Une jeunesse unie pour «un avenir engagé, un avenir dégagé»

Virginie Simoneau-Gilbert et Raphaëlle Élément, Le Huffington Post, 29/10/14

Il y a de cela déjà quatre mois, un sondage réalisé par la firme CROP révélait que, parmi les 500 répondants, 69% auraient voté non à un référendum sur l’indépendance du Québec. 65% des jeunes ayant participé au questionnaire vont même jusqu’à affirmer que le projet nationaliste est désormais dépassé. S’il est vrai que les concepts de liberté et d’indépendance ne datent pas d’hier, il faut reconnaître que la tendance de certains à vouloir les jeter aux poubelles a à peu près le même âge.

Également, au retour de Catalogne et d’Écosse d’un bon nombre de jeunes souverainistes qui s’y trouvaient à titre d’observateurs, nous pouvons affirmer qu’une relève forte, énergique et déterminée est prête à prendre le flambeau de l’émancipation nationale, contrairement à ce que prétendait récemment le sondage de la firme CROP. À cet effet, plusieurs exemples de la forte présence de cette jeunesse méritent d’être soulignés.

Tout d’abord, Me Maxime Laporte, un avocat de 26 ans, devint en juin dernier le 80e président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. Celui-ci souhaite d’ailleurs «porter l’idéal républicain des Patriotes qui ont fondé la SSJB en démontrant que la cause indépendantiste constitue une cause démocratique, humaniste, unificatrice et surtout, intergénérationnelle.» Rappelons que la SSJBM, créée en 1834, est la plus grande et la plus vieille organisation citoyenne indépendantiste du Québec et constitue ainsi le noyau militant du mouvement nationaliste. Au cœur de cet organisme de grande envergure s’impliquent également de nombreux jeunes en provenance du CÉGEP du Vieux-Montréal (notamment de l’Action indépendantiste culturelle québécoise). Certains d’entre eux militent même au sein de l’Opération Bélier, campagne de porte-à-porte visant à faire la promotion continue de la souveraineté dans une optique citoyenne, qui a été lancée à l’échelle nationale le 26 octobre.

Par ailleurs, un autre événement important des derniers mois au sein du mouvement nationaliste ne peut passer inaperçu: l’élection de Mario Beaulieu à la tête du Bloc québécois le 14 juin dernier. Nombreux furent les jeunes bénévoles qui donnèrent leur appui à l’ancien président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. Le Forum Jeunesse du Bloc Québécois, entre autres, soutint de manière très affirmée le nouveau chef de la formation indépendantiste.

De plus, le parti Option nationale a su rassembler en ses rangs plusieurs jeunes ayant la ferme intention de réaliser la souveraineté du Québec. Aux élections générales de 2012, les candidats d’ON affichaient une moyenne d’âge de 32 ans comparativement à 44 ans pour l’ensemble des candidats, 50 ans pour le PLQ, 49 ans pour le PQ et 46 ans pour la CAQ. Bien que le parti ait indéniablement perdu des plumes aujourd’hui, ce qu’il s’y est accompli demeure significatif : l’espoir et l’engagement ont tous deux mis la main à la pâte. L’analyste politique Marie Grégoire a dit : «[Les] militants d’Option nationale sont des militants avec un M majuscule [...] Je les ai regardés aller, c’était des gens de convictions, engagés.» Ayant été du nombre pendant deux ans, l’une de nous le sait très bien. Mme Grégoire ajoute que «le Parti québécois ne peut pas faire l’économie de gens comme ça dans sa base militante, surtout une base militante plus jeune, qui donne une énergie nouvelle». Par ailleurs, Catherine Dorion, dans sa lettre intitulée Les jeunes d’Option nationale et le PQ, publiée dans Le Devoir en date du 19 avril 2014, affirmait que «[...] ce que les jeunes trouvent dépassé, désuet et vétuste, ce n’est pas l’idée de souveraineté. C’est la manière de faire du Parti québécois, auquel ils associent, depuis le début de leur intérêt à la chose politique, l’indépendance du Québec. »

En outre, il est important de mentionner le fait que 20 ans se sont écoulés depuis le référendum de 1995. Toute une génération de jeunes Québécois a vu le jour depuis, en plus de tous ceux qui se sont trouvés dans l’impossibilité de voter, puisque mineurs. Tous ceux qui, aujourd’hui, s’empresseraient de le faire. Cette génération, née dans le sillage du deuxième référendum, a grandi et continue de le faire. Peut-on, comme société, garder les jeunes à l’écart de cette question fondamentale et fondatrice que constitue l’indépendance nationale, sachant qu’elle en portera toutes les conséquences? Peut-on tenir le débat pour clos sans qu’il n’ait eu lieu pour notre génération?

