« Humanité blessée »

syriensSyriens, traversant la frontière Turque

Plongeon dans le réel, pour le meilleur et pour le pire

Le World Press Photo Montréal raconte une humanité blessée, mais solidaire et opiniâtre

Louise Maude Rioux Soucy, Le Devoir 05/09/13

La dureté des photos d’hommes, de femmes et d’enfants gazés en Syrie il y a deux semaines a fait frémir le monde d’horreur. Mais la violence qui règne sous le régime de Bachar al-Assad n’est pas nouvelle, comme en témoignent plusieurs photos poignantes retenues par le jury du World Press Photo, dont le survol de l’année 2012 peut être parcouru ces jours-ci au Marché Bonsecours, à Montréal.

Dur, mais nécessaire, le parcours « prouve, peut-être plus que jamais, que nous ne vivons pas dans un monde dématérialisé », note le porte-parole de l’événement, le journaliste Dennis Trudeau. Sur la rue, dans les camps de réfugiés, en prison, derrière les murs des maisons, les 156 photos retenues racontent une humanité blessée, certes, mais aussi solidaire, opiniâtre, voire salvatrice.

« Les gens ont l’impression que le World Press est une exposition difficile en raison de la dureté des sujets traités ; c’est vrai, mais c’est la vie qui est ainsi. Cela dit, il y a aussi des photos moins dans l’événement et plus sur le long terme, avec de la lumière, de l’humanité », fait valoir le président de l’édition montréalaise, Matthieu Rytz.

dadora nairobi kenyaLa déchetterie de Dadora, Nairobi, Kenya

Le coeur, mais pas seulement

Pour 2012, la fondation basée à Amsterdam a reçu 100 000 images soumises par 5500 photographes. Dans ce lot, « les photos qui se sont distinguées sont celles qui touchent à la fois la tête, le coeur et le ventre, c’est-à-dire celles qui font réfléchir, ressentir et agir », résume la représentante de la fondation, Noortje Gorter.

Car le travail des photojournalistes ne sert pas qu’à dénoncer, poursuit Mme Gorter. Il ouvre aussi les esprits, capte les changements, voire les induit. « Je pense par exemple à cette école sous un viaduc en Inde. Le travail du photographe Altaf Qadri [de l’Associated Press] a soulevé une vague de solidarité, des gens ont donné de l’argent pour meubler et organiser la classe. »

Et il y a tous ces portraits intimes, qui ouvrent sur un quotidien méconnu. De ces couples homosexuels au Vietnam aux prostituées postées sur les abords des routes italiennes, en passant par cette lectrice dans une décharge de Nairobi ou encore cette Iranienne et sa fille, horriblement défigurées par une attaque à l’acide, qui s’embrassent avec tendresse « parce que plus personne d’autre n’ose le faire ».

bull race imageUne compétition de «bull race» à Batu Sangkar, sur l’île de Sumatra

Cette intimité douloureuse, on la retrouve dans les deux expositions qui accompagnent l’édition montréalaise : Regards d’Oxfam-Québec, avec les belles photos d’Émilie Régnier au Burkina Faso, mais surtout celle du collègue François Pesant, dont la série L’ennemi intérieur s’avère le clou du concours d’AnthropoGraphia.

Après Ottawa, Québec et maintenant Montréal jusqu’au 29 septembre, la crème du photojournalisme mondial reprendra la route pour Toronto, en octobre, pour finir sa course canadienne à Chicoutimi, en novembre

http://worldpressphotomontreal.ca/

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Septembre

Septembre arrive et voilà que la lumière commence à pencher, – nostalgie.

BLx

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Le 28 août 1963

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Picasso Baby

JAY Z « Picasso Baby: A Performance Art Film »

BLx via Soumaya Sd

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Des restes du Canada-Uni

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Découverte de restes de livres de l’ancien Parlement du Canada-Uni à Montréal

Reportage télévisé: Radio-Canada, 26/08/13

Le site de l’ancien Parlement du Canada-Uni, qui avait pignon sur rue à Montréal entre 1844 et 1849, continue à livrer certains de ses secrets.

Des restes calcinés de plusieurs livres qui se trouvaient sur les rayons des anciennes bibliothèques parlementaires du bâtiment ont été retrouvés dans le cadre de la campagne de fouilles archéologiques du musée Pointe-à-Callière.

