Archives de Catégorie: Science

Papa Freud

https://www.youtube.com/watch?time_continue=28&v=5jJ6Lhk1pNg

Source: Open Culture

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DAS KAPITAL

Il y a 150 ans aujourd’hui, le 14 septembre 1867, paraissait le premier volume de l’ouvrage de Karl Marx Le Capital, Critique de l’économie politique.

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BICENTENAIRE DE L’OEUVRE DE MARY SHELLEY

mary-schelley

Le monstre de Frankenstein qui parlait français

Annik-Corona Ouellette – Enseignante au cégep de Saint-Jérôme, auteure, avec Alain Vézina, de «Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley» (2009) et de «Le vampire : anthologie des textes fondateurs» (2014), aux éditions Beauchemin

En 1816, la jeune Mary Wollstonecraft Shelley commence la rédaction de son oeuvre-culte : Frankenstein ou le Prométhée moderne. Roman du progrès s’il en est un, chaque génération y perçoit en miroir les révélations de sa propre époque. Publié à Londres en 1818, le roman de Shelley se déroule en Europe, à la fin du XVIIIe siècle, ère de profondes révolutions politiques, sociales et scientifiques. Pour le bicentenaire de sa création, il convient aujourd’hui de céder la parole au plus étonnant des ambassadeurs fictifs de l’Angleterre, le fils non reconnu de Victor Frankenstein. Celui que l’on reconnaît habituellement à ses grognements sourds et au bruit lourd de son pas ne mérite certainement pas les surnoms avilissants dont on l’a affublé : monstre, momie, vil insecte ou encore démon. Non, cet homme nouveau, pourtant laissé à lui-même, aura même le français comme « langue maternelle », tout comme son père.

La science en français

En effet, Victor Frankenstein, plus connu comme l’archétype même du savant fou, est — à l’instar de Jean-Jacques Rousseau — un citoyen de Genève. S’il s’exprime aisément en anglais et en allemand, Frankenstein est tout de même heureux de rencontrer en voyage d’autres personnages qui comprennent « la langue de [s]on pays ». Walton, un explorateur anglais à qui il confiera toute son histoire, remarque aussi qu’il a un « accent étranger ». Si Mary Shelley fait ce choix, c’est peut-être parce qu’elle est justement en voyage au lac Léman au moment de la genèse de son oeuvre. Les lieux pouvaient bien l’influencer… Pourtant, ce n’est plus un hasard si elle fait de la créature de Frankenstein un francophone d’adoption. Victor parachève son oeuvre au mois de novembre, après deux ans de gestation dans un laboratoire secret dans la ville d’Ingolstadt, en Allemagne, où il étudie. C’est seulement en voyant sa créature animée qu’il saisit toute l’horreur de son sacrilège. Abandonnée à son sort, elle s’égare dans la ville, endure les injures comme les projectiles. Le monstre trouve alors refuge en campagne dans une petite cabane de bois, espérant se protéger à la fois des intempéries et de « la barbarie des hommes », confie-t-il à son créateur lorsqu’il le revoit deux ans après sa naissance.

Un élève clandestin

Pendant plusieurs mois, le monstre reste tapi dans sa cachette puisqu’elle est annexée à une chaumière. Grâce à un interstice entre les planches de bois, il peut à loisir espionner la famille qui y vit, les De Lacey. Ces derniers habitaient Paris avant d’être exilés par un décret royal. Le père aveugle, sa fille Agathe et son fils Félix peinent à survivre dans cette campagne allemande. Se prenant d’amitié pour eux, le monstre leur rend service la nuit : il ramasse des racines, cueille les légumes et coupe du bois… Il se surprend ainsi à désirer être aimé, car sa famille d’adoption pense qu’un « bon génie » veille sur elle. Résolu à se montrer un jour, le monstre pense que sa capacité à communiquer avec eux pourrait faire oublier la « difformité » de son aspect. Il explique encore à son créateur comment il a pu réaliser sa différence : « J’avais admiré les formes accomplies de mes voisins, leur grâce, leur beauté et leur teint délicat ; mais combien je fus effrayé quand je me vis dans une eau transparente ! Je reculai d’abord, me refusant à croire que je me fusse réfléchi dans ce miroir ; convaincu enfin que j’étais en réalité le monstre qui est devant vous, je fus pénétré du plus profond désespoir et de la mortification la plus cruelle. » Narcisse déçu, le monstre ne cherchera plus à contempler son reflet dans l’onde. Il voit pourtant dans le langage — et avec raison — la possibilité de se faire accepter par les autres.

Moment-clé de la formation de son identité, l’arrivée de Safie, la fiancée arabe de Félix, lui permet de suivre de véritables leçons de français, de la langue orale à l’alphabétisation, puis à la compréhension d’oeuvres aussi denses que Les ruines, de Volney. La famille De Lacey lui sert de modèle, ce qui contribue à son éducation comportementale. Le monstre apprend rapidement à enrichir son vocabulaire et à maîtriser la « science des lettres ». Lorsqu’il maîtrise un mot qui désigne chaque fois un concept différent, il consolide sa vision du monde, mais, à l’encontre du processus ordinaire, il saisit l’acte de lecture presque simultanément avec celui de la parole. Séquestré volontairement, le monstre s’éduque, ou plutôt est éduqué par des« précepteurs » idéals, c’est-à-dire qu’ils ignorent leur condition de pédagogue ! Lorsqu’il se présente au père De Lacey, aveugle, qui lui demande s’il est un compatriote français en l’entendant, le monstre est fier de lui préciser qu’il s’agit de sa langue maternelle.

Un monstre érudit

La bibliothèque réelle que donne Mary Shelley à sa créature fictive s’avère particulièrement riche. Il est étonnant de voir que celui qui a appris à reconnaître ses premiers mots quelques mois auparavant — feu, lait, pain et bois — peut maintenant disserter sur les malheurs de Werther, la chute de Rome et la principale cause de la guerre, soit l’intolérance religieuse !

Un curieux hasard veut que, dans la forêt située non loin de la chaumière, le monstre trouve une mallette contenant plusieurs livres. Il est satisfait de pouvoir mettre en pratique ses leçons : « Heureusement, les livres étaient écrits dans la langue dont j’avais appris les éléments à la chaumière. » C’est à partir de ces diverses lectures qu’il prend réellement conscience de qui il « peut » être. Ces oeuvres, bien choisies par Mary, préparent donc le monstre à accueillir l’effroyable vérité sur son origine maudite. Shelley fait lire Goethe et Milton à sa créature qui, dans leurs oeuvres, s’identifie à Werther ou aux héros du Paradis perdu. Ses expériences de lecteur lui font développer sa pensée et sa capacité de raisonner. Ce sont ses lectures qui lui permettent de s’exprimer devant son créateur avec autant d’éloquence. Victor lui reproche même sa rhétorique persuasive et avoue qu’il doit céder à son désir de lui fabriquer une fiancée, tant le monstre sait le convaincre de la justesse de cette demande, notamment en faisant référence à l’Ève d’Adam. L’image biblique prouve encore une fois toute l’intelligence de la créature, qui assimile les personnages duParadis perdu et les adapte à sa situation. Si le monstre horrifie les hommes par son apparence repoussante, il réussit à convaincre son créateur par son don de la parole maintenant parfaitement maîtrisée.