Par ailleurs, mentionnons le fait que ce pan important de l’histoire québécoise qu’est le combat indépendantiste brille par son absence dans l’enseignement au secondaire. En effet, de grands événements historiques tels que la Révolution tranquille, la Crise d’octobre, le référendum de 1980, l’Accord de Charlottetown, l’Accord du lac Meech et le référendum de 1995 sont souvent peu ou pas enseignés. De plus, on évoque l’indépendantisme en traitant des Rébellions de 1837-1838 avec le gouvernement responsable, obtenu en 1848, comme revendication centrale. Or, les patriotes voulaient l’indépendance, la république. Pas une demi-mesure.

Étant nées en 1996, nous sommes de cette génération montante. Et nous sommes là, participons au mouvement indépendantiste, parce que nous y croyons, parce que nous avons le sentiment fondamental de faire du mieux que nous pouvons. Nous nous battons quotidiennement – ou, du moins, tentons de le faire – contre l’ignorance. Souvenons-nous que celle-ci enfante d’ailleurs le désengagement collectif qui laisse libre cours à tous les abus de pouvoir. C’est donc parce que nous croyons au futur de nos compatriotes dans un Québec libre et démocratique que nous nous engageons pour l’indépendance nationale. Comme le soulignait le philosophe algérien Albert Camus dans sa brillante œuvre L’homme révolté, «[la] vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent.»

Ainsi, si la jeunesse semble, selon les sondages, désintéressée par le projet d’indépendance, une relève déterminée est pourtant très présente au sein du mouvement souverainiste québécois. Les jeunes se sentent toujours concernés par cette cause humaniste et universelle qu’est la liberté des peuples, et ce même en cette période supposément postmoderne. Ce concept, celui de la postmodernité, fut développé principalement par Jean-François Lyotard et se caractérise, notamment, par l’effondrement des grands idéaux sociaux du 20e siècle portés par le rêve socialiste et des récits des Lumières, textes fondateurs de la civilisation occidentale moderne. Or, en cette ère que plusieurs qualifient de «postmoderne» qui laisse libre cours au désengagement politique collectif, il est révélateur de constater la présence d’une relève aussi forte et prête à défendre une idée jugée archaïque et désuète par certains. Ainsi, comme l’a récemment affirmé le talentueux cinéaste Xavier Dolan, la jeunesse «ne s’est pas détournée du projet d’indépendance».

Virginie Simoneau-Gilbert, étudiante en histoire et civilisation au CÉGEP Marie-Victorin. Raphaëlle Élément est étudiante en sciences de la nature au CÉGEP régional de Lanaudière à L’Assomption.

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La guerre en rose?

Chez DHC-ART, The Enclave de Richard Mosse ou la guerre civile au Congo en «infrarouge Kodak Aerochrome».

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Pensées – Retour de Paris, Barcelone, Berlin et Édimbourg

« Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge ! »

 – Joachim Du Bellay

 

