Archives de Catégorie: Histoire et civilisation

Le nihilisme carnavalesque et baroque des frères Chapman

«Les jambes poilues de Dieu, Ronald McDonald crucifié, une orgie de squelettes nazis psychotiques et des mannequins KKK en chaussettes rayées arc-en-ciel. Voilà quelques uns des flash-back que pourraient avoir les visiteurs après avoir fait l’expérience de Come and see, la dernière exposition des artistes britanniques Jake et Dino Chapman.»

Cheryl Sim, Commissaire, DHC/ART

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Jake & Dino Chapman, Come and see, DHC/ART

Mouvements: Idées clés pour comprendre

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« Le crayon est plus puissant que le clavier »

Bannir l’ordinateur des classes

Il faut vivre sous une cloche ou être un amish coincé entre un cheval, une lampe à huile et l’année 1712 — celle de l’édit d’expulsion de France de ce groupe religieux anabaptiste par Louis XIV — pour ne pas s’en être rendu compte : tablette, ordinateur portable, téléphone dit intelligent ont placé l’humanité, depuis quelques années, devant de nouveaux possibles, oui ! Des beaux, des gros, des chics, mais avec l’un qui est sans doute un plus perceptible que les autres : la distraction.

Expérimentez-le pour voir, en cherchant à lire un texte long sur une tablette, avec, pas très loin, un compte Twitter ouvert, une page Facebook qui interpelle, des alertes de son média préféré, l’annonce de la naissance d’un nouveau monstre dans le jeu de monstre de ses enfants, et une soudaine envie de consulter la météo ou d’aller voir si quelqu’un a « aimé » la nouvelle photo de son profil.

Environnement loufoque ? Sans l’ombre d’un doute. Et du coup, plusieurs enseignants se demandent, avec une voix un peu plus forte que par le passé, dirait-on, si cet univers hyperconnecté, dans sa forme distractive, mérite bel et bien d’être amené et/ou cultivé dans les écoles et universités. Dans les pages du magazine TheNew Yorker, un prof, Dan Rockmore, se posait la question il y a quelques semaines en invitant même les siens à un peu plus d’esprit critique et de scepticisme devant la présence d’ordinateurs portables devant les élèves dans les salles de cours. L’homme évoquait d’ailleurs un débat lancé le printemps dernier par l’un de ses collègues, enseignant dans un département d’informatique, et qui, pour mener convenablement sa mission d’enseignement et transmission de connaissance, a décidé d’interdire purement et simplement l’usage de portables pendant ses cours, après y avoir succombé, comme bien d’autres, avec ouverture d’esprit, curiosité et l’impression de bien faire pour être en harmonie avec son temps.

Audacieux ? Plutôt, même si cette résistance à la pression du présent, aux sirènes de la modernité, et à ces courants de mode portés par des gourous souvent intéressés, trouve facilement sa justification dans la science. Celle qui se partage encore très bien sur du papier et s’enseigne encore très bien dans des amphithéâtres.

Prenez cette étude de la Cornell University, pilotée par Helene Hembrooke et Geri Gay, qui, en 2003, a mesuré les capacités d’apprentissage de deux groupes. L’un allait en cours avec un ordinateur portable. L’autre n’en avait pas. Le but était de voir comment le sacro-saint principe du multitâche transformait les environnements d’enseignement.

Résultat : les élèves déconnectés de l’écran l’étaient beaucoup moins de la matière enseignée et l’ont même démontré en obtenant de bien meilleures notes que les autres lors d’un examen-surprise. Notons qu’à l’époque, Facebook, et ses sources de distraction en milieu scolaire, n’avait même pas encore été inventé.

Plus près de nous, dans une étude intitulée « Le crayon est plus puissant que le clavier », deux profs de psychologie de l’université de Princeton et de l’Université de Californie — un État américain où le clavier est aussi répandu dans la population locale que les faux seins dérivés du silicium — ont mis en lumière un drôle de paradoxe. Les élèves qui prennent des notes de cours avec l’aide d’un ordinateur collectent plus d’information que ceux qui le font avec un crayon sur du papier. Mais ils s’en souviennent moins et sont un peu moins habiles à faire des liens entre plusieurs concepts exposés en cours.

Le duo de chercheurs évoque d’ailleurs, pour expliquer la disparité, un principe de « zombie-transcription » qui viendrait naturellement avec le clavier : on tape dessus, de manière un peu mécanique, devenant, par le fait même, dans certains contextes, une extension de la machine, alors que c’est l’inverse qui devrait plutôt se jouer. À la main, les données sont, elles, plus texturées et s’inscrivent dans une logique de rappel, de mémorisation et de manipulation abstraite plus efficace, exposent-ils dans un papier publié en avril dernier dans les pages du journal de l’Association for Psychological Science.

Bannir les ordinateurs des classes : l’idée devient dans ce contexte de moins en moins folle. Sans doute avec raison. Mais elle ne devrait surtout pas laisser croire qu’il faut aussi bannir toutes les technologies du monde de l’éducation, un raccourci mental et pratiqué par quelques vieux esprits de ce milieu, dont le présent ne pourrait certainement pas se satisfaire. Le développement de cours massifs en ligne (les MOOC comme on dit en anglais), l’apparition d’applications didactiques pour apprendre les mathématiques, la géographie, l’histoire, la programmation, dans des environnements ludiques, sont certainement là pour témoigner d’une tendance contre laquelle toute opposition ne peut être que vaine.

Un combat perdu d’avance même, surtout lorsque ces nouvelles formes de transmission de la connaissance auront fini par démontrer que ce qui nuit finalement le plus à l’apprentissage, ce n’est peut-être pas l’ordinateur, mais la façon que le monde de l’éducation a, pour le moment, de chercher à l’inscrire dans de vieilles pratiques en s’étonnant que cela ne fonctionne pas.

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Lire sur du papier

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Lire sur du papier pour mieux comprendre

Mélanie Loisel, Le Devoir, 16/08/14

Ils sont encore nombreux, les amoureux de la lecture, à aimer tenir dans leurs mains un livre en papier qu’ils peuvent serrer, feuilleter et même sentir au besoin. Ces derniers réfractaires aux technologies numériques vont donc être heureux d’apprendre que la lecture d’un texte en papier permet d’avoir une meilleure et plus complète compréhension que la lecture d’un texte numérique. C’est du moins ce que révèle une nouvelle étude de chercheurs norvégiens et canadiens effectuée au Centre de lecture de l’Université de Stavanger en Norvège.

Dans cette étude, les chercheurs précisent que la lecture sur une tablette numérique a l’avantage de se faire beaucoup plus rapidement, mais notre mémoire retient moins longtemps les informations lues sur un écran numérique. Pour en arriver à cette conclusion, une classe de 72 élèves de 4e secondaire a été divisée en deux, où la moitié des élèves ont dû lire un texte en format PDF et l’autre moitié en format papier. Les élèves devaient par la suite répondre à un questionnaire pour évaluer leur compréhension du contenu. Et les résultats ont clairement démontré que la compréhension des textes était beaucoup plus développée chez les élèves ayant lu les versions papier.

Selon les scientifiques, la texture, l’odeur, l’épaisseur, la couverture et la quatrième de couverture d’un livre permettent aux lecteurs d’établir une meilleure « carte mentale du texte »,ce qui facilite leur compréhension. Des recherches précédentes avaient d’ailleurs démontré que plus un texte est long, plus la carte mentale est importante.

Lorsqu’une personne lit sur une tablette électronique, il lui est donc impossible d’avoir une idée de la longueur d’un texte, alors qu’une ou deux pages peuvent s’afficher sur son écran. De plus, la sensation de toucher un écran du bout de ses doigts n’est pas la même que celle de la texture du papier qui, elle, est beaucoup plus stimulante. La chercheuse en chef Anne Mangen constate que cette expérience a permis de prouver qu’il y a vraiment un lien entre le corps et l’esprit. Dans le fond, elle a démontré que le cerveau apprend beaucoup mieux quand une personne peut à la fois toucher et voir son livre.

Mais comme les technologies sont devenues incontournables, Mme Mangen croit qu’il faudra voir dans l’avenir à développer davantage des outils qui permettront d’augmenter l’expérience sensorielle des lecteurs pour assurer leur compréhension du contenu. D’ici là, le bon vieux livre en papier demeure encore la meilleure chose à se mettre sous la main.

