Archives de Catégorie: Art

Les Humanités numériques

Humanités 2.0 – Le zéro et l’infini

McGill numérise la science et la philosophie islamiques

Stéphane Baillargeon, Le Devoir 6 juillet 2013

manuscrit imageNos caractères sont latins et nos chiffres, arabes. Ces chiffres ont progressivement remplacé les signes romains en Occident, puis dans le monde entier. Une tradition explique que le savant de Pise Leonardo Fibonacci (1175-1250) étudia les mathématiques à Icosium (aujourd’hui Alger) avant de publier un traité de calculs qui aida à populariser la série numérique, y compris le zéro, mot dérivé de l’italien zéfiro, venu de l’arabe sifr, qui veut dire vide.

Notre vie est remplie de ce sifr. Le « zéro » et le « un » de la révolution par la numérisation continuent de changer le monde et nos connaissances. La dématérialisation des textes classiques ou modernes fait partie des travaux fondamentaux de ce nouvel univers. À la base, l’appellation contrôlée des « digital humanities » fait référence aux bonnes vieilles « humanités » des cours classiques.

À Montréal, McGill mène son propre chantier, baptisé Rational Sciences in Islam (RSI). « Le projet RSI, que je dirige avec mon collègue Jamil Ragep, historien des sciences, est un projet typique des humanités numériques », explique Robert Wisnovsky, professeur de l’Institute of Islamic Studies de l’université, lui-même historien de la philosophie et de la théologique islamiques.

« Ce projet vise la constitution de bases de données sur les mathématiques, la philosophie et la philosophie théologique à partir de manuscrits conservés dans plusieurs pays, poursuit-il. Nous avons déjà numérisé des centaines de milliers de pages des plus importants manuscrits produits pendant un millénaire. À ma connaissance, il s’agit de la plus riche collection mondiale du genre, constituée à partir de multiples collections. »

Science et conscience

La première phase du chantier lancé il y a cinq ans vient de se terminer, le 30 juin précisément. La recherche comporte trois volets qui combinent environ 3500 manuscrits au total :

L’Islamic Scientific Manuscripts Initiative (ISMI) dématérialise les travaux de quelque 1700 auteurs s’étant intéressés aux sciences exactes dans la période prémoderne.

Le voletScientific Traditions in Islamic Societies (STIS) constitue une « banque de données raffinée » pour documenter la tradition cosmologique dans le monde arabe.

Le troisième programme, The Post-Classical Islamic Philosophy Database Initiative (PIPDI), développe l’infrastructure numérique nécessaire pour poursuivre l’étude systématique d’un vaste corpus de textes savants produits depuis la fin du XIIe siècle. Ces textes dits postclassiques traitent de philosophie du langage, d’épistémologie, d’éthique et de métaphysique, de théologie ou de cosmologie.

L’histoire de la philosophie s’intéresse surtout aux siècles précédents, allant en gros de 800 à 1200. Cette période orientale dite classique a fortement influencé le Moyen Âge tardif en Occident, comme le montrent Fibonacci et le zéro. Le renouveau de l’aristotélisme date aussi de ce temps. Abu’l-Walid Muhammad ibn Rouchd de Cordoue (1126-1198), connu sous son nom latinisé d’Averroès, célèbre pour ses commentaires d’Aristote, a eu un ascendant majeur sur les penseurs du monde chrétien médiéval.

Le projet en cours veut contredire l’opinion courante voulant que tout le reste, depuis cette période d’effervescence intellectuelle fructueuse, ne soit qu’obscurantisme et déclin sous le contrôle de théologiens dogmatiques. Au mieux, l’Occident s’accorde le mérite d’avoir repris le flambeau de la raison allumé dans les oasis du Proche-Orient.

« C’est vrai que l’Ouest a été influencé par la pensée islamique, mais cela ne veut pas dire que les penseurs arabes ont cessé d’exister après 1150 ou 1200, dit Robert Wisnovsky. Nous voulons donc utiliser les nouveaux outils pour mettre en évidence la masse de preuves qui existent afin de démonter les vieux et tenaces préjugés autour de l’absence de pensée rationnelle dans cette partie du monde. »

Langues mortes, textes vivants

Les nouveaux outils numériques ne facilitent pas la tâche : ils la rendent possible, tout simplement. À peine « quelques douzaines » de savants s’intéressent à ces questions en Occident, note le professeur Wisnovsky – lui-même spécialiste d’Avicenne (980-1037) -, alors que le corpus lie des milliers d’oeuvres enfouies dans des collections éparpillées d’un bout à l’autre du monde.

La numérisation de McGill s’est étendue de 2008 à 2012. « Le seul accès aux sources pose un défi, résume l’exégète. La banque de données facilite l’accès aux textes, mais aussi la compréhension de leur cheminement physique et intellectuel. Un manuscrit de Samarcande est copié à Ispahan puis se retrouve en Allemagne. La constitution de la bibliothèque virtuelle permet de retracer cette longue et complexe vie du texte. »

Elle permet aussi de découvrir des textes perdus, tout simplement. À Téhéran, M. Wisnovsky s’est intéressé à un codex d’anthologie contenant 55 essais de Yahya ibn Adi (893-974), philosophe chrétien de Bagdad, élève d’Al-Farabi, « second instituteur de l’intelligence », après Aristote, selon Averroès. Or la moitié du corpus, 24 textes au total, n’était connue que par des références ultérieures et tenue pour perdue ! « C’est un vrai accident, dit le spécialiste à l’origine de la découverte. Je m’intéresse plus à la réception d’Avicenne qu’à ses sources. »

