Archives de Catégorie: Politique

Michel Brault 1928-2013

Pour la suite du monde, un film sublime.

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«Documentaire poétique et ethnographique sur la vie des habitants de l’Isle-aux-Coudres rendue d’abord par une langue, verte et dure, toujours éloquente, puis par la légendaire pêche au marsouin, travail en mer gouverné par la lune et les marées. Un véritable chef-d’oeuvre du cinéma direct.»

http://www.onf.ca/film/pour_la_suite_du_monde/

Les autres films de Michel Brault disponibles ici sur le site de l’ONF.

Les Ordres, un autre grand film de Michel Brault et pour lequel il a reçu le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes en 1975, un film qu’il n’a pas tourné pour l’Office National du Film du Canada… Il s’agit en effet d’un film politique qui dénonce l’emprisonnement arbitraire de nombreux citoyens lors des événements d’Octobre en 1970.

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Féminisme et « processus rationnel de sécularisation »

Fragile, la liberté féminine

Boucar Diouf, La Presse 21/09/13

Dans cette saga qui divise profondément la société québécoise, les médias nous montrent régulièrement des figures de jeunes femmes qui, dans leur désir légitime de contestation identitaire, affirment très fort être femme voilée et libre. La dernière que j’ai entendue s’appelait Fatima et elle se disait aussi féministe.

Je ne veux absolument pas philosopher sur le voile, sa symbolique ou son histoire parce qu’il est vrai que la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. Loin de moi donc, Fatima, l’idée de poser un quelconque jugement sur tes valeurs ou de m’insurger contre tes certitudes.

Ceci dit, je ne peux résister à la tentation de te rappeler qu’être à la fois jeune, femme voilée et libre dans ses choix est un grand privilège qui impose aussi un certain devoir de mémoire à celle qui le scande.

Il est en effet long et laborieux, Fatima, le chemin vers cette liberté féminine aujourd’hui à la portée de toutes. Si on veut comprendre toute l’histoire, disait mon grand-père, mieux vaut avoir lu celle qui précède avant d’écrire celle qui suit.

Elle a commencé en Occident avec les assauts des penseurs des Lumières contre l’obscurantisme et la superstition. Ils étaient philosophes, architectes, intellectuels et humanistes de toutes disciplines à rebondir sur les idées de la Renaissance et à harceler le christianisme pour le rendre plus égalitaire et moins violent. Lorsqu’en 1095, le pape Urbain II a béni les chevaliers à partir de la ville de Clermont, devenue Clermont-Ferrand, le «tu ne tueras point» biblique, aujourd’hui universel, n’incluait pas le camp des infidèles qui avaient le croissant lunaire comme symbole. Au contraire, dans leur désir de libérer Jérusalem, les croisés avaient pour mission de les massacrer.

Il a donc fallu, Fatima, le travail colossal de bien des catalyseurs de changement pour faire basculer la chrétienté du Moyen Âge à la Renaissance et ensuite au Siècle des Lumières. Une lumière qui allait rester très terne pour les femmes, jusqu’à ce que le mouvement féministe déclare une guerre de tranchées aux phallocraties occidentales. Son objectif? En finir avec l’assujettissement, l’infantilisation, la marginalisation et la mise sous tutelle dont les femmes ont toujours été victimes, en grande partie à cause de la religion.

Parce qu’il faut savoir, Fatima, que les trois religions abrahamiques que sont l’islam, le christianisme et le judaïsme n’ont pas été très tendres avec la féminité. Si tu ne me crois pas, je te conseille de retourner dans la Genèse revisiter l’épisode de Sodome et Gomorrhe, où le personnage de Loth offre en pâture ses deux filles vierges à la population pour protéger les anges qui séjournaient chez lui. Ou mieux encore, regarde comment Abraham terrorisé s’est comporté avec sa femme Sarah devant le pharaon!

Cette supposée volonté divine de faire de la femme une servante de son homme sera la principale cible de cette révolution féminine. Une injustice qui amènera Simone de Beauvoir à proclamer que la féminité était plus le fait d’une construction sociale que d’une prédestinée génétique. Dans Le deuxième sexe, cette grande dame écrira d’ailleurs la tirade la plus subversive du féminisme: on ne naît pas femme, on le devient.

Des Simone de Beauvoir, Fatima, il y en a eu dans tous les pays. Au Québec, elles s’appellent Marie Gérin-Lajoie, Thérèse Casgrain, Idola Saint-Jean, Madeleine Parent, Simone Monet-Chartrand, Janette Bertrand… Si tu veux saluer le travail de ces militantes, dont certaines ont consacré leur vie à te préparer le terrain, je te conseille de lire le merveilleux bouquin de Micheline Dumont Le féminisme raconté à Camille. C’est un concentré d’une grande clarté de la longue marche vers cette précieuse, mais ô combien fragile, égalité des sexes dont nous profitons tous aujourd’hui sur cette terre d’accueil.

Fatima, si on peut aujourd’hui, au Québec ou au Canada, choisir sa liberté et son féminisme dans le voile ou à découvert, non seulement on a un devoir de mémoire envers les artisans de cette liberté, mais on a aussi une obligation de solidarité avec ces consoeurs vivant dans des pays où les mêmes dogmes religieux qui les empêchent encore de voter et d’avoir un permis de conduire, les obligent aussi à se couvrir.

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Une laïcité ouverte à tous les intégrismes

Ce texte paru en 2011 est une recension critique du livre de Charles Taylor et de Jocelyn Maclure, Laïcité et liberté de conscience. Par sa remarquable clarté ce texte de Louise Mailloux nous permet de comprendre les présupposés philosophiques auxquels adhèrent ceux qui s’opposent au projet de «Charte des valeurs québécoises» et qui revendiquent plutôt une «laïcité ouverte», quitte à y sacrifier la rationalité des Lumières…

Laïcité: au coeur du débat avec Charles Taylor

Louise Mailloux

Deux ans après la publication du rapport de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles, les philosophes Jocelyn Maclure et Charles Taylor nous livrent un ouvrage dans lequel ils développent et approfondissent l’argumentaire en faveur de la laïcité ouverte.

Soulignant d’entrée de jeu le manque d’analyse conceptuelle adéquate quant aux principes constitutifs de la laïcité, les auteurs proposent un découpage dans lequel le respect de l’égalité morale et la protection de la liberté de conscience constituent les deux grandes finalités de la laïcité, alors que la séparation de l’Église et de l’État et la neutralité de ce dernier n’en forment que le mode opératoire. Cette neutralité de l’État n’étant ici qu’un moyen qui, selon les auteurs, a été fétichisé par la conception républicaine.

