Nativité, Georges De La Tour, 1644
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«C’est effectivement une erreur commune dans le débat actuel : on invoque la tradition libérale anglo-américaine sans réaliser que la laïcité de l’État en Occident ne sert plus tant à aménager un espace civique neutre, libre de répression et de conflits interconfessionnels, qu’à édifier et défendre un espace public institutionnalisant la sécularisation, c’est-à-dire le «désenchantement du monde », le rejet assumé des superstitions religieuses.»
Hubert Rioux Ouimet, Hitchens appuierait le projet de loi 60, Le Devoir 14/12/13
L’opposition à la Charte affirmant les valeurs de laïcité et de neutralité religieuse de l’État s’appuie principalement sur l’idée d’une «laïcité ouverte», idée en vertu de laquelle l’État aurait l’obligation de s’adapter à la pluralité religieuse. Selon cette manière de voir, la neutralité dont l’État doit faire preuve signifie qu’il doit traiter de façon égale toutes les religions et n’en favoriser aucune. Mais comment rendre manifeste cette neutralité? Pour les tenants de la «laïcité ouverte» l’État n’a pas à juger de la valeur des valeurs religieuses, il doit plutôt s’ouvrir indistinctement à toutes les religions et, dans la mesure du raisonnable, entériner tous les préceptes religieux. De là il s’ensuit que l’État n’aurait pas le droit d’interdire aux employés de la fonction publique le port de signes religieux ostentatoires, pourtant pas très neutres en leur principe même. Mais pour l’auteur du texte qui suit, cette conception de la laïcité dite «ouverte» a quelque chose d’anachronique en ce sens qu’elle fait abstraction des processus historiques qui ont façonné les sociétés occidentales. Le discours critique initié par la Modernité et le «processus rationnel de sécularisation» qui en résulte ont contribué au fil des trois derniers siècles à faire reculer l’influence de la religion et, généralement, à ce déclin du religieux on associe des gains importants au niveau politique, scientifique, artistique, sans parler de la libéralisation des moeurs. Dans un tel contexte, la neutralité religieuse de l’État n’est pas requise pour garantir l’égalité des religions entre elles et en assurer la présence égale dans la fonction publique, elle s’impose plutôt pour refléter le niveau de sécularisation de la société dans laquelle nous vivons, ce qui implique «le rejet assumé des superstitions religieuses».
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La liberté de religion n’a plus les mêmes implications qu’aux XVIIIe et XIXe siècles
« Mais nous croyons en la religion… du moins pour les autres. » – Hitchens
Le 15 décembre marquait le second anniversaire de la mort du philosophe, journaliste et essayiste britanno-américain Christopher Hitchens. Cet anniversaire appelle une reconsidération du débat sur le projet de loi 60, d’un angle n’ayant guère été adopté jusqu’ici. L’antithéisme, dont Hitchens consacra la dernière portion de sa vie à expliciter les principes, est une posture selon laquelle les aspects vicieux et liberticides du théisme, soit de la superstition religieuse, surpassent en importance les effets bienfaisants du pluralisme religieux et/ou de la « laïcité ouverte ». Les religions et leur influence socioculturelle devraient donc être confrontées, et non pas seulement tolérées, leur inoffensivité ayant lieu d’être mise en question.
Cela n’implique pas une opposition à la liberté de religion per se, mais une reconnaissance du fait que, autres temps autres enjeux, cette liberté n’a pas ni ne doit avoir les mêmes significations et implications aujourd’hui qu’aux XVIIIe et XIXe siècles. C’est effectivement une erreur commune dans le débat actuel : on invoque la tradition libérale anglo-américaine sans réaliser que la laïcité de l’État en Occident ne sert plus tant à aménager un espace civique neutre, libre de répression et de conflits interconfessionnels, qu’à édifier et défendre un espace public institutionnalisant la sécularisation, c’est-à-dire le « désenchantement du monde », le rejet assumé des superstitions religieuses.
Considérer l’ouverture de la fonction publique à la pluralité religieuse synonyme de neutralité relève d’une conception surannée de la laïcité, aveugle au fait que l’enjeu déterminant de notre époque, pour plusieurs raisons, n’oppose pas les confessions entre elles, mais la religiosité à l’athéisme, ou du moins à l’agnosticisme. C’est d’ailleurs en raison de cette obsolescence que le projet de charte sera contesté et possiblement invalidé juridiquement : nos principes constitutionnels émanent de doctrines libérales datant d’une ère où il apparut désormais nécessaire que l’État ne puisse favoriser une religion au détriment des autres, mais où il n’était pas encore tout à fait envisageable qu’il en refuse toutes les manifestations en son sein, au nom du caractère séculier de ses institutions.