Robert Wisnovsky enseigne la philosophie et la théologie islamiques avec un oeil constant sur la tradition de la traduction du grec à l’arabe. C’est d’ailleurs par cette langue morte que cet Américain d’origine est arrivé à la vivante. Il raconte qu’il a étudié le grec et le latin dans une école secondaire privée, à Princeton au New Jersey. « J’ai commencé des études classiques à l’université et j’y ai découvert l’arabe, qu’on enseignait alors comme une langue classique. J’en suis tombé amoureux. »

Des paradoxes

La PIPDI a d’abord identifié 3000 recueils notables disséminés d’Istanbul à Berlin. Un comité a ensuite pointé vers une tranche initiale de 400 textes encore plus fondamentaux, soit 65 ouvrages canoniques, 135 commentaires parmi les plus influents et 200 autres écrits jugés fondamentaux. La plus grande part (85 %) des manuscrits n’a jamais été éditée.

Pour l’instant, des copyrights réservent l’accès à la banque dématérialisée et potentiellement universelle aux seuls chercheurs de McGill, quelques happy few. Robert Wisnovsky a lui-même supervisé 16 Ph. D., dont le tiers appuyé sur les banques de données et cinq autres en cours. Son collègue Jamil Ragep a ses propres étudiants de haut niveau.

« C’est l’entente ; elle est loin d’être parfaite, mais nous espérons que la tendance ira vers l’accès libre, dit le professeur. Notre accord avec la Stadtbibliothek de Berlin va dans ce sens. Certains éléments, peut-être le cinquième ou le quart de la banque, seront donc accessibles à tous très bientôt. »

Autre paradoxe : les riches États pétroliers du Golfe n’ont fourni aucuns fonds pour ce chantier intellectuel. Le projet RSI est surtout subventionné (à hauteur de 1,5 million) par la Fondation canadienne pour l’innovation.

Lire à la machine

Cet organisme fédéral soutien les projets d’infrastructure des connaissances : équipement de pointe, laboratoires, collections scientifiques, etc. Une des retombées majeures du RSI concerne le traitement informatisé des documents manuscrits en langue arabe. Les différents styles calligraphiques de cette civilisation pose d’énormes difficultés de reconnaissance optique des textes, base de tout le travail de constitution de fichiers exploitables. Sans elle, l’image numérisée ne vaut guère plus qu’un microfilm. Avec elle, le document s’anime et s’interconnecte mot par mot, concept par concept. La translittération et la traduction électronique en dépendent.

Les équipes d’ingénieurs du professeur Mohamed Cheriet, de l’École de technologie supérieure (ETS) de Montréal, planchent sur ce défi. « C’est extrêmement complexe, explique le philosophe. L’arabe est une des langues les plus difficiles à faire lire par une machine. Nous avons donc les belles images, mais il faut pouvoir les explorer pour en tirer un plus grand avantage intellectuel. »

La science islamique nourrit ainsi la science actuelle, et vice versa. Pour l’instant, le prototype du laboratoire de l’ETS, l’Optical Shape Recognition, réalise les deux tiers des étapes principales du travail de lecture automatisée. Une fois complètement résolu, le traitement informatisé aura des répercussions énormes sur le secteur des études islamiques.

Il existe environ trois millions de manuscrits en langue arabe, qui peuvent représenter, quoi, un demi-million d’oeuvres copiées six fois chacune. Seule une petite portion est éditée. « Nos affirmations sur l’histoire de cette civilisation, ses sciences et sa philosophie, mais aussi son art ou sa poésie, son droit ou son architecture, repose sur une fraction statistiquement insignifiante », répète le spécialiste.

Les retombées potentielles dépassent largement le champ savant, on le comprend, surtout dans le contexte sociopolitique actuel en surtension. « Construire une image plus fidèle de l’histoire de cette partie du monde vaut en elle-même, mais ne peut aussi qu’accroître les chances de compréhension mutuelle des civilisations, conclut Robert Wisnovsky, lui-même un pont entre les civilisations. J’ai par exemple été contacté par un institut de Dubaï qui souhaite encourager des interprétations plus raffinées philosophiquement, et en tout cas moins dogmatiques que celles très populaires maintenant. Les concepts et la terminologie contenus dans les textes numérisés peuvent aider dans cette voie. L’idée n’est pas de devenir esclave de ce passé, mais de s’approprier les termes, les exemples ou les idées qui peuvent nourrir la réflexion encore aujourd’hui. »

BLx

Poster un commentaire

Classé dans Art, Culture et société, Histoire, Histoire et civilisation, Lettres, Philosophie, Religion, Science

Blanche neige revisitée

« WS », une installation de Paul McCarthy

061813white1

À New York, au Park Avenue Armory, la caserne militaire où Marcel Duchamp exposa en 1917 Fontaine, le fameux urinoir, on peut voir maintenant  jusqu’au mois d’août la dernière oeuvre de l’artiste américain Paul McCarthy. Il s’agit d’une oeuvre impressionnante, WS est une installation qui s’étend sur plus de 8 000 pieds carrés et qui comprend une forêt enchantée, la reconstitution de la maison d’enfance de l’artiste, le tout surplombé aux extrémités de deux écrans géants, chacun divisé en quatre sections. Il se passe beaucoup de choses, mais rien de bien rassurant. La maison d’enfance est transformée en une scène de crime où l’on voit des sculptures hyperréalistes de corps nus, cadavres gisants parmi les traces scabreuses d’une orgie, tandis que sur les écrans on voit se déployer les épisodes qui se sont déroulés dans les lieux où l’on circule et qui se concluront par la mort de WS, White Snow comme dans Snow White et de Walt Paul, comme dans Walt Disney et Paul MacCarthy.