Une telle analyse a pour effet de limiter les prétentions de l’État, tout en propulsant l’individu au cœur de la problématique laïque. Mais ce raisonnement comporte une grave erreur parce qu’il suppose que la liberté de conscience peut exister avant même qu’il y ait séparation entre le politique et le religieux. Or, et l’histoire en témoigne, c’est justement le fait d’exclure le religieux du politique qui va permettre à la liberté de conscience d’exister ultérieurement. Dans un État où la religion n’a pas été séparée du politique, la liberté de conscience n’existe pas. Il en est d’ailleurs ainsi dans la très grande majorité des pays musulmans où la religion est liée au politique et où la liberté de conscience est inexistante.

Le moment fondateur de la laïcité n’est donc pas l’individu mais l’État. Un État neutre eu égard aux croyances et qui par sa neutralité produit, nous dit Catherine Kintzler, un espace a priori pouvant accueillir toutes les options. C’est cet espace commun qui fait advenir la liberté de conscience et l’égalité des droits qui ne préexistent nullement à la séparation de l’Église et de l’État.

De réduire l’État à n’être qu’un moyen, c’est aussi sous-estimer les raisons historiques qui ont conduit au régime de laïcité, occulter le caractère hégémonique des religions et négliger l’opposition légendaire d’un régime laïque contre toutes formes de cléricalisme. Parce que seule la séparation de l’Église et de l’État peut empêcher qu’une religion impose ses règles de vie à l’ensemble des citoyens. En tenant compte de la conjoncture actuelle où les démocraties subissent les assauts de l’intégrisme religieux, ne pas considérer celle-ci comme étant une finalité à la laïcité relève tout simplement de la bêtise ou de la mauvaise foi.

L’approche de Maclure et Taylor s’inscrit dans le cadre du libéralisme politique qui ne reconnaît de légitimité morale qu’à l’individu. Se réclamant de Locke pour attester l’incompétence de l’État en matière spirituelle et de Rawls  pour nous rappeler les limites de la rationalité à pouvoir définir ce qu’est la vie bonne, l’État libéral se voit donc disqualifiée dans sa capacité et son droit d’affirmer des valeurs communes puisqu’il n’y a que l’individu qui jouit d’une telle autonomie morale. Seules la dignité, les droits de la personne et la souveraineté populaire sont considérées par les auteurs comme des valeurs communes légitimes parce qu’indissociables de toute démocratie.

Ils accusent donc l’État républicain de ne pas être neutre puisqu’il défend une conception séculière du bien qu’ils qualifient de «religion civile» et dans laquelle bon nombre de citoyens religieux risquent de ne pas se reconnaître. Ainsi l’universel est transformé en particulier occidental arrogant et le principe d’égalité des sexes en parti-pris particulier occidental. Maclure et Taylor considèrent que le seul fondement légitime de l’État doit se limiter aux valeurs énoncées dans les chartes qui ne reconnaissent que les droits individuels, refusant donc à la nation québécoise le droit à la reconnaissance, la rabaissant, comme ce fut le cas dans le rapport Bouchard-Taylor, au rang d’une majorité ethnique. Cela fait tout de même beaucoup de refus pour un État libéral qui a la prétention de tout accepter sans faire violence à personne…

Toute définition extrinsèque du bien commun étant exclue, ne reste plus à l’État libéral qu’un seul rôle; celui de la prise en charge du pluralisme religieux de nos sociétés modernes, celui d’harmoniser le vivre-ensemble en protégeant l’expression des différentes conceptions du bien même si elles sont parfois opposées. Cette conception de la neutralité de l’État d’inspiration rawlsienne fait penser à la recette du succès du fromage Le P’tit Québec; le moins de saveur possible pour que tout le monde en mange.

Celle-ci servira de toile de fond  pour promouvoir la laïcité ouverte et justifier ses implications, notamment en ce qui concerne le port de signes religieux dans les institutions publiques. L’argument central est bien connu; l’exigence de neutralité s’adresse aux institutions et non aux individus. Ce serait donc porter atteinte à la liberté de conscience que d’interdire le port de tels signes. Fi du symbolisme, fi du prosélytisme, fi de l’intégrisme.

Dans la deuxième partie du livre, les auteurs vont développer un argumentaire visant à justifier l’obligation juridique d’accommodement dans le cas des croyances religieuses en montrant que celles-ci ne sont pas de simples préférences puisqu’elles sont liées au sentiment d’intégrité morale d’une personne et à l’estime qu’elle se porte à elle-même. Ne pas reconnaître ces croyances, disent les auteurs, équivaudrait à nier l’identité de la personne et lui causer un tort moral irréparable qui contreviendrait à son droit à l’égalité. Maclure et Taylor iront même jusqu’à affirmer qu’en raison du rôle joué dans l’identité morale, le statut des croyances religieuses est particulier et qu’elles doivent donc jouir d’une protection juridique spéciale. Ils se réjouissent d’ailleurs du fait que le seul critère retenu par la cour Suprême soit celui de la sincérité du croyant, les tribunaux n’ayant donc pas à juger des dogmes religieux.

Finalement les auteurs concluent en disant : «Ce type de société exige des citoyens qu’ils fassent abstraction des désaccords moraux et philosophiques, parfois profonds, qu’ils ont avec leurs concitoyens au nom de leur intérêt plus fondamental à vivre dans une société suffisamment stable et harmonieuse.» Et d’ajouter : «… le prix à payer pour vivre dans une société qui protège l’exercice des libertés de conscience et d’expression est d’accepter d’être exposé à des croyances et à des pratiques que nous jugerons fausses, ridicules ou blessantes.» Interdit de juger, interdit de penser. Ce serait faire preuve d’outrecuidance et d’ethnocentrisme. Seul l’individu est souverain. Mais les auteurs se défendent bien de tomber dans le relativisme en disant plutôt se fonder sur le droit à l’égalité garanti par les chartes. Du libéralisme pur jus.

Une telle position n’est pas que formelle en ce qu’elle accorde une présomption de valeur à toutes les cultures. Mais comment fonder cette présomption? C’est Charles Taylor lui-même qui nous donne la réponse dans son livre MulticulturalismeDifférence et démocratie : «L’un des fondements proposés est d’ordre religieux. Herder, par exemple, avait une conception de la divine Providence selon laquelle toute variété de culture n’était pas une pure contingence, mais était censée apporter une plus grande harmonie. Je ne saurais écarter une telle conception.» Voilà que Dieu et le sens du sacré sont réintroduits subrepticement dans l’histoire par le biais de cette divine Providence, voulant que tout soit nécessaire, y compris les cultures qui sont l’œuvre de Dieu. Père, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel! Faut-il s’étonner alors d’une défense de la laïcité ouverte aux religions?