Sept ouvrages ont été extirpés vendredi dernier et lundi des décombres calcinés de l’ancien édifice, lequel avait été complètement rasé par un violent incendie à la suite d’une émeute, le 25 avril 1849.

En entamant les fouilles sur la place d’Youville, en juillet dernier, les chercheurs entretenaient un mince espoir de déterrer de tels trésors, mais ils ont malgré tout été surpris de tomber sur ces restes de papier consumés, relate Louise Pothier, responsable du chantier.

« C’est une découverte symbolique extraordinaire dans l’histoire du bâtiment qu’on n’osait même plus espérer parce que [le musée] Pointe-à-Callière fouille depuis 2010 sur le site », expose l’archéologue.

« On espérait tomber sur ce qui pourrait être les restants d’une bibliothèque, et ça commence à ressembler à ça, alors on est très heureux », poursuit-elle.

Les artéfacts seront rapidement envoyés au Centre de conservation du Québec, qui en fera l’analyse afin d’en évaluer les possibilités de restauration.

La tâche promet d’être ardue. On parle, après tout, de livres qui ont été lourdement endommagés par les flammes avant d’être possiblement emportés dans l’effondrement de l’édifice, puis imbibés d’eau lors des efforts visant à maîtriser l’incendie.

« En fait, c’est comme des grosses « mottes » de papier carbonisé », illustre Manon Goyette, chargée de projet pour la firme d’archéologie Ethnoscope. « Mais il y a une technicienne qui en a ouvert une et qui s’est aperçue qu’on voyait encore de l’écriture. Et depuis ce temps-là, on pense avoir trouvé environ une dizaine de livres. »

Les premières observations des archéologues ont permis de déterminer que ce livre est écrit en français et traitait possiblement de la faune.

Restes de livres calcinés de l'époque du Parlement du Canada-Uni retrouvés à Montréal Photo :  Pasquale Harrison-Julien

Une riche bibliothèque

Selon le musée Pointe-à-Callière, entre 22 000 et 25 000 livres et documents d’archives, dont certains remontant à la Nouvelle-France, ont été réduits en cendres le soir de l’incendie.

« On sait qu’il y avait là une bibliothèque extrêmement précieuse dont les livres provenaient des débuts de la colonie, du régime français », expose Mme Pothier.

Des législations importantes sur la création du Canada ont été votées au Parlement du Canada-Uni à Montréal avant le sinistre, dont celle établissant le « gouvernement responsable » de 1848.

Une loi qui était en cours d’élaboration a même été sauvée des flammes in extremis.

« Le document a été sauvé le soir de l’incendie, probablement parce qu’il était déposé sur une table, étant en processus de signature. C’était une loi adoptée à l’Assemblée législative en mars 1849 concernant la protection des biens-fonds des immigrants naturalisés », explique Louise Pothier.

« Il est maintenant conservé aux archives du Sénat [à Ottawa], poursuit la chercheuse. On voit très bien, sur ce document-là, des traces de feu sur les plis, de chaque côté. »

Le Parlement du Canada-Uni a été assailli le 25 avril 1849 par des centaines de membres de la communauté des affaires montréalaise. Furieux de l’adoption de la Loi sur l’indemnisation des victimes des Rébellions des Patriotes de 1837-1838, des anglophones avaient mis le feu à l’édifice.

Orchestrée par le musée Pointe-à-Callière, l’actuelle campagne de fouilles archéologiques doit prendre fin dans environ trois semaines.

Ces recherches s’inscrivent dans la foulée du travail amorcé en 2011. Les fouilles avaient alors permis de mettre au jour les fondations de pierre du bâtiment d’une dimension de 100 mètres sur 20, ainsi qu’une section de l’égout collecteur William, construit sur la petite rivière Saint-Pierre, aujourd’hui recouverte.

La mise en valeur du marché Sainte-Anne, devenu le Parlement du Canada-Uni, fait partie du projet de la Cité de l’archéologie. Celui-ci devrait être achevé à temps pour les célébrations du 375e anniversaire de la Ville de Montréal et du 150e anniversaire de la fédération canadienne, en 2017.
La Presse Canadienne

Philippe Bouchard

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Pour une politique du livre

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La petite grandeur

Jean-François Nadeau, Le Devoir, 24/08/13

J’en ai les jambes sciées. Les bras m’en tombent.