Un hommage à Rousseau

L’oeuvre de Mary Shelley s’entrevoit ainsi comme un roman d’éducation où cette créature, formée de morceaux épars de divers cadavres, souhaite ardemment survivre dans un monde qui lui est hostile. Autodidacte, ce monstre répond, d’une étrange façon, il est vrai, au désir de Rousseau — le pédagogue — de voir surgir un être nouveau, né grand et adulte. D’une part, le monstre incarne à lui seul le mythe du « bon sauvage » en vivant à l’état de nature et, d’autre part, une fois civilisé, il rend compte du processus éducationnel, à travers divers apprentissages, qui fait passer de la nature à la culture. Enfin, cet « Émile » méconnu enseigne à ses lecteurs qu’il était, à l’origine, naturellement bon et que la société des hommes l’a corrompu à un point tel qu’il en sera toujours exclu. À cause de toutes les souffrances qu’il a endurées, lui qui devait être un « nouvel Adam » se compare désormais à Satan : « Semblable au chef des démons, je portais l’enfer en moi-même ; sans avoir son génie, je voulais déraciner les arbres, répandre le ravage et la destruction autour de moi et, après avoir assouvi ma fureur, m’asseoir sur les ruines et en jouir. »

À partir du moment où le monstre devient dépendant du regard et du mépris des autres hommes, le lien se brise : sa « sauvagitude » disparaît et, avec elle, l’état naturel. Car l’homme sauvage ne vit que par lui, en lui et pour lui. Si, comme Rousseau l’écrit, « le pur état de nature est celui de tous où les hommes seraient le moins méchants », cet état n’existe plus chez le monstre dès qu’il décide d’orienter sa vie en fonction de la vengeance contre son créateur. Ce glissement sert de pont entre son « état de nature » et son « état de société ». S’il ne peut être aimé et heureux, il choisit de nuire à ceux qui le peuvent ! L’état de société justement « inspire à tous les hommes un noir penchant à se nuire mutuellement », précise Rousseau dans sonSecond Discours.

À la croisée des mythes de l’apprenti sorcier, du golem et des pygmalions de tout acabit, Frankenstein se distancie de ses précurseurs par son émergence dans la tradition moderne, la science se substituant aux pouvoirs de la magie et des dieux grecs. Et ce monstre qui en résulte porte bien son « titre », tout compte fait, car, même s’il est connoté négativement, il désigne pertinemment toutes les facettes de son identité. Son étymologie latine, monstrum, signifie à la fois « prodige » et « avertissement », ce qui ne saurait mieux traduire la pensée de Rousseau, qui voyait dans le progrès même l’avènement de la corruption.

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Chiffres Arabes et pourtant Indiens

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Pourquoi les chiffres arabes sont-ils arabes ?

Nous ne nous posons même plus de questions en utilisant ces chiffres, ils ont intégré notre langage. Pourtant, ce système n’a pas toujours été utilisé, c’est une invention… indienne. Pourquoi les appelle-t-on « chiffres arabes » dans ce cas ?

Vers le IIIe siècle avant Jésus-Christ, les Indiens inventent non seulement les chiffres de 1 à 9, mais aussi le système décimal, les méthodes de calcul et, surtout, le zéro — défini au Ve siècle par le mathématicien Brahmagupta. C’est au IXe siècle qu’Al-Khuwazimir, l’un des fondateurs des mathématiques arabes, rapporte ce système de notation et le perfectionne. Nous devons notamment la graphie des chiffres aux Arabes occidentaux ; les chiffres indiens ne ressemblent en rien à ceux que nous connaissons actuellement. L’efficacité du système est telle qu’il se diffuse dans tout le monde arabo-musulman, de l’Afrique du Nord jusqu’en Espagne. De même, les nombreux échanges commerciaux, notamment avec l’Italie, font des Arabes les réels propagateurs du système de chiffres indiens.

Source: Le Devoir, 22/08/16

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Un « aperçu » des 50 derniers siècles…

https://youtu.be/dp0tqdu7fH4

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EPCOT ou l’échec du projet de la ville parfaite

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Le complexe de loisirs Walt Disney World Resort en Floride est bien connu pour ses nombreux parcs à thèmes, ses parcs aquatiques, ses terrains de golfs et ses nombreux hôtels. Comment un seul terrain privé peut être aussi grand pour contenir toutes ces attractions ? En effet, le terrain est immense, il fait près de 11 000 hectares. Pour être plus précis, il s’agit du double de la superficie de l’île de Manhattan.[1] Pourquoi une entreprise privée aurait besoin à la base d’un aussi grand terrain uniquement pour y construire des zones de loisirs ? Au départ, le projet du Walt Disney World Resort était tout autre, Walt Disney lui-même avait l’idée de construire une ville parfaite.

Le succès du parc d’attractions Disneyland en Californie a poussé plusieurs commerçants à s’établir près du parc. Ainsi, ils attiraient les nombreux visiteurs du parc californien dans leurs commerces. Walt Disney trouvait la situation dérangeante et ne voulait pas qu’elle se reproduise dans les environs du complexe floridien. Pour cette raison, il a décidé d’acheter un énorme terrain dans le but de pouvoir contrôler tout ce qu’il y avait aux alentours.[2] La grande capacité du complexe a donné l’idée à Walt Disney de créer une ville parfaite appelée EPCOT. Les plans ont été dévoilés dans un documentaire filmé en 1966, soit peu de temps avant la mort du célèbre créateur de dessins animés.[3]

EPCOT est l’acronyme de Experimental Prototype Community Of Tomorrow, que l’on peut traduire par le prototype expérimental de la communauté du futur. Lors des premiers concepts, EPCOT était censé être une ville parfaite qui allait trouver des solutions pour régler tous les problèmes des grandes villes de l’époque. Un système de transports sophistiqués était planifié tout comme une zone d’habitations pouvant accueillir de nombreuses familles. C’est aussi à cet endroit où il aurait été possible de créer les plus grandes innovations scientifiques.[4] Malheureusement, le projet est tombé à l’eau après la mort de Walt Disney.

En 1975, le PDG de la compagnie annonce la décision de relancer le projet d’EPCOT. Cependant, il ne s’agit plus d’une ville futuriste, mais plutôt un parc à thèmes traditionnel. Ce changement vient du fait que la compagnie ne voulait pas avoir la tâche d’administrer une ville.[5] Pour respecter les idées originales de Walt Disney, les concepteurs ont décidé que le but du parc était d’instruire les visiteurs sur le progrès scientifique et technologique. De plus, EPCOT allait être séparé en deux sections : l’une qui représente le futur et l’autre qui représente les diverses cultures à travers le monde. Ainsi, plusieurs pavillons ont été construits pour former une exposition universelle permanente.[6]

En somme, ce qui rend unique EPCOT est son côté éducatif. Contrairement aux autres parcs à thèmes, où les visiteurs vont s’amuser dans des montagnes russes et des manèges de foire, les attractions d’EPCOT visent l’éducation des visiteurs. Est-ce qu’il y a vraiment une place pour un côté éducatif dans les parcs de loisirs ? Il semble bien que oui, puisque EPCOT est le troisième parc d’attractions le plus visité en 2015 sur tout le territoire nord-américain.[7] Bien que le projet d’une ville parfaite ait échoué, le succès du parc à thèmes prouve qu’un intérêt pour la science, la technologie et les diverses cultures peut être appliqué même dans un endroit où le principal objectif est le divertissement. Quelques années après l’ouverture d’EPCOT, l’entreprise a décidé de ressusciter l’idée d’une ville située au beau milieu du complexe. C’est en 1996 que la ville Celebration est inaugurée, suivant l’exemple de la ville parfaite.[8] Cependant, on reproche à Celebration de n’être qu’une banlieue banale comme les autres.[9] Est-ce que le projet d’une ville idéale pourrait un jour être réalisé ?

