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« Le crayon est plus puissant que le clavier »

Bannir l’ordinateur des classes

Il faut vivre sous une cloche ou être un amish coincé entre un cheval, une lampe à huile et l’année 1712 — celle de l’édit d’expulsion de France de ce groupe religieux anabaptiste par Louis XIV — pour ne pas s’en être rendu compte : tablette, ordinateur portable, téléphone dit intelligent ont placé l’humanité, depuis quelques années, devant de nouveaux possibles, oui ! Des beaux, des gros, des chics, mais avec l’un qui est sans doute un plus perceptible que les autres : la distraction.

Expérimentez-le pour voir, en cherchant à lire un texte long sur une tablette, avec, pas très loin, un compte Twitter ouvert, une page Facebook qui interpelle, des alertes de son média préféré, l’annonce de la naissance d’un nouveau monstre dans le jeu de monstre de ses enfants, et une soudaine envie de consulter la météo ou d’aller voir si quelqu’un a « aimé » la nouvelle photo de son profil.

Environnement loufoque ? Sans l’ombre d’un doute. Et du coup, plusieurs enseignants se demandent, avec une voix un peu plus forte que par le passé, dirait-on, si cet univers hyperconnecté, dans sa forme distractive, mérite bel et bien d’être amené et/ou cultivé dans les écoles et universités. Dans les pages du magazine TheNew Yorker, un prof, Dan Rockmore, se posait la question il y a quelques semaines en invitant même les siens à un peu plus d’esprit critique et de scepticisme devant la présence d’ordinateurs portables devant les élèves dans les salles de cours. L’homme évoquait d’ailleurs un débat lancé le printemps dernier par l’un de ses collègues, enseignant dans un département d’informatique, et qui, pour mener convenablement sa mission d’enseignement et transmission de connaissance, a décidé d’interdire purement et simplement l’usage de portables pendant ses cours, après y avoir succombé, comme bien d’autres, avec ouverture d’esprit, curiosité et l’impression de bien faire pour être en harmonie avec son temps.

Audacieux ? Plutôt, même si cette résistance à la pression du présent, aux sirènes de la modernité, et à ces courants de mode portés par des gourous souvent intéressés, trouve facilement sa justification dans la science. Celle qui se partage encore très bien sur du papier et s’enseigne encore très bien dans des amphithéâtres.

Prenez cette étude de la Cornell University, pilotée par Helene Hembrooke et Geri Gay, qui, en 2003, a mesuré les capacités d’apprentissage de deux groupes. L’un allait en cours avec un ordinateur portable. L’autre n’en avait pas. Le but était de voir comment le sacro-saint principe du multitâche transformait les environnements d’enseignement.

Résultat : les élèves déconnectés de l’écran l’étaient beaucoup moins de la matière enseignée et l’ont même démontré en obtenant de bien meilleures notes que les autres lors d’un examen-surprise. Notons qu’à l’époque, Facebook, et ses sources de distraction en milieu scolaire, n’avait même pas encore été inventé.

Plus près de nous, dans une étude intitulée « Le crayon est plus puissant que le clavier », deux profs de psychologie de l’université de Princeton et de l’Université de Californie — un État américain où le clavier est aussi répandu dans la population locale que les faux seins dérivés du silicium — ont mis en lumière un drôle de paradoxe. Les élèves qui prennent des notes de cours avec l’aide d’un ordinateur collectent plus d’information que ceux qui le font avec un crayon sur du papier. Mais ils s’en souviennent moins et sont un peu moins habiles à faire des liens entre plusieurs concepts exposés en cours.

Le duo de chercheurs évoque d’ailleurs, pour expliquer la disparité, un principe de « zombie-transcription » qui viendrait naturellement avec le clavier : on tape dessus, de manière un peu mécanique, devenant, par le fait même, dans certains contextes, une extension de la machine, alors que c’est l’inverse qui devrait plutôt se jouer. À la main, les données sont, elles, plus texturées et s’inscrivent dans une logique de rappel, de mémorisation et de manipulation abstraite plus efficace, exposent-ils dans un papier publié en avril dernier dans les pages du journal de l’Association for Psychological Science.

Bannir les ordinateurs des classes : l’idée devient dans ce contexte de moins en moins folle. Sans doute avec raison. Mais elle ne devrait surtout pas laisser croire qu’il faut aussi bannir toutes les technologies du monde de l’éducation, un raccourci mental et pratiqué par quelques vieux esprits de ce milieu, dont le présent ne pourrait certainement pas se satisfaire. Le développement de cours massifs en ligne (les MOOC comme on dit en anglais), l’apparition d’applications didactiques pour apprendre les mathématiques, la géographie, l’histoire, la programmation, dans des environnements ludiques, sont certainement là pour témoigner d’une tendance contre laquelle toute opposition ne peut être que vaine.

Un combat perdu d’avance même, surtout lorsque ces nouvelles formes de transmission de la connaissance auront fini par démontrer que ce qui nuit finalement le plus à l’apprentissage, ce n’est peut-être pas l’ordinateur, mais la façon que le monde de l’éducation a, pour le moment, de chercher à l’inscrire dans de vieilles pratiques en s’étonnant que cela ne fonctionne pas.

BLx

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Oh Captain! My Captain!

Robin Williams 1951-2014

O Captain! My Captain! our fearful trip is done;
The ship has weather’d every rack, the prize we sought is won;
The port is near, the bells I hear, the people all exulting,
While follow eyes the steady keel, the vessel grim and daring:

But O heart! heart! heart!

O the bleeding drops of red,

Where on the deck my Captain lies,

Fallen cold and dead.

O Captain! My Captain! rise up and hear the bells;
Rise up—for you the flag is flung—for you the bugle trills;
For you bouquets and ribbon’d wreaths—for you the shores a-crowding;
For you they call, the swaying mass, their eager faces turning;

Here captain! dear father!

This arm beneath your head;

It is some dream that on the deck,

You’ve fallen cold and dead.

My Captain does not answer, his lips are pale and still;
My father does not feel my arm, he has no pulse nor will;
The ship is anchor’d safe and sound, its voyage closed and done;
From fearful trip, the victor ship, comes in with object won;

Exult, O shores, and ring, O bells!

But I, with mournful tread,

Walk the deck my captain lies,

Fallen cold and dead.