Que celles-ci puissent être laïques, au sens lockéen du terme, en laissant leurs agents « libres » d’afficher leur appartenance religieuse, est un argument valable mais, d’une perspective réellement progressiste, réducteur et conservateur. Il insiste sur l’impératif de neutralité alors que l’État et ses représentants pourraient, symboliquement, incarner aussi cette sécularisation dont l’essor historique est menacé par l’une des véritables tendances réactionnaires de notre époque : la réaffirmation du théisme qui, tant sous ses formes dites modérées que de plus en plus radicales, est contraire à la véritable liberté de conscience et d’expression de tous, celle qui ne se réduit pas à et qu’on confond trop souvent avec la liberté négative de s’imposer à soi-même, sur le plan individuel ou communautaire, un code de vie fondé sur un ensemble de superstitions.
Si nous sommes sérieux, l’adoption d’une telle perspective est d’autant plus indiquée que, alors qu’un consensus s’est établi, au Québec comme ailleurs, autour de la nécessité d’une lutte contre l’intégrisme religieux, ses contours demeurent indistincts. Peut-on juger que la minorité des croyants estimant le port de signes religieux indispensable à son fonctionnement social ne fait pas dans la modération ? Ne fait-il aucun doute, d’après la définition donnée par Bouchard et Taylor eux-mêmes, que la communauté hassidique verse dans l’intégrisme ? Je suis ouvert à ce qu’on me convainque de la négative si on le peut. Je mets donc officiellement, par la présente, tous les intellectuels québécois au défi de définir quelque fondement général permettant de déterminer là où la modération prend fin et où le radicalisme, qu’on dit vouloir combattre, débute.
Pour ces raisons et d’autres, Hitchens appuierait le projet gouvernemental comme il appuya les lois françaises de 2004 et 2010. Les contextes français et québécois divergent, il est vrai. C’est d’ailleurs probablement pourquoi le projet québécois diffère en réconciliant les principes traditionnels de laïcité républicaine et l’idéal de sécularisation : il n’interdit aucun signe religieux dans l’espace public en général et confère aux salariés de l’État plutôt qu’au citoyen lambda ou à l’étudiant la responsabilité d’incarner le caractère séculier de nos institutions publiques. Au regard du monde occidental, comme il l’a fait dans d’autres domaines alors qu’on l’en décourageait, le Québec innoverait en légiférant. Ce n’est assurément pas une raison suffisante pour s’y opposer. Que ce projet rompe avec la conversion civique du nationalisme québécois en serait une. Mais étant donné que cette conversion n’a pu s’accomplir que parallèlement à la sécularisation des moeurs et des institutions qui caractérisera la Révolution tranquille, soit, comme le disait déjà Borduas en 1948, à l’émancipation religieuse du peuple québécois jusque-là « tenu à l’écart de l’évolution universelle de la pensée pleine de risques et de dangers », il apparaît évident que tel n’est pas le cas. C’est même précisément le contraire. Si les souverainistes considèrent donc toujours la majorité référendaire comme une libération collective légitimement applicable à une minorité s’y opposant, ils n’ont pas de raison de refuser d’étendre le même raisonnement à la sécularisation de nos institutions.
Le projet de loi 60 est imparfait et incomplet. Il s’agit néanmoins d’un pas dans la bonne direction. Cette perspective antithéiste est relativement répandue et n’est indiscutablement ni conservatrice ni xénophobe, encore moins raciste. C’est à l’inverse un regard progressiste, séculariste, rationaliste et féministe, au sens noble de tous ces termes. C’est affirmer avec Hitchens que la « dignité humaine ne dérive pas de la religion mais la précède » et lui succédera. Tout au plus est-ce une posture intolérante, en ce que ses tenants ne tolèrent pas que la liberté d’un peuple de se doter d’institutions publiques exemptes de manifestations religieuses soit subordonnée à la liberté, assumée par une poignée, de se croire sincèrement mais non moins superstitieusement tenu à un code vestimentaire permanent.
