Foire d’art contemporain d’oeuvres sur papier
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Le philosophe tchèque aurait été surpris par cette vision québécoise qui la réduit au consensus
Pour plusieurs analystes de la scène politique québécoise, notre démocratie est malade. Comme l’ont bien illustré les événements depuis le printemps 2012 jusqu’à la dernière campagne électorale, la démocratie est en crise en raison de la méfiance de la population envers ses institutions (en particulier chez les jeunes), sans parler de la question du taux de participation. Mais elle serait également en crise parce que les affrontements, les disputes et les divisions dénaturent l’esprit de la démocratie.
Il est fréquent, au Québec, de concevoir la politique comme chicaneuse, comme s’il devait exister un parallèle évident entre la démocratie et l’absence de désaccords. On voudrait, comme dans nos relations interpersonnelles, plus d’harmonie et moins de conflits. Cela est parfaitement humain.
Comme le soulignait Philippe Couillard durant la dernière campagne électorale, il n’est jamais agréable de se faire lancer de la boue, même quand on le mérite.
Mais sur le plan politique, on appelle sans doute de nos voeux quelque chose qui n’est pas dans l’ADN de la démocratie. Pour le philosophe tchèque Jan Patocka (1907-1977), la démocratie est essentiellement discorde et tension. Et l’idée de l’associer à la nécessité du consensus lui aurait paru incongrue.
Pour le rédacteur et porte-parole de la Charta 77, en effet, le fondement d’un espace politique juste et libre passe obligatoirement par le polemos (littéralement le combat, la lutte), par le conflit permanent des agents qui se constituent en corps politique.
Dans son esprit, le polemos rejoint l’essence même de la polis, cette forme d’unité politique qui se réalise dans la discorde et se renforce par le conflit. Dans les faits, lepolemos agit directement sur le « sens naïf », le sens conféré et accepté des phénomènes. Il remet constamment en question le sens commun, il le problématise par la confrontation des idées.
La confrontation salutaire des idées
Au moment où il participe, au côté de Václav Havel et Zdenek Mlynár, à la rédaction de la Charta 77 (document revendiquant le respect des droits de l’homme en Tchécoslovaquie), et alors même que le gouvernement communiste de Gustáv Husák réprime violemment les libertés en interdisant toute forme de contestation, Patocka mesure parfaitement l’exigence que porte la démocratie : celle du conflit permanent, de la confrontation salutaire des idées. Il mourra d’ailleurs pour ses idées en 1977, assassiné par la police tchèque.
À une échelle réduite, la structure et le fonctionnement des principaux partis politiques au Québec illustre bien le propos de Patocka. Le Parti québécois, souvent perçu comme un panier de crabes, serait aux yeux du philosophe tchèque un bel exemple d’organisation politique démocratique, c’est-à-dire où la discorde est fondatrice de l’ordre politique.
À l’autre bout du spectre, le Parti libéral du Québec correspondrait davantage à une organisation qui mime le consensus en créant l’illusion de l’unanimité.
« Le polemos, écrit Patocka, n’est pas la passion dévastatrice d’un envahisseur sauvage mais, au contraire, un créateur d’unité. L’unité qu’il fonde est plus profonde que toute sympathie éphémère ou coalition d’intérêts : les adversaires se rencontrent dans l’ébranlement du sens donné et créent par là un nouveau mode d’être de l’homme[…].»
On oublie trop souvent que la problématicité par le conflit est à la source de la co-compréhension qui recouvre tout le potentiel délibératif de la structure démocratique de nos sociétés. Peut-être cela s’explique-t-il par le fait que nous tenons souvent la démocratie pour acquise alors même qu’aux yeux de Patocka, son histoire, pour ne pas dire l’histoire tout entière, commence avec la « problématisation » du monde, autrement dit la mise en question de ce que nous sommes, de nos valeurs et de ce qui nous lie au monde.
La problématicité est quelque chose d’objectif pour Patocka, non seulement parce qu’inhérente à toute recherche de sens véritable, mais également parce qu’elle fonde la liberté humaine qui se déploie dans l’espace de vie que constitue la sphère politique.