062813ewing2

ws-mccarthy

IMG_4157

Drame psycho sexuel impliquant Blanche neige, les sept nains, dieu le père lui-même, Walt Disney, et le prince charmant qui finira bien par venir, mais trop tard.

28MCCARTHY-popup

McCarthy s’adonne donc à une relecture du conte de Walt Disney Blanche Neige et les sept nains, relecture outrancière, obscène et scatologique reconstituée dans le cadre de sa maison d’enfance.

061813ewing7

paulmccarthy-disney

BLx

1 commentaire

Classé dans Art, Culture et société, Uncategorized

PUNK: Chaos to couture

Punk-chaos-to-couture-New-York-exposition-lecatalog.com_

Superbe exposition au Metropolitan Museum of Art de New York consacrée à l’influence que l’esthétique punk a eue sur la haute couture. Outre la beauté des vêtements présentés (ici), l’exposition PUNK: Chaos to couture s’intéresse à la sociologie de la récupération par la haute bourgeoisie des tendances issues de la rue. Les classes « supérieures » feignent donc de s’encanailler en s’appropriant les allures de l’avant-garde. Le phénomène social de la récupération implique la transformation d’une tendance marginale, hétérogène, en une réalité socialement acceptable, plus susceptible à la fin de rejoindre le consensus. Un tailleur Chanel troué à la manière des T shirts de Johnny Rotten peut certainement être beau, mais il n’y a plus rien d’authentique dans la provocation qu’il est censé produire, pas plus que nous font peur les bras des hipsters tatoués à la manières des prisonniers et des marins… Le devenir homogène de l’élément hétérogène, un phénomène auquel s’est intéressé Georges Bataille dans un texte de 1933 intitulé La structure psychologique du fascisme.

IMG_0876

BLx

Poster un commentaire

Classé dans Art, Culture et société, Philosophie

James Turrell au Guggenheim

L’antichambre du sublime

james-turrell-guggenheim-rendering_pink_collabcubed

james-turrell-aten-reign-guggenheim-new-york-designboom-01

turrell_guggenheim_02-550x367

BLx

Poster un commentaire

Classé dans Art

Andres Serrano

Andres Serrano est un artiste américain. Il utilise comme médium pour son art la photographie. Serrano aime entre autres beaucoup jouer avec le rapport entre fond et forme (pour utiliser le langage d’Hegel), ainsi qu’avec la notion de beau et de laid dans l’art. De façon plus concrète, il réussit à prendre de très belles photos, presque parfaites d’un point de vue esthétique, mais dont le sujet l’est beaucoup moins, disons d’un point de vue moral. En d’autres mots, Serrano confronte l’idée d’une forme belle avec un fond laid. Pour donner un exemple, on peut prendre sa série de photos nommée The klan. Dans ces photos, on retrouve des clichés d’une très grande beauté, mais dont les sujets sont des membres du Klu Klux Klan  (un groupe radical raciste, actif dans le sud et l’ouest des États-Unis à la fin de la guerre de Sécession, et lors du XXe siècle). On peut donc voir la dichotomie qui se crée ici entre les deux éléments de l’œuvre. Ceci vient troubler le spectateur, car il ne sait plus quoi penser. Doit-il trouver cela beau ou non ? A-t-il seulement le droit de trouver cela beau, sachant l’histoire qui se cache derrière ces tuniques? Ceci confronte la morale de l’homme à son sens du goût, ce qui crée donc un choc.

serarro - klansman

D’autres œuvres de Serrano sont aussi très choquantes. On peut prendre comme autre exemple une de ses photos les plus connues et les plus controversées : Piss Christ. On retrouve sur cette photo Jésus crucifié, baigné (c’est le cas de le dire) dans un halo de lumière doré. Or, il se trouve que cet effet de lumière est créé par l’urine dans laquelle l’artiste a plongé l’effigie du christ. Bien sûr, cette image a fait un tollé chez les chrétiens. Par contre, il faut savoir que Serrano est lui-même un chrétien et donc il n’a pas fait cela par pure provocation. Il avait une idée derrière cette œuvre. Il voulait mettre en relation la couleur de l’urine, considéré comme une chose basse et dans une certaine mesure tabou, avec la couleur dorée qui, selon la tradition, est la couleur des nobles, des princes, etc.

antireligion-artwork-vandalised

Au final, on peut donc voir qu’Andres Serrano vient mettre en relation la notion de beau et de laid pour créer un contraste et ainsi faire réfléchir le public.