Ce romantisme chrétien qui s’oppose au rationalisme des Lumières et à l’universalité de la raison cartésienne ou kantienne, est le sous-entendu capital de cette laïcité ouverte. Il en est son secret le mieux gardé et son parti-pris le mieux dissimulé…

On associe généralement le totalitarisme à l’État qui écrase l’individu et étouffe sa liberté. C’est essentiellement cette vision orwellienne de l’État qui anime la pensée libérale. Mais permettez-moi de souligner qu’avec cette offensive du religieux sur la base des droits individuels, les bienpensants de la laïcité ouverte nous interdisent de penser et de juger en même temps qu’ils se font les alliés des intégristes les plus virulents dont les penchants et les sympathies pour le totalitarisme ne sont plus à démontrer. Mais évidemment, ceci se passe en 2010 dans une autre galaxie. Loin de chez nous…

Laïcité et liberté de conscience

Jocelyn Maclure et Charles Taylor,

Boréal,

Montréal, 2010, 161 pages

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11/9

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Hipsters unilingues dans le Mile-End

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Sorry, I don’t speak French!

Émilie Dubreuil, URBANIA

Je vis dans un quartier branché, habité par des redingotes hassidiques, des robes de deuil portugaises et les jupes à «raz le plaisir» de filles venues de Toronto pour flâner indéfiniment dans nos rues accueillantes.

Il y a cent ans, le Mile End était une petite ville indépendante avec son hôtel de ville, son église et une population majoritairement canadienne française. Au détour de la Seconde Guerre mondiale, les Juifs sont venus s’y installer en si grand nombre que la langue parlée par la majorité était le Yiddish. Au cours des années 1970, les Italiens et les Portugais y ont peu à peu remplacés les Juifs partis s’installer dans l’ouest et ont ouvert des commerces.  Si bien qu’on retrouve, chez nous, les meilleurs cafés Italiens, des épiceries portugaises, des boucheries hébraïques et les meilleurs bagels au monde.  Un quartier formidable donc et qui attire, pour cette raison même, une nouvelle ethnie toute blanche : le Canadien anglais. Mais attention, pas n’importe quelle sorte : l’alter mondialiste/écolo/ conscientisé/ artiste/et curieux de tout…sauf de la société québécoise. Il y a quelques années déjà que j’étudie cette ethnie avec attention et je m’étonne encore de l’incontournable : «Sorry, I dont speak french» prononcés par des êtres aussi scolarisés qui disent avoir choisi de vivre à Montréal, P.Q. parce que la ville vibre distinctement de Toronto, Halifax, Calgary ou Vancouver.Dans notre inconscient collectif, dans le mien du moins, l’unilingue anglophone de Montréal est incarné par une vieille dame de Westmount qui fait du bénévolat au Musée des beaux arts. Elle parle très bien le français à Paris, mais jamais ici. Son mari est avocat et membre du Parti libéral du Canada. Le couple se lève plus tôt le matin pour détester plus longtemps le P.Q et la loi 101. Ils lisent la Gazette et croient que les francophones sont tous xénophobes. J’ai travaillé au Musée des beaux arts de Montréal pendant mes études et cette race-là, je la connais bien.Cet unilinguisme-là ne me dérange pas le moins du monde, il me fait sourire par son anachronisme attendrissant. Il nous rappelle pourquoi le Québec a connu des luttes linguistiques, il est le symbole d’une époque révolue, celle où ma mère exigeait qu’on lui adresse la parole en français chez Eaton. Leur «Sorry I do not speak french» est imbriqué dans la culture québécoise, alors que l’unilinguisme des mes contemporains du Mile-End traduit une indifférence que je ne m’explique pas et qui m’insulte. Ils sont aussi incapables de discuter en français que de nommer le Premier ministre du Québec ou le maire de Montréal et ne savent pas si Hochelaga Maisonneuve se trouve à l’est ou à l’ouest de la rue McGill.

La première fois que j’ai rencontré cette indifférence linguistique et culturelle,  c’est il y a à peu près dix ans. Une amie m’invite à une fête, chez Amy, une cinéaste torontoise qui vit à Montréal depuis sept ou huit années. Elle vient de réaliser un documentaire sur les femmes lesbiennes en Afrique noire. Devant ses amis, elle est fière de dire qu’elle a dû apprendre le swahili pour entrer en contact avec les gens du pays. Impressionnée, je lui demande en français si l’apprentissage du swahili a été ardu, elle me répond : «Sorry?» avec l’air perplexe de celle à qui on adresse la parole dans une langue inconnue. Je lui repose la question en anglais avant de m’étonner : «You’ve been living here for seven years and dont speak french?!» complètement incrédule devant cette curiosité linguistique paradoxale. Elle me répond, sans saisir à quel point sa réponse est ironique : « French… It’s really hard for me!»

Débute alors une conversation animée. La plupart des convives vivent au Québec depuis plusieurs années et ne parlent pas un christ de mot de français ! Le fait que je veuille comprendre pourquoi, s’ils ne peuvent communiquer avec 85 % de la population, ils sont venus s’installer ici, les exaspère. Rapidement, l’un d’entre eux s’énerve : «les francophones sont racistes, nous avons le droit de parler anglais ici etc.» Manifestement, ça le dérange d’être confronté à un manque de curiosité intellectuelle qu’il refuse d’admettre. Le type est musicien, a fait le tour du monde, mange de la bouffe indienne et, pourtant, l’ethnie et la langue Québécoise ne l’intéresse absolument pas.

L’amie francophone qui m’avait invitée à la fête était verte de honte. Elle étudiait à Concordia et était gênée de moi comme une adolescente qui ramène ses amis à la maison. Elle ne voulait surtout pas qu’il y ait de chicane, que ses amis unilingues l’associent à un une lutte linguistique qu’elle désapprouvait. Stéphanie aurait souhaité qu’on admire son amie qui parle swahili sans soulever le fait qu’elle ne parlait pas le français puisqu’après tout c’était son choix et qu’il fallait le respecter.

Depuis, cette histoire se répète inlassablement. Et je continue le combat. Pas plus tard qu’hier, dans un café, rue St Viateur, un type me drague. Il me déclare, en anglais, que j’ai des yeux magnifiques et qu’il aimerait beaucoup m’inviter à souper. Le gars vient d’Halifax, vit à Montréal depuis cinq ans et suit actuellement des cours de chinois… But guess what?  Il ne parle pas français! «French is a very difficult», me dit-il. Je lui renvoie alors que le jour où il sera capable de me demander mon numéro en français, je considèrerai son invitation. Il me répond dégoûté que je ne suis qu’une hystérique : «I guess you are P.M.S right now…» se lève et part. Mon amie Nadia, francophone, demeure interdite devant mon intransigeance et me sermonne:«Voyons t’es ben pas fine! »


Alors que j’ai rencontré, lorsque je vivais à Toronto ou à Vancouver, de nombreux Canadiens anglais curieux du Québec, de notre langue et de notre culture, je ne cesse de rencontrer à Montréal ce genre de francophones qui se nient eux-même et ces anglophones déconnectés qui ont élu domicile in the Plateau. And I just dont get It.
Well, ce n’est pas pour me vanter, mais à la suite de notre conversation, Amy s’est inscrite à un cours de français intensif à Baie-Saint Paul. Elle parle français avec un accent très mignon et s’est trouvé un job à l’Université du Québec à Montréal. Le musicien, aujourd’hui mondialement connu, est le seul à pouvoir donner des entrevues aux médias francophones lorsque son groupe est de passage à Montréal. Il en est très fier. Chaque fois que je les croise dans le Mile End, ils me remercient, en français, de ne pas avoir été fine. Anyway.Illustration: Josée Bisaillon

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Sans crucifix

assemblée nationale 1887

L’assemblée nationale en 1887, « avec pas » de crucifix. Ce n’est en effet qu’en 1936 qu’il y fut introduit par le gouvernement de Maurice Duplessis.