C’est ainsi, dans l’ébranlement continu des structures de sens déjà conféré, qu’il revient au polemos de souder des liens entre les hommes. Au lieu de caractériser la vie sauvage dans un monde sans normes ni valeurs, le polemos est au principe de tout questionnement d’ordre critique et de toute possibilité d’unité politique viable.
Que l’on ait été pour ou contre, le printemps érable de 2012 est certainement un bel exemple de mouvement qui s’ébranle dans une dissension qui alimente l’unité. En revendiquant une éducation pour tous, une partie de la jeunesse québécoise a souhaité tendre vers une plus grande unité sociale (moins d’inégalité, plus d’autonomie et de liberté).
Le mouvement étudiant a bouleversé l’inertie sociale au Québec, secoué des certitudes parfois très enracinées. Mais ce n’était là qu’une amorce de tendance car les événements de 2012 ne nous ont pas encore permis de repenser et de réformer notre démocratie, de retisser un lien de confiance entre les citoyens et leurs institutions.
« L’unité dans la discorde » (Héraclite) constitue le coeur du polemos et le fondement de la pensée de Patocka. Le polemos est une nécessité démocratique, il nous pousse sans cesse sur la « ligne de front » et c’est cela qui nous permet d’assumer notre « vie dans l’amplitude », dans la liberté. Aux yeux du philosophe tchèque, le polemos est une pratique (praxis) de la liberté qui doit être au coeur de la vie citoyenne et humaine.
Car, écrit-il dans ses Essais hérétiques (Verdier, 1981), il amène « l’homme à la rencontre de ses possibilités, et dans les perspectives de laquelle il rencontre les autres hommes et les choses ».
Le germe tonifiant de la mise en question
Que le mouvement contestataire provienne des étudiants, des intellectuels ou des artistes, il porte toujours, en régime démocratique, le germe tonifiant de la mise en question des politiques et des valeurs que toute société peut, à un moment ou un autre, tenir pour acquises. À nous d’apprendre à l’écouter, à le cultiver.
Qu’on le veuille ou non, le conflit est le gage de la santé démocratique d’un pays, tandis que son absence peut tantôt signaler la sclérose conservatrice de la société, tantôt la tentation autoritaire de quelques-uns.
Pour Patocka, le polemos devient alors le principe d’une prise de responsabilité essentielle en régime démocratique libéral. Nous pourrions la décrire comme l’ouverture fondamentale de celui qui reconnaît, partage et défend sa liberté, qui refuse qu’elle puisse être subordonnée au chimérique désir de consensus.
L’idéal du consensus est donc un malentendu pour Patocka, une méprise qui découle notamment de la conception tocquevillienne du politique selon laquelle la démocratie, qui succède généralement aux périodes de crise et de guerre, s’apparenterait à un état de paix.
Si cette conception a largement servi les théoriciens contemporains des relations internationales, Patocka ne croit pas, quant à lui, qu’il soit possible de dissocier la Cité, le corps politique, du conflit. Il faut alors accepter que la démocratie soit inséparable de l’expérience de la crise, qui se décline en affrontements, en disputes et en divisions. C’est le prix de la diversité politique, culturelle et humaine
Le sens et la politique
Est-ce à dire que la démocratie est un champ de bataille où tous les coups sont permis ? Pour Patocka, la démocratie doit davantage être un espace pluraliste, une manière de vivre le conflit. Et si elle n’est pas un état de paix, elle ne peut en aucun cas être abandonnée au seul tyran ou aux oligarques, ni d’ailleurs à ceux qui alimentent la corruption du pouvoir.
Car il est évident que la contamination de la sphère politique par la corruption réduit l’espace de parole au même rythme qu’elle accroît l’opacité du système politique.
Or, à ses yeux, il s’agit là du véritable péril qui menace la démocratie. Ainsi, moins de paroles, et donc moins de conflits possibles, revient à évider la démocratie de son sens. Et voilà que l’on s’approche du noeud de la pensée de Jan Patocka : « Malgré les antagonismes et les différends qui séparent les hommes », l’expression même de ces conflits qui ébranlent les certitudes les fait se rejoindre dans « la solidarité des ébranlés », c’est-à-dire ceux qui ont subi le choc des idées et de la force et qui en ont tiré une unité plus grande.
