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La grotte lumineuse

lascaux

La grotte de Lascaux, l’expo

Les chefs-d’oeuvre de la préhistoire sont reproduits au Centre des sciences de Montréal

Jérôme Delgado, Le Devoir 18/04/14

Henri Breuil, le premier scientifique à l’avoir étudiée, a qualifié la grotte de Lascaux de « Chapelle Sixtine de la préhistoire ». D’autres ont considéré cet ensemble de peintures comme « un film qui a perdu le son ». La voilà de passage à Montréal, l’exposition itinérante.

On ne déplace peut-être pas des montagnes, mais la grotte de Lascaux, si. Ce trésor de l’humanité, patrimoine légué par les Cro-Magnon il y a 20 000 ans et enfoui sous terre dans le Périgord (sud-ouest de la France), vient d’atterrir à Montréal et sera accessible jusqu’en septembre, au Centre des sciences.

Accessible en partie : l’exposition La grotte de Lascaux. Chefs-d’oeuvre de la préhistoire permet de zieuter les peintures pariétales de deux sections (sur les six connues), reproduites de la manière la plus réaliste, au millimètre près, reliefs compris, et grandeur nature.

Vous l’aurez compris : le Lascaux qui a traversé l’Atlantique n’est pas l’original, fermé au public depuis un demi-siècle pour des raisons de préservation. Si Lascaux 2 reproduit des fac-similés de deux salles, cette expo, dite Lascaux 3, montée d’abord à Bordeaux puis transformée en structure mobile pour parcourir le globe, en reproduit deux autres, la Nef et le Puits. Ensemble, Lascaux 2 et 3 mèneront à Lascaux 4, musée attendu pour 2016.« En France, deux plus trois font quatre », résume d’un humour bien senti Olivier Retout, directeur du projet Lascaux, exposition internationale. Ce docteur en sciences ne mâche pas ses mots : Montréal verra Lascaux comme jamais vu après Chicago et Houston, avant Bruxelles, Tokyo et combien d’autres villes du monde — l’expo circulera jusqu’en 2017 et fera « autant d’arrêts que possible », selon son instigateur.

Une cueillette au laser

Les peintures reproduites pour la première fois incluent notamment la Frise des cinq cerfs, la Frise de la Vache noire et la seule figure humaine de toute la grotte. Le travail est basé sur une cueillette au laser hyperprécise.

« On a rassemblé une collection iconographique jamais réunie. On a ressorti le film des années 1970 de Mario Ruspoli [documentariste italien, proche de Chris Marker]. On a numérisé 35 calques de l’abbé André Glory jamais montrés, dit un intarissable Olivier Retout. Le Puits, qui est à six mètres de profondeur, il n’y a que très, très, très peu de gens qui l’ont vu. Quand Lascaux était ouvert, on ne pouvait le visiter. Ici, on l’a en face des yeux, à un mètre 50. »

L’exposition se déploie en plusieurs zones, autant instructives qu’étonnantes. Le parcours s’appuie sur des modules interactifs, des maquettes de tout Lascaux, des reproductions d’objets trouvés dans la grotte ainsi que des portraits des principaux artisans de cette possible découverte. Le tout aboutit en l’expérience ultime de la grotte.

Grandeur nature

« On n’a pas voulu recréer l’atmosphère de grotteavec sa température, son humidité, ses vibrations, explique le directeur du projet. Mais on est dans la grandeur nature, dans les proportions. L’idée n’est pas de revivre la descente dans une grotte mais de revivre l’admiration, le spectacle de ce que les Cro-Magnon ont voulu faire. »

Pour Bernard Cazeau, président du Conseil général de la Dordogne et quelque part grand manitou de Lascaux, l’idée derrière cette expo de 60 millions d’euros était d’apporter la grotte à ceux qui n’iraient jamais à elle. « Ce n’est pas quelque chose d’idéalisé. On ne fait pas un Disneyland de la préhistoire », assure le sénateur. Autrement dit, Lascaux 3 sert davantage à la transmission des connaissances qu’à la diversion.

« On challenge les scientifiques, clame même Olivier Retout. Si les préhistoriens viennent à l’expo, ils en apprendront. Ils peuvent voir des choses qu’ils ne peuvent voir dans la vraie grotte parce qu’il leur est impossible de rester longtemps. »

Élisabeth Daynès, sculpteure mondialement connue pour ses personnages hyperréalistes, est convaincue qu’il faut réhabiliter les Cro-Magnon. Celle qui travaille les corps selon les principes de la médecine légale en a créé quatre pour l’expo. « C’est nous, dit-elle à propos de ceux qui ont vécu l’ère du Magdalénien-Solutréen. Ils nous ressemblent physiquement et intellectuellement. Être qualifié de Cro-Magnon devrait être un compliment, pas une insulte. »

Olivier Retout abonde dans le même sens : l’expo a une âme philosophique. « Elle montre que cet autre, lointain dans le passé, est comme nous. Et s’il est comme nous, ça laisse croire que l’autre lointain dans le présent, dans la géographie, il est aussi proche de nous. Lascaux est porteur d’humanisme. »

Un comité scientifique

Le réalisme et le sérieux de l’entreprise ont été validés par un comité scientifique. Retout et ses collaborateurs au scénario, Nathalie Grenet et Nicolas Saint-Cyr, un Québécois, ne pouvaient tomber dans la fantaisie.

On n’a pas fini d’apprendre de et sur Lascaux, véritable écosystème où cohabitent une multitude d’organismes vivants. La grotte permet certes d’affirmer que l’humanité naît à l’époque de ces peintures. Ces artistes, qui travaillaient déjà le mouvement et la perspective, avaient un langage très avancé. « Ils racontent quelque chose ; le problème, c’est qu’on ne sait pas ce qu’ils racontent », dit un Olivier Retout encore émerveillé.

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L’oubli de la philosophie

L’existence de Dieu, une question philosophique oubliée ?

L’abandon de cette interrogation marque un appauvrissement et a tout à voir avec une transformation de la notion d’existence

La philosophie nous permet de mieux comprendre le monde actuel: tel est un des arguments souvent invoqués par les professeurs de philosophie pour justifier l’enseignement de leur matière au collégial. Or Jean Grondin, un des meilleurs spécialistes de la philosophie allemande au Québec, craint qu’à utiliser cet argument les professeurs risquent de confondre «la philosophie avec la science politique ou le journalisme» («digne profession par ailleurs», ajoute-il, diplomate… ). Le risque: oublier les questions fondamentales, comme celle de l’existence de Dieu, à propos de laquelle il nous offre le texte stimulant qui suit. Il y critique le «nominalisme», ce mode de pensée d’où découlerait une conception moderne de l’existence; conception par laquelle la foi, par exemple, ne peut nous apparaître comme une «attitude» individuelle et subjective, un «choix personnel», comme on n’a cessé de le répéter à la commission Bouchard-Taylor.

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Le Philosophe, Rembrandt

Il fut un temps où les philosophes n’avaient pas de souci plus pressant que de traiter de l’existence de Dieu. La question a tenu en haleine les plus grands esprits, Aristote, Cicéron, Augustin, Thomas d’Aquin, Descartes, Spinoza, Kant, Hegel et tant d’autres, mais elle est un peu disparue de nos débats philosophiques. Il est permis d’y voir un appauvrissement. Aujourd’hui, on demande aux philosophes de se justifier en montrant que leurs idées permettent d’éclairer tel ou tel problème politique ou social qui agite les manchettes.

Il se pourrait qu’on confonde ici la philosophie avec la science politique ou le journalisme (digne profession, par ailleurs). La philosophie ne peut guère se justifier qu’en étant elle-même, donc en demeurant fidèle à ses interrogations fondamentales.

La question de l’existence de Dieu en fait partie. Ici, le terme le plus difficile, le plus mécontemporain, est sans doute celui de Dieu. Or, par déformation philosophique, je me concentrerai sur le premier, l’existence, qui sera le terme le moins problématique pour le commun des mortels. (C’est pourquoi je n’aborderai pas du tout ici le débat assez malheureux, mais très ancien, sur l’intelligent design.)

Le triomphe du «nominalisme»

C’est que la plupart des esprits, pour peu qu’ils y réfléchissent, s’entendront sans peine sur le sens à donner à la notion d’existence: exister, c’est être plutôt que de n’être pas, c’est-à-dire survenir réellement dans l’espace, existence qui se laisse attester par nos sens. Cette table ou ce journal existent, par exemple, parce qu’ils sont là devant moi, observables, etc. On ne le sait pas toujours, mais c’est là une conception bien particulière, et relativement récente, de l’existence, qu’on peut qualifier de nominaliste. Pour le nominalisme n’existent que des réalités individuelles, matérielles, donc perceptibles dans l’espace et dans le temps.

