Archives de Catégorie: Art

Bonne Année!

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31 décembre 2025 · 5:11

Noël Huron

«Jesous Ahatonhia (Jésus est né)», un cantique pour les relier tous

Phénomène musical et culturel, le «Noël huron» croise mélodie française et paroles huronnes.

Geneviève Soly, Le Devoir 22/12/2025

Le cas du « Noël huron » — Jesous Ahatonhia (Jésus est né) — est unique dans l’histoire de la musique : une mélodie française, des paroles huronnes écrites par un missionnaire jésuite français au XVIIe siècle, puis traduites en français au XXe siècle par un Huron. Ce cantique est encore chanté de nos jours par les Wendats comme par les Canadiens, en français ou en anglais. Voici tout un phénomène musical et culturel !

On connaît l’importance du chant dans le projet d’évangélisation des Autochtones, très sensibles à la musique et aux images, selon les missionnaires.

Historiquement, il est attesté que ce cantique fut chanté le 25 décembre 1648 à la bourgade de Saint-Ignace, lors de la messe célébrée par Jean de Brébeuf, puis, de nouveau, le 6 janvier 1679 à la mission de Hurons et d’Algonquins lors de la messe célébrée par le père jésuite Enjalran au bord du lac Michigan. C’est dans la Relation des Jésuites de cette année-là qu’un événement extraordinaire nous est raconté et que je souhaite ici relater.

À l’époque de la Nouvelle-France, par le contact des missionnaires et des Autochtones, plusieurs nations ont un répertoire de chants religieux dans leur propre langue, mais dont la musique (les mélodies accompagnant les paroles) est une adaptation du plain-chant ou d’airs de cantiques français apportés de France par les religieux et les religieuses.

Plusieurs témoignages nous instruisent sur l’admiration des Français pour le chant des Autochtones, dont le talent musical naturel et la beauté des voix en firent s’émerveiller plus d’un. Cette réputation a perduré jusqu’au début du XXe siècle, alors que l’historiographe des Hurons, Lionel Lindsay (1849 – 1921), écrit qu’ils méritaient encore leur réputation de chantres.

Entre Noël 1678 et l’Épiphanie 1679, dans une mission dirigée par Enjalran (l’un des seuls villages de la région qui n’avait pas été détruit par les Iroquois lors du massacre de 1649), on assiste à un événement extraordinaire, décrit dans les Relations des Jésuites de ces années-là et reproduit par le musicographe Ernest Myrand dans son livre de référence Noëls anciens de la Nouvelle-France.

Les Hurons vont mettre en scène les paroles du cantique attribuées à Jean de Brébeuf. L’élément temps n’est pas précisé, mais tout cela se passe probablement sur plusieurs jours, comme toutes les fêtes incluant des processions chez les Autochtones. Ils vont d’abord décorer la crèche de l’église de la mission — bien avant la messe de minuit —, qui prendra la forme d’une grotte dans le récit ; ils y mettent du gazon cueilli par une enfant autochtone, au lieu de la paille, pour y déposer l’Enfant Jésus. On nous apprend que la grotte fut beaucoup visitée et que les prières des Autochtones furent longues, belles et touchantes tout au long de la journée : « Les chefs furent heureux et ils racontèrent de grandes choses à Jésus. »

Puis, le 6 janvier 1679, il y a la messe. Celle-là terminée, il y aura cet extraordinaire événement qui imite l’histoire des trois rois mages, racontée par le père Enjalran lui-même dans la Relation des Jésuites : les Autochtones font une procession qui va d’abord aller du village des Autochtones vers l’église de la mission. La marche a lieu au son de la trompette. Dans le 4e verset, on lit : « Jésus leur suggéra l’idée de venir le voir en suivant l’étoile ». Les habitants des villages hurons et algonquins se divisent alors en trois bandes. C’est le conciliabule des trois bandes, « les trois chefs se donnèrent parole ». Ils offrent des cadeaux (colliers de porcelaine). Ils portent des tours de tête, des sceptres et un étendard bleu ciel, puis entrent dans l’église maintenant atteinte. Les chefs des trois bandes huronnes vont se prosterner au pied de la grotte.