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Lettre d’Émile Zola à la jeunesse

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En ce 12 août, journée internationale de la jeunesse, cette lettre d’Émile Zola écrite dans la tourmente de «l’affaire Dreyfus»:

– Où allez-vous, jeunes gens, où allez-vous, étudiants, qui courez en bandes par les rues, manifestant au nom de vos colères et de vos enthousiasmes, éprouvant l’impérieux besoin de jeter publiquement le cri de vos consciences indignées?

Allez-vous protester contre quelque abus du pouvoir, a-t-on offensé le besoin de vérité et d’équité, brûlant encore dans vos âmes neuves, ignorantes des accommodements politiques et des lâchetés quotidiennes de la vie ?

Allez-vous redresser un tort social, mettre la protestation de votre vibrante jeunesse dans la balance inégale, où sont si faussement pesés le sort des heureux et celui des déshérités de ce monde ?

Allez-vous, pour affirmer la tolérance, l’indépendance de la raison humaine, siffler quelque sectaire de l’intelligence, à la cervelle étroite, qui aura voulu ramener vos esprits libérés à l’erreur ancienne, en proclamant la banqueroute de la science ?

Allez-vous crier, sous la fenêtre de quelque personnage fuyant et hypocrite, votre foi invincible en l’avenir, en ce siècle prochain que vous apportez et qui doit réaliser la paix du monde, au nom de la justice et de l’amour ?

– Non, non ! Nous allons huer un homme, un vieillard, qui, après une longue vie de travail et de loyauté, s’est imaginé qu’il pouvait impunément soutenir une cause généreuse, vouloir que la lumière se fasse et qu’une erreur soit réparée, pour l’honneur même de la patrie française !

Ah, quand j’étais jeune moi-même, je l’ai vu, le Quartier latin, tout frémissant des fières passions de la jeunesse, l’amour de la liberté, la haine de la force brutale, qui écrase les cerveaux et comprime les âmes. Je l’ai vu, sous l’Empire, faisant son oeuvre brave d’opposition, injuste même parfois, mais toujours dans un excès de libre émancipation humaine. Il sifflait les auteurs agréables aux Tuileries, il malmenait les professeurs dont l’enseignement lui semblait louche, il se levait contre quiconque se montrait pour les ténèbres et pour la tyrannie. En lui brûlait le foyer sacré de la belle folie des vingt ans, lorsque toutes les espérances sont des réalités, et que demain apparaît comme le sûr triomphe de la Cité parfaite.

Et, si l’on remontait plus haut, dans cette histoire des passions nobles, qui ont soulevé la jeunesse des écoles, toujours on la verrait s’indigner sous l’injustice, frémir et se lever pour les humbles, les abandonnés, les persécutés, contre les féroces et les puissants. Elle a manifesté en faveur des peuples opprimés, elle a été pour la Pologne, pour la Grèce, elle a pris la défense de tous ceux qui souffraient, qui agonisaient sous la brutalité d’une foule ou d’un despote. Quand on disait que le Quartier latin s’embrasait, on pouvait être certain qu’il y avait derrière quelque flambée de juvénile justice, insoucieuse des ménagements, faisant d’enthousiasme une oeuvre du coeur. Et quelle spontanéité alors, quel fleuve débordé coulant par les rues !

Je sais bien qu’aujourd’hui encore le prétexte est la patrie menacée, la France livrée à l’ennemi vainqueur, par une bande de traîtres. Seulement, je le demande, où trouvera-t-on la claire intuition des choses, la sensation instinctive de ce qui est vrai, de ce qui est juste, si ce n’est dans ces âmes neuves, dans ces jeunes gens qui naissent à la vie publique, dont rien encore ne devrait obscurcir la raison droite et bonne ? Que les hommes politiques, gâtés par des années d’intrigues, que les journalistes, déséquilibrés par toutes les compromissions du métier, puissent accepter les plus impudents mensonges, se boucher les yeux à d’aveuglantes clartés, cela s’explique, se comprend. Mais elle, la jeunesse, elle est donc bien gangrenée déjà, pour que sa pureté, sa candeur naturelle, ne se reconnaisse pas d’un coup au milieu des inacceptables erreurs, et n’aille pas tout droit à ce qui est évident, à ce qui est limpide, d’une lumière honnête de plein jour !

Il n’est pas d’histoire plus simple. Un officier a été condamné, et personne ne songe à suspecter la bonne foi des juges. Ils l’ont frappé selon leur conscience, sur des preuves qu’ils ont cru certaines. Puis, un jour, il arrive qu’un homme, que plusieurs hommes ont des doutes, finissent par être convaincus qu’une des preuves, la plus importante, la seule du moins sur laquelle les juges se sont publiquement appuyés, a été faussement attribuée au condamné, que cette pièce est à n’en pas douter de la main d’un autre. Et ils le disent, et cet autre est dénoncé par le frère du prisonnier, dont le strict devoir était de le faire ; et voilà, forcément, qu’un nouveau procès commence, devant amener la révision du premier procès, s’il y a condamnation. Est-ce que tout cela n’est pas parfaitement clair, juste et raisonnable ? Où y a-t-il, là-dedans, une machination, un noir complot pour sauver un traître ? Le traître, on ne le nie pas, on veut seulement que ce soit un coupable et non un innocent qui expie le crime. Vous l’aurez toujours, votre traître, et il ne s’agit que de vous en donner un authentique.

Un peu de bon sens ne devrait-il pas suffire ? A quel mobile obéiraient donc les hommes qui poursuivent la révision du procès Dreyfus ? Écartez l’imbécile antisémitisme, dont la monomanie féroce voit là un complot juif, l’or juif s’efforçant de remplacer un juif par un chrétien, dans la geôle infâme. Cela ne tient pas debout, les invraisemblances et les impossibilités croulent les unes sur les autres, tout l’or de la terre n’achèterait pas certaines consciences. Et il faut bien en arriver à la réalité, qui est l’expansion naturelle, lente, invincible de toute erreur judiciaire. L’histoire est là. Une erreur judiciaire est une force en marche : des hommes de conscience sont conquis, sont hantés, se dévouent de plus en plus obstinément, risquent leur fortune et leur vie, jusqu’à ce que justice soit faite. Et il n’y a pas d’autre explication possible à ce qui se passe aujourd’hui, le reste n’est qu’abominables passions politiques et religieuses, que torrent débordé de calomnies et d’injures.

Mais quelle excuse aurait la jeunesse, si les idées d’humanité et de justice se trouvaient obscurcies un instant en elle ! Dans la séance du 4 décembre, une Chambre française s’est couverte de honte, en votant un ordre du jour « flétrissant les meneurs de la campagne odieuse qui trouble la conscience publique ». Je le dis hautement, pour l’avenir qui me lira, j’espère, un tel vote est indigne de notre généreux pays, et il restera comme une tache ineffaçable. « Les meneurs », ce sont les hommes de conscience et de bravoure, qui, certains d’une erreur judiciaire, l’ont dénoncée, pour que réparation fût faite, dans la conviction patriotique qu’une grande nation, où un innocent agoniserait parmi les tortures, serait une nation condamnée. « La campagne odieuse », c’est le cri de vérité, le cri de justice que ces hommes poussent, c’est l’obstination qu’ils mettent à vouloir que la France reste, devant les peuples qui la regardent, la France humaine, la France qui a fait la liberté et qui fera la justice. Et, vous le voyez bien, la Chambre a sûrement commis un crime, puisque voilà qu’elle a pourri jusqu’à la jeunesse de nos écoles, et que voilà celle-ci trompée, égarée, lâchée au travers de nos rues, manifestant, ce qui ne s’était jamais vu encore, contre tout ce qu’il y a de plus fier, de plus brave, de plus divin dans l’âme humaine !

Après la séance du Sénat, le 7, on a parlé d’écroulement pour M. Scheurer-Kestner. Ah oui ! quel écroulement, dans son coeur, dans son âme ! Je m’imagine son angoisse, son tourment, lorsqu’il voit s’effondrer autour de lui tout ce qu’il a aimé de notre République, tout ce qu’il a aidé à conquérir pour elle, dans le bon combat de sa vie, la liberté d’abord, puis les mâles vertus de la loyauté, de la franchise et du courage civique.

