Archives de Catégorie: Culture et société

L’histoire sans l’histoire?

Cégeps – Moins d’histoire dans le cours d’histoire, craignent des enseignants

Lisa-Marie Gervais, Le Devoir, 10/10/13

Le cours d’histoire obligatoire que souhaite implanter le gouvernement dans les cégeps en 2014 suscite de nouvelles inquiétudes. Des enseignants d’histoire craignent que son contenu soit trop teinté par les disciplines des sciences humaines et que cela en dilue le caractère historique.

C’est un appel de candidatures pour former le groupe de travail qui élaborera le cours qui a été à l’origine de leur questionnement. Diffusé par le ministère de l’Enseignement supérieur, ce document qui a circulé dans les cégeps, et dont Le Devoir a obtenu copie, vise à recruter sept enseignants provenant de disciplines aussi diverses que « histoire, politique, sociologie, géographie, anthropologie, économie et “humanities”» pour élaborer une proposition de cours sur l’histoire du Québec contemporain.

On y indique que le groupe de travail devra réfléchir à certaines orientations selon « une perspective multidisciplinaire » et tenir compte d’éléments de formation allant des « origines et [des] caractéristiques de la société québécoise contemporaine » jusqu’à « la place du Québec dans le monde », pour ne nommer que ceux-ci.

Déception

Kurt Vignola, enseignant d’histoire au cégep de Rimouski, confie avoir été très déçu à la lecture de l’appel de candidatures. « Le cours d’histoire ? Quel cours d’histoire ? ironise-t-il. Le mot « histoire » n’apparaît même pas dans les mandats du comité. On parle d’institutions démocratiques, de la vie économique et des régions… Quelques points sur les autochtones et la communauté anglophone pour être politically correct, mais je ne vois pas comment, avec de tels paramètres, on peut accoucher d’un cours d’histoire. »

Le président de la Fédération des enseignants de cégep (FEC-CSQ), Mario Beauchemin, tire les mêmes conclusions. « D’après les comptes rendus que je vois, c’est la lecture que j’en fais. Ça deviendra un cours multidisciplinaire », a dit M. Beauchemin, indiquant qu’il s’est fait confirmer la chose par des conseillers du ministère lors d’une rencontre en juin dernier. « On peut comprendre qu’on songe maintenant à un cours hybride, mais on ne peut pas appeler ça un cours d’histoire. » Il ne croit pas non plus que de faire donner le cours par des enseignants autres que des enseignants en histoire serait une « bonne avenue ».

Même si la volonté du ministre d’implanter un cours d’histoire est ferme, M. Vignola craint que les fonctionnaires du ministère le rappellent à l’ordre, lui faisant valoir des difficultés budgétaires. Mais selon lui, il ne faut pas lésiner sur les moyens pour donner ce cours d’histoire du Québec, qui perd en popularité. « On est 2600 au cégep de Rimouski et 6 personnes seulement suivent le cours d’histoire du Québec. C’est un cours optionnel », a-t-il illustré.

Pas d’inquiétude à avoir

Le président de l’Association des professeurs d’histoire des collèges du Québec, Vincent Duhaime, confirme que certains membres ont exprimé leur inquiétude devant la tendance multidisciplinaire que semble prendre le cours. Mais ce n’est pas une raison pour s’en faire, a-t-il soutenu. « C’est un processus très bureaucratique. Que le ministère ait décidé de parler à des experts d’autres disciplines, en soi, ce n’est pas un problème. » Il voit mal comment le ministre Duchesne a pu parler d’un cours d’histoire nationale et élaborer tout autre chose. « On descendrait dans la rue », a-t-il dit.

M. Duhaime dit néanmoins espérer voir beaucoup d’historiens dans ce groupe de travail. Son organisation entend participer activement à la consultation publique qui sera lancée l’hiver prochain après le dépôt d’une proposition de cours.

L’enseignant en histoire au cégep et président du Mouvement national des Québécois, Gilles Laporte, préfère ne pas tirer la sonnette d’alarme trop rapidement. « Je n’ai pas l’impression que les dés sont déjà jetés », a-t-il dit, en convenant toutefois que cet appel de candidatures a pu causer une certaine surprise. Celui-ci aurait été rédigé par des gens qui ne semblent pas nécessairement bien connaître les enjeux, croit-il.

Au cabinet du ministre Duchesne, on soutient que le cap est maintenu sur l’implantation du cours d’histoire nationale et que le groupe de travail sera constitué « majoritairement de professeurs d’histoire ». Le ministre prendra d’abord connaissance des objectifs et standards, prévus pour la fin de l’automne 2013, avant d’annoncer les modalités du cours.

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Le Corps Politique

Le corps-à-corps des Femen

Jeunes féministes soldates contre le patriarcat, amazones d’aujourd’hui, les Femen empruntent au monde militaire la mise en danger de soi et l’usage du spectacle

Martine Delvaux, Le Devoir, 3/10/2013
La peau rougie des manifestantes à la sortie du Salon bleu ne laisse aucun doute sur l’effet des mains des gardes de sécurité sur le corps. C’est une peau qui porte les traces d’un réel corps-à-corps.
Photo : La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot La peau rougie des manifestantes à la sortie du Salon bleu ne laisse aucun doute sur l’effet des mains des gardes de sécurité sur le corps. C’est une peau qui porte les traces d’un réel corps-à-corps.

Le 1er octobre, trois jeunes femmes, assises dans la tribune du Salon bleu, se sont soudainement redressées, ont dénudé d’un coup le haut de leur corps, et ont scandé le slogan qui y était inscrit à l’encre noire : « Crucifix, décâlisse ! » Ça s’est passé au moment où Pauline Marois prenait la parole. À l’écran, on voit la première ministre, qui vient elle aussi de se lever, le regard porté vers le lieu d’où viennent les cris. Ce lieu, ce sont les corps de trois membres de l’organisation militante Femen Québec. Rapidement entraînées hors de la salle par des gardes de sécurité, forcées de se rhabiller, Stéphanie « Sun Art », Julie-Anne Beaulac et Xenia Chernyshova ont ensuite été escortées à l’extérieur du Parlement.