On le constate, la recherche de sens, avec tout ce que cela comporte de discussions et de désaccords, a un lien étroit avec la démocratie, ne serait-ce que parce que lepolemos est la condition nécessaire de la liberté politique, qui est elle-même une lutte continuelle.
Le conflit est la source de la compréhension de notre propre situation. Comme le souligne Patocka, « la liberté est quelque chose de négatif, qui ne consiste pas seulement à exiger, à vouloir toujours davantage, mais à refuser, à nous surmonter nous-mêmes ».
Un long chemin
Le Québec, où l’on conçoit souvent la démocratie comme un long fleuve tranquille, où l’on se dit couramment exaspéré par les revendications, sans doute historiques, des jeunes et des moins jeunes au printemps 2012, où l’on s’exaspère devant les appels aux urnes que l’on estime trop fréquents, a bien du chemin à faire pour espérer pouvoir se penser comme un peuple capable de parole raisonnable et d’unité.
Les élections du 7 avril portent un lourd message si l’on tient compte du passé réactionnaire des gouvernements libéraux (loi 78, répression policière, collusion endémique). Si, en France, pour expliquer les résultats des dernières élections au Québec, on parle volontiers d’une sorte d’alternance naturelle des partis politiques, l’enjeu pour nous se trouve davantage dans la possibilité ou non d’en arriver à une véritable démocratie par le polemos.
Comment redonner goût à la politique et restaurer la confiance en nos institutions après deux années d’une crise qui risque bien de se prolonger ? Nous devrons, un jour ou l’autre, envisager une réforme du mode de scrutin.
Nous devrons également trouver le moyen de faire plus de place à la parole, quitte à ébranler nos valeurs et nos certitudes. Il en va de la transparence et de la légitimité de nos institutions politiques, mais surtout de l’avenir de notre démocratie.
Professeur de philosophie au cégep de Victoriaville, l’auteur a fait paraîtrePhénoménologie de l’individualité (L’Harmattan, 2013).
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Les chefs-d’oeuvre de la préhistoire sont reproduits au Centre des sciences de Montréal
Jérôme Delgado, Le Devoir 18/04/14
Henri Breuil, le premier scientifique à l’avoir étudiée, a qualifié la grotte de Lascaux de « Chapelle Sixtine de la préhistoire ». D’autres ont considéré cet ensemble de peintures comme « un film qui a perdu le son ». La voilà de passage à Montréal, l’exposition itinérante.
On ne déplace peut-être pas des montagnes, mais la grotte de Lascaux, si. Ce trésor de l’humanité, patrimoine légué par les Cro-Magnon il y a 20 000 ans et enfoui sous terre dans le Périgord (sud-ouest de la France), vient d’atterrir à Montréal et sera accessible jusqu’en septembre, au Centre des sciences.
Accessible en partie : l’exposition La grotte de Lascaux. Chefs-d’oeuvre de la préhistoire permet de zieuter les peintures pariétales de deux sections (sur les six connues), reproduites de la manière la plus réaliste, au millimètre près, reliefs compris, et grandeur nature.
Vous l’aurez compris : le Lascaux qui a traversé l’Atlantique n’est pas l’original, fermé au public depuis un demi-siècle pour des raisons de préservation. Si Lascaux 2 reproduit des fac-similés de deux salles, cette expo, dite Lascaux 3, montée d’abord à Bordeaux puis transformée en structure mobile pour parcourir le globe, en reproduit deux autres, la Nef et le Puits. Ensemble, Lascaux 2 et 3 mèneront à Lascaux 4, musée attendu pour 2016.« En France, deux plus trois font quatre », résume d’un humour bien senti Olivier Retout, directeur du projet Lascaux, exposition internationale. Ce docteur en sciences ne mâche pas ses mots : Montréal verra Lascaux comme jamais vu après Chicago et Houston, avant Bruxelles, Tokyo et combien d’autres villes du monde — l’expo circulera jusqu’en 2017 et fera « autant d’arrêts que possible », selon son instigateur.
Une cueillette au laser
Les peintures reproduites pour la première fois incluent notamment la Frise des cinq cerfs, la Frise de la Vache noire et la seule figure humaine de toute la grotte. Le travail est basé sur une cueillette au laser hyperprécise.
