Archives de Catégorie: Science

Mettre les pendules à l’heure

Mettre le Québec à sa place

Jean-François Lisée, Le Devoir, 22/06/24

Pour tout vous dire, je retenais mes larmes, l’autre soir, en écoutant Céline Dion nous raconter son drame. Sur NBC, puis sur TVA, nous étions d’innombrables millions, un peu partout dans le monde, à tendre la main vers un mouchoir, tant était émouvante la petite, mais énergique enfant de Charlemagne, que le talent a portée vers les sommets et qui jure y revenir malgré les tourments que lui inflige son corps.

Pour tout vous dire, j’étais subjugué par la maîtrise des codes du gigantisme, de ceux du protagoniste contraint à l’héroïsme tragique et de ceux du déchirement amoureux conjugués par Denis Villeneuve, l’enfant de Bécancour, dans Dune qui est, selon Steven Spielberg, un des plus grands films de science-fiction jamais tournés.

Pour tout vous dire, je n’en revenais pas que l’émission américaine phare 60 Minutes déroule un tel panégyrique de Yannick Nézet-Séguin, ce chef d’orchestre fils de Montréal, qu’on s’arrache désormais d’une salle symphonique à l’autre.

Le César du meilleur film étranger à Monia Chokri, née à Sainte-Foy d’un père tunisien, pour l’intimiste Simple comme Sylvain, gagnant contre Oppenheimer, excusez du peu, n’équivaut-il pas à du bonheur national en bouteille ?

Non, mais est-ce normal, cette créativité qui tire des Québécois vers les sommets mondiaux de la qualité et du respect ? Vous me direz, c’est en culture. Il faut bien être au-dessus de la moyenne en quelque chose. Détrompez-vous : Yoshua Bengio, Québécois d’adoption qui est un des pères de l’intelligence artificielle, anxieux que sa progéniture tourne mal, est parmi les 100 personnes les plus influentes de la planète cette année, selon Time. On le consulte depuis l’ONU et la Maison-Blanche.

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Mais c’est l’économie qui compte, non ? Admettons. Avez-vous remarqué que nous devons désormais refuser l’entrée à des multinationales étrangères qui se bousculent à notre portillon pour profiter de ce que nous avons mis près de 75 ans à bâtir : notre énergie propre et notre système d’éducation ? Refuser des investissements étrangers, vous en connaissez beaucoup, de nations, qui sont riches à ce point ?

Notre réputation, vous dites ? Lorsqu’on calcule que, ces dernières années, un demi-million de migrants temporaires — travailleurs, demandeurs d’asile, étudiants — ont franchi nos frontières, sans compter les permanents, ne doit-on pas en tirer la conclusion que nous sommes spectaculairement attractifs ? Car, vous l’aurez remarqué, sur votre globe terrestre, nous ne sommes pas exactement à la porte à côté, mais plutôt au bout du bout des circuits de migration. Il faut faire exprès, le vouloir très fort, pour atterrir ici. Ces migrants savent peut-être quelque chose sur nous, notre qualité de vie, notre filet social, nos libertés, que nous nous refusons peut-être de nous dire à nous-mêmes, entre deux tirades — justifiées — contre nos cônes orange, nos listes d’attente en chirurgie et nos écoles mal climatisées.

Dans le fatras d’avancées et de reculs, de hauts faits et de ratages, que constitue l’histoire d’un peuple, se pourrait-il qu’on trouve dans notre récit un fil rouge qui atteste que la nation québécoise est (cramponnez-vous) exceptionnelle ? Je vous sens sceptique. J’appelle mon premier témoin : Charles de Gaulle. Saviez-vous que, réfugié à Londres après l’invasion allemande, il estimait que les Français devaient, dans cette épreuve dont on ne connaissait pas la durée, afficher une même farouche endurance que les 60 000 colons français abandonnés en 1759 sur les rives du Saint-Laurent ? Nous étions son étalon or de la résilience dans l’adversité. Il y reviendra plusieurs fois, évoquant avec admiration la « persévérance inouïe » des Québécois.