Hubert Rioux Ouimet – Jeune rebelle, McMaster University
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«Je ne crois pas, Votre Honneur, que la Cour, en m’infligeant une peine pour le délit que j’ai commis, doive caresser l’espoir que cette menace empêche jamais les hommes résolus de faire ce qu’ils estiment être leur devoir.»
Nelson Mandela
Lorsqu’il fut inculpé en 1962 et en 1964, Nelson Mandela s’est défendu lui-même à ses procès. Ses plaidoiries où il attaque la loi au nom de la loi sont dignes de Socrate. On peut lire la retranscription de ses plaidoiries dans ce livre:
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Chez Costco la Bible est vendue comme un ouvrage de fiction. Clairvoyance ou erreur d’entrepôt?
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Quelle place pour les femmes au sein de notre discipline? Pourquoi sont-elles encore sous-représentées?
Nos débats permettront d’éclaircir le rôle spécifique de la philosophie dans notre société. Qui sommes-nous ? Quelle place pour les femmes au sein de notre discipline ? Pourquoi sont-elles encore sous-représentées ? Où sont les philosophes ? Quelles sont leurs tribunes ? Quel rôle jouent-ils dans l’évaluation des politiques publiques, ou encore au sein des comités d’éthique ? La philosophie politique et l’éthique sont-elles les seules avenues possibles pour la contribution des philosophes aux débats de société ? Quelle place accorder à l’épistémologie et à la philosophie des sciences dans l’éducation générale ou dans les controverses sur l’environnement par exemple ?
Table ronde
Une table ronde, qui réunira des responsables des départements des cégeps et des universités, interrogera franchement la place de la philosophie dans la formation des jeunes. Faudrait-il faire plus ? Quels sont les périls possibles ? Quelles sont nos forces et comment mieux défendre notre rôle ? Quelle place pour la recherche au collégial, et inversement, quelle place pour l’enseignement dans un monde universitaire où celui-ci est trop souvent dévalorisé au profit de la recherche ? Un autre atelier nous permettra de comparer notre situation à d’autres endroits du monde, comme la France, où l’enseignement de la philosophie est également obligatoire, et la Grande-Bretagne, où notre discipline a beaucoup souffert de réformes universitaires qui ont mis à mal les sciences humaines en général et la philosophie en particulier. Il nous permettra aussi de connaître la réalité des collèges anglophones, où la philosophie est étroitement associée aux humanités.
Autrefois, l’invention de l’Académie, puis celles du Lycée et de l’École du Portique furent les meilleures réponses de la philosophie à la condamnation à mort de Socrate. Pour le dire autrement, l’institutionnalisation de la philosophie a été la riposte de cette dernière à une tentative en vue de la faire disparaître. D’où l’importance cruciale, pour les philosophes d’aujourd’hui, de réfléchir à leurs institutions, ici comme ailleurs. Dans le sillage des réflexions entamées depuis deux ans sur l’éducation supérieure, l’État des lieux de la philosophie est une rencontre nécessaire : pour comprendre qui nous sommes et, surtout, pour affirmer ce que nous voulons devenir.
Christian Nadeau et Étienne Brassard-Ferron – Coordonnateurs de l’État des lieux de la philosophie, qui aura lieu les 22, 23 et 24 novembre à l’UQAM. Pour toutes les informations: http://elphilo.wordpress.com
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Jean Dion, Le Devoir, 22/11/13
Il est impossible d’oublier la raucité, résultat d’innombrables coups reçus à la gorge, de la voix avec laquelle il invectivait ses adversaires ou livrait des publicités télévisées — « ça prend pas un dictionnaire pour comprendre ça » —, ni la fougue et la brutalité à la limite du fair-play qu’il déployait dans l’arène. Maurice « Mad Dog » Vachon, l’une des figures emblématiques de la lutte professionnelle non seulement au Québec mais à travers l’Amérique du Nord et le monde, a subi son dernier compte de trois tôt jeudi matin à son domicile d’Omaha, au Nebraska, où il résidait depuis la fin de sa carrière en 1986. Il s’est éteint à l’âge de 84 ans.
