«Qu’est-ce qu’on fait? On se crache dans les mains et on recommence!»
Jacques Parizeau 9 août 1930 – 1er juin 2015
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«Qu’est-ce qu’on fait? On se crache dans les mains et on recommence!»
Jacques Parizeau 9 août 1930 – 1er juin 2015
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Classé dans Culture et société, Histoire, Politique

Socrate existe doublement en deux discours, soit celui que construit Socrate et celui que construit ses accusateurs. Il y a une distinction fondamentale que nous expliciterons entre un «moi», et un «autre», et cela pose un regard sur la question de l’identité, ou d’un jeu qu’il est possible de faire entre une multiplicité d’identités pour la même personne. Socrate met cela en place dans un lieu de parole en-dehors de la sophistique, ce qui n’est pas innocent du tout. Ce lieu de parole pose évidemment certains problèmes: pourquoi cette distinction est faite, quel est la place de la parole et de la rhétorique dans le discours de Socrate en particulier, et en quoi cela renforce le «moi» qu’il tente de définir?
Dès la deuxième phrase du texte, la question du moi, de l’identité est déjà présente: «[En écoutant les accusateurs], j’ai presque oublié qui je suis, tant leurs discours étaient persuasifs.»[1] Cette citation met clairement en évidence le double Socrate. Celui des accusateurs est suffisamment construit rhétoriquement pour qu’il soit persuasif, car même Socrate croit s’oublier (ce qui évidemment une ironie que l’on saisit seulement après avoir lu le texte au complet). La raison qui apparaît évidente pour Socrate d’établir cette distinction, c’est qu’il est nécessaire de le faire pour pouvoir distinguer ce que les sophistes disent sur lui et ce qu’il est réellement, c’est-à-dire que la distinction est nécessaire pour déconstruire le discours de l’identité de Socrate des sophistes pour ensuite reconstruire cette identité à partir de lui-même. Il y a donc une différence entre le Socrate figuré, qui est seulement, pourrait-t-on dire, un signifié des sophistes, et un Socrate qui s’auto-signifie, qui se trouve a être le vrai Socrate. Le signe Socrate pose donc un problème ici, puisque le signifiant est le même, et ce qui est signifié diffère (c’est l’arbitraire du signe).[2] Le «moi» socratique se définit donc dans l’espace du signifié, et la déconstruction/réfutation du discours des sophistes se trouve à être finalement un «redressement» du signe Socrate vers ce que Socrate pense être lui-même (c’est le fameux «connais-toi toi-même»). Cette affirmation du «je» socratique est fondamentale, car elle donne à la philosophie un tournant plus «subjectif» (en apparence du moins), car l’identité de Socrate se trouve à être une des questions de fond qui travers l’Apologie, question qui s’articule autour et dans la parole.
«Qu’ils n’aient point rougi à la pensée du démenti formel que je vais à l’instant donner, cela m’a paru de leur part le comble de l’impudence, à moins qu’ils n’appellent habile à parler celui qui dit la vérité. […] Quoi qu’en en soit, je vous répète qu’ils n’ont rien dit ou presque rien qui soit vrai. […] Je ne vous dirai que l’exacte vérité. […] Ce ne sont pas des discours parés de locutions et de termes choisis et savamment ordonnés que vous allez entendre, mais des discours sans art, faits avec les premiers mots venus. Je suis sûr de ne rien dire que de juste; qu’aucun de vous n’attende de moi autre chose.»[3] Socrate, dans cet extrait, met clairement en place le discours des sophistes, qui, de par leurs artifices, semble véritable. Il met également en place son discours, qui se veut vrai et juste. Le «moi» socratique est en dehors du langage des sophistes, en dehors de la rhétorique. Son «éthos» se situe dans un au-delà du langage qui renvoie à une identité profonde et cachée qu’il faut exposer comme défense contre la construction des autres.
