Archives de Catégorie: Culture et société

Andres Serrano

Andres Serrano est un artiste américain. Il utilise comme médium pour son art la photographie. Serrano aime entre autres beaucoup jouer avec le rapport entre fond et forme (pour utiliser le langage d’Hegel), ainsi qu’avec la notion de beau et de laid dans l’art. De façon plus concrète, il réussit à prendre de très belles photos, presque parfaites d’un point de vue esthétique, mais dont le sujet l’est beaucoup moins, disons d’un point de vue moral. En d’autres mots, Serrano confronte l’idée d’une forme belle avec un fond laid. Pour donner un exemple, on peut prendre sa série de photos nommée The klan. Dans ces photos, on retrouve des clichés d’une très grande beauté, mais dont les sujets sont des membres du Klu Klux Klan  (un groupe radical raciste, actif dans le sud et l’ouest des États-Unis à la fin de la guerre de Sécession, et lors du XXe siècle). On peut donc voir la dichotomie qui se crée ici entre les deux éléments de l’œuvre. Ceci vient troubler le spectateur, car il ne sait plus quoi penser. Doit-il trouver cela beau ou non ? A-t-il seulement le droit de trouver cela beau, sachant l’histoire qui se cache derrière ces tuniques? Ceci confronte la morale de l’homme à son sens du goût, ce qui crée donc un choc.

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D’autres œuvres de Serrano sont aussi très choquantes. On peut prendre comme autre exemple une de ses photos les plus connues et les plus controversées : Piss Christ. On retrouve sur cette photo Jésus crucifié, baigné (c’est le cas de le dire) dans un halo de lumière doré. Or, il se trouve que cet effet de lumière est créé par l’urine dans laquelle l’artiste a plongé l’effigie du christ. Bien sûr, cette image a fait un tollé chez les chrétiens. Par contre, il faut savoir que Serrano est lui-même un chrétien et donc il n’a pas fait cela par pure provocation. Il avait une idée derrière cette œuvre. Il voulait mettre en relation la couleur de l’urine, considéré comme une chose basse et dans une certaine mesure tabou, avec la couleur dorée qui, selon la tradition, est la couleur des nobles, des princes, etc.

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Au final, on peut donc voir qu’Andres Serrano vient mettre en relation la notion de beau et de laid pour créer un contraste et ainsi faire réfléchir le public.

Sébastien Lefebvre

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Danger! Variations dans le cycle du silicium

L’environnement est un domaine dont l’importance a grandi depuis le siècle dernier. Plusieurs nouveaux domaines scientifiques ont développé une spécialisation pour l’environnement comme la géochimie environnementale, la chimie environnementale, la météorologie, etc. De plus, la société encourage la population à devenir plus écologique en utilisant les bacs de recyclage, le compost, les énergies renouvelables, etc. Cette question environnementale touche aussi la compréhension des principaux cycles naturels sur Terre par exemple celui de l’eau. Le cycle de l’eau représente les différents transferts s’effectuant entre ces principaux réservoirs. Un réservoir c’est une zone de la planète qui constitue une importante concentration, c’est-à-dire une quantité de matière par unité de volume de la substance en question. Dans l’exemple du cycle de l’eau, ces quatre principaux réservoirs sont : 1) l’atmosphère dans laquelle l’eau se trouve sous forme gazeuse; 2) l’hydrosphère dans laquelle l’eau se retrouve sous forme liquide et comprend les cours d’eau, les lacs, les rivières et les océans; 3) la biosphère qui est le réservoir impliquant les organisme vivants comme l’homme; 4) les glaciers où l’eau se retrouve sous forme solide. Une analyse de ce cycle montre un système d’échange entre ces différents réservoirs comme l’eau qui s’évapore de l’hydrosphère ou la transpiration. Ce type d’analyse est important pour évaluer les impacts de l’activité humaine sur de tels cycles comme, pour le cycle de l’eau, l’augmentation de la température par le réchauffement climatique qui entraîne un plus grand transfert du réservoir glacier vers celui de l’hydrosphère. Cependant, qu’en est-il pour des cycles que l’intérêt de la population n’a pas encore considérés, comme le cycle du silicium qui représente un élément clé de l’environnement à plusieurs niveaux? Pour mieux comprendre son rôle clé dans l’environnement, il sera question en premier lieu d’une explication de ce qu’est le silicium suivi de la description de son importance pour l’environnement et finalement un aperçu des impacts de l’homme sur ce cycle et ses conséquences.

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Avant de commencer l’analyse du cycle du silicium, il faut au départ savoir que le silicium est un des éléments du tableau de Mendeleïev (périodique). Cet élément constitue le second élément le plus abondant sur Terre après l’oxygène. Son cycle se divise en quatre  réservoirs dont l’un représente quasiment la totalité du silicium. Ces quatre réservoirs sont en ordre décroissant : la lithosphère c’est-à-dire la croute terrestre principalement, l’hydrosphère, la biosphère et l’atmosphère. Le transfert du silicium dans ce cycle s’effectue principalement par le biais d’une molécule nommée la silice (SiO2) dont la partie la plus importante pour la question de l’impact de l’homme sur ce cycle est la forme dissoute. Son cycle, si l’on prend comme point de départ du réservoir la lithosphère, débute avec la libération de la silice des roches silicatées c’est-à-dire composées majoritairement de silice comme le quartz, l’olivine, etc. qui composent la majeure partie de la croûte terrestre. Cette libération se produit à cause d’une réaction chimique dans laquelle la concentration en gaz carbonique dans l’atmosphère forme des pluies acides. Lors de cette libération, la silice se retrouve sous forme dissoute et voyage entre les différents réservoirs jusqu’à l’océan où finalement elle est précipitée pour retourner dans la lithosphère et ainsi clore la boucle. Donc, le silicium qui dans le cas de cette partie du cycle se retrouve sous la forme de silice est un élément majeur sur la planète et principalement contenu dans le réservoir de la lithosphère. Le silicium doit subir des réactions chimiques résultant de la pluie pour se libérer de la roche et ainsi voyager dans les différents réservoirs.