Alors que ceux qui l’ont connu évoquaient un homme au grand coeur qui était dans la vie de tous les jours l’exact opposé du « chien enragé » qu’il incarnait entre les câbles — un surnom qui lui avait été attribué par le promoteur Don Owen après une prestation particulièrement mouvementée en Oregon au début des années 1960 —, des réactions au décès sont venues d’un peu partout. WWE, au Temple de la renommée duquel Vachon a été intronisé en 2010, a dit qu’« il laisse un héritage inestimable », tandis que l’entraîneur-chef du Canadien de Montréal, Michel Therrien, s’est rappelé les dimanches matin où il regardait la lutte à la télévision avec son père. « Le Québec vient de perdre une icône, a-t-il commenté. On ne veut pas voir disparaître ces gens-là. Il fait partie du patrimoine québécois, c’est sûr. »
Le grand Yvon Robert
Deuxième d’une famille de 13 enfants, Maurice Vachon naît à Montréal le 14 septembre 1929. Il grandit dans le quartier Ville-Émard, ce qui l’amène à fréquenter les galas de lutte au Forum situé non loin, où il se rend applaudir les exploits de son idole, le grand Yvon Robert. Dans un documentaire signé Yves Thériault paru en 2009, il raconte que le jeune Maurice détestait l’école et préférait voyager en pensée à l’aide de sa collection de timbres-poste. Son père Ferdinand, un policier, lui aurait alors dit : « Apprends à lutter et tu vas faire le tour du monde. » Le conseil ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd et il se met à la pratique du sport en tant qu’amateur, en compagnie de deux de ses frères, dès l’âge de 12 ans.
Il démontre suffisamment de talent pour obtenir une participation aux Jeux olympiques de 1948 à Londres, où il décroche la 7e place chez les poids moyens en lutte gréco-romaine ; c’est là qu’il fait la rencontre de l’Américain Verne Gagne, qu’il recroisera fréquemment durant sa carrière à la fois en tant que rival, promoteur et plus tard improbable coéquipier. Deux ans après, on retrouve Vachon aux Jeux de l’Empire (ancien nom des Jeux du Commonwealth) à Auckland, en Nouvelle-Zélande ; cette fois, il remporte la médaille d’or.
Après avoir été videur dans une boîte de nuit de Montréal, Vachon décide de se mettre à la lutte professionnelle en 1954. Les premières années sont difficiles, car la lutte montréalaise est à l’époque étroitement contrôlée par le promoteur Eddie Quinn, dont le bijou est Yvon Robert, qui ne tient pas nécessairement à partager l’affiche avec de jeunes loups du coin. Vachon est dès lors contraint de s’expatrier et il se produit un peu partout au Canada et aux États-Unis, souvent avec son frère Paul, de huit ans son cadet et qui lui acquerra le doux sobriquet de « The Butcher ». Au fil du temps, il développe une réputation de « méchant », qu’il entretiendra savamment avec son crâne rasé, sa forte barbe noire, son torse très velu et sa propension à s’adresser directement à la caméra pour interpeller ses ennemis, une façon de faire que quantité de lutteurs imiteront par la suite.
Dans les années 1960, Vachon remporte cinq fois le titre des lourds de l’American Wrestling Association dirigée par Verne Gagne. Fait cocasse : on le présente de temps à autre comme originaire de… l’Algérie, la lutte professionnelle affectionnant l’exotisme.
Rentré à Montréal en 1967, « Mad Dog » Vachon poursuit sa carrière en se joignant au groupe Lutte Grand Prix puis, dans ses dernières années, en combattant au sein de l’AWA et de la WWF. En plus de 40 années de carrière, il estime avoir livré plus de 13 000 combats, seul ou avec Paul, en Amérique du Nord, en Europe et jusqu’au Japon. Il dira avoir mené une vie de « bête de cirque ambulant ».
Une tragédie
Dans les mois suivant sa retraite, une tragédie survient : renversé par une voiture alors qu’il fait du jogging, il doit être amputé d’une partie de la jambe droite. Cette mésaventure ne lui enlèvera cependant pas son sens du spectacle : en 1996, lors d’un gala de la WWF présenté à Omaha auquel il assiste depuis la première rangée des gradins, il se fait agresser et arracher sa prothèse par le lutteur Diesel, qui finira par perdre son combat en étant assommé par ladite prothèse subtilisée par son rival Shawn Michaels.
