Dispo à la Biblio

critique hong kong

C’est un tout petit « Dragon », un point à peine visible sur la carte de la Chine. Hormis son cinéma, l’un des plus brillants d’Asie, que connaissons-nous de Hong Kong ?
Depuis sa rétrocession par les Britanniques en 1997 et sa réunion (sous un statut spécial) au géant chinois, Hong Kong est pourtant le cadre d’une expérience politique hors du commun : un bras de fer quotidien de David contre Goliath. Et d’une expérience culturelle singulière : l’invention d’une identité. Soumis par la Chine à de multiples pressions politiques, financières, idéologiques, linguistiques et démographiques, Hong Kong n’en semble que plus résolue à « prendre le large ». Aussi l’avenir de Hong Kong ne concerne-t-il pas les seuls Hongkongais – tant s’en faut.
Ce numéro a été conçu et dirigé par Sebastian Veg, chercheur, traducteur, directeur de la revue Perspectives chinoises et fin connaisseur d’une ville où il vit depuis plusieurs années. Il donne la parole à quelques-uns des meilleurs spécialistes français et étrangers de cette étrange Cité-nation – et avant tout aux Hongkongais eux-mêmes.

Sommaire

Présentation

« BORROWED SPACE, BORROWED TIME »

Kai-cheung DUNG : Atlas. Archéologie d’une ville imaginaire
Extraits de Atlas. Archéologie d’une ville imaginaire (Taipei, Lianjing, 2011) traduits du chinois (Hong Kong) par Sebastian Veg

Jean-Philippe BÉJA : Hong Kong 1997-2014. Consolidation d’une identité politique

Judith PERNIN : Le Hong Kong de Wong Kar-wai. Espace, nostalgie et sentimentalité
Wong Kar-wai, The Grandmaster [Yi dai zongshi]

Wing-sang LAW : La nostalgie coloniale depuis la rétrocession

Evans CHAN : Le cinéma indépendant de Hong Kong. Pratique locale et mémoire nationale

L’ESPRIT DU ROCHER AU LION. TENSIONS ET RESILIENCE

Ho-fung HUNG : Trois visions de la conscience autochtone à Hong Kong
Chan Koon-chung, Zhongguo tianchao zhuyi yu Xianggang [La Doctrine céleste chinoise et Hong Kong]
Chin Wan, Xianggang Chengbang lun [De Hong Kong comme ville-État]
Jiang Shigong, Zhongguo Xianggang : Wenhua yu zhengzhi de shiye [Hong Kong, Chine : perspectives culturelles et politiques]

Edmund W. CHENG : Les vicissitudes de la politique contestataire dans le Hong Kong postcolonial
Francis L. F. Lee et Joseph M. Chan, Media, Social Mobilization and Mass Protests in Post-colonial Hong Kong. The Power of a Critical Event
Peifeng Huang et Yu Xu (éd.), Pre/Post80s. Beyond the Imagination of Social Movement, Discourse and Generation

Chloé FROISSART et Yi XU : Hong Kong et le delta de la rivière des Perles. Liens économiques et activisme social

Karita KAN : Un espace public sinophone sous pression. Les médias hongkongais depuis la rétrocession

Robert BAUER : Le cantonais de Hong Kong. État des lieux et perspectives

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Diderot, Lettre sur les aveugles

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«Je lui demandai ce qu’il entendait par un miroir : « Une machine, me répondit-il, qui met les choses en relief loin d’elles-mêmes, si elles se trouvent placées convenablement par rapport à elle. C’est comme ma main, qu’il ne faut pas que je pose à côté d’un objet pour le sentir. »»

Lettre de Diderot sur les aveugles ici.

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Le français in the USA

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Les États-Unis en jachère

Jean-Benoît Nadeau, Le Devoir 29/09/14

Depuis dix ans que je fréquente les francophones américains, une question revient sans cesse : pourquoi les Québécois tiennent-ils si peu compte de la francophonie américaine dans leurs stratégies d’information, de communication, de distribution ou de recrutement ?

J’avoue ne pas avoir de réponse. Serait-ce qu’on se méprend sur le sens du mot francophone ? Par ignorance ? Ou parce que, pour citer l’anthropologue Serge Bouchard, les Québécois ont rejeté cet espace de leur imaginaire collectif ? Ou parce qu’on imagine les États-Unis comme un monolithe linguistique ?

« Et pourtant, pourtant », comme le chantait Aznavour.