Mais en quoi le cycle du silicium est-il important pour l’environnement ? Il est principalement important pour l’environnement à cause de ces liens avec un des cycles auquel la population est sensibilisée, à savoir celui du carbone avec les gaz carboniques et le méthane. L’un de ces liens résulte du procédé de libération de la silice puisque comme mentionné plus haut, elle dépend de la concentration en gaz carbonique dans l’atmosphère, c’est-à-dire que plus la concentration en gaz carbonique est élevée et plus il y aura de la silice libérée de la roche. Un autre lien entre ces deux cycles se situe dans le réservoir de la biosphère du cycle du silicium puisque certaines formes de vie microscopiques utilisent la silice comme matière première pour la fabrication de leurs coquilles. Ces formes de vie, dont la principale est la famille des diatomées, sont des organismes unicellulaires aquatiques effectuant de la photosynthèse. Le processus de la photosynthèse est une réaction chimique dans laquelle le gaz carbonique, l’eau et l’énergie solaire donnent un produit organique et du dioxygène (O2). Donc, ce processus résultant de l’absorption du gaz carbonique et de la libération de l’oxygène est appelé la pompe biologique du carbone. En plus, d’être l’un des groupes responsable de cette pompe, il représente aussi les éléments à la base de plusieurs chaînes alimentaires dont une grande partie de celles dont l’homme se trouve au sommet. Donc, le silicium, malgré le peu d’intérêt que l’ensemble de la population lui accorde, joue un rôle majeur dans l’environnement : il est influencé et influence le cycle du carbone et produit un impact sur la pompe biologique du carbone par le biais des diatomées. De plus, il joue un rôle direct sur plusieurs chaînes alimentaires dont l’homme se nourrit.

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Diatomées

Maintenant, en quoi l’homme peut-il perturber ce cycle et quelles en sont les conséquences ? L’homme  le perturbe de plusieurs manières qui interfèrent sur les échanges entre les réservoirs, sur leur quantité et leur vitesse. La première perturbation de l’homme est le réchauffement climatique puisque, comme le réchauffement climatique augmente la quantité de gaz carbonique dans l’atmosphère, il en résulte une augmentation du silicium libéré de la roche. C’est augmentation de silice dissoute entraîne en finale une plus grande quantité de silice disponible pour les diatomées favorisant leurs reproduction au détriment des autres familles composant le phytoplancton c’est-à-dire la partie du plancton qui utilise la photosynthèse. Une autre perturbation est la construction des barrages puisqu’elles créent un obstacle à la circulation des cours d’eau et des rivières vers l’océan. En conséquence, la vitesse du transport de la silice est diminuée, ralentissant l’ajout de silice dans l’océan. Ce ralentissement provoque en même temps une réduction dans la reproduction des diatomées en favorisant leurs concurrents. Or certaines familles de ces concurrents ont une efficacité moins grande pour le pompage du gaz carbonique diminuant la quantité de gaz carbonique retirée du réservoir de l’hydrosphère et du coup de l’atmosphère. Et, en plus d’être moins efficace dans le pompage du gaz carbonique, il forme des représentants de chaînes alimentaires non comestibles pour l’homme dont certaines sont même toxiques pour plusieurs autres espèces animales. Néanmoins, cette perturbation favorise elle aussi les diatomées dans les rivières et les lacs puisque la silice, à cause de la construction de ces barrages, possède un plus grand temps de résidence dans le milieu. Le temps de résidence représente le temps moyen qu’une petite quantité de l’élément en question prend avant de sortir de ce milieu. Un exemple de temps de résidence est celui d’une gouttelette d’eau dans l’atmosphère pour laquelle le temps moyen de résidence est de quelques jours. Par contre, un temps de résidence engendre lui aussi des perturbations sur le cycle puisque l’eau comme tout corps liquide possède un taux maximum de particules dissoutes qui est appelé saturation. Lorsqu’un liquide devient saturé à certaines particules, il ne peut plus transporter entre ces molécules d’autres particules. Les particules en excès vont par la suite précipitée vers le fond comme lorsque l’on met du sel dans l’eau au-delà du niveau de saturation. Cependant, comme l’eau avec le sel, la température peut affecter la quantité de particules dissoutes que peut contenir ce liquide. Une autre perturbation que l’homme crée sur le cycle du silicium est lié à l’agriculture puisque les plantes prennent et utilisent le silicium dans les cours d’eau. Ils utilisent ce silicium dans plusieurs parties de leurs structures pour des raisons biologiques allant du soulagement du stress dû à la présence de certains minéraux dans l’eau, au renforcement de leurs structures. Cependant, l’homme en récoltant retient temporairement le silicium piégé par les plantes du cycle diminuant la quantité de silicium parvenu jusqu’à l’océan et diminuant sa concentration dans les cours d’eau. Donc, l’action de l’homme occasionne des impacts sur le cycle du silicium en intervenant sur la concentration et la vitesse de transferts des différents milieux, provoquant des conséquences sur l’environnement, notamment sur la pompe biologique du gaz carbonique, la biodiversité ainsi que sur les chaînes alimentaires.

Silicium

Silicium brut

En conclusion, malgré le fait que les quantités en jeu entre les différents réservoirs est minime comparé à celui du cycle du carbone ou de l’eau, les impacts d’une variation dans le cycle du silicium sont à prendre au sérieux. Ce cycle a de fortes répercussions dans l’environnement puisqu’il peut changer l’efficacité de la pompe biologique du carbone, la population du phytoplancton et du coup affecter les chaînes trophiques. Les impacts anthropogéniques sur ce cycle sont nombreux comme les barrages et l’agriculture qui ont sur le cycle des effets négatifs sur le flux entre les différents réservoirs et le réchauffement climatique qui a lui un impact inverse sur ce flux. Et de fait, lorsque l’on regarde les archives géologiques comme le dernier maximum glaciaire, on remarque à quel point le cycle du silicium peut jouer un important rôle sur l’environnement. Lors du dernier maximum glaciaire, un important apport en silice a permis à la population de diatomées dans le phytoplancton de représenter 74% du phytoplancton alors qu’il n’est que de 54% aujourd’hui.