Et pour tout dire, j’ai tout simplement envie de donner ma langue aux chats.

S’accorder le droit d’avoir un minimum de grandeur en matière culturelle et voir, en conséquence, à soutenir l’existence des librairies, ce serait trop demander à notre société ?

Cette semaine, l’idée de mettre en branle une politique pour limiter la variation des prix des nouveautés en librairie se trouve, une fois de plus, sous la loupe. Une commission parlementaire de l’Assemblée nationale examine l’affaire. Cette politique, bien qu’appliquée avec succès depuis des décennies dans un très grand nombre de pays, continue de susciter une certaine méfiance chez nous.

Notre politique culturelle est bedonnante. Nos ambitions, même les plus petites, manquent de grandeur. L’affaire devient gênante.

Depuis des années, les grandes surfaces, les Costco, Walmart et autres, s’engraissent un peu plus en enlevant le pain de la bouche des librairies. Alors que ces dernières s’emploient à maintenir accessibles plusieurs milliers de titres, les géants se contentent de vendre au rabais les quelque 300 nouveautés les plus payantes. Les librairies ferment.

Comment faire entendre raison sur l’à-propos d’une politique de prix plancher pour les nouveautés ? Par où commencer pour dénouer cette affaire dans les consciences ?

On a parlé vraiment de toutes sortes de choses cette semaine à cette commission parlementaire.

Le jeune patron de la chaîne Renaud-Bray, le fils de Pierre Renaud, s’attardait par exemple avec insistance à évoquer des temps par lui bénis où les libraires commandaient directement leurs livres aux éditeurs, sans souffrir l’intermédiaire de distributeurs. Une vieille façon de faire motivée par une soif de profits nouveaux. Mais curieuse idée surtout parce qu’on se demande bien quel est le rapport réel avec le sujet à l’étude !

Même glissement du côté du néant de la part de nos beaux spécialistes en expertise pétris du vaste savoir de l’« industrie culturelle ». François Colbert, de HEC, fait la leçon aux libraires, tout comme Gaétan Frigon, l’ancien p.-d.g. de la Société des alcools. « Regroupez-vous », disent-ils aux libraires, sans savoir apparemment que c’est chose faite depuis un bon moment et que rien ne change pour autant. Bien au contraire. Ce sont 31 librairies québécoises qui ont disparu depuis 2006, dont 24 depuis 2010. Une catastrophe.

Mon préféré sur l’échelle de la confusion reste Alain Dubuc. Dans La Presse, il écrit que le seul vrai problème est que les gens achètent désormais moins de livres. The Gazette, qui dit au fond la même chose que lui, passe aussi à côté de la question de fond pour mieux s’agripper à cette affabulation d’un monde où l’économie veillerait seule et au mieux au bonheur de chacun.

Vous y croyez, vous, à l’économie sans entrave, garante de la paix sur terre autant que du bonheur littéraire ?

Devant cette incroyable cacophonie, les propos posés d’un Denis Vaugeois, ancien ministre de la Culture, père du cadre légal du livre au Québec, la loi 51, offraient soudain un petit soulagement. Denis Vaugeois ne répétait pourtant cette semaine que ce qui a été dit plus de cent fois déjà par les libraires, les éditeurs et l’histoire du livre : ce n’est pas en misant sur une société où ne règnent que les best-sellers qu’on construit une véritable communauté de lecteurs capable de soutenir une culture commune. En d’autres termes, la liberté de tous les Costco de ce monde ne donne pas des ailes à la lecture, bien au contraire.

Oui, on parle vraiment de toutes sortes de choses à cette commission parlementaire. Des choses dont on pourrait certainement discuter. Par exemple, de la nécessité d’instaurer une véritable politique publique de soutien à la lecture pour les jeunes et les moins jeunes. Mais peut-on considérer les problèmes un à la fois, en s’évitant de tout confondre ? Il est question pour l’instant de l’avenir des librairies chez nous. Ce n’est pas rien. Le mesure-t-on ?

***

Bien sûr, il y a aussi les grandes surfaces virtuelles. Internet.

Amazon respecterait-elle une réglementation québécoise d’un prix plancher ? Elle le fait en tout cas dans d’autres pays…

En France, jugeant l’appétit de cet ogre incompatible avec le bien commun que constitue la culture, la ministre responsable s’est attaquée directement à ce type de pratique, tout en dotant les libraires d’un fonds de soutien. Tout cela en plus des mesures déjà en place pour contrôler les prix de vente des livres.