  1. En dégustant un café-crème au Café de Flore de Paris après une courte nuit, je ne peux m’empêcher d’avoir une petite pensée pour le célèbre chanteur Charles Aznavour et le passage suivant de sa chanson La Bohème : « Et ce n’est qu’au matin / Qu’on s’asseyait enfin / Devant un café-crème / Épuisés mais ravis / Fallait-il que l’on s’aime / Et qu’on aime la vie ».
  1. Voir 1,8 million de catalans qui s’embrassent, qui s’embrasent ensemble pour leur indépendance, fait croire à nouveau en un grand rêve collectif.
  1. Petite pensée pour le philosophe algérien Albert Camus à la vue des 1,8 million de Catalans qui étaient présents à la grande manifestation « Ara és l’hora » : Ces gens de cœur rassemblés en grand nombre correspondent parfaitement, je crois, à la définition de l’indigné selon Camus : « Qu’est-ce qu’un homme révolté ? C’est d’abord un homme qui dit non. Mais s’il refuse, il ne renonce pas : c’est aussi un homme qui dit oui, dès son premier mouvement[1]. »
  1. La terra d’escudella, un petit restaurant indépendantiste situé dans un coin sombre d’une rue de Barcelone, est comme le pont Champlain : avant d’y accéder, tout le monde s’en méfie mais après, tout le monde le fréquente jusqu’à créer un achalandage monstre.
  1. Petite pensée irrationnelle après avoir dégusté une crème glacée Häagen-Dazs dans un magasin du même nom à Berlin : Si la crème glacée était l’objet d’un culte, je me convertirais à cette nouvelle religion sur-le-champ. « Le corps du cornet. Amen. »
  1. Après avoir croisé des militants du camp du non aux Meadows à Édimbourg qui nous tendaient des pamphlets avec empressement dans l’espoir de nous transformer en unionistes, j’éprouve de grands regrets. J’aurais dû leur répondre : ‘’ No thanks ! ‘’.
  1. Au lendemain de la défaite référendaire, je constate tristement que la promesse de bonbons, en politique britannique, fonctionne toujours et ce, malgré l’oppression depuis des siècles et des siècles du peuple écossais. Cependant, j’attends toujours le jour où l’Écosse prendra conscience que « un non, c’est un oui au change-ment ».
  1. Après la défaite référendaire écossaise, une mince lueur d’espoir m’envahit encore. Je souhaite éperdument que les Écossais, dans un avenir rapproché, sauront reprendre le flambeau de leur émancipation nationale. Or, s’il en va autrement, j’ai bien peur que leur histoire ne se résumera qu’au triste mot

 

FIN

Virginie Simoneau-Gilbert

[1] Albert CAMUS. L’homme révolté, Bibliothèque des classiques, http://classiques.uqac.ca/classiques/camus_albert/homme_revolte/camus_homme_revolte.pdf, (Page consultée le 16 octobre 2014)

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Dispo à la Biblio

critique hong kong

C’est un tout petit « Dragon », un point à peine visible sur la carte de la Chine. Hormis son cinéma, l’un des plus brillants d’Asie, que connaissons-nous de Hong Kong ?
Depuis sa rétrocession par les Britanniques en 1997 et sa réunion (sous un statut spécial) au géant chinois, Hong Kong est pourtant le cadre d’une expérience politique hors du commun : un bras de fer quotidien de David contre Goliath. Et d’une expérience culturelle singulière : l’invention d’une identité. Soumis par la Chine à de multiples pressions politiques, financières, idéologiques, linguistiques et démographiques, Hong Kong n’en semble que plus résolue à « prendre le large ». Aussi l’avenir de Hong Kong ne concerne-t-il pas les seuls Hongkongais – tant s’en faut.
Ce numéro a été conçu et dirigé par Sebastian Veg, chercheur, traducteur, directeur de la revue Perspectives chinoises et fin connaisseur d’une ville où il vit depuis plusieurs années. Il donne la parole à quelques-uns des meilleurs spécialistes français et étrangers de cette étrange Cité-nation – et avant tout aux Hongkongais eux-mêmes.

Sommaire

Présentation

« BORROWED SPACE, BORROWED TIME »

Kai-cheung DUNG : Atlas. Archéologie d’une ville imaginaire
Extraits de Atlas. Archéologie d’une ville imaginaire (Taipei, Lianjing, 2011) traduits du chinois (Hong Kong) par Sebastian Veg

Jean-Philippe BÉJA : Hong Kong 1997-2014. Consolidation d’une identité politique

Judith PERNIN : Le Hong Kong de Wong Kar-wai. Espace, nostalgie et sentimentalité
Wong Kar-wai, The Grandmaster [Yi dai zongshi]

Wing-sang LAW : La nostalgie coloniale depuis la rétrocession

Evans CHAN : Le cinéma indépendant de Hong Kong. Pratique locale et mémoire nationale

L’ESPRIT DU ROCHER AU LION. TENSIONS ET RESILIENCE

Ho-fung HUNG : Trois visions de la conscience autochtone à Hong Kong
Chan Koon-chung, Zhongguo tianchao zhuyi yu Xianggang [La Doctrine céleste chinoise et Hong Kong]
Chin Wan, Xianggang Chengbang lun [De Hong Kong comme ville-État]
Jiang Shigong, Zhongguo Xianggang : Wenhua yu zhengzhi de shiye [Hong Kong, Chine : perspectives culturelles et politiques]

Edmund W. CHENG : Les vicissitudes de la politique contestataire dans le Hong Kong postcolonial
Francis L. F. Lee et Joseph M. Chan, Media, Social Mobilization and Mass Protests in Post-colonial Hong Kong. The Power of a Critical Event
Peifeng Huang et Yu Xu (éd.), Pre/Post80s. Beyond the Imagination of Social Movement, Discourse and Generation