On est en terrain connu. Les rois mages qui suivent l’étoile, présentent des cadeaux et adorent l’enfant : « ces chefs firent des offrandes ». On retire l’enfant de la grotte. Le père prend la statue — cette statue de l’Enfant Jésus, apportée de France par les Jésuites, existe toujours. Elle a été placée, après les grands voyagements que les Hurons et les missionnaires firent à la fin du XVIIe siècle en quittant la Huronie, dans la mission huronne de la Jeune Lorette, maintenant Wendake. La procession se poursuit. On aboutit dans une cabane chez les Hurons (à cette époque, dans les missions, les Autochtones habitent à l’extérieur des murs de la mission et vivent leur vie traditionnelle). Le tout se fait en chantant. Puis, retour à l’église de la mission, et on repose la statue dans la grotte.

La fin consiste, évidemment, en un banquet chez les Hurons, qui ont invité les Algonquins… comme dans Astérix et Obélix !

Le cas du « Noël huron » — Jesous Ahatonhia (Jésus est né) — est unique dans l’histoire de la musique : une mélodie française, des paroles huronnes écrites par un missionnaire jésuite français au XVIIe siècle, puis traduites en français au XXe siècle par un Huron. Ce cantique est encore chanté de nos jours par les Wendats comme par les Canadiens, en français ou en anglais. Voici tout un phénomène musical et culturel !

On connaît l’importance du chant dans le projet d’évangélisation des Autochtones, très sensibles à la musique et aux images, selon les missionnaires.

Historiquement, il est attesté que ce cantique fut chanté le 25 décembre 1648 à la bourgade de Saint-Ignace, lors de la messe célébrée par Jean de Brébeuf, puis, de nouveau, le 6 janvier 1679 à la mission de Hurons et d’Algonquins lors de la messe célébrée par le père jésuite Enjalran au bord du lac Michigan. C’est dans la Relation des Jésuites de cette année-là qu’un événement extraordinaire nous est raconté et que je souhaite ici relater.

À l’époque de la Nouvelle-France, par le contact des missionnaires et des Autochtones, plusieurs nations ont un répertoire de chants religieux dans leur propre langue, mais dont la musique (les mélodies accompagnant les paroles) est une adaptation du plain-chant ou d’airs de cantiques français apportés de France par les religieux et les religieuses.

Plusieurs témoignages nous instruisent sur l’admiration des Français pour le chant des Autochtones, dont le talent musical naturel et la beauté des voix en firent s’émerveiller plus d’un. Cette réputation a perduré jusqu’au début du XXe siècle, alors que l’historiographe des Hurons, Lionel Lindsay (1849 – 1921), écrit qu’ils méritaient encore leur réputation de chantres.

Entre Noël 1678 et l’Épiphanie 1679, dans une mission dirigée par Enjalran (l’un des seuls villages de la région qui n’avait pas été détruit par les Iroquois lors du massacre de 1649), on assiste à un événement extraordinaire, décrit dans les Relations des Jésuites de ces années-là et reproduit par le musicographe Ernest Myrand dans son livre de référence Noëls anciens de la Nouvelle-France.

Les Hurons vont mettre en scène les paroles du cantique attribuées à Jean de Brébeuf. L’élément temps n’est pas précisé, mais tout cela se passe probablement sur plusieurs jours, comme toutes les fêtes incluant des processions chez les Autochtones. Ils vont d’abord décorer la crèche de l’église de la mission — bien avant la messe de minuit —, qui prendra la forme d’une grotte dans le récit ; ils y mettent du gazon cueilli par une enfant autochtone, au lieu de la paille, pour y déposer l’Enfant Jésus. On nous apprend que la grotte fut beaucoup visitée et que les prières des Autochtones furent longues, belles et touchantes tout au long de la journée : « Les chefs furent heureux et ils racontèrent de grandes choses à Jésus. »