Il est un des derniers de sa forte génération. Sous l’Empire, il a su ce que c’était qu’un peuple soumis à l’autorité d’un seul, se dévorant de fièvre et d’impatience, la bouche brutalement bâillonnée, devant les dénis de justice. Il a vu nos défaites, le coeur saignant, il en a su les causes, toutes dues à l’aveuglement, à l’imbécillité despotiques. Plus tard, il a été de ceux qui ont travaillé le plus sagement, le plus ardemment, à relever le pays de ses décombres, à lui rendre son rang en Europe. Il date des temps héroïques de notre France républicaine, et je m’imagine qu’il pouvait croire avoir fait une œuvre bonne et solide, le despotisme chassé à jamais, la liberté conquise, j’entends surtout cette liberté humaine qui permet à chaque conscience d’affirmer son devoir, au milieu de la tolérance des autres opinions.

Ah bien, oui ! Tout a pu être conquis, mais tout est par terre une fois encore. Il n’a autour de lui, en lui, que des ruines. Avoir été en proie au besoin de vérité, est un crime. Avoir voulu la justice, est un crime. L’affreux despotisme est revenu, le plus dur des bâillons est de nouveau sur les bouches. Ce n’est pas la botte d’un César qui écrase la conscience publique, c’est toute une Chambre qui flétrit ceux que la passion du juste embrase. Défense de parler ! Les poings écrasent les lèvres de ceux qui ont la vérité à défendre, on ameute les foules pour qu’elles réduisent les isolés au silence. Jamais une si monstrueuse oppression n’a été organisée, utilisée contre la discussion libre. Et la honteuse terreur règne, les plus braves deviennent lâches, personne n’ose plus dire ce qu’il pense, dans la peur d’être dénoncé comme vendu et traître. Les quelques journaux restés honnêtes sont à plat ventre devant leurs lecteurs, qu’on a fini par affoler avec de sottes histoires. Et aucun peuple, je crois, n’a traversé une heure plus trouble, plus boueuse, plus angoissante pour sa raison et pour sa dignité.

Alors, c’est vrai, tout le loyal et grand passé a dû s’écrouler chez M. Scheurer-Kestner. S’il croit encore à la bonté et à l’équité des hommes, c’est qu’il est d’un solide optimisme. On l’a traîné quotidiennement dans la boue, depuis trois semaines, pour avoir compromis l’honneur et la joie de sa vieillesse, à vouloir être juste. Il n’est point de plus douloureuse détresse, chez l’honnête homme, que de souffrir le martyre de son honnêteté. On assassine chez cet homme la foi en demain, on empoisonne son espoir ; et, s’il meurt, il dit : « C’est fini, il n’y a plus rien, tout ce que j’ai fait de bon s’en va avec moi, la vertu n’est qu’un mot, le monde est noir et vide ! »

Et, pour souffleter le patriotisme, on est allé choisir cet homme, qui est, dans nos Assemblées, le dernier représentant de l’Alsace-Lorraine ! Lui, un vendu, un traître, un insulteur de l’armée, lorsque son nom aurait dû suffire pour rassurer les inquiétudes les plus ombrageuses ! Sans doute, il avait eu la naïveté de croire que sa qualité d’Alsacien, son renom de patriote ardent seraient la garantie même de sa bonne foi, dans son rôle délicat de justicier. S’il s’occupait de cette affaire, n’était-ce pas dire que la conclusion prompte lui en semblait nécessaire à l’honneur de l’armée, à l’honneur de la patrie ? Laissez-la traîner des semaines encore, tâchez d’étouffer la vérité, de vous refuser à la justice, et vous verrez bien si vous ne nous avez pas donnés en risée à toute l’Europe, si vous n’avez pas mis la France au dernier rang des nations !

Non, non ! les stupides passions politiques et religieuses ne veulent rien entendre, et la jeunesse de nos écoles donne au monde ce spectacle d’aller huer M. Scheurer-Kestner, le traître, le vendu, qui insulte l’armée et qui compromet la patrie !

Je sais bien que les quelques jeunes gens qui manifestent ne sont pas toute la jeunesse, et qu’une centaine de tapageurs, dans la rue, font plus de bruit que dix mille travailleurs, studieusement enfermés chez eux. Mais les cent tapageurs ne sont-ils pas déjà de trop, et quel symptôme affligeant qu’un pareil mouvement, si restreint qu’il soit, puisse à cette heure se produire au Quartier latin !

Des jeunes gens antisémites, ça existe donc, cela ? Il y a donc des cerveaux neufs, des âmes neuves, que cet imbécile poison a déjà déséquilibrés ? Quelle tristesse, quelle inquiétude, pour le vingtième siècle qui va s’ouvrir ! Cent ans après la Déclaration des droits de l’homme, cent ans après l’acte suprême de tolérance et d’émancipation, on en revient aux guerres de religion, au plus odieux et au plus sot des fanatismes ! Et encore cela se comprend chez certains hommes qui jouent leur rôle, qui ont une attitude à garder et une ambition vorace à satisfaire. Mais, chez des jeunes gens, chez ceux qui naissent et qui poussent pour cet épanouissement de tous les droits et de toutes les libertés, dont nous avons rêvé que resplendirait le prochain siècle ! Ils sont les ouvriers attendus, et voilà déjà qu’ils se déclarent antisémites, c’est-à-dire qu’ils commenceront le siècle en massacrant tous les juifs, parce que ce sont des concitoyens d’une autre race et d’une autre loi ! Une belle entrée en jouissance, pour la Cité de nos rêves, la Cité d’égalité et de fraternité ! Si la jeunesse en était vraiment là, ce serait à sangloter, à nier tout espoir et tout bonheur humain.

Ô jeunesse, jeunesse ! Je t’en supplie, songe à la grande besogne qui t’attend. Tu es l’ouvrière future, tu vas jeter les assises de ce siècle prochain, qui, nous en avons la foi profonde, résoudra les problèmes de vérité et d’équité, posés par le siècle finissant. Nous, les vieux, les aînés, nous te laissons le formidable amas de notre enquête, beaucoup de contradictions et d’obscurités peut-être, mais à coup sûr l’effort le plus passionné que jamais siècle ait fait vers la lumière, les documents les plus honnêtes et les plus solides, les fondements mêmes de ce vaste édifice de la science que tu dois continuer à bâtir pour ton honneur et pour ton bonheur. Et nous ne te demandons que d’être encore plus généreuse, plus libre d’esprit, de nous dépasser par ton amour de la vie normalement vécue, par ton effort mis entier dans le travail, cette fécondité des hommes et de la terre qui saura bien faire enfin pousser la débordante moisson de joie, sous l’éclatant soleil. Et nous te céderons fraternellement la place, heureux de disparaître et de nous reposer de notre part de tâche accomplie, dans le bon sommeil de la mort, si nous savons que tu nous continues et que tu réalises nos rêves.

Jeunesse, jeunesse ! Souviens-toi des souffrances que tes pères ont endurées, des terribles batailles où ils ont dû vaincre, pour conquérir la liberté dont tu jouis à cette heure. Si tu te sens indépendante, si tu peux aller et venir à ton gré, dire dans la presse ce que tu penses, avoir une opinion et l’exprimer publiquement, c’est que tes pères ont donné de leur intelligence et de leur sang. Tu n’es pas née sous la tyrannie, tu ignores ce que c’est que de se réveiller chaque matin avec la botte d’un maître sur la poitrine, tu ne t’es pas battue pour échapper au sabre du dictateur, aux poids faux du mauvais juge. Remercie tes pères, et ne commets pas le crime d’acclamer le mensonge, de faire campagne avec la force brutale, l’intolérance des fanatiques et la voracité des ambitieux. La dictature est au bout.

Jeunesse, jeunesse ! Sois toujours avec la justice. Si l’idée de justice s’obscurcissait en toi, tu irais à tous les périls. Et je ne te parle pas de la justice de nos codes, qui n’est que la garantie des liens sociaux. Certes, il faut la respecter, mais il est une notion plus haute, la justice, celle qui pose en principe que tout jugement des hommes est faillible et qui admet l’innocence possible d’un condamné, sans croire insulter les juges. N’est-ce donc pas là une aventure qui doive soulever ton enflammée passion du droit ? Qui se lèvera pour exiger que justice soit faite, si ce n’est toi qui n’es pas dans nos luttes d’intérêts et de personnes, qui n’es encore engagée ni compromise dans aucune affaire louche, qui peux parler haut, en toute pureté et en toute bonne foi ?