Prenez cette statistique parue récemment dans la revue French District, de Miami. Parmi les 168 millions d’abonnés américains de Facebook, 1,3 million déclarent le français comme première langue ! Et les principaux centres sont la Californie (213 000 abonnés Facebook), New York (180 000), la Floride (123 000) et l’Illinois (50 000).

Combien d’Américains parlent français, au juste ? Il existe des statistiques. Selon le Bureau américain de la statistique (U.S. Census Bureau), 1,3 million d’Américains âgés de plus de cinq ans déclaraient « parler le français à la maison » en 2011 (ce ne sont pas les mêmes que Facebook). Outre 621 000 pour le créole haïtien (dont un bon nombre sont de facto francophones).

En mai dernier, la revue Slate a transposé cette statistique sur carte. Le français est la deuxième langue à la maison dans quatre États (Maine, New Hampshire, Vermont et Louisiane) et troisième langue après l’espagnol dans sept autres : Connecticut, Delaware, Maryland, Virginie-Occidentale, Mississippi et les deux Carolines ! Voire un huitième, la Floride, où la troisième langue est le créole haïtien.

Autre statistique officielle : 11 millions d’Américains affirment une origine « française » (québécoise, acadienne, canadienne-française, française ou haïtienne). Ce qui en exclut encore quelques millions issus des autres pays francophones.

Autre statistique significative : 1,5 million d’Américains étudient le français chaque année de la maternelle à l’université. C’est moins que l’espagnol (six millions d’apprenants), mais davantage que toutes les autres langues réunies.

Des millions de réels francophones américains passent donc sous le radar. Parce qu’ils n’ont pas de compte Facebook. Ou parce qu’ils ne parlent pas le français à la maison. Ou parce que le français est leur troisième langue. Ils s’appellent John Kerry (secrétaire d’État), John R. MacArthur (président et éditeur de Harper’s et chroniqueur au Devoir), Indra Nooyi (p.-d.g. de PepsiCo) ou Jodie Foster (actrice). Combien ? Peut-être cinq ou six millions, selon le Centre de la francophonie des Amériques, en se basant sur une étude d’Étienne Rivard de l’Université Laval.

Bref, la francophonie américaine est peut-être aussi nombreuse que les Québécois. Diffuse certes, mais réelle, instruite et en moyens. Elle orbite autour des Alliances françaises, des lycées et collèges français, des communautés religieuses, des services culturels des consulats et délégations ou diverses associations. Comme la remarquable Association américaine des professeurs de français, qui fédère 10 000 membres très militants, dont un bon nombre de fins connaisseurs du Québec.

Au Québec, je n’ai rencontré personne, dans la faune des décideurs associatifs, entrepreneurs, cadres et autres « entreprenants », qui prenne cette réalité en compte ou qui en saisisse le potentiel. Hormis la diplomatie culturelle québécoise, qui fait un travail remarquable de débroussaillage, c’est la jachère la plus complète.

A-t-on les moyens de ne pas informer, cibler, recruter les John Kerry de demain ? La réponse est évidemment non. Le fait-on ? Ce sont les Français qui, aux États-Unis, font cet effort — et qui, évidemment, en profitent.

Prenez le guide French District, fondé en 2008 par trois Français, Laure et Romain Angeletti, et Ben Borie. Son nom, qui signifie « quartier français », résume le programme : recréer un quartier virtuel pour une communauté qui ne s’est jamais regroupée en quartier. Et ça marche : French District compte 200 000 abonnés, une clientèle jeune, principalement les 20 à 45 ans.

french-district-new-york-375Lancé en Floride, French District s’est implanté à New York et à Atlanta en 2011. Il y a maintenant dix éditions francophones, dont deux en Californie, au Texas, à Washington, à Las Vegas, à Boston, plus trois éditions en langue anglaise à New York, en Floride et en Californie. Et il y a même une troisième édition floridienne appeléeQuébec District. De quoi embaucher 20 personnes. « Surtout des Français, quelques Américains et des Indiens », m’a dit Romain Angeletti, le p.-d.g.

Pas de Québécois ?

— C’est difficile. Ils sont là six mois et ils repartent après l’hiver.

Cherchez l’erreur.

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Robotisation du travail

robotisation

 

Vers une révolution dans le monde du travail?