« On a rassemblé une collection iconographique jamais réunie. On a ressorti le film des années 1970 de Mario Ruspoli [documentariste italien, proche de Chris Marker]. On a numérisé 35 calques de l’abbé André Glory jamais montrés, dit un intarissable Olivier Retout. Le Puits, qui est à six mètres de profondeur, il n’y a que très, très, très peu de gens qui l’ont vu. Quand Lascaux était ouvert, on ne pouvait le visiter. Ici, on l’a en face des yeux, à un mètre 50. »
L’exposition se déploie en plusieurs zones, autant instructives qu’étonnantes. Le parcours s’appuie sur des modules interactifs, des maquettes de tout Lascaux, des reproductions d’objets trouvés dans la grotte ainsi que des portraits des principaux artisans de cette possible découverte. Le tout aboutit en l’expérience ultime de la grotte.
Grandeur nature
« On n’a pas voulu recréer l’atmosphère de grotteavec sa température, son humidité, ses vibrations, explique le directeur du projet. Mais on est dans la grandeur nature, dans les proportions. L’idée n’est pas de revivre la descente dans une grotte mais de revivre l’admiration, le spectacle de ce que les Cro-Magnon ont voulu faire. »
Pour Bernard Cazeau, président du Conseil général de la Dordogne et quelque part grand manitou de Lascaux, l’idée derrière cette expo de 60 millions d’euros était d’apporter la grotte à ceux qui n’iraient jamais à elle. « Ce n’est pas quelque chose d’idéalisé. On ne fait pas un Disneyland de la préhistoire », assure le sénateur. Autrement dit, Lascaux 3 sert davantage à la transmission des connaissances qu’à la diversion.
« On challenge les scientifiques, clame même Olivier Retout. Si les préhistoriens viennent à l’expo, ils en apprendront. Ils peuvent voir des choses qu’ils ne peuvent voir dans la vraie grotte parce qu’il leur est impossible de rester longtemps. »
Élisabeth Daynès, sculpteure mondialement connue pour ses personnages hyperréalistes, est convaincue qu’il faut réhabiliter les Cro-Magnon. Celle qui travaille les corps selon les principes de la médecine légale en a créé quatre pour l’expo. « C’est nous, dit-elle à propos de ceux qui ont vécu l’ère du Magdalénien-Solutréen. Ils nous ressemblent physiquement et intellectuellement. Être qualifié de Cro-Magnon devrait être un compliment, pas une insulte. »
Olivier Retout abonde dans le même sens : l’expo a une âme philosophique. « Elle montre que cet autre, lointain dans le passé, est comme nous. Et s’il est comme nous, ça laisse croire que l’autre lointain dans le présent, dans la géographie, il est aussi proche de nous. Lascaux est porteur d’humanisme. »
Un comité scientifique
Le réalisme et le sérieux de l’entreprise ont été validés par un comité scientifique. Retout et ses collaborateurs au scénario, Nathalie Grenet et Nicolas Saint-Cyr, un Québécois, ne pouvaient tomber dans la fantaisie.
On n’a pas fini d’apprendre de et sur Lascaux, véritable écosystème où cohabitent une multitude d’organismes vivants. La grotte permet certes d’affirmer que l’humanité naît à l’époque de ces peintures. Ces artistes, qui travaillaient déjà le mouvement et la perspective, avaient un langage très avancé. « Ils racontent quelque chose ; le problème, c’est qu’on ne sait pas ce qu’ils racontent », dit un Olivier Retout encore émerveillé.
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« In my head there are several windows, that I do know, but perhaps it is always the same one, open variously on the parading universe. »
Samuel Beckett, Molloy
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Mon genre d’Anglo…
Yesterday morning, I woke up to find several posts on my Facebook feed about the recent provincial election in Quebec. Almost every post was disappointed and scolding in tone, admonishing La Belle Province as if they were a wayward child. Oh Quebec, the subtext seemed to say, why can’t you stop talking about separating and start behaving like a normal province? Why can’t you just be happy with everything we’ve already given you?
Full disclosure: I was born in Quebec and lived there for the first few years of my life. My parents were both born in Quebec. My mother’s (anglophone) family has lived there for several generations. My father’s family (who are anglophone, but come from a francophone background) moved there from the Maritimes in the mid-50s.