Je ne prétends pas que nous sommes, en tout temps, exceptionnels. Mais songez qu’en 1960, les jeunes francophones de 21 ans affichaient une éducation moindre que celle des Noirs américains du temps, alors victimes d’un racisme sans nom. Puis, face à une cible montante chez tous nos voisins, nous avons porté notre taux de diplomation postsecondaire des 25-64 ans plus haut (71 %) que celui des Américains (50 %) et plus haut que tous les pays du G7. Tous. Si vous ne trouvez pas cela exceptionnel, je ne peux rien pour vous.

Si seulement nous n’étions pas aussi obtus et fermés, non ? Ben, à quoi faites-vous référence ? À notre taux de bilinguisme, le plus élevé sur le continent ? Au fait que les membres des minorités, y compris visibles, sont plus présents sur notre marché de l’emploi qu’en Ontario, surtout les femmes, et qu’ils sont mieux payés que chez nos voisins ? Au fait que notre Assemblée nationale est exactement représentative de la diversité de la population (12 % de minorités visibles, 20 % de non francophones) ?

Peut-être, direz-vous, mais on porte un lourd passé xénophobe. Voyons voir : alors que les colons espagnols et britanniques pratiquaient le génocide des Autochtones, nos ancêtres furent les seuls sur le continent à négocier et à signer, en 1701, une « Grande Paix » avec 39 chefs autochtones. En 1798, des juges montréalais ouverts d’esprit déclarent l’esclavage des Noirs illégal au Québec, 26 ans avant sa disparition dans le Haut-Canada, 36 ans avant le reste de l’Empire britannique et 65 ans avant l’émancipation des Noirs américains. Puis, en 1832, notre Parlement, à majorité patriote (l’ancêtre du Parti libéral du Québec et du Parti québécois), vota une loi accordant la pleine citoyenneté aux juifs, ce que le reste de l’Empire britannique ne fera que 29 ans plus tard.

Percevez-vous une tendance, ici ? Ne serions-nous pas, en fait, des précurseurs ? N’avons-nous pas, avant d’autres, accepté la différence homosexuelle, les couples gais, le droit à l’avortement, celui aux soins de fin de vie ? Après une période terrible de dépossession des Autochtones, n’avons-nous pas été les premiers, avec René Lévesque en 1984, à reconnaître leur existence comme nation, puis à signer les premiers traités modernes — Convention de la Baie-James, paix des braves. N’est-il pas vrai que, selon le recensement de 2016, dans les provinces anglophones, les Autochtones vivant en réserve et connaissant leur langue d’origine ne dépassent pas les 46 %, alors qu’au Québec, c’est 80 % ?

Laissons Monia Chokri parler des femmes. Quand elle va en France, elle ose déclarer au Monde : « J’ai toujours l’impression d’un voyage dans le passé, de revenir 30 ans en arrière sur certains sujets, notamment sur les violences faites aux femmes, l’égalité, la tolérance, l’immigration. J’aime ce pays, mais je le trouve violent. C’est très différent au Québec, où il est très mal vu de se comporter en autocrate, de ne pas être gentil, respectueux avec tous. »

Imaginez : jusque dans les années 1960, les femmes étaient, ici comme ailleurs, des citoyennes de seconde zone, forcées par les curés à être dominées et fertiles. C’est pourquoi notre révolte laïque est imbriquée dans celle des femmes, et si fortement ancrée en nous.

Voyez, à l’étranger, le bien que Chokri dit du Québec. Denis Villeneuve explique aux Américains comment son expérience québécoise a teinté sa lecture de Dune. Nézet-Séguin a fait à 60 Minutes un éloge de la qualité de vie montréalaise inestimable. Chacun sait, de Milwaukee jusqu’au bout du Zimbabwe, que Céline vient d’une famille modeste de cette bizarre partie francophone du Canada, qui produit des êtres et des talents exceptionnels.