Ainsi, pour le nominalisme, les tables et les pommes existent mais les licornes ou le père Noël n’existent pas, ce sont des «fictions». Pour lui, les notions universelles n’existent pas non plus, ce ne sont que des noms (d’où l’appellation de «nominalisme»), des inventions servant à désigner un ensemble d’individus possédant telle ou telle caractéristique commune, individuellement perceptible.

C’est là une conception de l’existence si évidente, qui détermine de façon si puissante notre pensée, que nous oublions tous qu’il s’agit d’une conception bien particulière de l’existence, celle qui accorde la priorité exclusive de l’être à l’existence individuelle et contingente.

Il est au moins une autre conception de l’être qui est plus ancienne et contre laquelle la conception nominaliste s’est patiemment élaborée. Au vu de la conception moderne et nominaliste, c’est une conception qui paraîtra bizarre au possible, a fortiori à notre époque. C’est la conception qui comprend l’être non pas comme existence individuelle mais comme manifestation de l’essence, dont l’évidence est première. L’essence est ici première! Cela nous paraît incongru parce que, pour nous, l’essence est seconde, elle se surajoute, «par abstraction», à l’existence individuelle.

Or cette conception était celle des Grecs, de Platon notamment, pour qui l’individuel possède une réalité de second degré. Il est effectivement second par rapport à l’évidence combien plus éblouissante de l’essence (ou de l’espèce, car il s’agit du même terme en grec: eidos) qu’il représente: ainsi, par exemple, un être humain ou une chose belle n’est qu’une manifestation (bien éphémère!) d’une essence (ou d’une espèce). L’essence, comme son beau nom l’indique bien (esse), renferme l’être le plus plein parce que le plus permanent.

Cette conception qui nous paraît si insolite a pourtant porté la pensée occidentale jusqu’à la fin du Moyen Âge. Elle fut critiquée par les auteurs qu’on a appelés nominalistes, dont Guillaume d’Occam (fin XIIIe-1350). Assez ironiquement, sa motivation était avant tout théologique: c’est qu’il estimait que la toute-puissance de Dieu, dont le Moyen Âge tardif avait une vive conscience, paraissait incompatible avec un ordre d’essences éternelles qui viendrait en quelque sorte la limiter.

Si Dieu est tout-puissant, il peut à tout moment bouleverser l’ordre des essences, faire en sorte que l’homme puisse voler, que les citronniers produisent des pommes, etc. Pour Occam, les essences ne sont donc que des noms et succombent à son proverbial rasoir.

Cette conception fut contestée à son époque (entre autres parce qu’elle apparaissait incompatible avec le dogme de l’eucharistie, où la transformation de l’essence est cruciale), mais elle a fini, lentement mais sûrement, par triompher dans la modernité, au point d’éclipser totalement l’autre vision de l’existence.

Ainsi n’existent plus pour la modernité que des entités individuelles et matérielles. Connaître ces réalités, ce n’est plus connaître une essence (car elle existe de moins en moins) mais repérer des régularités ou des lois au sein des réalités individuelles, posées comme premières (même si, pour un Newton, voire pour Einstein lui-même, connaître les lois mathématiques du monde, c’était encore entrapercevoir l’essence divine: «J’affirme que le sentiment religieux cosmique est le motif le plus puissant et le plus noble de la recherche scientifique», affirma Einstein).

Cette conception de l’existence pénètre de part en part la science de la modernité, et il n’est pas surprenant qu’elle ait dominé sa pensée qu’on peut dire «politique», où la prééminence de l’individu s’impose de plus en plus comme la seule réalité fondamentale. Dire que nous vivons dans une société de plus en plus individualiste est la plus triviale banalité du monde. C’est que dans un tel contexte, celui de la modernité, il va de plus en plus de soi que toutes les essences, donc toutes les réalités plus universelles, sont devenues problématiques. On parle depuis peu d’«identité» pour tenter de sauver ces solidarités plus universelles, mais il va de soi, pour le nominalisme ambiant, qu’elles sont secondes et improbables. Il s’agit en fait d’un diaphane souvenir de l’essence qui semble irrémédiablement perdue.

De la science au nominalisme

Ce nominalisme va bien sûr de pair avec l’attention que la science moderne prête à ce qui est immédiatement constatable. Les concepts et les idées qui intéressaient la science traditionnelle sont tous devenus douteux et seconds. Même les sciences humaines, devenues «sociales» dans la foulée de ce processus, ont besoin de positivités individuelles et spatialement observables.

C’est que les idées ne sont plus des manifestations de l’être mais des «faits de société» dont on imagine qu’ils peuvent faire l’objet d’une observation empirique. On calque ici sur les sciences humaines une conception de l’être très évidemment empruntée aux sciences de la réalité physique (à laquelle se réduit désormais tout être). Je n’ai pas l’espace ici pour aborder toutes les implications scientifiques et politiques de cette conception. (Il va de soi, par exemple, que le phénomène du nihilisme trouve sa racine dans le nominalisme.)

Je me contenterai de revenir à mon thème de départ, celui de l’existence de Dieu. C’est une lapalissade de dire que l’existence de Dieu doit nécessairement faire problème dans un cadre nominaliste: Dieu existe-t-il comme une pomme ou une fourmi? Assurément, non. Donc, Dieu n’existe pas pour la modernité, et s’il existe encore dans les croyances, ce n’est justement, pense-t-on, que comme la fiction à laquelle certains individus restent attachés en raison de leurs origines ou de leurs angoisses. La foi n’est plus ici qu’une «attitude» individuelle et subjective, donc problématique.

Mais cela est aussi vrai de toutes les convictions fondamentales, dont on parle depuis peu, empruntant un vocable à l’économie du XIXe siècle, en termes de «valeurs». Entendons: elles valent, c’est-à-dire qu’elles sont rentables, pour tel et tel sujet. Mais cette valeur ne renvoie plus à rien d’objectif. C’est une des conséquences de l’empire du nominalisme.

La conception qui faisait de l’être une manifestation de l’essence, aussi étrange puisse-t-elle paraître, n’avait pas ces difficultés. Car c’est là un phénomène qui ne manque pas de frapper celui qui s’intéresse au phénomène religieux: c’est que l’existence de Dieu n’y fasse jamais problème. Je ne suis pas sûr de connaître des textes de l’Ancien ou du Nouveau Testament, ou du Coran, où l’existence de Dieu fasse réellement problème, où, par exemple, la question de Thomas d’Aquin, «an sit Deus?», «est-il un Dieu?», ait sérieusement été posée. Elle l’est peut-être ici ou là (dans le Psaume de l’insensé, par exemple) mais n’est nullement centrale.

Cela est plus saisissant encore dans la «religion» grecque: il y a des dieux, car il y a partout des manifestations de l’essence divine. Il s’agit, aimerais-je dire, de l’expérience première de l’être. Elle est si évidente que la question du rapport aux dieux ne se pose jamais, pour les Grecs de l’époque classique, en termes de «croyance». Certes, les spécialistes modernes se posent parfois la question à savoir si les Grecs «croyaient» en leurs dieux, mais ils plaquent sur les Grecs leur vocabulaire nominaliste et moderne.

Un autre indice en est que les Grecs ne se sont jamais interrogés sur l’existence effective d’Ulysse ou de la guerre de Troie, autour desquels gravitaient leurs épopées, alors qu’il s’agit pour l’observateur moderne de questions primordiales (et qui nous empêchent sans doute de comprendre de quoi il y est question). Il faut croire que les Grecs avaient d’autres priorités: il s’agissait pour eux de puissantes manifestations de l’être et du divin. La conception nominaliste de l’être n’existait pas vraiment.

La foi n’est pas un choix

La question du christianisme est intrigante ici. C’est qu’à la différence des Grecs, et dans la continuité du judaïsme, il accorde une plus grande place à la foi, par laquelle nous sommes sauvés, dit même saint Paul. Mais comment comprendre cette foi? C’est là une tâche difficile, surtout pour nous, modernes, qui associons la foi à une forme faible et inférieure de savoir qui relèverait d’un «choix personnel».

Peut-on dire que la foi (pistis) dont il est question dans les textes bibliques relève vraiment d’un choix personnel de l’individu tout-puissant? Ce n’est guère le sentiment qu’on a en lisant ces textes. La foi désigne plutôt un «se tenir» dans l’évidence de l’essence divine, un «se savoir» enveloppé de sa fidélité, qui n’a rien à voir avec un choix qui serait le nôtre.