Les Femen se sont levées à la tribune du Salon bleu au moment où Pauline Marois prononçait les mots « agir maintenant… ». Et c’est bien ce que les trois jeunes femmes ont fait : elles ont agi, théâtralement, pour dénoncer le statu quo gouvernemental concernant la place du crucifix à l’Assemblée nationale. Parce que les Femen agissent, elles sont des actionnistes. Leur objectif est de surprendre, déranger, troubler l’ordre public par des actions pacifistes où les seuls corps qu’elles mettent en jeu et en péril sont les leurs. Le Web nous permettra de lire nombre de commentaires décriant le fait qu’elles se dénudent, tout comme on ramènera sur le tapis les révélations faites lors de la Mostra de Venise concernant le rôle d’un homme, Viktor Svyatski, lors de la fondation du groupe. (Il faut pourtant écouter Inna Shevchenko raconter comment Femen est né d’un collectif de femmes que Svyatski a tenté de mettre sous emprise, une emprise dont elles se sont libérées.) L’essentiel de ce qui est retenu contre les Femen concerne leur usage de la nudité, comme si ce choix constituait d’une part une provocation, d’autre part une reconduction, bien entendu inconsciente, des stéréotypes féminins et de l’instrumentalisation millénaire des femmes. Toutefois, si on s’en tient à cette seule dimension, on passe à côté de l’intérêt que représente le mouvement Femen : on ne saisit pas, justement, le sens de cet emploi de la nudité.

Plus qu’un strip-tease

Dans la tradition du militantisme nu mis à profit, au fil des années, par les féministes (qu’on pense aux manifestations tenues dans les années 70), les Femen dénudent leur poitrine pour dénoncer le sexisme et l’exploitation sexuelle des femmes, en lien (ou non) avec les dictatures et les monothéismes. Ce qu’elles font est bien autre chose qu’un strip-tease ! On peut être en désaccord avec le mode d’action choisi, comme on peut leur reprocher un discours politique parfois brouillon et des positions parfois trop radicales contre l’islam ; reste qu’il est important de chercher à comprendre la teneur de leurs actions plutôt que de les rejeter en bloc.

Jeunes féministes soldates contre le patriarcat, amazones d’aujourd’hui, les Femen empruntent au monde militaire la mise en danger de soi et l’usage du spectacle. La différence, c’est qu’au lieu de revêtir un uniforme, elles se déshabillent. C’est la peau qui est leur uniforme, une armure bien fragile. Leur façon de manifester est un acte de désobéissance civile dans le contexte dominant d’une misogynie globale ; c’est une façon de quitter l’économie libidinale masculine et le monde tel que vu et dès lors créé par (et pour) le regard masculin. Contre l’immobilité de la poupée et des femmes de la publicité, les Femen proposent le mouvement. Quand elles manifestent seins nus, ce sont les panneaux d’affichage qui descendent dans la rue. Procéder ainsi a pour objectif de dénoncer le sexisme en passant par un de ses symboles, tout comme le fait de mener une action à l’intérieur du Salon bleu en criant « Crucifix, décâlisse ! » avait pour objectif de dénoncer la présence d’un symbole religieux au sein même de l’État en le désacralisant.

Corps à lire

On pourrait dire qu’en tombant des panneaux d’affichage, les filles nues dévoilent ceux-ci pour ce qu’ils sont : un outil d’objectivation. Ainsi, elles s’en distancient. Le corps des Femen n’est pas un corps qui appelle à jouir ; c’est un corps qu’on est appelé à lire. Leur nudité est un retour du boomerang : les Femen renvoient au visage de l’autre son désir pour la nudité féminine et ce que ce désir signifie politiquement. Mais ce désir, si elles donnent l’impression d’y répondre, c’est pour mieux le refuser. Elles tirent le tapis de sous les pieds ! C’est là un mouvement qu’on trouve chez nombre d’artistes féministes qui se servent des moyens d’oppression et d’expression de la domination masculine pour les retourner, comme un boomerang, là d’où ils viennent. C’est pour cette raison non seulement que les Femen retirent leurs vêtements, mais qu’elles se mettent physiquement en danger. Elles prêtent le flanc, littéralement, pour révéler (dévoiler !) le vrai visage de ceux qui sont en face. Et elles le font en tant que femmes. Leurs corps se dressent contre le corps policier, et elles dénoncent, en faisant mine d’y participer, l’érotisation des femmes dans l’espace public. C’est pour cette raison que les slogans écrits à même la peau sont essentiels : plus qu’un costume, ils sont l’écriture même du corps, un écran contre son érotisation. Les mots sont la peau, sont le vêtement. Il faut se demander, dès lors, ce qui reste vraiment de la nudité ?

Le corps des Femen est collectif et symbolique : il représente, il fait image. Mais il est en même temps singulier et organique : il souffre, il peut être blessé. C’est d’ailleurs ce que captent les caméras à la sortie du Salon bleu : la peau rougie, meurtrie, des manifestantes, une peau qui ne laisse aucun doute sur l’effet des mains des gardes de sécurité sur le corps, une peau qui porte les traces d’un réel corps-à-corps. Et ce corps-à-corps n’est pas sans visage. La poitrine des Femen est toujours associée à un visage, contrairement aux corps de femmes morcelés par les publicités ou la pornographie. Ce visage parle ; il crie. Descendre dans la rue, envahir l’espace public, même ici où on aime penser que de telles actions ne sont pas nécessaires, c’est imposer son corps. Et pas n’importe quel corps : un corps de femme. C’est refuser d’être laissée pour compte, reléguée au statut (inoffensif) d’image. C’est s’imposer comme faisant partie intégrante de cette population que représentent les membres de l’Assemblée nationale.

Martine Delvaux – Professeure de littérature à l’Université du Québec à Montréal, romancière et essayiste, auteure de Les cascadeurs de l’amour n’ont pas droit au doublage (Héliotrope, 2012).

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Philosophie Politique

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De la discrimination positive

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Cette semaine, assise sur mon banc d’école, une professeure a soufflé l’épais nuage noir qui obscurcissait une certaine notion controversée dont j’aimerais aujourd’hui vous parler : la discrimination positive.

Une entreprise est à la recherche d’un employé sachant taper au minimum 80 mots/minute. Un homme applique à ce poste, sachant taper 90 mots/minute. Une femme applique également à ce poste, celle-ci sachant taper 80 mots/minute. L’entreprise, qui a déjà un très grand nombre d’employés masculins, va privilégier l’embauche de la femme. Cette dernière remplit les qualifications demandées au même titre que l’homme, et l’entreprise accomplit deux choses importantes : De un, elle renvoie une image qui représente plus justement la composition de la société (aprox. 50% d’hommes, 50% de femmes) et de deux, elle permet à un groupe social «subordonné» d’avoir une opportunité qui ne se serait possiblement pas présentée ailleurs.

La discrimination positive parle d’elle-même. En partant de la prémisse qu’il y a un groupe social privilégié (l’homme blanc), il s’agit d’amener ce groupe au même niveau qu’un groupe social dit «subordonné». Cette situation est jugée positive parce que ce faisant, le privilège ancestral de l’homme blanc laisse place à une égalité des biens et des opportunités. Il est important de mentionner que cette discrimination positive n’a lieu (dans l’idéal) que lorsque deux candidats présentent les mêmes compétences. Si la femme de la situation précédente avait tapé 70 mots/minute, je suis d’accord que ça aurait été tant pis pour elle, puisqu’elle ne rencontrait pas les exigences.

