Le Wargame

kriegspiel

Le wargame, ou «jeu de guerre» trouve son origine dans les premiers jeux de stratégies abstraits que l’humain inventa. Les échecs en sont l’exemple le plus primitif. Dans la pratique, le «jeu de guerre» fut un complément aux manœuvres réelles des différentes armées du monde. Si au Moyen Âge et dans l’Antiquité on utilisait des blocs de bois ou des sculptures représentant des soldats sur des cartes ou à même le sol, il fallut attendre jusqu’en 1824 pour voir une véritable théorisation de la guerre au travers d’un « jeu » appelé « Kriegsspiel ». Ce jeu fut créé par un officier prussien du nom de Georg von Reisswitz afin d’être utilisé par l’état-major de son pays comme simulateur de guerre. C’est un jeu très complexe qui nécessite la participation de trois joueurs au minimum. L’un prend le commandement de l’armée rouge, l’autre le commandement de l’armée bleu et la troisième personne sert d’intermédiaire entre les deux joueurs et gère tous les aspects relatifs au combat et au bon fonctionnement du jeu. La troisième personne est normalement, du moins au 19e siècle, un officier qui avait vu et vécu les combats et donc, qui pouvait représenter de façon juste et précise la réalité de la guerre (réaction des régiments à certains événements, le moral de l’armée, l’ambiance, etc.) sur les cartes déployées autour des différents joueurs. Les joueurs sont normalement des élèves officiers ou des officiers. L’empereur d’Allemagne fit d’ailleurs distribuer ce jeu à tous les quartiers généraux de son armée pour qu’ils l’utilisent pour simuler d’éventuels conflits dans leur région.[1] C’est avec ce jeu que furent planifiées les premières offensives de la première guerre mondiales. Une deuxième version du jeu fut créée pour y inclure les nouveaux aspects de la guerre tels que le train ou le canon à âme raillé. Le wargame fut donc, inventé et utilisé en premier lieu chez les militaires.

Par la suite, plusieurs pays après l’Allemagne créèrent leur propre « Kriegsspiel ». Il fallut attendre la fin de la seconde guerre mondiale pour voir apparaître les premiers jeux de guerre commerciaux. L’Angleterre et les États-Unis furent le berceau de ce commerce. Les premiers grands wargames aux États-Unis, ceux qui sont le plus connu du grand public, viennent d’une compagnie nommé « Avalon Hill ». En Angleterre, le genre fut appliqué à l’Histoire mais aussi à la fantaisie et à la science-fiction. Avec la commercialisation, le wargame ne fut plus seulement l’apanage des militaires, car de nombreux civils commencèrent à y jouer. Le jeu de guerre n’était plus seulement une simulation de guerres à venir ou présentes, mais donnait au public l’opportunité de revivre les batailles du passé. Toutes les périodes de l’histoire peuvent être représentées dans un wargame malgré que certaines soient plus difficiles à représenter et à modéliser ou encore du fait du manque de popularité de certaines périodes. Les périodes les plus jouées sont celles des guerres napoléoniennes et de la deuxième guerre mondiale. Aux États-Unis, les périodes de la guerre d’indépendance et de la guerre de Sécession sont aussi très populaires. Le Moyen Âge, l’Antiquité et le début de l’époque moderne (avant Napoléon) sont des thèmes peu exploités par les éditeurs de jeu, quoiqu’un intérêt grandissant se fasse de plus en plus sentir.[2]

Le wargame, à ses débuts et jusqu’à la fin des années 80 fut assez populaire. Il existe deux façons de jouer aux wargames, la première étant manuelle avec les bonnes vieilles cartes, les dés, les tableaux et les pions et l’autre de façon automatisée par ordinateur. Avec le développement des ordinateurs personnels, les wargames dit manuels connurent un âge d’or entre 1970 et 1980 mais déclinèrent de plus en plus, surtout du côté des wargames historiques. Le thème le plus populaire par la suite de cet âge d’or fut la fantaisie et la science-fiction. Dans les années 70 et 80, le jeu de rôle fit aussi son apparition, avec le premier Donjon et Dragon. Les jeux de guerres historiques n’étaient plus les seuls sur le marché, en fait, ils ne retrouvèrent jamais la prédominance qu’ils avaient lors de la commercialisation du genre, après le deuxième conflit mondial.

Le Wargame s’est diversifié depuis ses premières utilisations en tant que simulateur de conflit. Le terme belliludiste désigne, du moins en France, ceux qui s’adonnent aux Wargames les plus divers. Le Wargame avec figurines est une déclinaison du genre qui se veut bien plus ludique que le Wargame classique.

Quant est-il au niveau académique? Qu’en disent les professeurs? En fait le Wargame peut servir et sert d’outil éducationnel à tous les niveaux scolaires, civils comme militaires. Il peut servir comme moyen d’introduction à une période de l’Histoire ou simplement comme supplément éducatif à un cours d’histoire, un moyen d’apprendre en s’amusant, de joindre l’utile à l’agréable. Il suffit de trouver la période qui plait le plus à tous les participants. Le site internet juniorgeneral.com est une référence du milieu en ce qui attrait à l’utilisation du wargame comme outil éducatif chez les jeunes. Le wargame, pour plusieurs experts facilite l’apprentissage de notions historiques (dans le cas des élèves de niveau primaire et secondaire) et de notions de stratégies, de tactiques, d’organisation et de gestion aux étudiants à l’éducation supérieure. Le Wargame en général est connu et joué par des étudiants(tes) et des enseignants(tes) de niveau collégial et universitaire ainsi que des adultes de professions dites libérales ou par les militaires. L’intérêt pour l’Histoire mène souvent les jeunes à, un jour, connaitre ce genre de jeux. La pratique du Wargame est si sérieuse, utile et même parfois renommée qu’à Londres, le King’s College, dans son programme universitaire de War Studies (études de la Guerre), donne un cours, et donc une session entière sur la conception d’un wargame par les étudiants eux-mêmes et l’analyse du genre. Des programmes du genre existent au Canada mais ils sont généralement réservés aux futurs militaires, à moins d’avoir une autorisation spéciale ou un partenariat universitaire qui amènerait l’étudiant sur cette route.

Julian Nouche Laurin 

Documentation utile

Vae Victis

Decision Games

Jours de gloire

James F. DUNNIGAN, The complete wargames handbook, 2005, 292 p.

Philip Sabin, The continuing merits of manual wargaming, London, King’s college, 41 p.

[1]Georg VON REISSWITZ, The von Reisswitz Kriegsspiel, The prussian army wargame, Freiburg, Militargeschichtliches Forschungsamptes, 1824, p. 4

[2]James F. DUNNIGAN, The complete wargames handbook, 2005, P. 92 à 106

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Cinema, Culture et société, Histoire, Histoire et civilisation, Politique

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s