Sébastien Lefebvre

Poster un commentaire

Classé dans Art, Culture et société, Photos, Politique

In dürftiger Zeit

hoelderlin

Friedrich Hölderlin

L’art, plus précisément la littérature, est notre relation avec la mort. Qui dispose de l’extrême dispose de soi-même. La tâche du poète, exprimé par Hölderlin, a pour finalité d’exposer à la puissance de l’indéterminé et à la pure et fondamentale violence de l’être une retenue et d’accomplir sa forme. Le temps de la détresse, in dürftiger Zeit, est ce temps dédié à l’art, à la littérature, à la poésie, c’est un moment de manque, d’amaigrissement, de dépérissement intellectuel, où la vérité vacille et c’est de ce temps qu’émerge les œuvres qui la rendent présente et visible.[1] Le poète est l’intimité de la détresse. Le poète raconte les origines, la première fois que l’on ressent un sentiment, une émotion, la première fois que l’on voit quelque chose. L’historien n’a quant à lui qu’un rapport au passé, contrairement à l’écrivain. Tout comme a tenté de le faire Hölderlin, l’aspiration du poète est de s’unir à la nature, de se délier de ses chaînes, de ses limites, de sa forme, de faire un retour à la vie éternelle, sans mesure et sans réserve, mouvement rapporté au désir de mort. Le poète veut se séparer de tout pour vivre plus étroitement avec toutes choses, avec soi-même. Le jeune Hölderlin, celui d’Hypérion, aspire à faire le retour à la vie unique, à cette vie ardente. Représentant la volonté de faire irruption par la mort, Empédocle, qui est issu de la première maturité d’Hölderlin, cherche à s’unir à l’élément du feu, signe et présence d’inspiration. Se tenant debout devant la puissance la plus haute, Dieu, le poète s’expose au plus grand danger, la brûlure du feu, symbole d’inspiration. Sa tâche a pour but d’apaiser ses douleurs en l’accueillant en lui-même, en son intimité, en son âme, pour pouvoir la transmettre aux autres hommes qui pourront alors entendre les paroles divines sans péril. Le poète, Hölderlin dans ce cas-ci, agit en médiateur entre le divin et le commun des mortels.

Cependant, le temps est ponctué de périodes de jour et d’obscurité, une alternance où les dieux sont présents et de moments où ils sont absents, avant Nietzsche, Hölderlin a conçu ces bouleversements. On peut également ramener ces moments à son œuvre, Hypérion, dans laquelle la nature correspond à l’intimité du divin, et où le temps qui suit l’orage est l’heure de grâce et d’inspiration.  Alors qu’il manifeste ses premières crises d’égarement, il formule ce qu’il appelle die vaterländische Umkehr, le retournement fatal, non pas un retour vers le lieu natal, mais un mouvement qui s’exécute selon l’exigence de ce lieu. Il l’exprime ainsi : « La clarté de la représentation nous est aussi naturellement originelle qu’aux Grecs le feu du ciel ».[2] Il désigne par le « nous » les Allemands, plus précisément les hommes de la modernité. « La clarté de la représentation » est la tâche du poète définie plus haut. C’est le pouvoir de définir, de saisir les choses, mais également la volonté de rester sur la terre. « Le feu du ciel » renvoie évidemment aux dieux, à l’orage. Hölderlin ajoute cependant que « [les hommes] possèdent ce qui leur est étranger, mais que ce qui leur est proche ne leur est pas proche ».[3] Sorte de cri de ralliement, de précepte limité, qui invite les poètes de son pays, et lui-même, « à ne pas s’abandonner à la volonté empédocléenne », Empédocle étant le désir d‘aller dans l‘autre monde.[4] À cet instant, il se sent dangereusement proche de l’étranger, il dit notamment qu‘« il faudra [qu’il] veille à ne pas perdre la tête en France ».[5] La France étant sa Grèce antique, son approche du feu, il subira alors l’atteinte décisive et c’est à ce moment qu’il imagine de manière beaucoup plus colossale le retournement qu’il avait déjà exprimé.

Le Zeus de nos jours, dieu plus authentique, « reploie vers la terre le cours de la nature qui se dirige vers l‘autre monde, ce cours éternellement hostile à l‘homme ».[6] De cette formule on constate qu’Hölderlin s’éloigne d’Empédocle, désir maintenant inauthentique, désir qui doit alors s’inverser vers ce monde-ci, de même que la nature puisqu’elle tente d’amener l’homme au-delà. Le poète doit également se détourner des cieux. La pensée de Hölderlin repose sur le fait que les hommes de la modernité, qui ont à accomplir se tournant décisif, doivent le faire parce que les dieux eux-mêmes achèvent le « retournement catégorique ».[7] Les dieux d’aujourd’hui s’éloignent, se détournent, sont absents, meurent, et le poète doit comprendre le sens de cette infidélité divine en la commettant à son tour. Par ce retournement s’affirme alors la séparation des deux mondes et par cette distinction, le souvenir du divin. Aujourd’hui, de cette séparation, le poète doit résister à la disparition des dieux, à leur aspiration, mais également celle de la terre, simple substance matérielle, essence qu’il ne forge pas. Il doit se tenir justement à l’intermédiaire  des deux mondes, tenir la double infidélité, ce double renversement, divin et humain.

Le poète doit accomplir ce processus en se chargeant du poids de la double infidélité et en maintenant la distinction entre les deux sphères, divine et mortelle, en vivant et en étant purement la séparation. Le poète repose dans la déchirure qu’est le sacré, dans ce lieu de vide et de pureté, cette scission, c’est là le sacré. Cette pensée de retournement catégorique est ce qu’annonce plus tard Nietzsche, « la mort de Dieu », c’est ce moment que ressent Hölderlin, il le vit dans une compréhension beaucoup plus large et moins simplifiée. Il repousse en quelque sorte les simplifications qu’apporte Nietzsche et tente de ne pas faire lire ces mots dans « la tranquillité de leur sens manifeste ».[8] Le poète est l’être en qui, essentiellement, ce retournement agit, le temps se renverse et les dieux vont et viennent. Seulement, Hölderlin ne conçoit pas ce rapport, cette absence, aux dieux que d’un œil négatif, ce pourquoi elle est terrible, elle est to deinotaton. Lors du jour, les dieux éclairent l’homme, l’éduquent, entretiennent un rapport avec le sacré lui-même. Seulement, dans la nuit, ils l’égarent, le privent de leur bienveillance divine, deviennent l’esprit qui se retourne. De là, pour le poète, sa tentation qui l’entraîne  vers l’irréel, ce qui n’est pas lié, la démesure. Par conséquent, le devoir de se contenir devient plus grand pour bien distinguer les deux sphères et donc maintenir le vide et pur lieu du sacré, du retournement des cieux et des mortels. Le cœur de l’homme devient donc la cible, plus précisément le cœur du poète, devant devenir ce lieu sacré où la lumière s’éprouve, une intimité où les échos des profondeurs, l’abîme étant réservée aux mortels, abîme où sont préservés les dieux, deviennent les paroles du poète.