Jeunesse, jeunesse ! Sois humaine, sois généreuse. Si même nous nous trompons, sois avec nous, lorsque nous disons qu’un innocent subit une peine effroyable, et que notre coeur révolté s’en brise d’angoisse. Que l’on admette un seul instant l’erreur possible, en face d’un châtiment à ce point démesuré, et la poitrine se serre, les larmes coulent des yeux. Certes, les gardes-chiourme restent insensibles, mais toi, toi, qui pleures encore, qui dois être acquise à toutes les misères, à toutes les pitiés ! Comment ne fais-tu pas ce rêve chevaleresque, s’il est quelque part un martyr succombant sous la haine, de défendre sa cause et de le délivrer ? Qui donc, si ce n’est toi, tentera la sublime aventure, se lancera dans une cause dangereuse et superbe, tiendra tête à un peuple, au nom de l’idéale justice ? Et n’es-tu pas honteuse, enfin, que ce soient des aînés, des vieux, qui se passionnent, qui fassent aujourd’hui ta besogne de généreuse folie ?

– Où allez-vous, jeunes gens, où allez-vous, étudiants, qui battez les rues, manifestant, jetant au milieu de nos discordes la bravoure et l’espoir de vos vingt ans ?

– Nous allons à l’humanité, à la vérité, à la justice !

Émile Zola, 1897

Source: Des Lettres

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«On croit qu’il y a passage de là au Japon»

iroquois imageGuerrier iroquois dessiné par Jacques Grasset de Saint-Sauveur au XVIIIe siècle. La scalpation a profondément marqué l’imaginaire du Nouveau Monde.

Il y a 325 ans, le massacre de Lachine

Oubliée par les manuels d’histoire, l’attaque des Iroquois a été un tournant dans les relations avec les Premières Nations

Jean-François Nadeau, Le Devoir 05/08/14

Les gens de Montréal ont peur. À quelques kilomètres de leur ville fortifiée, du côté de Lachine, des colons ont été massacrés par les Iroquois. Presque toutes les maisons sont détruites.

C’était il y a 325 ans, le 5 août 1689. On dit longtemps dans la colonie que ce fut « l’année du massacre ». La population montréalaise en est très fortement ébranlée. La seule vision des orphelins que les autorités ramènent à Montréal suffit déjà à jeter l’effroi. Même des religieux prennent peur. Pour calmer les esprits, on en retourne d’ailleurs certains en France.

Le massacre de Lachine, longtemps souligné dans les manuels d’histoire des écoles, est à peu près oublié aujourd’hui. Pourtant, il s’agit bien d’un moment charnière qui met notamment en lumière les relations entretenues avec les Premières Nations au cours des terribles guerres franco-iroquoises.

Les Iroquois frappent alors les expéditions commerciales qui progressent chez eux, vers les Grands Lacs, « les Pays d’en haut ». Avec d’autres, le marquis Jacques de Denonville, appuyé par l’intendant de la colonie Jean Bochard de Champigny, mène une offensive au nom du roi. À Québec, l’intendant vient d’ailleurs d’installer un buste de Louis XIV afin que les sujets puissent apprécier les traits de leur maître.

Denonville est donc chargé de mener une expédition militaire contre ces autochtones. Des soldats réguliers, des miliciens et aussi des Amérindiens constituent le corps expéditionnaire. Ils attaquent les Tsonnontouans, une des cinq nations iroquoises. Connu aujourd’hui sous le nom de Sénécas, ce peuple résiste tout d’abord à la surprise grâce à sa maîtrise du terrain et de son sens de l’escarmouche. Mais les Sénécas cèdent bientôt devant la poussée guerrière de l’armée coloniale constituée de plus d’un millier d’hommes.

massacre imageEstampe Massacre et incendie à Lachine, 1689, 1925-1950

Le 14 juillet 1687, dans cette vaste quête qui vise à assurer le contrôle du territoire de la traite des fourrures, Denonville et ses hommes attaquent le village de Ganondagan. Ce centre majeur de la vie des Sénécas tombe. Torche à la main, les troupes de Denonville détruisent les habitations autant que les réserves de nourriture. Ils feront de même partout où ils passent, ne faisant pas de quartier.

Au fort Frontenac, aujourd’hui Kingston, Denonville rassemble tous les Iroquois qu’il peut capturer sur son chemin. Le fort lui-même sert de traquenard. Ces prisonniers sont envoyés à Montréal pour y être expédiés ensuite en France, où ils seront contraints, s’ils survivent jusque-là, à ramer dans les galères de la couronne. Une trentaine de ces prisonniers parviennent finalement outre-Atlantique. Certains reviendront.

Contre-attaque

L’année suivante, dans la nuit du 5 août, les Iroquois profitent d’un temps orageux pour s’approcher de Lachine. Ils frappent à leur tour sans pitié.

Sur 77 maisons que compte alors Lachine, 56 sont rasées. Plusieurs colons sont massacrés, d’autres sont enlevés. Deux cents morts et blessés disent certaines sources. Beaucoup moins, affirment d’autres. Reste qu’en cette année 1689 les incursions iroquoises reprennent de plus belle au coeur même de la colonie française.

Plusieurs villages de la région de Montréal sont attaqués au cours de cette guerre terrible qui touche à son terme avec la Grande Paix de Montréal en 1701. Mais en attendant, une véritable psychose s’installe. Derrière chaque arbre se cache-t-il un Iroquois ?

L’historienne Louise Deschêne estimait possible qu’un dixième des hommes de la colonie de ces années-là ait péri lors d’attaques amérindiennes. C’est énorme.

Le rêve de Lachine

Le massacre de Lachine augmentera encore la charge symbolique que porte ce haut lieu de l’histoire d’Amérique qu’est Lachine. Situé au bord des rapides, Lachine est aussi la marque d’un rêve sur lequel percute la réalité.

Pour ceux qui exploraient plus en avant les suites du grand fleuve, trouver un passage vers l’Orient plutôt que vers les peaux de castor avait été la raison d’être de ces hommes.

Samuel de Champlain espère être le premier à trouver de ce côté un passage vers les Indes. Mais il doit rebrousser chemin à cause des rapides, qu’il baptisa Sault-Saint-Louis. Ses guides lui apprennent néanmoins qu’au-delà de ces barrières d’eau vive se trouvent trois grandes mers d’eau douce. Le rêve continue…

Sur les cartes d’époque, comme celle de Jean Guérard en 1634, on inscrit dans le vaste espace indéfini qui va au-delà des Grands Lacs, qu’il se trouve là une clé qui ouvre les portes de l’Asie. Guérard écrit dans les limbes de sa carte qu’on « croit qu’il y a passage de là au Japon ».

Cavelier de La Salle cherchera lui aussi dans les eaux tumultueuses du Saint-Laurent en amont de Montréal ce fameux passage vers l’Orient qui doit mener aux épices, à l’or, à la soie. L’installation de sa seigneurie de Saint-Sulpice débute à compter de 1666, mais l’aventurier vendit tout à Lachine pour poursuivre ailleurs, jusque dans sa mort au milieu du désert du Texas, sa folle quête de fortune.

Cette fascination pour l’Orient dont le nom même de Lachine témoigne encore est traduite merveilleusement par Jean Nicolet, un des coureurs des bois de Sameul de Champlain. Nicolet avait découvert le premier les Ouinipigous, dont l’orthographe anglaise Winnebagos s’est désormais imposée. Le chef de cette tribu invita Nicolet à un banquet. Certain d’être là au coeur d’un protocole chinois, Nicolet revêt pour l’occasion son plus beau vêtement qu’il a soigneusement apporté dans ses bagages : une précieuse robe chinoise brodée de fleurs et d’oiseaux. Il est probable que cet habit vraiment très rare avait transité comme d’autres vers l’Europe par quelque missionnaire. En Europe, ces robes ne pouvaient être acquises qu’à des prix exorbitants. Mais un aventurier qui souhaitait découvrir un nouveau passage vers l’Orient pouvait-il s’éviter d’en acheter une et risquer ainsi d’entraver le protocole qu’il imaginait être celui de ses hôtes ? Ces robes chinoises étaient donc un accessoire essentiel pour soutenir le regard qu’avaient sur eux-mêmes ces hommes prêts à tout, même à donner et à connaître des massacres.