Marc-André Robinson-Ruel

 

[1] http://lemondededisney.com/superficie-de-walt-disney-world-en-floride/ (page consultée le 25 Mai 2016)

[2] FOGLESON, Richard E., Married to the Mouse, New Haven, Yale University Press, 2003, p. 274

[3] http://www.smithsonianmag.com/history/revisiting-epcot-center-on-its-30th-birthday-59799078/?no-ist (page consultée le 25 Mai 2016)

[4] http://www.smithsonianmag.com/history/revisiting-epcot-center-on-its-30th-birthday-59799078/?no-ist (page consultée le 23 Mai 2016)

[5] Dave SMITH, Disney A to Z: The Updated Official Encyclopedia, Disney Editions, 1998, p. 187.

[6] Op. Cit.

[7] http://www.teaconnect.org/images/files/TEA_160_611852_160525.pdf (page consultée le 23 Mai 2016)

[8] http://gizmodo.com/celebration-florida-the-utopian-town-that-america-jus-1564479405 (page consultée le 23 Mai 2016).

[9] Ibid.

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Ghost in the Shell, un classique

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Ghost in the Shell est un film d’animation cyberpunk japonais réalisé par Mamoru Oshii inspiré du le manga du même nom de Masamune Shirow. Mêlant science-fiction et philosophie, il reçut plusieurs prix à sa sortie et influença plusieurs films du même genre, l’exemple le plus notable étant la trilogie Matrix des frères Wachowski. Avec l’annonce de l’adaptation américaine en prise de vue réelle prévue pour 2017 et mettant en vedette Scarlett Johansson, il semble pertinent de faire une critique de ce classique de science-fiction.

         L’histoire se déroule en 2029 dans une ville utopique à une époque où la majorité des citoyens ont remplacé leur enveloppe corporelle par un corps cybernétique. Dans cette société trans humaniste ils peuvent alors faire voyager leur ghost, ou âme, à travers un immense réseau informatique et même changer de corps. On suit le major Motoko Kusanagi, un cyborg de sexe féminin appartenant à la section 9 de la police, unité spéciale se consacrant à la lutte contre le cyber terrorisme. Le film se concentre sur la poursuite d’un dangereux pirate informatique nommé le Puppet Master, qui manipule des gens en piratant leur cerveau et en modifiant leurs souvenirs. Ce que Kusanagi découvrira au cours de l’enquête la fera cependant remettre en question sa propre humanité…

Le film est assez complexe et intelligent. Il aborde plusieurs questions philosophiques, traitant principalement des notions d’identité, d’humanité et d’existence. Ces idées transparaissent particulièrement à travers les interrogations de Motoko, le personnage le plus développé. Puisqu’elle possède un corps entièrement cybernétique, elle en vient à envisager la possibilité que sa mémoire et sa perception du réel soient fausses et qu’elle soit manipulée par quiconque lui aurait implanté ces souvenirs. On peut ainsi faire un lien avec les Méditations métaphysiques de René Descartes. Le film aborde aussi la question de la définition de l’humanité. Après tout, qu’est-ce qui nous définit en tant qu’être humain? Est-ce la nature de notre corps ou bien notre capacité à ressentir des émotions?

L’animation a été produite par le studio I.G. et est en général d’une très bonne qualité. Elle a été produite en ayant très rarement recours à des images de synthèse, étant principalement constituée de séquences d’animation en celluloïd, ce qui permet de faire en sorte que chaque plan peint à la main soit très détaillé et réaliste. Le style n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui du film Blade Runner, sorti en 1982. De plus, bien que la composition des mouvements des personnages soit parfois assez rudimentaire, en particulier durant les conversations, elle est très fluide durant certaines scènes, notamment à la fin. Quant à la bande-son, elle a été réalisée par Kenji Kawai et est principalement composé de pièces de musique d’ambiance qui permettent d’établir une atmosphère unique. Making of a Cyborg, Nightstalker et Floating Museum sont parmi les plus marquantes.

         En conclusion, Ghost in the Shell est et restera un classique de science-fiction et une référence du genre cyberpunk qui vaut la peine d’être vue.

Philippe Antoine Tremblay

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Robot Love

https://www.youtube.com/watch?v=OHA39gnjZd0

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Sublimes bibliothèques

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Trinity College, Dublin

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Bibliothèque Nationale, Paris

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George Peabody Library, Baltimore

The Beinecke Rare Book & Manuscript Library, New Haven, USA

The Beinecke Rare Book & Manuscript Library, New Haven, USA

20 de plus ici: http://brightside.me/article/24-libraries-of-the-world-so-magnificent-theyll-take-your-breath-away-24105/

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Le Lai d’Aristote

Le Lai d’Aristote, domination féminine et humiliation

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Avez-vous déjà rencontré cette représentation iconographique d’une sémillante jouvencelle juchée sur un vieillard ? Il rapporte l’épisode du chevauchement d’Aristote, humilié par une belle courtisane.

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Oui, ce personnage avili représente bel et bien l’un des penseurs majeurs de l’Antiquité, surnommé par ses contemporains Aristote le Stagirite (384-322 av. J.-C.), du nom de sa ville de naissance.  C’est ce même Aristote qui a “démontré” que le terre était immobile au centre l’univers… Vous pouvez consulter ici une démonstration enluminée du géocentrisme d’Aristote datant du XIVe siècle. Bon, il arrive à tout le monde de se tromper, pauvre homme !

Ainsi Aristote a été daubé, tourné en ridicule, mais bien avant que n’éclosent à la Renaissance les théories sur l’héliocentrisme de Copernic ou de Galilée. Les premières humiliations commencent dès le XIIIe siècle, dans le cadre des controverses universitaires entre l’Église et la Science. Au Moyen Âge, la Métaphysique d’Aristote commence à peine à être divulguée en Occident au sein des universités naissantes et autres écoles cathédrales, et sa pensée ne fait pas du tout l’unanimité. Ses travaux scientifiques, bouleversant certaines conceptions du dogme chrétien, sont au cœur des débats et subissent des condamnations de la part des autorités cléricales. C’est alors qu’apparaît le thème caricatural du philosophe chevauché, dans un lai qu’on attribue à un trouvère normand dénommé Henri d’Andeli. Un lai est une sorte de fabliau médiéval censé célébrer l’amour courtois, mais le Lai d’Aristote (vers 1330), comme nous l’allons voir, est davantage une farce qu’une ode à l’amour !

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Source: Savoirs d’Histoire

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Le Collège de France

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Le Collège de France, fondé en 1530 par François 1er, est un établissement d’enseignement supérieur de grande renommée dont la particularité, unique au monde, consiste à être un haut lieu de savoir et de recherche tout en étant une place de grande diffusion de ce savoir; c’est-à-dire que le Collège de France dispense un enseignement « non diplômant », gratuit et ouvert à tous en philosophie, en histoire, en art, en littérature, en sciences et, qui plus est, auquel on on peut accéder en ligne!