La romancière Perrine Leblanc donne un exemple très concret de ce qui survient en ce moment avec le jeu de sape mené par le géant Amazon. La traduction de son Kolia va paraître sous peu en anglais sous une jolie couverture graphique. Son éditeur suggère un prix de vente de 22,95 $. L’ouvrage n’est pas encore publié qu’Amazon, cet immense boucher des librairies, le propose à prix coupé : 16,57 $ !

Autre exemple. Un livre de Louis Hamelin qui paraît ce mois-ci est offert par ce géant à 15 $ au lieu de 24 $, soit à 37 % de rabais.

Sachant qu’un libraire touche d’ordinaire 40 % sur le prix de vente d’un livre, peut-il survivre quand un géant décide de ne rien gagner ou presque sur ce qui se vend tout de suite, à savoir les nouveautés ? Ajoutez à cela la livraison gratuite et on peut penser au mot anglais dumping.

« C’est de la folie », estime la jeune écrivaine.

Elle a raison.

Mais c’est une folie qui a sa raison d’être. On a vu pourquoi et comment aux États-Unis : couper les prix des livres neufs permet d’étrangler rapidement la librairie traditionnelle et d’accaparer ensuite tout le marché. Libre ensuite au géant de fixer les prix à sa guise sur l’ensemble des titres, tout en donnant l’impression d’être magnanime sur quelques-uns.

Il y a déjà un système de collusion en place pour faire augmenter le prix des livres. Des éditeurs parmi les plus importants, en collaboration avec Apple, viennent d’être condamnés pour des pratiques de collusion visant à gonfler les prix de livres.

En somme, ce n’est pas une réglementation des prix des livres neufs qui fait augmenter la facture des lecteurs, mais bien son absence. On ferait bien de finir par le comprendre.

Chez nous, on hésite pourtant encore et encore depuis trente ans à faire ne serait-ce que le minimum pour encadrer le prix de vente des livres.

Je vous le dis, les bras m’en tombent.

***

« Le lait au prix le plus bas permis », annonce en couleur le dépanneur situé en face du Devoir.

Un autre commerce du genre, un peu plus loin, annonce la bière selon la même formule. « La bière au prix le plus bas permis. »

En fait, beaucoup de biens de consommation sont encadrés par des balises de « prix plancher » afin d’en assurer une large accessibilité à tous.

Mais dès qu’il est question de réguler la diffusion de la nourriture intellectuelle que sont les livres, de beaux esprits à cinq sous veulent faire croire que le communisme guette, voire que les dieux du marché ne seront pas heureux si on ne sacrifie pas la littérature sur l’autel de la bêtise.

J’exagère ? Bien sûr que non !

À continuer de branler sur cette question, l’édition au Québec finira par être enterrée. On pourrait un jour écrire tout un livre là-dessus.

Oui, nous manquons de sens de l’action. Que c’est triste à voir!

BLx

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Les plus belles bibliothèques du monde

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Bibliothèque Nationale de France

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Trinity College Library, Irlande

http://mentalfloss.com/article/51788/62-worlds-most-beautiful-libraries

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Reggae, Reggae, Rasta, Reggae

mirfposter_14aug2013webhttp://montrealinternationalreggaefestival.com/

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Trop jeunes pour le mariage

Mariées de force

Les photos troublantes de Trop jeunes pour le mariage s’arrêtent au Gesù

Lise-Marie Gervais, Le Devoir 15/08/13

« J’ai haï mon mari dès le premier soir. Dès que je l’ai vu, je voulais qu’il meure. » La voix brisée, les larmes aux yeux, l’auteure d’origine algérienne Samia Shariff a raconté l’enfer des mariages forcés auxquels sont astreintes tant de filles, un enfer dans lequel elle a été elle-même plongée à l’âge de 15 ans, lorsqu’on a uni son destin à celui d’un homme plus vieux, qu’elle n’avait jamais vu.

Elle est venue ainsi donner un fracassant coup d’envoi à l’exposition photographique itinérante Trop jeunes pour le mariage, de Stephanie Sinclair, présentée jusqu’au 29 septembre au Gesù à Montréal, l’une des deux villes canadiennes hôtes. Parrainée par le Fonds des Nations unies pour la population, cette expo photo, dont le porte-parole est le comédien Paul Ahmarani, s’inscrit dans la campagne « J’aime mon corps, j’aime mes droits » d’Amnistie internationale Canada francophone, visant à sensibiliser aux droits sexuels et aux mariages des mineures, y compris des fillettes.