Walt Withman (1819-1892), poème composé en hommage à Abraham Lincoln, assassiné le 14 avril 1865.

BLx

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Lire sur du papier

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Lire sur du papier pour mieux comprendre

Mélanie Loisel, Le Devoir, 16/08/14

Ils sont encore nombreux, les amoureux de la lecture, à aimer tenir dans leurs mains un livre en papier qu’ils peuvent serrer, feuilleter et même sentir au besoin. Ces derniers réfractaires aux technologies numériques vont donc être heureux d’apprendre que la lecture d’un texte en papier permet d’avoir une meilleure et plus complète compréhension que la lecture d’un texte numérique. C’est du moins ce que révèle une nouvelle étude de chercheurs norvégiens et canadiens effectuée au Centre de lecture de l’Université de Stavanger en Norvège.

Dans cette étude, les chercheurs précisent que la lecture sur une tablette numérique a l’avantage de se faire beaucoup plus rapidement, mais notre mémoire retient moins longtemps les informations lues sur un écran numérique. Pour en arriver à cette conclusion, une classe de 72 élèves de 4e secondaire a été divisée en deux, où la moitié des élèves ont dû lire un texte en format PDF et l’autre moitié en format papier. Les élèves devaient par la suite répondre à un questionnaire pour évaluer leur compréhension du contenu. Et les résultats ont clairement démontré que la compréhension des textes était beaucoup plus développée chez les élèves ayant lu les versions papier.

Selon les scientifiques, la texture, l’odeur, l’épaisseur, la couverture et la quatrième de couverture d’un livre permettent aux lecteurs d’établir une meilleure « carte mentale du texte »,ce qui facilite leur compréhension. Des recherches précédentes avaient d’ailleurs démontré que plus un texte est long, plus la carte mentale est importante.

Lorsqu’une personne lit sur une tablette électronique, il lui est donc impossible d’avoir une idée de la longueur d’un texte, alors qu’une ou deux pages peuvent s’afficher sur son écran. De plus, la sensation de toucher un écran du bout de ses doigts n’est pas la même que celle de la texture du papier qui, elle, est beaucoup plus stimulante. La chercheuse en chef Anne Mangen constate que cette expérience a permis de prouver qu’il y a vraiment un lien entre le corps et l’esprit. Dans le fond, elle a démontré que le cerveau apprend beaucoup mieux quand une personne peut à la fois toucher et voir son livre.

Mais comme les technologies sont devenues incontournables, Mme Mangen croit qu’il faudra voir dans l’avenir à développer davantage des outils qui permettront d’augmenter l’expérience sensorielle des lecteurs pour assurer leur compréhension du contenu. D’ici là, le bon vieux livre en papier demeure encore la meilleure chose à se mettre sous la main.

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Lettre d’Émile Zola à la jeunesse

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En ce 12 août, journée internationale de la jeunesse, cette lettre d’Émile Zola écrite dans la tourmente de «l’affaire Dreyfus»:

– Où allez-vous, jeunes gens, où allez-vous, étudiants, qui courez en bandes par les rues, manifestant au nom de vos colères et de vos enthousiasmes, éprouvant l’impérieux besoin de jeter publiquement le cri de vos consciences indignées?

Allez-vous protester contre quelque abus du pouvoir, a-t-on offensé le besoin de vérité et d’équité, brûlant encore dans vos âmes neuves, ignorantes des accommodements politiques et des lâchetés quotidiennes de la vie ?

Allez-vous redresser un tort social, mettre la protestation de votre vibrante jeunesse dans la balance inégale, où sont si faussement pesés le sort des heureux et celui des déshérités de ce monde ?

Allez-vous, pour affirmer la tolérance, l’indépendance de la raison humaine, siffler quelque sectaire de l’intelligence, à la cervelle étroite, qui aura voulu ramener vos esprits libérés à l’erreur ancienne, en proclamant la banqueroute de la science ?

Allez-vous crier, sous la fenêtre de quelque personnage fuyant et hypocrite, votre foi invincible en l’avenir, en ce siècle prochain que vous apportez et qui doit réaliser la paix du monde, au nom de la justice et de l’amour ?

– Non, non ! Nous allons huer un homme, un vieillard, qui, après une longue vie de travail et de loyauté, s’est imaginé qu’il pouvait impunément soutenir une cause généreuse, vouloir que la lumière se fasse et qu’une erreur soit réparée, pour l’honneur même de la patrie française !

Ah, quand j’étais jeune moi-même, je l’ai vu, le Quartier latin, tout frémissant des fières passions de la jeunesse, l’amour de la liberté, la haine de la force brutale, qui écrase les cerveaux et comprime les âmes. Je l’ai vu, sous l’Empire, faisant son oeuvre brave d’opposition, injuste même parfois, mais toujours dans un excès de libre émancipation humaine. Il sifflait les auteurs agréables aux Tuileries, il malmenait les professeurs dont l’enseignement lui semblait louche, il se levait contre quiconque se montrait pour les ténèbres et pour la tyrannie. En lui brûlait le foyer sacré de la belle folie des vingt ans, lorsque toutes les espérances sont des réalités, et que demain apparaît comme le sûr triomphe de la Cité parfaite.

Et, si l’on remontait plus haut, dans cette histoire des passions nobles, qui ont soulevé la jeunesse des écoles, toujours on la verrait s’indigner sous l’injustice, frémir et se lever pour les humbles, les abandonnés, les persécutés, contre les féroces et les puissants. Elle a manifesté en faveur des peuples opprimés, elle a été pour la Pologne, pour la Grèce, elle a pris la défense de tous ceux qui souffraient, qui agonisaient sous la brutalité d’une foule ou d’un despote. Quand on disait que le Quartier latin s’embrasait, on pouvait être certain qu’il y avait derrière quelque flambée de juvénile justice, insoucieuse des ménagements, faisant d’enthousiasme une oeuvre du coeur. Et quelle spontanéité alors, quel fleuve débordé coulant par les rues !