Fuller disclosure: I love Quebec, especially Montreal. I love the little frivolous things, like the buildings with outdoor wrought-iron staircases…
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Les photographes/cinéastes Bruce Weber et David Bailey passent une journée à Harlem où ils se font servir une leçon de poésie…
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Un texte de Christian Rioux à lire avec en sous main celui d’Hubert Aquin, L’art de la défaite…
La peur Christian Rioux, Le Devoir, 28/03/14
Je me souviens de cette époque où le chef de l’ADQ, Mario Dumont, de passage à Barcelone, voulait que les Québécois s’inspirent de la Catalogne. J’avais écrit à l’époque qu’il avait tort. Mardi, le tribunal constitutionnel de Madrid a invalidé le projet de référendum catalan, le jugeant illégal. Le 12 décembre dernier, le premier ministre, Artur Mas, à la tête d’une coalition nationaliste, avait en effet annoncé l’organisation d’un référendum sur l’autodétermination le 9 novembre prochain.
Qu’à cela ne tienne, le premier ministre catalan entend maintenir sa consultation quoi qu’il advienne. Mardi, il a eu ces paroles dignes d’un chef d’État : « À chaque écueil que nous allons rencontrer sur ce chemin, nous trouverons la solution pour l’esquiver et le dépasser. » Selon les plus récents sondages, 60 % des Catalans se disent favorables à un État indépendant, 75 % se prononcent pour la tenue de ce référendum et 87,3 % disent qu’ils en accepteraient le résultat.
À 2000 kilomètres de là, les pronostics sont différents. Le référendum que tiendront les Écossais le 18 septembre prochain n’annonce rien de bon pour le premier ministre Alex Salmond. En Écosse, le soutien à l’indépendance a rarement dépassé 40 %. Là-bas, contrairement à la Catalogne où le débat est d’abord politique, c’est le débat économique qui prime. Malgré une question plus claire (« l’Écosse devrait-elle devenir un pays indépendant ? »), la façon dont le référendum écossais est engagé fait penser au référendum québécois de 1980 tant les arguments économiques occupent toute la place.
Pourtant, au-delà de ces différences, il existe une distinction fondamentale entre la démarche des Écossais et des Catalans, d’un côté, et celle des Québécois de l’autre. Cela doit faire 25 ans que je fréquente la Catalogne et l’Écosse, or je n’y ai jamais senti la peur que je ressens au Québec chaque fois qu’est posée la question de l’indépendance.
« J’ai peur ! J’ai peur ! », chantait Michel Rivard. Regardez ce qui se produit sous nos yeux. Pendant six mois, les Québécois ont tenu un débat admirable d’intelligence et de finesse sur la difficile question de la laïcité. Un débat les opposant de front au multiculturalisme canadien à partir d’un projet largement soutenu par la population même s’il a fait rager nos élites mondialisées. Je ne connais pas de pays où un tel débat se serait déroulé dans plus de calme et avec plus de maturité. Quoi de plus naturel qu’une élection vienne trancher la question ? Or, il a suffi qu’un homme d’affaires influent s’engage dans le combat, geste noble s’il en est un, il a suffi qu’il brandisse le poing en signe de triomphe pour que l’ombre de l’ombre d’une victoire nous fasse soudain rentrer sous terre.
La chienne ! Oui, la chienne ! Il n’y a pas d’autre explication à ce qui s’est produit depuis deux semaines. Contrairement aux Catalans et aux Écossais, les Québécois portent en eux une peur maladive de la victoire. Une peur que je n’ai jamais rencontrée ni à Édimbourg ni à Barcelone. Peut-être parce que les Écossais n’ont jamais été vaincus et qu’ils ont signé librement l’Acte d’union avec la Grande-Bretagne. Même si l’Écosse a connu les rébellions jacobites, jamais cet échec n’a laissé le sentiment de déroute qu’ont laissé chez nous celles de 1837-1838. Sentiment doublement réactualisé par les référendums de 1980 et 1995.
Les Catalans, qui dominent l’Espagne économiquement, n’expriment pas non plus une telle peur. Contrairement aux Québécois qui cachent le plus souvent leur passé — dont celui pourtant héroïque de la Nouvelle-France —, les Catalans évoquent encore avec fierté cette époque où, au XIIIe siècle, ils ont conquis les Baléares, Valence, Majorque, la Sicile et la Sardaigne.