Chloé FROISSART et Yi XU : Hong Kong et le delta de la rivière des Perles. Liens économiques et activisme social

Karita KAN : Un espace public sinophone sous pression. Les médias hongkongais depuis la rétrocession

Robert BAUER : Le cantonais de Hong Kong. État des lieux et perspectives

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Diderot, Lettre sur les aveugles

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«Je lui demandai ce qu’il entendait par un miroir : « Une machine, me répondit-il, qui met les choses en relief loin d’elles-mêmes, si elles se trouvent placées convenablement par rapport à elle. C’est comme ma main, qu’il ne faut pas que je pose à côté d’un objet pour le sentir. »»

Lettre de Diderot sur les aveugles ici.

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Le français in the USA

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Les États-Unis en jachère

Jean-Benoît Nadeau, Le Devoir 29/09/14

Depuis dix ans que je fréquente les francophones américains, une question revient sans cesse : pourquoi les Québécois tiennent-ils si peu compte de la francophonie américaine dans leurs stratégies d’information, de communication, de distribution ou de recrutement ?

J’avoue ne pas avoir de réponse. Serait-ce qu’on se méprend sur le sens du mot francophone ? Par ignorance ? Ou parce que, pour citer l’anthropologue Serge Bouchard, les Québécois ont rejeté cet espace de leur imaginaire collectif ? Ou parce qu’on imagine les États-Unis comme un monolithe linguistique ?

« Et pourtant, pourtant », comme le chantait Aznavour.

Prenez cette statistique parue récemment dans la revue French District, de Miami. Parmi les 168 millions d’abonnés américains de Facebook, 1,3 million déclarent le français comme première langue ! Et les principaux centres sont la Californie (213 000 abonnés Facebook), New York (180 000), la Floride (123 000) et l’Illinois (50 000).

Combien d’Américains parlent français, au juste ? Il existe des statistiques. Selon le Bureau américain de la statistique (U.S. Census Bureau), 1,3 million d’Américains âgés de plus de cinq ans déclaraient « parler le français à la maison » en 2011 (ce ne sont pas les mêmes que Facebook). Outre 621 000 pour le créole haïtien (dont un bon nombre sont de facto francophones).

En mai dernier, la revue Slate a transposé cette statistique sur carte. Le français est la deuxième langue à la maison dans quatre États (Maine, New Hampshire, Vermont et Louisiane) et troisième langue après l’espagnol dans sept autres : Connecticut, Delaware, Maryland, Virginie-Occidentale, Mississippi et les deux Carolines ! Voire un huitième, la Floride, où la troisième langue est le créole haïtien.

Autre statistique officielle : 11 millions d’Américains affirment une origine « française » (québécoise, acadienne, canadienne-française, française ou haïtienne). Ce qui en exclut encore quelques millions issus des autres pays francophones.

Autre statistique significative : 1,5 million d’Américains étudient le français chaque année de la maternelle à l’université. C’est moins que l’espagnol (six millions d’apprenants), mais davantage que toutes les autres langues réunies.

Des millions de réels francophones américains passent donc sous le radar. Parce qu’ils n’ont pas de compte Facebook. Ou parce qu’ils ne parlent pas le français à la maison. Ou parce que le français est leur troisième langue. Ils s’appellent John Kerry (secrétaire d’État), John R. MacArthur (président et éditeur de Harper’s et chroniqueur au Devoir), Indra Nooyi (p.-d.g. de PepsiCo) ou Jodie Foster (actrice). Combien ? Peut-être cinq ou six millions, selon le Centre de la francophonie des Amériques, en se basant sur une étude d’Étienne Rivard de l’Université Laval.

Bref, la francophonie américaine est peut-être aussi nombreuse que les Québécois. Diffuse certes, mais réelle, instruite et en moyens. Elle orbite autour des Alliances françaises, des lycées et collèges français, des communautés religieuses, des services culturels des consulats et délégations ou diverses associations. Comme la remarquable Association américaine des professeurs de français, qui fédère 10 000 membres très militants, dont un bon nombre de fins connaisseurs du Québec.

Au Québec, je n’ai rencontré personne, dans la faune des décideurs associatifs, entrepreneurs, cadres et autres « entreprenants », qui prenne cette réalité en compte ou qui en saisisse le potentiel. Hormis la diplomatie culturelle québécoise, qui fait un travail remarquable de débroussaillage, c’est la jachère la plus complète.