Je sais bien qu’aujourd’hui encore le prétexte est la patrie menacée, la France livrée à l’ennemi vainqueur, par une bande de traîtres. Seulement, je le demande, où trouvera-t-on la claire intuition des choses, la sensation instinctive de ce qui est vrai, de ce qui est juste, si ce n’est dans ces âmes neuves, dans ces jeunes gens qui naissent à la vie publique, dont rien encore ne devrait obscurcir la raison droite et bonne ? Que les hommes politiques, gâtés par des années d’intrigues, que les journalistes, déséquilibrés par toutes les compromissions du métier, puissent accepter les plus impudents mensonges, se boucher les yeux à d’aveuglantes clartés, cela s’explique, se comprend. Mais elle, la jeunesse, elle est donc bien gangrenée déjà, pour que sa pureté, sa candeur naturelle, ne se reconnaisse pas d’un coup au milieu des inacceptables erreurs, et n’aille pas tout droit à ce qui est évident, à ce qui est limpide, d’une lumière honnête de plein jour !

Il n’est pas d’histoire plus simple. Un officier a été condamné, et personne ne songe à suspecter la bonne foi des juges. Ils l’ont frappé selon leur conscience, sur des preuves qu’ils ont cru certaines. Puis, un jour, il arrive qu’un homme, que plusieurs hommes ont des doutes, finissent par être convaincus qu’une des preuves, la plus importante, la seule du moins sur laquelle les juges se sont publiquement appuyés, a été faussement attribuée au condamné, que cette pièce est à n’en pas douter de la main d’un autre. Et ils le disent, et cet autre est dénoncé par le frère du prisonnier, dont le strict devoir était de le faire ; et voilà, forcément, qu’un nouveau procès commence, devant amener la révision du premier procès, s’il y a condamnation. Est-ce que tout cela n’est pas parfaitement clair, juste et raisonnable ? Où y a-t-il, là-dedans, une machination, un noir complot pour sauver un traître ? Le traître, on ne le nie pas, on veut seulement que ce soit un coupable et non un innocent qui expie le crime. Vous l’aurez toujours, votre traître, et il ne s’agit que de vous en donner un authentique.

Un peu de bon sens ne devrait-il pas suffire ? A quel mobile obéiraient donc les hommes qui poursuivent la révision du procès Dreyfus ? Écartez l’imbécile antisémitisme, dont la monomanie féroce voit là un complot juif, l’or juif s’efforçant de remplacer un juif par un chrétien, dans la geôle infâme. Cela ne tient pas debout, les invraisemblances et les impossibilités croulent les unes sur les autres, tout l’or de la terre n’achèterait pas certaines consciences. Et il faut bien en arriver à la réalité, qui est l’expansion naturelle, lente, invincible de toute erreur judiciaire. L’histoire est là. Une erreur judiciaire est une force en marche : des hommes de conscience sont conquis, sont hantés, se dévouent de plus en plus obstinément, risquent leur fortune et leur vie, jusqu’à ce que justice soit faite. Et il n’y a pas d’autre explication possible à ce qui se passe aujourd’hui, le reste n’est qu’abominables passions politiques et religieuses, que torrent débordé de calomnies et d’injures.

Mais quelle excuse aurait la jeunesse, si les idées d’humanité et de justice se trouvaient obscurcies un instant en elle ! Dans la séance du 4 décembre, une Chambre française s’est couverte de honte, en votant un ordre du jour « flétrissant les meneurs de la campagne odieuse qui trouble la conscience publique ». Je le dis hautement, pour l’avenir qui me lira, j’espère, un tel vote est indigne de notre généreux pays, et il restera comme une tache ineffaçable. « Les meneurs », ce sont les hommes de conscience et de bravoure, qui, certains d’une erreur judiciaire, l’ont dénoncée, pour que réparation fût faite, dans la conviction patriotique qu’une grande nation, où un innocent agoniserait parmi les tortures, serait une nation condamnée. « La campagne odieuse », c’est le cri de vérité, le cri de justice que ces hommes poussent, c’est l’obstination qu’ils mettent à vouloir que la France reste, devant les peuples qui la regardent, la France humaine, la France qui a fait la liberté et qui fera la justice. Et, vous le voyez bien, la Chambre a sûrement commis un crime, puisque voilà qu’elle a pourri jusqu’à la jeunesse de nos écoles, et que voilà celle-ci trompée, égarée, lâchée au travers de nos rues, manifestant, ce qui ne s’était jamais vu encore, contre tout ce qu’il y a de plus fier, de plus brave, de plus divin dans l’âme humaine !

Après la séance du Sénat, le 7, on a parlé d’écroulement pour M. Scheurer-Kestner. Ah oui ! quel écroulement, dans son coeur, dans son âme ! Je m’imagine son angoisse, son tourment, lorsqu’il voit s’effondrer autour de lui tout ce qu’il a aimé de notre République, tout ce qu’il a aidé à conquérir pour elle, dans le bon combat de sa vie, la liberté d’abord, puis les mâles vertus de la loyauté, de la franchise et du courage civique.

Il est un des derniers de sa forte génération. Sous l’Empire, il a su ce que c’était qu’un peuple soumis à l’autorité d’un seul, se dévorant de fièvre et d’impatience, la bouche brutalement bâillonnée, devant les dénis de justice. Il a vu nos défaites, le coeur saignant, il en a su les causes, toutes dues à l’aveuglement, à l’imbécillité despotiques. Plus tard, il a été de ceux qui ont travaillé le plus sagement, le plus ardemment, à relever le pays de ses décombres, à lui rendre son rang en Europe. Il date des temps héroïques de notre France républicaine, et je m’imagine qu’il pouvait croire avoir fait une œuvre bonne et solide, le despotisme chassé à jamais, la liberté conquise, j’entends surtout cette liberté humaine qui permet à chaque conscience d’affirmer son devoir, au milieu de la tolérance des autres opinions.

Ah bien, oui ! Tout a pu être conquis, mais tout est par terre une fois encore. Il n’a autour de lui, en lui, que des ruines. Avoir été en proie au besoin de vérité, est un crime. Avoir voulu la justice, est un crime. L’affreux despotisme est revenu, le plus dur des bâillons est de nouveau sur les bouches. Ce n’est pas la botte d’un César qui écrase la conscience publique, c’est toute une Chambre qui flétrit ceux que la passion du juste embrase. Défense de parler ! Les poings écrasent les lèvres de ceux qui ont la vérité à défendre, on ameute les foules pour qu’elles réduisent les isolés au silence. Jamais une si monstrueuse oppression n’a été organisée, utilisée contre la discussion libre. Et la honteuse terreur règne, les plus braves deviennent lâches, personne n’ose plus dire ce qu’il pense, dans la peur d’être dénoncé comme vendu et traître. Les quelques journaux restés honnêtes sont à plat ventre devant leurs lecteurs, qu’on a fini par affoler avec de sottes histoires. Et aucun peuple, je crois, n’a traversé une heure plus trouble, plus boueuse, plus angoissante pour sa raison et pour sa dignité.