Autre exemple donné par ma professeure. 1945, un jeune Américain noir applique dans une université du Texas. Sa candidature est rejetée, non parce que ses qualifications ne sont pas adéquates, mais parce que l’université n’accepte que des Blancs.  Plus récemment, à New York, un jeune Américain blanc applique dans une université, dans un programme contingenté. La place libre dans ce programme est donnée à un autre jeune, qui possède les mêmes qualifications que le premier (De Funis, s’appelait-il). Donc, De Funis poursuit l’université en justice car, scandale, elle a donné SA place à un Noir. Ce jeune, qui avait les mêmes aptitudes et qualifications, eh oui, sa peau était un peu plus foncée. De Funis perdra son procès, car il ne s’agissait pas de SA place dans ce programme. Voilà l’erreur que le Blanc tend à commettre bien trop souvent même encore aujourd’hui. Dans un effort vers une société plus juste, il est important que toutes les institutions tentent de représenter au mieux toute la variété d’individus présents dans la société. Cela, mais aussi de donner une juste opportunité à un membre d’une communauté minoritaire. Car De Funis, lui, ira appliquer dans une autre université du pays, et il sera certainement choisi ailleurs. Certes, il n’a pas eu son premier choix, c’est dommage. Mais, lorsqu’on pense au jeune Noir qui est tout aussi qualifié, il faut réaliser que son risque de refus monte en flèche comparé à un Blanc. L’égalité des chances n’est pas la même. Ailleurs, il court le risque d’être jugé sur la couleur sa peau, sur sa capacité économique, sur sa famille, sur son quartier, sur n’importe quel détail susceptible de titiller les préjugés et stéréotypes qui habitent tel ou tel comité de sélection.

De Funis dira pendant son procès: « On ne m’a pas traité de manière égale.» C’est parce qu’en réalité, il n’y a pas d’égalité. Malgré les efforts passés et  contemporains, le groupe social de l’homme blanc se trouve toujours privilégié, alors que tous les autres se trouvent sous représentés (et je ne commence pas à parler d’une femme de couleur, qui par exemple, se trouve au carrefour de 2 groupes subordonnés, se retrouvant du coup encore plus bas sur notre échelle).

Une injustice n’a pas frappé De Funis. Le droit fondamental d’être traité d’égal à égal avec toute personne a été respecté, au contraire du jeune Noir des années 40. Toutefois, la discrimination positive a agi, et a fait en sorte d’offrir une opportunité supplémentaire à un groupe sous représenté de la société, le ramenant vers le groupe dominant.

Cela peut parfois être choquant, en pensant aux individus. Mais dès qu’on accepte cette réalité, qu’il y a effectivement un groupe en société qui est privilégié par rapport aux autres, je crois que dans l’effort vers une société plus juste et égalitaire, ça se justifie de soi-même.

Jacynthe Fournier-Rémy

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Michel Brault 1928-2013

Pour la suite du monde, un film sublime.

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«Documentaire poétique et ethnographique sur la vie des habitants de l’Isle-aux-Coudres rendue d’abord par une langue, verte et dure, toujours éloquente, puis par la légendaire pêche au marsouin, travail en mer gouverné par la lune et les marées. Un véritable chef-d’oeuvre du cinéma direct.»

http://www.onf.ca/film/pour_la_suite_du_monde/

Les autres films de Michel Brault disponibles ici sur le site de l’ONF.

Les Ordres, un autre grand film de Michel Brault et pour lequel il a reçu le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes en 1975, un film qu’il n’a pas tourné pour l’Office National du Film du Canada… Il s’agit en effet d’un film politique qui dénonce l’emprisonnement arbitraire de nombreux citoyens lors des événements d’Octobre en 1970.

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Féminisme et « processus rationnel de sécularisation »

Fragile, la liberté féminine

Boucar Diouf, La Presse 21/09/13

Dans cette saga qui divise profondément la société québécoise, les médias nous montrent régulièrement des figures de jeunes femmes qui, dans leur désir légitime de contestation identitaire, affirment très fort être femme voilée et libre. La dernière que j’ai entendue s’appelait Fatima et elle se disait aussi féministe.

Je ne veux absolument pas philosopher sur le voile, sa symbolique ou son histoire parce qu’il est vrai que la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. Loin de moi donc, Fatima, l’idée de poser un quelconque jugement sur tes valeurs ou de m’insurger contre tes certitudes.

Ceci dit, je ne peux résister à la tentation de te rappeler qu’être à la fois jeune, femme voilée et libre dans ses choix est un grand privilège qui impose aussi un certain devoir de mémoire à celle qui le scande.

Il est en effet long et laborieux, Fatima, le chemin vers cette liberté féminine aujourd’hui à la portée de toutes. Si on veut comprendre toute l’histoire, disait mon grand-père, mieux vaut avoir lu celle qui précède avant d’écrire celle qui suit.

Elle a commencé en Occident avec les assauts des penseurs des Lumières contre l’obscurantisme et la superstition. Ils étaient philosophes, architectes, intellectuels et humanistes de toutes disciplines à rebondir sur les idées de la Renaissance et à harceler le christianisme pour le rendre plus égalitaire et moins violent. Lorsqu’en 1095, le pape Urbain II a béni les chevaliers à partir de la ville de Clermont, devenue Clermont-Ferrand, le «tu ne tueras point» biblique, aujourd’hui universel, n’incluait pas le camp des infidèles qui avaient le croissant lunaire comme symbole. Au contraire, dans leur désir de libérer Jérusalem, les croisés avaient pour mission de les massacrer.

Il a donc fallu, Fatima, le travail colossal de bien des catalyseurs de changement pour faire basculer la chrétienté du Moyen Âge à la Renaissance et ensuite au Siècle des Lumières. Une lumière qui allait rester très terne pour les femmes, jusqu’à ce que le mouvement féministe déclare une guerre de tranchées aux phallocraties occidentales. Son objectif? En finir avec l’assujettissement, l’infantilisation, la marginalisation et la mise sous tutelle dont les femmes ont toujours été victimes, en grande partie à cause de la religion.

Parce qu’il faut savoir, Fatima, que les trois religions abrahamiques que sont l’islam, le christianisme et le judaïsme n’ont pas été très tendres avec la féminité. Si tu ne me crois pas, je te conseille de retourner dans la Genèse revisiter l’épisode de Sodome et Gomorrhe, où le personnage de Loth offre en pâture ses deux filles vierges à la population pour protéger les anges qui séjournaient chez lui. Ou mieux encore, regarde comment Abraham terrorisé s’est comporté avec sa femme Sarah devant le pharaon!