Mais si plus abondamment que les pures sources

L’or ruisselle et quand au ciel la colère s’aggrave,

Il faut qu’entre jour et nuit

Une fois apparaisse une vérité.

Dans une triple métamorphose transcris-la,

Pourtant toujours inexprimée, telle qu’elle est,

Innocente, telle elle doit rester.    

Hölderlin

Nicolas Handfield


[1] Maurice BLANCHOT, L’espace littéraire, p. 167

[2] Ibid, p. 365

[3] Ibid, p. 366

[4] Ibid, p. 366

[5] Ibid, p. 366

[6] Ibid, p. 367

[7] Ibid, p. 367

[8] Ibid, p. 370

Poster un commentaire

Classé dans Art, Histoire, Lettres, Philosophie

« Les Misérables » dans l’histoire politique

3100251475_1_5_QpaLfzKY

La littérature est une façon d’illustrer la société contemporaine. Ainsi, ce sont les individus et les peuples qui, dans leurs aspirations, font la littérature. Les idéologies et les courants sont immortalisés par la littérature, ce qui suggère un lien entre cette dernière et l’Histoire. Le XIXe siècle est une époque où la politique est amenée en premier plan dans la société, alors la littérature qui compose avec la culture populaire de l’époque n’a d’autre choix que de transcrire ces évènements. Voici un exemple classique de la littérature française du XIXe siècle qui met la lumière sur cette époque mouvementée, Les Misérables. Ce livre terminé en 1862 est déjà perçu comme un classique lors de sa parution. Son auteur, Victor Hugo, voulait manifestement faire entrer Les Misérables dans une critique politique, morale et sociale de la société dans laquelle il vivait et il va même jusqu’à qualifier son œuvre d’utilitaire, aux fins bénéfiques pour toutes sociétés où règne l’injustice.

Victor Hugo présente donc une caricature de la société de son époque, grossissant les traits afin qu’ils soient mieux perçus. Il montre la misère dans laquelle les gens vivent entre les années 1815 et 1833, c’est-à-dire lors de la Restauration. Le roman se situe donc dans un siècle mouvementé par les régimes politiques en pleins changements. L’œuvre de Victor Hugo se concentre autour d’un acte politique et historique, l’insurrection républicaine à Paris du 5 et 6 juin 1832. Le soulèvement commence lors des funérailles d’un député de l’opposition et se termine par un massacre des insurgés. L’évènement a par la suite été « immortalisé par Hugo dans les misérables »[1]. En effet, l’écrivain s’est inspiré d’événements et du contexte socio-économique dans lequel il a vécu pour intégrer son livre à son époque et pour le rendre contemporain à sa société. Il a accumulé les évènements historiques afin de mettre ses personnages dans un univers relativement réel.

photo 3100251475_1_7_x57ZDUPr

En effet, les personnages dépeints par Victor Hugo dans Les Misérables sont caractériels de la société du XIXe siècle, puisqu’ils représentent toutes les couches de la société. Victor Hugo met en lumière la pauvreté, la misère, les luttes sociales pour l’obtention de droits et les difficultés reliées à cette période historique à travers ses personnages. Par exemple, avec les Thénardier l’auteur fait référence à la bataille de Waterloo, car le père Thénardier est un ancien soldat de l’armée de Napoléon qui fut décoré lors de cette bataille. De plus, les Thénardier représentent les bas fonds de la société et les arnaqueurs qui la peuplent.[2] Aussi, ce qui oppose les personnages de M. Gillenormand et le Colonel George Pontmercy des Misérables est en fait la représentation de la rivalité qui oppose les deux opinions publiques les plus populaires de la société française du XIXe siècle, c’est-à-dire le bonapartisme et le royalisme.

Ainsi, Victor Hugo nous présente une multitude de couches de classes sociales dans son roman, ce qui démontre le réalisme de son œuvre. Il fait allusion à la bourgeoisie, au prolétariat, au forçat, à la classe ouvrière telle que la police, à la classe religieuse, etc. Il étale ces différentes classes avec par exemple, Jean Valjean qui est la figure du forçat, Javert qui représente parfaitement le policier acharné à son travail, et Marius qui représente la jeunesse et la bourgeoisie.[3] Victor Hugo réussit, à transfigurer un particulier historique en une universalité qui peut faire sens pour tout homme. Ainsi, toutes les couches de la société sont représentées à travers les personnages de Victor Hugo, créant donc le général sur lequel Aristote mettait l’accent lorsqu’il comparait dans La Poétique la littérature avec l’histoire. Bref, Victor Hugo présente la révolte de juin 1832 afin d’entrer l’Histoire dans son histoire et son histoire dans l’Histoire, en mettant en scène les moments mémorables de son siècle.