Voyons les trois accusations de Socrate: il est accusé de ne pas reconnaître les dieux de l’État, d’introduire de nouvelles divinités dans la cité et de corrompre la jeunesse. Or, à plusieurs reprises, Socrate affirme que les dieux existent, et s’il médite comme il le fait sur les paroles de l’oracle de Delphes, c’est qu’il croit au moins à ce dieu (Apollon), si et bien si sa parole n’est pas prise comme une marque d’ironie. Comme Socrate croit aux dieux de la cité, l’accusation d’introduire de nouvelles divinités se défait d’elle-même. Quant à l’accusation de corruption de la jeunesse, Socrate affirme qu’il a atteint un tel degré d’ignorance que même s’il corrompait la jeunesse, c’est de manière involontaire. Dans un cas comme dans l’autre, Socrate se retrouve innocent, et il aurait plutôt besoin d’une éducation afin que cela ne se reproduise plus.[4] Socrate est en-dehors du langage des sophistes, et il se construit dans un espace autre. Or, Socrate aussi utilise certains procédés rhétoriques, certaines tournures de phrases avantageuses. L’identité de Socrate défini par lui-même se trouve quand même dans l’espace d’une certaine rhétorique, d’un langage, qui n’est que plus fort (oralement) que celui des sophistes. Le Socrate que Platon dessine au long de ses nombreux dialogues n’est défini que par le langage qu’il adopte, c’est-à-dire que les actions de Socrate sont finalement peu importantes. La différence entre les sophistes et Socrate ne réside pas dans l’outil utilisé (en l’occurrence le langage), mais plutôt dans la fonction de cet outil: pour les sophistes, le langage/la rhétorique (qui se confondent) est une fin en soi, alors que chez Socrate, elle sert à examiner les propositions, découvrir les incohérences de ces propositions, et de les faire tomber d’elle-même pour en arriver à découvrir une vérité.
Le «moi» que Socrate défend est un «moi» bâti rhétoriquement malgré tout. Alors, quand nous nous posons la question de la place de la parole dans le discours de Socrate, et en quoi cela renforce le «moi» qu’il tente de définir, nous nous retrouvons face à un paradoxe: Socrate se «définit rhétoriquement» avant de se définir «ontologiquement», tout en accusant les sophistes d’utiliser des discours parés de belles locutions. Que faire de ce paradoxe? Même si Socrate a une volonté qui paraît beaucoup plus noble (découvrir la vérité), il reste que la rhétorique est son outil, même si celle-ci n’a pas la même fin que celle des sophistes. Le «Socrate» que Socrate décrit n’a pas comme point de départ la subjectivité, l’expérience que Socrate vit de lui-même; il est plutôt construit dans un contre-argumentaire contre les sophistes. De plus, Socrate est souvent ironique, ce qui rend son identité encore plus ineffable, difficile à cerner, ce qui n’est pas sans conséquence dans le verdict final.
Le «moi» socratique, même s’il peut sembler étonnamment moderne à un premier niveau de lecture, ne l’est pas réellement. Le «je suis, j’existe»[5] de Descartes n’est pas le même «je», à la fois dans un sens premier (Socrate n’est pas Descartes et inversement), mais aussi dans la définition, l’origine de ce «je». Le cogito cartésien est sensible, a comme départ l’expérience de la conscience, alors que le «moi» de Socrate se défini davantage de façon «intelligible», en ce sens que Socrate tente de modifier l’idée de Socrate dans la tête de ses accusateurs. Le «moi» se trouve alors dans deux espaces: dans le cas de Descartes, c’est un moi sensible, subjectif et intérieur, alors que dans le cas de Socrate, le «moi» est dans l’esprit des autres avant d’être intérieur. Les rapports entre rhétorique, vérité et identité sont donc fondamentaux dans la construction vraisemblable de l’idée de Socrate, et c’est en ce sens que le «moi» socratique n’est pas moderne, car la subjectivité moderne est ontologique, non rhétorique, du moins a priori. Le lieu de l’identité peut se trouver à la fois dans un espace public et un espace privé. En l’occurrence, l’identité de Socrate telle que décrite dans l’Apologie est d’ordre public. Ainsi, le procès de Socrate n’est pas tant la défense d’une personne que d’une idée, qui est celle de la représentation publique de Socrate. Il serait aussi intéressant de méditer sur les liens à faire entre les dichotomies publique/privée et sensible/intelligible. L’appartenance de l’intelligible à l’aspect public des choses nous mène à nous interroger sur la construction et le changement de l’identité publique par rapport à ses effets sur la sensibilité privée et inversement dans notre rapport à la réalité.