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Site officiel: Le Collège de France

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Humani nihil a me alienum

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«La mission de la SÉAQ, depuis sa création, est de promouvoir l’humanisme classique et d’en montrer la pertinence dans le monde contemporain, ce qui est d’ailleurs reflété par sa devise, empruntée au poète latin Térence :  » Humani nihil a me alienum « , c’est-à-dire, « Rien de ce qui est humain ne m’est étranger » (Heautontimorou-menos, 77). Concrètement, la SÉAQ encourage la recherche, l’innovation pédagogique et la publication dans les divers domaines de l’Antiquité grecque et romaine. Elle met aussi à la disposition de tous ses membres, selon ses possibilités, les ressources nécessaires à l’étude, à la promotion et à la défense des études anciennes.»

http://www.laseaq.org/

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« inHuman » Photos de Pawel Bogumil

« L’animal ouvre devant moi une profondeur qui m’attire et m’est familière. Cette profondeur, en un sens, je la connais ; c’est la mienne. Elle est aussi ce qui m’est le plus lointainement dérobé. (…) Je ne sais quoi de doux, de secret, de douloureux, prolonge dans ces ténèbres animales, l’intimité de la lueur qui veille en nous. »

Georges Bataille, Théorie de la religion, Paris 1973, Gallimard, coll. Tel, pp. 30-31

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Source: resourcemagonline.com

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À la défense de la formation générale: le philosophe contre les « idiots savants »

Texte de la conférence prononcée par Thomas De Koninck dans le cadre du « Forum des idées pour le Québec. Un système d’éducation pour le 21è siècle » organisé par le Pari Libéral du Québec. Cet événement est une initiative du parti au pouvoir, les principaux acteurs du système d’éducation, les professeurs notamment, n’y étaient pas invités et, pour y prendre part, il fallait verser $150.00 au PLQ. Or ce « forum d’idées » s’inscrit nommément dans une démarche gouvernementale visant à réformer le système d’éducation du Québec afin de le rendre plus « performant » en regard des exigences des entreprises et du marché du travail. Dans ce contexte, on ne peut que se réjouir du fait que la défense de l’importance de la culture générale produite ici par le philosophe Thomas De Koninck aura eu certainement l’effet d’une gifle au visage des barbares incultes qui nous gouvernent. Hommage et respect au philosophe!

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On ne dira jamais assez le pouvoir des idées, dont témoignait avec à-propos cette conclusion célèbre du grand ouvrage de l’économiste John Maynard Keynes, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie : « […] Les idées des économistes et des philosophes politiques, à la fois quand elles sont justes et quand elles sont fausses, sont plus puissantes qu’on ne le comprend communément. A vrai dire, le monde n’est mené par presque rien d’autre. Les hommes pratiques, qui se croient à l’abri de toute influence intellectuelle, sont d’ordinaire les esclaves de quelque économiste défunt. Des fous au pouvoir, qui entendent des voix dans l’air, distillent leur frénésie de quelque écrivailleur académique d’il y a quelques années. […] Tôt ou tard, ce sont les idées, non les intérêts constitués, qui sont un danger pour le bien comme pour le mal (1)».

L’évolution des sociétés est en réalité déterminée par la culture avant tout, bien avant les modes de production ou les régimes politiques; il suffit pour s’en convaincre de constater à quel point les récents pouvoirs de communication restructurent tant l’action politique que le monde de l’économie, de la science et de la culture elle-même. Cette priorité de la culture peut avoir des conséquences dramatiques: trop souvent des hommes ou des femmes incultes, soi-disant pratiques, gouvernent en se laissant mener par une forme ou l’autre de «rectitude politique» leur échappant complètement — ils seraient incapables de la moindre critique de l’idéologie du marché, par exemple — et dont ils ignorent dès lors les implications humaines. La corruption du pouvoir stigmatisée par Lord Acton a pour conséquence (et symptôme) une «rancœur méprisante» (Kierkegaard) à l’égard de l’humain qui n’entre pas dans un calcul (2).

J’entends ici «culture» en son sens le plus large et le plus classique, selon lequel l’être cultivé se reconnaît par son discernement, son aptitude à bien juger (3). Le beau mot de culture dit assez déjà qu’il s’agit de la venue à maturité, de l’épanouissement de l’être humain lui-même. S’interroger sur l’utilité de la culture en ce sens, c’est comme s’interroger sur l’utilité de la santé, cette dernière étant manifestement désirable pour elle-même. Les bienfaits et les avantages d’une bonne santé sont si grands, si variés, si évidents, que jamais dans la vie concrète nous ne les contesterions sérieusement, même si nous ne saurions, la plupart du temps, lui assigner quelque utilité immédiate ou particulière. Il en va de même de la culture de l’esprit: on la désire pour elle-même d’abord. Ainsi la culture ne trouve-t-elle guère sa première raison d’être de ce qu’elle rendrait possibles telle fonction, telle profession, telle tâche, si prestigieuses soient-elles, pas plus que ce ne serait en délimitant tel travail du corps, telle tâche manuelle, qu’on définirait ce qui est bon pour le corps humain.

L’intellect humain peut évidemment se spécialiser, s’orienter dans une direction plus étroite, de même que le corps peut s’asservir à des corvées particulières. Mais exercer d’abord son intelligence pour qu’elle puisse atteindre son plein épanouissement est comparable à donner à son corps le soin et l’exercice dont il a besoin pour jouir tout simplement d’une bonne santé. Plus nous sommes en forme physiquement, plus les tâches physiques les plus diverses nous sont facilitées et nous sommes en mesure de les accomplir de manière beaucoup plus satisfaisante. De même, une véritable culture permet à chacun de s’acquitter bien mieux et plus aisément de toute tâche, quel que soit le domaine – sciences, arts, métiers, professions. Qui a appris à penser, raisonner avec justesse, bien discerner, qui a développé son imagination, sa sensibilité esthétique et éthique, l’esprit de finesse comme l’esprit de géométrie, assume forcément, avec d’autant plus de bonheur et de succès, la conduite générale de sa vie, mais aussi, moyennant l’entraînement spécifique nécessaire, toute tâche particulière qui lui sera dévolue.

Quelle est d’ailleurs la solution de rechange? Supposons qu’au contraire nous nous limitions très vite à un domaine spécifique d’expertise. Dans la meilleure hypothèse, plus nous y concentrerons nos aptitudes, plus nous y deviendrons habiles. À mesure que le champ se réduira, nous serons davantage aptes à le remplir, voire à l’épuiser, en apparence à tout le moins. Mais il en ira forcément de même de nos aptitudes et de nos habitudes mentales: à mesure que leur champ d’exercice aura été réduit, elles iront se rétrécissant et s’amenuisant, faute d’application à autre chose, de manière proportionnelle. L’expertise ira progressant, et, partant, le domaine concerné (toujours dans la meilleure des hypothèses), mais il est évident que l’expert, lui, en tant qu’individu humain, marquera une nette régression, de plus en plus grande, à mesure qu’iront s’atrophiant, faute d’exercice, ses autres facultés, ses autres talents, et tout ce qui, chez lui, aura été laissé pour compte.

Or il se trouve que les problèmes de société s’avèrent aujourd’hui de plus en plus globaux, complexes au sens de tissés ensemble, cependant que le déploiement des connaissances va dans le sens opposé, suivant des labyrinthes toujours plus spécialisés, fragmentés, détachés du tout. Paradoxalement, de moins en moins de personnes sont préparées, par leur formation, à faire face à ces problèmes globaux. Jamais une bonne formation générale n’a été aussi nécessaire.