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Violée, séquestrée, battue. En conférence de presse mercredi, Samia Shariff a évoqué son passé avec beaucoup de douleur, se demandant encore où elle a trouvé la force de survivre à tout ça et, surtout, de s’enfuir. « On reste blessées à vie », a murmuré cette mère de famille divorcée, qui vit maintenant au Canada, après y être entrée illégalement avec ses enfants, tous munis de faux passeports obtenus en vendant quelques bijoux.

Les yeux posés sur une photo montrant trois préadolescentes yéménites toutes habillées et maquillées pour leurs noces, parées comme des poupées, elle ne peut s’empêcher de revivre l’horreur qu’a été son mariage. « Je me vois en elles », a-t-elle dit. « Un jour, j’étais habillée et coiffée comme elles d’un chignon. J’avais une tonne de maquillage alors que quand j’étais plus jeune, je n’avais pas le droit de toucher à ça parce que c’était péché. Et tout le monde était heureux et content, c’était la fête. Et nous, c’est comme nous conduire dans notre tombe », poursuit-elle en décrivant sa terrifiante nuit de noces.

Dureté et lumière

Bouleversantes, les photos grand format imprimées sur des toiles, accompagnées de courtes descriptions, de statistiques et de citations, documentent la réalité de ces fillettes privées d’enfance, levant le voile sur leur difficile réalité : le viol, les abus, les risques liés aux grossesses en bas âge, la difficulté d’obtenir le divorce… Sur une photo, Agere, mariée à 12 ans à un homme qui lui a transmis le sida, allaite ses jumeaux nouveau-nés séropositifs. Kanas, une jeune Éthiopienne de 18 ans, raconte qu’elle ne se souvient pas du moment où elle a été « offerte » à un homme, tant elle était petite. « J’ai été élevée par mon mari. »

La porte-parole d’Amnistie, Anne Sainte-Marie, rappelle que 67 millions de femmes ont été privées de leur enfance et de leur dignité, ayant été mariées trop jeunes. « Et si rien n’est fait, le problème ira en augmentant », a-t-elle déclaré, soulignant que ces violations des droits des femmes se produisent surtout dans les pays en voie de développement, dont la population tend à croître.

Très dure, l’exposition laisse toutefois filtrer un peu de lumière. La Yéménite Nujood Ali, mariée à 12 ans à un homme de 20 ans de plus qu’elle, a vécu une entrée brutale dans le monde des adultes. Sa lutte pour obtenir le divorce a ému le pays et certains membres du Parlement qui, deux ans plus tard, se sont penchés sur un projet de loi sur l’âge du mariage.

Quant à Samia Shariff, elle s’est lancée dans l’écriture d’histoire de femmes qui ont vécu sous le joug de leur mari et caresse le projet de faire venir auprès d’elle sa soeur et ses filles.

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30 minutes avec JR

Le mur est le média. Charlie Rose reçoit l’artiste de rue français JR

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Marseille

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À Londres, de l’art mur à mur

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L’art se fait viral en Grande-Bretagne

Le projet Art Everywhere accroche 22 000 reproductions dans les rues du pays

Louise-Maude Rioux Soucy, Le Devoir, 12/08/13

Un Francis Bacon au coin de la rue. Un Peter Blake dans le métro londonien. Un Damien Hirst dans l’autobus. L’art se fait viral ces jours-ci en Grande-Bretagne. Dès ce lundi et pendant deux semaines, il s’affichera au coeur du quotidien des Britanniques qui seront plongés – de gré ou de force – dans les tentacules d’Art Everywhere, une grande exposition sans frontières destinée à sortir l’art des livres et des musées.

Pas moins de 22 000 reproductions ont été ainsi accrochées aux quatre coins du pays dans des espaces publics d’ordinaire occupés à plein temps par des affiches publicitaires. Portée par des artistes, des commissaires et des entrepreneurs, l’initiative est parrainée par deux géants, les Tate Galleries et l’ArtFund, mais aussi par le public, qui a participé à son financement, un don à la fois.