L’imperfection du nominalisme

Il est un dernier phénomène qui m’intéresse ici, celui de la religion. Assez ironiquement, la modernité y accorde beaucoup d’importance. Or chacun sait que c’est un terme qui n’existe pas en grec. On peut bien sûr, si on y tient, parler de la religion des Grecs, mais les Grecs ne le faisaient pas.

C’est qu’il n’y avait pas, pour eux, une sphère de leur existence qui relevait en propre de la croyance. Les dieux étaient partout, si bien que le rapport à eux ne s’exprimait jamais en termes de «religion».

À ma connaissance, le Nouveau Testament, écrit en grec, n’en parle pas non plus. Et un auteur aussi tardif que Thomas d’Aquin, bien que marqué par le nominalisme, reconnaîtra à la religion un statut assez régional dans une lointaine section de sa Somme: la religio se limite chez lui aux exercices de dévotion de l’homme envers le divin (la prière, par exemple).

Nous sommes ici bien loin d’une conception nominaliste de l’être. Pour elle, la religio fait évidemment problème car elle ne renvoie littéralement à rien, à rien d’assignable. Comment étudier alors la religion? On l’étudie, conformément à la conception nominaliste de l’être, par son seul côté observable: en analysant ses pratiques dans les diverses sociétés, donc sociologiquement.

Mais il se pourrait alors qu’on passe à côté de son essence. Sa puissante survivance dans nos sociétés contemporaines (81 % des Canadiens et des Québécois se disent croyants), si désarçonnante pour les philosophes, a le bonheur de nous rappeler que la conception nominaliste de l’être n’est peut-être pas la seule.

Jean Grondin
Professeur à l’Université de Montréal, l’auteur est spécialiste de la philosophie allemande et de l’histoire de la métaphysique. Ses livres sont traduits dans une dizaine de langues. 

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Le libraire

M. Lefebvre, mon libraire préféré. Section philosophie, je lui dois plus de la moitié de ma bibliothèque. La Librairie Henri-Julien, un lieu infiniment plus poétique que les cabinets de magie de Harry Potter.

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Made in China

lever de soleil beijingLever de soleil, Beijing 16/01/14

Le niveau de pollution est si élevé à Beijing, le smog si dense, que la possibilité d’y voir le soleil se lever n’est plus qu’un souvenir certains matins. Ne reste plus qu’à télédiffuser ce qui fut. Je pense à David Hume qui, dans son Enquête sur l’entendement humain, réfléchissait à la proposition suivante: Le soleil ne se lèvera pas demain…

«Le contraire d’un fait quelconque est toujours possible, car il n’implique pas contradiction et l’esprit le conçoit aussi facilement et distinctement que s’il concordait pleinement avec la réalité. Le soleil ne se lèvera pas demain, cette proposition n’est pas moins intelligible et elle n’implique pas plus contradiction que l’affirmation : il se lèvera

Hume, Enquête sur l’entendement humain (1748), Aubier, pp. 70-71

Mais je pense surtout au péril auquel nous expose la croissance économique sans limite…

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Bière et civilisation

bière

Plus que pour la préparation du pain, la culture des céréales, qui remonte à plus de 10 000 ans, aurait été pratiquée pour la production de bière. How Beer Created Civilisation.  L’agriculture en favorisant la sédentarisation contribua au développement de la civilisation dit-on, mais l’avantage que les humains y trouvèrent n’était pas tant celui de manger à leur faim que celui de s’enfiler des pintes!

Et quant à l’effet civilisateur de la bière, j’en veux pour preuve le rap à Ti-Cail

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Alan Turing « pardonné »

60 ans après, Elizabeth II accorde sa grâce au mathématicien Alan Turin

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Le mathématicien, dont les travaux ont permis de casser le code utilisé par les sous-marins allemands pendant la Seconde Guerre mondiale, avait été condamné pour homosexualité en 1952. Il s’était suicidé peu après.

C’est un dénouement heureux, digne de Noël, qui intervient près de 60 ans trop tard… Elizabeth II a accordé mardi à titre posthume son pardon à Alan Turing, un des héros de la Seconde Guerre mondiale. Ce mathématicien, né en 1912, a en effet joué un rôle décisif en brisant Enigma, le code secret utilisé par les sous-marins allemands dans l’Atlantique. Sa découverte permit, selon certains historiens, de raccourcir la capacité de résistance du IIIe Reich de deux ans.

Malgré ce haut-fait, l’après-guerre est synonyme de souffrances pour le cryptologue, condamné en 1952, en raison de son homosexualité, pour outrage aux bonnes mœurs. Il choisit la castration chimique via des injections d’hormones féminines plutôt que la prison, mais perd son poste au sein des services de renseignement britanniques. Cette disgrâce et la surveillance dont il fait l’objet (on craint à l’époque qu’un agent soviétique ne tente de le séduire) le poussent au suicide en 1954. Admirateur de Blanche-Neige et les Sept nains, il meurt après avoir trempé une pomme dans du cyanure.

Alan Turing a été gracié sur proposition du ministre de la Justice Chris Grayling qui a rendu hommage à un «esprit brillant». «À Bletchley Park (principal site de décryptage britannique), son génie a contribué à sauver des milliers des vies», a commenté le ministre. «Sa condamnation que nous considérerions aujourd’hui comme injuste et discriminatoire, est désormais annulée», a-t-il ajouté, l’homosexualité ayant cessé d’être illégale en Grande-Bretagne en 1967. «Alan Turing mérite que l’on se souvienne de lui pour sa contribution mythique à l’effort de guerre. Un pardon royal est digne de cet homme exceptionnel», a-t-il conclu. Seules quatre grâces de ce type ont été accordées depuis 1945.

Considéré comme inviolable, Enigma reposait sur une suite de codages et de codages de codages réalisés par trois rotors chiffrés successifs, dont les Allemands modifiaient chaque jour la disposition et les combinaisons.

Élargir ce pardon

Ce pardon a été salué le premier ministre David Cameron. «C’est une juste récompense pour un homme qui a été dépouillé de son honneur, de son travail et de son patriotisme», s’est réjoui un des députés au cœur de la campagne de réhabilitation. Peter Tatchell, qui milite pour les droits des gays, a souhaité que ce pardon s’applique aux 50.000 personnes qui, comme Turning, ont été condamnés pour homosexualité au XXe siècle. L’élu libéral-démocrate Lord Sharkey s’est engagé à y oeuvrer.

La figure d’Alan Turing a mis du temps à émerger dans l’inconscient collectif. Le rôle de Bletchley Park et de ses employés qui décodaient plus de 3000 messages nazis par jour n’a été rendu public que tardivement, dans les années 70, lorsque les dossiers ont été déclassifiés. En 2009, le premier ministre de l’époque, Gordon Brown, avait présenté des excuses posthumes à Alan Turing, pour la manière «horrible» dont il avait été traité. En 2012, l’année du centenaire de sa naissance, onze scientifiques britanniques, dont Stephen Hawking, avaient demandé l’annulation de la condamnation de celui qu’ils qualifient de «mathématicien le plus brillant de l’époque moderne».

Cet excentrique timide qui portait un masque à gaz pour éviter le rhume des foins lorsqu’il faisait du vélo a posé les fondations de l’informatique moderne. Alan Turing a développé le Colossus, ancêtre de l’ordinateur programmable, dont Winston Churchill a ordonné la destruction pour éviter qu’il ne tombe aux mains des Soviétiques. Le mathématicien a défini les critères de l’intelligence artificielle encore en vigueur aujourd’hui comme le fameux «test de Turing» qui se fonde sur la faculté d’une machine à tenir une conversation. Sa courte et intense existence a attisé la curiosité d’Hollywood. Un film biographique The Imitation game est en cours de tournage avec Benedict Cumberbatch(qui incarne Turing) et Keira Knightley (qui campe Joan Clark, une collègue de Turing à Bletchley Park qui fut brièvement sa fiancée).

Source: Le Figaro 24/12/13

Voir aussi: Le très admirable Alan Turing

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Danger! Robots à l’horizon!

Vraiment pas rassurant. Incipit Terminator…

Source: Huffington Post 15/12/13

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Sideworld

Pourquoi ce projet mérite-t-il d’être connu?

Sideworld est le projet de jeunes étudiants voulant créer une Websérie de science-fiction pour le Québec. Nous avons si peu de science-fiction au Québec aujourd’hui et ce projet qu’on peut observer sur Kickstarter et sur Vimeo, car l’équipe derrière Sideworld a voulu, à ses frais, montrer son potentiel dans deux courts épisodes, semble promettre un renouveau de la science-fiction québécoise.