Il n’était peut-être pas le plus costaud des combattants, mais personne ne pourra soutenir que « Mad Dog » Vachon manquait de coeur au ventre. C’est sans doute Raymond Rougeau qui, dans le documentaire d’Yves Thériault, a le mieux résumé l’homme : « L’important, ce n’est pas la grosseur du chien dans la bataille, mais la grosseur de la bataille dans le chien. »
Et ému devant l’intense affection du public, il répétera jusqu’à la fin qu’il a passé sa carrière à essayer de se faire haïr, et qu’il a de toute évidence manqué son coup…
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Un jugement de cour, à Tunis en mai dernier, en faveur d’un directeur d’établissement (l’université La Manouba) qui avait été soumis à un véritable siège — et à des agressions physiques — par des militants islamistes pour autoriser le voile intégral lors des examens, a été de facto annulé, au cours de l’été. Une ordonnance ministérielle laisse les établissements libres de décider, plutôt que d’interdire le voile intégral.
Dans cette affaire, la « liberté de choix » était et reste un élément fondamental de l’argumentaire des partisans du voile pour les femmes.
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Même en Grande-Bretagne, pays par excellence du multiculturalisme, du laisser-faire et du pragmatisme british, supposés moralement supérieurs, la question fait irruption à la une des médias depuis quelques mois, à la suite de diverses affaires.
En septembre, devant un tribunal de Londres, une jeune femme a voulu témoigner entièrement couverte de son niqab… avant de se voir forcée de dévoiler au moins son visage devant le juge. Le juge qui a ensuite déclaré aux médias : « Il faut absolument que les législateurs se penchent sur cette question. »
(La semaine dernière, commentant l’affaire, un ministre sans portefeuille du gouvernement Cameron abondait dans le même sens que le juge, affirmant que cette tenue était incompatible avec l’administration de la justice.)
Dans certaines free schools, peu contrôlées par les pouvoirs publics et parfois sous la coupe d’islamistes, on rapporte des histoires de discriminations garçons-filles. D’autres écoles pensent, elles, à prohiber le voile intégral, qui à leurs étudiantes, qui à leurs enseignantes, devant un phénomène perçu comme croissant. À tel point que, selon un sondage publié fin septembre par le Times de Londres, pas moins de 66 % des Britanniques seraient aujourd’hui en faveur d’une loi pour interdire le voile intégral en public.
By Jove ! On aurait cru une telle « horreur législative » aux antipodes de la pensée british, et exclusive aux pauvres Français, Belges ou autres latins de mentalité républicaine. Mais non ! Et lorsque le premier ministre, David Cameron, a été interrogé sur toutes ces affaires, il s’est certes dit hostile à une législation sur le voile à l’école ou dans la rue… mais en ajoutant que les institutions ont parfaitement le droit d’imposer des uniformes. Et qu’il pourrait, lui, envoyer sa fille dans une institution où l’on aurait proscrit le niqab.
À l’âge des migrations mondiales et de Twitter, la question du voile divise et interpelle. Elle se pose un peu partout, à des degrés divers, dans des lieux immensément différents, sous des régimes autoritaires ou démocratiques. Mener ce débat chez soi, c’est aussi répondre à un écho dont les réverbérations traversent toutes les frontières.
Conférence-midi de l’historien de Ubisoft Montréal, Maxime Durand. Il va notamment parler de sa formation en histoire et de son travail dans le monde du jeu vidéo, notamment celui de Assassin’s Creed. Cela se passe au Salon des Sciences humaines dans le pavillon Triest-R niveau sous-sol, le mercredi 13 novembe 2013 à 12h10. Bienvenue à tous!
https://www.facebook.com/events/184034475121949/
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«N’entendons-nous rien encore du bruit des fossoyeurs qui enterrent Dieu ? Ne sentons-nous rien encore de la décomposition divine ? — les dieux, eux aussi, se décomposent ! Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c’est nous qui l’avons tué ! Comment nous consolerons-nous, nous, les meurtriers des meurtriers ?»
Nietzsche, Le Gai Savoir, #125
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Isabelle Paré, Le Devoir, 31/10/13
Le « féminisme islamique » est une pure création de l’Occident, affirme la féministe algérienne Wassyla Tamzali. L’auteure de Burqa? s’inquiète de ce que le Québec se dirige vers « la voie du milieu » pour son projet de charte de la laïcité, toute dilution du concept ouvrant la porte « au fanatisme religieux ».