Cette supposée volonté divine de faire de la femme une servante de son homme sera la principale cible de cette révolution féminine. Une injustice qui amènera Simone de Beauvoir à proclamer que la féminité était plus le fait d’une construction sociale que d’une prédestinée génétique. Dans Le deuxième sexe, cette grande dame écrira d’ailleurs la tirade la plus subversive du féminisme: on ne naît pas femme, on le devient.

Des Simone de Beauvoir, Fatima, il y en a eu dans tous les pays. Au Québec, elles s’appellent Marie Gérin-Lajoie, Thérèse Casgrain, Idola Saint-Jean, Madeleine Parent, Simone Monet-Chartrand, Janette Bertrand… Si tu veux saluer le travail de ces militantes, dont certaines ont consacré leur vie à te préparer le terrain, je te conseille de lire le merveilleux bouquin de Micheline Dumont Le féminisme raconté à Camille. C’est un concentré d’une grande clarté de la longue marche vers cette précieuse, mais ô combien fragile, égalité des sexes dont nous profitons tous aujourd’hui sur cette terre d’accueil.

Fatima, si on peut aujourd’hui, au Québec ou au Canada, choisir sa liberté et son féminisme dans le voile ou à découvert, non seulement on a un devoir de mémoire envers les artisans de cette liberté, mais on a aussi une obligation de solidarité avec ces consoeurs vivant dans des pays où les mêmes dogmes religieux qui les empêchent encore de voter et d’avoir un permis de conduire, les obligent aussi à se couvrir.

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Une laïcité ouverte à tous les intégrismes

Ce texte paru en 2011 est une recension critique du livre de Charles Taylor et de Jocelyn Maclure, Laïcité et liberté de conscience. Par sa remarquable clarté ce texte de Louise Mailloux nous permet de comprendre les présupposés philosophiques auxquels adhèrent ceux qui s’opposent au projet de «Charte des valeurs québécoises» et qui revendiquent plutôt une «laïcité ouverte», quitte à y sacrifier la rationalité des Lumières…

Laïcité: au coeur du débat avec Charles Taylor

Louise Mailloux

Deux ans après la publication du rapport de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles, les philosophes Jocelyn Maclure et Charles Taylor nous livrent un ouvrage dans lequel ils développent et approfondissent l’argumentaire en faveur de la laïcité ouverte.

Soulignant d’entrée de jeu le manque d’analyse conceptuelle adéquate quant aux principes constitutifs de la laïcité, les auteurs proposent un découpage dans lequel le respect de l’égalité morale et la protection de la liberté de conscience constituent les deux grandes finalités de la laïcité, alors que la séparation de l’Église et de l’État et la neutralité de ce dernier n’en forment que le mode opératoire. Cette neutralité de l’État n’étant ici qu’un moyen qui, selon les auteurs, a été fétichisé par la conception républicaine.

Une telle analyse a pour effet de limiter les prétentions de l’État, tout en propulsant l’individu au cœur de la problématique laïque. Mais ce raisonnement comporte une grave erreur parce qu’il suppose que la liberté de conscience peut exister avant même qu’il y ait séparation entre le politique et le religieux. Or, et l’histoire en témoigne, c’est justement le fait d’exclure le religieux du politique qui va permettre à la liberté de conscience d’exister ultérieurement. Dans un État où la religion n’a pas été séparée du politique, la liberté de conscience n’existe pas. Il en est d’ailleurs ainsi dans la très grande majorité des pays musulmans où la religion est liée au politique et où la liberté de conscience est inexistante.

Le moment fondateur de la laïcité n’est donc pas l’individu mais l’État. Un État neutre eu égard aux croyances et qui par sa neutralité produit, nous dit Catherine Kintzler, un espace a priori pouvant accueillir toutes les options. C’est cet espace commun qui fait advenir la liberté de conscience et l’égalité des droits qui ne préexistent nullement à la séparation de l’Église et de l’État.

De réduire l’État à n’être qu’un moyen, c’est aussi sous-estimer les raisons historiques qui ont conduit au régime de laïcité, occulter le caractère hégémonique des religions et négliger l’opposition légendaire d’un régime laïque contre toutes formes de cléricalisme. Parce que seule la séparation de l’Église et de l’État peut empêcher qu’une religion impose ses règles de vie à l’ensemble des citoyens. En tenant compte de la conjoncture actuelle où les démocraties subissent les assauts de l’intégrisme religieux, ne pas considérer celle-ci comme étant une finalité à la laïcité relève tout simplement de la bêtise ou de la mauvaise foi.

L’approche de Maclure et Taylor s’inscrit dans le cadre du libéralisme politique qui ne reconnaît de légitimité morale qu’à l’individu. Se réclamant de Locke pour attester l’incompétence de l’État en matière spirituelle et de Rawls  pour nous rappeler les limites de la rationalité à pouvoir définir ce qu’est la vie bonne, l’État libéral se voit donc disqualifiée dans sa capacité et son droit d’affirmer des valeurs communes puisqu’il n’y a que l’individu qui jouit d’une telle autonomie morale. Seules la dignité, les droits de la personne et la souveraineté populaire sont considérées par les auteurs comme des valeurs communes légitimes parce qu’indissociables de toute démocratie.

Ils accusent donc l’État républicain de ne pas être neutre puisqu’il défend une conception séculière du bien qu’ils qualifient de «religion civile» et dans laquelle bon nombre de citoyens religieux risquent de ne pas se reconnaître. Ainsi l’universel est transformé en particulier occidental arrogant et le principe d’égalité des sexes en parti-pris particulier occidental. Maclure et Taylor considèrent que le seul fondement légitime de l’État doit se limiter aux valeurs énoncées dans les chartes qui ne reconnaissent que les droits individuels, refusant donc à la nation québécoise le droit à la reconnaissance, la rabaissant, comme ce fut le cas dans le rapport Bouchard-Taylor, au rang d’une majorité ethnique. Cela fait tout de même beaucoup de refus pour un État libéral qui a la prétention de tout accepter sans faire violence à personne…

Toute définition extrinsèque du bien commun étant exclue, ne reste plus à l’État libéral qu’un seul rôle; celui de la prise en charge du pluralisme religieux de nos sociétés modernes, celui d’harmoniser le vivre-ensemble en protégeant l’expression des différentes conceptions du bien même si elles sont parfois opposées. Cette conception de la neutralité de l’État d’inspiration rawlsienne fait penser à la recette du succès du fromage Le P’tit Québec; le moins de saveur possible pour que tout le monde en mange.