[1] Platon, 17a.
[2] Je renvoie au Cours de linguistique générale de F. de Saussure, particulièrement la section sur la sémiologie.
[3] Platon, 17b.
[4] Idem.
[5] René DESCARTES. Méditations métaphysiques, Première méditation.
Kevin Berger Soucie
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La pensée de Dany-Robert Dufour sur le mystère central du christianisme célébré à Pâques peut éclairer nos débats publics
Pâques est au coeur de la foi des chrétiens. Ils y font mémoire de la passion, de la mort et de la résurrection du Christ. Or cette fête met en scène le mystère central du christianisme : le dogme trinitaire. Les célébrations pascales, en effet, annoncent que Jésus — en qui les croyants reconnaissent le Fils du Dieu — a livré sa vie pour le salut de l’humanité. Ressuscité par le Père, ce Fils a vaincu la mort et répandu l’Esprit dans le monde. Un Esprit qui régénère toute vie et renouvelle la création.
Tout cela est bien joli, me direz-vous, mais en quoi cette « affaire trinitaire » concerne-t-elle encore nos sociétés occidentales largement postchrétiennes ? Pourquoi la pensée séculière et les non-croyants devraient-ils s’y intéresser ? Et, finalement, quel éclairage critique pourrions-nous en tirer sur l’état de nos débats publics et de nos liens sociaux ?
C’est à ces interrogations radicales que s’est attelé le philosophe français contemporain Dany-Robert Dufour (1947-). Dans son livre intitulé Les mystères de la trinité (publié chez Gallimard en 1990), il avance que « l’homme est trinitaire ». L’affirmation est étonnante, car l’ouvrage n’est pas un traité de théologie et son auteur n’est pas un croyant. Dans cette oeuvre dense et fouillée, Dufour parcourt l’histoire de la raison occidentale. Il y discerne une lutte constante entre ce qu’il appelle « trinité » et « binarité ». Cette tension est la source d’un lancinant « malaise dans la civilisation » — auquel les débats québécois actuels n’échappent malheureusement pas.
Une anthropologie du sujet parlant
Le dogme trinitaire est, bien sûr, un des fondements de la tradition chrétienne. Il est, entre autres, au coeur de la théologie réflexive de géants comme Augustin et Thomas d’Aquin. Mais Dufour, en bon philosophe, ne s’aventure pas ici sur le terrain dogmatique ou théologique. Cela ne l’intéresse pas. Il convie plutôt son lecteur à entrer dans ce qu’il appelle « une pensée rationnelle » de la trinité.
Du point de vue de l’anthropologie philosophique et de la philosophie du langage — disciplines qui traversent toute l’oeuvre analytique de Dufour —, force est de constater que « la trinité loge dans notre langue ». De ce fait, elle est antérieure à toute croyance. Il existe une « trinité naturelle », condition même de l’être parlant. Qu’est-ce à dire ?
La trinité, affirme notre philosophe, « chaque être parlant ne cesse d’en faire l’immédiate expérience. Pour la saisir, il suffit d’évoquer l’espace humain le plus banal qui soit, lieu commun de toute l’espèce parlante, celui de la conversation : “je” dit à “tu” des histoires que “je” tient de “il” ». Cette trinité immanente au langage (je/tu/il) est l’essence même du lien social et de la culture.
En effet, pour être un sujet parlant, il faut un interlocuteur, un lieu d’adresse. Mais dès qu’on s’engage dans cet espace du dialogue entre deux personnes, on est déjà trois. Car il n’y a pas de langage possible sans postuler qu’il y ait de l’Autre dont on puisse parler — c’est-à-dire du tiers absent, mais présumé, nous permettant de nous « entretenir » et de mettre de la signification en discours.