La raison pour laquelle j’amène le sujet sur le Blog d’Histoire et civilisation du cégep Marie-Victorin, c’est la présence d’étudiants de notre cégep à travers l’équipe. C’est intéressant de voir que les programmes d’Arts et lettres profil Cinéma et profil Théâtre ont permis à 6 membres de l’équipe de développer leurs habilités dans leur domaine respectif. Il y a trois personnes du programme de cinéma et trois autres en théâtre.

Je vous invite donc à aller jeter un coup d’œil sur la page Kickstarter et d’en apprendre un peu plus en visionnant leur capsule.

Francis Patry

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La Néoarchéo

woolley

Humanités 2.0 – La néoarchéo

Comment déterrer un village iroquoïen, un pixel à la fois

Stéphane Baillargeon, Le Devoir, 3/08/13

Les nouvelles technologies transforment la production et la diffusion des savoirs. Le Devoir propose une série estivale sur les digital humanities et les sciences sociales numériques. Aujourd’hui : GPS, lasers et autres scanneurs au service de l’archéologie high-tech.

On dirait une équipe d’arpenteurs au boulot sur une colline montérégienne. Comme si un chantier de construction se préparait à ajouter un nouveau bungalow sur la rive sud du Saint-Laurent.

En tout cas, l’outillage de base de la topographie postmoderne traîne dans le boisé, autour d’un banal chemin de terre. Il y a un tachéomètre pour « lever le terrain », un système réflecteur lié à un GPS, un laser télémètre pour déterminer les positions et les distances, un système d’information géographique (SIG), un scanneur, puis des ordinateurs pour stocker les données, évidemment.

Sauf que les six archéologues au boulot ce jour de printemps ne préparent pas la construction d’un nouveau McManoir de banlieue : ils cherchent plutôt les vestiges de très vieilles maisons longues érigées ici il y a plusieurs siècles par des Iroquoïens. Quand le site a été découvert, il y a deux décennies, dans la municipalité de Saint-Anicet, l’archéologie fonctionnait à peu près avec les mêmes outils qu’il y a un siècle et demi, au temps où Heinrich Schliemann déterrait les vestiges de Troie et de Mycènes. La révolution numérique a maintenant complètement bouleversé la discipline, et les fouilles entreprises cet été en bénéficient largement.

« L’archéologie vit une mutation technologique, dit Jean-François Millaire, professeur au Département d’anthropologie de la Western University, à London, en Ontario. La numérisation bouleverse toutes les étapes de notre travail. Elle facilite l’identification et la fouille des sites, l’étude en laboratoire des artefacts trouvés, la dissémination des recherches. »

M. Millaire a utilisé le réacteur nucléaire SLOWPOKE de l’École polytechnique dans le cadre de sa maîtrise, déposée en 1997 à l’Université de Montréal, pour étudier la composition chimique de l’argile des fusaïoles du site Moche de la côte nord du Pérou précolombien. Le professeur Claude Chapdelaine a dirigé ce travail pionnier avant que son étudiant « le plus doué » se rende en Angleterre pour y compléter son doctorat.

« C’est Jean-François qui a ensuite fait rentrer ici, au Québec, les appareils de télédétection qui sont utilisés ailleurs depuis au moins dix ans, explique Claude Chapdelaine, responsable des fouilles montérégiennes. Il a utilisé le matériel au Sud. Nous sommes les premiers à l’utiliser de façon systématique sur un site iroquoïen. »

BGFN2

Toutes les étapes du travail archéologique bénéficient des avancées technologiques. En une seule année, en utilisant les images satellitaires fournies par Google Earth, une égyptologue de l’Université de l’Alabama à Birmingham a localisé 132 emplacements en Égypte, certains datant de 5000 ans, dont un temple et une ville entière. Un robot archéologue baptisé Tlaloc II-TC (du nom du dieu aztèque de l’eau) poursuit depuis quelques mois les fouilles dans un tunnel découvert sous les vestiges du temple de Quetzalcoatl de Teotihuacán, au Mexique.

Au Québec, les artefacts effleurent sur la mince couche de terre. La prospection continue donc de se faire à l’ancienne, en marchant les yeux rivés au sol, à la recherche d’un tesson de poterie, d’un éclat de pierre taillée, etc. C’est ainsi que l’archéologue Michel Gagné a découvert le site Mailhot-Curran, il y a deux décennies.

Techniquement, d’après sa position géographique, le terrain est identifié comme BGFN2, selon le code Borden utilisé partout au Canada. Par tradition, un site important porte aussi ironiquement le nom de son propriétaire, ironiquement parce que la notion de propriété privée des terres était complètement étrangère aux Amérindiens. Mailhot-Curran rend hommage aux propriétaires des terrains limitrophes, dont Denis Mailhot, qui a eu la gentillesse d’autoriser les fouilles, ce qui ne serait pas toujours le cas.

« Ma première impression a été excellente et toute ma famille aime bien l’idée d’avoir un site archéologique sur nos terrains, dit M. Mailhot. Mes petits-enfants ont été fascinés d’apprendre qu’il y avait des autochtones ici il y a 500 ans. On m’a remis un rapport de 200 pages sur les fouilles de l’an passé. On m’a montré des objets déterrés. C’est très impressionnant et je suis bien fier. »

BGFN2 a déjà donné environ 40 000 artefacts : des tessons, des coquillages, des graines carbonisées et des os. De nouvelles fouilles vont s’étendre sur quatre ans. Cet été, tout le mois d’août, une quinzaine d’archéologues en herbe ou avertis fouillent le sous-sol archéologique.

Le site voisin Droulers-Tsiionhiakwatha (tsiionhiakwatha veut dire « là où l’on cueille les petits fruits »), lui aussi dans le territoire de Saint-Anicet, a été découvert dans les années 1970 par le propriétaire des terres, François Droulers. La campagne de fouilles de 1994 à 1999 a permis de déterrer quelque 150 000 fragments de vases, de fourneaux à pipe, d’outils en pierre et en os, de restes culinaires. Une nouvelle campagne a débuté en 2010 sur ce site, le plus grand de son genre au Québec. La récolte dépasse maintenant les 425 000 artefacts.

« La quantité n’est pas importante, c’est la qualité de l’information qui prime, tranche le professeur Chapdelaine. Ici, sur le site Mailhot-Curran, on est à une échelle plus modeste avec laquelle on peut vite s’identifier. Si on trouve six maisons longues, ce sera un beau petit village à étudier.

La patience faite discipline

Le hameau date des environ de 1500. Moins peuplé que son grand voisin, il devrait néanmoins contribuer à la compréhension de la vie à une époque charnière de la vallée du Saint-Laurent marquée par la disparition des quelque 1500 Iroquoïens que Jacques Cartier avait rencontrés à Hochelaga. Plusieurs hypothèses s’affrontent, avec les épidémies exogènes ou les guerres autochtones comme causes possibles.

La bute, en retrait du fleuve, était moins vulnérable aux attaques-surprises. M. Millaire, né dans la rue Christophe-Colomb à Montréal, lance à la blague qu’il s’agit d’une lointaine banlieue d’Hochelaga.

La nouvelle équipe de fouille a nettoyé le terrain, avec l’aide du propriétaire, en coupant les petites souches, dans l’espoir d’utiliser le géoradar. Peine perdue. Le sol n’était toujours pas assez « lisse ». Idéalement, il faut un terrain gazonné ou sablonneux pour promener l’instrument capricieux qui permet de « voir » dans le sol avant de l’ouvrir.

Le résistivimètre, qui mesure la conductivité du sol, n’a rien donné de concluant. Le magnétomètre, qui relève le champ magnétique, a par contre révélé des anomalies, dont trois qui, lors de sondages, se sont révélées être un alignement de foyers, au centre d’une maison longue.

« Les images colorées représentent la susceptibilité du sol à être magnétisé, une propriété physique qui nous permet d’identifier des zones avec forte activité humaine (maison longue, foyers, fosses, etc.), explique M. Millaire par courriel, après l’analyse des données. Dans les tuiles sondées, les zones qui vont du jaune au blanc correspondent à des zones à fort potentiel archéologique. »

Le temps long

Une trentaine de maisons longues ont déjà été découvertes et fouillées par les archéologues au fil des décennies. D’où la question de béotien : à quoi bon en déterrer une ou plusieurs autres ?