A-t-on les moyens de ne pas informer, cibler, recruter les John Kerry de demain ? La réponse est évidemment non. Le fait-on ? Ce sont les Français qui, aux États-Unis, font cet effort — et qui, évidemment, en profitent.

Prenez le guide French District, fondé en 2008 par trois Français, Laure et Romain Angeletti, et Ben Borie. Son nom, qui signifie « quartier français », résume le programme : recréer un quartier virtuel pour une communauté qui ne s’est jamais regroupée en quartier. Et ça marche : French District compte 200 000 abonnés, une clientèle jeune, principalement les 20 à 45 ans.

french-district-new-york-375Lancé en Floride, French District s’est implanté à New York et à Atlanta en 2011. Il y a maintenant dix éditions francophones, dont deux en Californie, au Texas, à Washington, à Las Vegas, à Boston, plus trois éditions en langue anglaise à New York, en Floride et en Californie. Et il y a même une troisième édition floridienne appeléeQuébec District. De quoi embaucher 20 personnes. « Surtout des Français, quelques Américains et des Indiens », m’a dit Romain Angeletti, le p.-d.g.

Pas de Québécois ?

— C’est difficile. Ils sont là six mois et ils repartent après l’hiver.

Cherchez l’erreur.

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Robotisation du travail

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Vers une révolution dans le monde du travail?

Nic Ulmi, Le Devoir 29/09/14

Le Pew Research Center a demandé à 2000 experts de se projeter en 2025 et de prédire de quoi sera fait l’avenir quand les machines intelligentes auront investi tous les secteurs de l’économie. Chômage pour tous ? Oisiveté généralisée ? Voyons un peu.
« Mon fils, qui a 10 ans, pense qu’il n’aura pas besoin d’apprendre à conduire et à faire ses courses. Il lui suffira de cliquer, et les choses qu’il désire arriveront d’elles-mêmes. »

C’est ainsi que la Californienne Nilofer Merchant, entrepreneuse en série et essayiste futuriste, décrit la vie quotidienne après l’avènement généralisé de la robotique, prévu pour 2025. Vision naïve, que nous avons tous (non ?) caressée dans notre enfance : un monde où il suffirait d’appuyer sur un bouton.

La différence, c’est qu’aujourd’hui les adultes disent la même chose, et qu’ils ne rêvent pas à voix haute, ils énoncent ce qui adviendra. Dans dix ans, l’intelligence artificielle et les robots seront partout. « Ce sera comparable à la pénétration des téléphones portables aujourd’hui », annonce le futurologue et pédagogue Marc Prensky, directeur de la fondation Global Future Education.

Au secours ? À ce titre, dans son rapport publié en août, le vaste think tank issu de l’ONG états-unienne Pew Charitable Trusts, pose un diagnostic fortement polarisé sur la question centrale de l’avenir de l’emploi.

I Robot ou robot invisible ?

De quoi parle-t-on ? D’un monde qui aurait basculé dans un film de science-fiction à laI Robot ? « La culture populaire a un penchant pour les robots anthropomorphes musclés (Transformers, Terminator) et pour les superordinateurs dotés d’une intelligence de type humain (HAL 9000 dans 2001, l’Odyssée de l’espace) », relève le rapport.

Or, dans la vraie vie, la technologie évolue « dans la direction opposée, avec une intelligence profondément enfouie dans la mécanique complexe d’appareils et d’interactions digitales en apparence simples, voire invisibles. Les ordinateurs disparaîtront et les objets ordinaires deviendront magiques », avance en sens John Markoff, journaliste scientifique au New York Times. Invisibilité, disparition, magie : mots récurrents dans ce document, où la technologie apparaît fondue « dans le paysage ordinaire ». « Un instantané d’une scène de rue urbaine en 2014 n’a pas l’air si différent d’une photo prise il y a 50 ans… », remarque Seth Finkelstein, programmeur et activiste de la libre expression numérique.