Alors, c’est vrai, tout le loyal et grand passé a dû s’écrouler chez M. Scheurer-Kestner. S’il croit encore à la bonté et à l’équité des hommes, c’est qu’il est d’un solide optimisme. On l’a traîné quotidiennement dans la boue, depuis trois semaines, pour avoir compromis l’honneur et la joie de sa vieillesse, à vouloir être juste. Il n’est point de plus douloureuse détresse, chez l’honnête homme, que de souffrir le martyre de son honnêteté. On assassine chez cet homme la foi en demain, on empoisonne son espoir ; et, s’il meurt, il dit : « C’est fini, il n’y a plus rien, tout ce que j’ai fait de bon s’en va avec moi, la vertu n’est qu’un mot, le monde est noir et vide ! »

Et, pour souffleter le patriotisme, on est allé choisir cet homme, qui est, dans nos Assemblées, le dernier représentant de l’Alsace-Lorraine ! Lui, un vendu, un traître, un insulteur de l’armée, lorsque son nom aurait dû suffire pour rassurer les inquiétudes les plus ombrageuses ! Sans doute, il avait eu la naïveté de croire que sa qualité d’Alsacien, son renom de patriote ardent seraient la garantie même de sa bonne foi, dans son rôle délicat de justicier. S’il s’occupait de cette affaire, n’était-ce pas dire que la conclusion prompte lui en semblait nécessaire à l’honneur de l’armée, à l’honneur de la patrie ? Laissez-la traîner des semaines encore, tâchez d’étouffer la vérité, de vous refuser à la justice, et vous verrez bien si vous ne nous avez pas donnés en risée à toute l’Europe, si vous n’avez pas mis la France au dernier rang des nations !

Non, non ! les stupides passions politiques et religieuses ne veulent rien entendre, et la jeunesse de nos écoles donne au monde ce spectacle d’aller huer M. Scheurer-Kestner, le traître, le vendu, qui insulte l’armée et qui compromet la patrie !

Je sais bien que les quelques jeunes gens qui manifestent ne sont pas toute la jeunesse, et qu’une centaine de tapageurs, dans la rue, font plus de bruit que dix mille travailleurs, studieusement enfermés chez eux. Mais les cent tapageurs ne sont-ils pas déjà de trop, et quel symptôme affligeant qu’un pareil mouvement, si restreint qu’il soit, puisse à cette heure se produire au Quartier latin !

Des jeunes gens antisémites, ça existe donc, cela ? Il y a donc des cerveaux neufs, des âmes neuves, que cet imbécile poison a déjà déséquilibrés ? Quelle tristesse, quelle inquiétude, pour le vingtième siècle qui va s’ouvrir ! Cent ans après la Déclaration des droits de l’homme, cent ans après l’acte suprême de tolérance et d’émancipation, on en revient aux guerres de religion, au plus odieux et au plus sot des fanatismes ! Et encore cela se comprend chez certains hommes qui jouent leur rôle, qui ont une attitude à garder et une ambition vorace à satisfaire. Mais, chez des jeunes gens, chez ceux qui naissent et qui poussent pour cet épanouissement de tous les droits et de toutes les libertés, dont nous avons rêvé que resplendirait le prochain siècle ! Ils sont les ouvriers attendus, et voilà déjà qu’ils se déclarent antisémites, c’est-à-dire qu’ils commenceront le siècle en massacrant tous les juifs, parce que ce sont des concitoyens d’une autre race et d’une autre loi ! Une belle entrée en jouissance, pour la Cité de nos rêves, la Cité d’égalité et de fraternité ! Si la jeunesse en était vraiment là, ce serait à sangloter, à nier tout espoir et tout bonheur humain.

Ô jeunesse, jeunesse ! Je t’en supplie, songe à la grande besogne qui t’attend. Tu es l’ouvrière future, tu vas jeter les assises de ce siècle prochain, qui, nous en avons la foi profonde, résoudra les problèmes de vérité et d’équité, posés par le siècle finissant. Nous, les vieux, les aînés, nous te laissons le formidable amas de notre enquête, beaucoup de contradictions et d’obscurités peut-être, mais à coup sûr l’effort le plus passionné que jamais siècle ait fait vers la lumière, les documents les plus honnêtes et les plus solides, les fondements mêmes de ce vaste édifice de la science que tu dois continuer à bâtir pour ton honneur et pour ton bonheur. Et nous ne te demandons que d’être encore plus généreuse, plus libre d’esprit, de nous dépasser par ton amour de la vie normalement vécue, par ton effort mis entier dans le travail, cette fécondité des hommes et de la terre qui saura bien faire enfin pousser la débordante moisson de joie, sous l’éclatant soleil. Et nous te céderons fraternellement la place, heureux de disparaître et de nous reposer de notre part de tâche accomplie, dans le bon sommeil de la mort, si nous savons que tu nous continues et que tu réalises nos rêves.

Jeunesse, jeunesse ! Souviens-toi des souffrances que tes pères ont endurées, des terribles batailles où ils ont dû vaincre, pour conquérir la liberté dont tu jouis à cette heure. Si tu te sens indépendante, si tu peux aller et venir à ton gré, dire dans la presse ce que tu penses, avoir une opinion et l’exprimer publiquement, c’est que tes pères ont donné de leur intelligence et de leur sang. Tu n’es pas née sous la tyrannie, tu ignores ce que c’est que de se réveiller chaque matin avec la botte d’un maître sur la poitrine, tu ne t’es pas battue pour échapper au sabre du dictateur, aux poids faux du mauvais juge. Remercie tes pères, et ne commets pas le crime d’acclamer le mensonge, de faire campagne avec la force brutale, l’intolérance des fanatiques et la voracité des ambitieux. La dictature est au bout.

