Tuerie à l’École Polytechnique de Montréal
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La Grande-Bretagne n’a pas lésiné afin d’écraser la rébellion patriote. Dès qu’on découvre que Louis-Joseph Papineau a trouvé refuge dans le petit village de Saint-Denis-sur-Richelieu, l’armée anglaise mobilise pas moins de 300 soldats pour « accompagner » les juges de paix chargés d’arrêter le chef patriote.
Parti de Montréal le 22 novembre, le lieutenant-colonel Charles Stephen Gore apprend à Sorel que des villageois s’apprêtent à lui barrer la route à Saint-Denis. Il déploie alors ses troupes et donne l’ordre de marcher toute la nuit. L’armée arrive aux portes de Saint-Denis le matin suivant, trempée et épuisée par une marche forcée sous une pluie glaciale. De leur côté, les patriotes de Saint-Denis sont sur le qui-vive ; les quelque 200 résistants mal armés reçoivent constamment des renforts, si bien que le nombre de défenseurs s’accroît tout au long de la journée. À leur tête, le grand Wolfred Nelson se veut rassurant : « Soyez tranquilles, il y en aura de tués, et vous prendrez leurs fusils. »
Retranchés dans une imposante maison en maçonnerie ainsi qu’à la distillerie appartenant au docteur Nelson, les patriotes ouvrent un feu nourri d’une grande précision. Devant ce tir plongeant, l’infanterie de Gore est impuissante. Impuissante aussi est son artillerie contre les robustes murs de la Maison Saint-Germain, transformée en forteresse par les patriotes – sauf pourtant le premier boulet, qui pénètre par une fenêtre, tuant d’une traite trois défenseurs.
Vers 13 heures, l’arrivée de renforts des villages de Saint-Antoine, Contrecoeur, Saint-Ours et Verchères galvanise le moral des défenseurs qui passent… à l’offensive ! On lance alors la « compagnie des bâtons de clôture », qui, armée de piquets semblant être des mousquets, surgissant de la forêt, sus à l’ennemi. L’audacieuse tactique provoque la panique chez les Britanniques, qui croient se trouver en face d’une troupe bien armée. Après sept heures de combat, Gore décide de se replier, abandonnant armes et bagages aux patriotes restés maîtres des lieux.
La victoire de Saint-Denis est d’une ampleur historique. Tout au plus, les patriotes avaient cherché, par leur défense héroïque, à protéger leur vie et à couvrir le départ de Papineau. Ce succès inouï leur impose cependant d’aller jusqu’au bout de leur engagement, face à une armée anglaise désormais déterminée à écraser toute résistance.
Le « loup rouge » Wolfred Nelson
Anglophone originaire de Sorel, Wolfred Nelson écrit lui-même […] : « Dans ma jeunesse, j’étais un ardent tory et j’étais porté à détester tout ce qui était catholique et canadien-français, mais une connaissance plus intime de ces gens changea mes vues. » Nelson devient alors à Saint-Denis le « loup rouge » : un chef inspirant, enraciné dans la communauté francophone de Saint-Denis, où il est médecin et entrepreneur. À 29 ans, il épouse Charlotte-Josephte Noyelle de Fleurimont, qui est issue d’une famille seigneuriale et catholique. Nelson est alors mêlé à une foule d’activités dans sa communauté, où il jouit d’un grand respect. Nelson se lance en politique en 1827 pour dénoncer l’attitude du gouvernement anglais. La mort de son ami Louis Marcoux, impunément assassiné à Sorel en novembre 1834, sonne le signal de son engagement total derrière la cause patriote. Il préside ensuite l’assemblée patriote des Six Comtés, où il lance un appel aux armes. Après la défaite à Saint-Charles, Nelson compte se réfugier aux États-Unis, mais il est capturé près du mont Orford, emprisonné à Montréal puis exilé aux Bermudes avec sept de ses compagnons. Revenu en 1842, il mène encore une grande carrière politique, élu deux fois maire de Montréal, puis nommé… inspecteur aux prisons ! Mort en 1871, le corps de Wolfred Nelson est inhumé au cimetière anglican de Sorel. Sur sa tombe, on peut encore lire : « Ici repose la plus noble réalisation de Dieu, un honnête homme. »
Extrait de Légendes d’un peuple, tome I de Alexandre Belliard et Gilles Laporte (éditions Gavroche, Ulverton). Lancement public des tomes I et II, ce soir 19 h à la Maison Ludger-Duvernay.
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Le Centre de design de l’UQAM présente Création en temps de crise sociale, une exposition rétrospective du travail de l’École de la Montagne Rouge dont le commissariat est assuré par Frédéric Metz, designer et professeur honoraire de l’École de design de l’UQAM. L’exposition permettra d’apprécier le travail de ce collectif, concepteur d’affiches et de slogans devenus emblématiques de la lutte contre la hausse des frais de scolarité de 2012. Vous pourrez constater comment ce regroupement de créateurs, principalement issus du baccalauréat en design graphique de l’UQAM, a su canaliser son engagement et donner une image au Printemps érable. La suite
http://ecolemontagnerouge.com/
Archives: http://ecolemontagnerouge.tumblr.com/
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Une exposition de BAnQ raconte Raymond Klibansky (1905-2005), titan moral et intellectuel
Stéphane Baillargeon, Le Devoir, 16/11/12
Au milieu des quelque 200 documents assemblés par la Grande Bibliothèque du Québec (GBQ) pour présenter la vie et l’œuvre exceptionnelles du philosophe Raymond Klibansky, mort à tout près de cent ans à Montréal en 2005, à côté des livres de Platon, Nicolas de Cues ou John Locke, donc, il y a deux lettres d’une correspondance avec Albert Einstein. Un autre homme phare du XXe siècle, un autre juif allemand forcé à l’exil par l’arrivée au pouvoir des nazis.
