Les larbins à travers les âges
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«« Cheddar Man », qui avait la peau noire, les cheveux noirs bouclés et les yeux bleus, faisait partie d’une population de chasseurs-cueilleurs qui a migré du Moyen-Orient au nord de l’Europe après la dernière ère glaciaire.»

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Yves-Marie Abraham – Professeur à HEC Montréal, Le Devoir, 4/1/18
Comment mettre un terme à la destruction de notre habitat avant qu’il ne soit trop tard ? Comment s’attaquer à ces inégalités qui n’ont cessé de se creuser dans nos sociétés ? Comment enfin reprendre un tant soit peu le contrôle de nos vies alors qu’elles semblent plus que jamais soumises aux « lois du marché » et aux sirènes du « progrès technique » ?
Il faut que nous sortions de ce que le sociologue Andreu Solé appelle l’« entreprise-monde », c’est-à-dire un monde conçu dans une large mesure par et pour l’entreprise, comme on peut dire du monde médiéval qu’il était conçu par et pour l’Église. Nous ne la voyons plus, tant elle tisse la trame de nos vies, mais l’entreprise est la principale force organisatrice de nos sociétés. Pour le meilleur et surtout pour le pire.
Totalitarisme inédit
Force est de constater que l’entreprise façonne notre milieu de vie et nos conditions d’existence. Gageons que le lecteur aura bien du mal à trouver autour de lui un seul objet qui n’a pas été produit par une entreprise ou au moins acheté à une entreprise. Par ailleurs, ces marchandises que nous consommons tous, bon gré mal gré, nous ne pouvons les acquérir que contre de l’argent obtenu le plus souvent en vendant notre force de travail à des entreprises. Notre temps de vie éveillé est un temps passé dans des entreprises. Un temps qui ne nous appartient plus.
Mais l’entreprise colonise aussi notre espace vital. Cette organisation est implantée désormais sur presque toutes les terres habitées. Aucune autre organisation humaine avant elle n’a exercé une telle hégémonie. Et avec l’entreprise vient la publicité, qui envahit tous les espaces, aussi bien publics que privés. Les dispositifs de propagande mis en place par les plus puissantes dictatures ont quelque chose de dérisoire et de grossier comparativement aux stratégies de « marketing » déployées par nos entreprises aujourd’hui.
Enfin, l’entreprise a désormais colonisé nos esprits. Sans même en prendre conscience, nous nous attendons à ce que toute organisation fonctionne sur le modèle de l’entreprise. Cela fait le succès des écoles de gestion. On y rencontre toutes sortes de gens qui viennent y apprendre les techniques de l’entreprise privée pour les appliquer à des organisations qui n’ont pourtant pas pour raison d’être le profit de quelconques actionnaires. Par la même occasion, nous avons tendance à penser qu’un patron d’entreprise peut diriger n’importe quelle organisation, y compris un État, chose inconcevable il y a encore quelques décennies…
Organisation destructrice
Cette domination qu’exerce l’entreprise est problématique pour trois raisons. Véritable « machine » à produire des marchandises pour accumuler de l’argent, son expansion ne peut qu’être un désastre sur le plan écologique. Comment en effet produire toujours plus de marchandises sans puiser toujours plus dans nos « ressources naturelles » et produire toujours plus de déchets ? Pour l’heure en tout cas, nous ne savons pas dissocier croissance économique et dégradation écologique.
Il faut rappeler par ailleurs que l’entreprise repose sur le salariat, un rapport social structurellement inégal. Celui-ci suppose en effet qu’une minorité d’humains contrôlent les moyens de production, c’est-à-dire les moyens d’existence, ce qui force la majorité à lui vendre sa force de travail pour obtenir de quoi vivre. Et ce n’est pas parce que le chômage de masse nous a habitués à considérer le fait d’obtenir un emploi comme un privilège que ce rapport social est moins injuste !
Enfin, l’entreprise-monde nous contraint à être productifs et rentables. On peut bien sûr décider de ne pas « jouer le jeu ». Il faut être prêt alors à assumer le fait de se retrouver dans une situation très inconfortable, tant sur le plan matériel que sur le plan symbolique. Le problème de nos vies n’est pas qu’elles sont vides de sens. Le problème est qu’elles sont trop pleines d’un sens qui nous est imposé par cette course à l’accumulation d’argent qui est au principe de l’entreprise.
Réinventer les communs
Si nous tenons à la vie, à la justice et à la liberté, il faut en finir avec l’entreprise. À tout le moins, cette forme de vie sociale doit être marginalisée. Pour ce faire, il y a d’abord une reconquête spatiale à mener, notamment sous la forme de luttes contre l’envahissement publicitaire, contre les paradis fiscaux ou plus largement contre la libre circulation des capitaux et des marchandises.
Mais nous devons aussi reconquérir ce temps dont l’entreprise nous dépossède largement — les vacances elles-mêmes n’étant jamais qu’un temps de consommation et de récupération pour le travail. D’où la pertinence de militer pour une réduction significative du temps de travail sans perte de revenu et/ou pour des dispositifs tels que le revenu inconditionnel d’existence.
À plus long terme, il s’agit de reprendre le contrôle de nos moyens de vivre pour que nous ne soyons plus contraints de vendre notre force de travail aux entreprises. Ces moyens pourraient être pris en charge collectivement, de façon équitable, soutenable et démocratique, sur le modèle des « communs », qui représente une voie de sortie prometteuse de l’alternative propriété privée/propriété collective dont nos sociétés sont prisonnières depuis trop longtemps.