Jeunesse, jeunesse ! Sois toujours avec la justice. Si l’idée de justice s’obscurcissait en toi, tu irais à tous les périls. Et je ne te parle pas de la justice de nos codes, qui n’est que la garantie des liens sociaux. Certes, il faut la respecter, mais il est une notion plus haute, la justice, celle qui pose en principe que tout jugement des hommes est faillible et qui admet l’innocence possible d’un condamné, sans croire insulter les juges. N’est-ce donc pas là une aventure qui doive soulever ton enflammée passion du droit ? Qui se lèvera pour exiger que justice soit faite, si ce n’est toi qui n’es pas dans nos luttes d’intérêts et de personnes, qui n’es encore engagée ni compromise dans aucune affaire louche, qui peux parler haut, en toute pureté et en toute bonne foi ?

Jeunesse, jeunesse ! Sois humaine, sois généreuse. Si même nous nous trompons, sois avec nous, lorsque nous disons qu’un innocent subit une peine effroyable, et que notre coeur révolté s’en brise d’angoisse. Que l’on admette un seul instant l’erreur possible, en face d’un châtiment à ce point démesuré, et la poitrine se serre, les larmes coulent des yeux. Certes, les gardes-chiourme restent insensibles, mais toi, toi, qui pleures encore, qui dois être acquise à toutes les misères, à toutes les pitiés ! Comment ne fais-tu pas ce rêve chevaleresque, s’il est quelque part un martyr succombant sous la haine, de défendre sa cause et de le délivrer ? Qui donc, si ce n’est toi, tentera la sublime aventure, se lancera dans une cause dangereuse et superbe, tiendra tête à un peuple, au nom de l’idéale justice ? Et n’es-tu pas honteuse, enfin, que ce soient des aînés, des vieux, qui se passionnent, qui fassent aujourd’hui ta besogne de généreuse folie ?

– Où allez-vous, jeunes gens, où allez-vous, étudiants, qui battez les rues, manifestant, jetant au milieu de nos discordes la bravoure et l’espoir de vos vingt ans ?

– Nous allons à l’humanité, à la vérité, à la justice !

Émile Zola, 1897

Source: Des Lettres

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Portraits de femmes

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«On croit qu’il y a passage de là au Japon»

iroquois imageGuerrier iroquois dessiné par Jacques Grasset de Saint-Sauveur au XVIIIe siècle. La scalpation a profondément marqué l’imaginaire du Nouveau Monde.

Il y a 325 ans, le massacre de Lachine

Oubliée par les manuels d’histoire, l’attaque des Iroquois a été un tournant dans les relations avec les Premières Nations

Jean-François Nadeau, Le Devoir 05/08/14

Les gens de Montréal ont peur. À quelques kilomètres de leur ville fortifiée, du côté de Lachine, des colons ont été massacrés par les Iroquois. Presque toutes les maisons sont détruites.

C’était il y a 325 ans, le 5 août 1689. On dit longtemps dans la colonie que ce fut « l’année du massacre ». La population montréalaise en est très fortement ébranlée. La seule vision des orphelins que les autorités ramènent à Montréal suffit déjà à jeter l’effroi. Même des religieux prennent peur. Pour calmer les esprits, on en retourne d’ailleurs certains en France.

Le massacre de Lachine, longtemps souligné dans les manuels d’histoire des écoles, est à peu près oublié aujourd’hui. Pourtant, il s’agit bien d’un moment charnière qui met notamment en lumière les relations entretenues avec les Premières Nations au cours des terribles guerres franco-iroquoises.

Les Iroquois frappent alors les expéditions commerciales qui progressent chez eux, vers les Grands Lacs, « les Pays d’en haut ». Avec d’autres, le marquis Jacques de Denonville, appuyé par l’intendant de la colonie Jean Bochard de Champigny, mène une offensive au nom du roi. À Québec, l’intendant vient d’ailleurs d’installer un buste de Louis XIV afin que les sujets puissent apprécier les traits de leur maître.

Denonville est donc chargé de mener une expédition militaire contre ces autochtones. Des soldats réguliers, des miliciens et aussi des Amérindiens constituent le corps expéditionnaire. Ils attaquent les Tsonnontouans, une des cinq nations iroquoises. Connu aujourd’hui sous le nom de Sénécas, ce peuple résiste tout d’abord à la surprise grâce à sa maîtrise du terrain et de son sens de l’escarmouche. Mais les Sénécas cèdent bientôt devant la poussée guerrière de l’armée coloniale constituée de plus d’un millier d’hommes.

massacre imageEstampe Massacre et incendie à Lachine, 1689, 1925-1950

Le 14 juillet 1687, dans cette vaste quête qui vise à assurer le contrôle du territoire de la traite des fourrures, Denonville et ses hommes attaquent le village de Ganondagan. Ce centre majeur de la vie des Sénécas tombe. Torche à la main, les troupes de Denonville détruisent les habitations autant que les réserves de nourriture. Ils feront de même partout où ils passent, ne faisant pas de quartier.

Au fort Frontenac, aujourd’hui Kingston, Denonville rassemble tous les Iroquois qu’il peut capturer sur son chemin. Le fort lui-même sert de traquenard. Ces prisonniers sont envoyés à Montréal pour y être expédiés ensuite en France, où ils seront contraints, s’ils survivent jusque-là, à ramer dans les galères de la couronne. Une trentaine de ces prisonniers parviennent finalement outre-Atlantique. Certains reviendront.

Contre-attaque

L’année suivante, dans la nuit du 5 août, les Iroquois profitent d’un temps orageux pour s’approcher de Lachine. Ils frappent à leur tour sans pitié.

Sur 77 maisons que compte alors Lachine, 56 sont rasées. Plusieurs colons sont massacrés, d’autres sont enlevés. Deux cents morts et blessés disent certaines sources. Beaucoup moins, affirment d’autres. Reste qu’en cette année 1689 les incursions iroquoises reprennent de plus belle au coeur même de la colonie française.

Plusieurs villages de la région de Montréal sont attaqués au cours de cette guerre terrible qui touche à son terme avec la Grande Paix de Montréal en 1701. Mais en attendant, une véritable psychose s’installe. Derrière chaque arbre se cache-t-il un Iroquois ?

L’historienne Louise Deschêne estimait possible qu’un dixième des hommes de la colonie de ces années-là ait péri lors d’attaques amérindiennes. C’est énorme.

Le rêve de Lachine

Le massacre de Lachine augmentera encore la charge symbolique que porte ce haut lieu de l’histoire d’Amérique qu’est Lachine. Situé au bord des rapides, Lachine est aussi la marque d’un rêve sur lequel percute la réalité.