Rien de cela au Québec, où une peur atavique s’empare de nous dès que nous montrons un peu de courage, dès que quelqu’un ose mettre un poing sur la table, dès que nous ne cachons plus notre identité profonde. Car le Québécois est un être qui vit caché. Le débat sur la laïcité l’a bien montré.
Celui qui avait le mieux compris cette peur ancestrale qui loge au fond de chacun de nous, c’était René Lévesque. Par sa façon d’être, d’agir et par tout son art oratoire (à l’époque où cela existait encore), l’homme épousait dans son être profond la posture de celui qui s’affranchit de la peur, surmonte l’anxiété et parvient à accepter ce qu’il est. On cherche aujourd’hui cette aisance et cette pédagogie.
Curieux paradoxe, les Québécois ont beau jouir à bien des égards d’une situation plus enviable que les Écossais et les Catalans, cela ne les empêche pas de cultiver la peur. Évoquant le grand nombre de candidats médecins dans cette campagne, le philosophe Jacques Dufresne écrivait récemment qu’avec bientôt plus de 50 % de ses revenus consacrés à la santé, le Québec ressemblait au pays des Morticoles, « cette île imaginée par Léon Daudet il y a un peu plus d’un siècle où les médecins constituent l’unique caste dirigeante. Qui sont les Morticoles ? Des êtres en proie à la peur “qui ont donné aux docteurs une absolue prééminence” ».
S’inspirer des Catalans pour vaincre la peur ? Peut-être, au fond, que Mario Dumont n’avait pas tort.
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En décembre prochain, Montréal accueille la plus grande exposition nord-américaine sur la Grèce antique.
« Les Grecs, d’Agamemnon à Alexandre le Grand ».
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Dans son intégralité, À la recherche du temps perdu disponible en ligne avec en prime un moteur de recherche des plus performants. Quel bonheur!
http://www.alarecherchedutempsperdu.org/marcelproust
BLx via Kevin Berger-Soucie
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Hommage!
Yves Bernard, Le Devoir, 27/02/14
Le 25 juin 2011 au Festival international de jazz de Montréal, Paco de Lucía avait offert le moment de grâce. Plus que jamais, il était encore le maestro de l’introspection, des contrastes, des raclements subits et des palos de la déchirure profonde. Il accompagnait aussi la douceur éraillée, l’harmonica aérien et le martèlement du corps qui exulte. C’était grand ! Mercredi, ce fut la consternation. Il est décédé au Mexique à l’âge de 66 ans des suites d’une crise cardiaque selon le maire d’Algésiras, sa ville natale.
Dans le monde du flamenco comme dans celui de la guitare, il y a eu l’avant-Paco et l’après-Paco. Artiste d’exception, il fut le plus grand rénovateur de sa tradition. Durant sa jeunesse, pour le différencier des autres Paco, on lui ajouta le « de Lucía » : le Paco de sa mère Lucía. Puis, après avoir reçu l’encadrement de son père, il accompagnera ses deux frères, inventera un style propre à partir des années 1970, enregistrera une dizaine d’albums avec Camarón de la Isla, s’attaquera au Concierto d’Aranjuez, créera son fameux sextette en 1981 et apprendra l’improvisation jazz avec John McLaughlin et Al Di Meola. Et sa célèbre rumba Entre dos Aguas deviendra l’une des pièces les plus emblématiques de l’ère moderne, toutes catégories confondues.
Un génie
En 2007, Paco Peña, l’autre grand guitariste de sa génération, s’était confié au Devoir lors de son passage à Montréal : « De Lucía est un génie avec une vision merveilleuse pour faire avancer le flamenco. Je pense qu’il est nourri des autres cultures et qu’il profite de ces cultures pour rendre son flamenco plus ample. »
Mais Paco de Lucía, de son vrai nom Francisco Sánchez Gómez, était aussi de la race des humbles, de ceux qui ont appris la musique en famille. « Les gitans sont meilleurs parce qu’ils écoutent de la musique depuis la naissance. Si je n’étais pas né dans la maison de mon père, je ne serais personne aujourd’hui. Je ne crois pas au génie spontané. Mon père m’a obligé à jouer de la guitare quand j’étais petit », écrivait-il dans Paco de Lucía. A New Tradition for the Flamenco Guitar. Hier, plusieurs médias ont repris la citation.