« L’idée, c’est de chasser la publicité de nos rues pour la remplacer par des oeuvres d’art qui feront de la Grande-Bretagne la plus grande galerie d’art au monde », explique son idéateur, Richard Reed, un des hommes d’affaires derrière le succès des produits Innocent Drinks.

En juin dernier, les citoyens ont été nombreux à se prononcer en ligne sur les oeuvres à retenir parmi la vaste collection publique britannique. L’exercice a permis d’en retenir 57, pas une de plus, pas une de moins. Au sommet de cette liste en forme de coup de coeur : La dame de Shalott de John William Waterhouse. Daté de 1888, le tableau tire son inspiration du poème du même nom d’Alfred Tennyson.

Tout juste sous la belle dame éthérée, une autre femme éplorée au destin tragique : l’Ophelia (1851-1852) de John Everett Millais, juste avant qu’elle ne se noie. Suivent Tête VI (1949) de Francis Bacon, Grassed (1919) de John Singer Sargent et Tête d’homme (autoportrait I) (1963) de Lucian Freud.

Si tout se passe comme prévu, les organisateurs estiment que l’exposition aura été vue par 90 % de la population adulte au pays « de Banff Buchan en Écosse à Torbay dans le Devon et de Lowestoft dans le Suffolk à Belfast au nord de l’Irlande ».

Pour Marc Sands, à la tête du département des communications des Tate Galleries, l’initiative a le mérite de rappeler « que l’art britannique appartient à la nation britannique ». Mieux, ajoute-t-il dans une vidéo mise en ligne par Art Everywhere, les oeuvres punaisées dans un environnement aussi surprenantauront sans doute un effet positif sur le milieu de l’art en général, et plus spécialement sur les musées. « Certaines des oeuvres exposées restent largement ignorées du public, c’est vraiment une occasion d’élargir ce public. »

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Everybody Street

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Ara Peterson

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Le site de l’artiste est vraiment planant: arapeterson.com

Ara Peterson, Wavepacks

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Cameron Gray: Birth of a Legend

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Mike Weis Gallery NYC

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La Néoarchéo

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Humanités 2.0 – La néoarchéo

Comment déterrer un village iroquoïen, un pixel à la fois

Stéphane Baillargeon, Le Devoir, 3/08/13

Les nouvelles technologies transforment la production et la diffusion des savoirs. Le Devoir propose une série estivale sur les digital humanities et les sciences sociales numériques. Aujourd’hui : GPS, lasers et autres scanneurs au service de l’archéologie high-tech.

On dirait une équipe d’arpenteurs au boulot sur une colline montérégienne. Comme si un chantier de construction se préparait à ajouter un nouveau bungalow sur la rive sud du Saint-Laurent.

En tout cas, l’outillage de base de la topographie postmoderne traîne dans le boisé, autour d’un banal chemin de terre. Il y a un tachéomètre pour « lever le terrain », un système réflecteur lié à un GPS, un laser télémètre pour déterminer les positions et les distances, un système d’information géographique (SIG), un scanneur, puis des ordinateurs pour stocker les données, évidemment.

Sauf que les six archéologues au boulot ce jour de printemps ne préparent pas la construction d’un nouveau McManoir de banlieue : ils cherchent plutôt les vestiges de très vieilles maisons longues érigées ici il y a plusieurs siècles par des Iroquoïens. Quand le site a été découvert, il y a deux décennies, dans la municipalité de Saint-Anicet, l’archéologie fonctionnait à peu près avec les mêmes outils qu’il y a un siècle et demi, au temps où Heinrich Schliemann déterrait les vestiges de Troie et de Mycènes. La révolution numérique a maintenant complètement bouleversé la discipline, et les fouilles entreprises cet été en bénéficient largement.

« L’archéologie vit une mutation technologique, dit Jean-François Millaire, professeur au Département d’anthropologie de la Western University, à London, en Ontario. La numérisation bouleverse toutes les étapes de notre travail. Elle facilite l’identification et la fouille des sites, l’étude en laboratoire des artefacts trouvés, la dissémination des recherches. »

M. Millaire a utilisé le réacteur nucléaire SLOWPOKE de l’École polytechnique dans le cadre de sa maîtrise, déposée en 1997 à l’Université de Montréal, pour étudier la composition chimique de l’argile des fusaïoles du site Moche de la côte nord du Pérou précolombien. Le professeur Claude Chapdelaine a dirigé ce travail pionnier avant que son étudiant « le plus doué » se rende en Angleterre pour y compléter son doctorat.