«Cette décision de Duplessis n’est pas fortuite; elle est réfléchie et correspond au désir du nouveau gouvernement d’effectuer un virage dans les relations entre l’Église et l’État québécois. Duplessis veut montrer qu’il se distingue des gouvernements libéraux antérieurs en étant davantage à l’écoute des principes catholiques.» Lire ici l’article du professeur d’histoire Jacques Rouillard.

BLx via Étienne Lambert-Ertug

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« Humanité blessée »

syriensSyriens, traversant la frontière Turque

Plongeon dans le réel, pour le meilleur et pour le pire

Le World Press Photo Montréal raconte une humanité blessée, mais solidaire et opiniâtre

Louise Maude Rioux Soucy, Le Devoir 05/09/13

La dureté des photos d’hommes, de femmes et d’enfants gazés en Syrie il y a deux semaines a fait frémir le monde d’horreur. Mais la violence qui règne sous le régime de Bachar al-Assad n’est pas nouvelle, comme en témoignent plusieurs photos poignantes retenues par le jury du World Press Photo, dont le survol de l’année 2012 peut être parcouru ces jours-ci au Marché Bonsecours, à Montréal.

Dur, mais nécessaire, le parcours « prouve, peut-être plus que jamais, que nous ne vivons pas dans un monde dématérialisé », note le porte-parole de l’événement, le journaliste Dennis Trudeau. Sur la rue, dans les camps de réfugiés, en prison, derrière les murs des maisons, les 156 photos retenues racontent une humanité blessée, certes, mais aussi solidaire, opiniâtre, voire salvatrice.

« Les gens ont l’impression que le World Press est une exposition difficile en raison de la dureté des sujets traités ; c’est vrai, mais c’est la vie qui est ainsi. Cela dit, il y a aussi des photos moins dans l’événement et plus sur le long terme, avec de la lumière, de l’humanité », fait valoir le président de l’édition montréalaise, Matthieu Rytz.

dadora nairobi kenyaLa déchetterie de Dadora, Nairobi, Kenya

Le coeur, mais pas seulement

Pour 2012, la fondation basée à Amsterdam a reçu 100 000 images soumises par 5500 photographes. Dans ce lot, « les photos qui se sont distinguées sont celles qui touchent à la fois la tête, le coeur et le ventre, c’est-à-dire celles qui font réfléchir, ressentir et agir », résume la représentante de la fondation, Noortje Gorter.

Car le travail des photojournalistes ne sert pas qu’à dénoncer, poursuit Mme Gorter. Il ouvre aussi les esprits, capte les changements, voire les induit. « Je pense par exemple à cette école sous un viaduc en Inde. Le travail du photographe Altaf Qadri [de l’Associated Press] a soulevé une vague de solidarité, des gens ont donné de l’argent pour meubler et organiser la classe. »

Et il y a tous ces portraits intimes, qui ouvrent sur un quotidien méconnu. De ces couples homosexuels au Vietnam aux prostituées postées sur les abords des routes italiennes, en passant par cette lectrice dans une décharge de Nairobi ou encore cette Iranienne et sa fille, horriblement défigurées par une attaque à l’acide, qui s’embrassent avec tendresse « parce que plus personne d’autre n’ose le faire ».

bull race imageUne compétition de «bull race» à Batu Sangkar, sur l’île de Sumatra

Cette intimité douloureuse, on la retrouve dans les deux expositions qui accompagnent l’édition montréalaise : Regards d’Oxfam-Québec, avec les belles photos d’Émilie Régnier au Burkina Faso, mais surtout celle du collègue François Pesant, dont la série L’ennemi intérieur s’avère le clou du concours d’AnthropoGraphia.

Après Ottawa, Québec et maintenant Montréal jusqu’au 29 septembre, la crème du photojournalisme mondial reprendra la route pour Toronto, en octobre, pour finir sa course canadienne à Chicoutimi, en novembre

http://worldpressphotomontreal.ca/

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Le 28 août 1963

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Des restes du Canada-Uni

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Découverte de restes de livres de l’ancien Parlement du Canada-Uni à Montréal

Reportage télévisé: Radio-Canada, 26/08/13

Le site de l’ancien Parlement du Canada-Uni, qui avait pignon sur rue à Montréal entre 1844 et 1849, continue à livrer certains de ses secrets.

Des restes calcinés de plusieurs livres qui se trouvaient sur les rayons des anciennes bibliothèques parlementaires du bâtiment ont été retrouvés dans le cadre de la campagne de fouilles archéologiques du musée Pointe-à-Callière.

Sept ouvrages ont été extirpés vendredi dernier et lundi des décombres calcinés de l’ancien édifice, lequel avait été complètement rasé par un violent incendie à la suite d’une émeute, le 25 avril 1849.

En entamant les fouilles sur la place d’Youville, en juillet dernier, les chercheurs entretenaient un mince espoir de déterrer de tels trésors, mais ils ont malgré tout été surpris de tomber sur ces restes de papier consumés, relate Louise Pothier, responsable du chantier.

« C’est une découverte symbolique extraordinaire dans l’histoire du bâtiment qu’on n’osait même plus espérer parce que [le musée] Pointe-à-Callière fouille depuis 2010 sur le site », expose l’archéologue.

« On espérait tomber sur ce qui pourrait être les restants d’une bibliothèque, et ça commence à ressembler à ça, alors on est très heureux », poursuit-elle.

Les artéfacts seront rapidement envoyés au Centre de conservation du Québec, qui en fera l’analyse afin d’en évaluer les possibilités de restauration.

La tâche promet d’être ardue. On parle, après tout, de livres qui ont été lourdement endommagés par les flammes avant d’être possiblement emportés dans l’effondrement de l’édifice, puis imbibés d’eau lors des efforts visant à maîtriser l’incendie.