Les savants expliquent que les nouveaux outils alliés aux nouvelles méthodes d’analyse justifient amplement l’effort. « Il y a cinquante ans, mes confrères auraient demandé à M. Maillot de retourner la terre avec un bulldozer, explique le professeur de l’Université de Montréal, lui-même pionnier de son domaine au Québec. Ils auraient récolté les artefacts comme on récolte des fraises. Ils se seraient contentés de placer un point sur une carte. Situer un site suffisait. »

Et maintenant ? « Notre projet, c’est d’aller le plus loin possible dans l’archéologie sociale, de connaître les familles dans leur intimité, les lignages, par exemple les liens entre les mères et leurs enfants, répond le spécialiste. Ces rapports se passent dans les maisons longues qui constituent l’unité d’analyse de base. »

Il faut aussi donner du temps à ce vieux temps. L’an dernier, l’équipe de l’École de fouille a traité 80 mètres carrés en 29 jours pleins. Dans les années 1960, les archéologues auraient consacré deux week-ends au même boulot.

« Les nouvelles techniques font gagner du temps en amont, en montrant où fouiller, explique encore le professeur Chapdelaine. En dix jours de travail, on a identifié des maisons longues alors qu’on aurait pu consacrer deux campagnes avant de les trouver. Ensuite, on est encore plus lents qu’autrefois. En France, des collègues mettent tout un été à fouiller 10 mètres carrés sur deux centimètres de profondeur. Moi, j’appelle ça éplucher. »

Chaque génération renouvelle la lecture, la compréhension, l’explication, ne serait-ce qu’en utilisant les balises des autres sciences sociales, mais aussi bien sûr avec les nouveaux outils, numériques ou autres. Un pédologue, François Courchesne, va étudier la composition chimique et minéralogique des sols pour encore mieux délimiter l’occupation du territoire. Une éthiologiste a déjà répertorié 22 000 os tirés du site voisin, « presque uniquement du poisson et presque exclusivement de la perchaude », précise le professeur Chapdelaine. Elle va s’attaquer cet été aux quelque 2700 os déjà trouvés sur le site Mailhot-Curran.

« Autrefois, il y avait cette idée de remplir les artefacts de musée et qu’ils pourraient toujours répondre à nos questions, dit le professeur Millaire. Pour nous, en fait, l’important, c’est le contexte.Tu ne peux pas trouver réponse à une nouvelle question sans retourner au contexte. Selon ce principe, beaucoup de collections de musée vont devenir obsolètes parce que les objets ont été mal documentés. On sait que telle pointe de flèche, par exemple, vient de tel site, mais pas de quelle maison en particulier, ou de quel niveau, alors que ce sont ces renseignements qui présentent de l’intérêt maintenant. »

Les techniques évoluent rapidement et les archéologues appliquent un principe de précaution préventive en laissant vierges des parcelles d’un site pour les générations futures, des équipes qui auront de nouveaux outils et de nouvelles questions. « Les équipes vont fouiller 10 % de Mailhot-Curran, explique le professeur Jean-François Millaire, pionnier de la néoarchéologie. Dans vingt ans, de nouveaux archéologues en fouilleront un autre bout à l’aide de nouvelles techniques. »

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Google: catégorie a priori de la perception

google

Humanités 2.0 – La sociologie des algorithmes

Comment Google et consorts façonnent notre vision du monde

Stéphane Baillargeon, Le Devoir, 20/07/13
Les nouvelles technologies transforment la production et la diffusion des savoirs. Le Devoir propose une série estivale sur les digital humanities et les sciences sociales numériques. Aujourd’hui : les outils de la connaissance et la connaissance des outils sociologiques.
L’indice de référence de Wall Street a chuté de 9 % en moins de 10 minutes le 6 mai 2010. Le « flash crash » dans le jargon des traders a encore tragiquement rappelé le rôle prépondérant pris par les programmes informatisés qui traitent environ les trois quarts des transactions boursières dans le monde.Ces machines détectent et exploitent les opportunités de transactions en quelques nanosecondes grâce à des suites d’opérations et de calculs hypercomplexes. Et parfois, ça dérape.« Le XXIe siècle dématérialisé et réseauté a basculé dans une culture algorithmique, dit le sociologue Jonathan Roberge, de l’institut national de recherche scientifique (INRS). La crise des subprimes découle, elle, d’une incapacité du modèle économique à considérer le zéro. Les créances étaient revendues en paquet. Le modèle estimait que, dans le pire des cas, il y aurait toujours au moins un acheteur pour n’importe quel paquet. Au pis aller, un acheteur paierait un dollar. L’encodage aurait dû prévoir zéro valeur et zéro acheteur. L’ensemble du modèle a été faussé par cette prémisse et les conséquences ont totalisé des milliards et des milliards de dollars de pertes. »Sur sa page de l’Institut, le professeur Jonathan Roberge se présente comme un spécialiste de la « culture numérique » et de la « sociologie des nouvelles technologies de l’information et des communications ». Il est aussi rattaché à la Chaire sur les nouveaux environnements numériques et l’intermédiation culturelle. En entrevue, il explique qu’au fond, ce qui l’intéresse, ce sont les infrastructures de médiation offertes par les nouvelles technologies.« Ça veut juste dire que je suis attiré par une sociologie de la culture transformée par les nouveaux environnements numériques, notamment les agrégateurs de contenu. Depuis un an et pour les deux prochaines années, je m’attaque plus particulièrement à la définition d’une sociologie des algorithmes. Je cherche à comprendre quel rôle jouent ces modèles mathématiques dans la nouvelle définition de la culture. »

Ils sont partout

Un algorithme est une suite d’opérations permettant de résoudre un problème, une recherche en ligne pour aboutir sur des sites pertinents, par exemple. Les algorithmes sont tellement partout, tellement dominants, que les savants commencent à se questionner sur le changement possible de paradigme. Entre-t-on dans une nouvelle phase de la culture numérique qu’on pourrait qualifier d’algorithmique ou cette culture des algorithmes représente-t-elle l’avant-plan d’une culture plus générale dite numérique ?

Cette culture se définit par la dématérialisation qui permet le déplacement quasi instantané des supports. Le fichier électronique a révolutionné l’industrie de la musique, sa production comme sa consommation. Tous les secteurs y passent. La télé traditionnelle semble à son tour menacée. L’édition des journaux, des magazines et des livres devrait aussi passer à la trappe numérique.

« Le modèle s’effondre et de nouveaux joueurs dominent, explique le professeur. Amazon, par exemple, une compagnie américaine, prend de plus en plus de place. Les librairies ferment à Québec, en région, partout. Mais on ne sait pas encore si, à l’échelle du monde, des milliers et des milliers d’intermédiaires seront remplacés par une poignée de compagnies. Chose certaine, le milieu de l’édition, comme d’autres, va être profondément transformé. »

Le deuxième facteur concerne la démultiplication. La capacité d’accès aux produits, à l’information, dépasse l’entendement. « Il y a tellement de choses que les choses deviennent du bruit. Pour s’y retrouver, pour arriver aux produits pertinents, on fait quoi ? Comment s’y retrouver devant 40 millions de chansons ? Avec les algorithmes, évidemment. Mais alors, il faut se demander qui sont les gardiens de ces barrières, qui sont les nouveaux intermédiaires de contrôle ? »

Promesses et limites du Net

En consommation, l’opinion des amis ou des critiques compte encore en ligne, par exemple sur Facebook ou dans les vieux médias. Mais les recommandations automatisées prennent de plus en plus d’importance, notamment par les moteurs de recherche.

« Il faut se demander comment ça fonctionne et critiquer la croyance aveugle en l’objectivité de ces outils, une situation paradoxale. Les algorithmes gèrent les opérationnalités entre les machines et l’interopérationnalité entre les humains et les machines. Des géants privés, devenus les nouveaux rois du Web, contrôlent un espace virtuel semi-public, géré par des entreprises : iTunes pour la musique, Netflix pour le film, Twitter et Facebook pour ce que c’est, etc. »

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Les opérations mathématiques finissent par travailler fondamentalement la connaissance et le rapport à la connaissance, explique encore le professeur Roberge. Les moteurs de recherche coproduisent la recherche et donc, la connaissance. « C’est là que ça devient inquiétant, dit M. Roberge. Les gens assument que le moteur donne la vérité froide et objective. C’est délirant ! En fait, plus un site est populaire, plus il a de chances de se retrouver en haut de page des résultats. La vérité est définie par l’occurrence, ce qui est bien étrange. Même Google Scholar fonctionne comme ça. »

Le malin professeur demande souvent aux étudiants ou aux collègues où se trouve la pub sur Google. Personne ou presque ne répond qu’elle loge dans le premier ou les premiers sites mis en évidence par une recherche. Les mots eux-mêmes sont mis aux enchères, le plus cher étant « assurance ».