En ce moment l’éducation publique s’aligne sur les besoins du marché de l’emploi. Cette approche d’apparence pratique ne l’est pas du tout, elle est largement illusoire. Se concentrer sur la technologie, par exemple, générera des diplômés obsolètes. Il saute aux yeux, en pleine révolution technologique, que cela signifie enseigner ce qui sera périmé dans cinq ou dix ans – à l’instar des ordinateurs du même âge et qui ne fera par suite qu’accroître davantage encore les frustrations. Le problème n’est pas celui de créer des habiletés au sein d’une technologie galopante, mais bien plutôt d’enseigner à des étudiantes et des étudiants à penser et leur fournir les outils intellectuels qui les rendront aptes à réagir à la myriade de changements, y inclus de changements technologiques, auxquels ils auront à faire face dans les prochaines décennies. Rien n’est plus nécessaire à cet égard encore, dans le présent contexte, que la culture générale.

Qu’on me comprenne bien. Il ne s’agit pas de faire l’apologie du «généraliste» sans plus. Rien de plus déficient, à vrai dire, qu’un esprit «généraliste» qui serait dépourvu de l’expérience humaine véritable qu’un métier peut procurer. Seul qui possède un métier sait en réalité quelque chose, et donc peut savoir ce que c’est que savoir, grâce à l’expérience des difficultés réelles, de la rigueur des démarches, bref du travail authentique. Dans les excellents termes de Whitehead, il faut des êtres «possédant à la fois de la culture et une connaissance experte en quelque direction spéciale». L’ennemi par excellence, ce sont les idées «inertes», c’est-à-dire simplement reçues par l’esprit sans être utilisées, mises à l’épreuve, jointes à d’autres en des synthèses ou des agencements nouveaux. Comme l’explique fort bien ce philosophe, c’est parce que la pensée est utile que l’éducation intellectuelle est utile. Il importe au plus haut degré d’être soi-même constamment conscient de cette utilité si on veut pouvoir la faire pressentir aux autres, en particulier aux jeunes (4).

Qu’est-ce-à dire? Toute démocratie dépend de la qualité de la formation des citoyens, de leur jugement, mais par conséquent aussi du langage et de la capacité de discerner, de détecter ce qui est démagogique, de tenir de véritables débats rationnels sans lesquels la démocratie périclite vite en son contraire. L’histoire l’a démontré d’innombrables fois: à proportion que la faculté d’expression, de communication, de penser dépérit dans une société, la violence croît.

La démocratie véritable est extrêmement concrète et complexe, elle implique le dynamisme constant de recherches, de découvertes, de développements, de choix en vue du bien commun, qu’on s’efforce dès lors sans cesse de réaliser de manière pratique. Elle suppose une éducation aidant chacune et chacun à se forger, de façon critique, une culture générale propre. Seule la culture générale peut sauver l’expert de son expertise, le technicien de sa technique, les sociétés humaines de la montée de l’insignifiance.

Tout être humain a une culture implicite, consciente ou point, certes souvent peu critique, mais qui commande sa vie entière. Les questions les plus «brûlantes» (Husserl) sont les questions qui portent sur le sens ou sur l’absence de sens de la vie. Ces questions engagent la totalité de l’expérience humaine. Or cette préoccupation est au cœur même de la culture générale. La dignité humaine, rappelle la philosophie, signifie que chaque être humain est au-dessus de tout prix, unique au monde, devant être considéré comme une fin, et jamais réductible à un moyen ainsi que l’affirmait si justement Kant — avec toutes les conséquences pratiques que cela entraîne. Seule la culture générale peut, dans le contexte pluraliste actuel, pleinement assurer une telle prise de conscience et la porter à maturité. Il faut se garder de la mise entre parenthèses de dimensions fondamentales de la vie humaine qui toutes doivent trouver à se dire, s’expliciter et se comprendre. Les arts, les lettres et la culture générale s’avèrent en cela indispensables.

Il importe en outre d’éveiller plus que jamais à «la connaissance de la connaissance», c’est-à- dire à l’évaluation critique du savoir, permettant de mieux prévenir la part d’illusion qui aura été si considérable dans l’histoire, s’agissant de l’être humain lui-même ou de telle forme de savoir qu’on croyait définitive alors qu’elle ne l’était pas du tout. La connaissance de la connaissance, en premier lieu la connaissance de l’illusion, revient à savoir discerner, être critique, face aux vues simplettes qui se présentent comme autant d’absolus. On reconnaît là encore une des tâches les plus aisément identifiables de la culture générale.

En d’autres termes, s’agissant par exemple de la formation pratique, il est clair que c’est au contact des questions concrètes et des problèmes que se forme l’intelligence, non pas en apprenant les solutions. Le choc de la réalité est un levier essentiel, comme le rappelle, très à propos, Michel Crozier, dans son remarquable ouvrage, La Crise de l’intelligence. L’apprentissage quantitatif des connaissances qui méconnaît l’intelligence créative est mal adapté à un monde de la responsabilité ayant à faire face à des situations de plus en plus inédites. Cela a toujours été vrai, mais jamais autant que maintenant, où les défis sont ceux d’une plus grande complexité et d’une plus grande liberté. De plus, «le monde change de telle sorte que la part de l’exploration, du diagnostic et du choix de problème devient beaucoup plus importante que celle de leur solution» (5). Les impératifs pratiques, pourvu qu’on accepte d’y faire face, rappellent en somme la nécessité de la vraie culture. Comme le relevait Hegel, la marque d’un homme cultivé est qu’il sera conscient des «limites de son aptitude à juger». Outre l’universel, c’est le regard sur le réel, «la chose même dans sa vérité, hors de tout intérêt égoïste» qui définit la culture authentique (6).

Or la première condition qui s’impose pour connaître les autres points de vue, pour éviter le jugement précipité et le point de vue unilatéral – en un mot l’abstrait au sens péjoratif– est celle de l’écoute. Plutarque faisait déjà observer qu’une majorité de gens croient qu’il importe d’abord d’apprendre à parler alors qu’on doit apprendre à écouter pour commencer, et à écouter de manière attentive, active. Aussi la participation de l’élève à l’enseignement est-elle importante; savoir bien interroger, après avoir écouté, est un art essentiel qu’il faut apprendre également. L’esprit humain n’est pas comparable à un vase qu’on remplit, mais bien plutôt à une matière combustible qu’une étincelle peut enflammer.

Dans la mesure où les réalités d’ordre éthique, écologique, économique, politique dont nous sommes responsables, dépendent de nos connaissances ou de leurs contraires (ignorances, erreurs), il y a forcément une relation de causalité directe entre la crise contemporaine de la connaissance et les diverses autres crises — éthique, économique, politique, écologique — qui secouent notre monde. Le fait qu’il y ait aussi d’autres causes n’enlève pas la part de responsabilité du connaître humain.