Celle-ci servira de toile de fond  pour promouvoir la laïcité ouverte et justifier ses implications, notamment en ce qui concerne le port de signes religieux dans les institutions publiques. L’argument central est bien connu; l’exigence de neutralité s’adresse aux institutions et non aux individus. Ce serait donc porter atteinte à la liberté de conscience que d’interdire le port de tels signes. Fi du symbolisme, fi du prosélytisme, fi de l’intégrisme.

Dans la deuxième partie du livre, les auteurs vont développer un argumentaire visant à justifier l’obligation juridique d’accommodement dans le cas des croyances religieuses en montrant que celles-ci ne sont pas de simples préférences puisqu’elles sont liées au sentiment d’intégrité morale d’une personne et à l’estime qu’elle se porte à elle-même. Ne pas reconnaître ces croyances, disent les auteurs, équivaudrait à nier l’identité de la personne et lui causer un tort moral irréparable qui contreviendrait à son droit à l’égalité. Maclure et Taylor iront même jusqu’à affirmer qu’en raison du rôle joué dans l’identité morale, le statut des croyances religieuses est particulier et qu’elles doivent donc jouir d’une protection juridique spéciale. Ils se réjouissent d’ailleurs du fait que le seul critère retenu par la cour Suprême soit celui de la sincérité du croyant, les tribunaux n’ayant donc pas à juger des dogmes religieux.

Finalement les auteurs concluent en disant : «Ce type de société exige des citoyens qu’ils fassent abstraction des désaccords moraux et philosophiques, parfois profonds, qu’ils ont avec leurs concitoyens au nom de leur intérêt plus fondamental à vivre dans une société suffisamment stable et harmonieuse.» Et d’ajouter : «… le prix à payer pour vivre dans une société qui protège l’exercice des libertés de conscience et d’expression est d’accepter d’être exposé à des croyances et à des pratiques que nous jugerons fausses, ridicules ou blessantes.» Interdit de juger, interdit de penser. Ce serait faire preuve d’outrecuidance et d’ethnocentrisme. Seul l’individu est souverain. Mais les auteurs se défendent bien de tomber dans le relativisme en disant plutôt se fonder sur le droit à l’égalité garanti par les chartes. Du libéralisme pur jus.

Une telle position n’est pas que formelle en ce qu’elle accorde une présomption de valeur à toutes les cultures. Mais comment fonder cette présomption? C’est Charles Taylor lui-même qui nous donne la réponse dans son livre MulticulturalismeDifférence et démocratie : «L’un des fondements proposés est d’ordre religieux. Herder, par exemple, avait une conception de la divine Providence selon laquelle toute variété de culture n’était pas une pure contingence, mais était censée apporter une plus grande harmonie. Je ne saurais écarter une telle conception.» Voilà que Dieu et le sens du sacré sont réintroduits subrepticement dans l’histoire par le biais de cette divine Providence, voulant que tout soit nécessaire, y compris les cultures qui sont l’œuvre de Dieu. Père, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel! Faut-il s’étonner alors d’une défense de la laïcité ouverte aux religions?

Ce romantisme chrétien qui s’oppose au rationalisme des Lumières et à l’universalité de la raison cartésienne ou kantienne, est le sous-entendu capital de cette laïcité ouverte. Il en est son secret le mieux gardé et son parti-pris le mieux dissimulé…

On associe généralement le totalitarisme à l’État qui écrase l’individu et étouffe sa liberté. C’est essentiellement cette vision orwellienne de l’État qui anime la pensée libérale. Mais permettez-moi de souligner qu’avec cette offensive du religieux sur la base des droits individuels, les bienpensants de la laïcité ouverte nous interdisent de penser et de juger en même temps qu’ils se font les alliés des intégristes les plus virulents dont les penchants et les sympathies pour le totalitarisme ne sont plus à démontrer. Mais évidemment, ceci se passe en 2010 dans une autre galaxie. Loin de chez nous…

Laïcité et liberté de conscience

Jocelyn Maclure et Charles Taylor,

Boréal,

Montréal, 2010, 161 pages

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Hipsters unilingues dans le Mile-End

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Sorry, I don’t speak French!

Émilie Dubreuil, URBANIA

Je vis dans un quartier branché, habité par des redingotes hassidiques, des robes de deuil portugaises et les jupes à «raz le plaisir» de filles venues de Toronto pour flâner indéfiniment dans nos rues accueillantes.

Il y a cent ans, le Mile End était une petite ville indépendante avec son hôtel de ville, son église et une population majoritairement canadienne française. Au détour de la Seconde Guerre mondiale, les Juifs sont venus s’y installer en si grand nombre que la langue parlée par la majorité était le Yiddish. Au cours des années 1970, les Italiens et les Portugais y ont peu à peu remplacés les Juifs partis s’installer dans l’ouest et ont ouvert des commerces.  Si bien qu’on retrouve, chez nous, les meilleurs cafés Italiens, des épiceries portugaises, des boucheries hébraïques et les meilleurs bagels au monde.  Un quartier formidable donc et qui attire, pour cette raison même, une nouvelle ethnie toute blanche : le Canadien anglais. Mais attention, pas n’importe quelle sorte : l’alter mondialiste/écolo/ conscientisé/ artiste/et curieux de tout…sauf de la société québécoise. Il y a quelques années déjà que j’étudie cette ethnie avec attention et je m’étonne encore de l’incontournable : «Sorry, I dont speak french» prononcés par des êtres aussi scolarisés qui disent avoir choisi de vivre à Montréal, P.Q. parce que la ville vibre distinctement de Toronto, Halifax, Calgary ou Vancouver.Dans notre inconscient collectif, dans le mien du moins, l’unilingue anglophone de Montréal est incarné par une vieille dame de Westmount qui fait du bénévolat au Musée des beaux arts. Elle parle très bien le français à Paris, mais jamais ici. Son mari est avocat et membre du Parti libéral du Canada. Le couple se lève plus tôt le matin pour détester plus longtemps le P.Q et la loi 101. Ils lisent la Gazette et croient que les francophones sont tous xénophobes. J’ai travaillé au Musée des beaux arts de Montréal pendant mes études et cette race-là, je la connais bien.Cet unilinguisme-là ne me dérange pas le moins du monde, il me fait sourire par son anachronisme attendrissant. Il nous rappelle pourquoi le Québec a connu des luttes linguistiques, il est le symbole d’une époque révolue, celle où ma mère exigeait qu’on lui adresse la parole en français chez Eaton. Leur «Sorry I do not speak french» est imbriqué dans la culture québécoise, alors que l’unilinguisme des mes contemporains du Mile-End traduit une indifférence que je ne m’explique pas et qui m’insulte. Ils sont aussi incapables de discuter en français que de nommer le Premier ministre du Québec ou le maire de Montréal et ne savent pas si Hochelaga Maisonneuve se trouve à l’est ou à l’ouest de la rue McGill.