Éric Laflèche

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Arrested Development prise 4

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Après seulement trois saisons, la sitcom américaine Arrested Development avait été discontinuée par Fox en 2006. Au grand plaisir des fans de la série, Netflix a acheté les droits pour produire une quatrième saison exclusive aux abonnés de Netflix. La saison a finalement été disponible le mois dernier avec quinze épisodes disponibles en même temps. Après avoir regardé treize épisodes de 33 minutes un à la suite de l’autre, j’ai pu me faire une petite idée de quoi la saison aurait l’air. Je n’ai pas été déçu. Je crois que tous les fans d’une série, qui a été cancellée six ans plus tôt, auraient peur que leur série soit massacrée par un changement drastique. Il y a une expression populaire dans la culture américaine qui va comme suit ; «jumping the shark». Il s’agit du moment où une série dépasse les bornes. Par exemple, la déception qu’avait causé Indiana Jones 4 après tant d’années d’absence. Je n’ai pas envie de dévoiler des passages du film à ceux qui ne l’aurait pas vu, mais sachez qu’on développe un cancer quand on comprend le «punch».

Donc, le lendemain de la sortie sur Netflix de Arrested Development, les critiques sortaient déjà dans des journaux québécois. La plupart des critiques qu’on peut retrouver sur la saison 4 montre leur dépréciation pour cette quatrième saison. Le journal 24h a écrit un article de deux pages sur leur déception alors que l’auteur de l’article n’avait écouté que six épisodes. C’est trop peu pour se fixer une opinion face à cette quatrième saison. Il est vrai que la saison présente un modèle assez spécial où on présente dans chaque épisode un personnage différent ayant vécu lors des six dernières années d’absence que la série a connues; c’est une raison de plus pour ne pas baser son opinion sur six épisodes. En effet, chaque épisode est un morceau du casse-tête de cette saison et on peut mieux comprendre le récit seulement en arrivant vers la fin. L’auteur de l’article se plaignait que le premier épisode était nullement drôle et que le premier rire arrivait seulement dans le milieu du deuxième épisode. Ce premier rire que l’auteur a eu a été déclenché par une blague grosse comme la terre. Un véritable fan de la série sait que l’humour de cette série est intelligent.

Pour ma part, la saison me rappelle très bien les jeux de mots non intentionnels de Tobias, qui font tellement rire, et elle arrive avec de nouveaux running gags. Les acteurs jouent encore très bien leur rôle. J’avais juste un peu peur de voir trop de fans de service. On voit énormément d’éléments des anciennes saisons revenir uniquement pour contenter les fans, mais après avoir écouté de nouveaux les anciennes saisons, je vois bien que le phénomène était déjà présent. Donc, pour tous les fans de cette série qui n’auraient pas pu voir la quatrième saison encore, n’attendez pas.

Francis Patry

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Sécularisation et liberté

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Alors que la réalisation de mon épreuve synthèse de programme m’a permis de me rendre compte que l’absence de laïcité et de sécularisation au Moyen-Orient représente un véritable obstacle à la liberté de plusieurs êtres humains, on se doit de constater que ce phénomène n’est pas propre au Moyen-Orient.

Banda Aceh, Indonésie.

Alors que la presque totalité de ce pays comptant plus de 240 millions d’habitants se revendique comme étant  laïc, Banda Aceh persiste à être une triste exception. Cette province emploie ouvertement des lois islamistes. Nous ne parlons pas là d’une certaine forme de conservatisme religieux, mais plutôt carrément de cas d’adultère résultant en une lapidation de la femme, d’homosexuels emprisonnés ou carrément battus dans les rues en raison de leur orientation sexuelle. Le port du voile chez la femme est une obligation, évidemment.

Récemment, un phénomène désolant a eu lieu. Près d’une centaine de jeunes punk se sont faits persécutés en raison de leur style vestimentaire lors d’un concert. On leur a coupé les cheveux de force, changé leur habillement et ils furent emmenés dans un centre de détention qui pratiquait une forme de «réhabilitation» par l’entremise d’entraînements militaires et de cours intensifs de religion. [1]

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De quoi étaient coupables tout ces jeunes punk? De rien qu’un système juridique rationnel puisse prouver. Or, le système juridique de Banda Aceh n’est pas rationnel, laïc, séculaire. Cette absence de sécularisation a engendré l’emprisonnement absolument déplorable et scandaleux de tous ces innocents, a brimé leur droit de se réunir et de s’exprimer librement.

Cet incident –qui n’est malheureusement qu’un parmi tant d’autres- vient renforcer l’idée selon laquelle une société ne peut sincèrement prétendre que ses citoyens sont réellement libres et affranchis tant qu’elle n’est pas séculaire. Sans la sécularisation, il n’y a place que pour un cadre normatif auquel tous se doivent d’obéir- un cadre qui ne laisse pas place à la singularité, comme le démontre parfaitement le cas de ces jeunes punks qui n’ont pas commis le moindre mal, mais qui se sont retrouvés dans une situation injuste, ces jeunes dont la liberté fut brimée.

Le but de l’histoire est la liberté pour tous, a un jour dit Hégel, et il ne faut pas oublier que la sécularisation est une étape fondamentale pour la libéralisation de tous.