Alex Nadeau-Lessard


[1]LEPELTIER, Thomas. «Le roi et les barricades. Une histoire des 5 et 6 juin 1832», 15 juin 2011, Science Humaine, [En ligne] http://www.scienceshumaines.com/le-roi-et-les-barricades-une-histoire-des-5-et-6-juin-1832_fr_2099.html (Page consultée le 4 juin 2013)

[2]Les Thénardier, vils profiteurs, [En ligne] http://www.linternaute.com/livre/magazine/les-pires-mechants-de-la-litterature/les-thenardier-les-miserables.shtml (Page consultée le 4 juin 2013)

[3]Victor Hugo, [En ligne]  http://le-double-a.weebly.com/5/post/2013/01/le-contexte-historique.html (Page consultée le 4 juin 2013)

2 Commentaires

Classé dans Art, Culture et société, Histoire, Philosophie, Politique

L’Apocalypse de Jean

imageserver

L’Apocalypse de Jean est le récit le plus puissant concernant la fin du monde.  Avant de l’aborder, il faut se familiariser avec ce vocabulaire. « Apocalypse » est un mot d’origine grecque qui signifie « ce qui est découvert ». Ce mot vient du verbe apokalutein qui veut dire « dévoiler »[1]. De nos jours, ce mot signifie une grande catastrophe qui mène à la fin du monde. Maintenant qu’on est familiarisé avec la signification du mot « Apocalypse » nous pouvons plonger dans les mythes bibliques de la fin du monde plus précisément, l’Apocalypse de Jean.

Les récits apocalyptiques venant de la tradition ancienne juive énoncent le fait qu’un individu pur et religieux a l’opportunité de voir ou de savoir des secrets habituellement cachés aux mortels. L’Apocalypse de Baruch est un exemple qui démontre bien les faits marquants d’un récit apocalyptique venant de la tradition juive ancienne. En effet, le récit de Baruch écrit entre 200 et 150 avant Jésus-Christ décrit comment un ange a mené Baruch visiter les cieux. Ainsi, cet ange lui fait découvrir des secrets tels que la marche du monde, le sort des âmes des gens mauvais et des gens bons, etc. D’autres récits apocalyptiques sont aussi grandement reconnus entre autres, l’Apocalypse d’Abraham et le livre des secrets d’Hénoch.[2]

Par ailleurs, le christianisme a en quelque sorte, copié l’idée d’une Apocalypse dans les différents récits déjà existants. Le récit de Jean est particulier puisqu’il est illustré dans la Bible. Sa particularité c’est le fait qu’il ne fait pas qu’énoncer les mystères du monde tels que le sort des âmes des gens mauvais et des gens bons, il révèle le futur. Le récit apocalyptique de Jean est daté entre l’an 60 et 100 après Jésus-Christ.

Le récit débute ainsi : Jean étant guidé par une voix est amené au ciel. Il fait la rencontre de Dieu qui est en compagnie de la cour céleste. Dieu ayant en sa possession un livre scellé de sept sceaux communique à un ange de demander qui peut ouvrir ce livre. Puisque personne ne répond, un agneau ayant sept cornes, sept yeux (symbole des esprits que Dieu envoie sur la Terre) apparut et prit le livre. Cela dit, l’animal brise les sept sceaux de telle sorte que chaque sceau brisé provoque une apparition. Le premier sceau brisé provoque l’apparition d’un cheval blanc monté par un archer vainqueur, le deuxième fait apparaitre un cheval roux monté par un symbole de la guerre, le troisième sceau, un cheval noir portant un symbole de la famine, le quatrième sceau un cheval ayant une couleur claire portant le symbole de la mort, la famine, la maladie et des bêtes ravageant la terre, le cinquième sceau les âmes de personnes. Lorsque le sixième sceau fut brisé, la terre se mit à trembler, le soleil prit une couleur obscure ainsi que le ciel, la lune une  couleur rouge sang et les étoiles se mirent à tomber. À cet égard, la fin du monde n’est pas encore arrivée… Au bris du dernier sceau, sept anges ayant sept trompettes apparaissent. Au son de la première trompette, une série de catastrophes surgit telle que des inondations, la destruction des animaux et ainsi de suite jusqu’au son de la dernière trompette qui déclenche des catastrophes un terrible tremblement de terre ainsi qu’un grand mystère.[3]

Presque tous les mythes de la fin du monde ont tendance à grandement capter l’attention. Même si ce sujet crée une certaine inquiétude, il est inévitable de le laisser de côté. L’homme a besoin de se rappeler qu’il vit dans un monde fragile et qu’il ne peut pas tout le temps le contrôler malgré ses connaissances acquises par sa rationalité. L’humanité est fascinée par la fin du monde, car en réalité personne ne peut garantir si ce mythe deviendra un jour réalité. Ainsi, tout ce doute réalimente l’imagination des hommes et fait revivre un enchantement autrefois perdu par l’incrédulité face aux récits religieux. De ce fait, même si le récit apocalyptique de Jean a été écrit vers l’an 60 à 100 après Jésus Christ, il réussit encore à fasciner plusieurs d’entre nous. L’œuvre Apocalypse Trans Am (1993) de John Scott en est la preuve. En effet, cet artiste a gravé le texte de l’apocalypse de Jean sur une voiture complète. Notamment, cette œuvre d’art a été exposée au Musée des beaux-arts du Canada.