« Il faut développer un esprit critique envers ce monde, et cela vaut pour les universitaires eux-mêmes, qui doivent réfléchir à leur propre accès à la connaissance. Chaque outil a ses biais et il faut en prendre conscience. »

La colonisation du monde

La sociologie traditionnelle, celle de Fernand Dumont par exemple, distingue la culture savante et la culture populaire. Le jeune professeur Roberge, qui a défendu une thèse sur Paul Ricoeur, vient de cette tradition mais tente de s’en extraire en considérant les interactions entre les deux pôles culturels. L’intérêt porté aux algorithmes facilite cette option puisque les modèles mathématiques amalgament tout.

« Tout est googlé aujourd’hui. Toutes les strates de la connaissance sont retravaillées par ces outils numériques. Les fondements mêmes de la connaissance et donc de notre société s’en trouvent affectés. »

Le professeur a mis en place un groupe de recherche sur Google. Cet été, il va particulièrement s’intéresser au projet de lunettes de réalité augmentée de l’entreprise, les « Google Glasses », comprenant une caméra et un écran d’affichage.

En même temps, les critiques semblent déjà à la hauteur des justifications comme des espoirs technophiles. Aux yeux de leurs détracteurs, les lunettes omniscientes semblent menacer la vie privée, semblent aussi invivables économiquement et franchement laides. Même les ophtalmologues s’en mêlent.

« On s’intéresse donc à un objet qui n’existe pas encore mais qui suscite déjà des justifications et des critiques. Si elles fonctionnent bien, dans quatre ou cinq ans ces lunettes peuvent devenir l’interface entre l’humain et la machine la plus puissante jamais créée. Les implications pour la connaissance sont immenses. Les effets sur une société qui vivrait branchée sur des lunettes Google sont énormes. On pourra constamment et partout poser des questions aux lunettes, qui vont nous renseigner sur notre pouls cardiaque, la circulation automobile ou le temps qu’il fera. »

L’envers de la médaille

Il donne l’exemple de la colonisation de son monde universitaire par les moteurs de recherche. Pour lui, le fameux balcon d’observation, la mise à distance de la vie et de la société par la culture dite seconde chère à Fernand Dumont ou Michel Freitag, se transforme radicalement. « Il y a dix ans, les travaux universitaires citaient encore Le Petit Larousse ; maintenant, ils citent tous Wikipédia. Pourquoi ? Parce que le serveur de la porte d’entrée à la connaissance, Google, quoi, ouvre toujours sur ce site. C’est un effet sociologique qui favorise le plus populaire et qui rend encore plus riche le plus riche.»

Les gains réels sont indéniables. Chacun peut fouiller dans les trésors du monde. Les bibliothèques et les collections sont à portée de clic. Les savants, comme tous les internautes, ont l’impression de s’être fait greffer un second cerveau universel.

«L’envers de la médaille, c’est qu’on a donné une partie du contrôle de la connaissance à des monopoles capitalistiques qui contrôlent les algorithmes. On ne peut pas ne pas s’inquiéter de ça. Une université rend des comptes. Pas Google. »

«Tout va très vite, conclut le sociologue des algorithmes. À la fin du XXe siècle, on parlait de l’autoroute de l’information, de la société de l’information ou de l’économie du savoir. Ces concepts ont disparu. On parle maintenant davantage de culture numérique. Même le multimédia tend à s’effacer. Pour le coup, moi, je dois dire que je fais dans la digital sociology, la sociologie numérique. Les sciences sociales numériques, ça me va aussi comme appellation. Les digital humanities, par contre, je suis moins certain. À la base, cette appellation désigne les vieilles humanités qui numérisent leurs sources, par exemple. Récemment, j’étais à l’université où j’ai réalisé mon post-doctorat. Il y avait deux Français, un Allemand, un Espagnol et un Mexicain et on travaillait tous sur la sociologie, l’économie ou la culture des algorithmes. »

Sur la même question, voir aussi sur ce blogue:

Filtres et algorithmes: Danger!

Dans cette vidéo, Kevin Slavin explique quel usage nous faisons des algorithmes et constate que nous écrivons des codes que nous ne maîtrisons pas toujours, qui entrent parfois en conflit entre eux et qui sont générateurs de catastrophes, financières notamment…

BLx

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Les Humanités numériques

Humanités 2.0 – Le zéro et l’infini

McGill numérise la science et la philosophie islamiques

Stéphane Baillargeon, Le Devoir 6 juillet 2013

manuscrit imageNos caractères sont latins et nos chiffres, arabes. Ces chiffres ont progressivement remplacé les signes romains en Occident, puis dans le monde entier. Une tradition explique que le savant de Pise Leonardo Fibonacci (1175-1250) étudia les mathématiques à Icosium (aujourd’hui Alger) avant de publier un traité de calculs qui aida à populariser la série numérique, y compris le zéro, mot dérivé de l’italien zéfiro, venu de l’arabe sifr, qui veut dire vide.

Notre vie est remplie de ce sifr. Le « zéro » et le « un » de la révolution par la numérisation continuent de changer le monde et nos connaissances. La dématérialisation des textes classiques ou modernes fait partie des travaux fondamentaux de ce nouvel univers. À la base, l’appellation contrôlée des « digital humanities » fait référence aux bonnes vieilles « humanités » des cours classiques.

À Montréal, McGill mène son propre chantier, baptisé Rational Sciences in Islam (RSI). « Le projet RSI, que je dirige avec mon collègue Jamil Ragep, historien des sciences, est un projet typique des humanités numériques », explique Robert Wisnovsky, professeur de l’Institute of Islamic Studies de l’université, lui-même historien de la philosophie et de la théologique islamiques.

« Ce projet vise la constitution de bases de données sur les mathématiques, la philosophie et la philosophie théologique à partir de manuscrits conservés dans plusieurs pays, poursuit-il. Nous avons déjà numérisé des centaines de milliers de pages des plus importants manuscrits produits pendant un millénaire. À ma connaissance, il s’agit de la plus riche collection mondiale du genre, constituée à partir de multiples collections. »

Science et conscience

La première phase du chantier lancé il y a cinq ans vient de se terminer, le 30 juin précisément. La recherche comporte trois volets qui combinent environ 3500 manuscrits au total :

L’Islamic Scientific Manuscripts Initiative (ISMI) dématérialise les travaux de quelque 1700 auteurs s’étant intéressés aux sciences exactes dans la période prémoderne.

Le voletScientific Traditions in Islamic Societies (STIS) constitue une « banque de données raffinée » pour documenter la tradition cosmologique dans le monde arabe.

Le troisième programme, The Post-Classical Islamic Philosophy Database Initiative (PIPDI), développe l’infrastructure numérique nécessaire pour poursuivre l’étude systématique d’un vaste corpus de textes savants produits depuis la fin du XIIe siècle. Ces textes dits postclassiques traitent de philosophie du langage, d’épistémologie, d’éthique et de métaphysique, de théologie ou de cosmologie.

L’histoire de la philosophie s’intéresse surtout aux siècles précédents, allant en gros de 800 à 1200. Cette période orientale dite classique a fortement influencé le Moyen Âge tardif en Occident, comme le montrent Fibonacci et le zéro. Le renouveau de l’aristotélisme date aussi de ce temps. Abu’l-Walid Muhammad ibn Rouchd de Cordoue (1126-1198), connu sous son nom latinisé d’Averroès, célèbre pour ses commentaires d’Aristote, a eu un ascendant majeur sur les penseurs du monde chrétien médiéval.

Le projet en cours veut contredire l’opinion courante voulant que tout le reste, depuis cette période d’effervescence intellectuelle fructueuse, ne soit qu’obscurantisme et déclin sous le contrôle de théologiens dogmatiques. Au mieux, l’Occident s’accorde le mérite d’avoir repris le flambeau de la raison allumé dans les oasis du Proche-Orient.

« C’est vrai que l’Ouest a été influencé par la pensée islamique, mais cela ne veut pas dire que les penseurs arabes ont cessé d’exister après 1150 ou 1200, dit Robert Wisnovsky. Nous voulons donc utiliser les nouveaux outils pour mettre en évidence la masse de preuves qui existent afin de démonter les vieux et tenaces préjugés autour de l’absence de pensée rationnelle dans cette partie du monde. »

Langues mortes, textes vivants

Les nouveaux outils numériques ne facilitent pas la tâche : ils la rendent possible, tout simplement. À peine « quelques douzaines » de savants s’intéressent à ces questions en Occident, note le professeur Wisnovsky – lui-même spécialiste d’Avicenne (980-1037) -, alors que le corpus lie des milliers d’oeuvres enfouies dans des collections éparpillées d’un bout à l’autre du monde.