Christine Dakhil


[1] Ap News, Hard-line Indonesian police shave punkers’ mowhaks, ASIAN CORRESPONDENT [En ligne] http://asiancorrespondent.com/71977/hard-line-indonesian-police-shave-punkers-mohawks/ (page consultée le 10 juin 2013).

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« Les Misérables » dans l’histoire politique

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La littérature est une façon d’illustrer la société contemporaine. Ainsi, ce sont les individus et les peuples qui, dans leurs aspirations, font la littérature. Les idéologies et les courants sont immortalisés par la littérature, ce qui suggère un lien entre cette dernière et l’Histoire. Le XIXe siècle est une époque où la politique est amenée en premier plan dans la société, alors la littérature qui compose avec la culture populaire de l’époque n’a d’autre choix que de transcrire ces évènements. Voici un exemple classique de la littérature française du XIXe siècle qui met la lumière sur cette époque mouvementée, Les Misérables. Ce livre terminé en 1862 est déjà perçu comme un classique lors de sa parution. Son auteur, Victor Hugo, voulait manifestement faire entrer Les Misérables dans une critique politique, morale et sociale de la société dans laquelle il vivait et il va même jusqu’à qualifier son œuvre d’utilitaire, aux fins bénéfiques pour toutes sociétés où règne l’injustice.

Victor Hugo présente donc une caricature de la société de son époque, grossissant les traits afin qu’ils soient mieux perçus. Il montre la misère dans laquelle les gens vivent entre les années 1815 et 1833, c’est-à-dire lors de la Restauration. Le roman se situe donc dans un siècle mouvementé par les régimes politiques en pleins changements. L’œuvre de Victor Hugo se concentre autour d’un acte politique et historique, l’insurrection républicaine à Paris du 5 et 6 juin 1832. Le soulèvement commence lors des funérailles d’un député de l’opposition et se termine par un massacre des insurgés. L’évènement a par la suite été « immortalisé par Hugo dans les misérables »[1]. En effet, l’écrivain s’est inspiré d’événements et du contexte socio-économique dans lequel il a vécu pour intégrer son livre à son époque et pour le rendre contemporain à sa société. Il a accumulé les évènements historiques afin de mettre ses personnages dans un univers relativement réel.

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En effet, les personnages dépeints par Victor Hugo dans Les Misérables sont caractériels de la société du XIXe siècle, puisqu’ils représentent toutes les couches de la société. Victor Hugo met en lumière la pauvreté, la misère, les luttes sociales pour l’obtention de droits et les difficultés reliées à cette période historique à travers ses personnages. Par exemple, avec les Thénardier l’auteur fait référence à la bataille de Waterloo, car le père Thénardier est un ancien soldat de l’armée de Napoléon qui fut décoré lors de cette bataille. De plus, les Thénardier représentent les bas fonds de la société et les arnaqueurs qui la peuplent.[2] Aussi, ce qui oppose les personnages de M. Gillenormand et le Colonel George Pontmercy des Misérables est en fait la représentation de la rivalité qui oppose les deux opinions publiques les plus populaires de la société française du XIXe siècle, c’est-à-dire le bonapartisme et le royalisme.

Ainsi, Victor Hugo nous présente une multitude de couches de classes sociales dans son roman, ce qui démontre le réalisme de son œuvre. Il fait allusion à la bourgeoisie, au prolétariat, au forçat, à la classe ouvrière telle que la police, à la classe religieuse, etc. Il étale ces différentes classes avec par exemple, Jean Valjean qui est la figure du forçat, Javert qui représente parfaitement le policier acharné à son travail, et Marius qui représente la jeunesse et la bourgeoisie.[3] Victor Hugo réussit, à transfigurer un particulier historique en une universalité qui peut faire sens pour tout homme. Ainsi, toutes les couches de la société sont représentées à travers les personnages de Victor Hugo, créant donc le général sur lequel Aristote mettait l’accent lorsqu’il comparait dans La Poétique la littérature avec l’histoire. Bref, Victor Hugo présente la révolte de juin 1832 afin d’entrer l’Histoire dans son histoire et son histoire dans l’Histoire, en mettant en scène les moments mémorables de son siècle.

Alex Nadeau-Lessard


[1]LEPELTIER, Thomas. «Le roi et les barricades. Une histoire des 5 et 6 juin 1832», 15 juin 2011, Science Humaine, [En ligne] http://www.scienceshumaines.com/le-roi-et-les-barricades-une-histoire-des-5-et-6-juin-1832_fr_2099.html (Page consultée le 4 juin 2013)

[2]Les Thénardier, vils profiteurs, [En ligne] http://www.linternaute.com/livre/magazine/les-pires-mechants-de-la-litterature/les-thenardier-les-miserables.shtml (Page consultée le 4 juin 2013)

[3]Victor Hugo, [En ligne]  http://le-double-a.weebly.com/5/post/2013/01/le-contexte-historique.html (Page consultée le 4 juin 2013)

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L’Apocalypse de Jean

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L’Apocalypse de Jean est le récit le plus puissant concernant la fin du monde.  Avant de l’aborder, il faut se familiariser avec ce vocabulaire. « Apocalypse » est un mot d’origine grecque qui signifie « ce qui est découvert ». Ce mot vient du verbe apokalutein qui veut dire « dévoiler »[1]. De nos jours, ce mot signifie une grande catastrophe qui mène à la fin du monde. Maintenant qu’on est familiarisé avec la signification du mot « Apocalypse » nous pouvons plonger dans les mythes bibliques de la fin du monde plus précisément, l’Apocalypse de Jean.