Bianca Segovia-Sanchez


[1] Sergent, Bernard. La fin du monde, France, Librio Document, 2012, p. 35

[2] Ibid., p. 35

[3] Sergent, Bernard. La fin du monde, France, Librio Document, 2012, p. 36-37

Poster un commentaire

Classé dans Art, Culture et société, Philosophie, Religion

Le tatouage aujourd’hui

tumblr_ma9xmpNE0x1qd8nfdo1_500

Depuis quelques années, on a vu l’apparition d’une nouvelle mode, le tatouage. Nouvelle mode? Pas tant que cela. Les premières traces que nous en avons datent de la préhistoire. On les a retrouver sur Otzi, un homme préhistorique retrouvé momifier dans la glace qui daterait d’environ 4 500 avant Jésus-Christ. Selon certaines études, ses marques auraient des propriétés médicinales. Dans les civilisations primitives, comme les Maoris, le tatouage était surtout une façon de rompre avec la nature, de s’affirmer en tant qu’humain. Dans l’Antiquité et au Moyen Âge, le tatouage n’était pas utiliser comme décoration, mais plutôt comme châtiment. Il servait à identifier les esclaves, les criminels et, plus tard, les soldats. À partir des années 1800, le tatouage devient davantage un choix des classes marginales de la société. Ce qu’on voulait était de se distinguer, de se séparer volontairement de la société. Mais qu’elle est la place du tatouage aujourd’hui?

Le tatouage a toujours eu comme fonction de séparer la personne qui le porte face à la nature ou à la société. Aujourd’hui, le tatouage a pour fonction de se différencier de tout le monde qui nous entoure. Il ne s’agit pas d’une quête d’identité, mais plutôt de l’affirmation de celle-ci. Dans le monde Occidental dans lequel nous vivons, c’est-à-dire un monde dans lequel les religions sont presqu’inexistantes, un monde dans lequel tous et chacun porte les mêmes vêtements (ou presque), un monde dans lequel nous sommes facilement représenter par des chiffres (comme à l’école), il est normal que l’on veuille se différencier des autres, « sortir du lot ». James Clifford nous dit dans son livre Malaise dans la culture :

« Dans un monde où des voix trop nombreuses parlent en même temps, un monde où le syncrétisme et l’invention parodique deviennent la règle, non l’exception, un monde multinational et urbain de l’éphémère institutionnalisé – où des vêtements américains, fabriqués en Corée, sont portés par les jeunes en Russie, où les racines de chacun sont en quelque sorte coupées –, dans un tel monde, il devient de plus en plus difficile de rattacher l’identité et la signification humaine à une culture ou à un langage cohérent. »

En une phrase, il réussit à expliquer exactement ce pourquoi les jeunes se font tatouer. Le tatouage est une façon primitive de montrer sa différence face à l’autre et il ne reste plus qu’une question à poser ; que deviendra le tatouage dans les années à venir?

Joëlle Desautels

1 commentaire

Classé dans Art, Culture et société, Histoire

La fonction sociale de l’art contemporain

art+solidarité+environnement

À l’amateur d’art qui fréquente les musées d’art contemporain, il n’est pas rare qu’il soit donné d’entendre des remarques indignées, où l’on compare le talent de l’artiste exposé à celui d’un enfant de cinq ans et l’on s’offusque que de tels objets passent pour des «œuvres d’art». On reproche trop souvent à l’art contemporain d’être ennuyeux, de ne susciter aucune émotion esthétique, d’être sans contenu, de ne ressembler à rien, de ne répondre à aucun critère esthétique, qu’on n’y décèle aucun talent ou même que c’est une pure création du marché, mais surtout que l’art n’a plus de fonction spirituelle comme autrefois. Par contre, avec l’autonomisation de la pratique artistique, on voit apparaître de nouveaux buts, l’art ne sert plus la fonction spirituelle, mais bien la fonction critique. L’art contemporain n’est peut-être plus le mode d’expression de l’absolu, qu’est-ce en effet que l’absolu dans notre société moderne? Mais il fait sens dans la mesure où il a pris un virage social, les artistes contemporains ne sont plus les intermédiaires entre une vérité incontestable et les hommes, mais ils sont porteurs de messages sociaux et c’est grâce à eux et aux critiques sociales qu’ils font à travers leurs œuvres que des esprits sont conscientisés.

C’est le cas de Pedro Reyes qui, pour dénoncer le niveau alarmant d’homicides au Mexique, s’est associé à la campagne nationale de remise volontaire d’armes à feu de 2008. Il a récupéré 1527 armes, qu’il a fait fondre pour ainsi en faire des pelles. Les pelles ont servies pour planter 1527 arbres par la population mexicaine. Une action symbolique de sensibilisation baptisée Des armes pour des pelles. Cette action a marqué les esprits, puisqu’en 2012 le gouvernement mexicain lui demande s’il voudrait récupérer le métal de 6700 armes à feu. Il accepte et décide de transformer les armes en instruments de musique, on a nommé ce projet Imagine. Un groupe de 6 musiciens a transformé des mitraillettes, des révolvers, ou des fusils de chasse en banjos, en flûtes, en lyre, en guitare, en basse, en batterie et même en xylophone. Un concert a été organisé et l’orchestre ainsi créé a joué, entre autre, le titre symbolique «Bullet in the head» de Rage Against The Machine. Pour Reyes, ce projet se veut un appel à l’action pour contrer le marché des armes à feu, largement encouragé selon lui par l’industrie du divertissement. Et c’est précisément en mettant sur pied des projets comme ceux de Reyes que les mentalités changent et que peut-être un jour nous vivrons dans une société sans armes à feu.