De passage à Montréal, où elle prononcera jeudi et vendredi deux conférences dans le cadre du Festival du monde arabe, Wassyla Tamzali ajoute sa voix vibrante à celles d’autres féministes musulmanes qui affirment que la laïcité « ouverte » donne actuellement lieu à un glissement idéologique sacrifiant les droits fondamentaux des femmes au nom de la tolérance religieuse.
L’ex-directrice du programme de l’UNESCO pour les droits des femmes déplore la solution de « compromis » vers laquelle semble se diriger la charte en devenir du gouvernement du Parti québécois. « En tant qu’intellectuelle, ça me tue que pour des questions aussi fondamentales que les droits des femmes, on prenne la voie du milieu. Sur une loi tellement importante, on ne peut dire : ça sera permis, dans telles ou telles conditions. On ouvre la porte toute grande au fanatisme religieux. Il faudrait qu’on sente l’ambition politique derrière cette charte », insiste l’auteure féministe.
Comme elle l’a martelé lors du débat similaire qui a secoué la France, Mme Tamzali rappelle que la laïcité ne vise ni à « rassembler les religions » ni à « maintenir la paix sociale » comme l’invoquent plusieurs politiciens. La laïcité garantit à tous la pleine liberté de conscience – une notion contraire à l’islam – et à libérer l’État de l’emprise du religieux, dit-elle.
Or, par crainte d’être taxés d’islamophobes ou par culpabilité à l’égard d’anciens colonisés, certains intellectuels mêlent tout. « Si être religieux, c’est pouvoir faire n’importe quoi, aucune loi ou charte ne peut tenir. Toutes les lois et les libertés ont des limites. Quand une femme dit que sa religion l’oblige à se couvrir, de quoi parle-t-on ? Le port du voile n’est pas un choix, mais un consentement à vivre une ségrégation sexuelle », dit-elle.La loi française interdisant la burqa, précédée et basée sur de profondes analyses théologiques et légales, a démontré la notion beaucoup plus culturelle que religieuse du voile et de la burqa, ajoute-t-elle.
La tolérance religieuse des féministes occidentales face au voile, déplore Tamzali, cache une vision « ethniciste » de la réalité qui permet aux féministes de trouver acceptable pour des femmes d’autres pays ce qu’elles refuseraient pour elles-mêmes. « L’islam est le trou noir de la pensée occidentale. On ne connaît pas l’islam. Il y a une faiblesse dans le discours parce qu’on a peur de stigmatiser l’islam. D’où le féministe islamique, qui est une création de l’Occident. L’islam ne libère pas les femmes, il les remet à leur place, les soumet à la charia », dit-elle, déplorant que le discours des salafistes et des wahhabites occupe maintenant tout le champ de l’islam.
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Normand Baillargeon, Voir, 16/10/13
Le fameux bout de tissu prend énormément de place dans le débat sur la laïcité – je n’arrive toujours pas à dire «la Charte des valeurs québécoises»…
De tristes crétins – qui n’ont toujours pas compris qu’il n’est pas question, ici, du port du voile ou de n’importe quel autre signe religieux dans la sphère privée ou sur la place publique, mais seulement de leur port par des employés de l’État quand ils et elles sont en fonction – s’en prennent, verbalement ou pire, à des croyantes et à des croyants.
Disons-leur leur infinie bêtise et revenons au vrai sujet.
On a récemment beaucoup fait valoir que c’est librement que des femmes portent le voile et il n’y a, bien entendu, aucune raison de remettre cela en question. Il ne s’ensuit toutefois pas qu’on devrait en autoriser le port pour les fonctionnaires. Ici, il y a un vrai débat. À l’heure actuelle, il ne semble plus concerner que l’extension de cet interdit, la plupart des gens convenant qu’il doit s’appliquer aux fonctionnaires qui incarnent l’autorité régalienne de l’État (juges ou policiers, par exemple).
Pour les autres (enseignantes et éducatrices, notamment), de bons arguments sont avancés de part et d’autre. Je penche vers l’interdiction, comme je l’ai déjà dit, en particulier parce qu’enseignantes et éducatrices sont en situation d’autorité, cette autorité étant celle de la formation des citoyennes et des citoyens. Mais on peut en discuter.