C’est ainsi que, comme je l’ai indiqué à diverses reprises ailleurs (7), l’écart grandit entre le discours strictement scientifique des savants et la pensée ordinaire, laquelle est pourtant aussi le fait de chaque savant dès qu’il sort de sa spécialité, ou même lorsqu’il tente d’expliquer à d’autres son savoir professionnel, voire de situer à ses propres yeux ce savoir au regard du reste de son expérience. C’est le passage au langage ordinaire qui est révélateur. Il ne peut pourtant être évité, car il n’existe pas de langue interdisciplinaire autre que lui, et l’idiome de chaque discipline demeure impénétrable aux autres, comme en la tour de Babel. En outre, il faut bien divulguer, un jour, au moins les résultats de ce savoir et leur signification à d’autres que des scientifiques. C’est là que le phénomène de la popular science prend son essor — d’une vulgarisation qui est rarement à la hauteur de la science elle-même, tout en demeurant pourtant investie de toute son autorité; elle semble faire de fréquentes victimes chez les spécialistes eux-mêmes.

Aussi est-ce à juste titre qu’on dénonce, entre autres, la dissolution de l’idée de vie même chez certains de ceux dont la profession est définie par cette dernière, à savoir des biologistes; ainsi que l’élimination graduelle de l’être humain des sciences soi-disant «humaines», voire l’abandon par la culture humaniste elle-même de questions fondamentales auxquelles elle doit pourtant sa première raison d’être et qui concernent tous et chacun: le sens de la vie, le bien et le mal, la dignité humaine, la société, Dieu. C’est la rupture entre nos connaissances et nos existences, entre la réflexion et la vie, qui est alors, à juste titre, incriminée. «L’intellectuel affronte de moins en moins la résistance du réel. L’essayisme risque de plus en plus l’arbitraire, l’extravagance, l’aveuglement» (Edgar Morin). Il est trop facile de s’en tirer en récusant les idées générales, puisque cette récusation est elle-même «la plus creuse des idées générales. Et, du reste, nul spécialiste n’échappe aux idées générales: nul ne peut se passer d’idées sur l’univers, la vie, la politique, l’amour. Finalement, loin de réduire les idées générales creuses, le règne des spécialistes les accroît» (8). Edgar Morin décèle en outre avec justesse un obscurantisme favorisé par la mutilation du savoir: «nos gains inouïs de connaissance se paient en gains inouïs d’ignorance». La connaissance scientifique nous révèle chaque jour de nouvelles merveilles sur le cosmos, sur la matière, sur la vie, sur le cerveau humain, et pourtant ce formidable enrichissement «apporte avec lui une formidable paupérisation de la connaissance», qui plus est «une nouvelle et redoutable ignorance». Si ces maux spécifiquement modernes que sont la pollution, la dégradation écologique, la croissance des inégalités dans le monde, la menace thermonucléaire, apparaissent inséparables des progrès de la connaissance scientifique, si les pouvoirs asservisseurs ou destructeurs issus du savoir scientifique échappent au contrôle, c’est que chacun «devient de plus en plus ignorant du savoir existant», de «ce qu’est et fait la science dans la société». Avec humour et brio, Milan Kundera a considéré comme la plus importante de son siècle la découverte que fit Flaubert de la stupidité, plus significative même, assure-t-il, que les idées les plus étonnantes de Marx ou de Freud: loin de céder à la science, à la technologie, à la modernité, au progrès, cette stupidité progresse au contraire avec le progrès. Elle consiste en un moderne Dictionnaire des idées reçues, dont le flot est programmé sur ordinateurs, propagé par les mass médias (9).

Les fameuses prédictions d’Ortega quant à la «barbarie du spécialisme», qui permet à des «savants-ignorants» de profiter (à leur insu souvent, peut-être) de la crédulité des masses, seraient-elles inéluctables? Il faut donner raison au physicien David Bohm: «Ce dont on a d’abord besoin, c’est la réalisation croissante du danger extrêmement grand de continuer avec un processus fragmentaire de pensée». Interrogé par Le Monde, Gadamer déclarait que «le rôle du philosophe dans la cité d’aujourd’hui doit d’abord être de remettre en cause l’importance grandissante de l’expert, qui, pourtant, commet toutes sortes d’erreurs, parce qu’il ne veut pas avoir conscience des points de vue normatifs qui le guident»; la question la plus pressante, c’est: «comment peut-on préserver — non pas seulement en théorie ou sur le principe, mais concrètement, dans les faits — le courage de chacun à former et défendre un jugement personnel, malgré l’influence des experts et des manipulateurs d’opinion publique» (10).

Un bon exemple est fourni par ce qu’on appelle improprement la «science économique». Si on y avait fait des progrès analogues à ceux de la physique ou de la chimie, on ne lui reprocherait pas plus son inaccessibilité qu’on ne le fait à la théorie de la relativité d’Einstein, par exemple, car dans ce dernier cas les vérifications et les retombées empiriques n’ont pas manqué de corroborer la théorie. Mais ce qui marche en économique est toujours relativement simple et connu depuis longtemps, cependant que l’inaccessibilité de la «science économique» du jour s’avère à l’origine des désastres économiques et humains qu’on sait. De l’aveu d’économistes américains, des phénomènes comme le ralentissement de la productivité et l’augmentation des inégalités salariales demeurent inexpliqués par leur science encore maintenant. Le malheur est que leur réputation imméritée d’experts étend d’autant plus leur influence. Comme l’a relevé Jacques Testart, l’expert rassure et les citoyens hésitent à affirmer l’absurdité ou le cynisme d’une décision politique ayant reçu l’aval des «experts les plus qualifiés». L’hostilité de ces «idiots savants» et de ceux qui les écoutent à l’égard de la culture et de la pensée n’a rien d’étonnant. «Car rien n’est plus mobilisateur que la pensée», écrivait excellemment Viviane Forrester dans un livre polémique qui n’a rien perdu de sa pertinence. Elle ajoutait à juste titre: «Il n’est d’activité plus subversive qu’elle. Plus redoutée. Plus diffamée aussi […]. Le seul fait de penser est politique. D’où la lutte insidieuse, d’autant plus efficace, menée de nos jours, comme jamais, contre la pensée. Contre la capacité de penser, laquelle, pourtant, représente et représentera de plus en plus notre seul recours» (11).

Faut-il accuser la science, comme les propos suivants de Husserl sembleraient le faire? «Dans la détresse de notre vie – c’est ce que nous entendons partout – cette science n’a rien à nous dire. Les questions qu’elle exclut par principe sont précisément les questions les plus brûlantes à notre époque malheureuse pour une humanité abandonnée aux bouleversements du destin : ce sont les questions qui portent sur le sens ou sur l’absence de sens de toute cette existence humaine» (12).

La science n’en est en réalité nullement responsable. Husserl ne le prétend du reste pas. Il faut accuser bien plutôt le manque de culture, qui se traduit toujours par un manque de jugement. La science n’a pas à répondre à ces questions «ultimes et les plus hautes», qui relèvent en fait de la philosophie. Car «ces questions atteignent finalement l’homme en tant que dans son comportement à l’égard de son environnement humain et extrahumain il se décide librement, en tant qu’il est libre dans les possibilités qui sont les siennes de donner à soi-même et de donner à son monde ambiant une forme de raison. Or sur la raison et la non-raison, sur nous- mêmes les hommes en tant que sujets de cette liberté, qu’est-ce donc que la science a à nous dire? La simple science des corps manifestement n’a rien à nous dire, puisqu’elle fait abstraction de tout ce qui est subjectif».