« En fait, c’est comme des grosses « mottes » de papier carbonisé », illustre Manon Goyette, chargée de projet pour la firme d’archéologie Ethnoscope. « Mais il y a une technicienne qui en a ouvert une et qui s’est aperçue qu’on voyait encore de l’écriture. Et depuis ce temps-là, on pense avoir trouvé environ une dizaine de livres. »

Les premières observations des archéologues ont permis de déterminer que ce livre est écrit en français et traitait possiblement de la faune.

Restes de livres calcinés de l'époque du Parlement du Canada-Uni retrouvés à Montréal Photo :  Pasquale Harrison-Julien

Une riche bibliothèque

Selon le musée Pointe-à-Callière, entre 22 000 et 25 000 livres et documents d’archives, dont certains remontant à la Nouvelle-France, ont été réduits en cendres le soir de l’incendie.

« On sait qu’il y avait là une bibliothèque extrêmement précieuse dont les livres provenaient des débuts de la colonie, du régime français », expose Mme Pothier.

Des législations importantes sur la création du Canada ont été votées au Parlement du Canada-Uni à Montréal avant le sinistre, dont celle établissant le « gouvernement responsable » de 1848.

Une loi qui était en cours d’élaboration a même été sauvée des flammes in extremis.

« Le document a été sauvé le soir de l’incendie, probablement parce qu’il était déposé sur une table, étant en processus de signature. C’était une loi adoptée à l’Assemblée législative en mars 1849 concernant la protection des biens-fonds des immigrants naturalisés », explique Louise Pothier.

« Il est maintenant conservé aux archives du Sénat [à Ottawa], poursuit la chercheuse. On voit très bien, sur ce document-là, des traces de feu sur les plis, de chaque côté. »

Le Parlement du Canada-Uni a été assailli le 25 avril 1849 par des centaines de membres de la communauté des affaires montréalaise. Furieux de l’adoption de la Loi sur l’indemnisation des victimes des Rébellions des Patriotes de 1837-1838, des anglophones avaient mis le feu à l’édifice.

Orchestrée par le musée Pointe-à-Callière, l’actuelle campagne de fouilles archéologiques doit prendre fin dans environ trois semaines.

Ces recherches s’inscrivent dans la foulée du travail amorcé en 2011. Les fouilles avaient alors permis de mettre au jour les fondations de pierre du bâtiment d’une dimension de 100 mètres sur 20, ainsi qu’une section de l’égout collecteur William, construit sur la petite rivière Saint-Pierre, aujourd’hui recouverte.

La mise en valeur du marché Sainte-Anne, devenu le Parlement du Canada-Uni, fait partie du projet de la Cité de l’archéologie. Celui-ci devrait être achevé à temps pour les célébrations du 375e anniversaire de la Ville de Montréal et du 150e anniversaire de la fédération canadienne, en 2017.
La Presse Canadienne

Philippe Bouchard

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Pour une politique du livre

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La petite grandeur

Jean-François Nadeau, Le Devoir, 24/08/13

J’en ai les jambes sciées. Les bras m’en tombent.

Et pour tout dire, j’ai tout simplement envie de donner ma langue aux chats.

S’accorder le droit d’avoir un minimum de grandeur en matière culturelle et voir, en conséquence, à soutenir l’existence des librairies, ce serait trop demander à notre société ?

Cette semaine, l’idée de mettre en branle une politique pour limiter la variation des prix des nouveautés en librairie se trouve, une fois de plus, sous la loupe. Une commission parlementaire de l’Assemblée nationale examine l’affaire. Cette politique, bien qu’appliquée avec succès depuis des décennies dans un très grand nombre de pays, continue de susciter une certaine méfiance chez nous.

Notre politique culturelle est bedonnante. Nos ambitions, même les plus petites, manquent de grandeur. L’affaire devient gênante.

Depuis des années, les grandes surfaces, les Costco, Walmart et autres, s’engraissent un peu plus en enlevant le pain de la bouche des librairies. Alors que ces dernières s’emploient à maintenir accessibles plusieurs milliers de titres, les géants se contentent de vendre au rabais les quelque 300 nouveautés les plus payantes. Les librairies ferment.

Comment faire entendre raison sur l’à-propos d’une politique de prix plancher pour les nouveautés ? Par où commencer pour dénouer cette affaire dans les consciences ?

On a parlé vraiment de toutes sortes de choses cette semaine à cette commission parlementaire.

Le jeune patron de la chaîne Renaud-Bray, le fils de Pierre Renaud, s’attardait par exemple avec insistance à évoquer des temps par lui bénis où les libraires commandaient directement leurs livres aux éditeurs, sans souffrir l’intermédiaire de distributeurs. Une vieille façon de faire motivée par une soif de profits nouveaux. Mais curieuse idée surtout parce qu’on se demande bien quel est le rapport réel avec le sujet à l’étude !

Même glissement du côté du néant de la part de nos beaux spécialistes en expertise pétris du vaste savoir de l’« industrie culturelle ». François Colbert, de HEC, fait la leçon aux libraires, tout comme Gaétan Frigon, l’ancien p.-d.g. de la Société des alcools. « Regroupez-vous », disent-ils aux libraires, sans savoir apparemment que c’est chose faite depuis un bon moment et que rien ne change pour autant. Bien au contraire. Ce sont 31 librairies québécoises qui ont disparu depuis 2006, dont 24 depuis 2010. Une catastrophe.

Mon préféré sur l’échelle de la confusion reste Alain Dubuc. Dans La Presse, il écrit que le seul vrai problème est que les gens achètent désormais moins de livres. The Gazette, qui dit au fond la même chose que lui, passe aussi à côté de la question de fond pour mieux s’agripper à cette affabulation d’un monde où l’économie veillerait seule et au mieux au bonheur de chacun.

Vous y croyez, vous, à l’économie sans entrave, garante de la paix sur terre autant que du bonheur littéraire ?

Devant cette incroyable cacophonie, les propos posés d’un Denis Vaugeois, ancien ministre de la Culture, père du cadre légal du livre au Québec, la loi 51, offraient soudain un petit soulagement. Denis Vaugeois ne répétait pourtant cette semaine que ce qui a été dit plus de cent fois déjà par les libraires, les éditeurs et l’histoire du livre : ce n’est pas en misant sur une société où ne règnent que les best-sellers qu’on construit une véritable communauté de lecteurs capable de soutenir une culture commune. En d’autres termes, la liberté de tous les Costco de ce monde ne donne pas des ailes à la lecture, bien au contraire.

Oui, on parle vraiment de toutes sortes de choses à cette commission parlementaire. Des choses dont on pourrait certainement discuter. Par exemple, de la nécessité d’instaurer une véritable politique publique de soutien à la lecture pour les jeunes et les moins jeunes. Mais peut-on considérer les problèmes un à la fois, en s’évitant de tout confondre ? Il est question pour l’instant de l’avenir des librairies chez nous. Ce n’est pas rien. Le mesure-t-on ?

