dans une communauté historique particulière : la nôtre. Nous réclamions donc une réelle égalité des chances, laquelle ne serait pas seulement théorique ou juridique. Nous voulions sortir du froid réalisme que nous imposait l’hiver de la survivance pour investir le rêve d’un Canada binational, fondé sur la dualité.

La mission civilisatrice de 1982

Or, il en fut autrement de l’évolution politique et constitutionnelle du Canada de ces dernières décennies. Laurendeau rend l’âme en 1968, sans pouvoir participer jusqu’au bout aux travaux de la Commission. Les balises du rapport sont néanmoins posées, mais Laurendeau manque à l’appel pour défendre les grandes lignes du rapport aux moments cruciaux des tractations politiques qui façonneront le Canada à venir.

Pierre Elliott Trudeau, élu premier ministre du Canada en 1968, ne retient guère plus du Rapport Laurendeau-Dunton que le terme de bilinguisme, qu’il établit de façon pancanadienne et faisant écho, désormais, aux droits individuels. Dès 1982, le bilinguisme et le multiculturalisme sont enchâssés dans la Constitution canadienne. Elle ne fait état ni du biculturalisme ni de sociétés distinctes. Trudeau aura finalement consacré, paradoxalement, l’unité du Canada dans la pluralité. Dans sa croisade contre le nationalisme québécois, il en a conclu qu’il valait mieux reconnaître toutes les différences culturelles pour mieux inhiber la spécificité québécoise.

Selon le politologue Guy Laforest, l’esprit de 1982 s’inscrit dans ce qu’il appelle le conquêtisme, soit une inaptitude tenace à vouloir dépasser la charge impériale, unitariste de la Conquête de 1760 et de l’Acte d’Union de 1840. En effet, comment ne pas y voir, du point de vue du Québec national, le spectre de Lord Durham, répudiant lui-même, en quelque sorte, la dualité en recommandant l’assimilation des Canadiens français ?

Trudeau et Durham, deux grands intellectuels libéraux, n’étaient-ils pas aussi partisans, à leur façon, d’une vaste mission civilisatrice libérale à l’endroit de la nation canadienne-française, puis québécoise ? L’assimilation des minorités nationales, dans le cadre d’un grand mouvement cosmopolite, moderne et progressiste, rendra la justice libérale accessible à tous.

Au nom d’une certaine idée de la modernité, au nom d’un projet de justice libérale monochrome, une certaine idée du Canada l’érige en avant-garde de l’universel, en grand précurseur de la démocratie cosmopolite. Aujourd’hui, de manière cohérente, figure encore au Canada anglais l’idée selon laquelle châtier la culture québécoise, s’adonner au Québec bashing, revient à faire oeuvre de civilisation.

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Tu ne peux pas voir ce que je vois

Merveilleux et inquiétant, ce qui est véritablement deinos avec la technique, c’est qu’elle est indifféremment requise pour le bien, pour le mal. Le dispositif déployé par « Only for », s’il offre discrètement de l’aide aux enfants abusés par la mobilisation ciblée des organes de perception,  il rend possible du même coup l’abolition du monde commun ambiant…

Via Jonathan Labrie et Marketing attitude

BLx

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Un entretien avec Marcel Gauchet

Dans le cadre de la série «Le 21è», diffusée à la radio de Radio-Canada, un entretien avec le philosophe français Marcel Gauchet où il est question, entre autres sujets, de la démocratie, du religieux, de l’illusion économique et de la dénégation généralisée…

http://www.radio-canada.ca/emissions/le_21e/2011-2012/chronique.asp?idChronique=181048

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Christiane Gauthier

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7 jours de grève

«Une GGI sans précédent fait fleurir les rues québécoises. 99% [Québec] est sur le terrain, à un moment où prendre part à l’action et la documenter à vif allaient encore de soi sans qu’on remette en question la légitimité d’une telle prise de parole citoyenne. Dans le feu de l’action, l’idée d’un documentaire qui rendrait hommage à l’extraordinaire vitalité du mouvement étudiant en train de se déployer apparaît comme une nécessité. Et il y a urgence.»

BLx

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