Toute la linguistique moderne, au XXe siècle, se penchera sur cette affaire aussi élémentaire qu’insaisissable qu’est la structure ternaire (ou trinitaire) de la parole et du langage. Pour le linguiste Émile Benveniste, par exemple, dans l’interlocution il y a toujours celui qui parle, celui à qui l’on s’adresse et celui qui est absent. Cette triade représente les « postes logiques » nécessaires pour que les discours humains puissent se déployer et générer du sens, de la relation, du lien social, bref de la culture.
Ce tiers qui sous-tend l’interlocution nous échappe donc, par définition. Il représente la « case vide » dans la communication et la production de la signification. Il inscrit ainsi le manque, signe de la finitude et de la mort, au coeur même de l’ordre symbolique de la parole et du langage. L’incapacité ou le refus d’assumer ce manque inhérent au sujet parlant, à cause de la souffrance que cela implique, conduit les humains, depuis toujours et avec plus ou moins d’intensité, sur la voie de diverses pathologies binaires : hystérie, phobie, paranoïa, névrose obsessionnelle ou perversion. En traitant les symptômes de ces pathologies par la cure de la parole, la psychanalyse, rappelle Dany-Robert Dufour, révèle d’ailleurs que « chaque sujet parlant est un officiant qui, sans le savoir, rend un culte à la figure trine ».
Tension entre le ternaire et le binaire
Dans son livre, Dufour montre donc que toute l’histoire de la pensée en Occident est le théâtre d’une éternelle tentation : la volonté de réduire le ternaire au binaire. De ce fait, la structure trinitaire (dont le dogme chrétien représente la sublimation par excellence) a toujours été une écharde au pied de cette raison occidentale.
En effet, la forme ternaire fait trébucher notre rationalité sur ses limites. En posant un « tiers » absent et insaisissable, elle empêche cette dernière de tout enserrer dans un rapport de type sujet-objet. Elle préserve ainsi les humains de l’hybris que représente la négation du manque et de la mort. Elle endigue également leur fantasme démiurgique de contrôle absolu et de toute-puissance. En définitive, on peut dire que la forme ternaire fonde le désir lui-même — c’est-à-dire l’accès des humains à l’ordre symbolique où ils doivent sans cesse recréer la justice, la signification et la vérité de leurs relations et de leurs liens sociaux. C’est pourquoi, comme l’écrira Alexandre Kojève, cité par Dufour : « Il y a droit lorsque intervient un point de vue tiers dans les affaires humaines. »
Mais voilà que notre civilisation, dans la condition actuelle de la modernité avancée, arrive à un point décisif. Avec « la fin des grands récits ternaires » — qu’incarnaient, entre autres, les mythes, les religions, la littérature et les arts —, la pensée dualiste, causale et instrumentale semble en voie de triompher partout et sans réserve. Que ce soit dans le domaine des technosciences et de l’informatique, dans le secteur de l’économie et de la finance, dans le champ social et politique, ou encore dans l’univers des médias traditionnels ou sociaux, la logique binaire impose de plus en plus son règne implacable et fait ses ravages. Car, par définition, la binarité est violente et mortifère puisqu’elle exclut le tiers. Nos récents débats publics, au Québec, me semblent malheureusement trop bien l’illustrer.
Malaise dans les débats publics québécois
Rappelons-nous la stratégie de division avec laquelle le gouvernement libéral de Jean Charest a géré, en 2012, la contestation étudiante et sociale qui a marqué la fin de son mandat. En martelant de manière caricaturale « Vous êtes pour nous ou vous êtes pour la violence ! », ce gouvernement a voulu verrouiller l’espace tiers d’une véritable discussion démocratique. Plus récemment, évoquons aussi la stratégie polarisante adoptée par le gouvernement péquiste de Pauline Marois. Dans sa volonté de faire adopter sa fameuse charte des valeurs, ce gouvernement a clivé notre société en deux blocs. Ce faisant, il a placé dans une position de tiers exclu toute une partie de la population qui était visée par les mesures discriminatoires contenues dans son projet. En outre, sur la scène fédérale, est-il besoin d’épiloguer sur l’idéologie manichéenne à laquelle carbure le gouvernement conservateur de Stephen Harper ? Et que dire, enfin, des politiques d’austérité et des réformes institutionnelles menées à coups de hache et de bâillon par l’actuel gouvernement libéral de Philippe Couillard ?