La première fois que j’ai rencontré cette indifférence linguistique et culturelle,  c’est il y a à peu près dix ans. Une amie m’invite à une fête, chez Amy, une cinéaste torontoise qui vit à Montréal depuis sept ou huit années. Elle vient de réaliser un documentaire sur les femmes lesbiennes en Afrique noire. Devant ses amis, elle est fière de dire qu’elle a dû apprendre le swahili pour entrer en contact avec les gens du pays. Impressionnée, je lui demande en français si l’apprentissage du swahili a été ardu, elle me répond : «Sorry?» avec l’air perplexe de celle à qui on adresse la parole dans une langue inconnue. Je lui repose la question en anglais avant de m’étonner : «You’ve been living here for seven years and dont speak french?!» complètement incrédule devant cette curiosité linguistique paradoxale. Elle me répond, sans saisir à quel point sa réponse est ironique : « French… It’s really hard for me!»

Débute alors une conversation animée. La plupart des convives vivent au Québec depuis plusieurs années et ne parlent pas un christ de mot de français ! Le fait que je veuille comprendre pourquoi, s’ils ne peuvent communiquer avec 85 % de la population, ils sont venus s’installer ici, les exaspère. Rapidement, l’un d’entre eux s’énerve : «les francophones sont racistes, nous avons le droit de parler anglais ici etc.» Manifestement, ça le dérange d’être confronté à un manque de curiosité intellectuelle qu’il refuse d’admettre. Le type est musicien, a fait le tour du monde, mange de la bouffe indienne et, pourtant, l’ethnie et la langue Québécoise ne l’intéresse absolument pas.

L’amie francophone qui m’avait invitée à la fête était verte de honte. Elle étudiait à Concordia et était gênée de moi comme une adolescente qui ramène ses amis à la maison. Elle ne voulait surtout pas qu’il y ait de chicane, que ses amis unilingues l’associent à un une lutte linguistique qu’elle désapprouvait. Stéphanie aurait souhaité qu’on admire son amie qui parle swahili sans soulever le fait qu’elle ne parlait pas le français puisqu’après tout c’était son choix et qu’il fallait le respecter.

Depuis, cette histoire se répète inlassablement. Et je continue le combat. Pas plus tard qu’hier, dans un café, rue St Viateur, un type me drague. Il me déclare, en anglais, que j’ai des yeux magnifiques et qu’il aimerait beaucoup m’inviter à souper. Le gars vient d’Halifax, vit à Montréal depuis cinq ans et suit actuellement des cours de chinois… But guess what?  Il ne parle pas français! «French is a very difficult», me dit-il. Je lui renvoie alors que le jour où il sera capable de me demander mon numéro en français, je considèrerai son invitation. Il me répond dégoûté que je ne suis qu’une hystérique : «I guess you are P.M.S right now…» se lève et part. Mon amie Nadia, francophone, demeure interdite devant mon intransigeance et me sermonne:«Voyons t’es ben pas fine! »


Alors que j’ai rencontré, lorsque je vivais à Toronto ou à Vancouver, de nombreux Canadiens anglais curieux du Québec, de notre langue et de notre culture, je ne cesse de rencontrer à Montréal ce genre de francophones qui se nient eux-même et ces anglophones déconnectés qui ont élu domicile in the Plateau. And I just dont get It.
Well, ce n’est pas pour me vanter, mais à la suite de notre conversation, Amy s’est inscrite à un cours de français intensif à Baie-Saint Paul. Elle parle français avec un accent très mignon et s’est trouvé un job à l’Université du Québec à Montréal. Le musicien, aujourd’hui mondialement connu, est le seul à pouvoir donner des entrevues aux médias francophones lorsque son groupe est de passage à Montréal. Il en est très fier. Chaque fois que je les croise dans le Mile End, ils me remercient, en français, de ne pas avoir été fine. Anyway.Illustration: Josée Bisaillon

BLx

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Sans crucifix

assemblée nationale 1887

L’assemblée nationale en 1887, « avec pas » de crucifix. Ce n’est en effet qu’en 1936 qu’il y fut introduit par le gouvernement de Maurice Duplessis.

«Cette décision de Duplessis n’est pas fortuite; elle est réfléchie et correspond au désir du nouveau gouvernement d’effectuer un virage dans les relations entre l’Église et l’État québécois. Duplessis veut montrer qu’il se distingue des gouvernements libéraux antérieurs en étant davantage à l’écoute des principes catholiques.» Lire ici l’article du professeur d’histoire Jacques Rouillard.

BLx via Étienne Lambert-Ertug

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« Humanité blessée »

syriensSyriens, traversant la frontière Turque

Plongeon dans le réel, pour le meilleur et pour le pire

Le World Press Photo Montréal raconte une humanité blessée, mais solidaire et opiniâtre

Louise Maude Rioux Soucy, Le Devoir 05/09/13

La dureté des photos d’hommes, de femmes et d’enfants gazés en Syrie il y a deux semaines a fait frémir le monde d’horreur. Mais la violence qui règne sous le régime de Bachar al-Assad n’est pas nouvelle, comme en témoignent plusieurs photos poignantes retenues par le jury du World Press Photo, dont le survol de l’année 2012 peut être parcouru ces jours-ci au Marché Bonsecours, à Montréal.

Dur, mais nécessaire, le parcours « prouve, peut-être plus que jamais, que nous ne vivons pas dans un monde dématérialisé », note le porte-parole de l’événement, le journaliste Dennis Trudeau. Sur la rue, dans les camps de réfugiés, en prison, derrière les murs des maisons, les 156 photos retenues racontent une humanité blessée, certes, mais aussi solidaire, opiniâtre, voire salvatrice.

« Les gens ont l’impression que le World Press est une exposition difficile en raison de la dureté des sujets traités ; c’est vrai, mais c’est la vie qui est ainsi. Cela dit, il y a aussi des photos moins dans l’événement et plus sur le long terme, avec de la lumière, de l’humanité », fait valoir le président de l’édition montréalaise, Matthieu Rytz.

dadora nairobi kenyaLa déchetterie de Dadora, Nairobi, Kenya

Le coeur, mais pas seulement

Pour 2012, la fondation basée à Amsterdam a reçu 100 000 images soumises par 5500 photographes. Dans ce lot, « les photos qui se sont distinguées sont celles qui touchent à la fois la tête, le coeur et le ventre, c’est-à-dire celles qui font réfléchir, ressentir et agir », résume la représentante de la fondation, Noortje Gorter.