Les récits apocalyptiques venant de la tradition ancienne juive énoncent le fait qu’un individu pur et religieux a l’opportunité de voir ou de savoir des secrets habituellement cachés aux mortels. L’Apocalypse de Baruch est un exemple qui démontre bien les faits marquants d’un récit apocalyptique venant de la tradition juive ancienne. En effet, le récit de Baruch écrit entre 200 et 150 avant Jésus-Christ décrit comment un ange a mené Baruch visiter les cieux. Ainsi, cet ange lui fait découvrir des secrets tels que la marche du monde, le sort des âmes des gens mauvais et des gens bons, etc. D’autres récits apocalyptiques sont aussi grandement reconnus entre autres, l’Apocalypse d’Abraham et le livre des secrets d’Hénoch.[2]

Par ailleurs, le christianisme a en quelque sorte, copié l’idée d’une Apocalypse dans les différents récits déjà existants. Le récit de Jean est particulier puisqu’il est illustré dans la Bible. Sa particularité c’est le fait qu’il ne fait pas qu’énoncer les mystères du monde tels que le sort des âmes des gens mauvais et des gens bons, il révèle le futur. Le récit apocalyptique de Jean est daté entre l’an 60 et 100 après Jésus-Christ.

Le récit débute ainsi : Jean étant guidé par une voix est amené au ciel. Il fait la rencontre de Dieu qui est en compagnie de la cour céleste. Dieu ayant en sa possession un livre scellé de sept sceaux communique à un ange de demander qui peut ouvrir ce livre. Puisque personne ne répond, un agneau ayant sept cornes, sept yeux (symbole des esprits que Dieu envoie sur la Terre) apparut et prit le livre. Cela dit, l’animal brise les sept sceaux de telle sorte que chaque sceau brisé provoque une apparition. Le premier sceau brisé provoque l’apparition d’un cheval blanc monté par un archer vainqueur, le deuxième fait apparaitre un cheval roux monté par un symbole de la guerre, le troisième sceau, un cheval noir portant un symbole de la famine, le quatrième sceau un cheval ayant une couleur claire portant le symbole de la mort, la famine, la maladie et des bêtes ravageant la terre, le cinquième sceau les âmes de personnes. Lorsque le sixième sceau fut brisé, la terre se mit à trembler, le soleil prit une couleur obscure ainsi que le ciel, la lune une  couleur rouge sang et les étoiles se mirent à tomber. À cet égard, la fin du monde n’est pas encore arrivée… Au bris du dernier sceau, sept anges ayant sept trompettes apparaissent. Au son de la première trompette, une série de catastrophes surgit telle que des inondations, la destruction des animaux et ainsi de suite jusqu’au son de la dernière trompette qui déclenche des catastrophes un terrible tremblement de terre ainsi qu’un grand mystère.[3]

Presque tous les mythes de la fin du monde ont tendance à grandement capter l’attention. Même si ce sujet crée une certaine inquiétude, il est inévitable de le laisser de côté. L’homme a besoin de se rappeler qu’il vit dans un monde fragile et qu’il ne peut pas tout le temps le contrôler malgré ses connaissances acquises par sa rationalité. L’humanité est fascinée par la fin du monde, car en réalité personne ne peut garantir si ce mythe deviendra un jour réalité. Ainsi, tout ce doute réalimente l’imagination des hommes et fait revivre un enchantement autrefois perdu par l’incrédulité face aux récits religieux. De ce fait, même si le récit apocalyptique de Jean a été écrit vers l’an 60 à 100 après Jésus Christ, il réussit encore à fasciner plusieurs d’entre nous. L’œuvre Apocalypse Trans Am (1993) de John Scott en est la preuve. En effet, cet artiste a gravé le texte de l’apocalypse de Jean sur une voiture complète. Notamment, cette œuvre d’art a été exposée au Musée des beaux-arts du Canada.

Bianca Segovia-Sanchez


[1] Sergent, Bernard. La fin du monde, France, Librio Document, 2012, p. 35

[2] Ibid., p. 35

[3] Sergent, Bernard. La fin du monde, France, Librio Document, 2012, p. 36-37

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Le tatouage aujourd’hui

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Depuis quelques années, on a vu l’apparition d’une nouvelle mode, le tatouage. Nouvelle mode? Pas tant que cela. Les premières traces que nous en avons datent de la préhistoire. On les a retrouver sur Otzi, un homme préhistorique retrouvé momifier dans la glace qui daterait d’environ 4 500 avant Jésus-Christ. Selon certaines études, ses marques auraient des propriétés médicinales. Dans les civilisations primitives, comme les Maoris, le tatouage était surtout une façon de rompre avec la nature, de s’affirmer en tant qu’humain. Dans l’Antiquité et au Moyen Âge, le tatouage n’était pas utiliser comme décoration, mais plutôt comme châtiment. Il servait à identifier les esclaves, les criminels et, plus tard, les soldats. À partir des années 1800, le tatouage devient davantage un choix des classes marginales de la société. Ce qu’on voulait était de se distinguer, de se séparer volontairement de la société. Mais qu’elle est la place du tatouage aujourd’hui?

Le tatouage a toujours eu comme fonction de séparer la personne qui le porte face à la nature ou à la société. Aujourd’hui, le tatouage a pour fonction de se différencier de tout le monde qui nous entoure. Il ne s’agit pas d’une quête d’identité, mais plutôt de l’affirmation de celle-ci. Dans le monde Occidental dans lequel nous vivons, c’est-à-dire un monde dans lequel les religions sont presqu’inexistantes, un monde dans lequel tous et chacun porte les mêmes vêtements (ou presque), un monde dans lequel nous sommes facilement représenter par des chiffres (comme à l’école), il est normal que l’on veuille se différencier des autres, « sortir du lot ». James Clifford nous dit dans son livre Malaise dans la culture :

« Dans un monde où des voix trop nombreuses parlent en même temps, un monde où le syncrétisme et l’invention parodique deviennent la règle, non l’exception, un monde multinational et urbain de l’éphémère institutionnalisé – où des vêtements américains, fabriqués en Corée, sont portés par les jeunes en Russie, où les racines de chacun sont en quelque sorte coupées –, dans un tel monde, il devient de plus en plus difficile de rattacher l’identité et la signification humaine à une culture ou à un langage cohérent. »

En une phrase, il réussit à expliquer exactement ce pourquoi les jeunes se font tatouer. Le tatouage est une façon primitive de montrer sa différence face à l’autre et il ne reste plus qu’une question à poser ; que deviendra le tatouage dans les années à venir?