La modestie est une de nos grandes qualités. Entretenue, peut-être, par un environnement qui nous est souvent ouvertement hostile et accusatoire. On se contente d’être « pas pires ». On n’ose pas aller plus loin. Mais si, mettre le Québec à sa place signifiait reconnaître que cette place est à part ? Pas parfaite, mais historiquement admirable ? En fait, exceptionnelle ? Ce serait une audace folle. On ne pourrait se le permettre, je pense, qu’une fois par année. À la fête nationale.

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D’après le Protagoras de Platon

Plusieurs doctorants de lettres classiques de Sorbonne Université ont réalisé l’été dernier une adaptation du Protagoras de Platon, en version originale grec ancien sous-titrée. Ce film amateur, tourné en Sorbonne et soutenu par plusieurs organismes universitaires, est désormais en ligne

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L’ADN des Mayas

Qui étaient les individus sacrifiés par les Mayas?

Pauline Gravel, Le Devoir, 13 / 06 / 2024
« (…) La datation par le radiocarbone des différents ossements a permis de constater que des sacrifices humains ont eu cours pendant près de 500 ans à cet endroit. L’analyse de l’ADN ancien extrait de l’os temporal de ces individus a montré qu’il s’agissait uniquement de jeunes garçons, âgés de trois à six ans, dont plusieurs (16 sur les 64) étaient proches parents, voire des jumeaux identiques (homozygotes) dans le cas de quatre d’entre eux. Le rituel consistant à sacrifier des enfants visait, croit-on, à favoriser la pluie et les récoltes de maïs.»

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Nam June Paik

Nam June Paik, Magnet TV, 1963

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Le robot comme prothèse narcissique

Julie Roussil, Nos alters robots, Le Devoir, 25/05/24

« (…) Pour Turkle, à l’instar des réseaux sociaux et des communautés virtuelles où nos avatars et nos écrans nous permettent de garder nos distances, les robots sont une autre occasion de nous protéger des dangers potentiels du monde réel. « Les robots sociaux et la vie en ligne font miroiter la possibilité de relations totalement conformes à nos désirs. Nous pouvons programmer un robot sur mesure, tout comme nous pouvons nous réinventer en avatars séduisants. » Nous baignons ici dans un monde de simulacres, faux, construit de toutes pièces, loin des intransigeances de la réalité. (…)

Ces robots sont de véritables chambres d’écho pour leurs partenaires humains. En effet, ils sont conçus pour répondre à leurs désirs et à leurs attentes, pour correspondre à leurs idéaux et pour leur ressembler, évitant ainsi toute souffrance et confrontation. Ce sont des alter ego, ou devrait-on dire, des alter robots. (…)

On reconnaît la formation en psychologie de Sherry Turkle lorsqu’elle nous explique que la robotisation du monde des humains va de pair avec l’accroissement de la tendance au narcissisme. Les personnalités narcissiques ne sont qu’en apparence des personnes imbues d’elles-mêmes. Elles cachent une extrême fragilité et elles instrumentalisent autrui, comme des « objets du self », pour consolider et harmoniser leur vie mentale. « Autrui est perçu comme faisant partie de soi et n’existe qu’en harmonie avec un état intérieur fragile. » (…)

Nous nous demandons ensuite pourquoi l’anxiété sociale gagne du terrain. La vie réelle n’est pas une chambre d’écho ; il faut bien encore y retourner de temps en temps et être pris à regarder un autre humain fragile et imprévisible droit dans les yeux. On reconnaît ici les contours d’un cercle vicieux : plus nous utiliserons les robots, plus il nous sera difficile d’entrer en relation avec les humains ; plus les relations avec les humains seront pénibles, plus nous nous en remettrons aux robots. (…) »

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300è anniversaire de la naissance de Kant

« L’une des plus grandes révolutions intellectuelles qu’il y ait jamais eu dans l’histoire de notre espèce. C’était Kant. »

Kant: Le philosophe des Lumières

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Armchair Books Édimbourg

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16 janvier 2024 · 5:25

Papyrus maximus

Comment lire un texte ancien avec l’aide de l’intelligence artificielle

Papyrus d’Herculanum

Stéphane Baillargeon, Le Devoir 19/07/23

Si on arrive à les rassembler bout à bout, tout d’un coup, ces fragments prennent beaucoup plus de sens. Cette technique permettrait de découvrir des fragments de littérature inconnue, une tragédie grecque perdue ou un écrit d’Aristote, par exemple, dont on n’avait plus de copie.