Puis, le 6 janvier 1679, il y a la messe. Celle-là terminée, il y aura cet extraordinaire événement qui imite l’histoire des trois rois mages, racontée par le père Enjalran lui-même dans la Relation des Jésuites : les Autochtones font une procession qui va d’abord aller du village des Autochtones vers l’église de la mission. La marche a lieu au son de la trompette. Dans le 4e verset, on lit : « Jésus leur suggéra l’idée de venir le voir en suivant l’étoile ». Les habitants des villages hurons et algonquins se divisent alors en trois bandes. C’est le conciliabule des trois bandes, « les trois chefs se donnèrent parole ». Ils offrent des cadeaux (colliers de porcelaine). Ils portent des tours de tête, des sceptres et un étendard bleu ciel, puis entrent dans l’église maintenant atteinte. Les chefs des trois bandes huronnes vont se prosterner au pied de la grotte.

On est en terrain connu. Les rois mages qui suivent l’étoile, présentent des cadeaux et adorent l’enfant : « ces chefs firent des offrandes ». On retire l’enfant de la grotte. Le père prend la statue — cette statue de l’Enfant Jésus, apportée de France par les Jésuites, existe toujours. Elle a été placée, après les grands voyagements que les Hurons et les missionnaires firent à la fin du XVIIe siècle en quittant la Huronie, dans la mission huronne de la Jeune Lorette, maintenant Wendake. La procession se poursuit. On aboutit dans une cabane chez les Hurons (à cette époque, dans les missions, les Autochtones habitent à l’extérieur des murs de la mission et vivent leur vie traditionnelle). Le tout se fait en chantant. Puis, retour à l’église de la mission, et on repose la statue dans la grotte.

La fin consiste, évidemment, en un banquet chez les Hurons, qui ont invité les Algonquins… comme dans Astérix et Obélix !

Enjalran parle d’un « tableau vivant d’un Noël sauvage — une fête étrange ». Pour ma part, j’analyse tout simplement cet événement comme un opéra baroque populaire joué par les Autochtones, qui va combiner les costumes, les décors, la danse (les troupes), la musique (les trompettes, attestées, et les cantiques) et les textes, en plus d’éléments diplomatiques chers aux Autochtones.

Le texte de la Relation des Jésuites parle d’ailleurs de la « représentation du mystère » (de la Nativité), à laquelle va s’ajouter la représentation de l’adoration des mages. Ce mot « représentation » est incidemment l’un des premiers utilisés pour nommer l’opéra baroque, entre autres pour ceux de Monteverdi au début du XVIIe siècle, soit à peu près à la même époque.

Voilà donc un Noël et une Épiphanie hors du commun !

https://video.telequebec.tv/player/49627/stream?assetType=movies

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De la beauté des mathématiques

https://aeon.co/videos/a-brilliant-geometric-ballet-of-sound-shape-and-symmetry-on-the-theme-of-180

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Automne

Twombly, Quattro Stagioni: Auttunno,

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Ken Dryden 1947-2025

Ken Dryden par Serge Lemoyne (1975)

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Posthumains

Posthumains, ONF

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Montréal 1947

Hôtel Saint-James, Archives de Montréal

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Bonne Année!

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« Je vous serre la main, poète»

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17 décembre 2024 · 4:39

La voix de Freud

Freud Museum London

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Grande et petite histoire

Grande et petite histoire chez Thomas Chapais

Karim Chahine, Le Devoir, 1/10/24

Le 24 novembre 1916, Thomas Chapais inaugure une série de cours publics donnés à l’Université Laval sur l’histoire du Canada devant une salle comble, où se trouvent des personnages d’envergure. Chapais commence son cours avec le dénouement de la guerre de la Conquête, à partir de ce qu’il nomme « la dernière heure de la Nouvelle-France », et il le conclut avec l’avènement de la confédération en 1867. Cette dernière date représente, selon lui, l’apogée de l’autonomie politique et de la bonne entente entre les deux peuples fondateurs.