Effacés, engagés avec nous dans des interactions surtout vocales, les robots seront partout. Ils auront semé et récolté nos blés, préfabriqué nos maisons, construit nos voitures — lesquelles seront, elles aussi, des robots. Le sociologue Howard Rheingold balaie, à ce propos, la méfiance que suscite le véhicule sans conducteur : « Comment pourrait-il faire un moins bon travail que les humains égoïstes, ivres, drogués ou distraits qui transforment nos routes en bains de sang ? »

Plus troublant, plus inattendu, on nous annonce que les machines intelligentes auront fait irruption dans les domaines de l’enseignement, des soins personnels et de la santé.« Vos radiographies seront examinées par une batterie d’intelligences artificielles du niveau Watson [le programme d’IBM qui a battu deux champions du jeu téléviséJeopardy ! en 2011] et les humains ne seront appelés à la rescousse que si les machines sont en désaccord entre elles », assure Stowe Boyd, chercheur en chef du site d’information technologique GigaOM. Et ce n’est pas tout : « Dans les cabinets d’avocats, les employés qui préparaient la communication des pièces ont été remplacés par des logiciels » [des algorithmes d’analyse prédictive, précisément], signale Robert Cannon, spécialiste du droit numérique. C’est le noeud de la question : quels effets sur l’emploi, et par là, sur le bien-être général ?

L’avenir des travailleurs évincés

Entre les optimistes (52 %) qui pensent, à l’image du « co-inventeur d’Internet », Vint Cerf, qu’« historiquement la technologie a créé davantage d’emplois qu’elle n’en a détruit », et les pessimistes (48 %) qui craignent le contraire, le match est presque nul. « Les robots seront les nouveaux travailleurs immigrés », note, dans le rang optimiste, J. P. Rangaswami, scientifique en chef de l’éditeur de logiciels Salesforce.com : les automates feront, à bas coût, les travaux dont les humains ne veulent pas, permettant à tout le monde de se consacrer à des tâches plus gratifiantes, dont créer et programmer les robots, justement. On verra aussi « une demande croissante pour des produits artisanaux faits par des humains » et une tendance « vers la relocalisation et la réhumanisation de l’économie », s’enthousiasme, dans une contribution anonyme, un chercheur de la firme high-tech BBN Technologies.

Les meilleurs emplois, nous dit-on, échapperont toujours aux machines. « Les gens vont être surpris de constater à quel point l’intelligence artificielle est limitée », anticipe Michael Glassman, chercheur en sciences de l’éducation à l’Université de l’Ohio. « La semaine de travail a chuté de 70 heures à environ 37, et je m’attends à ce qu’elle continue à baisser. Il y aura donc le même nombre d’emplois », pronostique de son côté Hal Varian, économiste en chef chez Google. Le même bien-être pour moins de travail. Qui dit mieux ?

Les travailleurs supplantés par des machines pourront-ils se requalifier ? Les pessimistes craignent que non. « Il y aura un marché du travail dans le secteur des services pour des tâches non routinières, donc non automatisables, mais qui peuvent être exécutées de façon interchangeable par à peu près n’importe qui, et ces emplois ne rapporteront pas un salaire suffisant pour vivre », prophétise Justin Reich, du Center for Internet Society à l’Université Harvard. « L’écart de revenu entre les travailleurs qualifiés, dont le travail ne peut être automatisé, et tous les autres s’élargira. C’est une recette pour l’instabilité », prévient de son côté Tom Standage, rédacteur en chef de l’édition numérique de The Economist. Érosion des couches moyennes, création d’une « sous-classe » vouée au chômage permanent : « À quoi servent les gens dans un monde qui n’a pas besoin de leur force de travail, et où seule une minorité est nécessaire pour guider une économie fondée sur les robots ? », se demande Stowe Boyd.

Que faire ? Le Pew Research Center ne suggère rien. Les intervenants du rapport dessinent, eux, trois pistes. La première fait froid dans le dos : militarisés, les robots serviront, aussi, à « réprimer les dissensions ou les actions politiques qui viseraient à mieux distribuer les gains dus à l’avancée technologique », met en garde Frank Pasquale, juriste spécialisée dans les nouvelles technologies à l’Université du Maryland. La deuxième voie fait appel à une rationalité économique bien rodée, renvoyant à« Henry Ford, qui avait compris qu’il ne ferait pas de bonnes affaires si ses propres employés ne pouvaient pas se permettre d’acheter une voiture », rappelle Nilofer Merchant. La dernière piste ? Évoquée sur la pointe des pieds, car « idéologiquement risquée » selon les mots du rédacteur en chef de la MIT Technology Review, Jason Pontin, elle réside dans la déconnexion du travail et du revenu, envisageable dans une société où les biens et les services se produisent pour ainsi dire tout seuls. Il s’agit alors d’envisager « un moyen de distribution des richesses », suggère l’entrepreneur Bob Frankston, du secteur numérique.

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