« C’est Jean-François qui a ensuite fait rentrer ici, au Québec, les appareils de télédétection qui sont utilisés ailleurs depuis au moins dix ans, explique Claude Chapdelaine, responsable des fouilles montérégiennes. Il a utilisé le matériel au Sud. Nous sommes les premiers à l’utiliser de façon systématique sur un site iroquoïen. »

BGFN2

Toutes les étapes du travail archéologique bénéficient des avancées technologiques. En une seule année, en utilisant les images satellitaires fournies par Google Earth, une égyptologue de l’Université de l’Alabama à Birmingham a localisé 132 emplacements en Égypte, certains datant de 5000 ans, dont un temple et une ville entière. Un robot archéologue baptisé Tlaloc II-TC (du nom du dieu aztèque de l’eau) poursuit depuis quelques mois les fouilles dans un tunnel découvert sous les vestiges du temple de Quetzalcoatl de Teotihuacán, au Mexique.

Au Québec, les artefacts effleurent sur la mince couche de terre. La prospection continue donc de se faire à l’ancienne, en marchant les yeux rivés au sol, à la recherche d’un tesson de poterie, d’un éclat de pierre taillée, etc. C’est ainsi que l’archéologue Michel Gagné a découvert le site Mailhot-Curran, il y a deux décennies.

Techniquement, d’après sa position géographique, le terrain est identifié comme BGFN2, selon le code Borden utilisé partout au Canada. Par tradition, un site important porte aussi ironiquement le nom de son propriétaire, ironiquement parce que la notion de propriété privée des terres était complètement étrangère aux Amérindiens. Mailhot-Curran rend hommage aux propriétaires des terrains limitrophes, dont Denis Mailhot, qui a eu la gentillesse d’autoriser les fouilles, ce qui ne serait pas toujours le cas.

« Ma première impression a été excellente et toute ma famille aime bien l’idée d’avoir un site archéologique sur nos terrains, dit M. Mailhot. Mes petits-enfants ont été fascinés d’apprendre qu’il y avait des autochtones ici il y a 500 ans. On m’a remis un rapport de 200 pages sur les fouilles de l’an passé. On m’a montré des objets déterrés. C’est très impressionnant et je suis bien fier. »

BGFN2 a déjà donné environ 40 000 artefacts : des tessons, des coquillages, des graines carbonisées et des os. De nouvelles fouilles vont s’étendre sur quatre ans. Cet été, tout le mois d’août, une quinzaine d’archéologues en herbe ou avertis fouillent le sous-sol archéologique.

Le site voisin Droulers-Tsiionhiakwatha (tsiionhiakwatha veut dire « là où l’on cueille les petits fruits »), lui aussi dans le territoire de Saint-Anicet, a été découvert dans les années 1970 par le propriétaire des terres, François Droulers. La campagne de fouilles de 1994 à 1999 a permis de déterrer quelque 150 000 fragments de vases, de fourneaux à pipe, d’outils en pierre et en os, de restes culinaires. Une nouvelle campagne a débuté en 2010 sur ce site, le plus grand de son genre au Québec. La récolte dépasse maintenant les 425 000 artefacts.

« La quantité n’est pas importante, c’est la qualité de l’information qui prime, tranche le professeur Chapdelaine. Ici, sur le site Mailhot-Curran, on est à une échelle plus modeste avec laquelle on peut vite s’identifier. Si on trouve six maisons longues, ce sera un beau petit village à étudier.

La patience faite discipline

Le hameau date des environ de 1500. Moins peuplé que son grand voisin, il devrait néanmoins contribuer à la compréhension de la vie à une époque charnière de la vallée du Saint-Laurent marquée par la disparition des quelque 1500 Iroquoïens que Jacques Cartier avait rencontrés à Hochelaga. Plusieurs hypothèses s’affrontent, avec les épidémies exogènes ou les guerres autochtones comme causes possibles.

La bute, en retrait du fleuve, était moins vulnérable aux attaques-surprises. M. Millaire, né dans la rue Christophe-Colomb à Montréal, lance à la blague qu’il s’agit d’une lointaine banlieue d’Hochelaga.