Joëlle Desautels

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La fonction sociale de l’art contemporain

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À l’amateur d’art qui fréquente les musées d’art contemporain, il n’est pas rare qu’il soit donné d’entendre des remarques indignées, où l’on compare le talent de l’artiste exposé à celui d’un enfant de cinq ans et l’on s’offusque que de tels objets passent pour des «œuvres d’art». On reproche trop souvent à l’art contemporain d’être ennuyeux, de ne susciter aucune émotion esthétique, d’être sans contenu, de ne ressembler à rien, de ne répondre à aucun critère esthétique, qu’on n’y décèle aucun talent ou même que c’est une pure création du marché, mais surtout que l’art n’a plus de fonction spirituelle comme autrefois. Par contre, avec l’autonomisation de la pratique artistique, on voit apparaître de nouveaux buts, l’art ne sert plus la fonction spirituelle, mais bien la fonction critique. L’art contemporain n’est peut-être plus le mode d’expression de l’absolu, qu’est-ce en effet que l’absolu dans notre société moderne? Mais il fait sens dans la mesure où il a pris un virage social, les artistes contemporains ne sont plus les intermédiaires entre une vérité incontestable et les hommes, mais ils sont porteurs de messages sociaux et c’est grâce à eux et aux critiques sociales qu’ils font à travers leurs œuvres que des esprits sont conscientisés.

C’est le cas de Pedro Reyes qui, pour dénoncer le niveau alarmant d’homicides au Mexique, s’est associé à la campagne nationale de remise volontaire d’armes à feu de 2008. Il a récupéré 1527 armes, qu’il a fait fondre pour ainsi en faire des pelles. Les pelles ont servies pour planter 1527 arbres par la population mexicaine. Une action symbolique de sensibilisation baptisée Des armes pour des pelles. Cette action a marqué les esprits, puisqu’en 2012 le gouvernement mexicain lui demande s’il voudrait récupérer le métal de 6700 armes à feu. Il accepte et décide de transformer les armes en instruments de musique, on a nommé ce projet Imagine. Un groupe de 6 musiciens a transformé des mitraillettes, des révolvers, ou des fusils de chasse en banjos, en flûtes, en lyre, en guitare, en basse, en batterie et même en xylophone. Un concert a été organisé et l’orchestre ainsi créé a joué, entre autre, le titre symbolique «Bullet in the head» de Rage Against The Machine. Pour Reyes, ce projet se veut un appel à l’action pour contrer le marché des armes à feu, largement encouragé selon lui par l’industrie du divertissement. Et c’est précisément en mettant sur pied des projets comme ceux de Reyes que les mentalités changent et que peut-être un jour nous vivrons dans une société sans armes à feu.

Thereece Rosset

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La Bataille de Londres

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Inside Out Project

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«Le 2 Mars 2011, lors de la Conférence TED à Long Beach, en Californie, JR a appelé à la création d’un projet d’art global – Inside Out Project (IOP) – inspiré par ses collages de rue grand format, le concept du projet est de donner à chacun la possibilité de partager avec le monde son portrait et un message. Inside Out offre aux particuliers et groupes du monde entier un nouveau moyen de faire passer un message. N’importe qui peut participer, et est mis au défi d’utiliser des portraits pour partager les histoires de personnes de leurs communautés.
Leurs actions sont documentées, archivées et exposées en ligne sur www.insideoutproject.net. Plus de 100.000 posters ont été envoyés dans plus de 108 pays depuis Mars 2011.» Voir le site de JR

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Le bouddha n’a pas de cœur et le ciel n’a pas d’yeux

Un récit karmique raconté par mon maître de Kung Fu qui m’a fait réfléchir :

Dans un village reculé de la Chine vivait un mendiant aveugle et simple d’esprit, qui passait ses journées dans les rues à quémander  pour pouvoir survivre. Il y vivait depuis des années et faisait parti du décor du village. Chaque jour, il utilisait le peu d’argent qu’il amassait et le donnait au temple bouddhiste en échange d’un bol de nuit et d’un endroit pour dormir. Aussi, selon la croyance karmique, un évènement heureux allait lui arriver un jour.

Toutefois, par une journée d’orage, il fût frappé par la foudre, ce qui est dans la croyance asiatique la pire chose qui puisse vous arriver, car cela signifie que vous avez été puni par le ciel, donc par les dieux. Du mendiant il ne resta seulement que sont petit doigt qu’un moine conserva.

Après ce tragique évènement, les habitants du village furent choqués, car ils croyaient que le mendiant devait s’attendre à voir ses tourments prendre fin. Alors ils allèrent vandaliser le temple et y inscriront sur la porte «Le bouddha n’a pas de cœur et le ciel n’a pas d’yeux».

Quelques années après la tragédie, il y eu un évènement heureux au village, un jeune avait été choisie pour devenir un fonctionnaire de l’état (travail très prestigieux en Chine, qui amenait également de la prospérité au village), pendant la célébration de la nomination du jeune, des moines du temple allèrent voire le jeune et lui demandèrent de montrer sa main, il lui manquait le petit doigt.  Le moine sortit alors le doigt du mendiant et le mis à l’endroit ou il manquait celui du jeune et on vit qu’il allait parfaitement ensemble. Les villageois y virent la réincarnation du mendiant et allèrent au temple pour y enlever les graffitis et les remplacer par : le bouddha a un cœur et le ciel a des yeux.

Julien Boissonneault

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«Sugar Sammy: Gandhi a honte de toi»?