Raymond Klibansky (1905-2005) – La bibliothèque d’un philosophe
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Lire aussi l’excellent article de Stéphane Baillargeon paru dans Le Devoir lors de la mort de Raymond Klibansky en 2005: Mort d’un géant.
Enfin, cette très belle entrevue donnée par Klibansky quelques années avant sa mort, il y est question de textes anciens, de philosophie et de mélancolie:
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«René», Sérigraphies, Collectif Histoire et Civilisation, février 2012
Des étudiants en Histoire et civilisation, en compagnie de leur professeur Philippe Bouchard, ont accepté, «à chaud et sans préparation», de parler de René Lévesque pour «Dimanche Magazine». L’évocation qu’ils ont faite du grand homme nous rend pas mal fiers…
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La pendaison des patriotes, dessin d’Henri Julien
L’enseignement de l’histoire au secondaire a fait l’objet ces dernières années d’une réforme qui semblait prometteuse, ne serait-ce que parce que le nombre d’heures devant y être consacré augmentait considérablement. Mais en raison de la torsion opérée par cette réforme, notamment sur la façon de concevoir l’histoire dans sa dimension nationale, de nombreuses critiques n’ont cessé de surgir pour en contester l’orientation dite «postnationale» et pour réclamer, sinon son abolition, mais au moins sa révision profonde. La plus récente de ces critiques vient de la Coalition pour l’histoire qui, dans une étude intitulée «Une histoire javellisée au service du présent», fait état des résultats d’une enquête menée auprès de professeurs d’histoire au secondaire et de laquelle il ressort qu’en majorité ces enseignants plaident pour un retour de la dimension nationale et politique dans l’enseignement de l’histoire du Québec:
«Le jugeant trop frileux et trop axé sur le présent, près des deux tiers (63 %) des enseignants souhaitent que soit révisé le programme d’histoire de 3e et 4e secondaire pour rendre plus visibles les questions politiques et nationale. «Pour tout dire, avec cette nouvelle conception de l’enseignement de l’histoire qui prône exagérément le pluralisme culturel de la société québécoise, on a pratiquement fait disparaître […] le concept de nation québécoise au profit du concept de société», lit-on dans le rapport d’enquête.» Le Devoir, 1/03/12
Cela peut sembler étrange en effet que l’histoire du Québec, ou que l’histoire de n’importe quel pays, ne soit pas d’emblée comprise comme «histoire nationale». Le fait de préférer ici le concept de société à celui de nation témoigne manifestement d’un certain parti-pris pour le multiculturalisme à la canadienne qui, sous les auspices bienveillants de l’ouverture à l’autre, détourne l’histoire de son objet, le passé, pour en oblitérer les luttes et les conflits, afin d’administrer un présent sans mémoire, la coquille vide d’une citoyenneté sans attache. Sous prétexte que la diversité actuelle de la société québécoise ne justifiait plus que l’on ressasse l’histoire de ce «nous» qui, bien que majoritaire, ne représenterait après tout que l’une des communautés culturelles du Québec actuel, le programme scolaire d’«histoire nationale» est devenu le programme «histoire et éducation à la citoyenneté». Il est difficile de croire que l’oubli de soi puisse jamais être pour un peuple une vertu, fut-elle citoyenne, et surtout pour un peuple dont la devise est «Je me souviens». Mais le plus inquiétant dans tout cela n’est-ce pas le consentement donné par le ministère de l’éducation à un tel enseignement de l’histoire? En fait, la dimension politique n’a nullement été évacuée de l’enseignement de l’histoire du Québec au secondaire, bien au contraire l’évacuation de la dimension nationale est de part en part politique: l’antagonisme originaire et constitutif de l’histoire du Québec, à savoir le conflit entre les Anglais et les Français, doit être oublié; de la Conquête à l’Acte d’union, de la Révolte des Patriotes à la Confédération, du référendum de 1980 au rapatriement de la constitution, de l’échec des Accord du Lac Meech au référendum de 1995, tout cela il faut l’oublier. En s’inspirant d’un proverbe provençal qui dit: «Ne parlons pas de ce qui fâche, parlons de rien!», il suffirait d’ajouter: «Ne parlons pas de nation, parlons de citoyenneté!»
Mais de cette réforme politique de l’enseignement de l’histoire nationale au secondaire, on ne sait encore rien, si on n’en connaît pas les fondements théoriques. Car il y a une éminence grise derrière tout ce travail de sape, l’historien Jocelyn Létourneau. Tout ceux qui s’intéressent à la question du destin politique du Québec liront avec grand intérêt le texte de Charles Courtois, Examen d’un programme d’histoire postnationaliste qui présente de façon détaillée et très critique la pensée de Létourneau. On lira aussi avec profit le texte d’Yvan Lamonde, Réplique à l’ouvrage de Jocelyn Létourneau, Ce que veulent les Québécois… vraiment?
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