Il faut accuser plutôt, en un mot, la faille centrale de la culture moderne: l’erreur de prendre l’abstrait pour le concret, que Whitehead appelait à juste titre le «sophisme du concret mal placé» (the fallacy of misplaced concreteness, autrement traduit par «localisation fallacieuse du concret»). Il va de soi que les sciences particulières ont affaire, à des degrés divers, à des abstractions, puisque telle est la condition même de notre savoir. Il avance à coup d’abstractions, grâce à cette faculté prodigieuse dont nous bénéficions, non seulement de pouvoir considérer une partie ou un aspect d’une chose en les séparant des autres, mais même de fonder là-dessus toute une science: ainsi, l’univers immense et merveilleux des mathématiques, où cependant on ne sait pas de quoi on parle, selon le mot à la fois facétieux et profond de Bertrand Russell : «Ainsi les mathématiques peuvent-elles être définies comme le sujet où l’on ne sait jamais de quoi l’on parle, ni non plus si ce qu’on dit est vrai». Il est en fait plus exact d’avancer bien plutôt, avec Michael Dummett, que « c’est aux philosophes de dire non seulement, de manière générale, sur quoi porte la philosophie, mais aussi sur quoi, de manière générale, portent les mathématiques» (13). L’erreur commence dès qu’on oublie l’abstraction fondatrice. Une «rationalité unilatérale» (einseitige Rationalität) devient un mal: «On n’a pas le droit de porter à l’absolu et d’isoler aucune connaissance partielle, aucune vérité séparée (Husserl)» (14).

Concret (de concrescere, «croître ensemble») signifie ce qui s’est formé ensemble. Un arbre, ou n’importe quel vivant, est proprement concret en ce sens, là où une montre ou quelque autre artefact ne l’est pas, puisque les parties d’un artefact ont été mises ensemble par un agent extérieur et sont indifférentes les unes aux autres, comme d’ailleurs au tout dont elles font partie; celles de l’arbre, de tout être vivant, concourent au contraire à sa production de lui-même comme individu. Le tout concret vivant est dès lors irréductible à ses parties – ainsi que Kant, à qui nous empruntons les exemples de l’arbre et de la montre, l’a admirablement fait ressortir – et il est en constant devenir (15).

Faire le tour d’une université en s’arrêtant à chaque discipline particulière permettrait d’additionner bout à bout les points de vue et donc les abstractions ou réductions possibles — ce ne serait à vrai dire que le début d’une série infinie – auxquelles on pourrait soumettre le même être concret, et pourquoi pas tout de suite le plus concret et le plus complexe d’entre eux, l’être humain? Physique, biologie, chimie, mathématiques, anthropologie, psychologie, sociologie, économie, sciences politiques, sciences religieuses, littérature, beaux-arts, linguistique, histoire, géographie, etc. etc., toutes ont quelque aspect indispensable de l’être humain à révéler, mais chacune n’en offre, ce faisant, qu’une part infime. Croirait-on néanmoins, en additionnant tous ces aspects, toutes ces parts, obtenir un tout qui soit enfin l’être humain lui-même? Ce serait n’avoir rien compris.

Le problème, en un mot, c’est la fragmentation. Elle gagne le monde que nous habitons, imprègne les vies d’une quantité croissante d’humains. Les meilleurs artistes ne laissent pas, depuis longtemps déjà, de nous mettre sous les yeux ou de suggérer à nos oreilles cette abstraction vis-à-vis de nous-mêmes, qui nous fait adhérer à une surabondance de faits épars, externes, plutôt qu’à la vie en nous. Il suffit de songer à Picasso, au retour du corps à la terre chez Henry Moore, aux figures solitaires, distantes, sur le point de s’éclipser, de Giacometti; à la musique atonale; à la littérature où le temps est soit fragmenté, soit disparaît tout simplement comme chez Kafka; où le personnage se dissout en mille perspectives au point d’être absent de sa propre vie, chez Beckett. «Tout cela se passe réellement sans personne» (Dürrenmatt). Le philosophe américain William Barrett et le critique allemand Erich Heller ont montré avec quel génie, comme un miroir délibérément déformant, renvoyant avec une scrupuleuse minutie une infinité de détails dont la signification échappe, l’art de notre temps sait poser la question du sens, ou du nihilisme qui en est l’envers. Au journalisme l’insolite et l’extraordinaire; la littérature s’occupe de l’ordinaire, disait admirablement James Joyce. Mais justement, «c’est le quotidien qui est abyssal […]. C’est le mystère qui est si terriblement concret» (George Steiner) (16).

En pareille perspective, le grand défi de l’éducation est de générer l’enthousiasme qui poussera les jeunes, les décideurs de demain, à dépasser les abstractions réductrices et à progresser d’eux-mêmes dans la recherche du concret, vers de nouvelles quêtes de sens et de savoir et de nouvelles questions, en n’évitant pas les questions ultimes dont nous parlions, comme celle du sens à donner à leur vie elle-même et à leur collectivité.

Thomas De Koninck

Philosophe, titulaire de la Chaire La philosophie dans le monde actuel à l’Université Laval, membre de l’Académie des Lettres et des Sciences humaines de la Société royale du Canada, officier dans l’Ordre des Palmes académiques en France et lauréat du Prix La Bruyère de l’Académie française pour son livre De la dignité humaine.

1-The General Theory of Employment, Interest and Money, London, 1936, in fine.

2- Cf. John R. Saul, La civilisation inconsciente, trad. Sylviane Lemoine, Paris, Payot, 1997.Voir, par ailleurs, Martha Nussbaum, Love’s Knowledge, Oxford University Press, 1990, p. 76-77; 81-82: Charles Dickens, dans Hard Times (où le personnage de Thomas Gradgrind incarne la réduction au calcul), et Henry James, dans The Sacred Fount, ont superbement illustré comment le concret — personnes, choses et événements — échappe complètement à un «intellect» faisant fi de l’imagination et de l’émotion. Et voir, plus récemment, les neuf études magistrales d’Alain Finkielkraut, dans Un cœur intelligent, Paris, Stock/Flammarion, 2009.

3- Pour plus de précisions, je me permets de renvoyer le lecteur à mon livre, La nouvelle ignorance et le problème de la culture, Paris, Presses Universitaires de France, 2000; 2e édition, 2001.

4- A. N. Whitehead, The Aims of Education, New York, Macmillan, 1929; Mentor Books, p. 13 sq.

5- C. Michel Crozier, La crise de l’intelligence. Essai sur l’impuissance des élites à se réformer, Paris, InterÉditions, 1995, respectivement p. 158, 38, 100.

6- Cf. G. W. F. Hegel, Propédeutique philosophique, trad. Maurice de Gandillac, Paris, Minuit, 1963, p. 67-70.

7- Pour de plus amples développements touchant la crise de la connaissance, dont je reprends ici quelques éléments, voir mes livres De la dignité humaine (Paris, PUF, 1995 et 2002), et La nouvelle ignorance et le problème de la culture (Paris PUF, 2000 et 2001).

8-Voir Edgar Morin, La Méthode 3. La Connaissance de la Connaissance, Paris, Seuil, 1986, p. 13 sq.; La Méthode 4. Les Idées, Paris, Seuil, 1991, p. 65-72.

9-Cf. Edgar Morin, La Connaissance de la Connaissance…, loc. cit.; Milan Kundera, L’Art du roman, Paris, Gallimard, 1986, in fine.