Pour ceux qui exploraient plus en avant les suites du grand fleuve, trouver un passage vers l’Orient plutôt que vers les peaux de castor avait été la raison d’être de ces hommes.

Samuel de Champlain espère être le premier à trouver de ce côté un passage vers les Indes. Mais il doit rebrousser chemin à cause des rapides, qu’il baptisa Sault-Saint-Louis. Ses guides lui apprennent néanmoins qu’au-delà de ces barrières d’eau vive se trouvent trois grandes mers d’eau douce. Le rêve continue…

Sur les cartes d’époque, comme celle de Jean Guérard en 1634, on inscrit dans le vaste espace indéfini qui va au-delà des Grands Lacs, qu’il se trouve là une clé qui ouvre les portes de l’Asie. Guérard écrit dans les limbes de sa carte qu’on « croit qu’il y a passage de là au Japon ».

Cavelier de La Salle cherchera lui aussi dans les eaux tumultueuses du Saint-Laurent en amont de Montréal ce fameux passage vers l’Orient qui doit mener aux épices, à l’or, à la soie. L’installation de sa seigneurie de Saint-Sulpice débute à compter de 1666, mais l’aventurier vendit tout à Lachine pour poursuivre ailleurs, jusque dans sa mort au milieu du désert du Texas, sa folle quête de fortune.

Cette fascination pour l’Orient dont le nom même de Lachine témoigne encore est traduite merveilleusement par Jean Nicolet, un des coureurs des bois de Sameul de Champlain. Nicolet avait découvert le premier les Ouinipigous, dont l’orthographe anglaise Winnebagos s’est désormais imposée. Le chef de cette tribu invita Nicolet à un banquet. Certain d’être là au coeur d’un protocole chinois, Nicolet revêt pour l’occasion son plus beau vêtement qu’il a soigneusement apporté dans ses bagages : une précieuse robe chinoise brodée de fleurs et d’oiseaux. Il est probable que cet habit vraiment très rare avait transité comme d’autres vers l’Europe par quelque missionnaire. En Europe, ces robes ne pouvaient être acquises qu’à des prix exorbitants. Mais un aventurier qui souhaitait découvrir un nouveau passage vers l’Orient pouvait-il s’éviter d’en acheter une et risquer ainsi d’entraver le protocole qu’il imaginait être celui de ses hôtes ? Ces robes chinoises étaient donc un accessoire essentiel pour soutenir le regard qu’avaient sur eux-mêmes ces hommes prêts à tout, même à donner et à connaître des massacres.

C’était le 5 août 1689, il y a 325 ans : pour les gens de la colonie française d’Amérique, ce fut « l’année du massacre ».

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Que reste-t-il du fait français et de la lutte des Métis au XIXè siècle?

Une nouvelle occasion de revenir sur l’histoire de ce pays et ses grandes trahisons.

louis-riel_sn635Louis Riel

Encore se battre

Josée Boileau, Le Devoir, 02/08/14

Si la défense du français s’essouffle au Québec, tout enamouré d’un franglais qui javellise tout et colonise davantage, on trouve encore des résistants, notamment en Alberta où deux francophones viennent d’obtenir leur ticket pour la Cour suprême. Une nouvelle occasion de revenir sur l’histoire de ce pays et ses grandes trahisons.

Il semble bien tortueux le chemin qui mène des luttes des Métis du XIXe siècleà la rédaction d’une contravention en Alberta il y a six ans. Il est pourtant logique, puisque c’est encore la défense du français qui en est le fil conducteur.

Après avoir été balayés du revers de la main par des cours provinciales, les arguments à teneur historique de Gilles Caron et Pierre Boutet, qui contestent des contraventions rédigées en anglais en Alberta, seront entendus en Cour suprême, a annoncé celle-ci jeudi. Les francophones hors Québec saluent cette nouvelle note d’espoir pour faire valoir leurs droits. Mais l’affaire est loin d’être gagnée tant, sous couvert d’articles de lois, elle s’accompagne d’une véritable lecture politique de la construction du Canada que les francophones de tout le pays, au Québec y compris, ont intérêt à connaître.

Pour faire valoir leur cause, les avocats de MM. Caron et Boutet s’appuient sur des ententes d’avant l’entrée de l’Alberta au sein de la Confédération canadienne en 1905, notamment des promesses faites aux Métis, dont les territoires étaient touchés par la création d’une nouvelle province et qui refusaient absolument d’intégrer le Canada. Pour arrêter la rébellion, la reine Victoria avait accepté d’entendre leurs revendications. Au nombre de celles-ci se trouvait clairement la protection du français, notamment le droit à la publication d’ordonnances dans les deux langues. Par la Proclamation royale de 1869, la Couronne britannique avait répondu « que sous l’union avec le Canada, tous vos droits et privilèges civils et religieux seront respectés ».

Qu’en est-il resté une fois les Métis apaisés et leur adhésion acquise ? Rien, a tranché la Cour d’appel de l’Alberta l’an dernier. Rien parce que, a dit un premier juge, il aurait fallu, au-delà des promesses et des engagements, que ladite assurance de préserver le français soit spécifiquement inscrite dans des textes de loi une fois la province créée, ce qui n’a pas été fait.

Vraiment rien, a ajouté un deuxième juge de la même cour, parce que non seulement la protection du français n’a pas été enchâssée dans les lois albertaines, mais en plus les citoyens et les gouvernements ont besoin de « certitude et de prévisibilité » en matière de droit. Or les droits linguistiques sont « susceptibles de susciter la controverse et de semer la discorde ».

Le lecteur en déduira qu’il vaut mieux ne pas trop faire d’histoires et prendre son trou… De fait, le même juge conclut ainsi : « il est incontestable que la période entre 1867 et 1905 est riche d’histoire », mais les politiques publiques changent et la démographie aussi, signale-t-il. Les promesses, les garanties ne valent rien si les lois n’en font pas état : c’est un « obstacle insurmontable », tranche au final la cour dans une relecture historique qui ne tient aucun compte de l’arrière-fond politique qui a présidé à la dégradation de la francophonie au Canada en plus de 100 ans.