Je trouve cependant qu’on s’interdit beaucoup, dans ce débat, de rappeler que toutes les religions sont d’un sexisme si affolant qu’il invite à penser que Dieu, s’il existe (ou du moins un de ces innombrables dieux au nom desquels l’humanité n’a cessé de se déchirer), est un sacré misogyne. Et je soupçonne que les crétins susnommés sont pour quelque chose dans cet interdit, qui fait craindre d’être assimilé à eux.
Pourtant, si, au nom de la tolérance, il faut respecter le choix fait sans contrainte d’adhérer à une religion – et le cas échant de porter le voile –, au nom de la même tolérance, les incroyants doivent pouvoir librement rappeler, sans être taxés de racisme ou d’islamophobie, ce que les grandes religions disent des femmes, et qui est souvent si horrible. Et ils doivent ensuite pouvoir demander aux croyantes et croyants si elles sont au courant de tout cela et, dans l’affirmative, ce qu’ils et elles en pensent.
Le cas du catholicisme est connu: l’interdiction de l’avortement, l’accouchement dans la douleur, l’impossibilité d’accéder à la prêtrise, entre autres, signent la subordination des femmes.
L’Église mormone est ouvertement patriarcale et on y pratique encore la polygamie. L’Église baptiste sudiste, elle, prône et pratique un «complémentarisme» qui confine la femme au foyer et en position de subordonnée à son mari.
Pour ce qui est du judaïsme, le Talmud est clair: «Mieux vaut brûler la Torah que la confier à une femme.» Chaque matin, l’homme remercie par prière rituelle de ne pas avoir été fait femme. Et je ne parle même pas du statut de la femme dans le judaïsme ultra-orthodoxe (haredim).
Dans le bouddhisme theravada, l’homme peut être illuminé (sic!) en accédant au statut de moine, mais pas la femme.
Dans certaines interprétations de l’hindouisme, une veuve devrait s’immoler lors des funérailles de son mari. À défaut, la tradition des Satis ne permet pas à une veuve de bien s’alimenter, de porter de bons vêtements ou de dormir dans un lit.
Au Ghana, au nom de croyances religieuses, de très nombreuses femmes, certaines très jeunes, sont aujourd’hui encore tuées parce qu’elles sont présumées être des sorcières.
Mais la palme de la misogynie pourrait bien revenir à l’islam, avec ses crimes d’honneur, ses mutilations génitales, ses mariages forcés, sa polygamie, ses mariages de toutes petites filles, son contrôle obsessionnel de la sexualité des femmes, ses extraordinaires restrictions à la liberté, son code vestimentaire issu du Moyen-Âge et son machisme terrifiant. Le Coran est clair: «Les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs qu’Allah accorde à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des dépenses qu’ils font de leurs biens. Les femmes vertueuses sont obéissantes (à leurs maris), et protègent ce qui doit être protégé, pendant l’absence de leurs époux, avec la protection d’Allah. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d’elles dans leurs lits et frappez-les.» (Le Coran, 4:34).
Et si Dieu ne hait pas les femmes pour la bonne raison qu’il n’existe pas, voilà en tout cas des exemples de ce que signifie vivre sa vie en se fondant sur des préceptes adoptés par des paysans et des gardiens de troupeaux illettrés ayant vécu il y a des siècles et des siècles, amen.
On devrait pouvoir mettre tout cela dans la conversation démocratique et dire qu’on trouve ces idées absurdes, dangereuses et rétrogrades, sans être taxé de racisme ou d’islamophobie. Et on devrait pouvoir demander aux femmes croyantes, et parfois voilées, ce qu’elles en pensent.
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En 2008, le pape Benoît XVI était venu prononcer un important discours au Collège des Bernardins à Paris. Il avait brillamment fait l’exégèse de la « laïcité positive ». Un concept que le président Sarkozy avait aussitôt repris pour le qualifier de « laïcité ouverte ». Les tenants de celle-ci ne le savent probablement pas, mais ils reprennent presque mot pour mot le discours du Vatican.
Avec tout le respect que mérite cette opinion, il importe de savoir que les arguments de ceux qui la critiquent ne se résument pas à plus ou moins de tolérance ou de rigidité, comme le prétend Jean Dorion dans le livre bâclé qu’il vient de publier sur le sujet (Inclure, quelle laïcité pour le Québec ?).
Cela est évident dès qu’on aborde la question de l’école. Parlant de laïcité, l’école est loin d’être un lieu ordinaire. On pourrait même dire qu’elle en est le coeur. En France, l’école laïque apparaît 23 ans avant la séparation définitive de l’Église et de l’État (1905). Elle est aussi fondatrice de la laïcité américaine.