Dans tous ces cas de figure, ce sont toujours les tiers qui écopent et passent à la moulinette de l’idéologie binaire : les pauvres, les femmes, les malades, les travailleurs, les assistés sociaux, les immigrants, les minorités religieuses, les sans-voix, les régions, les groupes de défense des droits, les instances de contrôle démocratique, les peuples opprimés, l’environnement exploité, etc.
La binarité fait également son oeuvre dans l’univers médiatique. Elle se manifeste particulièrement dans l’omniprésence actuelle de la figure du chroniqueur, du blogueur ou du journaliste d’opinion qui traite d’enjeux complexes en quelques lignes « punchées ». Le plus souvent, l’argumentaire lui sert en fait de prétexte pour polémiquer contre ses adversaires idéologiques et répéter ses mêmes rengaines. Il suffit de suivre Twitter, Facebook, des blogueurs ou encore plusieurs commentaires de lecteurs au bas des articles du Devoir pour constater jusqu’à quel point « la forclusion du tiers » y règne en maître. Et, surtout, pour réaliser combien l’hystérie, la phobie, la paranoïa, la névrose obsessionnelle ou la perversion s’y déploient allègrement !
Restaurer notre commune humanité
Ces dérives binaires kidnappent nos débats et nous plongent dans un profond malaise. Pourquoi ? Probablement parce que nous avons l’intuition que nous sommes en train d’y perdre notre humanité.
La binarité est, bien sûr, très efficace pour s’imaginer contrôler la réalité, assujettir l’inquiétante étrangeté, affirmer son pouvoir, étendre son profit, simplifier la complexité, lutter contre l’angoisse, objectiver les personnes, gagner des combats d’idées, croire à sa toute-puissance ou se complaire dans l’autosatisfaction narcissique… Il n’est donc pas facile d’y échapper, et tout nous y pousse dans l’air du temps. Mais cela produit, nous l’avons sous les yeux quotidiennement, une société de plus en plus dure, violente et haineuse, déchirée par les exclusions et les tensions, sans merci pour celles et ceux qui ne peuvent ou ne veulent entrer dans cette logique de guerre — car c’est bien de cela qu’il s’agit.
Dans ce contexte, si avec Dany-Robert Dufour nous reconnaissons « qu’en regardant la forme trinitaire, nous nous regardons nous-mêmes », alors la fête de Pâques, à travers son exaltation d’un Dieu « trine », nous offre peut-être une issue : assumer humblement la structure ternaire de la parole et du langage qui nous constitue en tant qu’humain.
Cela implique de consentir au manque, à ce qui échappe, à ce qui décentre, à ce qui altère. Une telle éthique de la parole devient alors porteuse d’une éthique sociale. Car cette manière de parler qui fait place à l’Autre et qui s’ouvre au tiers construit du même souffle un autre mode de vivre-ensemble. En restaurant ainsi en nous la pratique d’une parole juste, signifiante et vraie, nous pourrons aussi espérer construire une société animée de ces mêmes qualités.
Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d’histoire, suivez ce lien.
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Premier chapitre disponible ici en version pdf
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1000ème article publié sur ce blogue
Il faut se lever tôt pour assister à la manif du siècle, lorsqu’on vient de province. De Metz, le covoiturage jusqu’à Paris prend environ 3 heures. Trois silencieuses heures dans une voiture presque pleine de gens qui n’en ont rien à foutre… Ils vont en Argentine; des Luxembourgeois radins qui ont décidé de faire du covoiturage pour se rendre à Charles de Gaule. La voiture s’arrête à porte de Vincennes.