La nouvelle équipe de fouille a nettoyé le terrain, avec l’aide du propriétaire, en coupant les petites souches, dans l’espoir d’utiliser le géoradar. Peine perdue. Le sol n’était toujours pas assez « lisse ». Idéalement, il faut un terrain gazonné ou sablonneux pour promener l’instrument capricieux qui permet de « voir » dans le sol avant de l’ouvrir.

Le résistivimètre, qui mesure la conductivité du sol, n’a rien donné de concluant. Le magnétomètre, qui relève le champ magnétique, a par contre révélé des anomalies, dont trois qui, lors de sondages, se sont révélées être un alignement de foyers, au centre d’une maison longue.

« Les images colorées représentent la susceptibilité du sol à être magnétisé, une propriété physique qui nous permet d’identifier des zones avec forte activité humaine (maison longue, foyers, fosses, etc.), explique M. Millaire par courriel, après l’analyse des données. Dans les tuiles sondées, les zones qui vont du jaune au blanc correspondent à des zones à fort potentiel archéologique. »

Le temps long

Une trentaine de maisons longues ont déjà été découvertes et fouillées par les archéologues au fil des décennies. D’où la question de béotien : à quoi bon en déterrer une ou plusieurs autres ?

Les savants expliquent que les nouveaux outils alliés aux nouvelles méthodes d’analyse justifient amplement l’effort. « Il y a cinquante ans, mes confrères auraient demandé à M. Maillot de retourner la terre avec un bulldozer, explique le professeur de l’Université de Montréal, lui-même pionnier de son domaine au Québec. Ils auraient récolté les artefacts comme on récolte des fraises. Ils se seraient contentés de placer un point sur une carte. Situer un site suffisait. »

Et maintenant ? « Notre projet, c’est d’aller le plus loin possible dans l’archéologie sociale, de connaître les familles dans leur intimité, les lignages, par exemple les liens entre les mères et leurs enfants, répond le spécialiste. Ces rapports se passent dans les maisons longues qui constituent l’unité d’analyse de base. »

Il faut aussi donner du temps à ce vieux temps. L’an dernier, l’équipe de l’École de fouille a traité 80 mètres carrés en 29 jours pleins. Dans les années 1960, les archéologues auraient consacré deux week-ends au même boulot.

« Les nouvelles techniques font gagner du temps en amont, en montrant où fouiller, explique encore le professeur Chapdelaine. En dix jours de travail, on a identifié des maisons longues alors qu’on aurait pu consacrer deux campagnes avant de les trouver. Ensuite, on est encore plus lents qu’autrefois. En France, des collègues mettent tout un été à fouiller 10 mètres carrés sur deux centimètres de profondeur. Moi, j’appelle ça éplucher. »

Chaque génération renouvelle la lecture, la compréhension, l’explication, ne serait-ce qu’en utilisant les balises des autres sciences sociales, mais aussi bien sûr avec les nouveaux outils, numériques ou autres. Un pédologue, François Courchesne, va étudier la composition chimique et minéralogique des sols pour encore mieux délimiter l’occupation du territoire. Une éthiologiste a déjà répertorié 22 000 os tirés du site voisin, « presque uniquement du poisson et presque exclusivement de la perchaude », précise le professeur Chapdelaine. Elle va s’attaquer cet été aux quelque 2700 os déjà trouvés sur le site Mailhot-Curran.

« Autrefois, il y avait cette idée de remplir les artefacts de musée et qu’ils pourraient toujours répondre à nos questions, dit le professeur Millaire. Pour nous, en fait, l’important, c’est le contexte.Tu ne peux pas trouver réponse à une nouvelle question sans retourner au contexte. Selon ce principe, beaucoup de collections de musée vont devenir obsolètes parce que les objets ont été mal documentés. On sait que telle pointe de flèche, par exemple, vient de tel site, mais pas de quelle maison en particulier, ou de quel niveau, alors que ce sont ces renseignements qui présentent de l’intérêt maintenant. »

Les techniques évoluent rapidement et les archéologues appliquent un principe de précaution préventive en laissant vierges des parcelles d’un site pour les générations futures, des équipes qui auront de nouveaux outils et de nouvelles questions. « Les équipes vont fouiller 10 % de Mailhot-Curran, explique le professeur Jean-François Millaire, pionnier de la néoarchéologie. Dans vingt ans, de nouveaux archéologues en fouilleront un autre bout à l’aide de nouvelles techniques. »

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