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BLx

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« Il existe une forêt d’anciennes langues et certaines nous résistent encore… »

L’a b c des

linéaires A, B et C L’énigme des écritures multimillénaires

Stéphane Baillargeon, Le Devoir, 15/07/23

Quelle est la plus grande invention de l’histoire ? En 2000, le lectorat du magazine Times avait choisi l’ampoule électrique comme plus formidable création du millénaire achevé. Pas fou.

La professeure Anne-France Morand, du Département des sciences historiques de l’Université Laval, a posé la question cette année à sa classe de grec moderne. Elle a entendu ses étudiants citer la roue, le pont et d’autres merveilles encore.

« Moi, j’ai dit que la chose la plus importante, c’était le déchiffrement du linéaire B. Tout le monde s’est moqué de moi », confie l’helléniste en rigolant elle-même de sa boutade.

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Le linéaire B est un système d’écriture syllabique utilisé durant l’âge du bronze tardif en Grèce antique, entre 1450 et 1100 avant notre ère. Les premières traces de ce syllabaire écrit sur des poteries et des tablettes d’argile ont été découvertes en Crète sur le site d’un ancien complexe palatial fouillé à partir de 1900 par l’archéologue britannique Arthur Evans (1851-1941).

Il a fallu un demi-siècle pour percer ce code. En s’appuyant sur les listes analytiques de la philologue Alice Kober (1906-1950) montrant que la lettre finale de certains mots changeait, le linguiste Michael Ventris (1922-1956), obsédé par le linéaire B depuis l’adolescence, a pu conclure que cette écriture servait une langue indo-européenneà déclinaisons, en fait un grec archaïque parlé par les Mycéniens.

Ce système syllabaire n’a cependant aucun lien avec l’alphabet grec qui l’a remplacé. Il repose sur 87 signes traduisant des syllabes et d’autres imageant des idées ou des nombres décimaux. Les tablettes déchiffrées traitent essentiellement de questions administratives, économiques et religieuses. Les textes donnent une idée de la vie quotidienne de cette très lointaine époque. Ils permettent aussi de suivre les racines de la civilisation si importante pour la suite des choses en Occident.

« Pendant mes études, j’ai eu la chance de faire du linéaire B, raconte la professeure Morand. Son déchiffrage est une affaire assez incroyable puisqu’il n’y avait pas de texte bilingue, pas de pierre de Rosette. Cette langue est assez déchiffrée maintenant. On comprend par exemple que “Cnossos” s’écrit conosso. On a le mot pour dire “labyrinthe” : labyrinthos. On sait aussi que les mots en “issos” ou en “ithos” sont très grecs, et on retrouve donc l’équivalent de dinosaures de cette langue dans le linéaire B. Mais pour plusieurs autres mots, on a plusieurs interprétations. Ça reste un problème. »

Le linéaire A, découvert à Cnossos en même temps que le B, au début du XXe siècle, par sir Arthur Evans, propose un autre système d’écriture, remontant cette fois à l’âge du bronze, entre 1900 et 1450 avant notre ère. Ce code précède donc le linéaire B et n’est pas strictement syllabique. Le linéaire A comprend des signes représentant des syllabes, mais aussi des idéogrammes et des logogrammes. Ce système résiste toujours au déchiffrement.