Nic Ulmi, Le Devoir 29/09/14

Le Pew Research Center a demandé à 2000 experts de se projeter en 2025 et de prédire de quoi sera fait l’avenir quand les machines intelligentes auront investi tous les secteurs de l’économie. Chômage pour tous ? Oisiveté généralisée ? Voyons un peu.
« Mon fils, qui a 10 ans, pense qu’il n’aura pas besoin d’apprendre à conduire et à faire ses courses. Il lui suffira de cliquer, et les choses qu’il désire arriveront d’elles-mêmes. »

C’est ainsi que la Californienne Nilofer Merchant, entrepreneuse en série et essayiste futuriste, décrit la vie quotidienne après l’avènement généralisé de la robotique, prévu pour 2025. Vision naïve, que nous avons tous (non ?) caressée dans notre enfance : un monde où il suffirait d’appuyer sur un bouton.

La différence, c’est qu’aujourd’hui les adultes disent la même chose, et qu’ils ne rêvent pas à voix haute, ils énoncent ce qui adviendra. Dans dix ans, l’intelligence artificielle et les robots seront partout. « Ce sera comparable à la pénétration des téléphones portables aujourd’hui », annonce le futurologue et pédagogue Marc Prensky, directeur de la fondation Global Future Education.

Au secours ? À ce titre, dans son rapport publié en août, le vaste think tank issu de l’ONG états-unienne Pew Charitable Trusts, pose un diagnostic fortement polarisé sur la question centrale de l’avenir de l’emploi.

I Robot ou robot invisible ?

De quoi parle-t-on ? D’un monde qui aurait basculé dans un film de science-fiction à laI Robot ? « La culture populaire a un penchant pour les robots anthropomorphes musclés (Transformers, Terminator) et pour les superordinateurs dotés d’une intelligence de type humain (HAL 9000 dans 2001, l’Odyssée de l’espace) », relève le rapport.

Or, dans la vraie vie, la technologie évolue « dans la direction opposée, avec une intelligence profondément enfouie dans la mécanique complexe d’appareils et d’interactions digitales en apparence simples, voire invisibles. Les ordinateurs disparaîtront et les objets ordinaires deviendront magiques », avance en sens John Markoff, journaliste scientifique au New York Times. Invisibilité, disparition, magie : mots récurrents dans ce document, où la technologie apparaît fondue « dans le paysage ordinaire ». « Un instantané d’une scène de rue urbaine en 2014 n’a pas l’air si différent d’une photo prise il y a 50 ans… », remarque Seth Finkelstein, programmeur et activiste de la libre expression numérique.

Effacés, engagés avec nous dans des interactions surtout vocales, les robots seront partout. Ils auront semé et récolté nos blés, préfabriqué nos maisons, construit nos voitures — lesquelles seront, elles aussi, des robots. Le sociologue Howard Rheingold balaie, à ce propos, la méfiance que suscite le véhicule sans conducteur : « Comment pourrait-il faire un moins bon travail que les humains égoïstes, ivres, drogués ou distraits qui transforment nos routes en bains de sang ? »

Plus troublant, plus inattendu, on nous annonce que les machines intelligentes auront fait irruption dans les domaines de l’enseignement, des soins personnels et de la santé.« Vos radiographies seront examinées par une batterie d’intelligences artificielles du niveau Watson [le programme d’IBM qui a battu deux champions du jeu téléviséJeopardy ! en 2011] et les humains ne seront appelés à la rescousse que si les machines sont en désaccord entre elles », assure Stowe Boyd, chercheur en chef du site d’information technologique GigaOM. Et ce n’est pas tout : « Dans les cabinets d’avocats, les employés qui préparaient la communication des pièces ont été remplacés par des logiciels » [des algorithmes d’analyse prédictive, précisément], signale Robert Cannon, spécialiste du droit numérique. C’est le noeud de la question : quels effets sur l’emploi, et par là, sur le bien-être général ?

L’avenir des travailleurs évincés

Entre les optimistes (52 %) qui pensent, à l’image du « co-inventeur d’Internet », Vint Cerf, qu’« historiquement la technologie a créé davantage d’emplois qu’elle n’en a détruit », et les pessimistes (48 %) qui craignent le contraire, le match est presque nul. « Les robots seront les nouveaux travailleurs immigrés », note, dans le rang optimiste, J. P. Rangaswami, scientifique en chef de l’éditeur de logiciels Salesforce.com : les automates feront, à bas coût, les travaux dont les humains ne veulent pas, permettant à tout le monde de se consacrer à des tâches plus gratifiantes, dont créer et programmer les robots, justement. On verra aussi « une demande croissante pour des produits artisanaux faits par des humains » et une tendance « vers la relocalisation et la réhumanisation de l’économie », s’enthousiasme, dans une contribution anonyme, un chercheur de la firme high-tech BBN Technologies.