Il sera donc intéressant de voir comment la Cour suprême abordera le dossier. En matière de droits autochtones, elle a su dépasser une lecture littérale de la loi pour tenir compte des engagements de la Couronne britannique et donner ainsi prise aux demandes des premiers habitants du territoire canadien.

Pour les droits des francophones, le portrait est plus flou. L’an dernier, la Cour suprême avait rendu une décision d’une grande insensibilité dans une cause qui opposait la Colombie-Britannique au Conseil scolaire francophone de cette province. En s’appuyant sur une loi britannique de 1731, la Cour statuait que tous les documents, même un simple dépliant !, déposés devant les tribunaux de la province devaient être traduits. L’effet était dévastateur pour le Conseil scolaire dont toute la documentation interne, qui devait servir en cour, était en français. De toute évidence la Colombie-Britannique usait d’une manoeuvre dilatoire pour combattre le droit à l’éducation dans sa langue à sa minorité. Mais une vieille loi coloniale l’emportait sur la défense du français, les juges soulignant en plus que, après tout, ce sont les provinces qui décident en matière linguistique.

C’est pourquoi il n’y a rien de gagné dans la bataille de l’Alberta. Mais c’est assurément une autre leçon d’histoire qui doit être suivie de près.

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Londres au XVIIè siècle

Via Open Culture

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888, 246 Coquelicots à Londres

«Blood Swept Lands and Seas of Red»

Pour commémorer la Première guerre mondiale, 888, 246 coquelicots de céramique s’écoulant tel un flot de sang de la Tour de Londres, chacun représentant un britannique ou un « sujet » de l’empire colonial mort lors de ce conflit mondial. Une oeuvre de Paul Cummins et Tom Piper.

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Via Colossal

 

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28 juillet 1914

 

déclaration

Il y a cent ans aujourd’hui l’Autriche-Hongrie déclara la guerre à la Serbie. Ainsi débuta la Première guerre mondiale.

Voir: Europeana 1914-1918

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Palestine / Israël / Montréal juillet 2014

 

pour gaza

Un staut Facebook de Tayahout-Nicolas

Grand reportage

Ce soir, et il faut être à Montréal pour voir ça, une manifestation Palestiniens/Juifs… ensemble pour condamner l’État d’Israël !

Un adulte palestinien portait un enfant juif sur ses épaules et un adulte juif portait, lui, un jeune palestinien !

Belle image !

de votre envoyé spécial Tayaout-Nicolas | Photographe professionnel:

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1914-1918: Les noirs dans l’armée canadienne

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L’arrivée du bataillon de construction no 2

L’histoire méconnue de la discrimination envers les Noirs dans l’armée canadienne en 1914-1918

Caroline Montpetit, Le Devoir, 18/07/ 2014

 

Cent ans après le début des hostilités, certains aspects de la Première Guerre mondiale demeurent méconnus. C’est le cas de la discrimination envers les Noirs qui a été pratiquée par les officiers de l’armée qui enrôlaient les soldats.

Cette discrimination était si forte que, sous la pression du lobby noir qui voulait participer à l’effort de guerre, l’arméecanadienne a fini par former un bataillon exclusivement formé de Noirs, le bataillonde construction no 2.

L’histoire a été racontée dans deux livres publiés par feu le sénateur canadien Calvin Ruck, Canada’s Black Battalion : no 2 Construction 1916-1920 et The Black Battalion 1916-1920 : Canada’s Best Kept Military Secret.

M. Ruck y raconte comment les Canadiens noirs qui souhaitaient s’enrôler dès 1914 se faisaient systématiquement rejeter par les officiers, certains de ceux-ci allant jusqu’à dire qu’il s’agissait d’une guerre de Blancs, dont ils n’avaient pas à se mêler.

« En 1914, au début de la guerre, les Noirs ont demandé, comme plusieurs autres Canadiens, à aller défendre leur pays. Mais c’est seulement après qu’il y a eu énormément de pression et de lobby politique qu’on les a finalement laissés partir », raconte Michael Farkas, président de la table ronde du Mois de l’histoire des Noirs de Montréal, qui souhaiterait monter une exposition sur le sujet. Alors que le gouvernement fédéral avait pour politique officielle d’accueillir tous les citoyens dans l’armée, les soldats blancs ne voulaient pas côtoyer des Noirs dans leurs rangs.

Par exemple, en novembre 1915, le lieutenant-colonel George W. Fowler écrit une lettre à un supérieur pour lui demander la permission de ne pas recruter de soldats noirs.

« J’ai eu la chance de trouver une très grande qualité de recrues, et je ne trouvais pas juste pour eux de devoir se mêler à des nègres », écrit-il, tel que cité dans le livre de Calvin Ruck. Certains commandants « ne croyaient pas que les Noirs pouvaient faire de bons soldats », ajoute M. Farkas. Pourtant, les Noirs d’Amérique avaient déjà servi dans plusieurs guerres.

Le bataillon noir est finalement parti en 1918, alors que les troupes canadiennes commençaient à manquer de renfort et que la conscription était désormais obligatoire au pays.

« Ils sont partis le 28 mars 1918. Ils étaient 19 officiers et 605 soldats. Le seul Blanc était le général, le général Sutherland, raconte Michael Farkas. Mais ils ne voyaient pas le combat. Ils étaient dans un bataillon de construction. Ils creusaient les tranchées. Ils érigeaient des camps. Ils déplaçaient du matériel de construction. C’était un travail de manutention. »

Parallèlement, quelques soldats noirs ont été enrôlés dans d’autres bataillons et se sont retrouvés sur la ligne de combat.

C’est le cas du père de Dolores Sandoval, de Montréal, parti à la guerre en 1918 avec un ami, et dont l’ami est mort des suites d’une attaque de gaz moutarde.

« Ils avaient essayé de s’enrôler plus tôt durant la guerre, mais on n’avait pas voulu d’eux », raconte Mme Sandoval, qui vit toujours à Montréal.

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« Créolisation » in the make?