« Pas mal de linguistes s’y intéressent, dit la professeure. Le manque d’inscriptions — quelques milliers de signes seulement et souvent des textes courts — pose un défi. Si on trouvait des textes plus longs, on pourrait peut-être percer ce code. L’autre défi, c’est qu’on semble face à une langue que nous ne comprenons pas, peut-être non indo-européenne. »

Cet indice rappelle la complexité du peuplement de la région. « Les Grecs se croyaient autochtones, mais ils ne l’étaient pas », résume la spécialiste.

Une passion de jeunesse

La professeure Anne-France Morand a été jointe par Le Devoir en Europe, où elle fouille les bibliothèques à la recherche de manuscrits sur les hymnes orphiques, des textes liés au mythe d’Orphée et à un courant religieux initiatique, sujet sur lequel elle travaille patiemment depuis sa thèse de doctorat. Elle était à Paris il y a quelques semaines pour travailler sur un manuscrit du XVe siècle.

« Il n’y a pas beaucoup de temps à l’heure actuelle pour la slow science, dit-elle. Je fais un travail assez minutieux qui m’oblige à collationner une cinquantaine de manuscrits. Ce travail n’a pas été fait pour les hymnes orphiques depuis 1941. »

La professeure Morand enseigne le grec ancien à l’Institut d’études anciennes et médiévales de l’Université Laval. Dans son domaine hyperspécialisé, il faut maîtriser l’épigraphie (la lecture des pierres), la papyrologie (pour les papyrus) et la paléographie (la lecture des manuscrits médiévaux sur parchemin ou sur papier). Elle-même a été hautement formée à ces spécialités à Oxford auprès de la sommité Nigel Wilson, qu’elle désigne comme « le meilleur paléographe vivant ».

Elle a commencé l’étude du latin dès l’âge de 12 ans, puis celle du grec à 15 ans dans une école secondaire publique suisse, le collège Calvin de Genève, qui poursuit cette tradition encore aujourd’hui dans le cadre de la maturité gymnasiale, l’équivalent du bac français.

« Je me destinais au droit, explique-t-elle. J’ai terminé mes études juridiques, j’ai enseigné le droit et, à un moment, j’ai dû admettre que ma grande passion, c’était le grec. J’ai une connexion presque mystique avec cette langue. Très jeune, vers 14 ans, j’ai aussi eu un emballement pour l’étrusque, une autre langue toujours incomprise. »

Ces dernières années, elle s’est penchée sur le syllabaire chypriote, une écriture à 56 signes datant de l’âge du fer (du XIe au IVsiècle avant notre ère), qui dérive probablement des linéaires A et B. C’est du grec qui a été déchiffré au XIXe siècle. La professeure québécoise a étudié récemment une tablette du Ve siècle pour les médecins. « C’est difficile à cause des signes et du dialecte chypriote. J’y arrive, mais c’est compliqué. »

La littérature grecque ancienne produite pendant plus d’un millénaire est essentiellement numérisée et disponible en ligne. Encore faut-il pouvoir la lire. Les systèmes de traduction numérique commencent à y arriver. Les ordinateurs permettent de filtrer une quantité énorme de données.

Le linéaire A n’est pas la seule langue ancienne à résister aux décrypteurs contemporains, aidés ou pas par l’intelligence artificielle, souvent parce que la langue parlée devant fournir la clé de lecture a disparu. Le syllabaire cypro-minoen (ou linéaire C), datant aussi de l’âge du bronze, existe sur environ 250 tablettes, donnant quelque 2500 signes, trop peu pour le déchiffrement.

La professeure Morand rappelle le cas du fameux manuscrit de Voynich, qui repousse toujours l’entrée des cryptographes. « Il existe une forêt d’anciennes langues et certaines nous résistent encore… »

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Rêver, Rêvasser, Laisser errer sa pensée

L’esprit vagabond

Alexis Riopel, Le Devoir, 8/07/23

Cet article porte sur le vagabondage de l’esprit, phénomène connu sous l’appellation de « mind wandering » dans la littérature scientifique. Il s’agit de ces instants où notre pensée s’égare, où elle se met à errer. Parfois à notre insu, parfois de notre plein gré. Et depuis 25 ans environ, ces rêvasseries chatouillent la curiosité des neuropsychologues, qui commencent à y comprendre quelque chose.