La numérisation de McGill s’est étendue de 2008 à 2012. « Le seul accès aux sources pose un défi, résume l’exégète. La banque de données facilite l’accès aux textes, mais aussi la compréhension de leur cheminement physique et intellectuel. Un manuscrit de Samarcande est copié à Ispahan puis se retrouve en Allemagne. La constitution de la bibliothèque virtuelle permet de retracer cette longue et complexe vie du texte. »

Elle permet aussi de découvrir des textes perdus, tout simplement. À Téhéran, M. Wisnovsky s’est intéressé à un codex d’anthologie contenant 55 essais de Yahya ibn Adi (893-974), philosophe chrétien de Bagdad, élève d’Al-Farabi, « second instituteur de l’intelligence », après Aristote, selon Averroès. Or la moitié du corpus, 24 textes au total, n’était connue que par des références ultérieures et tenue pour perdue ! « C’est un vrai accident, dit le spécialiste à l’origine de la découverte. Je m’intéresse plus à la réception d’Avicenne qu’à ses sources. »

Robert Wisnovsky enseigne la philosophie et la théologie islamiques avec un oeil constant sur la tradition de la traduction du grec à l’arabe. C’est d’ailleurs par cette langue morte que cet Américain d’origine est arrivé à la vivante. Il raconte qu’il a étudié le grec et le latin dans une école secondaire privée, à Princeton au New Jersey. « J’ai commencé des études classiques à l’université et j’y ai découvert l’arabe, qu’on enseignait alors comme une langue classique. J’en suis tombé amoureux. »

Des paradoxes

La PIPDI a d’abord identifié 3000 recueils notables disséminés d’Istanbul à Berlin. Un comité a ensuite pointé vers une tranche initiale de 400 textes encore plus fondamentaux, soit 65 ouvrages canoniques, 135 commentaires parmi les plus influents et 200 autres écrits jugés fondamentaux. La plus grande part (85 %) des manuscrits n’a jamais été éditée.

Pour l’instant, des copyrights réservent l’accès à la banque dématérialisée et potentiellement universelle aux seuls chercheurs de McGill, quelques happy few. Robert Wisnovsky a lui-même supervisé 16 Ph. D., dont le tiers appuyé sur les banques de données et cinq autres en cours. Son collègue Jamil Ragep a ses propres étudiants de haut niveau.

« C’est l’entente ; elle est loin d’être parfaite, mais nous espérons que la tendance ira vers l’accès libre, dit le professeur. Notre accord avec la Stadtbibliothek de Berlin va dans ce sens. Certains éléments, peut-être le cinquième ou le quart de la banque, seront donc accessibles à tous très bientôt. »

Autre paradoxe : les riches États pétroliers du Golfe n’ont fourni aucuns fonds pour ce chantier intellectuel. Le projet RSI est surtout subventionné (à hauteur de 1,5 million) par la Fondation canadienne pour l’innovation.

Lire à la machine

Cet organisme fédéral soutien les projets d’infrastructure des connaissances : équipement de pointe, laboratoires, collections scientifiques, etc. Une des retombées majeures du RSI concerne le traitement informatisé des documents manuscrits en langue arabe. Les différents styles calligraphiques de cette civilisation pose d’énormes difficultés de reconnaissance optique des textes, base de tout le travail de constitution de fichiers exploitables. Sans elle, l’image numérisée ne vaut guère plus qu’un microfilm. Avec elle, le document s’anime et s’interconnecte mot par mot, concept par concept. La translittération et la traduction électronique en dépendent.

Les équipes d’ingénieurs du professeur Mohamed Cheriet, de l’École de technologie supérieure (ETS) de Montréal, planchent sur ce défi. « C’est extrêmement complexe, explique le philosophe. L’arabe est une des langues les plus difficiles à faire lire par une machine. Nous avons donc les belles images, mais il faut pouvoir les explorer pour en tirer un plus grand avantage intellectuel. »

La science islamique nourrit ainsi la science actuelle, et vice versa. Pour l’instant, le prototype du laboratoire de l’ETS, l’Optical Shape Recognition, réalise les deux tiers des étapes principales du travail de lecture automatisée. Une fois complètement résolu, le traitement informatisé aura des répercussions énormes sur le secteur des études islamiques.

Il existe environ trois millions de manuscrits en langue arabe, qui peuvent représenter, quoi, un demi-million d’oeuvres copiées six fois chacune. Seule une petite portion est éditée. « Nos affirmations sur l’histoire de cette civilisation, ses sciences et sa philosophie, mais aussi son art ou sa poésie, son droit ou son architecture, repose sur une fraction statistiquement insignifiante », répète le spécialiste.

Les retombées potentielles dépassent largement le champ savant, on le comprend, surtout dans le contexte sociopolitique actuel en surtension. « Construire une image plus fidèle de l’histoire de cette partie du monde vaut en elle-même, mais ne peut aussi qu’accroître les chances de compréhension mutuelle des civilisations, conclut Robert Wisnovsky, lui-même un pont entre les civilisations. J’ai par exemple été contacté par un institut de Dubaï qui souhaite encourager des interprétations plus raffinées philosophiquement, et en tout cas moins dogmatiques que celles très populaires maintenant. Les concepts et la terminologie contenus dans les textes numérisés peuvent aider dans cette voie. L’idée n’est pas de devenir esclave de ce passé, mais de s’approprier les termes, les exemples ou les idées qui peuvent nourrir la réflexion encore aujourd’hui. »

BLx

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Danger! Variations dans le cycle du silicium

L’environnement est un domaine dont l’importance a grandi depuis le siècle dernier. Plusieurs nouveaux domaines scientifiques ont développé une spécialisation pour l’environnement comme la géochimie environnementale, la chimie environnementale, la météorologie, etc. De plus, la société encourage la population à devenir plus écologique en utilisant les bacs de recyclage, le compost, les énergies renouvelables, etc. Cette question environnementale touche aussi la compréhension des principaux cycles naturels sur Terre par exemple celui de l’eau. Le cycle de l’eau représente les différents transferts s’effectuant entre ces principaux réservoirs. Un réservoir c’est une zone de la planète qui constitue une importante concentration, c’est-à-dire une quantité de matière par unité de volume de la substance en question. Dans l’exemple du cycle de l’eau, ces quatre principaux réservoirs sont : 1) l’atmosphère dans laquelle l’eau se trouve sous forme gazeuse; 2) l’hydrosphère dans laquelle l’eau se retrouve sous forme liquide et comprend les cours d’eau, les lacs, les rivières et les océans; 3) la biosphère qui est le réservoir impliquant les organisme vivants comme l’homme; 4) les glaciers où l’eau se retrouve sous forme solide. Une analyse de ce cycle montre un système d’échange entre ces différents réservoirs comme l’eau qui s’évapore de l’hydrosphère ou la transpiration. Ce type d’analyse est important pour évaluer les impacts de l’activité humaine sur de tels cycles comme, pour le cycle de l’eau, l’augmentation de la température par le réchauffement climatique qui entraîne un plus grand transfert du réservoir glacier vers celui de l’hydrosphère. Cependant, qu’en est-il pour des cycles que l’intérêt de la population n’a pas encore considérés, comme le cycle du silicium qui représente un élément clé de l’environnement à plusieurs niveaux? Pour mieux comprendre son rôle clé dans l’environnement, il sera question en premier lieu d’une explication de ce qu’est le silicium suivi de la description de son importance pour l’environnement et finalement un aperçu des impacts de l’homme sur ce cycle et ses conséquences.

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Avant de commencer l’analyse du cycle du silicium, il faut au départ savoir que le silicium est un des éléments du tableau de Mendeleïev (périodique). Cet élément constitue le second élément le plus abondant sur Terre après l’oxygène. Son cycle se divise en quatre  réservoirs dont l’un représente quasiment la totalité du silicium. Ces quatre réservoirs sont en ordre décroissant : la lithosphère c’est-à-dire la croute terrestre principalement, l’hydrosphère, la biosphère et l’atmosphère. Le transfert du silicium dans ce cycle s’effectue principalement par le biais d’une molécule nommée la silice (SiO2) dont la partie la plus importante pour la question de l’impact de l’homme sur ce cycle est la forme dissoute. Son cycle, si l’on prend comme point de départ du réservoir la lithosphère, débute avec la libération de la silice des roches silicatées c’est-à-dire composées majoritairement de silice comme le quartz, l’olivine, etc. qui composent la majeure partie de la croûte terrestre. Cette libération se produit à cause d’une réaction chimique dans laquelle la concentration en gaz carbonique dans l’atmosphère forme des pluies acides. Lors de cette libération, la silice se retrouve sous forme dissoute et voyage entre les différents réservoirs jusqu’à l’océan où finalement elle est précipitée pour retourner dans la lithosphère et ainsi clore la boucle. Donc, le silicium qui dans le cas de cette partie du cycle se retrouve sous la forme de silice est un élément majeur sur la planète et principalement contenu dans le réservoir de la lithosphère. Le silicium doit subir des réactions chimiques résultant de la pluie pour se libérer de la roche et ainsi voyager dans les différents réservoirs.