«Je concède que l’humoriste libéral a un certain talent d’acteur, j’ai quand même pris le temps de visionner deux ou trois numéros. Il imite bien les accents aussi. Je dirais que de rire du résultat du dernier référendum et par la même occasion de la loi 101 sur l’affiche de son spectacle (You’re gonna  rire, 49,5% français, 50,5% anglais) est provocateur mais pas apolitique, surtout quand on est conscient de son passé dans la jeunesse libérale. Cependant, là où il fait preuve de sa faiblesse intellectuelle, c’est lorsqu’il déclare : « Et puis, j’ai toujours été contre le repli identitaire ». Venant d’une personne dont les racines sont en Inde, c’est mal connaître l’histoire de son pays d’origine. Si un grand homme d’État indien comme Gandhi avait été « contre le repli identitaire » et si des millions d’Indiens qui ont rendu possible l’accession de l’Inde à l’indépendance avaient été, comme Monsieur Sugar, « contre le repli  identitaire », l’Inde serait encore aujourd’hui une colonie britannique. Heureusement que Gandhi et son peuple ont été « pour le repli identitaire » parce que grâce à cela l’Inde peut parler de sa propre voix dans le concert des nations. Grâce à cela, l’Inde peut rester un exemple de la ténacité d’un grand peuple qui a pris en main son destin, il y a déjà plus de 60 ans. »

Jules Fallardeau, Gandhi a honte.

BLx via Marie-Soleil Deschênes

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Une brève histoire de la typographie

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L’oblitération des arts et des lettres

Fin du programme arts et lettres – Nécessaire Renaissance

Antoine Robitaille, Le Devoir, 9/05/13

Le changement de nom du programme « arts et lettres » pour « culture et communication », au niveau collégial, n’est que « cosmétique », s’est défendu le ministre de l’Enseignement supérieur Pierre Duchesne. Car le nombre d’heures d’enseignement de la littérature y augmentera. « Ce sont des mots qui ne me font pas peur », a-t-il ajouté. Pourquoi alors expulser les « lettres » du nom du programme ? Pourquoi faire de la littérature une simple option dans ce nouveau cursus ?

Lorsqu’il a eu à expliquer ce changement de nom, le ministre a soutenu qu’il fallait « moderniser » les intitulés. Dans le même esprit, David Descent, conseiller pédagogique au cégep régional de Lanaudière, à Terrebonne, a soutenu en entrevue au Devoir que « lettres » faisait un peu « vieilli ».

L’aveu est plus grave qu’il en a l’air. On y décèle une sorte de mépris envers un esprit qui a fondé l’Occident moderne, celui de la Renaissance. À cette époque, c’est en se replongeant dans les oeuvres objectivement « vieillies », celles des Grecs et des Romains, que les auteurs ont repensé l’Occident. Pour avoir accès à eux, il leur semblait nécessaire de passer par Platon, Thucydide, Virgile, Cicéron, etc. Il y avait là une conception profondément humaniste : des siècles de transformations historiques et techniques avaient beau séparer les auteurs Grecs des auteurs de la Renaissance, ces derniers y redécouvraient, y redéfinissaient leur humanité.

La notion de « classique », de cette liste d’oeuvres à discuter et à rediscuter, à transmettre et retransmettre de génération en génération, était enracinée dans l’esprit de la Renaissance. Cet esprit se retrouvait aussi dans la notion de « culture générale », défendue chez nous brillamment par Gaetan Daoust et Fernand Dumont, entre autres, à une certaine époque.

L’idéal du classique, de la culture générale, fait comprendre à l’étudiant qu’il est né « dans un monde plus vieux que lui », comme l’écrivait Hannah Arendt. Et qu’il doit s’abreuver aux livres des plus grands génies de la pensée que l’humanité a sélectionnés à travers les âges.

Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Même le Coke peut être « classique », ironisait Jean Larose dans les années 1980 ! Une très grande partie des professeurs du réseau collégial sont encore animés par l’idéal de la culture générale. Mais ils sont souvent comme des résistants face à la « révolutionnite » aiguë des programmes qui anime en permanence le ministère de l’Éducation du Québec.

Dans ces officines, l’idéal de la « culture générale », aujourd’hui, ne semble plus être vraiment défendu. La notion très mécanique de « compétences » à acquérir en 15 semaines – dont les formulations sont souvent absurdes ou tellement générales qu’elles en sont insignifiantes – semble avoir fait des ravages. Ainsi, dans le texte de présentation du nouveau programme de « culture et communication », on affirme ce qui suit : « Les arts, les lettres et les langues s’inscrivent dans un processus de communication : d’une intention émerge une production qui, lorsqu’elle est diffusée, peut être appréciée différemment par celles et ceux qui la reçoivent ou l’examinent. »

On comprend de ce jargon que la notion d’« oeuvre » est tout simplement impossible. D’ailleurs, une des compétences liées nous le fait comprendre. Il faut apprendre à « comparer des objets culturels en synchronie et diachronie ».

Comme l’écrivait une lectrice du Devoir : il est paradoxal que le ministre Duchesne insiste sur l’importance de l’histoire – car il souhaite imposer un cours obligatoire d’histoire du Québec au collégial -, « mais n’hésite pas à supprimer le mot “lettres” […] sous prétexte qu’il fait “vieux” ». En effet, on jurerait que ce passionné d’histoire s’est fait jouer un tour par ses fonctionnaires. Rien ne l’empêche de ramener à l’avant les beaux mots d’arts et de lettres.