Car le travail des photojournalistes ne sert pas qu’à dénoncer, poursuit Mme Gorter. Il ouvre aussi les esprits, capte les changements, voire les induit. « Je pense par exemple à cette école sous un viaduc en Inde. Le travail du photographe Altaf Qadri [de l’Associated Press] a soulevé une vague de solidarité, des gens ont donné de l’argent pour meubler et organiser la classe. »

Et il y a tous ces portraits intimes, qui ouvrent sur un quotidien méconnu. De ces couples homosexuels au Vietnam aux prostituées postées sur les abords des routes italiennes, en passant par cette lectrice dans une décharge de Nairobi ou encore cette Iranienne et sa fille, horriblement défigurées par une attaque à l’acide, qui s’embrassent avec tendresse « parce que plus personne d’autre n’ose le faire ».

bull race imageUne compétition de «bull race» à Batu Sangkar, sur l’île de Sumatra

Cette intimité douloureuse, on la retrouve dans les deux expositions qui accompagnent l’édition montréalaise : Regards d’Oxfam-Québec, avec les belles photos d’Émilie Régnier au Burkina Faso, mais surtout celle du collègue François Pesant, dont la série L’ennemi intérieur s’avère le clou du concours d’AnthropoGraphia.

Après Ottawa, Québec et maintenant Montréal jusqu’au 29 septembre, la crème du photojournalisme mondial reprendra la route pour Toronto, en octobre, pour finir sa course canadienne à Chicoutimi, en novembre

http://worldpressphotomontreal.ca/

BLx

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Picasso Baby

JAY Z « Picasso Baby: A Performance Art Film »

BLx via Soumaya Sd

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Pour une politique du livre

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La petite grandeur

Jean-François Nadeau, Le Devoir, 24/08/13

J’en ai les jambes sciées. Les bras m’en tombent.

Et pour tout dire, j’ai tout simplement envie de donner ma langue aux chats.

S’accorder le droit d’avoir un minimum de grandeur en matière culturelle et voir, en conséquence, à soutenir l’existence des librairies, ce serait trop demander à notre société ?

Cette semaine, l’idée de mettre en branle une politique pour limiter la variation des prix des nouveautés en librairie se trouve, une fois de plus, sous la loupe. Une commission parlementaire de l’Assemblée nationale examine l’affaire. Cette politique, bien qu’appliquée avec succès depuis des décennies dans un très grand nombre de pays, continue de susciter une certaine méfiance chez nous.

Notre politique culturelle est bedonnante. Nos ambitions, même les plus petites, manquent de grandeur. L’affaire devient gênante.

Depuis des années, les grandes surfaces, les Costco, Walmart et autres, s’engraissent un peu plus en enlevant le pain de la bouche des librairies. Alors que ces dernières s’emploient à maintenir accessibles plusieurs milliers de titres, les géants se contentent de vendre au rabais les quelque 300 nouveautés les plus payantes. Les librairies ferment.

Comment faire entendre raison sur l’à-propos d’une politique de prix plancher pour les nouveautés ? Par où commencer pour dénouer cette affaire dans les consciences ?

On a parlé vraiment de toutes sortes de choses cette semaine à cette commission parlementaire.

Le jeune patron de la chaîne Renaud-Bray, le fils de Pierre Renaud, s’attardait par exemple avec insistance à évoquer des temps par lui bénis où les libraires commandaient directement leurs livres aux éditeurs, sans souffrir l’intermédiaire de distributeurs. Une vieille façon de faire motivée par une soif de profits nouveaux. Mais curieuse idée surtout parce qu’on se demande bien quel est le rapport réel avec le sujet à l’étude !

Même glissement du côté du néant de la part de nos beaux spécialistes en expertise pétris du vaste savoir de l’« industrie culturelle ». François Colbert, de HEC, fait la leçon aux libraires, tout comme Gaétan Frigon, l’ancien p.-d.g. de la Société des alcools. « Regroupez-vous », disent-ils aux libraires, sans savoir apparemment que c’est chose faite depuis un bon moment et que rien ne change pour autant. Bien au contraire. Ce sont 31 librairies québécoises qui ont disparu depuis 2006, dont 24 depuis 2010. Une catastrophe.

Mon préféré sur l’échelle de la confusion reste Alain Dubuc. Dans La Presse, il écrit que le seul vrai problème est que les gens achètent désormais moins de livres. The Gazette, qui dit au fond la même chose que lui, passe aussi à côté de la question de fond pour mieux s’agripper à cette affabulation d’un monde où l’économie veillerait seule et au mieux au bonheur de chacun.

Vous y croyez, vous, à l’économie sans entrave, garante de la paix sur terre autant que du bonheur littéraire ?

Devant cette incroyable cacophonie, les propos posés d’un Denis Vaugeois, ancien ministre de la Culture, père du cadre légal du livre au Québec, la loi 51, offraient soudain un petit soulagement. Denis Vaugeois ne répétait pourtant cette semaine que ce qui a été dit plus de cent fois déjà par les libraires, les éditeurs et l’histoire du livre : ce n’est pas en misant sur une société où ne règnent que les best-sellers qu’on construit une véritable communauté de lecteurs capable de soutenir une culture commune. En d’autres termes, la liberté de tous les Costco de ce monde ne donne pas des ailes à la lecture, bien au contraire.

Oui, on parle vraiment de toutes sortes de choses à cette commission parlementaire. Des choses dont on pourrait certainement discuter. Par exemple, de la nécessité d’instaurer une véritable politique publique de soutien à la lecture pour les jeunes et les moins jeunes. Mais peut-on considérer les problèmes un à la fois, en s’évitant de tout confondre ? Il est question pour l’instant de l’avenir des librairies chez nous. Ce n’est pas rien. Le mesure-t-on ?

***

Bien sûr, il y a aussi les grandes surfaces virtuelles. Internet.

Amazon respecterait-elle une réglementation québécoise d’un prix plancher ? Elle le fait en tout cas dans d’autres pays…

En France, jugeant l’appétit de cet ogre incompatible avec le bien commun que constitue la culture, la ministre responsable s’est attaquée directement à ce type de pratique, tout en dotant les libraires d’un fonds de soutien. Tout cela en plus des mesures déjà en place pour contrôler les prix de vente des livres.

La romancière Perrine Leblanc donne un exemple très concret de ce qui survient en ce moment avec le jeu de sape mené par le géant Amazon. La traduction de son Kolia va paraître sous peu en anglais sous une jolie couverture graphique. Son éditeur suggère un prix de vente de 22,95 $. L’ouvrage n’est pas encore publié qu’Amazon, cet immense boucher des librairies, le propose à prix coupé : 16,57 $ !