En 2011 en entrevue au Devoir, le maître portait un regard lucide sur le grand genre espagnol : « À mes débuts, j’étais confiné à un cercle très restreint et le flamenco risquait de terminer son parcours au musée. Seuls les politiciens le défendaient à cause de son attrait touristique. Maintenant, le flamenco est le bienvenu à travers le monde. J’en suis très fier. Je suis d’abord et je serai toujours d’abord un musicien de flamenco. À un bas âge, j’ai eu la chance de rencontrer plusieurs musiciens internationaux. Cela explique sans doute la raison pour laquelle j’ai introduit le cajon, le saxophone et la basse électrique, des instruments qui n’étaient pas connus dans le monde du flamenco. Aujourd’hui, tu ne peux pas imaginer le flamenco sans cajon. »
De son côté, la guitariste montréalaise Caroline Planté se souvient du maestro. « Avec Camarón de la Isla, il était l’un des deux révolutionnaires des années 1970. C’est une perte incroyable. Paco était encore actif, toujours actuel. Il a créé un mouvement de modernité, mais il a continué d’être moderne et il n’a pas stagné avec sa propre révolution. Mes premiers souvenirs du flamenco sont de lui. Je devais avoir sept ans et je regardais de vieux vidéo chez mon père. Il jouait Entre dos Aguas avec ses pantalons éléphants et six joueurs de bongo. Ce fut ma première influence, puis est arrivé Vincente Amigo. Mais Vincente n’existerait pas de la même façon si Paco ou Manolo Sanlucar n’étaient pas passés avant eux. En fait, aucun guitariste flamenco ne jouerait de la même façon. »
Caroline lui dédit ce jeudi soir le concert qu’elle donne à Halifax. Elle mène une carrière en Espagne et au Québec. Son père, Marcel Planté, dit « El Rubio », fut l’un des principaux pionniers du grand genre espagnol à Montréal : « C’est sûr que c’est un choc, mais je me dis que la musique de Paco va lui survivre. En spectacle, tu regardes ça, tu écoutes, tu es bouche bée, tu ramasses tout dans ta tête. Sa musique a influencé la mienne, de même que celles de tous les excellents guitaristes qu’on a aujourd’hui. Sabicas et Nino Ricardo ont été ses maîtres, mais lui, il est devenu le maître de tout le monde. »
Une oeuvre magistrale
Benoît Bigham, le fondateur du Festival flamenco de Montréal, y allait également de plusieurs superlatifs : « J’ai vu Paco deux fois à Wilfrid-Pelletier. C’est un monstre, un monument. Il s’en va rejoindre Jésus, c’est un Dieu lui aussi. Les jeunes comme Quiquelo et Tomatito ont tous profité du fait qu’il a tracé un chemin très large. Il mettait la barre très haute et n’était jamais satisfait de lui-même. Je l’avais vu dans un documentaire et ce qui m’avait marqué, c’est qu’il avait dit : “ J’aimerais enregistrer juste un album, l’améliorer toute ma vie et le sortir à la fin de ma vie ” ».
Paco passé dans l’au-delà, c’est pourtant l’ensemble d’une oeuvre magistrale qui rayonne.
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«La rayure et les étoffes rayées sont longtemps restées en Occident des marques d’exclusion ou d’infamie. En furent notamment vêtus tous ceux qui, à un titre ou à un autre, se situaient aux marges de la société chrétienne ou bien en dehors : jongleurs, musiciens, bouffons, bourreaux, prostituées, condamnés, hérétiques, juifs, musulmans ainsi que, dans les images, le Diable et toutes ses créatures. Sans faire aucunement disparaître ces rayures très négatives, l’époque romantique voit apparaître une nouvelle forme de rayures, positives et liées aux idées nouvelles de liberté, de jeunesse, de plaisir et de progrès. Dans les sociétés contemporaines, ces deux types de rayures cohabitent : celles des vêtements de prisonniers, de la pègre, des lieux dangereux et mortifères, et celles du jeu, du sport, de l’hygiène, de la mer et de la plage.»
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