C’était le 5 août 1689, il y a 325 ans : pour les gens de la colonie française d’Amérique, ce fut « l’année du massacre ».

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28 juillet 1914

 

déclaration

Il y a cent ans aujourd’hui l’Autriche-Hongrie déclara la guerre à la Serbie. Ainsi débuta la Première guerre mondiale.

Voir: Europeana 1914-1918

BLx

 

 

 

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Palestine / Israël / Montréal juillet 2014

 

pour gaza

Un staut Facebook de Tayahout-Nicolas

Grand reportage

Ce soir, et il faut être à Montréal pour voir ça, une manifestation Palestiniens/Juifs… ensemble pour condamner l’État d’Israël !

Un adulte palestinien portait un enfant juif sur ses épaules et un adulte juif portait, lui, un jeune palestinien !

Belle image !

de votre envoyé spécial Tayaout-Nicolas | Photographe professionnel:

BLx

 

 

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1914-1918: Les noirs dans l’armée canadienne

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L’arrivée du bataillon de construction no 2

L’histoire méconnue de la discrimination envers les Noirs dans l’armée canadienne en 1914-1918

Caroline Montpetit, Le Devoir, 18/07/ 2014

 

Cent ans après le début des hostilités, certains aspects de la Première Guerre mondiale demeurent méconnus. C’est le cas de la discrimination envers les Noirs qui a été pratiquée par les officiers de l’armée qui enrôlaient les soldats.

Cette discrimination était si forte que, sous la pression du lobby noir qui voulait participer à l’effort de guerre, l’arméecanadienne a fini par former un bataillon exclusivement formé de Noirs, le bataillonde construction no 2.

L’histoire a été racontée dans deux livres publiés par feu le sénateur canadien Calvin Ruck, Canada’s Black Battalion : no 2 Construction 1916-1920 et The Black Battalion 1916-1920 : Canada’s Best Kept Military Secret.

M. Ruck y raconte comment les Canadiens noirs qui souhaitaient s’enrôler dès 1914 se faisaient systématiquement rejeter par les officiers, certains de ceux-ci allant jusqu’à dire qu’il s’agissait d’une guerre de Blancs, dont ils n’avaient pas à se mêler.

« En 1914, au début de la guerre, les Noirs ont demandé, comme plusieurs autres Canadiens, à aller défendre leur pays. Mais c’est seulement après qu’il y a eu énormément de pression et de lobby politique qu’on les a finalement laissés partir », raconte Michael Farkas, président de la table ronde du Mois de l’histoire des Noirs de Montréal, qui souhaiterait monter une exposition sur le sujet. Alors que le gouvernement fédéral avait pour politique officielle d’accueillir tous les citoyens dans l’armée, les soldats blancs ne voulaient pas côtoyer des Noirs dans leurs rangs.

Par exemple, en novembre 1915, le lieutenant-colonel George W. Fowler écrit une lettre à un supérieur pour lui demander la permission de ne pas recruter de soldats noirs.

« J’ai eu la chance de trouver une très grande qualité de recrues, et je ne trouvais pas juste pour eux de devoir se mêler à des nègres », écrit-il, tel que cité dans le livre de Calvin Ruck. Certains commandants « ne croyaient pas que les Noirs pouvaient faire de bons soldats », ajoute M. Farkas. Pourtant, les Noirs d’Amérique avaient déjà servi dans plusieurs guerres.

Le bataillon noir est finalement parti en 1918, alors que les troupes canadiennes commençaient à manquer de renfort et que la conscription était désormais obligatoire au pays.

« Ils sont partis le 28 mars 1918. Ils étaient 19 officiers et 605 soldats. Le seul Blanc était le général, le général Sutherland, raconte Michael Farkas. Mais ils ne voyaient pas le combat. Ils étaient dans un bataillon de construction. Ils creusaient les tranchées. Ils érigeaient des camps. Ils déplaçaient du matériel de construction. C’était un travail de manutention. »

Parallèlement, quelques soldats noirs ont été enrôlés dans d’autres bataillons et se sont retrouvés sur la ligne de combat.

C’est le cas du père de Dolores Sandoval, de Montréal, parti à la guerre en 1918 avec un ami, et dont l’ami est mort des suites d’une attaque de gaz moutarde.

« Ils avaient essayé de s’enrôler plus tôt durant la guerre, mais on n’avait pas voulu d’eux », raconte Mme Sandoval, qui vit toujours à Montréal.

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Traité des couleurs servant à la peinture à l’eau (1692)

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À la fin du XVIIè siècle, un artiste hollandais du nom de A. Boogert, a fabriqué à la main un livre de plus de 700 pages dans lequel il s’applique à montrer comment mélanger les couleurs et comment obtenir pour chacune d’elle différentes tonalités. Ce faisant il a, ni plus ni moins, procédé à la quasi recension de toutes les couleurs connues… Ce Traité des couleurs servant à la peinture à l’eau de 1692 est une pure merveille!

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Déposé à la Bibliothèque Méjanes d’Aix en Provence, on peut ici le consulter dans son entièreté. C’est à l’historien hollandais  Erik Kwakkel que l’on doit la redécouverte de cette extraordinaire document.

Sources: Open Culture

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Le paléoindien et l’archaïque ancien

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Découverte archéologique surprenante en Estrie

Pauline Gravel, Le Devoir 4/07/14

À East Angus en Estrie, des archéologues viennent d’exhumer sur les rives de la rivière Saint-François unmillier d’artefacts datant vraisemblablement de 8500 à 9500 ans, qui auraient été fabriqués par des descendants des premiers humains à avoir peuplé l’Amérique.

Éric Graillon, aujourd’hui archéologue au Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke, avait repéré le site en 1998 lors de sondages de prospection. Il y avait alors découvert des artefacts à une profondeur de 40 à 65 cm, alors que la plupart des vestiges retrouvés ailleurs en Estrie se situaient dans les 30 premiers centimètres de sol. De plus, les objets découverts avaient été sculptés dans une pierre absente dans la région, une rhyolite provenant du nord du New Hampshire et du Maine. Ces deux observations ont alors convaincu les archéologues que ces artefacts étaient fort probablement très anciens.

« On sait que des objets qui ont été abandonnés par des groupes humains ont pu s’enfoncer encore plus profondément sous l’action du gel et dégel ainsi que des animaux fouisseurs et des racines des arbres », explique le professeur Claude Chapdelaine, du Département d’anthropologie de l’Université de Montréal, qui a dirigé les fouilles à East Angus. « Dans 98 % des sites québécois, les objets se sont enfoncés ainsi de 30 cm. Mais il n’y a qu’un seul moment où les objets ont bougé de 60 à 80 cm, c’est à la fin de l’âge glaciaire. »

De 2002 à 2012, Claude Chapdelaine a fait des fouilles dans la région de Mégantic sur le site Cliche-Rancourt vieux de 12 500 ans qui est le seul site au Québec de la période du paléoindien ancien et qui renferme les traces des premiers humains à occuper le Québec.
Les Paléoindiens sont arrivés en Amérique en traversant le détroit de Béring, il y a 13 500 ans. Ils se sont d’abord installés dans les grandes plaines de l’Ouest américain, où ils ont inventé la pointe de projectile à cannelures, propre à la culture Clovis. Puis, de là, ils ont propagé cette culture à travers toute l’Amérique en migrant vers l’est.
« Les groupes paléoindiens anciens sont arrivés au sud de notre région il y a 12 800 ans. À cette époque, ils ne pouvaient pas pénétrer au Québec car celui-ci était couvert par la mer de Champlain et le glacier au nord. Mais il y a 12 600 ans, ils ont remonté la rivière Kennebec et l’un de ses petits affluents, la rivière Dead, qui les a menés sur le col de montagne le plus bas de la région. Et c’est ainsi qu’ils ont atteint le site Cliche-Rancourt près de Mégantic », raconte M. Chapdelaine.