***

Bien sûr, il y a aussi les grandes surfaces virtuelles. Internet.

Amazon respecterait-elle une réglementation québécoise d’un prix plancher ? Elle le fait en tout cas dans d’autres pays…

En France, jugeant l’appétit de cet ogre incompatible avec le bien commun que constitue la culture, la ministre responsable s’est attaquée directement à ce type de pratique, tout en dotant les libraires d’un fonds de soutien. Tout cela en plus des mesures déjà en place pour contrôler les prix de vente des livres.

La romancière Perrine Leblanc donne un exemple très concret de ce qui survient en ce moment avec le jeu de sape mené par le géant Amazon. La traduction de son Kolia va paraître sous peu en anglais sous une jolie couverture graphique. Son éditeur suggère un prix de vente de 22,95 $. L’ouvrage n’est pas encore publié qu’Amazon, cet immense boucher des librairies, le propose à prix coupé : 16,57 $ !

Autre exemple. Un livre de Louis Hamelin qui paraît ce mois-ci est offert par ce géant à 15 $ au lieu de 24 $, soit à 37 % de rabais.

Sachant qu’un libraire touche d’ordinaire 40 % sur le prix de vente d’un livre, peut-il survivre quand un géant décide de ne rien gagner ou presque sur ce qui se vend tout de suite, à savoir les nouveautés ? Ajoutez à cela la livraison gratuite et on peut penser au mot anglais dumping.

« C’est de la folie », estime la jeune écrivaine.

Elle a raison.

Mais c’est une folie qui a sa raison d’être. On a vu pourquoi et comment aux États-Unis : couper les prix des livres neufs permet d’étrangler rapidement la librairie traditionnelle et d’accaparer ensuite tout le marché. Libre ensuite au géant de fixer les prix à sa guise sur l’ensemble des titres, tout en donnant l’impression d’être magnanime sur quelques-uns.

Il y a déjà un système de collusion en place pour faire augmenter le prix des livres. Des éditeurs parmi les plus importants, en collaboration avec Apple, viennent d’être condamnés pour des pratiques de collusion visant à gonfler les prix de livres.

En somme, ce n’est pas une réglementation des prix des livres neufs qui fait augmenter la facture des lecteurs, mais bien son absence. On ferait bien de finir par le comprendre.

Chez nous, on hésite pourtant encore et encore depuis trente ans à faire ne serait-ce que le minimum pour encadrer le prix de vente des livres.

Je vous le dis, les bras m’en tombent.

***

« Le lait au prix le plus bas permis », annonce en couleur le dépanneur situé en face du Devoir.

Un autre commerce du genre, un peu plus loin, annonce la bière selon la même formule. « La bière au prix le plus bas permis. »

En fait, beaucoup de biens de consommation sont encadrés par des balises de « prix plancher » afin d’en assurer une large accessibilité à tous.

Mais dès qu’il est question de réguler la diffusion de la nourriture intellectuelle que sont les livres, de beaux esprits à cinq sous veulent faire croire que le communisme guette, voire que les dieux du marché ne seront pas heureux si on ne sacrifie pas la littérature sur l’autel de la bêtise.

J’exagère ? Bien sûr que non !

À continuer de branler sur cette question, l’édition au Québec finira par être enterrée. On pourrait un jour écrire tout un livre là-dessus.

Oui, nous manquons de sens de l’action. Que c’est triste à voir!

BLx

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Trop jeunes pour le mariage

Mariées de force

Les photos troublantes de Trop jeunes pour le mariage s’arrêtent au Gesù

Lise-Marie Gervais, Le Devoir 15/08/13

« J’ai haï mon mari dès le premier soir. Dès que je l’ai vu, je voulais qu’il meure. » La voix brisée, les larmes aux yeux, l’auteure d’origine algérienne Samia Shariff a raconté l’enfer des mariages forcés auxquels sont astreintes tant de filles, un enfer dans lequel elle a été elle-même plongée à l’âge de 15 ans, lorsqu’on a uni son destin à celui d’un homme plus vieux, qu’elle n’avait jamais vu.

Elle est venue ainsi donner un fracassant coup d’envoi à l’exposition photographique itinérante Trop jeunes pour le mariage, de Stephanie Sinclair, présentée jusqu’au 29 septembre au Gesù à Montréal, l’une des deux villes canadiennes hôtes. Parrainée par le Fonds des Nations unies pour la population, cette expo photo, dont le porte-parole est le comédien Paul Ahmarani, s’inscrit dans la campagne « J’aime mon corps, j’aime mes droits » d’Amnistie internationale Canada francophone, visant à sensibiliser aux droits sexuels et aux mariages des mineures, y compris des fillettes.

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Violée, séquestrée, battue. En conférence de presse mercredi, Samia Shariff a évoqué son passé avec beaucoup de douleur, se demandant encore où elle a trouvé la force de survivre à tout ça et, surtout, de s’enfuir. « On reste blessées à vie », a murmuré cette mère de famille divorcée, qui vit maintenant au Canada, après y être entrée illégalement avec ses enfants, tous munis de faux passeports obtenus en vendant quelques bijoux.

Les yeux posés sur une photo montrant trois préadolescentes yéménites toutes habillées et maquillées pour leurs noces, parées comme des poupées, elle ne peut s’empêcher de revivre l’horreur qu’a été son mariage. « Je me vois en elles », a-t-elle dit. « Un jour, j’étais habillée et coiffée comme elles d’un chignon. J’avais une tonne de maquillage alors que quand j’étais plus jeune, je n’avais pas le droit de toucher à ça parce que c’était péché. Et tout le monde était heureux et content, c’était la fête. Et nous, c’est comme nous conduire dans notre tombe », poursuit-elle en décrivant sa terrifiante nuit de noces.

Dureté et lumière

Bouleversantes, les photos grand format imprimées sur des toiles, accompagnées de courtes descriptions, de statistiques et de citations, documentent la réalité de ces fillettes privées d’enfance, levant le voile sur leur difficile réalité : le viol, les abus, les risques liés aux grossesses en bas âge, la difficulté d’obtenir le divorce… Sur une photo, Agere, mariée à 12 ans à un homme qui lui a transmis le sida, allaite ses jumeaux nouveau-nés séropositifs. Kanas, une jeune Éthiopienne de 18 ans, raconte qu’elle ne se souvient pas du moment où elle a été « offerte » à un homme, tant elle était petite. « J’ai été élevée par mon mari. »

La porte-parole d’Amnistie, Anne Sainte-Marie, rappelle que 67 millions de femmes ont été privées de leur enfance et de leur dignité, ayant été mariées trop jeunes. « Et si rien n’est fait, le problème ira en augmentant », a-t-elle déclaré, soulignant que ces violations des droits des femmes se produisent surtout dans les pays en voie de développement, dont la population tend à croître.