Autre exemple. Un livre de Louis Hamelin qui paraît ce mois-ci est offert par ce géant à 15 $ au lieu de 24 $, soit à 37 % de rabais.

Sachant qu’un libraire touche d’ordinaire 40 % sur le prix de vente d’un livre, peut-il survivre quand un géant décide de ne rien gagner ou presque sur ce qui se vend tout de suite, à savoir les nouveautés ? Ajoutez à cela la livraison gratuite et on peut penser au mot anglais dumping.

« C’est de la folie », estime la jeune écrivaine.

Elle a raison.

Mais c’est une folie qui a sa raison d’être. On a vu pourquoi et comment aux États-Unis : couper les prix des livres neufs permet d’étrangler rapidement la librairie traditionnelle et d’accaparer ensuite tout le marché. Libre ensuite au géant de fixer les prix à sa guise sur l’ensemble des titres, tout en donnant l’impression d’être magnanime sur quelques-uns.

Il y a déjà un système de collusion en place pour faire augmenter le prix des livres. Des éditeurs parmi les plus importants, en collaboration avec Apple, viennent d’être condamnés pour des pratiques de collusion visant à gonfler les prix de livres.

En somme, ce n’est pas une réglementation des prix des livres neufs qui fait augmenter la facture des lecteurs, mais bien son absence. On ferait bien de finir par le comprendre.

Chez nous, on hésite pourtant encore et encore depuis trente ans à faire ne serait-ce que le minimum pour encadrer le prix de vente des livres.

Je vous le dis, les bras m’en tombent.

***

« Le lait au prix le plus bas permis », annonce en couleur le dépanneur situé en face du Devoir.

Un autre commerce du genre, un peu plus loin, annonce la bière selon la même formule. « La bière au prix le plus bas permis. »

En fait, beaucoup de biens de consommation sont encadrés par des balises de « prix plancher » afin d’en assurer une large accessibilité à tous.

Mais dès qu’il est question de réguler la diffusion de la nourriture intellectuelle que sont les livres, de beaux esprits à cinq sous veulent faire croire que le communisme guette, voire que les dieux du marché ne seront pas heureux si on ne sacrifie pas la littérature sur l’autel de la bêtise.

J’exagère ? Bien sûr que non !

À continuer de branler sur cette question, l’édition au Québec finira par être enterrée. On pourrait un jour écrire tout un livre là-dessus.

Oui, nous manquons de sens de l’action. Que c’est triste à voir!

BLx

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Les plus belles bibliothèques du monde

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Bibliothèque Nationale de France

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Trinity College Library, Irlande

http://mentalfloss.com/article/51788/62-worlds-most-beautiful-libraries

BLx

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Trop jeunes pour le mariage

Mariées de force

Les photos troublantes de Trop jeunes pour le mariage s’arrêtent au Gesù

Lise-Marie Gervais, Le Devoir 15/08/13

« J’ai haï mon mari dès le premier soir. Dès que je l’ai vu, je voulais qu’il meure. » La voix brisée, les larmes aux yeux, l’auteure d’origine algérienne Samia Shariff a raconté l’enfer des mariages forcés auxquels sont astreintes tant de filles, un enfer dans lequel elle a été elle-même plongée à l’âge de 15 ans, lorsqu’on a uni son destin à celui d’un homme plus vieux, qu’elle n’avait jamais vu.

Elle est venue ainsi donner un fracassant coup d’envoi à l’exposition photographique itinérante Trop jeunes pour le mariage, de Stephanie Sinclair, présentée jusqu’au 29 septembre au Gesù à Montréal, l’une des deux villes canadiennes hôtes. Parrainée par le Fonds des Nations unies pour la population, cette expo photo, dont le porte-parole est le comédien Paul Ahmarani, s’inscrit dans la campagne « J’aime mon corps, j’aime mes droits » d’Amnistie internationale Canada francophone, visant à sensibiliser aux droits sexuels et aux mariages des mineures, y compris des fillettes.

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Violée, séquestrée, battue. En conférence de presse mercredi, Samia Shariff a évoqué son passé avec beaucoup de douleur, se demandant encore où elle a trouvé la force de survivre à tout ça et, surtout, de s’enfuir. « On reste blessées à vie », a murmuré cette mère de famille divorcée, qui vit maintenant au Canada, après y être entrée illégalement avec ses enfants, tous munis de faux passeports obtenus en vendant quelques bijoux.

Les yeux posés sur une photo montrant trois préadolescentes yéménites toutes habillées et maquillées pour leurs noces, parées comme des poupées, elle ne peut s’empêcher de revivre l’horreur qu’a été son mariage. « Je me vois en elles », a-t-elle dit. « Un jour, j’étais habillée et coiffée comme elles d’un chignon. J’avais une tonne de maquillage alors que quand j’étais plus jeune, je n’avais pas le droit de toucher à ça parce que c’était péché. Et tout le monde était heureux et content, c’était la fête. Et nous, c’est comme nous conduire dans notre tombe », poursuit-elle en décrivant sa terrifiante nuit de noces.

Dureté et lumière

Bouleversantes, les photos grand format imprimées sur des toiles, accompagnées de courtes descriptions, de statistiques et de citations, documentent la réalité de ces fillettes privées d’enfance, levant le voile sur leur difficile réalité : le viol, les abus, les risques liés aux grossesses en bas âge, la difficulté d’obtenir le divorce… Sur une photo, Agere, mariée à 12 ans à un homme qui lui a transmis le sida, allaite ses jumeaux nouveau-nés séropositifs. Kanas, une jeune Éthiopienne de 18 ans, raconte qu’elle ne se souvient pas du moment où elle a été « offerte » à un homme, tant elle était petite. « J’ai été élevée par mon mari. »

La porte-parole d’Amnistie, Anne Sainte-Marie, rappelle que 67 millions de femmes ont été privées de leur enfance et de leur dignité, ayant été mariées trop jeunes. « Et si rien n’est fait, le problème ira en augmentant », a-t-elle déclaré, soulignant que ces violations des droits des femmes se produisent surtout dans les pays en voie de développement, dont la population tend à croître.

Très dure, l’exposition laisse toutefois filtrer un peu de lumière. La Yéménite Nujood Ali, mariée à 12 ans à un homme de 20 ans de plus qu’elle, a vécu une entrée brutale dans le monde des adultes. Sa lutte pour obtenir le divorce a ému le pays et certains membres du Parlement qui, deux ans plus tard, se sont penchés sur un projet de loi sur l’âge du mariage.

Quant à Samia Shariff, elle s’est lancée dans l’écriture d’histoire de femmes qui ont vécu sous le joug de leur mari et caresse le projet de faire venir auprès d’elle sa soeur et ses filles.

BLx

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