L’archaïque ancien

 Aucune pointe à cannelures n’a été trouvée à East Angus à ce jour. Les objets qu’on y a recueillis sont surtout des grattoirs pour travailler les peaux et d’autres matériaux, dont plusieurs sont en rhyolite provenant du nord du Maine et du New Hampshire. Avec le quartz local, les hommes de l’époque ont fait des grattoirs, des racloirs et des couteaux spontanés servant à gratter, couper, scier. On a aussi exhumé « des éclats utilisés et des nucléus » (ces noyaux de roche dure dont on extrayait des éclats, des lames). « Pour avoir une réponse claire et nette [de l’âge de ce site], il nous manque toujours des pointes de projectile à cannelures. Mais il reste encore une bonne partie du site à fouiller », dit avec espoir M. Chapdelaine.

L’équipe de cinq archéologues qui a fouillé sur le site d’East Angus pendant deux semaines a sorti du sol plus de 1000 fragments issus de ce travail de taille. « Ce genre de découverte est assez caractéristique des sites anciens des chasseurs, pêcheurs, cueilleurs », souligne le chercheur.

Au milieu de ces fragments, les archéologues ont également retrouvé des charbons de bois et des pierres chauffées ayant été rougies et éclatées par le feu, qui proviennent vraisemblablement d’un ancien foyer. M. Chapdelaine prévoit d’envoyer certains de ces charbons de bois en Floride pour qu’ils soient datés au carbone 14, ce qui permettrait de confirmer ou d’infirmer son hypothèse. Et au laboratoire du géologue Michel Lamothe de l’UQAM, on déterminera depuis combien de temps les pierres chauffées n’avaient pas été exposées au soleil par la technique de luminescence optique.

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Claude Chapdelaine estime que les traces d’activité humaine découvertes sur le terrain de la papeterie Cascades à East Angus remontent à l’archaïque ancien, la période ayant succédé au paléoindien. « Il s’agirait du premier site de l’archaïque ancien en Estrie », dit-il.

Les humains qui l’ont habité provenaient probablement du sud, croit M. Chapdelaine. « Il s’agissait de montagnards venant du nord du Maine, du Vermont et du New Hampshire, et qui continuaient d’entretenir des relations avec des groupes de ces régions du sud, comme le montrent les objets en rhyolite provenant du nord du Maine et du nord du New Hampshire qui ont été découverts à East Angus, mais aussi à Cliche-Rancourt. »

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Les historiens ont-ils les idées courtes ?

Nikolaos Gysis, Allégorie de l'histoire (1892)

Nikolaos Gysis, Allégorie de l’histoire (1892)

Entretien avec David Armitage

par Nicolas Delalande & traduit par Kate McNaughton
L’hyperspécialisation des études historiques n’est pas une fatalité. Pour David Armitage, professeur à Harvard, il est urgent que l’histoire intellectuelle retrouve le sens et le goût de la longue durée. Sous peine de voir les approches naturalistes dominer ce que l’on nomme maintenant la big history.
David Armitage, né en 1965, est un historien britannique, spécialiste d’histoire intellectuelle, internationale et impériale. Professeur à Harvard depuis 2004, il y occupe la chaire Lloyd C. Blankfein. Son premier livre, paru en 2000, portait sur l’histoire intellectuelle de l’impérialisme britannique à l’époque moderne (The Ideological Origins of British Empire, Cambridge University Press). Depuis 2007 et la publication d’un livre consacré à l’histoire globale de la déclaration d’Indépendance américaine (The Declaration of Independence : a Global History, Harvard University Press), il s’efforce, seul ou en collaboration, de promouvoir un élargissement spatio-temporel des cadres habituels de l’histoire intellectuelle. Il a ainsi codirigé, chez Palgrave MacMillan, deux volumes portant sur l’histoire globale des révolutions de la fin du XVIIIe siècle (The Age of Revolutions in Global Context, 2010, en codirection avec Sanjay Subrahmanyam) et sur l’histoire pacifique (Pacific Histories. Ocean, Land, People, en codirection avec Alison Bashford, 2014). Il a également exploré la dimension internationale de la pensée politique d’auteurs classiques comme Locke, Hobbes ou Bentham (Foundations of Modern Intellectual Thought, Cambridge University Press, 2012).Plus récemment, David Armitage plaide en faveur d’une prise en compte renouvelée de la longue durée dans les travaux historiques, en particulier en histoire intellectuelle. Sa réflexion part du constat que si l’on dispose de plus en plus de recherches spécialisées sur des régions ou des périodes circonscrites, l’histoire peine à apporter des réponses aux grandes questions de notre temps. À l’heure où se multiplient, aux États-Unis, les appels à promouvoir la big ou la deep history, Armitage s’inquiète du possible déphasage entre une histoire environnementale, biologique ou génétique, à même de couvrir plusieurs siècles ou millénaires d’histoire, et les approches beaucoup plus micro et réduites dans le temps de l’histoire politique, sociale ou intellectuelle. Ouvrir les horizons chronologiques serait aussi une condition pour resserrer les liens, distendus, entre les historiens et leur lectorat.Ces idées, qu’Armitage a exposées dans un article publié dans la revue History of European Ideas et dans un article à paraître en français dans les Annales. Histoire, Sciences Sociales, sont discutées dans ce bref entretien réalisé à Paris en mai 2014. L’historien répond notamment aux interrogations que son projet soulève sur la possibilité de conjuguer longue durée et prise en compte des expériences, des émotions et des représentations portées par les acteurs historiques, ou bien encore sur les écueils à éviter pour ne pas ressusciter une histoire des idées fortement décontextualisée.

Pour faire apparaître le sous-titrage français, cliquer sur le bouton « cc » en haut à droite de la vidéo, une fois celle-ci lancée:

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Hikkomori et Otaku

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La culture ludique japonaise a été énormément popularisée dans les années 80. La jeunesse occidentale est éprise d’un nouvel univers. Il s’agit du manga/anime, les adeptes se souviennent encore du premier épisode de la série très connu, Pokémon, qui a propulsé ce monde sur les écrans de télévision. À présent l’industrie du manga est un pilier de la culture et de l’économie japonaise. Les produits sont multiples, de la littérature manga, à l’adaptation télévisée, à la mise en production d’un jeu-vidéo, pour enfin être transformé en jeu de carte. L’inspiration des artistes est vaste, ils puisent dans; l’histoire du japon féodal, la philosophie occidentale, la culture punk et steampunk[1], les religions, l’univers arthurien, le schoolife japonais, bref, les sources sont infinies. Un univers ludique aussi riche en concepts ne peut que créer une nouvelle classe de consommateur.

Un terme très spécifique a été inventé pour définir ce phénomène : Otaku. Il décrit toutes personnes ayant liée leur mode de vie à la consommation de ce hobby. Otaku veut initialement dire : votre maison. Le mot est composé de la préposition honorifique « o » et du substantif « taku » signifiant « chez-soi ». À présent, le terme Otaku a pris une toute nouvelle ampleur. Au Japon, on désigne comme Otaku tous ceux qui se cloisonnent dans leur demeure pour vivre leur passion. En Occident, ce serait l’équivalent du « nerd ». Mais il y a, pour autant, différents degrés d’Otaku, en Amérique et en Europe, le terme est employé pour désigner des amateurs du genre. Or, au Japon, le degré est plus élevé et lorsqu’il prend un niveau disproportionné, on emploie l’expression Hikkomori qui est une pathologie psychosociale et familiale. Ce trouble psychologique touche principalement les adolescents et jeunes adultes. Ces personnes vivent coupées du monde extérieur et ne se sentent à l’aise que dans une pièce. Ils définissent le monde en deux concepts, le 3D qui est la vie réelle et le 2D qui est l’univers du manga/anime, du jeu-vidéo et de l’internet. À leurs yeux, l’univers du 2D prime. Ces personnes ne sont ni autistes, ni grabataires où arriérées, elles ne se sentent juste pas à l’aise pour socialiser et voient dans le 2D un idéal où ils se sentent maître de leur monde.

Les sociologues révèlent que ce phénomène est la pression sociale du pays où les jeunes sont constamment en compétition académique et où le moindre échec scolaire est synonyme d’un échec de vie. En 2011, on comptait au Japon près de 230 000 Hikkomoris. Ce chiffre est à la hausse puisqu’en 2013 les statistiques démontrent que plus de 260 000 jeunes se considèrent comme tel, plus de 70% sont des mâles.