10- Cf. Ortega y Gasset, La rebelión de las masas, 1930, c. XII: «La barbarie del especialísmo» (voir, sur ces propos d’Ortega, Erwin Schrödinger, Physique quantique et représentation du monde, Paris, Seuil, «Points» 1992, p. 26 sq.); David Bohm, Wholeness and the Implicate Order, London, Ark Paperbacks, 1990, p. 19; Hans Georg Gadamer, in «Entretiens avec Le Monde», 1. Philosophies, Paris, Éditions La Découverte et Journal Le Monde, 1984, p. 233 et 239-240.

11- Jacques Testart (avec Jean Reich), Pour une éthique planétaire, Paris, Mille et une nuits, 1997, p. 45; Viviane Forrester, L’horreur économique, Paris, Fayard, 1996, p. 96; sur la confiscation des valeurs culturelles, «celles de l’intelligence», cf. p. 88, 114 et passim.

12 – Edmund Husserl, La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale, trad. Gérard Granel, Paris, Gallimard, 1976, p. 10.

13 – «Thus mathematics may be defined as the subject in which we never know what we are talking about, nor whether what we are saying is true» (Bertrand Russell, Mathematics and the Metaphysicians, http://www.readbookonline.net/readOnLine/22895/ ); «[…] It is for philosophers to say not only what, in general, philosophy is about, but also what, in general, mathematics is about» (Michael Dummett, The Nature and Future of Philosophy, New York, Columbia University Press, 2010, p. 5).

14 – Edmund Husserl, La crise de l’humanité européenne et la philosophie, édition bilingue, trad. Paul Ricoeur, Paris, Aubier Montaigne, 1977, p. 70-71; cf. A. N. Whitehead, Science and the Modern World (1925), New York, The Free Press, 1967, p. 51; 54-5; 58-9; Process and Reality. An Essay in Cosmology (1929), Corrected Edition, New York, Macmillan, The Free Press, 1978, p. 18, 93, 94, et passim.

15- Cf. Emmanuel Kant, Critique de la faculté de juger, § 64-68; et mon livre, De la dignité humaine, Paris, Presses Universitaires de France, 1995, p. 62-63.

16 – Cf. Henri Maldiney, Penser l’homme et la folie, Grenoble, Jérôme Millon, 1991, p. 340-341; F. Durrenmatt, Theaterprobleme, Zürich, 1955, p. 47; William Barrett, Time of Need, New York, Wesleyan University Press, 1984; Erich Heller, The Disinherited Mind, New York, Harcourt Brace Jovanovitch, 1975; The Artist’s Journey into the Interior, New York, Harcourt Brace Jovanovitch, 1976; George Steiner, Réelles présences, Paris, Gallimard, 1991, p. 15.

Source: http://plq.org/forum/files/thomas-de-koninck.pdf

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Japon: l’Humanisme en péril!

Humanities under attack

by Takamitsu Sawa, The Japan Times, 23/08/15

On June 8, all presidents of national universities received a notice from the education minister telling them to either abolish their undergraduate departments and graduate schools devoted to the humanities and social sciences or shift their curricula to fields with greater utilitarian values.

The bad tradition of evaluating academic learning and sciences in terms of their utility, with private-sector enterprises meddling in higher education, is still alive in Japan.

Indeed, policies related to higher education are under the control of the Council on Industrial Competitiveness, which is made up of nine Cabinet ministers, seven corporate managers and two scholars. One of the scholars is from the field of engineering while the other comes from economics.

A member of the education ministry’s panel of learned persons even said that the humanities and social sciences departments should be allowed to remain as they are only at the seven former Imperial universities and Keio University, and that those at other universities should be transformed into vocational training schools.

This person even went so far as to assert that students majoring in the humanities and social sciences at schools other than those eight institutions should be taught the Building Lots and Building Transaction Business Law instead of the Constitution, software programming for bookkeeping and accounting in place of Paul Samuelson’s “Economics,” and the skills of orally translating between Japanese and English rather than reading Shakespeare’s works.

These are outrageous proposals and I cannot tolerate anti-intellectuals distorting the government’s policies related to higher education.

During World War II, students of the natural sciences and engineering at high schools and universities were exempt from conscription and only those who were studying the humanities and social sciences were drafted into military service.

In March 1960, the education minister in Prime Minister Nobusuke Kishi’s Cabinet said that all departments of the humanities and social sciences at national universities should be abolished so that those schools would concentrate on the natural sciences and engineering. He also said that education in the humanities and social sciences should be placed in the hands of private universities.

A certain well-known entrepreneur predicted, meanwhile, that before long a majority of high posts in politics, the bureaucracy and business would be occupied by those with natural science and engineering backgrounds.

One of the principal features of the “income doubling plan,” which Prime Minister Hayato Ikeda announced in December 1960 as his major platform, was to promote education in the natural sciences and engineering at universities.

All of these events still remain clearly in my memory as they came while I was preparing for my university entrance examinations.

Fortunately, the prediction made by the famous entrepreneur proved to be off the mark. A majority of Japanese political, bureaucratic and business leaders today are still those who studied the humanities and social sciences. This is because those who studied these subjects have superior faculties of thinking, judgment and expression, which are required of political, bureaucratic and business leaders. And the foundation for these faculties is a robust critical spirit.

The countries in which the famous entrepreneur’s prediction was on target were socialist. In the Soviet Union, many of those who climbed to the position of general-secretary of the Communist Party had engineering backgrounds. Mikhail Gorbachev did not. Successive Chinese presidents also had engineering backgrounds.

The foundation of democratic and liberal societies is a critical spirit, which is nurtured by knowledge of the humanities. Without exception, totalitarian states invariably reject knowledge in the humanities, and states that reject such knowledge always become totalitarian.

The administration of Prime Minister Shinzo Abe has set an ambitious target of making 10 of the nation’s universities rank among the world’s top 100 within the next decade.

This target appears utterly impossible to achieve because at present only two universities in Japan are among the global top 100 — the University of Tokyo at 23rd and Kyoto University at 59th. Moreover, only three others — the Tokyo Institute of Technology, Osaka University and Tohoku University — are among those ranking between 101st and 200th.

The Abe administration’s target is tantamount to demanding the impossible. Why is it then that Japanese universities rank so low? One big reason is the low levels of education and research in the humanities and social sciences. Schools like the University of Oxford, the University of Cambridge, Stanford University and Harvard University, all of which are among the world’s top 10, are highly reputed in these fields.

The Massachusetts Institute of Technology, which ranks sixth in the world, is often thought to be an institution devoted exclusively to engineering. But the fact is that it offers a wide variety of curricula in the humanities and social sciences, and the standards of its research in these fields are reputed to be among the highest in the world.

The University of Tokyo is the only Japanese university that is among at the global top 100 in the humanities and social sciences. Although it ranks 87th in social sciences, no Japanese universities, including the University of Tokyo, rank among the top 100 in the humanities.

Stanford University ranks first in both the humanities and social sciences, while MIT places second in social sciences. The London School of Economics and Political Science, which specializes in social sciences, ranks 34th overall, which is below the 23rd spot held by the University of Tokyo but far above Kyoto University’s rank of 59th.

I believe that I am not alone in thinking that if Japan is serious about getting 10 of its universities into the world’s top 100, it will be far more cost-effective and advantageous to promote, rather than abolish or curtail, education and research in the humanities and social sciences.

Takamitsu Sawa is the president of Shiga University.

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