Les meilleurs emplois, nous dit-on, échapperont toujours aux machines. « Les gens vont être surpris de constater à quel point l’intelligence artificielle est limitée », anticipe Michael Glassman, chercheur en sciences de l’éducation à l’Université de l’Ohio. « La semaine de travail a chuté de 70 heures à environ 37, et je m’attends à ce qu’elle continue à baisser. Il y aura donc le même nombre d’emplois », pronostique de son côté Hal Varian, économiste en chef chez Google. Le même bien-être pour moins de travail. Qui dit mieux ?

Les travailleurs supplantés par des machines pourront-ils se requalifier ? Les pessimistes craignent que non. « Il y aura un marché du travail dans le secteur des services pour des tâches non routinières, donc non automatisables, mais qui peuvent être exécutées de façon interchangeable par à peu près n’importe qui, et ces emplois ne rapporteront pas un salaire suffisant pour vivre », prophétise Justin Reich, du Center for Internet Society à l’Université Harvard. « L’écart de revenu entre les travailleurs qualifiés, dont le travail ne peut être automatisé, et tous les autres s’élargira. C’est une recette pour l’instabilité », prévient de son côté Tom Standage, rédacteur en chef de l’édition numérique de The Economist. Érosion des couches moyennes, création d’une « sous-classe » vouée au chômage permanent : « À quoi servent les gens dans un monde qui n’a pas besoin de leur force de travail, et où seule une minorité est nécessaire pour guider une économie fondée sur les robots ? », se demande Stowe Boyd.

Que faire ? Le Pew Research Center ne suggère rien. Les intervenants du rapport dessinent, eux, trois pistes. La première fait froid dans le dos : militarisés, les robots serviront, aussi, à « réprimer les dissensions ou les actions politiques qui viseraient à mieux distribuer les gains dus à l’avancée technologique », met en garde Frank Pasquale, juriste spécialisée dans les nouvelles technologies à l’Université du Maryland. La deuxième voie fait appel à une rationalité économique bien rodée, renvoyant à« Henry Ford, qui avait compris qu’il ne ferait pas de bonnes affaires si ses propres employés ne pouvaient pas se permettre d’acheter une voiture », rappelle Nilofer Merchant. La dernière piste ? Évoquée sur la pointe des pieds, car « idéologiquement risquée » selon les mots du rédacteur en chef de la MIT Technology Review, Jason Pontin, elle réside dans la déconnexion du travail et du revenu, envisageable dans une société où les biens et les services se produisent pour ainsi dire tout seuls. Il s’agit alors d’envisager « un moyen de distribution des richesses », suggère l’entrepreneur Bob Frankston, du secteur numérique.

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Socrate

Socrates_Alcibiades

Mon cher ami,

Mon voyage à Athènes se déroule très bien, je visite, je découvre la cité et sa population. J’y ai fait plusieurs rencontres dont une qui ne me laisse pas indifférente. Ce nouvel ami est un homme très surprenant du nom de Socrate. Je l’ai rencontré en assistant à une de ses conversations avec d’autres habitants de la cité. Son comportement m’a intrigué et m’a fait réfléchir. Je pense que cet homme est un sage. Ou plutôt qu’il recherche la sagesse. J’ai écouté toute leur conversation sans dire un mot, et en essayant de voir le point de vue de chacun. Socrate est celui qui m’a le plus laissé perplexe. Il écoutait les autres parler et expliquer leur point de vue avec tant de certitude dans leur propos, puis il tentait de comprendre leur raisonnement en posant des questions et en émettant des théories sur les définitions qui remettaient en cause tout ce qui venait de se dire. Ses interlocuteurs étaient d’abord déstabilisés, puis après réflexion, ils doutaient et enfin ils prenaient conscience de leur ignorance. Certains avaient plus de mal que d’autres à se rendre compte qu’ils avaient tort mais finalement, tous finissaient par l’avouer, et ils cherchaient même à trouver une autre solution. Socrate, lui restait calme et écoutait ce que chacun avait à dire. A la fin de la conversation, la réponse à leur question restait introuvable. Néanmoins,  grâce à lui, ils avaient pris conscience de ne pas réellement savoir ce qu’ils pensaient savoir, ce qui me semble déjà être un bon début. Pourtant, la réponse à la question qu’ils se donnaient tant de mal à trouver me parait encore très lointaine, si lointaine que je ne saurais dire si quelqu’un un jour pourrait y répondre. Mon ami, j’aurais tant aimé que tu sois là pour découvrir tout cela avec moi.