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«J’rape un suicide…»

Christian Rioux, Le Devoir, 18/07/14

Au début des années 1960, longtemps avant les retrouvailles de 1967, Alain Peyrefitte était venu au Québec. Celui qui allait devenir le ministre de Charles de Gaulle était revenu inquiet de son séjour. Il s’était promené dans les quartiers ouvriers de Montréal où il avait entendu parler joual, le joual désignant ici non pas les traits particuliers du français du Québec, mais ce mélange bien spécifique de français et d’anglais qui caractérisait à l’époque les milieux montréalais les plus pauvres et les plus anglicisés. Grand voyageur et diplomate de carrière, Peyrefitte avait aussitôt compris que le français y était menacé de créolisation. Il en revint décidé à convaincre le général qu’il fallait favoriser les échanges culturels par tous les moyens. D’ailleurs, grâce aux efforts collectifs des Québécois, la qualité du français aujourd’hui parlé dans ces milieux est sans commune mesure avec celle d’hier.

Étrangement, nos curés de la langue continuent à pousser de hauts cris chaque fois qu’ils entendent le mot « créole ». Loin de toute connotation morale ou péjorative, celui-ci décrit pourtant une réalité linguistique. Le créole est un système linguistique issu du mélange de plusieurs langues comme on en trouve par exemple dans les Antilles. Au Québec, il désigne une forte interpénétration du français et de l’anglais qui rend la langue de ceux qui la parlent incompréhensible à ceux qui ne sont pas bilingues. Comprenons-nous bien, on ne parle pas créole en disant « passe-moi le ranch », une phrase dont la structure est française à l’exception d’un mot. Il faut pour cela que les deux langues se mélangent au point pratiquement d’en former une nouvelle.

Ce débat a été récemment relancé autour de Dead Obies, un groupe de jeunes rappeurs qui s’amuse justement à pratiquer un créole que presque personne n’est en mesure de comprendre. En voici un exemple : « C’est qui ça Jo Rocka ? / Buddy, y’a juste God qui peut judge, pis y’est pas là / Y’a pas d’mothafucka fresh like us / J’print Dead-O sur un T pis tu veux dress like us / So I’m takin a bath a’ec le yâb’en maillot Prada / Canot-Kayak a’ec Mahée Paiement su’l’Chayo Phraya ».

Il y a plus d’un an, j’avais écrit qu’il fallait « être sourd pour ne pas sentir ce nouvel engouement suicidaire pour l’anglais qu’ont récemment exprimé, dans une langue déjà créolisée, les jeunes francophones du groupe montréalais Dead Obies ». Il ne s’agit pas de reprocher à Dead Obies d’écrire dans une langue ou l’autre. Après tout, Claude Gauvreau n’écrivait-il pas en exploréen ? Or, au lieu de revendiquer un geste purement artistique, nos rappeurs prétendent écrire dans « la langue de la rue », celle de l’avenir prétendument « métissé » de la jeunesse actuelle. Comme si la modernité ne pouvait pas s’exprimer en français.

Les chanteurs poussent d’ailleurs le ridicule jusqu’à donner des entrevues parsemées d’étonnants « whatever » ou « get the fuck of that ». Claude Gauvreau n’a pas demandé au peuple de parler exploréen et Michel Tremblay n’a jamais fait un fou de lui en s’exprimant comme la « grosse femme ». Le joual de Tremblay est une invention littéraire, ce qui n’empêche pas son auteur de s’exprimer dans une langue comprise de Dakar à Bruxelles.

Tel n’est pas le cas des chanteurs de Dead Obies, qui sont convaincus d’être les prophètes d’une nouvelle langue « métissée »« multiculturelle »… mais étrangement anglaise. Qu’on ne s’y trompe pas, le combat de Dead Obies est un combat politique. Selon eux, la défense du français au Québec est dépassée. Ils n’hésitent d’ailleurs pas à associer les nationalistes et ceux qui défendent le français à des « suprémacistes blancs », comme dans cette entrevue accordée le 6 décembre 2013 à CISM FM.

Or, je le répète, cet éloge d’un créole dominé par l’anglais est proprement suicidaire au Québec. Ces jeunes rappeurs ne semblent pas se douter de la chance qu’ils ont de pouvoir s’exprimer dans une langue parlée par plus de 200 millions de personnes dans le monde. Je me souviens d’avoir interviewé des Catalans et des Néerlandais qui enviaient les Québécois de parler une grande langue internationale qui leur donnait un accès direct à toute la littérature et à toute la cinématographie internationales.

Que le métissage linguistique soit un outil littéraire et enrichisse la langue, qui s’en plaindra ? Il en a toujours été ainsi, de Montaigne à Antonine Maillet. Mais Dead Obies n’intègre pas des mots anglais au français comme l’ont fait avec brio Plume Latraverse ou Luc Plamondon. Dans la langue de Dead Obies, c’est plutôt le français qui se noie dans la langue dominante. Que ce créole soit de plus revendiqué politiquement comme une langue à promouvoir dans un contexte où l’anglais est déjà la langue hégémonique, c’est, oui… un suicide. Les chanteurs de Dead Obies semblent d’ailleurs le confesser lorsqu’ils hurlent : « Do or die, j’rap un suicide ».

Le français est une grande langue de culture. L’anglais l’est tout autant. Mais si, pour passer de la langue de Vigneault à celle de Kérouac, il faut patauger pendant 200 ans dans un créole informe et médiocre, baragouiner une non-langue qui nous coupe de toute littérature, permettez-moi de ne pas être du voyage.

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La lecture du journal d’hier

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«La lecture du journal au petit matin est une sorte de prière matinale réaliste. On oriente son attitude à l’égard du monde par rapport à Dieu ou à ce que le monde est. Lecture qui donne la même certitude que la prière pour savoir où l’on est»

Hegel,  Aphorismes 1803-1806, Philosophie n. 13, 1986

Un immense projet! La numérisation et la mise en ligne de 10 millions de pages provenant des journaux européens du passé.

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Traité des couleurs servant à la peinture à l’eau (1692)

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À la fin du XVIIè siècle, un artiste hollandais du nom de A. Boogert, a fabriqué à la main un livre de plus de 700 pages dans lequel il s’applique à montrer comment mélanger les couleurs et comment obtenir pour chacune d’elle différentes tonalités. Ce faisant il a, ni plus ni moins, procédé à la quasi recension de toutes les couleurs connues… Ce Traité des couleurs servant à la peinture à l’eau de 1692 est une pure merveille!

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Déposé à la Bibliothèque Méjanes d’Aix en Provence, on peut ici le consulter dans son entièreté. C’est à l’historien hollandais  Erik Kwakkel que l’on doit la redécouverte de cette extraordinaire document.

Sources: Open Culture

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