En publiant son Cours d’histoire du Canada sous forme de livre, Chapais se tourne résolument vers ce qu’il nomme la grande histoire. Bien conscient des questions formelles liées à l’écriture de l’histoire dans une synthèse, il spécifie que le cours, contrairement à̀ un ouvrage exclusivement produit pour la lecture, « doit viser davantage au tableau d’ensemble et à l’accentuation plus vive des faits, des moments caractéristiques ».

De façon analogue, la notion de « vue d’ensemble » revient dans les quatre avant-propos qui ponctuent le Cours d’histoire du Canada, tout comme celle de « grandes lignes » qu’on retrouve à plusieurs endroits dans l’ouvrage. Ces « grandes lignes » marquent un changement dans la focale de l’historien.

C’est au moyen de ces notions que Chapais analyse le travail de Bossuet et son fameux Discours sur l’histoire universelle qu’il range parmi les synthèses : « Bossuet est arrivé au terme de la course qu’il s’est assignée à travers les siècles et les évolutions de l’humanité. Et se recueillant un moment, [il jette] son regard d’aigle sur ce vaste champ de fluctuations et de transformations des États et des peuples… »

Narration

Thomas Chapais associe « la voix narrative à un oeil, à une position physique », ici au regard d’un aigle, analogie qui n’est pas sans rappeler le surnom d’« Aigle de Meaux » de Bossuet. Cette position en hauteur se rapporte à la conception que se fait Chapais de la grande histoire et de son cadre synthétique.

La notion de « grandes lignes » et l’idée d’un fil conducteur à refaire nécessitent une perspective nécessairement plus reculée et une focale moins serrée. Cela est encore plus vrai lorsqu’il est question d’un ouvrage de huit tomes couvrant plus de deux siècles d’histoire.

C’est l’imagination qui met en oeuvre, qui rassemble et dispose, qui colore et anime, qui insuffle une vie nouvelle aux personnages couchés dans le tombeau.

Ce point de vue synthétique se distingue de celui adopté pour la monographie, qui aborde généralement un élément précis ou, du moins, un espace temporel ou géographique plus restreint. Pour traiter de l’évolution politique des Canadiens français depuis la Conquête à travers une longue série de leçons, Chapais spécifie que, « de manière à ne pas trop fatiguer l’attention d’un auditoire bienveillant, il convenait de procéder surtout par vues d’ensemble en même temps que par étapes nettement indiquées ».

Le découpage des différentes parties de la synthèse en vient donc à acquérir une importance didactique qui permet notamment de conserver l’attention de l’auditoire et du lecteur. L’approche qui mise sur ces tableaux peut être qualifiée de « poétique », notamment lorsque l’on s’attarde aux adjectifs qui les accompagnent : « triste tableau », « tableau d’un sombre coloris », « tableau d’une émouvante et terrifiante beauté », « sombre tableau ».

Photo: BAnQ (1946)Historien et journaliste, Thomas Chapais a également mené une longue carrière en tant qu’homme politique.

Émotion

Les mots utilisés renvoient à une volonté de créer une émotion à travers une impression rendue possible par la double vocation que Chapais prête l’histoire, à la fois science et art. Il va même jusqu’à affirmer que l’imagination est une qualité nécessaire de l’« historien véritable », car la science et l’érudition ne permettent qu’un travail de recension des faits et des dates.

« C’est l’imagination, écrit Chapais, qui met en oeuvre, qui rassemble et dispose, qui colore et anime, qui insuffle une vie nouvelle aux personnages couchés dans le tombeau, et qui redonne au passé la figure et l’accent qu’il avait eus un jour avant d’être obscurci par les ombres du temps. »

Malgré tout, à travers cette détermination à créer quelque chose de beau sans sombrer dans le fabuleux, une tension est perceptible entre la volonté d’accentuer les faits et celle de rendre aux choses leur juste proportion. L’accentuation peut-elle demeurer méthodologiquement contrôlée grâce à la saine critique historique ? C’est du moins la prétention de Chapais qui s’attribue « le mérite d’un effort constant et énergétique pour atteindre l’exactitude et respecter la justice » dans le but d’éviter à la fois l’exagération et l’atténuation.