À la station de métro Nation, les tourniquets sont morts; ils ont été désactivés. Le métro est gratuit, un évènement extraordinaire qui ne se serait produit qu’en cas de cataclysme ou de fusillade dans les locaux d’un Hebdo. Quel drôle de sensation, passer les tourniquets sans entendre le « bip ». Ce n’est pas le fait qu’il n’y a pas de « bip » qui est drôle, c’est plutôt la liberté qu’accompagne l’absence de contrôleurs sur tout le réseau.
La ligne 9 est déjà saturée, c’est comme à l’heure de pointe. Le train souterrain ignore sans remords plusieurs stations. Parmi les victimes, se trouvent, Rue des boulets, Charonne et Voltaire…
11h40 : La Place de la République est cernée de médias de toutes sortes. Des antennes blanches sur le dessus de fourgonnettes, des caméras, des CANON et des objectifs énormes de la toute dernière technologie chassent sur la place. Des machines qui prennent des centaines de photos et qui les stockent sur une petite carte en plastique.
Cela fait changement du vieil argentique contraint à 36 poses par film et au rembobinage précautionneux de chacun d’eux. Une contrainte excitante qui permet d’avoir un rapport plus intime avec l’évènement et qui rend le partage de celui-ci plus réel. Entre l’œil du journaliste et la situation, le dispositif technique est une chute libre, c’est l’incertitude d’un discours souhaité, une action plus authentique. Un Mamiya ZE entre les mains me permet d’adopter ce rôle particulier qu’est celui du journaliste de l’époque pré numérique.
12h00 : La foule devient de plus en plus dense. Tout à coup, un africain monte sur la statue et se met à gueuler dans un drôle d’accent : « Zé Vous Zaimes !! ». Des gens marmonnent « Je vous aime ? », se demandant s’ils ont bien compris le charabia. Puis ils complètent avec un : « CHARLIE Liberté !». L’africain brandit un drapeau français et un ami le rejoint.
Ils se mettent doucement à crier : « Libérez les cités ! ». De vieilles dames passent par-là : « Ha ! Ça y est ! Le débordement commence ! »
12h30 : La statue est maintenant noire de monde et on y a accroché un grand : « Je pense donc je suis ».
Un peu plus loin, là où les branches du trajet se séparent, le silence est total. Rue du Faubourg du Temple et rue Voltaire se remplissent d’un foule dense et silencieuse. Tous sont venus exprimer leur mécontentement, mais cette fois, avec silence et respect.
13h15 : Il n’y a plus moyen de bouger, ils ont bloqués la rue Voltaire à l’attente des chefs d’états. Nous sommes tellement nombreux que même sur une surface immense, nous sommes comme des sardines. Une dame prise dans la foule : « Regarder ma pancarte, je n’aurais jamais pensé faire ce genre de chose, je ne suis qu’une mère de famille… » Plus moyen de rebrousser chemin; La manif du siècle a commencée…
À gauche, un journaliste prépare son discours
Le jeune africain et son acolyte
Les jeunes prennent d’assaut la statue tandis que les gens mariés brandissent leur journal
Deux jeunes dames et leurs dessins
Il gesticule en brandissant son drapeau de la république
Une petite rue s’inonde graduellement de la foule silencieuse
Certains s’extirpent de la foule pour observer le spectacle
Un nuage de gendarmes s’impose
Ils marchent en silence avec la foule
Caroline Douville
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La diffusion massive en 1789 de ces images, connues sous le nom de «The Brooks Diagram», contribua de manière importante à faire tourner le vent en faveur de l’abolition du commerce d’esclaves en Angleterre.
«When the 1789 version of the Brooks diagram was produced, the burgeoning slave trade stood at its peak in Britain. Surprising as it may seem today, real outrage at the wholesale trafficking in human lives had just begun when the printed image was circulated as part of an aggressively promoted effort to end the slave trade altogether. In fact, its appearance signaled the advent of imagery as a primary means to state the salient points of those opposed to the horrors of the transatlantic passage.»
Source: How a Look Inside a Slave Ship Turned the Tide Toward Abolition
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Je sais que ce n’est plus d’actualité, mais cela m’a étonnée de voir que ça s’est rendu jusqu’au Laos
Laurence Gwilliam
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