Très dure, l’exposition laisse toutefois filtrer un peu de lumière. La Yéménite Nujood Ali, mariée à 12 ans à un homme de 20 ans de plus qu’elle, a vécu une entrée brutale dans le monde des adultes. Sa lutte pour obtenir le divorce a ému le pays et certains membres du Parlement qui, deux ans plus tard, se sont penchés sur un projet de loi sur l’âge du mariage.

Quant à Samia Shariff, elle s’est lancée dans l’écriture d’histoire de femmes qui ont vécu sous le joug de leur mari et caresse le projet de faire venir auprès d’elle sa soeur et ses filles.

BLx

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30 minutes avec JR

Le mur est le média. Charlie Rose reçoit l’artiste de rue français JR

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À Londres, de l’art mur à mur

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L’art se fait viral en Grande-Bretagne

Le projet Art Everywhere accroche 22 000 reproductions dans les rues du pays

Louise-Maude Rioux Soucy, Le Devoir, 12/08/13

Un Francis Bacon au coin de la rue. Un Peter Blake dans le métro londonien. Un Damien Hirst dans l’autobus. L’art se fait viral ces jours-ci en Grande-Bretagne. Dès ce lundi et pendant deux semaines, il s’affichera au coeur du quotidien des Britanniques qui seront plongés – de gré ou de force – dans les tentacules d’Art Everywhere, une grande exposition sans frontières destinée à sortir l’art des livres et des musées.

Pas moins de 22 000 reproductions ont été ainsi accrochées aux quatre coins du pays dans des espaces publics d’ordinaire occupés à plein temps par des affiches publicitaires. Portée par des artistes, des commissaires et des entrepreneurs, l’initiative est parrainée par deux géants, les Tate Galleries et l’ArtFund, mais aussi par le public, qui a participé à son financement, un don à la fois.

« L’idée, c’est de chasser la publicité de nos rues pour la remplacer par des oeuvres d’art qui feront de la Grande-Bretagne la plus grande galerie d’art au monde », explique son idéateur, Richard Reed, un des hommes d’affaires derrière le succès des produits Innocent Drinks.

En juin dernier, les citoyens ont été nombreux à se prononcer en ligne sur les oeuvres à retenir parmi la vaste collection publique britannique. L’exercice a permis d’en retenir 57, pas une de plus, pas une de moins. Au sommet de cette liste en forme de coup de coeur : La dame de Shalott de John William Waterhouse. Daté de 1888, le tableau tire son inspiration du poème du même nom d’Alfred Tennyson.

Tout juste sous la belle dame éthérée, une autre femme éplorée au destin tragique : l’Ophelia (1851-1852) de John Everett Millais, juste avant qu’elle ne se noie. Suivent Tête VI (1949) de Francis Bacon, Grassed (1919) de John Singer Sargent et Tête d’homme (autoportrait I) (1963) de Lucian Freud.

Si tout se passe comme prévu, les organisateurs estiment que l’exposition aura été vue par 90 % de la population adulte au pays « de Banff Buchan en Écosse à Torbay dans le Devon et de Lowestoft dans le Suffolk à Belfast au nord de l’Irlande ».

Pour Marc Sands, à la tête du département des communications des Tate Galleries, l’initiative a le mérite de rappeler « que l’art britannique appartient à la nation britannique ». Mieux, ajoute-t-il dans une vidéo mise en ligne par Art Everywhere, les oeuvres punaisées dans un environnement aussi surprenantauront sans doute un effet positif sur le milieu de l’art en général, et plus spécialement sur les musées. « Certaines des oeuvres exposées restent largement ignorées du public, c’est vraiment une occasion d’élargir ce public. »

BLx

 

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24 juillet 1967: De Gaulle à Montréal

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Google: catégorie a priori de la perception

google

Humanités 2.0 – La sociologie des algorithmes

Comment Google et consorts façonnent notre vision du monde

Stéphane Baillargeon, Le Devoir, 20/07/13
Les nouvelles technologies transforment la production et la diffusion des savoirs. Le Devoir propose une série estivale sur les digital humanities et les sciences sociales numériques. Aujourd’hui : les outils de la connaissance et la connaissance des outils sociologiques.
L’indice de référence de Wall Street a chuté de 9 % en moins de 10 minutes le 6 mai 2010. Le « flash crash » dans le jargon des traders a encore tragiquement rappelé le rôle prépondérant pris par les programmes informatisés qui traitent environ les trois quarts des transactions boursières dans le monde.Ces machines détectent et exploitent les opportunités de transactions en quelques nanosecondes grâce à des suites d’opérations et de calculs hypercomplexes. Et parfois, ça dérape.« Le XXIe siècle dématérialisé et réseauté a basculé dans une culture algorithmique, dit le sociologue Jonathan Roberge, de l’institut national de recherche scientifique (INRS). La crise des subprimes découle, elle, d’une incapacité du modèle économique à considérer le zéro. Les créances étaient revendues en paquet. Le modèle estimait que, dans le pire des cas, il y aurait toujours au moins un acheteur pour n’importe quel paquet. Au pis aller, un acheteur paierait un dollar. L’encodage aurait dû prévoir zéro valeur et zéro acheteur. L’ensemble du modèle a été faussé par cette prémisse et les conséquences ont totalisé des milliards et des milliards de dollars de pertes. »Sur sa page de l’Institut, le professeur Jonathan Roberge se présente comme un spécialiste de la « culture numérique » et de la « sociologie des nouvelles technologies de l’information et des communications ». Il est aussi rattaché à la Chaire sur les nouveaux environnements numériques et l’intermédiation culturelle. En entrevue, il explique qu’au fond, ce qui l’intéresse, ce sont les infrastructures de médiation offertes par les nouvelles technologies.« Ça veut juste dire que je suis attiré par une sociologie de la culture transformée par les nouveaux environnements numériques, notamment les agrégateurs de contenu. Depuis un an et pour les deux prochaines années, je m’attaque plus particulièrement à la définition d’une sociologie des algorithmes. Je cherche à comprendre quel rôle jouent ces modèles mathématiques dans la nouvelle définition de la culture. »

Ils sont partout

Un algorithme est une suite d’opérations permettant de résoudre un problème, une recherche en ligne pour aboutir sur des sites pertinents, par exemple. Les algorithmes sont tellement partout, tellement dominants, que les savants commencent à se questionner sur le changement possible de paradigme. Entre-t-on dans une nouvelle phase de la culture numérique qu’on pourrait qualifier d’algorithmique ou cette culture des algorithmes représente-t-elle l’avant-plan d’une culture plus générale dite numérique ?

Cette culture se définit par la dématérialisation qui permet le déplacement quasi instantané des supports. Le fichier électronique a révolutionné l’industrie de la musique, sa production comme sa consommation. Tous les secteurs y passent. La télé traditionnelle semble à son tour menacée. L’édition des journaux, des magazines et des livres devrait aussi passer à la trappe numérique.