En faisant tendre la finalité de l’accentuation vers le respect d’une certaine idée de la justice, Chapais prolonge cette proximité précédemment évoquée entre la posture du juge et celle de l’historien. Cette posture impartiale, mais non pas impassible, donne donc, comme nous le disions, une certaine latitude à l’historien, maître de sa plume.

Revue d’histoire de l’Amérique française

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Ruine, fragment, mémoire

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28 septembre 2024 · 11:18

Le déchet, notre part maudite

Stéphane Baillargeon, Notre part maudite, Le Devoir, 9/09/24

«Interviewer un auteur et l’entendre citer Georges Bataille (1897-1962), ce n’est pas ou ce n’est plus si courant, et même assez rare en vérité. Si l’interview porte sur les vidanges et que l’auteur questionné parle d’autorité, étant lui-même vidangeur depuis deux décennies, on atteint le niveau de l’exceptionnelle exception quand surgit le nom de l’écrivain philosophe français.

« Le plus révélateur dans le déchet, c’est l’invisibilisation, dit Simon Paré-Poupart, qui vient de faire paraître Ordures ! Journal d’un vidangeur, chez Lux. Notre société surconsommatrice ne veut pas voir ce qu’elle produit et finit par jeter. Elle enfouit en dehors des villes. Elle envoie le recyclage à l’autre bout de la planète. Elle met le travailleur qui le cache à la marge. Georges Bataille parlait de “la part maudite”. Le déchet est notre part maudite. Celle qu’on ne veut pas voir, celle qui nous confronte à ce qu’on fait, à ce qu’on est. » »

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Paris, Grand Palais, JO 2024

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7 août 2024 · 2:23

Homo Sapiens en Amérique

L’histoire du peuplement de l’Amérique revue à l’aune de l’interdisciplinarité

En croisant des données issues de la paléoclimatologie et de l’archéologie, le projet SESAME entend documenter les relations entre les premières populations humaines du continent américain et leur environnement.

La plupart des préhistoriens estiment que l’arrivée des premiers hommes en Amérique remonte à la fin de la dernière période glaciaire, soit aux alentours de 15 000 ans avant notre ère. Originaires de Sibérie ou d’Asie, ces groupes d’individus se seraient tout d’abord installés au niveau de l’actuel détroit de Béring, alors situé au-dessus du niveau de la mer. Homo sapiens aurait ensuite pénétré en Amérique du Nord par l’Alaska à la faveur d’un corridor ménagé dans la calotte polaire par la hausse progressive des températures. Cette hypothèse qui s’inscrit dans une chronologie courte dite « Clovis-first »1 est principalement étayée par la mise au jour de pointes de projectiles en pierre et celle de rares squelettes d’Homo sapiens vieux de 13 000 ans sur des sites archéologiques localisés aux États-Unis. Ce modèle de peuplement est toutefois remis en cause par une série de découvertes réalisées depuis le début du XXIe siècle. « De plus en plus de preuves matérielles suggérant une présence humaine précoce dans les régions australes du continent américain vont à l’encontre de la doxa “Clovis-first” », confirme Éric Boëda, spécialiste de l’anthropologie des techniques préhistoriques au sein de l’unité Archéologies et sciences de l’Antiquité (ArScAn)2. Le projet SESAME3 qu’il coordonne depuis 2021 avec Christine Hatté, géochimiste au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE)4, s’inscrit dans le postulat scientifique selon lequel le peuplement de l’Amérique par l’homme aurait débuté il y a plus de 40 000 ans. Cette colonisation précoce aurait pu se faire depuis l’Alaska, où un accès libre de glace vers l’Amérique du Nord a perduré pendant une bonne partie du Pléistocène supérieur (-126 000 ans à – 11 700 ans) ou en longeant la côte ouest-américaine à bord de petites embarcations.

La suite: CNRS LEJOURNAL

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