BLx

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Négation de la dualité canadienne

Un article très instructif sur la négation de la dualité constitutive du Canada et l’abolition non dialectique de la différence du Québec dans le multiculturalisme. BLx

Il y a cinquante ans, la «commission BB» – La mission civilisatrice du Canada unitaire

La commission Laurendeau-Dunton a presque entièrement été ignorée par Ottawa

Mathieu Pelletier, Le Devoir 6/05/13

Le Québec vit les premières années de sa Révolution tranquille en 1963. La conscience nationale vibre encore à l’unisson du « désormais » de Paul Sauvé et du « Maître chez nous » de Jean Lesage. La jeunesse du baby-boom, approchant graduellement de l’âge adulte, sait qu’elle porte en elle les moyens de ses ambitions nationales. Après deux siècles de patience, pour reprendre les mots du politologue Gérard Bergeron, le Canada français se réveille. La province de Québec devient l’État du Québec, compris comme étant le seul ensemble politique où les Canadiens français sont majoritaires.

Le gouvernement fédéral de Lester B. Pearson sait que le reste du Canada ne pourra pas toujours rester indifférent devant un tel état des choses. Devant la montée du nationalisme québécois, il mandate donc André Laurendeau, rédacteur en chef de ces mêmes pages, et Davidson Dunton, alors recteur de l’Université Carleton, pour présider une commission royale. Celle-ci est chargée « de faire enquête et rapport sur l’état présent du bilinguisme et du biculturalisme, et de recommander les mesures à prendre pour que la Confédération canadienne se développe d’après le principe de l’égalité entre les deux peuples qui l’ont fondée ».

Très rapidement, la commission Laurendeau-Dunton dérange. Elle dérange un Canada anglais longtemps habitué à être satisfait par l’état des choses. Au dire même de son coprésident canadien-anglais, Davidson Dunton, l’habitude du majoritaire aurait encouragé ce dernier à se complaire dans une mécompréhension tenace du principe d’égalité entre les deux peuples fondateurs, principe qu’il n’aurait jamais été enclin à voir porter à conséquence.

Un pays fondé sur la dualité

On reconnaîtra, à la lecture des premières pages du rapport préliminaire de la Commission, la plume et la pensée humaniste d’André Laurendeau. Pour lui, peut-on lire dans les fameuses pages bleues du premier volume du rapport, une langue est indissociable de la culture dont elle est le corollaire, tout autant que de la société dans laquelle ces deux aspects prennent vie. On retrouve donc au Canada deux grandes sociétés distinctes, deux personnalités nationales inscrites au coeur de la symbolique de la Constitution de 1867.

Une conception qui, d’ailleurs, n’a jamais été intériorisée majoritairement au Canada anglais. En effet, le rapport préliminaire fait état de profondes divergences en ce qui concerne la conception démocratique au Canada entre les deux peuples fondateurs. Au Canada anglais, on considère qu’il n’existe qu’une seule majorité, laquelle se déploie au sein d’un seul État, le Canada, « où la règle de la majorité ainsi que la liberté de l’individu sont des principes centraux ».

Quant à nous, Canadiens français du Québec, si nous étions d’accord sur la question des droits individuels et la règle de la majorité, une condition parallèle à leur application pleine et entière existait néanmoins. Sans récuser ces aspects propres à la démocratie libérale, la condition de minoritaire et le sentiment de précarité linguistique et culturel rehaussaient la nécessité de leur ancrage dans une communauté nationale.

Ainsi, si nous considérions les droits individuels comme étant de la plus haute importance, il fallait sortir ces derniers de l’abstraction pour les voir s’enraciner dans une communauté historique particulière : la nôtre. Nous réclamions donc une réelle égalité des chances, laquelle ne serait pas seulement théorique ou juridique. Nous voulions sortir du froid réalisme que nous imposait l’hiver de la survivance pour investir le rêve d’un Canada binational, fondé sur la dualité.

La mission civilisatrice de 1982

Or, il en fut autrement de l’évolution politique et constitutionnelle du Canada de ces dernières décennies. Laurendeau rend l’âme en 1968, sans pouvoir participer jusqu’au bout aux travaux de la Commission. Les balises du rapport sont néanmoins posées, mais Laurendeau manque à l’appel pour défendre les grandes lignes du rapport aux moments cruciaux des tractations politiques qui façonneront le Canada à venir.

Pierre Elliott Trudeau, élu premier ministre du Canada en 1968, ne retient guère plus du Rapport Laurendeau-Dunton que le terme de bilinguisme, qu’il établit de façon pancanadienne et faisant écho, désormais, aux droits individuels. Dès 1982, le bilinguisme et le multiculturalisme sont enchâssés dans la Constitution canadienne. Elle ne fait état ni du biculturalisme ni de sociétés distinctes. Trudeau aura finalement consacré, paradoxalement, l’unité du Canada dans la pluralité. Dans sa croisade contre le nationalisme québécois, il en a conclu qu’il valait mieux reconnaître toutes les différences culturelles pour mieux inhiber la spécificité québécoise.

Selon le politologue Guy Laforest, l’esprit de 1982 s’inscrit dans ce qu’il appelle le conquêtisme, soit une inaptitude tenace à vouloir dépasser la charge impériale, unitariste de la Conquête de 1760 et de l’Acte d’Union de 1840. En effet, comment ne pas y voir, du point de vue du Québec national, le spectre de Lord Durham, répudiant lui-même, en quelque sorte, la dualité en recommandant l’assimilation des Canadiens français ?

Trudeau et Durham, deux grands intellectuels libéraux, n’étaient-ils pas aussi partisans, à leur façon, d’une vaste mission civilisatrice libérale à l’endroit de la nation canadienne-française, puis québécoise ? L’assimilation des minorités nationales, dans le cadre d’un grand mouvement cosmopolite, moderne et progressiste, rendra la justice libérale accessible à tous.

Au nom d’une certaine idée de la modernité, au nom d’un projet de justice libérale monochrome, une certaine idée du Canada l’érige en avant-garde de l’universel, en grand précurseur de la démocratie cosmopolite. Aujourd’hui, de manière cohérente, figure encore au Canada anglais l’idée selon laquelle châtier la culture québécoise, s’adonner au Québec bashing, revient à faire oeuvre de civilisation.

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