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Angela Davis, militante des droits civiques, militante communiste, membre des Black Panthers, recherchée par le F.B.I., emprisonnée, professeur de philosophie…
Cinq choses à savoir sur Angela Davis
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Caroline Montpetit, Le Devoir, 19/10/2017
Pour Ivan Jablonka, l’histoire, voire les sciences sociales dans leur ensemble, forme des récits qu’il faut savoir livrer au public. C’est la condition pour que les sciences sociales maintiennent leurs assises dans la société d’aujourd’hui.
Lui-même historien de formation, Ivan Jablonka a travaillé à cette forme, notamment dans son livre Laëtitia ou la fin des hommes, prix Médicis 2016, tiré de la vie de la Française Laëtitia Perrais, enlevée et assassinée à l’âge de 18 ans, en 2011.
Pour déterminer ce genre, Ivan Jablonka utilise le mot « enquête », parce que c’est un mot qui appartient autant au milieu des sciences sociales qu’à celui des lettres.
« Quand je suis devant des étudiants en littérature, je suis historien, et quand je suis devant des historiens, j’aime bien dire que je suis écrivain », dit-il en entrevue. De passage à Montréal, M. Jablonka participera à une table ronde vendredi à la BAnQ sur la place de l’historien dans la sphère publique.
L’écrivain, qui est aussi éditeur au Seuil, plonge dans cette relation entre l’histoire et la littérature et remonte à l’Antiquité dans son essai L’histoire est une littérature contemporaine.
Il cite au premier chef Hérodote, qui a écrit les récits historiques de la Grèce antique en y mêlant la mythologie entourant les dieux grecs. Pourtant, malgré la « fiction » qui y est mêlée, c’est encore dans ces récits que nous puisons aujourd’hui notre compréhension de la société de l’époque. De même, Émile Zola, par ailleurs un ancien journaliste, a, avec ses romans naturalistes, fait entrer les moeurs dans la description historique de la France du XIXe siècle. Et a du même souffle donné son essor à ce qu’on appelle aujourd’hui « l’histoire sociale ».
Paradoxe apparent
Les oeuvres de Ivan Jablonka ne sont pas quant à elles fictionnelles, mais entièrement basées sur des faits exacts et vérifiés. C’est vrai autant de Laëtitia ou la fin des hommes que de son livre précédent, Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus (2012). Et Jablonka croit que tous les historiens devraient suivre des cours de création littéraire pour les mettre en application lorsqu’ils écrivent des récits.
De la même façon, dit-il, l’historien ne peut s’extraire complètement de son champ de recherche, et doit clairement se mettre lui-même en jeu, définir sa démarche, son propre rapport au sujet. Par exemple, lorsque M. Jablonka a écrit son Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus, il fallait bien qu’il se campe comme petit-fils, puisque cela change résolument son regard sur le sujet.
« C’est un livre d’histoire, c’est une réflexion sociologique sur le parcours de mes grands-parents, mais c’est aussi un travail littéraire », dit-il.
Mais c’est plus tôt dans sa vie que M. Jablonka a réalisé le paradoxe apparent entre le travail d’historien et celui d’écrivain.
« Ce qui s’est passé, c’est qu’au début des années 2000, je menais trois projets en même temps, je préparais ma thèse de doctorat, à la Sorbonne, sur les enfants abandonnés. Par ailleurs, j’écrivais un livre sur l’écrivain français Jean Genest et je préparais un roman. Ces trois livres étaient tous différents, pourtant c’était la même personne qui les écrivait. Ma thèse de doctorat à la Sorbonne était un travail d’histoire universitaire parfaitement calibré, mon livre sur Jean Genest était pluridisciplinaire parce que c’était une biographie, un morceau d’histoire, le parcours sociologique de Jean Genest et des études littéraires, puisque Jean Genest était un écrivain. Et troisièmement, ce roman… Et c’était tellement tabou que je l’ai fait sous pseudonyme. Et c’est quelque chose que je regrette. »
Ce roman, il aurait dû l’assumer sous son vrai nom, croit-il aujourd’hui.
« Je ne pensais pas qu’il était possible d’être à la fois romancier et historien, explique-t-il. Et il a fallu plusieurs années de travail sur moi-même pour pouvoir dire que j’étais à la fois historien et écrivain. »
Dire des choses vraies
Pourtant, aujourd’hui, Ivan Jablonka n’écrit plus de fiction. « La fiction, c’est toujours inventer des choses qui n’ont pas de référent », dit-il. Or ses enquêtes sont « des recherches portant sur les faits à établir sur les choses qui nous permettent de les établir et sur les formes littéraires par lesquelles on les transmet ».
Les sciences scolaires, que ce soit la sociologie, l’histoire, l’anthropologie, etc., ont toutes une visée de vérité.
« Non pas de décrire la vérité avec un grand V, mais d’essayer de dire des choses vraies. Par ailleurs, il me semble que les sciences sociales sont en train d’étouffer sous le poids de leur propre académisme, de l’hyperspécialisation des sujets, et du non-texte, c’est-à-dire un texte qui ne cesse de s’excuser d’être littéraire, un texte pasteurisé aseptisé qui n’est pas écrit pour des lecteurs mais pour des collègues. Les sciences sociales sont hélas de moins en moins lues parce que leurs formes s’épuisent. »
En bref, il faut faire sortir les sciences sociales de leur tour d’ivoire et les faire entrer dans le monde, celui-là même qu’elles prétendent décrire.
Ivan Jablonka sera à la Grande Bibliothèque ce vendredi de 15 h 30 à 17 h 30, en compagnie d’Éric Bédard, de Laurent Turcot et de Patrick Boucheron. La rencontre intitulée « Les défis de l’historien dans l’espace public » sera animée par Lise Bissonnette.
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