Mais en quoi le cycle du silicium est-il important pour l’environnement ? Il est principalement important pour l’environnement à cause de ces liens avec un des cycles auquel la population est sensibilisée, à savoir celui du carbone avec les gaz carboniques et le méthane. L’un de ces liens résulte du procédé de libération de la silice puisque comme mentionné plus haut, elle dépend de la concentration en gaz carbonique dans l’atmosphère, c’est-à-dire que plus la concentration en gaz carbonique est élevée et plus il y aura de la silice libérée de la roche. Un autre lien entre ces deux cycles se situe dans le réservoir de la biosphère du cycle du silicium puisque certaines formes de vie microscopiques utilisent la silice comme matière première pour la fabrication de leurs coquilles. Ces formes de vie, dont la principale est la famille des diatomées, sont des organismes unicellulaires aquatiques effectuant de la photosynthèse. Le processus de la photosynthèse est une réaction chimique dans laquelle le gaz carbonique, l’eau et l’énergie solaire donnent un produit organique et du dioxygène (O2). Donc, ce processus résultant de l’absorption du gaz carbonique et de la libération de l’oxygène est appelé la pompe biologique du carbone. En plus, d’être l’un des groupes responsable de cette pompe, il représente aussi les éléments à la base de plusieurs chaînes alimentaires dont une grande partie de celles dont l’homme se trouve au sommet. Donc, le silicium, malgré le peu d’intérêt que l’ensemble de la population lui accorde, joue un rôle majeur dans l’environnement : il est influencé et influence le cycle du carbone et produit un impact sur la pompe biologique du carbone par le biais des diatomées. De plus, il joue un rôle direct sur plusieurs chaînes alimentaires dont l’homme se nourrit.

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Diatomées

Maintenant, en quoi l’homme peut-il perturber ce cycle et quelles en sont les conséquences ? L’homme  le perturbe de plusieurs manières qui interfèrent sur les échanges entre les réservoirs, sur leur quantité et leur vitesse. La première perturbation de l’homme est le réchauffement climatique puisque, comme le réchauffement climatique augmente la quantité de gaz carbonique dans l’atmosphère, il en résulte une augmentation du silicium libéré de la roche. C’est augmentation de silice dissoute entraîne en finale une plus grande quantité de silice disponible pour les diatomées favorisant leurs reproduction au détriment des autres familles composant le phytoplancton c’est-à-dire la partie du plancton qui utilise la photosynthèse. Une autre perturbation est la construction des barrages puisqu’elles créent un obstacle à la circulation des cours d’eau et des rivières vers l’océan. En conséquence, la vitesse du transport de la silice est diminuée, ralentissant l’ajout de silice dans l’océan. Ce ralentissement provoque en même temps une réduction dans la reproduction des diatomées en favorisant leurs concurrents. Or certaines familles de ces concurrents ont une efficacité moins grande pour le pompage du gaz carbonique diminuant la quantité de gaz carbonique retirée du réservoir de l’hydrosphère et du coup de l’atmosphère. Et, en plus d’être moins efficace dans le pompage du gaz carbonique, il forme des représentants de chaînes alimentaires non comestibles pour l’homme dont certaines sont même toxiques pour plusieurs autres espèces animales. Néanmoins, cette perturbation favorise elle aussi les diatomées dans les rivières et les lacs puisque la silice, à cause de la construction de ces barrages, possède un plus grand temps de résidence dans le milieu. Le temps de résidence représente le temps moyen qu’une petite quantité de l’élément en question prend avant de sortir de ce milieu. Un exemple de temps de résidence est celui d’une gouttelette d’eau dans l’atmosphère pour laquelle le temps moyen de résidence est de quelques jours. Par contre, un temps de résidence engendre lui aussi des perturbations sur le cycle puisque l’eau comme tout corps liquide possède un taux maximum de particules dissoutes qui est appelé saturation. Lorsqu’un liquide devient saturé à certaines particules, il ne peut plus transporter entre ces molécules d’autres particules. Les particules en excès vont par la suite précipitée vers le fond comme lorsque l’on met du sel dans l’eau au-delà du niveau de saturation. Cependant, comme l’eau avec le sel, la température peut affecter la quantité de particules dissoutes que peut contenir ce liquide. Une autre perturbation que l’homme crée sur le cycle du silicium est lié à l’agriculture puisque les plantes prennent et utilisent le silicium dans les cours d’eau. Ils utilisent ce silicium dans plusieurs parties de leurs structures pour des raisons biologiques allant du soulagement du stress dû à la présence de certains minéraux dans l’eau, au renforcement de leurs structures. Cependant, l’homme en récoltant retient temporairement le silicium piégé par les plantes du cycle diminuant la quantité de silicium parvenu jusqu’à l’océan et diminuant sa concentration dans les cours d’eau. Donc, l’action de l’homme occasionne des impacts sur le cycle du silicium en intervenant sur la concentration et la vitesse de transferts des différents milieux, provoquant des conséquences sur l’environnement, notamment sur la pompe biologique du gaz carbonique, la biodiversité ainsi que sur les chaînes alimentaires.

Silicium

Silicium brut

En conclusion, malgré le fait que les quantités en jeu entre les différents réservoirs est minime comparé à celui du cycle du carbone ou de l’eau, les impacts d’une variation dans le cycle du silicium sont à prendre au sérieux. Ce cycle a de fortes répercussions dans l’environnement puisqu’il peut changer l’efficacité de la pompe biologique du carbone, la population du phytoplancton et du coup affecter les chaînes trophiques. Les impacts anthropogéniques sur ce cycle sont nombreux comme les barrages et l’agriculture qui ont sur le cycle des effets négatifs sur le flux entre les différents réservoirs et le réchauffement climatique qui a lui un impact inverse sur ce flux. Et de fait, lorsque l’on regarde les archives géologiques comme le dernier maximum glaciaire, on remarque à quel point le cycle du silicium peut jouer un important rôle sur l’environnement. Lors du dernier maximum glaciaire, un important apport en silice a permis à la population de diatomées dans le phytoplancton de représenter 74% du phytoplancton alors qu’il n’est que de 54% aujourd’hui.

Éric Laflèche

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Découverte d’exoplanètes

Sans titre 2

Kepler-62-f

Le 18 avril dernier, Justin Crepp, un astrophysicien, publie ses recherches sur la découverte de deux nouvelles exoplanètes qui pourraient être susceptibles d’héberger la vie. C’est grâce au télescope spatial américain Kepler que ces découvertes furent faites. De plus, Crepp affirme qu’avec ces deux nouvelles découvertes « la vie pourrait d’ailleurs potentiellement y exister ». Ce nouveau système fut baptisé Kepler 62. Les deux planètes se nomment Kepler-62f et Kepler-62e. Les deux nouvelles planètes parmi les cinq découvertes sont situées à 1200 années-lumière de la Terre. Avec les estimations transmises à l’aide du télescope spatial Kepler, les deux planètes seraient  un peu moins chaudes que la nôtre, car les rayonnements qu’elles reçoivent sont presque identiques à ceux de Vénus et Mars. Avec l’estimation des températures sur les planètes, les astronomes ont pu émettre l’hypothèse que les planètes pourraient permettre à l’eau d’y être présente à l’état liquide. L’eau pourrait y être présent parce que  la température de la planète n’est ni trop chaude et ni trop froide. La seule chose que les astronomes ne sont pas capables de pouvoir détecter c’est la composition de l’atmosphère parce que les planètes naines sont trop éloignées et leurs corps massifs sont trop faibles.

Avec cette découverte, serait-il maintenant possible, dans un avenir improbable, que l’homme soit capable se s’installer sur des nouvelles planètes?

Francis Ricard-Hamon

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Tu ne peux pas voir ce que je vois

Merveilleux et inquiétant, ce qui est véritablement deinos avec la technique, c’est qu’elle est indifféremment requise pour le bien, pour le mal. Le dispositif déployé par « Only for », s’il offre discrètement de l’aide aux enfants abusés par la mobilisation ciblée des organes de perception,  il rend possible du même coup l’abolition du monde commun ambiant…

Via Jonathan Labrie et Marketing attitude

BLx

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Le poids de l’internet? Une grosse fraise!

Francis Patry

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