Pourquoi elle ? Parce que, dans l’esprit des Lumières qui a inspiré les sociétés démocratiques, on ne naît pas citoyen, on le devient. Or l’école est justement le mécanisme essentiel qu’ont imaginé les nations modernes pour fabriquer des citoyens libres.
Si l’école est le lieu où l’on apprend à penser par soi-même, comment imaginer qu’un professeur ose s’y présenter voilé, portant une kippa, un béret blanc, un carré rouge ou affichant quelque idéologie que ce soit ? Dans l’antre du savoir, il ne saurait y avoir d’a priori, pas même celui de la raison lorsque celle-ci s’érige en dieu. Or, qu’est-ce qu’une kippa, un turban et un voile sinon une adhésion a priori à une vérité révélée et, en ce qui concerne ce dernier, l’affirmation radicale d’une distinction ontologique entre les sexes ?
Dans la lettre qu’ils avaient adressée à Lionel Jospin en 2004 lors du débat sur le voile à l’école, des intellectuels français affirmaient ce qui suit : « Le droit à la différence qui vous est si cher n’est une liberté que si elle est assortie du droit d’être différent de sa différence. Dans le cas contraire, c’est un piège, voire un esclavage. » À moins évidemment de considérer l’école comme un simple supermarché des idéologies.
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Un supermarché des religions, n’est-ce pas ce à quoi ressemble parfois l’oncle Sam, à qui il arrive trop souvent de renier l’esprit de ses pères ? Pourtant, ce pays fut avec la France un précurseur en matière de laïcité. Contrairement à celles du Canada, ni sa constitution ni sa déclaration des droits ne font référence à Dieu. Pour Jefferson, il fallait ériger un « mur de séparation » entre l’État et les Églises. Ce mur existe toujours, mais il se lézarde parfois. Comment en effet expliquer que les dirigeants d’un État laïque fassent si souvent appel à Dieu ?
Sous l’influence de lobbies religieux, mais aussi d’une bonne conscience libérale, l’État américain semble avoir épousé avec les années une forme de déisme, cette vague croyance dans un dieu qui ne serait ni chrétien, ni juif, ni musulman. C’est pourquoi, dans les années 50 (à la même époque où Duplessis accroche le crucifix au parlement, le Congrès a réintroduit Dieu dans le serment au drapeau (« One nation under God ») et la devise officielle du pays (« In God we trust »). Ce dieu générique est le même que prient le maire Tremblay à Saguenay et les députés des Communes à chaque début de session.
Cette « laïcité à l’américaine », tant vantée par Jean Dorion dans son livre, rassemble donc tout le monde… sauf évidemment les non-croyants ! Une enquête réalisée en 2006 par l’Université du Minnesota révélait d’ailleurs que ni les musulmans, ni les immigrants, ni les homosexuels n’inquiétaient autant les Américains que les athées et les agnostiques. On comprend dès lors pourquoi cette laïcité, d’ailleurs teintée de puritanisme, fait tant l’affaire des intégristes. Et pourquoi Barack Obama est allé reprocher à la France d’avoir interdit le voile islamique à l’école.
Malgré des positions contradictoires parmi les juges de la Cour suprême, les États-Unis en sont venus avec les années à faire de la liberté religieuse « the first freedom », à savoir « une liberté supérieure à toutes les autres », explique la spécialiste française Blandine Chenili-Pont, de l’Institut européen en science des religions. En 2006, sous prétexte d’accommodement, les juges sont allés jusqu’à accepter l’utilisation de drogues illégales (y compris par les enfants) lors d’une liturgie organisée par une secte d’origine brésilienne. Cette vision rejoint celle d’un intellectuel comme Charles Taylor, qui avait accueilli favorablement le rapport Boyd proposant la création en Ontario de tribunaux de conciliation familiale fondés sur la charia.
Au fond, la distance n’est pas si grande entre Charles Taylor et Jean Tremblay. Pour eux, pas question que l’État s’élève au-dessus des religions et des « communautés », créant ainsi un lien entre des citoyens libres de leurs appartenances. La véritable liberté religieuse est pourtant à ce prix. Nombre de croyants l’ont d’ailleurs compris.
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BLx