Très affectueusement, ton amie de toujours.

Mélodie Prak

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En photos, une extraordinaire collection de moments historiques

lincoln

Lincoln

no vietnamese

No Vietnamese ever called me Nigger (contre la guerre du Vietnam)

titanic

Le titanic

et son iceberg

et son iceberg

Plus de photos: http://news.distractify.com/mark-pygas/views-of-famous-events/?v=1

BLx via Christine Dakhil

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Kant et l’Écosse

kant

Alain Gagnon, Le Devoir, 22/09/14

L’indépendance, que ce soit celle du Québec, de l’Écosse ou, peut-être bientôt, de la Catalogne, n’est pas affaire de survivance, de défense de sa différence, mais bien un passage d’un état de minorité à un état de majorité des peuples et des individus qui les composent, au sens légal et moral et donc politique (non démographique) où le philosophe Emmanuel Kant l’entendait dans son court texte paru en 1784, Qu’est-ce que les Lumières ? Rappelons-en deux passages.

D’abord : « Les Lumières sont l’émancipation de l’homme de son immaturité dont il est lui-même responsable. L’immaturité est l’incapacité d’employer son entendement sans être guidé par autrui. […] Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! voilà donc la devise des Lumières. »

Ensuite : « La paresse et la lâcheté sont les causes qui expliquent qu’un si grand nombre d’hommes, après que la nature les a affranchis depuis longtemps de toute direction étrangère, restent cependant volontiers, leur vie durant, mineurs, et qu’il soit si facile à d’autres de se poser comme leurs tuteurs. Il est si commode d’être mineur. Si j’ai un livre qui me tient lieu d’entendement, un directeur qui me tient lieu de conscience, un médecin qui juge de mon régime à ma place, etc., je n’ai pas besoin de me fatiguer moi-même. Je ne suis pas obligé de penser, pourvu que je puisse payer ; d’autres se chargeront pour moi de cette besogne fastidieuse. Que la plupart des hommes finissent par considérer le pas qui conduit vers sa majorité, et qui est en soi pénible, également comme très dangereux, c’est ce à quoi ne manquent pas de s’employer ces tuteurs qui, par bonté, ont assumé la tâche de veiller sur eux. »

Kant n’était pas devin, mais il a vu juste dans le jeu des tuteurs — et des pupilles. Partout, toujours, un même scénario : menaces et promesses de dernière minute des tuteurs, si vagues qu’elles seront faciles à renier une fois le danger passé, et capitulation des pupilles, effarouchés par les obligations de la majorité, au premier chef la « dévolution » de la responsabilité. Comme par hasard, même si ce n’en est pas un du tout, la déresponsabilisation et le phénomène qu’on a appelé « adulescence » sont des traits marquants des sociétés avancées contemporaines.

Est probablement venu aussi le temps de dissocier les campagnes en faveur de l’indépendance des peuples d’un « projet de société » fouillé, détaillé et mirifique. Le véritable projet de société qu’implique un référendum sur l’indépendance est précisément celui d’amener une société à la responsabilité, à sa majorité, noble mais exigeante. C’est dans un deuxième temps seulement que les citoyens, libres, autonomes, pourront véritablement se donner un projet de société concret, à leur pleine mesure, y employant l’entendement, le jugement et les moyens que procure l’indépendance. Il n’est pas vrai qu’il n’y aura que des gains, sans coût et sans sacrifice, au pire un coût nul, pas plus qu’il n’est vrai que le passage de l’adolescence à l’âge adulte ne s’accompagne que de gains.

Au chapitre du projet de société et de la transparence, le SNP d’Écosse a certainement été exemplaire, publiant un document-programme de 670 pages, illustrant avec minutie l’opportunité et la faisabilité de l’indépendance. Sauf que ce n’est pas du tout là que se décide l’adhésion ou non du citoyen, on vient encore de le voir. Il faudra bien un jour réhabiliter en politique, et dans le destin des nations, les mots courage, responsabilité, rêve et passion.

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