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Actualité des Lumières

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Hypatie d’Alexandrie

Femme philosophe, sauvagement assassinée par les prêtres de l’évêque Cyrille en 415

« Hypatie est à la mode. Cette femme, mathématicienne, philosophe, astronome, pédagogue réputée de l’Alexandrie des années 400 de notre ère connaît depuis la Renaissance une seconde vie. Devenue figure emblématique, elle a été utilisée pour servir des causes aussi diverses que la tolérance religieuse, l’anticléricalisme, l’hellénisme romantique, le positivisme, le féminisme, et jusqu’à la prostitution.

Si nous savons quelque chose de l’Hypatie antique, et si cette figure a pu être si bien récupérée, c’est à sa mort qu’elle le doit. Au printemps 415 de notre ère, Hypatie est enlevée en pleine rue par des moines fanatisés, et écorchée vive dans une église ; son corps est découpé en morceaux, qui sont finalement brûlés. C’est à cette fin sordide plus encore qu’à sa personnalité brillante et à son aura incontestable qu’elle doit d’avoir traversé les siècles. Car des femmes philosophes voire mathématiciennes, l’Antiquité en a connu plus d’une, dont les noms seuls nous sont au mieux parvenus. La mort violente d’Hypatie, les acteurs de cet assassinat et le contexte religieux et politique explosif de l’Alexandrie des années 412-415 ont permis de jeter suffisamment de lumière, mais aussi suffisamment de mystère sur cette figure pour qu’elle soit réinterprétée, au fil des siècles, selon les besoins des uns et des autres.» La suite ici

Source: Anne-Françoise Jaccottet, Hypatie d’Alexandrie : femme antique, figures contemporaines, La vie des idées, 27/12/2021.

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L’Herbier du frère Marie-Victorin

«L’herbier que le frère Marie-Victorin a amorcé en 1920 compte aujourd’hui 750 000 spécimens de plantes et de mousses de l’Amérique du Nord et du Sud, des Caraïbes, de l’Europe, de l’Afrique, de l’Asie, de l’Océanie et de l’Australie, dont 150 000 ont été intégrés par Marie-Victorin lui-même et ses proches collaborateurs. Il est aujourd’hui le troisième herbier en importance au Canada, auquel les chercheurs en botanique, en écologie et en environne- ment du monde entier se réfèrent dans leurs travaux.»

Pauline Gravel, Le Devoir, 19/11/22

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Révolutionnaires en Canada

«Si les Canadiens avaient été modérément réceptifs aux trois lettres que leur avait adressées le Congrès continental américain de 1774 à 1776, les invitant à former leur propre corps de représentants, la situation évolue au cours des années 1780. Un groupe de jeunes intellectuels influencés par les Lumières européennes se forme autour de l’imprimeur des adresses du Congrès, Fleury Mesplet (1734-1794), et de son nouveau journal, la Gazette de Montréal.

Ce « cercle des Lumières » veut lutter contre les préjugés et la tyrannie, tout en prônant l’égalité des droits et une juste représentation politique. Dès 1789, le périodique montréalais appuie les avancées révolutionnaires françaises, un soutien que l’on retrouve aussi, dans une moindre mesure, à la Gazette de Québec, qui publie tout de même une Pièce patriotique faisant l’éloge des principes portés par la Révolution (28 janvier 1790).»

Le Devoir, 10/08/22, La Révolution française et le Canada

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« Parthenon partnership »

Défilé de cavaliers, plaques XXXVII et XXXVIII de la frise Nord du Parthénon, British Museum, Londres

Discussion sur le retour possible, probable, éventuel des marbres du Parthénon

British Museum calls for ‘Parthenon partnership’ with Greece over marbles

The Parthenon Sculptures – British Museum

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