Thereece Rosset

Poster un commentaire

Classé dans Art, Culture et société, Politique

Un culte de la mort et un art pour la vie

L’art égyptien

L’histoire de l’art me fascine par sa richesse et j’aimerais donc partager avec vous une de ses facettes qui m’intéresse particulièrement, l’art de l’Égypte antique. Voici donc quelques (brèves) notions sur cet art antique.

figure_1

À première vue, l’art égyptien s’apparente à un véritable culte de la mort. En effet, et il en va de même pour la culture égyptienne en générale, il est intrinsèquement lié à la mort, car celui-ci a la fonction de permettre la continuation de la vie dans l’au-delà. Ainsi, les égyptiens portent en eux une forte négation de la mort qui est considérée comme une seconde vie qui se poursuit dans l’empire des morts. La mort en Égypte n’est en somme qu’un rite de passage pour l’âme, qui passe du monde sensible à un monde spirituel dans lequel elle continue d’exister.[1] Ainsi, l’art égyptien a donc la délicate fonction de « maintenir en vie »[2]. Ce but assigné à l’art égyptien fait en sorte que sa manière de représenter la réalité diffère assez de la nôtre, en ce sens que, pour les Égyptiens, il n’est pas nécessaire qu’une représentation soit la plus fidèle possible pour être la plus réelle possible. La beauté n’était pas un critère de l’art égyptien. En fait, ce qui comptait c’était que les peintures soient les plus complètes possibles. L’art égyptien obéit à des règles et des codes bien précis. Chaque élément doit en effet être complet et reconnaissable. Cela ce manifeste clairement dans cette peinture présentant un jardin (figure 1) où chaque chose doit être représentée du point de vue duquel elle sera le plus facile à identifier. Ainsi, les arbres et les poissons sont peints de côté, tandis que le bassin est peint en vue de haut. En effet, la forme des arbres et des poissons n’auraient pas été aussi reconnaissables si ils avaient été présentés de haut. On comprend alors mieux pourquoi les corps humains des fresques égyptiennes nous semblent si étranges. (figure 2)

figure_2

En obéissant à la même logique, chaque partie du corps doit être représentée sous son angle le plus caractéristique. Il ne s’agissait pas alors d’ignorance ou de manque de savoir faire. Simplement, ce qui importait était que chaque partie importante du corps soit bien représentée. On y voit alors des hommes présentant des têtes de profiles, plus significatives, mais dans lesquelles on insère un œil vu de face car il est plus symbolique représenté ainsi. Le haut du corps se distingue mieux de face, car on peut le voir dans sa totalité. Finalement, les bras et les jambes, si on veut les représentés en mouvement, sont plus facilement distinguables de profil.[3] Il ne faut donc pas croire que l’art égyptien souffrait d’un manque de savoir faire. C’est que l’art égyptien vise une représentation de la réalité dans sa forme la plus reconnaissable. Le but est en effet de s’assurer que le corps et les biens du défunt accompagneront son âme dans l’autre monde. Il est donc primordial qu’il n’y ait aucune ambigüité possible dans les représentations de ce qu’on l’on souhaite qui accompagne le défunt dans son autre vie.

Justine Sauriol


[1] Jacques DARRIULAT. « Commentaire de Hegel », Jacques Darriulat, [En ligne], http://www.jdarriulat.net/Auteurs/Hegel/index.html (consultée le 22 mai 2013)

[2] Ernst GOMBRICH. Histoire de l’art, Phaidon, Paris, 2006, p. 53.

[3] Ernst GOMBRICH. Histoire de l’art, Phaidon, Paris, 2006, p. 53.

Poster un commentaire

Classé dans Art, Histoire, Philosophie

So blue

Ce soir j’ai vu Louise Lecavalier danser dans So blue, so génial!

BLx

1 commentaire

Classé dans Art

Un site web extraordinaire

google-art-project-starring-night1

Salut Bruno,

J’espère que tu vas bien!
J’ai trouvé ce matin un site Web extraordinaire (http://www.googleartproject.com/) que j’aimerais bien partager avec la communauté d’H&C!
Il s’agit du « Google Art Project », une initiative permettant la démocratisation de l’art de tout genre, en rendant notamment accessible en ligne une myriade d’oeuvres d’art phares de notre histoire.
Définitivement une merveille à explorer sous toutes les coutures!
Au plaisir!
Hugo Vaillancourt

Poster un commentaire

Classé dans Art, Histoire, Histoire et civilisation, Photos

Chromatic 2013 à la Fonderie Darling

IMG_0209

IMG_0212

IMG_0213

IMG_0217

IMG_0218

IMG_0220

IMG_0223

IMG_0225

IMG_0235

Image

IMG_0228

IMG_0236

IMG_0245

Événement organisé par massivart.ca à la Fonderie Darling

BLx

Poster un commentaire

Classé dans Art

Inside Out Project

portauprince_haiti

«Le 2 Mars 2011, lors de la Conférence TED à Long Beach, en Californie, JR a appelé à la création d’un projet d’art global – Inside Out Project (IOP) – inspiré par ses collages de rue grand format, le concept du projet est de donner à chacun la possibilité de partager avec le monde son portrait et un message. Inside Out offre aux particuliers et groupes du monde entier un nouveau moyen de faire passer un message. N’importe qui peut participer, et est mis au défi d’utiliser des portraits pour partager les histoires de personnes de leurs communautés.
Leurs actions sont documentées, archivées et exposées en ligne sur www.insideoutproject.net. Plus de 100.000 posters ont été envoyés dans plus de 108 pays depuis Mars 2011.» Voir le site de JR

chiangmai_thailand

BLx

Poster un commentaire

Classé dans Art, Cinema, Culture et société, Politique