NeetL’anime Welcome to NHK représente fidèlement l’environnement d’un Hikkomori

Certains mangakas[2] ont même exploité ce phénomène dans leurs scénarios, Welcome to NHK est considéré comme la meilleure œuvre traitant du sujet. L’histoire raconte la vie d’un étudiant studieux pouvant être accepté dans les meilleures universités du Japon, mais la perte de son amoureuse l’a plongé dans une mélancolie profonde. Sa petite amie étant son seul contact social, le protagoniste ne sait plus comment terminer son parcours scolaire. Il abandonne l’école et se réfugie dans un logement. L’auteur ironise avec brio sur la situation du déchu de la société, le personnage prend plaisir à jouer à des Dating Sims ce qui consiste à forger des liens amoureux avec des filles virtuelles.

Ce problème est très tabou au Japon, où les parents des enfants touchés par ce trouble, cachent avec honte ce genre de situation familiale. Ce n’est que très récemment que les psychologues et psychanalystes se sont attardés à ce fléau social. Quelques traitements ont été mis de l’avant pour offrir un soutien psychologique aux jeunes, mais aussi aux parents. La première action des thérapeutes est, avant tout, de sensibiliser les parents et de les rassurer puisque l’attitude des parents envers l’enfant a un impact direct sur sa psychologie. Des traitements médicamenteux sont aussi disponibles, très souvent à effet placebo. Malgré tout, les Hikkomoris et les parents déplorent le manque d’aide et de soutien qui sont très souvent laissés à eux-mêmes.

Mohamed Redha Meddad

 

[1] Dérivée de la culture punk, le steampunk s’inspire de la Révolution industrielle. Il emploie la technologie de la vapeur et les croquis de Leonardo De Vinci pour présenter un univers futuriste à la sauce rétro.

[2] Auteur de manga/anime

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Le Wargame

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Le wargame, ou «jeu de guerre» trouve son origine dans les premiers jeux de stratégies abstraits que l’humain inventa. Les échecs en sont l’exemple le plus primitif. Dans la pratique, le «jeu de guerre» fut un complément aux manœuvres réelles des différentes armées du monde. Si au Moyen Âge et dans l’Antiquité on utilisait des blocs de bois ou des sculptures représentant des soldats sur des cartes ou à même le sol, il fallut attendre jusqu’en 1824 pour voir une véritable théorisation de la guerre au travers d’un « jeu » appelé « Kriegsspiel ». Ce jeu fut créé par un officier prussien du nom de Georg von Reisswitz afin d’être utilisé par l’état-major de son pays comme simulateur de guerre. C’est un jeu très complexe qui nécessite la participation de trois joueurs au minimum. L’un prend le commandement de l’armée rouge, l’autre le commandement de l’armée bleu et la troisième personne sert d’intermédiaire entre les deux joueurs et gère tous les aspects relatifs au combat et au bon fonctionnement du jeu. La troisième personne est normalement, du moins au 19e siècle, un officier qui avait vu et vécu les combats et donc, qui pouvait représenter de façon juste et précise la réalité de la guerre (réaction des régiments à certains événements, le moral de l’armée, l’ambiance, etc.) sur les cartes déployées autour des différents joueurs. Les joueurs sont normalement des élèves officiers ou des officiers. L’empereur d’Allemagne fit d’ailleurs distribuer ce jeu à tous les quartiers généraux de son armée pour qu’ils l’utilisent pour simuler d’éventuels conflits dans leur région.[1] C’est avec ce jeu que furent planifiées les premières offensives de la première guerre mondiales. Une deuxième version du jeu fut créée pour y inclure les nouveaux aspects de la guerre tels que le train ou le canon à âme raillé. Le wargame fut donc, inventé et utilisé en premier lieu chez les militaires.

Par la suite, plusieurs pays après l’Allemagne créèrent leur propre « Kriegsspiel ». Il fallut attendre la fin de la seconde guerre mondiale pour voir apparaître les premiers jeux de guerre commerciaux. L’Angleterre et les États-Unis furent le berceau de ce commerce. Les premiers grands wargames aux États-Unis, ceux qui sont le plus connu du grand public, viennent d’une compagnie nommé « Avalon Hill ». En Angleterre, le genre fut appliqué à l’Histoire mais aussi à la fantaisie et à la science-fiction. Avec la commercialisation, le wargame ne fut plus seulement l’apanage des militaires, car de nombreux civils commencèrent à y jouer. Le jeu de guerre n’était plus seulement une simulation de guerres à venir ou présentes, mais donnait au public l’opportunité de revivre les batailles du passé. Toutes les périodes de l’histoire peuvent être représentées dans un wargame malgré que certaines soient plus difficiles à représenter et à modéliser ou encore du fait du manque de popularité de certaines périodes. Les périodes les plus jouées sont celles des guerres napoléoniennes et de la deuxième guerre mondiale. Aux États-Unis, les périodes de la guerre d’indépendance et de la guerre de Sécession sont aussi très populaires. Le Moyen Âge, l’Antiquité et le début de l’époque moderne (avant Napoléon) sont des thèmes peu exploités par les éditeurs de jeu, quoiqu’un intérêt grandissant se fasse de plus en plus sentir.[2]

Le wargame, à ses débuts et jusqu’à la fin des années 80 fut assez populaire. Il existe deux façons de jouer aux wargames, la première étant manuelle avec les bonnes vieilles cartes, les dés, les tableaux et les pions et l’autre de façon automatisée par ordinateur. Avec le développement des ordinateurs personnels, les wargames dit manuels connurent un âge d’or entre 1970 et 1980 mais déclinèrent de plus en plus, surtout du côté des wargames historiques. Le thème le plus populaire par la suite de cet âge d’or fut la fantaisie et la science-fiction. Dans les années 70 et 80, le jeu de rôle fit aussi son apparition, avec le premier Donjon et Dragon. Les jeux de guerres historiques n’étaient plus les seuls sur le marché, en fait, ils ne retrouvèrent jamais la prédominance qu’ils avaient lors de la commercialisation du genre, après le deuxième conflit mondial.

Le Wargame s’est diversifié depuis ses premières utilisations en tant que simulateur de conflit. Le terme belliludiste désigne, du moins en France, ceux qui s’adonnent aux Wargames les plus divers. Le Wargame avec figurines est une déclinaison du genre qui se veut bien plus ludique que le Wargame classique.

Quant est-il au niveau académique? Qu’en disent les professeurs? En fait le Wargame peut servir et sert d’outil éducationnel à tous les niveaux scolaires, civils comme militaires. Il peut servir comme moyen d’introduction à une période de l’Histoire ou simplement comme supplément éducatif à un cours d’histoire, un moyen d’apprendre en s’amusant, de joindre l’utile à l’agréable. Il suffit de trouver la période qui plait le plus à tous les participants. Le site internet juniorgeneral.com est une référence du milieu en ce qui attrait à l’utilisation du wargame comme outil éducatif chez les jeunes. Le wargame, pour plusieurs experts facilite l’apprentissage de notions historiques (dans le cas des élèves de niveau primaire et secondaire) et de notions de stratégies, de tactiques, d’organisation et de gestion aux étudiants à l’éducation supérieure. Le Wargame en général est connu et joué par des étudiants(tes) et des enseignants(tes) de niveau collégial et universitaire ainsi que des adultes de professions dites libérales ou par les militaires. L’intérêt pour l’Histoire mène souvent les jeunes à, un jour, connaitre ce genre de jeux. La pratique du Wargame est si sérieuse, utile et même parfois renommée qu’à Londres, le King’s College, dans son programme universitaire de War Studies (études de la Guerre), donne un cours, et donc une session entière sur la conception d’un wargame par les étudiants eux-mêmes et l’analyse du genre. Des programmes du genre existent au Canada mais ils sont généralement réservés aux futurs militaires, à moins d’avoir une autorisation spéciale ou un partenariat universitaire qui amènerait l’étudiant sur cette route.

Julian Nouche Laurin 

Documentation utile

Vae Victis

Decision Games

Jours de gloire

James F. DUNNIGAN, The complete wargames handbook, 2005, 292 p.

Philip Sabin, The continuing merits of manual wargaming, London, King’s college, 41 p.