« Le modèle s’effondre et de nouveaux joueurs dominent, explique le professeur. Amazon, par exemple, une compagnie américaine, prend de plus en plus de place. Les librairies ferment à Québec, en région, partout. Mais on ne sait pas encore si, à l’échelle du monde, des milliers et des milliers d’intermédiaires seront remplacés par une poignée de compagnies. Chose certaine, le milieu de l’édition, comme d’autres, va être profondément transformé. »

Le deuxième facteur concerne la démultiplication. La capacité d’accès aux produits, à l’information, dépasse l’entendement. « Il y a tellement de choses que les choses deviennent du bruit. Pour s’y retrouver, pour arriver aux produits pertinents, on fait quoi ? Comment s’y retrouver devant 40 millions de chansons ? Avec les algorithmes, évidemment. Mais alors, il faut se demander qui sont les gardiens de ces barrières, qui sont les nouveaux intermédiaires de contrôle ? »

Promesses et limites du Net

En consommation, l’opinion des amis ou des critiques compte encore en ligne, par exemple sur Facebook ou dans les vieux médias. Mais les recommandations automatisées prennent de plus en plus d’importance, notamment par les moteurs de recherche.

« Il faut se demander comment ça fonctionne et critiquer la croyance aveugle en l’objectivité de ces outils, une situation paradoxale. Les algorithmes gèrent les opérationnalités entre les machines et l’interopérationnalité entre les humains et les machines. Des géants privés, devenus les nouveaux rois du Web, contrôlent un espace virtuel semi-public, géré par des entreprises : iTunes pour la musique, Netflix pour le film, Twitter et Facebook pour ce que c’est, etc. »

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Les opérations mathématiques finissent par travailler fondamentalement la connaissance et le rapport à la connaissance, explique encore le professeur Roberge. Les moteurs de recherche coproduisent la recherche et donc, la connaissance. « C’est là que ça devient inquiétant, dit M. Roberge. Les gens assument que le moteur donne la vérité froide et objective. C’est délirant ! En fait, plus un site est populaire, plus il a de chances de se retrouver en haut de page des résultats. La vérité est définie par l’occurrence, ce qui est bien étrange. Même Google Scholar fonctionne comme ça. »

Le malin professeur demande souvent aux étudiants ou aux collègues où se trouve la pub sur Google. Personne ou presque ne répond qu’elle loge dans le premier ou les premiers sites mis en évidence par une recherche. Les mots eux-mêmes sont mis aux enchères, le plus cher étant « assurance ».

« Il faut développer un esprit critique envers ce monde, et cela vaut pour les universitaires eux-mêmes, qui doivent réfléchir à leur propre accès à la connaissance. Chaque outil a ses biais et il faut en prendre conscience. »

La colonisation du monde

La sociologie traditionnelle, celle de Fernand Dumont par exemple, distingue la culture savante et la culture populaire. Le jeune professeur Roberge, qui a défendu une thèse sur Paul Ricoeur, vient de cette tradition mais tente de s’en extraire en considérant les interactions entre les deux pôles culturels. L’intérêt porté aux algorithmes facilite cette option puisque les modèles mathématiques amalgament tout.

« Tout est googlé aujourd’hui. Toutes les strates de la connaissance sont retravaillées par ces outils numériques. Les fondements mêmes de la connaissance et donc de notre société s’en trouvent affectés. »

Le professeur a mis en place un groupe de recherche sur Google. Cet été, il va particulièrement s’intéresser au projet de lunettes de réalité augmentée de l’entreprise, les « Google Glasses », comprenant une caméra et un écran d’affichage.

En même temps, les critiques semblent déjà à la hauteur des justifications comme des espoirs technophiles. Aux yeux de leurs détracteurs, les lunettes omniscientes semblent menacer la vie privée, semblent aussi invivables économiquement et franchement laides. Même les ophtalmologues s’en mêlent.

« On s’intéresse donc à un objet qui n’existe pas encore mais qui suscite déjà des justifications et des critiques. Si elles fonctionnent bien, dans quatre ou cinq ans ces lunettes peuvent devenir l’interface entre l’humain et la machine la plus puissante jamais créée. Les implications pour la connaissance sont immenses. Les effets sur une société qui vivrait branchée sur des lunettes Google sont énormes. On pourra constamment et partout poser des questions aux lunettes, qui vont nous renseigner sur notre pouls cardiaque, la circulation automobile ou le temps qu’il fera. »

L’envers de la médaille

Il donne l’exemple de la colonisation de son monde universitaire par les moteurs de recherche. Pour lui, le fameux balcon d’observation, la mise à distance de la vie et de la société par la culture dite seconde chère à Fernand Dumont ou Michel Freitag, se transforme radicalement. « Il y a dix ans, les travaux universitaires citaient encore Le Petit Larousse ; maintenant, ils citent tous Wikipédia. Pourquoi ? Parce que le serveur de la porte d’entrée à la connaissance, Google, quoi, ouvre toujours sur ce site. C’est un effet sociologique qui favorise le plus populaire et qui rend encore plus riche le plus riche.»

Les gains réels sont indéniables. Chacun peut fouiller dans les trésors du monde. Les bibliothèques et les collections sont à portée de clic. Les savants, comme tous les internautes, ont l’impression de s’être fait greffer un second cerveau universel.

«L’envers de la médaille, c’est qu’on a donné une partie du contrôle de la connaissance à des monopoles capitalistiques qui contrôlent les algorithmes. On ne peut pas ne pas s’inquiéter de ça. Une université rend des comptes. Pas Google. »

«Tout va très vite, conclut le sociologue des algorithmes. À la fin du XXe siècle, on parlait de l’autoroute de l’information, de la société de l’information ou de l’économie du savoir. Ces concepts ont disparu. On parle maintenant davantage de culture numérique. Même le multimédia tend à s’effacer. Pour le coup, moi, je dois dire que je fais dans la digital sociology, la sociologie numérique. Les sciences sociales numériques, ça me va aussi comme appellation. Les digital humanities, par contre, je suis moins certain. À la base, cette appellation désigne les vieilles humanités qui numérisent leurs sources, par exemple. Récemment, j’étais à l’université où j’ai réalisé mon post-doctorat. Il y avait deux Français, un Allemand, un Espagnol et un Mexicain et on travaillait tous sur la sociologie, l’économie ou la culture des algorithmes. »

Sur la même question, voir aussi sur ce blogue:

Filtres et algorithmes: Danger!

Dans cette vidéo, Kevin Slavin explique quel usage nous faisons des algorithmes et constate que nous écrivons des codes que nous ne maîtrisons pas toujours, qui entrent parfois en conflit entre eux et qui sont générateurs de catastrophes, financières notamment…

BLx

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