[1]Georg VON REISSWITZ, The von Reisswitz Kriegsspiel, The prussian army wargame, Freiburg, Militargeschichtliches Forschungsamptes, 1824, p. 4

[2]James F. DUNNIGAN, The complete wargames handbook, 2005, P. 92 à 106

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Highline: L’urbanisme à son meilleur

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Reconvertir les vieilles infrastructures en milieu urbain peut être un véritable calvaire. Voilà une raison de plus pour célébrer les réussites d’urbanisme lorsqu’elles se présentent. C’est le cas du High Line de New York qui aujourd’hui est une attraction très fréquentée tant par les New-Yorkais que les touristes. En effet, la piste de train surélevé construite vers 1930 était une grande initiative pour promouvoir la sécurité dans les rues. Toutefois dans les années 80, elle a du cesser ses activités et bien rapidement est devenu un fardeau. Après une lutte au début des années 2000, elle a eu une nouvelle vie.

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De nos jours, le High Line est une formidable piste piétonnière en hauteur qui fait un tour de la ville. Elle permet de contempler le panorama de la ville en donnant un nouveau point de vue tout simplement magnifique et incomparable. Dans les dernières années, elle a même été reverdie. Je peux dire, l’ayant vécue, qu’il s’agit d’une expérience particulièrement plaisante.

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Nous y sommes aller le dimanche après-midi, nous étions là sur ce chemin ,de métal et de béton parsemé d’arbustes et de fleurs, ayant une vue imprenable d’un côté sur toute la grandeur du paysage urbain et de l’autre les abords de la ville avec la vue sur l’eau le tout baigné par la chaleureuse clarté du soleil couchant qui passait à travers les hauts bâtiments. Le passage sur cette voie ferrée réaffecté restera toujours dans mes souvenirs doux et illuminés du voyage d’études collégial en Histoire à New York!

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VOIR LE SITE OFFICIEL DU HIGH LINE ET DES AMIS DU HIGH LINE

Rachel Castonguay

 

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Mon premier orignal

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Le mois d’octobre est synonyme d’Halloween pour la majorité des enfants du Québec. Ce fut mon cas jusqu’à l’âge de douze ans. Effectivement, le mois d’octobre a une tout autre signification pour la majorité de la population de l’Abitibi-Témiscaminque, car à l’âge de douze ans moi, comme beaucoup d’autres enfants, avons passé notre « cours de chasse ». Ce cour consiste à apprendre les maniements des armes, à bien connaitre la faune, ainsi qu’à prouver que nous sommes capables de chasser. Une fois l’examen terminé, je suis plongé dans l’attente et ce n’est que deux semaines plus tard que j’ai reçu par la poste le résultat qui fût positif, ainsi que ma carte me donnant le droit de chasser avec un adulte, car ce n’est qu’à l’âge de dix-huit ans qu’il est possible de chasser seul. Maintenant que j’ai ma carte de chasse, j’ai évidemment besoin d’une arme, mais comme la loi sur l’âge limite pour chasser, il y en a une, qui est la même pour l’acquisition et la possession d’une arme, il faut dix-huit ans pour avoir une arme à notre nom, alors moi et mon père sommes allés m’en acheter deux à son nom. Bref, j’ai maintenant ma.270 pour chasser l’orignal, et une.22 pour la perdrix. Tous ces événements se déroulent l’été, je dois donc attendre à l’automne, en octobre, pour l’ouverture de la chasse.

Une fois la date arrivée, c’est plusieurs rituels qui s’installent pour la population de Témiscamingue. La chasse commence habituellement le premier samedi d’octobre, alors le vendredi matin il y a la messe du chasseur pour les croyants, je n’y suis jamais allé, mais mes tantes oui. Ils m’ont dit que le curé parle de chasse quelque peu, puis s’entretient avec chacun d’eux pour leur souhaiter bonne chance, puis le reste du temps c’est une messe traditionnelle. Il y a aussi le déjeuner du chasseur où beaucoup de chasseurs se réunissent pour parler de chasse, des traces d’orignaux qu’ils ont vu sur leur territoire de chasse, etc.

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Après, les gens se dirigent vers leurs camps, avec des provisions pour être capable de survivre deux semaines dans le bois, ainsi que plusieurs boissons alcoolisées, car la chasse sans alcool ce n’est pas pareil! Le vendredi soir l’ambiance au camp est à la fête, un bon repas en bonne compagnie et un gros dodo pour le lendemain.

tour

Le samedi matin à 6 heures c’est l’heure de se lever, un gros café, un très léger déjeuner et une petite marche vers nos tours, dont certaines sont à 45 minutes à pieds, car on doit marcher très lentement pour ne pas faire de bruit. Pour ma part le premier matin de ma première chasse à vie, je suis mon père à la tour du pin, à 15 minutes du camp. Je m’installe et j’attends, rien. Vers 11 h on est de retour au camp pour dîner et écouter le rendez-vous du chasseur, qui est une émission dans laquelle des gens appellent pour féliciter ou encourager des chasseurs.

Maintenant, je passe 5-6 années, je n’ai toujours pas tué d’orignaux, mon oncle oui, ainsi que mon père quand je n’étais pas avec lui. J’ai donc dix-huit ans, c’est la troisième ou quatrième journée de chasse. Les deux premières journées ont été très tranquilles, mes partenaires de chasse sont dans des tours, je suis seul sur la galerie du camp où il y a une très belle vue pour chasser.

galerie

Il est environ 9-10 heures du matin, je me suis endormi sur ma chaise berçante qui est sur la galerie. Je me réveille il est environ 10 h 30, je décide donc d’aller couper du bois à côté du camp pour faire un feu, car il fait froid. Je coupe une dizaine de bûches et je m’en vais au camp pour faire le feu, mais à ce moment qu’est-ce que je vois à 850-900 pieds, une très grosse femelle orignal qui s’apprête à traverser l’étang, je suis chanceux, car je peux seulement tuer les femelles une année sur deux, c’est la loi pour préserver l’espèce. Elle est à environ 100 pieds de mon frère dans sa tour, mais il ne peut pas la voir, car elle est cachée par une pointe de forêt. Je dépose les morceaux de bois par terre, ils peuvent attendre. Je cours prendre ma carabine et je vise l’orignal, je tire une première balle, elle ne bouge pas, alors je lui en tire une autre et une autre, j’ai compris par la suite que je l’avais atteint toutes les fois, mais pour l’instant je ne le sais pas. La femelle se tourne de dos, et regarde vers moi, je ne peux donc plus lui tirer dans le cœur, et je ne peux pas non plus lui tirer dans les fesses, car beaucoup de viande s’y trouve, alors je décide de lui viser la tête à 850 pieds, je tire et je vois qu’elle se met à trembler, mais elle ne tombe toujours pas. Je recharge une balle et tire une dernière balle vers la tête, elle se met à courir et fait environ 20 pieds et tombe dans le bois, je lui ai troué l’oreille avec la première balle, et cassé la mâchoire avec la seconde. Je prends quelques bières dans le frigidaire, et je pars à la rencontre de mon orignal. Je rencontre mon père qui était avec mon frère de 15 ans et qui me dit qu’ils ont vu mes deux dernières balles frapper dans l’eau devant eux. Il me demande si j’ai touché l’orignal si c’est un mâle ou une femelle, je lui dis que je ne sais pas si je l’ai touché, car elle ne bougeait pas alors nous allons voir et elle est là couché par terre, morte.

orignal

Les chasseurs ne sont pas des sauvages sans émotion, nous avons un grand respect pour les animaux, c’est pour cela que nous nous dépêchons à aller voir si l’orignal est mort, car on ne veut pas que la bête souffre inutilement. Par contre, il y a aussi une autre raison pour trouver l’orignal rapidement, car il faut lui couper la gorge pour le vider de son sang, car sinon l’orignal gonfle et la viande se gaspille. Nous coupons donc l’orignal en quatre quartiers, que nous pendons pendant 24-48 heures à l’extérieur avant de l’amener dans le garage pour enlever le poil, et nous l’amenons finalement chez le boucher. Mais avant, une fois l’orignal accroché à côté du camp, tout le monde me félicite, on boit quelques bières puis on dîne, les autres chasseurs retournent à la chasse, en fait que deux des quatre chasseurs du camp, car l’un d’eux doit mettre son permis sur mon orignal, car c’est un orignal pour deux permis. Voici donc ce qu’est la chasse, il faut aimer la nature, et être patient, car je n’ai toujours pas tué d’orignal depuis ce temps.

Jean-François Demers

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